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L'écho des libraires.
- Speaker #1
Bienvenue dans l'écho des libraires,
- Speaker #2
un podcast proposé par l'association Paris Librairie, réseau de plus de 200 librairies de proximité en Ile-de-France, à retrouver sur le site parislibrerie.fr. Le 17 mars 2026 à 19h30 précisément, la librairie La Vie Immédiate, située 16 avenue Jean Jaurès à Charenton-le-Pont, recevait Jérôme Ferrari, A l'occasion de la parution de son nouveau livre, « Très brève théorie de l'enfer » , publié aux éditions Actes Sud. Tourisme, expatriation, exploration. Découvrez le deuxième volet d'un triptyque conçu par l'auteur et consacré à l'exil. La discussion est animée par Simon, qui commence par la lecture d'un extrait du livre. Je vous laisse tout de suite en leur excellente compagnie. Bonne écoute !
- Speaker #0
Je n'ai jamais été naïf. au point de penser sérieusement que, sur cette île, nous valions mieux que le déplorable commun des mortels. Mais je croyais au moins qu'une corne particulièrement rigide et de coercition sociale nous tenait lieu de vertu, en nous forçant à réprimer comme un mal nos penchants les plus misérables. Car chacun savait que s'ils s'en montraient incapables, ils encouraient un châtiment immédiat, que l'antique sagesse avait voulu proportionnelle à la gravité du crime, et pouvait donc devenir l'objet du blâme ou de la moquerie publique. subir l'indignité d'un ostracisme définitif où se retrouvaient avec les couilles dans la bouche et les tripes suspendues en guirlande au feuillage argenté des oliviers si bien que les radins se pliaient eux aussi au rituel immuable des dons et contredons et payaient de moins en plus de prier leur tournée au bar comme les prodigues que les laches se forçaient répondre aux insultes et montaient en tremblant au combat o ils se faisaient massacrer avec une comp tence gale à celle des herons et que les concupiscents soucieux de conserver leurs organes g litos et leurs entrailles place naturelle, mener dans les tourments de la chair une vie de continence irréprochable, en se contentant de lancer aux épouses et aux filles de leurs voisins de furtifs regard le brique, regard parfois suffisant, il est vrai, pour que leur sort bûse et l'est. Ce qui permettait à un ordre moral acceptable de régner bon an, mal an, pour peu qu'on ne fût pas trop regardant sur la pureté des intentions et des mobiles, et qu'on acceptât d'en payer le prix en stress, frustration, et névroses diverses, prises somme toute maudiques quand on les compare aux dégâts que ne manque pas de causer la malignité humaine lorsqu'on ne la tient pas fermement en bride, par la terreur et la violence s'il le faut. Mais je constatais chaque jour que cette époque bénie avait disparu, si tentée en vinge finalement à soupçonner qu'elle eût jamais existé ailleurs que dans le mémoire mensongère. Car la plupart de ceux qui m'entouraient, et avec lesquels j'avais grandi, se comportaient comme des pauvres. avec une impudence éhontée, à l'instar de deux de mes collègues, dont l'un était en charge de l'enseignement civique et moral. Qui l'était, s'était fait une spécialité de repérer, à la fermeture des boîtes, une fille isolée et ivre-morte pour lui proposer de la raccompagner avant de la baiser à deux sur un chemin forestier quelconque et de l'abandonner au bord de la route en la traitant de tous les noms. Exploit sordide, donc, loin de son gère dissimulée, il ne manquait pas de se vanter le lendemain auprès d'un groupe d'amis nilards. leur infamie ne les empêchait pas de se tenir eux-mêmes en haute estime avec une bonne conscience si candidement ignobles qu'elles auraient fait passer le cynisme pour la plus aimable des vertus car elles étaient bien sûr persuadées comme nous nous obstinions à l'être encore tous d'être supérieures en tous points particulièrement sur le plan moral à la plèbe touristique qu'ils accablaient de leur mépris tandis que je rêvais de voir leurs viscères et leurs testicules et ceux des auditeurs complaisants qui riaient autour de la table et finalement tant qu'à faire ceux de toute la population de cette ville de dégénérés, élèves et parents d'élèves compris, accrochés à la cime des palmiers qui bordaient nos places et nos avenues, faisant sointer sur l'asphalte une bruine d'humeur et de sang. Et j'avais bien conscience que quand on en vient à souhaiter que sa ville natale se transforme en gigantesque décor d'un réveillon de Noël conçu au fin fond de l'enfer, il est peut-être temps de songer à la quitter. Bonjour à toutes et à tous. C'est un grand plaisir pour la vie immédiate d'accueillir ce soir celui-ci comme un des meilleurs écrivains français contemporains. Concours en 2012 pour Salon sur la chute de Rome, auteur de 15 livres aux éditions Actes Sud, dont le 15e est celui qui vient d'arrêter en mars, très brève Théorie de l'Enfer, le deuxième volet, Les contes de l'indigène et du voyageur. Bonsoir. Bonsoir. Merci beaucoup pour votre présence. Ça me fait chaud au cœur, ça me fait bien. Merci. Dans l'extrait que je viens de lire, situé au milieu de votre ombre, votre personnage principal réalise qu'il doit quitter son île natale, la Corse. direction d'abord Algiers, où il enseignera et rencontrera sa femme, Narjes, avec qui il aura une enfant, Afsaneh. La vie les mènera ensuite à Abu Dhabi, le cœur de votre roman, à la rencontre de Kavisha, leur employé de maison parti du Sri Lanka de 30 ans plus tôt. Dans l'Or Sentinelle, qui était le premier tome de votre trilogie, vous vous attardiez à défendre la double hypocrisie du nourrisme, celle des touristes qui arrivaient en masse, défigurent un paysage, et celle de ceux qui les accueillent. vides, intéressés. Ici, c'est l'exil qui vous intéresse, avec un double motif également. L'immigration d'un gommé, subie, celle de Kavisha, et l'expatriation choisie de votre personnage principal et de cette famille. Qu'est-ce qui vous intéressait tellement dans cette dualité expatriation-immigration, les deux phases de l'exil, pour en faire le cœur d'une très brève théorie de l'enfer ?
