- Speaker #0
Est-ce que vous vous êtes déjà demandé pourquoi vous n'avez jamais eu de leçon de travaux manuels à l'école ? Parce que je ne sais pas vous, mais perso, moi j'ai toujours eu droit aux cours de techno plutôt qu'aux leçons de couture. Et malheureusement pour moi, pendant des années, j'ai regretté de ne pas avoir de cours de travaux d'aiguille à l'école. Parce qu'au risque de vous surprendre, je suis une fervente pratiquante des arts textiles. Je sais, ça fait un choc. Et du coup vraiment, j'attendais que ça moi, d'avoir des cours de couture en primaire ou au collège. Mais mon vœu le plus cher ne s'est jamais réalisé et j'ai été coincée. avec les cours de techno jusqu'au lycée. J'ai donc chouiné pendant des années sur la perte des leçons de travaux d'aiguille à l'école. Mais ce que je ne savais pas, c'est que l'arrêt de cette matière était quasiment inscrit dans le ciel, tel un ancien présage. Et qu'en plus, c'était pas plus mal. Car oui, la chute des leçons de couture n'est que la suite logique d'un ensemble d'événements et de contextes qui se sont enchaînés d'une manière quasi parfaite. Entre l'industrialisation galopante, l'arrivée du consumérisme, le féminisme. et la mixité, les leçons d'aiguille telles qu'on les connaissait au XIXe siècle ne pouvaient pas lutter. Elles se sont étiolées et ont fini par disparaître au profit d'une autre matière. Très fun, mais que personnellement, je ne pouvais pas aimer puisque ce n'était pas du tricot, les cours de techno. Dans ce nouvel épisode de L'Endroit et l'Envers, on va donc voir pourquoi on a arrêté d'enseigner les travaux d'aiguille à l'école. Et c'est beaucoup plus étonnant qu'on le pense, mais c'est aussi très très logique. Déjà, les écoles pour filles souffrent depuis le début d'un manque de considération. D'un côté, on veut éduquer les femmes, Mais d'un autre côté, on prend pas non plus tout ça très au sérieux parce que bah, justement, c'est des femmes. Et en plus, y'a un truc que j'avais pas vu venir quand j'ai fait les recherches pour cet épisode. Ce truc, c'est le rapport très étroit qu'il existe entre les leçons de couture et, bizarrement, les magazines pour fillettes du début du XXe siècle. Parce que comme ces magazines se font l'écho des politiques publiques, ils s'intègrent pile poil dans la continuité de l'école. Et comment ils font ça ? Eh bien tout simplement en suivant l'élève de l'école à la maison. Cependant, avec les années 1960 et l'arrivée de la mixité, ils vont devoir faire un choix, s'adapter ou mourir. Et malgré tous leurs efforts, les magazines pour petites filles finiront par mourir, exactement comme les leçons de couture. Vous écoutez L'Endroit et l'Envers, la face cachée des arts du fil. Alors aussi fun que je les imagine, les travaux d'aiguille à l'école, ça a jamais été une matière neutre. Depuis le début, ils ont été traversés par des courants contradictoires. Et plus le temps passait, plus ils étaient difficiles à inscrire dans une société qui n'arrêtait pas de changer. Et surtout, plus le temps passait, et plus ils étaient difficiles à inscrire dans une société où les droits des femmes gagnaient du terrain. Du coup, je pose la question. Et si, finalement, apprendre à l'école la techno plutôt que la couture, c'était pas plus mal ?
- Speaker #1
Si l'éducation... aux travaux manuels a le but de réduire les écarts entre les groupes socio-économiques afin d'homogénéiser le corps social, elle semble aussi avoir pour fonction de construire de la différence entre les filles et les garçons.
- Speaker #0
C'est en tout cas ce que nous dit Caroline Fayol dans son papier « Le sens de l'aiguille, travaux domestiques, genre et citoyenneté » de 1789 à 1799. Et c'est la première idée qu'on va explorer ensemble ici, celle qui affirme que l'enseignement des travaux d'aiguille est un symptôme du sexisme. Pourquoi ? Parce que cet enseignement est genré. Et donc, il contribue à cliver encore un peu plus les différences entre les filles et les garçons. Les filles avaient des leçons de couture, les garçons avaient des cours de menuiserie ou de jardinage. Pourquoi on n'enseignait pas la même chose aux deux genres ? Tout simplement parce qu'on ne formait pas les enfants à la même vie d'adultes. Au XVIIIe et XIXe siècle, les garçons sont surtout perçus comme les futurs pourvoyeurs du foyer. Même s'ils ne seront pas les seuls à travailler, car les femmes ont toujours travaillé, eux, ils auront l'extérieur, la vie publique, les gros travaux physiques ou encore la... politique. Et c'est sur eux qu'on va compter pour ramener le plus gros de l'argent à la maison. Et les filles, elles, elles sont perçues comme de futures mères avant tout. Ce seront donc des futures femmes au foyer. Leur domaine, ça va être l'intérieur, les enfants et en général, la maisonnée. Donc pas besoin de leur enseigner la menuiserie. De toute façon, elles ne sont considérées que comme de faibles créatures incapables de faire quoi que ce soit de vraiment physique ou de trop mental. Donc on va pas s'emmerder à leur enseigner la même chose que les garçons. Par contre, en futur... bonnes femmes au foyer, elles auront des cours de travaux d'aiguilles et de ménage. Il faut qu'elles sachent broder, coudre, repriser, tricoter et de manière générale, elles doivent être capables de s'occuper de leur maison, de leurs enfants et de leur mari. Chacun à sa place et les moutons seront bien gardés. Si ça c'est pas du sexisme, vraiment je mange mes chaussettes. Cependant, cette façon d'envisager l'éducation, elle plaît pas à tout le monde. Dès le début de la création de l'école publique, gratuite et obligatoire au XVIIIe siècle, des voix s'élèvent pour protester contre ce traitement garçon-fille. Notamment Marie Wollstonecraft. Marie Wollstonecraft, c'est une institutrice et une femme de lettres. Elle a notamment écrit un bouquin qui s'appelle Défense des droits de la femme. Donc elle est basée. Et son truc, c'était d'expliquer que s'il y a une différence entre les hommes et les femmes, c'était à cause de la rééducation inégale. Par exemple, les filles n'apprenaient ni le latin ni la philo à l'école. C'était des trucs de