- Speaker #1
Ça, ça tient simplement au fait que j'en ai fait moi-même l'expérience, puisque j'ai utilisé euh... au moins pour les lieux, un matériau qui est un matériau autobiographique. Moi, j'ai enseigné à Alger entre 2003 et 2007 et à Abu Dhabi entre 2012 et 2014. Et moi, il m'a semblé quasiment dès, non surtout à Abu Dhabi, que cette distinction, elle sautait immédiatement aux yeux. Les Émirats sont un pays d'émigration. Je crois qu'il y a 11 millions d'habitants. 10 millions d'étrangers aux Émirats, les Émiratis sont moins d'un million. Et non seulement c'est un pays d'émigration, mais c'est des immigrations très diverses et assez peu comparables. Il y a des immigrations de riches et des immigrations de pauvres. Si bien que, quand on est, ça fait assez bizarre, parce que quand on est propre, on n'est pas habitué à ça, mais on se trouve plutôt du côté des riches en arrivant à Abu Dhabi. Et du coup, on se trouve avec un statut social qu'on ne connaît pas. J'aime Corwell, il parle de ça sur son expérience en Birmanie aussi. Et on voit des choses qu'on ne voit pas ici, des strates d'immigration extrêmement hiérarchisées d'ailleurs. Moi, quand je suis arrivé à Abu Dhabi en 2012, j'aurais vraiment beaucoup aimé faire une enquête sur les travailleurs du bâtiment, mais ce n'est pas possible parce qu'en fait, il n'y a pas d'espace commun dans la ville où on peut se croiser. Et donc les gens qu'on croise tout le temps, c'est les chauffeurs de taxi, et puis quand on a des enfants, la femme qui les garde. Et ça, c'est une expérience qui constitue quand même un choc que je n'ai pas oublié.
- Speaker #0
Votre expérience personnelle, vous en parlez. À la fin de votre livre, vous dites aussi, dans les bons racinements, avoir rencontré de nombreux travailleurs d'Inde et du Bangladesh. Vous pouvez dire ce que vous en dites ? Est-ce que vous pouvez nous parler de ce travail de recherche ?
- Speaker #1
Alors, le travail de recherche, ma source principale, je ne l'ai pas citée, mais c'est parce que le roman lui est dédié. Il est dédié à ma fille et à Renuka. Renuka, c'était la dame qui s'occupait de ma fille quand j'étais là-bas et qu'elle avait 3 ans ou 4 ans. et avec qui on est resté en contact depuis 2014 constamment, et avec qui j'ai beaucoup, beaucoup, beaucoup parlé. Avec Nora, avec ma fille, parce qu'elle m'a accompagné en avril 2005 quand j'ai été faire les entretiens. Et donc c'est vraiment ma source principale. Dans la nécessité de faire des recherches, il y avait vraiment pour moi un enjeu, pas seulement d'information, mais un enjeu éthique. Quand on essaye de faire un roman comme celui-là, le risque qu'on court quand même, c'est soit de passer complètement à côté de la réalité qu'on décrit, parce que non seulement on ne la connaît pas, mais qu'on peut difficilement la concevoir. Et je ne pense pas qu'on puisse l'imaginer, si on ne peut pas imaginer ce qu'on n'est pas capable de concevoir, évidemment. Et le risque, c'est aussi d'usurper les voies dont on veut se faire l'écho dans le roman. Et pour moi, ça, ça rendait absolument essentiel le fait d'aller discuter avec des gens. Bon, les limites, c'est que les entretiens se passent avec plus ou moins de sincérité, évidemment, mais bon, de faire ça pour faire entendre des voix sans prendre leur place, en quelque sorte. Il y a des parcours de vie qui sont vraiment ancrés dans la réalité et qui font que, pour moi, c'était pas possible de traiter ces gens-là comme du... matériaux à fiction. Et du coup, c'est pour ça que j'ai fait ces entretiens. Il y a une de mes amies, Laetitia Nobili, qui habite là-bas depuis très très longtemps, depuis presque 14 ans, et donc elle connaît vraiment beaucoup de gens, et elle m'a aussi fait rencontrer des hommes, et notamment Samal, qui venait du Bangladesh, où il était aux Émirats depuis une dizaine d'années, et qui lui, du coup, était arrivé dans des conditions quasiment identiques à celles des ouvriers du... du bâtiment où ils travaillaient dans le ramassage des ordures. Donc c'est des gens qui viennent en groupe, recrutés par une agence, amenés directement sur le lieu de travail et qui, eux, sont absolument absents de l'espace public.
- Speaker #0
Abu Dhabi, je te disais, c'est le cœur de notre monde. Si tant est qu'on puisse penser qu'il y a des lieux qui soient plus littéraires que d'autres, vous détenez comme Abu Dhabi comme le lieu des compréhensions ultimes, la pauvreté, la richesse, la vacuité et la attractivité. Est-ce que vous trouvez que ça a de l'intérêt ? Est-ce que ça vous a inspiré littéralement ?