gros cerveaux. Et donc, c'était réservé aux garçons. Et même si la voix de Marie, elle est minoritaire, ça n'empêche pas notre institutrice de la faire entendre haut et fort. Pour elle, les travaux d'aiguille rétrécissent l'esprit des femmes. et limitent leur faculté plus que toute autre activité. Caroline Fayol explique d'ailleurs que Mary Wollstonecraft s'insurge en conséquence contre une éducation des filles centrée sur les travaux domestiques. Elle perçoit dans l'enseignement de la couture le signe d'une division sexuelle des tâches qui exclurait les femmes des activités de la citoyenneté. Les leçons de travaux d'aiguille à cette époque, c'est donc déjà envisagé comme un prétexte pour ne pas permettre aux femmes d'accéder à la vie politique. Les travaux manuels, c'est pour les cerveaux inférieurs. Et donc, c'est pour les femmes. C'est un peu le serpent qui se met en la queue. Comme elles sont considérées comme plus faibles et moins intelligentes que les hommes, elles ont accès à une éducation amoindrie et centrée sur le domestique. Et comme leur éducation ne leur permet pas de développer leur esprit critique, elles ont beaucoup moins l'occasion de faire des étincelles, et donc personne ne pense sérieusement qu'elles pourraient s'occuper de politique. Alors que pour Wollstonecraft, les hommes et les femmes étaient traités différemment non pas parce que leur nature était foncièrement différente, mais entre autres parce que l'éducation qu'on leur donnait creusait un fossé artificiel. Éduquer les filles aux travaux d'aiguille, pour elles, c'était le symptôme d'une société qui préférait les maintenir dans un statut subordonné plutôt que de les traiter égal à égal avec les citoyens masculins. Et la preuve de tout ça, c'est que cet enseignement exclut les femmes des domaines scientifiques. La conséquence, c'est qu'il maintient aussi les femmes hors du pouvoir. C'est ce que nous dit Hélène Charon, l'autrice de l'article « Les formes de l'illégitimité intellectuelle, les femmes dans les sciences sociales de 1890 à 1940 » .
- Speaker #1
Si on reconnaît aux femmes des compétences pratiques, émotives et morales, si leur sont octroyées des secteurs d'implication comme l'éducation des femmes ou le travail féminin de l'assistance en plein essor, leurs contributions sont évaluées à l'aune de critères genrés qui les assignent aux particuliers et aux descriptifs, en sorte qu'elles sont maintenues dans un rapport d'extériorité à la science.
- Speaker #0
Et en effet, la façon dont elles enseignent les arts textiles ne leur permet pas d'avoir une compréhension pratique du monde qui les entoure. Elle ne leur permet pas de réfléchir loin à des questions profondes. Et d'ailleurs, personne ne les y encourage. Je pense notamment aux leçons de morale qui avaient lieu pendant les leçons de travaux d'aiguille. On en a d'ailleurs parlé dans l'épisode précédent de l'endroit et l'envers, donc si le sujet vous intéresse, je vous encourage à aller l'écouter. On reconnaît donc aux femmes des qualités certaines, mais toujours dans le soin, et c'est une éducation du soin qu'on leur donne. Cependant, cette éducation ne favorise pas un... d'un esprit scientifique. D'ailleurs, depuis le début, c'est pas ce qu'on cherche à faire. On veut pas ouvrir les femmes aux sciences, on veut les former à la famille et au domestique. Donc finalement, prise sous ce prisme-là, cette éducation féminine est plutôt logique. Limitée, mais logique. C'est exactement ce que nous dit Joël Lebaume dans son article « La transformation des travaux d'aiguille en leçons de couture » ou « La constitution d'un réseau de pratiques scolaires cohérentes » .
- Speaker #1
« L'instruction des filles est longtemps marquée par le jeu complexe des représentations collectives qui fixent leur nature, leur existence, leurs fonctions et leurs statuts. » Elle se caractérise ainsi par un décalage temporel par rapport à celle des garçons et par une orientation plus pratique des enseignements dispensés.
- Speaker #0
L'enseignement des filles est donc un enseignement de l'usuel et du pratique. Il faut savoir faire les choses avant tout. On ne cherche pas à ce qu'elles puissent questionner le monde ou à ce qu'elles développent leur imagination. Le but de l'école pour filles à ce moment-là, c'est pas de former des philosophes ni des scientifiques. Et cette différence, elle forme des esprits pratiques, mais peu enclins à développer une grande profondeur de pensée.
- Speaker #1
« Cherchant à imposer une spécialisation de ces activités selon les sexes,
- Speaker #0
nous dit Caroline Fayol, les hommes révolutionnaires défendent en effet l'idée que la participation des femmes aux affaires politiques aurait pour conséquence l'abandon des tâches permettant la gestion du quotidien. Enjeu concret de la division entre les citoyens actifs et les citoyens passifs, cette division des travaux implique que les femmes délèguent aux hommes leur part de souveraineté. » Le prétexte de cette spécialisation, c'est la nature. Les femmes seraient naturellement plus inclines à se tourner vers les domaines du domestique. Par conséquent, elles seraient aussi naturellement moins inclines à aller vers la politique. Les réflexions sur l'éducation féminine ont donc un enjeu bien concret. Garder les femmes à l'extérieur du pouvoir en les maintenant occupées à l'intérieur de leur maison et de leur famille. Et oui, car si les bonnes femmes partent voter les lois, qui va s'occuper de laver les sols ? Les hommes ? Un peu de sérieux s'il vous plaît. Bon, on rigole, on rigole, mais cette problématique d'une nature féminine a des enjeux de pouvoir très concrets. Sa définition s'exprime donc à travers l'enseignement aux travaux d'aiguille, comme nous l'affirme encore une fois Caroline Fayol. Justifiée par la nature dans les discours sur l'éducation, la division sexuelle des travaux est aussi naturalisée par des pratiques scolaires. Symbolisée par la couture, la formation des filles aux travaux domestiques à l'école s'intègre dans le projet révolutionnaire visant à leur faire intérioriser les normes,
- Speaker #1
encore peu stabilisées, de la féminité nouvelle.