- Speaker #1
Je pense que quand je suis parti, je savais que je finirais par écrire quelque chose dessus. J'avais déjà vaguement évoqué dans le dernier chapitre du principe en 2015, alors que je venais de rentrer. Donc c'était encore tout frais, mais je parle de Dubaï. Et moi, je n'habitais pas à Dubaï, j'habitais à Abu Dhabi. Je ne sais pas si c'est un lieu littéraire. Ça devient un lieu littéraire quand on en fait quelque chose de littéraire. Je ne suis pas sûr qu'il y ait des lieux qui aient une essence plus littéraire que d'autres. En tout cas, c'est un lieu bizarre. C'est un lieu bizarre et assez inoubliable, vis-à-vis duquel je nourris une ambivalence certaine. Parce que, pour le dire clairement, les deux ans que j'ai passé là-bas, je me suis vraiment, vraiment ennuyé. Et après, en partant, j'ai ressenti une espèce de nostalgie inexplicable de temps en temps, ce qui fait que j'y suis retourné de temps en temps. Et je pense que la chose fascinante, c'est d'abord la rapidité. Je pense qu'il n'y a pas d'exemple dans l'histoire de l'humanité d'un développement aussi rapide, et surtout d'un développement qui passe de la pauvreté extrême des Bédouins, la confédération de tribus des Baniyas, dont sont extraits les chèques de Bouddhabi, les Hanayans. ils étaient en hiver à l'oasis de l'Iwa, l'été ils allaient à Abu Dhabi parce que c'était la saison de pêche des perles, ce qui est quand même une activité extrêmement compliquée, et ils sont devenus très très riches d'un seul coup, à peu près au moment du choc pétrolier de 73, et le pays s'est développé à une vitesse, donc dès qu'on tourne la tête il y a des grues partout, ça construit partout, et il y a une espèce d'aspect neuf qui est un peu surprenant pour nous Européens, un aspect complètement neuf. et par-dessus le marché, une lumière et des couleurs très très bizarres. Donc j'ai essayé d'être à peu près précis dans mes descriptions. Il y a une plage dynamique très faible et très peu de contraste, et on est dans un univers de scintillements et de pastels en fait, qui laisse une trace dans la mémoire.
- Speaker #0
Pour autant, ce que vous me dites dans ce roman, ce que je ne comprends pas, c'est que la rencontre, elle est impossible. entre expatriés, immigrés, ils vont même en voir, vous l'avez dit, quand on voit relativement petit, mais leur destin ne se croise jamais.
- Speaker #1
Ils se côtoient, en tout cas. Alors, je suis moins pessimiste que le narrateur, j'en profite puisque vous avez choisi de lire ce passage-là, que je suis moins aigri aussi, et que je ne nourris aucun projet criminel ni contre mes anciens élèves, ni contre leurs parents. Je voudrais que ça soit précisé, parce que je vais retourner en Corse bientôt. Je tiens à ma sécurité. Donc la rencontre, je ne pense pas qu'elle est impossible. Moi, ce qui m'intéressait, et je l'ai fait dans leur sentinelle, et je le fais dans celui-ci, c'est la question de... de l'objectivité des positions qu'on occupe et qui parfois rendent absolument dérisoire tout ce qui relève de la bonne volonté ou de l'action individuelle. Et c'est très très pénible en fait. C'est le cas dans le tourisme de masse. Si on est au mois d'août dans un endroit où il y a beaucoup de touristes et que les touristes sont là en masse, on peut être... Le plus sincèrement intéressé par la culture du pays qu'on visite, on n'en saura rigoureusement rien, parce que l'individualité est complètement dissoute dans la masse et que la singularité, en quelque sorte, s'efface. Et quand on arrive à Abu Dhabi, avec la prime d'expatriation qu'on gagne et qu'on emploie quelqu'un qui gagne, et vraiment beaucoup, beaucoup moins que nous, il y a des inégalités économiques d'une telle ampleur que la spontanéité de la relation humaine s'en trouve. rendu extrêmement difficile. Parce que, pour la raison triviale, que les gens qui sont pauvres, ce dont ils ont besoin d'abord, c'est d'argent. Et ceux qui ont de l'argent, c'est les gens qui les emploient. C'est mieux qu'ils soient gentils, c'est mieux qu'ils soient bienveillants, c'est mieux qu'ils soient à plein d'empathie, mais ce n'est pas le problème. On est objectivement dans des mondes qui sont si différents que la rencontre est difficile. Et encore une fois, je ne dis pas qu'elle est impossible. Nous, on a vraiment, je crois, noué des relations très durables et profondes avec Renuka, mais ce n'est pas ce qui se fait immédiatement.
- Speaker #0
C'est ça, parce que dans votre vie, vous avez noué des relations avec Renuka. Le partage de votre entier, le partage principal, ne noue pas vos relations avec la vie chère. Il se côtoie, mais la rencontre est beaucoup plus difficile.
- Speaker #1
Oui, il n'est pas particulièrement... Enfin, il met quand même un point d'honneur à être poli, à être plutôt bienveillant. La structure du livre, elle a été changée. Pas a posteriori, mais au moment où j'avais le projet, je voulais faire un livre qui était entièrement porté par un narrateur à la première personne du singulier et qui allait donc prendre en charge. Ce qui maintenant dans le livre sont les chapitres qui racontent l'histoire de Kavicha. Et je ne l'ai pas fait pour deux raisons, aussi importantes l'une que l'autre. C'est que d'abord, il aurait fallu pour ça que mon narrateur, qui est aussi un personnage, il ait des connaissances dont on ne voit pas, il sache des choses dont on ne voit pas comment il aurait pu les apprendre, sans faire une enquête auprès de... Et ça, ça aurait signifié, et c'est la deuxième raison, que... il s'intéressait trop à elle pour être à la place que je voulais dans le roman. Et il aurait été... Il aurait manifesté un excès d'empathie. Et moi, je voulais quelqu'un qui n'est pas méchant, mais qui, voilà, il ne s'y intéresse pas, il ne s'y intéresse pas non plus fondamentalement. Et sinon, si j'avais continué dans mon premier projet, je pense que j'aurais raté la description de l'objet que je m'étais fixé, en fait.
- Speaker #0
Là, vous l'avez compris, il y a une partie de l'histoire qui est racontée à la première personne par ce anti-héros pas spécialement sympathique, connu et assez cynique. Une autre partie qui est racontée, c'est l'histoire de Kavishak qui est racontée à la troisième personne. Et il y a des parties qui sont très différentes, dont le red-fit que je vais vous lire. Sache, ô roi du temps, roi très aimé, que dans les vastes étendues de l'Empère, où souffle un vent de pestilence et d'effroi, se trouve bien au-delà de la septième porte une demeure souterraine dont satan lui-même dit-on ne peut se rappeler l'emplacement les damnés qui doivent y subir leur éternelle punition ne sont pas des assassins ils n'ont jamais levé la main sur leurs parents ni convoité la chair de leur chair ils ne sont ni des voleurs ni des apostas ni des blasphémateurs mais la vacuité de leur âme et la sécheresse de leur coeur ont épuisé l'infini sûrement que ne l'aurait fait l'abjection du crime aussi ne se consume t il pas dans les flammes ils ignorent que dieu les a maudits ils passent leur journée rassemblés dans une caisse immense au sol jonché d'ordures qui leur semble un palais plus somptueux que le tien ils sont presque nus à peine couverts de haillons déchirés et crasseux et se croient pourtant vêtus comme des princes ils s'enivrent de leur puanteur comme d'un parfum de myrrhe et de jasmin délectable et considèrent avec gravissement les plis de graisse jaune alourdissant leurs plans ils découvrent en souriant les glaires et les filaments noirs dont leurs bouches sont pleines et de leurs lèvres pendent des lambeaux de viandes illicites ils se félicitent de leur sort et se vantent avec une arrogance insensée du bonheur sans pareil dont ils croient jouir mais dans la parodie de sommeil qu'il leur a accordée au plus profond d'une nuit qu'ont déserté la lune et les étoiles la nuit de l'enfer auprès de laquelle les ténèbres mêmes paraîtraient lumineuses une angoisse mortelle les étreint comme s'ils sentaient confusment pour un court instant de terreur qu'ils sont prisonniers d'un mensonge sans fin et qu'ils ont dj reu leur châtiment au rveil ils ne se souviennent de rien la rvelation leur échappe comme le sable s'coule entre les doigts et pourtant elle demeure impossible à saisir impossible à fuir elle est un poison un venin insidieux qui se diffuse lentement dans leur âme vide et leur cœur sec et vient ronger la racine des joies factices et des plaisirs peut-être suffirait-il que l'un de ces réprouvés désire sincèrement la lucidité pour obtenir une chance de rédemption mais nul ne peut le savoir car dieu est le cachet aucun d'eux cependant n'exprime jamais ce désir tous ils s'endurcissent dans leur aveuglement culpables, justifiant à chaque instant le jugement qui les a précipités pour toujours dans l'abîme. Et moi, je sens ton front devenir glacé sous la caresse tiède de mes mains, et ton corps prisonné contre le mien comme celui d'un enfant fiébreux. Je sais les histoires des djinns et les filles de rois, des califes, des esclaves et des marchands, tant d'histoires que je ne t'ai pas encore racontées, mais je sais aussi, pour ton édification, la sagesse du Très-Haut, que nous ne pouvons que craindre et vénérer sans la comprendre. Maintenant que ton souffle s'apaise, nous consacrerons un moment à la volupté et alors, il sera temps que je te divertisse et toi, tu m'écouteras jusqu'à l'arrivée de l'homme qui, je le sais, ô roi du temps, roi très aimé, me verra une fois encore demeurer vivante. » La vision de l'enfer, vous décrivez là, l'enfer caché dont les captifs ne sont plus dans leur son, s'il s'agisse de l'enfer, cela n'a pas de quoi.
- Speaker #1
Ce n'est pas une métaphore, ce n'est pas une théorie non plus, mais c'est une possibilité. J'ai deux sources pour ça en fait, une littéraire et une philosophique. La première source littéraire, c'est une nouvelle de Borges, je ne me souviens plus comment elle s'appelle, elle est très très courte. Elle raconte l'histoire d'un théologien qui a passé sa vie à dire qu'on était sauvé non par la grâce mais par les œuvres. Et au moment où il meurt, apparemment... Je n'ai pas d'accord avec cette théorie. Il est damné, mais sa damnation lui reste inconnue. Et il continue à se réveiller tous les matins dans sa maison, à continuer à écrire des textes. Et autour de lui, il y a juste des choses qui changent un peu, de manière un peu inquiétante. Les meubles s'estompent, les gens qui viennent le visiter ont d'abord des drôles de tête et puis plus du tout de visage. Et j'ai trouvé que cet enfer et cette damnation Merci. dans laquelle le dernier lui-même ignorait sa situation était une idée particulièrement atroce. La deuxième référence, c'est Schopenhauer, Schopenhauer que j'aime beaucoup, et pour lequel, pour le faire court, il n'y a pas besoin d'en en faire, parce que le monde tel qu'il est est un candidat assez crédible, en fait, à ce titre-là. Et il y a des passages assez drôles sur Dante, où il dit que pour... pour imaginer l'enfer, Dante est très crédible parce qu'il a juste eu besoin de prendre les souffrances de la vie et qu'une fois qu'il a fallu décrire le paradis, il n'y avait plus trop grand-chose à dire et qu'il n'a pu le remplir que de vide et d'ennui, je crois. C'était ça l'idée. Et bien sûr, ouvrant ça au milieu du... Enfin, le livre commençant là-dessus, on peut imaginer... Bon, c'est des contes, j'ai une fausse chérazade qui parle. que c'est une forme de pas de... Oui, peut-être de grille de lecture sur la fausse opulence et l'ennui et le vide qu'on voit après dans la suite du livre, qu'on peut aussi prendre comme une histoire qu'elle raconte à la suite de l'Incipit.
- Speaker #0
Justement, sur la sonocompte, vous avez dit que la théorie de l'enfer est le deuxième volet d'une trilogie des contes de notre jeune voyageur. Qu'est-ce que ça vous permettait, si c'était du conte ?