- Speaker #0
Pour que les femmes deviennent ces êtres domestiques parfaits, il est très très important qu'elles intègrent ces qualités du soin à autrui dès leur... plus jeune âge. Et ça tombe bien, puisque l'école forme les citoyennes de demain. Pratique, non ? Depuis le début, les leçons de travaux d'aiguille ne prédestinaient donc pas du tout les femmes à une quelconque formation intellectuelle. Ils n'étaient pas là pour apprendre à réfléchir par soi-même, ils étaient là pour apprendre à savoir faire. C'est d'ailleurs pour ça qu'ils n'ont jamais pu trouver leur place dans un cursus scientifique ou universitaire. Parce que oui, malgré ces obstacles, certaines femmes vont essayer de passer par leur éducation pour aller vers la science. Et en vrai, c'est plutôt logique. Vous commencez avec l'école. et si ça vous plaît, vous allez essayer d'enchaîner avec un cursus universitaire. Oui, mais le problème, c'est que la formation qu'on donne aux femmes les renvoie sans cesse aux domestiques. Donc elles ne peuvent pas développer leur esprit scientifique et prendre de la place dans l'espace public, comme les hommes. Alors même que certaines d'entre elles auraient aimé élever les travaux de la maison au même rang que les matières scientifiques. Honnêtement, avant de commencer les recherches pour cet épisode, je ne savais pas du tout que certaines femmes ont voulu faire entrer les travaux domestiques dans l'univers scientifique. C'est Nicole Mosconi, dans l'enseignement ménager en France, sciences et techniques aux féminins. qui en parle.
- Speaker #1
Dans les années 1900,
- Speaker #0
un certain nombre de femmes des classes dominantes ont cru trouver dans l'enseignement ménager un nouveau domaine de réflexion légitime qui leur assurerait une reconnaissance proprement intellectuelle. Mais deux conditions président à la reconnaissance intellectuelle. Faire de la théorie et s'exprimer dans l'espace public. Or, l'enseignement ménager reconduit la double division du travail entre les sexes. Il renvoie les femmes à l'espace privé et les cantonnes à la pratique. C'est pourquoi les tentatives d'institutionnalisation des sciences domestiques au niveau universitaire dans les années 1930 échoueront. Avec une éducation genrée au féminin, les femmes de toutes les classes sociales se retrouvent donc piégées. Personnellement, je trouve ça très ironique d'avoir voulu une école gratuite et obligatoire pour, au final, refuser certaines matières aux uns et aux autres. Au bout du compte, ce sont les femmes qui en ont pâti, et on va le voir, certaines plus que d'autres. Parce que oui, les leçons de travaux d'aiguille sont également un marqueur social qui devient de plus en plus discriminant au fil des années. C'est Joël Lebaume qui nous en parle dans l'enseignement ménager en France, sciences et techniques au féminin. Interdites d'université, les sciences ménagères renvoient celles qui les promeuvent à leur position subordonnée, soit dans le couple de la famille bourgeoise, soit dans le rapport de classe, pour les responsables de ces enseignements dont les curricula montrent souvent l'origine populaire. On comprend aussi que cet enseignement n'ait pu être valorisé par des lycéennes des milieux bourgeois, qui aspirent de plus en plus au cours du XXe siècle à une formation universitaire. On comprend donc que quand on était femme et en plus issue de milieux pauvres, alors là c'était le pompon. Les les travaux d'aiguille renvoient à la féminité. enfermés dans le domestique, mais aussi à la classe populaire qui compte sur ces cours pour se former un métier. Ils sont donc très fortement marqués socialement et trouvent de moins en moins d'écho chez les femmes des milieux aisés au début du XXe siècle. Car si ces femmes riches veulent être les égales de leurs frères, elles savent qu'elles doivent briguer la même éducation et se détacher des milieux ouvriers. Et donc, des leçons d'aiguille ou de ménage qui sont pourtant si précieuses pour les femmes des milieux plus modestes. Bon, petite pause, parce que là ça commence à sentir le roussi pour notre matière. Donc je propose de prendre une grande respiration, et j'en profite pour vous dire à quel point votre soutien compte pour moi. Vous écoutez l'épisode et c'est incroyable, je pensais pas mener un tel projet un jour, et tout ça, c'est à cause de vous. J'espère que vous êtes fiers de vous, parce que moi oui, je suis contente qu'on soit là tous ensemble. J'ai déjà trop hâte de vous retrouver au prochain épisode, alors que celui-là est même pas fini, donc j'espère que vous allez vous abonner et interagir. avec cet épisode pour qu'on puisse se retrouver dans les prochains. Voilà, c'est tout, bisous ! De retour sur le plateau avec une date, 1881. Cette date, elle est importante pour l'histoire de l'éducation féminine française parce qu'elle marque la création de l'école normale supérieure de jeunes filles de Sèvres. Plutôt cool, hein ? Ça veut dire que certaines jeunes filles vont désormais pouvoir accéder aux études supérieures. Parce que jusque-là, les filles allaient en primaire et puis c'est tout. Pour les études supérieures, c'était du privé obligatoirement puisque l'État ne prenait pas encore ça en charge. Heureusement, Avec cet établissement qu'on va appeler l'école supérieure de Sèvres pour que ce soit plus facile, les jeunes filles qui briguent une éducation semblable à leur frère accèdent aux précieux sésames. Les études supérieures, le sérieux, l'égalité qu'elles désiraient. Du coup, les travaux d'aiguille vont être pris au sérieux là, non ? Non ? Bon, comme vous vous en doutez, ça va pas être aussi simple. Parce que malgré l'aspect positif de l'accès à un tel enseignement, l'État y se mouille pas trop lorsqu'il s'agit de légiférer sur l'éducation des filles. Par exemple, il ne donne... aucune obligation chiffrée et il laisse les municipalités gérer elles-mêmes le budget accordé à l'éducation des filles. Ça montre encore une fois que l'éducation des filles est en retard par rapport à celle des garçons et, encore une fois, ça montre à quel point on ne prend pas du tout les femmes au sérieux malgré tout. Attendez, je dois bien avoir une citation pour ça... Oui, j'en ai une. Direction l'article d'Antoine Prost intitulé « Inférieur ou novateur ? L'enseignement secondaire des jeunes filles de 1880 à 87 » . Deux choix sont ainsi arrêtés. Le premier est négatif. Aucun objectif chiffré. n'est fixé. Le gouvernement ne s'est pas lié les mains et il subordonne son propre engagement à celui des municipalités. Le second positif distingue les responsabilités et décide d'un mode de gestion. Les externats relèvent de l'État. C'est eux dont la création est décidée. Les internats qui peuvent leur être annexés relèvent des municipalités. En conséquence, le budget de l'externat et celui de l'internat sont clairement séparés alors qu'ils sont confondus dans les lycées de garçons. Le ministère ne les fera bénéficier de cette organisation plus logique qu'avec la réforme de 1902. On adore être une fille et passer après les autres, c'est vraiment délicieux. Sans transition, passons à la nuance. En fait, avec Antoine Prost, je suis tombée sur un auteur qui proposait une lecture, disons plus calme, des événements. Même si je ne suis pas d'accord avec absolument tout ce que j'ai lu, c'est important de noter deux-trois trucs. D'accord, l'enseignement féminin supérieur présente des lacunes, des retards et des différences de budget. Cependant, c'est quand même important de rappeler que cet enseignement-là n'a pas été pensé uniquement pour opprimer les femmes, mais qu'il s'inscrit aussi dans une volonté de proposer et d'adapter. un enseignement selon les publics. En fait, le but de tout ça, c'est de proposer quelque chose d'assez attractif pour que les familles aient effectivement envie d'y placer leurs filles. Parce que le problème de l'accès aux filles à l'enseignement supérieur, c'est que ça se bousculait pas vraiment au portillon au début. Comme le dit Antoine Prost,
- Speaker #1
les réformateurs de 1880 ne sont pas confrontés à une demande massive d'enseignement secondaire pour les filles qu'ils auraient cherché à endiguer. Leur problème est exactement l'inverse. Il est de susciter une demande encore timide en proposant... Une offre attractive et crédible, mais proprement secondaire.