- Speaker #1
La réponse que je vais donner, je le signale honnêtement entièrement à posteriori. Le titre m'est venu comme ça. Au début, je voulais simplement pouvoir trouver une forme qui me permettait d'intégrer dans un roman divers petits récits, mais divers petits récits, en faisant en sorte que l'unité du roman n'en soit pas affectée. Donc ça, c'est le point commun qu'il y a entre « Leur Sentinelle » et « Très Brève » . Théorie de l'Enfer, et d'où l'idée du conte. Mais quand j'ai eu l'idée du conte, quand j'ai eu le titre Conte de l'Indigène et du Voyageur, ça m'a permis, presque automatiquement, d'utiliser les ressources sémantiques et stylistiques qui sont les ressources du conte. Ce ne sont pas les mêmes dans Nord Sentinel et dans, très bref, Théorie de l'Enfer. Dans Nord Sentinel, il y a cette formule qu'emploie Shirazade à chaque... Au début de une nouvelle histoire, au milieu de la nuit, on raconte encore, on voit du temps représémer. Donc j'ai mis « on raconte encore » . J'ai mis un djinn, parce qu'il faut un djinn quand on raconte un conte et que j'aime beaucoup ce personnage. Et voilà. Et en fait, c'est des choses qui naissent à l'écriture, ça. Donc peut-être on peut rendre compte après. De même, là, les chapitres qui sont consacrés à Kavisha sont plus écrits dans la tonalité du conte que les chapitres du narrateur. Mais c'est des contes qui racontent des choses pas du tout merveilleuses. Dans Nord Sentinel, ça me permettait aussi d'utiliser ça comme une source d'humour. Parce que ça, c'était quelque chose que j'avais lu chez Bulgakov, qui est très, très drôle, au début du Maître et Marguerite. Il raconte, comme si c'était complètement surnaturel, quelque chose qui est absolument explicable et même tristement explicable. Il parle d'un appartement magique. où les gens vont s'installer, et il reste quelques jours, et puis après, on voit arriver un milicien, et le lendemain, les gens de l'appartement et le milicien, ils ont disparu, et on ne les revoit plus jamais. Et ça revient à chaque fois qu'il y a des... Comme le Maître Marguerite se passe à Moscou dans les années 30, il est facile de deviner qu'il n'y a pas du tout de magie ou de surnaturel là-dedans, mais je trouve que c'est peut-être une manière très efficace d'utiliser un faux surnaturel.
- Speaker #0
Je te dis, d'abord, ce qu'on rencontre avec la partie que je vais vous lire. Les passages, vous l'avez dit, où le passage principal parle, sont écrits encore dans un registre différent des chapitres qui concernent Cavichat. Et il y a des parties de votre livre, qui correspondent au premier extrait que j'ai lu, qui sont en Italie. Et là où les phrases s'allongent beaucoup plus, où le style prend une ampleur que je trouve beaucoup plus grande, qu'est-ce que c'est que ces passages très longs en Italie ? Par exemple, le premier extrait que je vous ai vu, c'était trois phrases. Oui,
- Speaker #1
ça c'était quelque chose aussi qui est vraiment né au moment de l'écriture dans Nord Sentinel. J'étais en train d'écrire et puis le narrateur, il y a quelque chose qui lui vient en tête et je l'ai mis entre parenthèses et en italique. Et en fait, c'est très très utile puisque c'est des idées parasites qui viennent interrompre un peu le flux narratif continu et qui ne se situent pas sur le même plan. et qui sont donc des ruptures. Après, tout le problème est de refermer la parenthèse et de reprendre là où on en notait en restant compréhensible. Voilà, j'ai essayé. Mais voilà, et c'est donc à la fois des ruptures de... Et ça induit évidemment des ruptures de rythme. Dans le Nord-Sentinel aussi, les ruptures de tonalité sont très fortes quand il y a les parenthèses.
- Speaker #2
Le Nord-Sentinel, vous parlez du tourisme, c'est-à-dire ce qui... on l'a dit, ici l'exil j'ai lu dans un article que vous avez vu de la mèche pour le troisième, où vous avez parlé d'exploration comment est-ce que vous n'avez pas fait une trilogie encore, c'est un point à prendre comment vous la voyez cette trilogie pourquoi une idée de trilogie comment c'est arrivé ?
- Speaker #1
c'est arrivé que je voulais faire quelque chose l'idée de départ était assez abstraite je voulais explorer différentes modalités du rapport à l'autre j'ai, et puis Merci. sans doute par des formations professionnelles profondément ancrées en moi. J'en ai trouvé trois. Ce qui est... C'est vraiment des vieux trucs de dissertation. Mais pourtant, j'ai essayé d'en trouver quatre. J'en ai trouvé que... Il n'y en avait que trois qui me sont venues. Le tourisme, l'exploration et l'expatriation. Alors, deux des thèmes. Je m'appuie un peu sur mon expérience. Sauf que pour le tourisme, je n'ai pas été obligé de faire beaucoup de recherches. J'ai vécu quasiment toute ma vie en Corse, j'ai tous les renseignements qu'il faut, fiables et de première main. Et voilà, c'était ça le projet. Je ne voulais pas faire une trilogie, mais un triptyque. Je parlais tout à l'heure d'enchasser des récits dans un roman, s'ennuyer à son unité, c'est ce que j'espère pouvoir faire avec les trois romans. qui peuvent être lus de manière toute, qui pourraient être lus au XXIIIe, mais ils n'existent pas encore. Mais quand et s'ils existent, ils pourront tous les trois être lus de manière complètement indépendante, mais j'espère, je glisse des échos entre les trois pour qu'ils puissent éventuellement former une unité d'un degré supérieur. Et pour l'exploration, c'est vraiment la passion que j'ai, la curiosité qui m'a inspiré depuis très longtemps, Richard Burton, qui m'a donné cette idée-là. D'ailleurs, North Sentinel commence avec lui. Il est cité une fois dans Très bref, Théorie de l'Enfer. Et il est censé, mais je ne sais pas du tout comment, encore être un ou le personnage central du troisième volet. Le problème avec Burton, c'est qu'il a une vie complètement romanesque et qu'on se demande vraiment pourquoi écrire un roman sur Burton alors qu'on peut plus utilement conseiller aux gens si on veut faire ça. d'aller lire n'importe quelle biographie, en fait. Et c'est un gros problème. Ça se voit que je ne l'ai pas résolu encore.
- Speaker #2
J'ai l'impression que pour l'écriture de très brèves théories de l'enfer, vos influences, elles sont extrêmement multiples. Vous allez vraiment prendre dans la littérature mondiale des branches extrêmement différentes. Vous citez Nima Yoshidi dans vos remerciements, qui est un grand pote persan du début du XXe. Vous avez parlé des gonds de Shirazade, vous citez également l'écrivain Jean-Paul Rouen. Ça a l'air à un moment donné, j'ai l'impression que la police... plus en plus de place dans vos romans et en même temps, j'espère que vous déployez de plus en plus une étendue de vos influences.
- Speaker #1
Je ne sais pas, j'espère que je ne fais pas de l'étalage de mes influences, surtout, mais là, il me semble qu'à chaque fois qu'il y en a une qui vient, elle est justifiée par le texte. La fille du narrateur s'appelle Afsané. Afsané est le titre d'un très très beau et long poème de Lugide. Et ma lecture assez récente de Saher, de l'ancêtre, m'a donné, quand il décrit le jeu de ses enfants au bord du fleuve en Amérique du Sud, l'image qu'il me fallait d'une possibilité de rêverie sans fin, d'insomnie, puisque le jeu n'a pas de fin, il est extrêmement monotone, et ça cadrait vraiment bien avec ce que je voulais faire.
- Speaker #2
Il y a un très grand écrivain portugais qui est mort la semaine dernière, je ne sais pas du tout si ça fait partie de vos lectures, c'est Antonio Lobo Antunes.
- Speaker #1
Ah oui,
- Speaker #2
Et j'ai beaucoup ressenti ça dans une grande partie de votre oeuvre, et notamment en Correctorie de l'Enfer, je me demandais ce qu'il représentait pour vous.
- Speaker #1
Lobo Antunes, quand est-ce que j'ai lu Lobo Antunes ? Je dirais il y a une quinzaine d'années maintenant, peut-être un peu plus. Et j'en ai pas lu cinq ou six des romans. Je crois que j'en ai lu deux ou trois. J'ai lu Le cul de Judas et un autre qui est... Je me demande s'il n'y a pas le mot enfer dedans.
- Speaker #2
La dernière porte en l'air.
- Speaker #1
Bref, en tout cas, voilà, c'était cette espèce de... Moi, j'aime beaucoup les flux continus. C'est extrêmement poétique. C'est très, très beau. C'est très embêtant quand on trouve un écrivain qui a un style trop reconnaissable, parce que si on s'en inspire, on ne peut pas faire autrement que de le parodier, donc il vaut mieux l'oublier. Pareil avec, je ne sais pas moi, si on veut être influencé par Thomas Bernard, on est condamné à faire du sous Thomas Bernard, et ce n'est pas terrible.
- Speaker #2
Est-ce que certains d'entre vous veulent poser une question ? J'imagine que le livre est sorti à une semaine, certains d'entre vous ont déjà lu.
- Speaker #3
Pourquoi Alger ? Pourquoi la vie ? Pourquoi ces deux destinations ?
- Speaker #1
Alors, ma réponse va être un peu décevante, mais elle va être honnête. J'ai commencé à avoir envie de partir au début des années 2000. J'étais en lycée en Corse, à Porto Vecchio, qui est une station balnéaire dans laquelle la schizophrénie saisonnière est assez difficile à vivre. C'est à peu près une frénésie monstrueuse en été. C'est à peu près aussi peu plein que le désert de Gobi en hiver. En plus, il n'y a pas possible. Donc, je voulais partir. Et ça m'intéressait d'avoir une expérience de l'étranger qui ne soit pas une expérience touristique. Et donc, la meilleure solution pour ça, c'était de postuler. Au début, je serais bien parti en Argentine, j'adore la littérature sud-américaine, c'est une fois dans ma vie. Et à l'époque, l'AEFE, l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger, ce n'est plus le cas maintenant, elle faisait des profils de postes en fonction du concours qu'on avait. Donc il y avait des postes pour certifiés et des postes pour engagés. Moi j'étais engagé, et l'année où je suis parti, il y avait un nombre de postes d'agragés de philo, il y en avait un, à Alger. Et donc je l'ai demandé. Donc c'était ça ou rien, et je l'ai demandé, je l'ai eu. Je n'avais aucun lien d'aucune sorte avec l'Algérie. Et en même temps, le fait de prendre ce qui arrivait, m'a, je pense, et c'était une chance, je pense vraiment, permis de partir sans réaliser un désir préalable, sans avoir formé une image, sans avoir des attentes, et donc globalement sans risquer d'être déçu. Je me souviens qu'il y avait... Il y avait au lycée beaucoup de profs français d'origine algérienne qui avaient demandé à venir travailler au lycée français, qui avaient été mutés et qui, eux, étaient confrontés à l'écart monstrueux qu'il y avait entre leur désir et la réalité. Je pense que c'était, à certains égards, plus difficile pour eux que pour moi. Après, je suis rentré, après Algérie. J'ai repassé quasiment cinq ans en Corse. Et quand on rentre, on doit rester 3 ans ou 4 ans sur place, on ne peut plus redemander. Et puis, ils vont vouloir partir dans le monde arabe. Et donc, j'ai choisi une version du monde arabe qui était complètement différente et qui était à l'autre bout du monde arabe. Ce qui fait que maintenant, je suis très, très dubitatif sur l'existence du monde arabe. Parce que ce sont des pays qui n'ont vraiment rien à voir.