- Speaker #0
Former les jeunes filles, oui, mais tout en ne bousculant pas réellement le curriculum. Donc toujours pas de latin ni de philo, et toujours un enseignement manuel et ménager. Avec le reste des matières générales bien entendu. Parce que si on veut que les parents aient envie d'y placer leurs filles, et que les filles elles-mêmes aient envie d'y aller, c'est mieux de bousculer personne et de rester dans une offre que tout le monde connaît bien. Et n'oublions pas que les changements se font petit à petit, un pas après l'autre. D'accord. L'enseignement féminin souffre de sexisme et de grosses lacunes, mais à cette époque, c'était déjà pas rien de proposer aux élèves d'intégrer l'enseignement secondaire. Mais il est temps de piétiner cette petite lueur d'espoir. Pourquoi ? Parce que d'un autre côté, force est de constater que cette éducation reste inférieure au cursus proposé aux lycéens. La preuve en est qu'à la fin, le diplôme décerné aux garçons s'appelle baccalauréat, mais les filles, malgré le même nombre d'années d'études, elles n'ont pas cet honneur. Elles, elles n'ont pas le baccalauréat à la fin, elles ont juste un diplôme. Preuve que leur éducation est encore et toujours... perçue comme inférieure. L'idée d'intituler le certificat d'études baccalauréat comme son équivalent masculin n'est même pas discutée. Alors que les deux enseignements sont tous deux secondaires et s'étendent tous deux sur cinq ans, cette différence atteste une incontestable infériorité,
- Speaker #1
explique Antoine Prost. L'emploi du temps des filles est également amputé de quelques heures d'enseignement. C'est encore une fois Antoine Prost qui nous l'explique.
- Speaker #0
Le Conseil supérieur de l'instruction publique intègre dans cet horaire les matières que l'administration jugeait accessoires. Le dessin. La musique, la gymnastique, les travaux à l'aiguille. La conséquence est de réduire à 15 ou 16 heures, au lieu de 20 dans le projet de l'administration, le temps d'enseignement proprement dit. Assurément, il n'aurait pu l'être sans un consensus implicite sur l'importance du dessin et de la musique et de la couture pour les filles qu'on retrouve dans toutes les maisons d'éducation féminine. C'est là où le bas blesse. Malgré tous les efforts de l'administration publique, malgré les avancées sociales... qui leur permettent d'aller plus loin dans leurs études, les filles sont encore et toujours considérées par leur seule qualité d'agrément. On préfère rogner sur le temps éducatif plutôt que d'avancer sur leur place dans la société. Parce que c'est ça que nous disent les programmes des écoles pour filles. Une fille est bien éduquée quand elle sait se tenir, qu'elle est jolie et qu'elle sait s'occuper de sa maisonnée. On en revient encore et toujours au package de la parfaite femme au foyer. Finalement, c'est pas étonnant que les femmes aient été maint... maintenues en dehors des sciences, alors même qu'elles cherchaient à y entrer avec leurs propres connaissances. C'est pas étonnant non plus qu'elles aient été considérées comme trop légères ou fragiles pour faire de la politique. Et c'est toujours pas étonnant qu'elles n'aient pas pu être les égales de leurs frères. Tout de leur éducation à leur rôle dans cette société française du XIXe siècle les poussait à être juste de jolis minois et de bonnes mères. Et ce, malgré les voix des dissidentes comme Marie Wollstonecraft, qui demandait plus d'égalité. Mais aussi, malgré les vœux pieux de l'éducation nationale de l'époque, qui voulaient pousser les jeunes filles vers les études supérieures. Le problème, c'est qu'elles n'avaient pas la même éducation que les garçons. Et j'entends le mot éducation dans le sens de l'enseignement donné à l'école, mais aussi dans le sens plus informel de l'éducation reçue à la maison. À partir du XXe siècle, on va en effet avoir des petites passerelles très discrètes entre l'école et la maison. Aussi étonnant que ça puisse paraître, je suis en train de parler des magazines pour fillettes. Alors... Écoles, féminité et magazine pour fillettes, c'est quoi le rapport ? Eh bien il y a un fil invisible entre la maison et l'école. C'est un lien qui s'affiche à l'aide du tous et toutes, mais qu'on semble ne pas voir tellement il est partout. Et ce lien, c'est les magazines pour petites filles de ce début de XXe siècle. Je parle de périodiques comme la Semaine de Suzette, Lisette, Fillette ou Bernadette. Pas mal de hêtes. Ils apparaissent dans les années 1920 et ils s'adressent à une cible bien spécifique. Les filles entre 7 et 15 ans environ. Et dans ces magazines d'un genre nouveau, on retrouvait grosso modo quatre formules déclinées à l'envie. Les fictions en tout genre, l'édito qui servait de bleu sans morale, le courrier d'électrice et la rubrique apprentissage. Et c'est surtout sur cette dernière qu'on va se pencher. Donc voilà, tout ça c'est bien, mais c'est quoi le rapport avec notre sujet ? Eh bien les magazines pour petites filles sont conçus comme une passerelle entre l'école et la maison. Donc forcément ils nous intéressent. Et comment ils la font cette passerelle ? Tout simplement en se faisant le relais du discours officiel de l'école. C'est Béatrice Guillier qui nous explique tout ça dans l'article de l'école. À la maison, à la cour de récréation.