- Speaker #3
Je posais la question, à qui était destiné cet enfer gâché ? C'est pour les migrés ou les... Là,
- Speaker #1
quand on choisit un titre comme ça, on utilise vraiment la notion d'enfer à titre de motif vraiment polysémique.
- Speaker #3
Sur le début, bien sûr,
- Speaker #1
c'est plutôt un enfer de riches qui sont très contents d'eux. Mais voilà, il y a plusieurs manières de décrire l'enfer. Et bien sûr, l'existence réelle... des immigrés qui est décrite, peut faire aussi une figure assez acceptable d'une damnation au cours de la vie.
- Speaker #3
Cité, ça me cite dans vos œuvres, et je trouve qu'il disparaît au fur et à mesure des romans, alors qu'à conscravion, on a des réalisateurs comme Thierry de Peretti qui s'ancrent dans ce rapport. c'est plus parce que le problème d'immigration en Corse il est aussi très intéressant et tout aussi en fait oui c'est sûr non
- Speaker #1
non je crois pas ça vient pas d'une décision particulière et de toute façon même quand le roman c'est pas le premier roman que je fais qui est pas centré autour de la Corse, j'en ai fait un en 2015 qui s'appelle Le Principe, il est sur Heisenberg et je me suis quand même débrouillé pour mettre des passages qui se passent en Corse Comme quoi, mon détachement est quand même assez relatif. Je ne pense pas avoir écrit un seul roman où la Corse serait absente. Mais elle n'est pas centrale dans tous les romans. Je pense que le roman où elle est le plus centrale politiquement, c'est à son image. C'est justement le roman qu'a daté Thierry de Peretti. Donc non, après les thèmes que j'ai déjà traités, je ne vais évidemment plus y revenir. Mais je doute fort que l'éloignement que j'ai de choses qui ont trait à la Corse soit définitif. Mais peut-être. Dans le prochain, par exemple, c'est pour ça qu'il y a quelques passages dans Très bref, qui sont destinés à créer des jalons ou à initier des échos. Je pense que je vais parler pas mal. Dans l'exploration colonisation, du grand mouvement d'après la première guerre mondiale qui a conduit énormément de jeunes hommes corses à partir dans les colonies. Et ça c'est des choses qui sont des grands mouvements sociaux. C'est le cas dans la famille et pour mon grand-père paternel et pour mon grand-père maternel. Mais il n'y a vraiment rien d'extraordinaire à ça en Corse, c'est le cas de tout le monde. Peut-être d'ailleurs que c'est aussi... l'envie de partir, de peut-être venir de là. Du coup, mon grand-père maternel était dans l'armée coloniale, ma mère est née à Damas, mon autre grand-père était dans l'administration coloniale, et mon père est né à Rabat. Et là, il y a quelque chose là-dedans qui m'a toujours fasciné, parce que je pense qu'il y a des choses qu'on ne peut plus comprendre. Mon grand-père maternel est né en 1903, ce qui est pas mal comme date de naissance, parce qu'il était trop jeune pour partir. En 1914, il est né dans un village qui s'appelle Ziliara, qui est dans le Taravaux, qui est à 40 km d'Ajaccio. Et il s'est engagé en 1920. Donc il est allé s'engager à Ajaccio en 1920 et c'est la première fois qu'il a vu la mer. Il n'avait jamais vu la mer. Et au bout de deux ou trois mois de classe, il est arrivé à Dakar. Et ce que je me demandais, c'était quel sens pouvait avoir le dépaysement. Pour lui, qui a un sens qu'on ne retrouvera plus jamais. qui doit vraiment être un contact assez radical et brutal avec les transcripts d'ultra.
- Speaker #4
Ah ben oui,
- Speaker #1
quand on fait un cours, on doit conserver une part de spontanéité, sinon on ennuie tout le monde, normalement. Alors pas de spontanéité ne veut pas dire improvisation totale, c'est pas ça. Mais la spontanéité dans un cours, elle est... elle vient toujours du fait qu'elle ne se déroule jamais exactement comme on l'avait prévu et qu'il y a des surprises. C'est pour ça que c'est une activité non seulement honorable, mais intéressante de faire cours. Après, le public qu'on a change énormément les choses. On ne peut pas imaginer un public différent de celui que j'avais en Algérie, par exemple, et celui que j'avais à Abu Dhabi. En Algérie, mes élèves étaient tous algériens. Ils étaient ou algériens ou binationaux, étant nés et ayant grandi en Algérie. Il ne devait y avoir... Il n'y avait pas d'expatriation en Algérie. Je pense qu'il y avait deux enfants d'ambassadeurs de pays africains, et puis c'était à peu près tout. Et c'était, entre parenthèses, pour les classes de terminale, les élèves les plus remarquables et agréables que j'ai eus de ma vie. En plus, c'était drôle. Et ils avaient bien la métaphysique. Je me souviens, j'étais arrivé là-bas, on avait fait... Le programme venait de changer, il y avait l'esprit et la matière, le programme qui venait d'arriver, donc je devais faire un cours là-dessus en me promettant déjà, en m'attendant à plonger mes élèves dans le désarroi et l'ennui. Et en fait, ils en sont presque venus aux mains, j'étais ravi. J'étais vraiment content qu'on puisse s'engueuler sur des trucs métaphysiques, comme ça, c'était bien. Abu Dhabi, c'était que des expats. Il y avait donc à peu près 50% de Français, il y avait 40% de Libanais, et puis plein d'autres. Ce n'était pas du tout la même chose. Et bien sûr, l'expérience d'enseignement, pour moi, elle était bien.