- Speaker #1
Les lois scolaires et l'enseignement ménager viennent contribuer à une organisation du foyer fondée sur le dimorphisme sexuel. Les périodiques pour petites filles participent à la construction d'une future mère de famille patriote en transmettant une idéologie impérialiste et une vision d'un monde ordonné et hiérarchisé en termes de classe.
- Speaker #0
Ouais, ils avaient l'air fun au début ces magazines. Au début ! Ils ont donc un rôle bien particulier dans la vie des élèves, mais aussi dans l'appareil scolaire. En fait, ces magazines permettent aux enfants de continuer leur apprentissage de la couture à la maison grâce aux modèles qu'elles y trouvent dans les rubriques. apprentissage dont on parlait plus tôt. Ils sont aussi les porte-parole d'un idéal de société tournée vers l'ordre et la famille traditionnelle. Un papa, une maman, mariés, des genres et des rôles qui ne se mélangent pas. On retrouve tous les ingrédients utilisés dans les leçons de travaux d'aiguille. Entre la leçon de morale, l'aspect genre et de ses périodiques, la préparation à la vie future sur le prisme de la maternité et les pratiques textiles, on comprend pourquoi ces magazines sont importants. Important pour l'école, mais aussi pour le tissu social traditionnel. Et ces magazines, ils se contentent pas d'avoir juste le contenu qui va bien avec l'école. Non. Ils vont plus loin. Notre autrice Béatrice Guillier,
- Speaker #1
elle nous dit encore que « Dans leur forme et dans le contenu de leur rubrique,
- Speaker #0
du fait de leur statut légal et de leur rythme de parution, les périodiques pour petites filles sont pensées dans leur articulation avec l'école. Ils se vendent fièrement à tous les kiosques, on a un nouveau numéro chaque semaine, leur contenu rentre parfaitement dans le moule éducatif de l'époque. Les périodiques pour fillettes sont pensées comme un outil pédagogique à la fois pour l'école, mais aussi de manière plus générale. C'est une éducation à la féminité qu'ils proposent. » On est donc sur des périodiques qui sont accessibles. qui sont réglementées et qui proposent des modèles aux petites filles pour habiller leur poupée ou leur petite Adèle. En fait, ils contiennent tout ce qu'il faut pour continuer l'éducation morale des petites filles entamées à l'école, ainsi qu'une continuité de ce qu'elles font pendant leurs heures de travaux manuels. Et comment parler de scolarité sans parler des éditions Nathan ? Même si ça ne vous dit rien là, comme ça, vous avez forcément eu entre les mains un de leurs manuels pendant votre scolarité, à un moment ou à un autre. Nathan, c'est purement et simplement un monument de l'édition scolaire. En aparté, espérons qu'il le restera, car au moment où j'ai fait cet épisode, il appartient aux milliardaires d'exemple. extrême droite, Vincent Bolloré. Donc, les éditions Nathan. Figurez-vous qu'elles étaient déjà là et aux côtés des élèves dans les années 1920. Et même que Nathan était une maison d'édition, précurseur dans l'idée d'apprendre en s'amusant. Dans cette optique, l'entreprise a conçu une poupée particulière, la poupée Suzy. Et le rôle de cette poupée, c'était d'être utilisée pendant les leçons de travaux d'aiguille, aussi bien qu'à la maison. Afin de lier l'utile à l'agréable, Nathan va conseiller de coudre tout le trousseau de la poupée. Entre la classe et la maison, la poupée Suzy sera utile aux jeunes filles pour s'entraîner à coudre sur un vrai modèle, entre guillemets.
- Speaker #1
Ainsi, les publications de Nathan invitent les institutrices à introduire la grande poupée Suzy de 80 cm de taille, vendue avec une brochure décrivant tous les détails de la confection de son trousseau et assurant le développement des programmes.
- Speaker #0
C'est Joël Lebaume qui nous explique ça dans « La transformation des travaux d'aiguille en leçon de couture » . ou la constitution d'un réseau de pratiques scolaires cohérentes. On voit donc à quel point l'éducation féminine ne s'arrête jamais. La formation idéologique des futures femmes se fait à l'école, dans la cour de récré, sur les jours de repos et à la maison. Bref, il faut que ça rentre. dans le crâne des fillettes. On a une très forte perméabilité entre l'école et la maison, entre l'apprentissage et l'amusement. Tout ça, ça passe, entre autres, par l'apprentissage des travaux des clients. Mais il n'y a pas que les éditions Nathan qui proposent une poupée à habiller. En fait, quasiment tous les hebdomadaires de cette période qui s'adressent aux fillettes ont leur petit égérie modèle réduit et conseillent dans leur rubrique les vêtements à lui confectionner. On repart sur Béatrice Guillier avec cette citation.
- Speaker #1
Les rubriques de travaux d'aiguilles, richement illustrées, occupent une place particulièrement centrale, juxtaposant une iconographie proche de celle des catalogues de mode et des textes, encourageant les lectrices à coudre et à tricoter pour leurs proches ou leurs poupées.
- Speaker #0
Entre deux courriers d'électrices, on fait donc la part belle aux rubriques de travaux d'aiguilles. de couture et de tricot, avec de belles enluminures et beaucoup d'illustrations pour proposer aux fillettes toujours plus de modèles. Et en vrai, c'est super mignon, ça a un charme très désuet si jamais vous pouvez jeter un œil. Entre la poupée Suzy et les autres, le choix de magazine et de poupée est très large et suit les enfants partout. Le travail des petites sortait donc largement du cadre scolaire. Donc, pour résumer, les périodiques pour filles tout mignons de ce début de XXe siècle sont beaucoup moins choupis et innocents qu'ils n'y paraissent. Bien sûr, on n'a aucun génie du mal qui tire les ficelles Henri Canin derrière chacun de ses magazines. Mais parce qu'ils se font le relais de l'école et du discours officiel sur l'éducation des filles dans une société très sexiste, forcément, ils ont leur point d'ombre. En outre, on voit qu'avec la semaine de Suzette et tous les autres, une certaine porosité se dessine entre le statut officiel de l'école et le statut informel de la maison. La féminité s'est construite, ça s'apprend, et on n'arrête pas d'être une petite fille hors des cours de couture. Au contraire, notre apprentissage des pratiques textiles comme le tricot ou le crochet continue en dehors des cours carrés des écoles. Merci les magazines. Mais, parce qu'il y a un mais, les années 1960 se profilent à l'horizon et avec elles, c'est toute la société qui va muter. Et ça, c'est dû à un facteur inattendu, la mixité scolaire. Parce qu'à votre avis, il arrive quoi à une matière réservée aux filles quand on fait venir des garçons dans les classes ? Les années 60, que personnellement j'ai pas vécu, j'imagine souvent ça comme une époque vitaminée et politique. C'est plein de remous et de changements. C'est l'indépendance des colonies françaises d'Afrique. C'est la chute du mur de Berlin. C'est le mouvement hippie. C'est la légalisation de la pilule. Et ces changements politiques, ils se voient aussi dans la vie de tous les jours. Les jupes se raccourcissent. Le rock arrive sur les ondes. Les gars laissent pousser leurs cheveux. Bref, il se passe des trucs. Et l'un de ces trucs, ça va bouleverser l'école telle qu'on la connaît jusque-là. Ce truc, c'est la mixité scolaire. Mais où sont passés nos chers magazines ? Ah je les vois, toujours à leur place, toujours bien implantés. Peut-être plus pour très longtemps en revanche, on va voir ça ensemble. Enfin, pour l'instant, ils continuent leur travail discret de porte-voix de l'État. Et ils s'adaptent aussi, parce que jusque-là... ils ne remettaient pas en question les écoles pour filles et celles pour garçons. Normal, c'était la norme voulue par les politiques scolaires. Mais quelque chose est en train de changer depuis la fin des années 50. Les écoles sont en train de devenir mixtes. Ça veut dire que tout le monde commence à se mélanger et qu'on n'est plus sur une délimitation stricte entre les filles d'un côté et les garçons de l'autre.
- Speaker #1
En relayant avec Zelle les discours officiels sur la mixité scolaire, les périodiques se situent une fois de plus dans la continuité des politiques publiques en matière d'éducation.
- Speaker #0
Comme le dit Béatrice Guillier. Alors comme ça, la mixité scolaire arrive dans les années 50-60 ? Pas de problème, les magazines vont une fois encore se faire le relais de l'État en vantant les mérites de celles-ci. Et c'est pas juste parce qu'ils sentent le vent tourner, mais aussi parce que leur fond de commerce, c'est les gamines, et que la vie des petites élèves est sur le point de se modifier assez drastiquement. Donc c'est plutôt normal qu'ils accompagnent leurs lectrices à travers ces nouvelles tribulations. même si certains d'entre eux feront un peu de résistance. Mais au final, tous les magazines finiront par s'adapter à cette nouvelle réalité, celle d'une mixité scolaire voulue par l'État et l'école. Et là, on passe à un aspect intéressant des leçons de travaux d'aiguille. Parce que oui, aussi étonnant que ça puisse paraître, on parle toujours de travaux d'aiguille. C'est d'ailleurs ça que je trouve fascinant avec les pratiques textiles. S'y intéresser, c'est toucher du doigt une myriade d'autres sujets dont on n'avait pas idée avant. Bref, on a la mixité scolaire qui va mettre un coup dans l'aile des leçons de couture. Et promis, on va y revenir. Mais avant ça... c'est super important qu'on parle d'un autre truc. L'autre cause de disparition des leçons de travaux d'aiguille. Parce que si vous vous souvenez bien, cette matière, elle est là avec un but très précis. L'apprentissage de la féminité sous l'angle particulier de la femme au foyer. Je le répéterai jamais assez. Les travaux d'aiguille servaient à modeler les futures femmes idéales telles que perçues au XIXe siècle. Et à cette époque, la femme idéale, c'était pas très compliqué. C'était une femme restant à la maison, jolie, polie, qui fait des enfants en s'occupant de tenir sa maison toute belle et propre. Les leçons de travaux d'aiguille servent donc à propager cet idéal chez les élèves. Mais comment on fait quand cet idéal lui-même devient caduc ? Comment on fait quand ce que vous êtes censé faire en tant que femme au foyer, des machines peuvent le faire mieux, moins cher et plus vite ? Je veux bien évidemment parler de textile et surtout production textile. En effet, les changements entamés par la révolution industrielle au XIXe siècle vont se transformer en déferlantes pendant la période d'après-guerre. Pourquoi s'emmerder à faire quand on peut acheter ? Et c'est là qu'on voit un vrai tournant pour les pratiques textiles. Parce que le paradigme va changer. Et il va changer parce qu'on ne demandera plus la même chose aux femmes. là où autrefois il était. impératif qu'elles sachent se débrouiller avec du fil et une aiguille pour produire des objets pour leur maison et leur famille, à partir des années 1950 environ, on va leur demander autre chose. On ne va plus leur demander de savoir faire, mais on va leur demander de savoir acheter. Je laisse la parole à Joël Lebaume.
- Speaker #1
L'accélération de la révolution industrielle et technique des années 1960 fera chuter cette valeur économique de la ménagère, sapant le statut de la femme au foyer et ébranlant les valeurs... non-économique de son rôle.
- Speaker #0
Entre l'explosion du consumérisme, la libération sexuelle et l'hégémonie grandissante des Etats-Unis, tout est en train de changer, y compris le rôle jusque-là accordé aux femmes au foyer. Et ça, ça va avoir une incidence sur nos leçons de travaux d'aiguille. Du coup, ça commence à devenir de plus en plus obsolète d'enseigner les valeurs véhiculées par les leçons de travaux d'aiguille, quand ces mêmes valeurs commencent à se déplacer vers d'autres sphères. Déjà que notre pauvre matière n'était pas vraiment prise au sérieux à la fin du 19e siècle à cause de sa dimension purement féminine, là, elle est vraiment reléguée à la fin du programme. Mais elle est toujours là. Et qui va se retrouver en première ligne pour apprendre ce nouveau mode de fonctionnement ? Eh bien, ça va être la plus jeune génération, les enfants. Parce que quand on y pense, ce sont eux les futurs consommateurs. Et en plus, si autrefois il était plus difficile de consommer à cause de la guerre et de l'après-guerre, passé cette période, les enfants deviennent une cible de choix. Et leur consommation, elle passe par quoi ? Par les magazines pour enfants. C'est encore un angle que Béatrice Guillier couvre dans son papier Apprendre à coudre ou savoir consommer.