- Speaker #3
bien mieux en Algérie. Je suis faite de la fiction par le enseignement. C'est juste comme élément de comparaison. Moi, j'ai enseigné, j'ai fait une petite expérience d'enseignement à Bouddha. à Sorbonne-Avoudani. Et là, c'était l'inverse. En fait, c'était essentiellement des Émirats d'Espagne. Et en fait, aussi, ce que j'ai aussi pu constater, j'ai aussi enseigné en Guyane, française, donc à Cayenne, avec des étudiants, des élèves de lycée qui étaient, on la compare, à Bamboufane, qui venaient de Suriname, qui venaient de sortie, etc. Et à cette occasion, ce que j'ai constaté, c'est que passer par des textes littéraires parfois des choses très classiques comme les Fables de la Fontaine ça permettait d'aborder des concepts philosophiques assez complexes la justice je me demandais comment dans tes cours est-ce que tu mobilises la littérature je la mobilise pas mal pas
- Speaker #1
par rapport à la diversité des élèves je le fais tout le temps de toute façon plus spécifiquement Je le fais quand je fais un cours en philosophie. de l'art parce que c'est bien que et ben là cette année en hippocampe j'ai fait j'ai fait un cours sur les questions éthiques de la représentation esthétique et sur l'obscénité en gros et j'ai vraiment beaucoup utilisé il ya un texte que j'utilise tout le temps d'abord parce que il est tellement vraisemblablement réussi alors qu'il devrait pas l'être c'est un texte de vasily et quoi que ce soit issus de Vie et Destin, qui, pour moi, l'existence de ce texte est la preuve vivante que l'obscénité ne vient pas du choix des sujets, mais vraiment de la manière des traités. Si vous n'avez pas lu ce roman russe, donc c'est gros, ils sont incapables de faire des romans courts. C'est un moment, dans Vie et Destin, où on suit deux personnages, un médecin de l'armée rouge, qui s'appelle Sophia Osipovna Leviniton, et un petit garçon qui s'appelle David. Et en fait, on les suit, et ils sont... arrêtés par les allemands ils sont envoyés dans un camp d'extermination qui est pas nommé et la dernière scène on les suit dans la chambre à gaz donc c'est un texte qui ne peut pas sur le papier être réussi en fait et et qu'il est ça c'est quelque chose que j'utilise beaucoup et puis j'ai l'impression que c'est quasiment que je fais oeuvre d'utilité publique en lisant en lisant ce texte j'utilise et pas le borges est simplement parce que c'était notamment bibliothèque de babel Et en philosophie morale, j'en utilise aussi, notamment Dostoyevsky. Mais encore, j'ai un tropisme russe, pardon.
- Speaker #2
Tiens, une dernière question.
- Speaker #1
Vous voulez vraiment que le tropisme russe soit la dernière phrase de...
- Speaker #5
Vous avez une description assez sombre. de la noix qualité corse. Est-ce que vous trouvez qu'elle a évolué ? Vous n'étiez pas, mais je crois, par force, d'être le même temps, d'être parti. Est-ce que vous trouvez que cette mentalité a évolué ?
- Speaker #1
Alors non, je n'ai pas, encore une fois, je tiens à me démarquer très très nettement des propos du narrateur.
- Speaker #5
Ah,
- Speaker #1
ça se peut que le titre…
- Speaker #5
Le titre, il a des…
- Speaker #1
Le narrateur, il est exaspéré, il déteste tout le monde, il n'en peut plus, il veut partir. Donc il n'est pas d'une fiabilité totale sur ce qu'il raconte. En fait, je ne sais pas si la mentalité corse a évolué ou pas. Il y a quelque chose que je sais, en revanche, c'est qu'on a toujours une tendance irrépressible, mais à mon avis fautive, à mythifier le passé et à faire comme si les identités culturelles étaient des choses figées, qui sont susceptibles de décadence. inévitable et et penser comme ça ça conduit précisément à vivre sa propre identité comme une espèce de liste avec des cases à cocher et ça oui ça m'énerve et parce que c'est très parce que c'est pas c'est pas pertinent mais c'est très ça ça une certaine efficience quoi et c'est voilà mais le ski dit sur le passé j'ai encore pas un mot je pense pas que Si, qu'on mutilait des gens quand on les tuait par les vendettes, ça j'en crois un mot parce que je le sais. Mais que les gens se comportaient plus moralement avant, ça vraiment, j'en crois vraiment pas un mot. Et dans justement le souci de casser un peu ce genre de mythe, mon village chez Folzane, c'est à côté de Propriano, et c'est là où Mérimée a rencontré Colomba. Colomba qui est quand même une production clichée. et qui est un regard plein d'exotisme sur cette espèce de manière sauvage mais noble de régler les conflits.
- Speaker #5
Je ne parlais pas de ça, je parlais de la façon dont les Corses se trouvent parfois... C'est le point du tourisme, en fait. Il y a entraîné certainement une façon de recevoir les touristes. C'est ce que vous dites dans Le Nord Sentinelle.
- Speaker #1
Je crois que partout où il y a plein de touristes, ils sont... Je vais dire une trivialité. Vous savez que partout où il y a plein de touristes, les gens ne les aiment pas, en fait. Je vous suggère vraiment un passage à Barcelone, vous allez voir. Ou à Montmartre. Je n'irai pas en short avec un appareil photo à Montmartre. Un short en fond,
- Speaker #2
on n'a pas ce problème. Ça vient dans sa vie. C'est une nouvelle librairie, absolument. Merci, c'est une bonne histoire. Un grand merci à toutes et à tous. Merci beaucoup. Merci.
- Speaker #0
Merci d'avoir passé ce moment avec nous à l'écoute de l'écho des libraires. L'écho des libraires... est un podcast proposé par l'association Paris Librairie. Paris Librairie regroupe plus de 200 librairies à Paris et en Ile-de-France. Retrouvez l'agenda des rencontres animées toute l'année par les libraires du réseau sur le site parislibrairie.fr. Paris Librairie en un seul mot, sans tiret, et avec un S à librairie. Vous êtes à la recherche d'un livre ? Trouvez-le, géolocalisez-le et réservez-le dans une librairie près de chez vous. Pour ce faire... Rendez-vous toujours à la même adresse sur le site paris-librairie.fr. Merci et belle lecture !