- Speaker #1
Un autre modèle de féminité est donc à présent davantage valorisé.
- Speaker #0
Celui d'une femme consommatrice et... organisatrice du foyer. Ces problématiques émergent progressivement dans la première moitié du XXe siècle dans les journaux pour fillettes, participant d'une mutation socioculturelle majeure. La prise en compte croissante des enfants comme personnes à part entière et donc consommateurs potentiels. C'est-à-dire qu'on demande toujours aux femmes de tendre vers cet idéal de perfection féminine inventée toute pièce. Ce serait trop beau si on les laissait tranquilles. Mais cet idéal s'est déplacé vers autre chose. Parce que quand on regarde bien, c'est toujours aux femmes qu'il incombe de s'occuper de la maison et des enfants. Et c'est toujours aux femmes de faire en sorte de créer un petit intérieur bien cosy et propret. Plutôt que de le faire avec leurs mains, il est attendu qu'elles le fassent avec leurs porte-monnaie. Plutôt que de concevoir et fabriquer des choses faites de fil et de tissu, il est attendu qu'elles sachent quoi acheter et vers quelles bonnes affaires se tourner. Et les magazines pour fillettes, ils vont jouer un rôle très important dans la décorrelation des savoir-faire techniques vers ces nouvelles compétences en aidant à propager auprès des petites filles ce que l'on attend d'elles désormais. Alors bien sûr, c'est pas un message qui est passé en une nuit, ça a été long et progressif, mais au final, comme l'explique Béatrice Guillier dans son papier de l'école à la maison, à la cour de récréation.
- Speaker #1
Tandis que la réalisation de petits bricolages et les travaux manuels deviennent l'apanage des plus jeunes lectrices, les plus âgés reçoivent de fortes injonctions, à savoir choisir leur habillement avec goût, écouter la musique à la mode ou encore danser.
- Speaker #0
Donc l'essence de ces magazines ne disparaît pas. On a toujours les modèles de tricot et les patrons de couture, mais de plus en plus, ça va concerner les plus jeunes des lectrices, celles qui ne sont pas encore ados. Parce que pour les ados, qui se rapprochent de l'âge adulte à vitesse grand V, il est nécessaire de les former à ce qu'on attend désormais d'elles, Un savoir. être féminin plutôt qu'un savoir-faire féminin. Toujours de notre autrice préférée Béatrice Guillier, mais de son autre papier Apprendre à coudre ou savoir consommer, j'ai cette citation. pourvoyeuse des achats de son foyer, la petite fille est tenue d'apprendre à distinguer les bonnes affaires des mauvaises, de savoir quel chapeau acheter pour aller avec sa nouvelle robe et quel type de vêtements porter en accord avec sa morphologie. Elle doit avoir un goût assuté et un regard formé à agencer correctement son intérieur et à s'habiller dans un style cohérent. Les gamines apprennent toujours les arts du fil, ça, ça change pas. Elles l'apprennent à la maison, elles l'apprennent à l'école, mais on voit qu'elles l'apprennent moins. Parce que le truc avec ces magazines, c'est qu'ils ne sont pas la cause. Les changements sociétaux qui sont en train de se produire pendant les années 50 et 60, c'est C'est pas Bernadette ou la semaine de Suzette qui l'ont décidé. Eux, ils ne sont que le symptôme de quelque chose de plus grand et de plus profond. La guerre est bel et bien terminée, les mœurs évoluent, les mentalités changent. On veut profiter, et ça passe par une consommation de plus en plus présente dans nos vies de tous les jours, et donc une autre façon d'envisager notre quotidien. Et cette façon de consommer, elle est elle-même permise grâce à l'industrialisation qui menaçait déjà les cours de couture au XIXe siècle. Et il y a un autre truc que les magazines commencent à vanter. Ce truc, c'est la mixité. Parce que dans les années 1960, la mixité scolaire passe de mythe. à réalité et les écoliers et écolières se mélangent de plus en plus. Et ça, ça a une incidence très concrète sur la vie scolaire des petites filles. Si les petites filles n'échappent pas aux injonctions de genre, nous rappelle Béatrice Guillier dans son article « De l'école à la maison à la cour de récréation » , elles sont invitées à cohabiter avec les garçons et sont confrontées à l'abandon progressif de la transmission de savoir-faire traditionnel. Elles sont incitées à... à développer davantage des savoirs non techniques, les compétences liées au travail émotionnel et les savoir-être liés à la consommation et à l'habillement. Le tricot, le crochet, la broderie et la couture commencent lentement, mais sûrement, à tomber en désuétude. Si on continue quand même à donner des cours de travaux d'aiguille, clairement, la priorité commence à se situer ailleurs. Cet ailleurs étant désormais les savoir-faire non techniques et le travail du soin dirigé vers les garçons. Parce que la future femme parfaite n'a plus les mains occupées uniquement par ses aiguilles, non. Maintenant, la future femme parfaite sait comment agencer. tel top avec tel paire de chaussures, elle connaît les dernières tendances, et de manière générale, sa vie tourne désormais autour du fait de se rendre la plus agréable possible pour les garçons qui l'entourent. Et ça, l'école contribue à l'enseigner sans le vouloir, avec cette mixité scolaire. Parce que plus on va les mélanger, plus les enfants vont devoir composer entre eux et elles. Et ça, aucun cours de couture ne peut les y préparer. Même papier, même autrice citons également ceux-ci, qui restent dans la veine de ce qu'on a dit plus haut. Les illustrés pour petites filles relèvent d'une idéologie patriarcale. et incitent leurs lectrices à apprendre le futur rôle social qu'elles occuperont en tant que femmes. La généralisation de la mixité scolaire et l'arrivée des garçons dans les pages des journaux provoquent un changement. dans le type d'apprentissage mis en avant dans les pages des revues. Plutôt que d'apprendre à coudre ou à cuisiner, les petites filles sont sommées d'apprendre à composer avec des garçons pénibles, incontrôlables, voire dangereux. Les injonctions aux fillettes se modifient, car la future femme parfaite n'est plus nécessairement celle qui tient bien sa maison, mais celle qui s'adapte aux hommes, dans leur regard et dans sa façon d'être. L'école n'a jamais été un endroit libéré du regard masculin. On l'a vu dans l'épisode précédent quand on a analysé pourquoi on a proposé des leçons de travaux d'aiguille aux femmes à la base. Mais autrefois... On préparait les fillettes à un lointain futur. À partir du moment où la mixité scolaire arrive dans les classes, le lointain futur devient le présent de maintenant. Un présent, pédanjonction pour les fillettes. Parce qu'avec la mixité scolaire, les filles s'adaptent aux garçons 24h sur 24. Elles doivent composer avec leurs homologues masculins à la maison, dans la vie de tous les jours, quand elles font les courses, bref, c'est déjà un peu tout le temps. Mais en plus, désormais, elles doivent aussi adapter leur comportement et leur façon d'être à l'école. Parce que désormais, il y a des garçons à l'école. Du coup, la mixité scolaire... entre autres, a contribué à redéfinir la féminité et à en définir les nouvelles injonctions. Et évidemment, ça a changé la face des leçons de travaux d'aiguille. Vous reprendrez bien un peu de Béatrice Guillet. Il m'en reste Lisette,
- Speaker #1
Suzette et les autres.
- Speaker #0
préparent au contraire les petites filles à un monde saturé d'innovations techniques dont elles se font ouvertement les héros des lits médias après-guerre. Une véritable rupture dans la transmission des techniques de travaux d'aiguille tant à l'école qu'à la maison a alors lieu et une lente évolution vers leur qualification en tant que loisirs créatifs et modes d'expression personnel au tournant des années 1970 s'enclenche. Ça, c'est tirer de son papier, apprendre à coudre ou savoir consommer. Parce qu'il arrive quoi à un domaine qui n'est plus essentiel ? Eh bien, il a le choix entre disparaître lentement ou s'adapter pour ne pas mourir et c'est exactement le chemin que vont emprunter les arts du fil. C'est presque... Est-ce que plus la peine d'apprendre à faire du tricot pour fabriquer soi-même ses bas de laine ? Maintenant, on les achète. C'est plus la peine d'apprendre à coudre soi-même ses tabliers ? Maintenant, on les achète. Et c'est plus la peine d'apprendre à faire ses napprons au crochet ? Parce que maintenant, vous l'avez deviné, on achète aussi sa déco. Les travaux d'aiguille sont véritablement en train de muter, de se transformer. Ils sont le reliquat d'une féminité désuète. Avant, on devait savoir faire. Maintenant, on doit savoir consommer. Et c'est là que le tournant des pratiques textiles va s'opérer. Les travaux de couture et d'aiguille vont entrer dans l'ère des loisirs créatifs. Par conséquent, celles qui, par exemple, n'ont jamais été trop au diapason du crochet vont pouvoir commencer à lâcher l'affaire tout doucement. En revanche, celles qui aiment sincèrement le crochet vont pouvoir continuer à en faire sans que ce soit une injonction aussi forte qu'avant. Et là, ça me fait penser à toutes ces fois où j'ai vu passer sur internet cette idée comme quoi les pratiques textiles d'aujourd'hui sont plus féministes que celles d'autrefois. Est-ce que ça vient de ce changement de paradigme pour les arts du fil ? Et vu qu'on sait maintenant que les injonctions à la féminité ont toujours été là, mais que se sont déplacées, est-ce que c'est vraiment si politique et féministe de pratiquer un art textile aujourd'hui ? Dites-moi en commentaire si un épisode de ce type vous intéresserait, parce que moi en tout cas, j'ai l'impression qu'on est sur un truc. Mais revenons à nos périodiques pour fillettes. Puisqu'ils suivent les politiques de l'État, et que l'État pousse l'école à devenir mixte, ces mêmes périodiques vont à leur tour faire valoir de nouvelles formes de féminité et contribuer ainsi à la définir. Et c'est là qu'on voit vraiment le rapport. entre les leçons de travaux d'aiguille à l'école et les périodiques pour fillettes du XXIe siècle. Parce qu'en plus d'être un relais de l'État et de ses politiques, ses magazines sont également un miroir social. Ils sont le témoin d'un monde qui change. Et la façon dont ils traitent leurs différentes rubriques est l'écho des changements profonds qui s'opèrent pendant les années d'après-guerre. Par exemple, les rubriques modèle et patron s'amoindrissent jusqu'à devenir de simples colonnes de loisirs créatifs vidées de leurs contenus moraux. Béatrice Guillet, oui, toujours elle, nous rappelle dans De l'école, à la maison, à la cour de récréation qu'en 1960, une réforme des rythmes scolaires supprime les cours du samedi après-midi dans l'enseignement primaire. De fait, cela revient souvent à évincer les travaux d'aiguille qui bénéficiaient de ce créneau dans l'emploi du temps des écoliers. L'enseignement ménager laisse ensuite la place à la technologie, pensée comme un enseignement asexué. Dans les périodiques, on observe la lente disparition des rubriques de couture ou de tricot. Les pages des illustrés sont davantage consacrées à deux aspects du temps libre, la consommation et les loisirs. Est-ce que c'est mieux ou est-ce que c'est dommage ? Je vous laisse seul juge. En revanche, le constat est là. les pratiques textiles ont lentement... mais sûrement disparu de notre quotidien. L'enseignement de ces pratiques est retourné dans le giron de la maison, et encore uniquement pour celles que ça intéresse vraiment. En outre, depuis le début, l'enseignement des travaux à l'aiguille est revêche à la pédagogie pure, et on observe une certaine difficulté à inscrire ces enseignements dans la continuité scolaire. Donc, que l'enseignement aux travaux d'aiguille se fasse de plus en plus mince, c'est une surprise pour personne finalement. En fait, la période de grands changements que sont les années 60, ça apporte du changement, eh oui. Et notamment du changement dans le monde des arts du fil qui occupe une place de plus en plus obsolète et de moins en moins nécessaire. Et c'est là qu'on voit à quel point les périodiques pour fillettes sont importants pour comprendre cette partie de l'histoire. Parce que leur rapport à l'école et au discours officiel de l'État en fait les témoins de ce qui est en train de changer. Le fait que les leçons de couture disparaissent et que ces mêmes magazines disparaissent en même temps, c'est assez symptomatique de cette société qui est en train de changer en profondeur. Elle est en train de muer, tel un serpent, et de laisser ses vieux oripeaux derrière elle. Béatrice Guillier, dans De l'école, à la maison, à la cour de récréation, nous l'explique comme ça. La disparition des périodiques pour petites filles documente également la rupture des liens de transmission familiale et féminine et la perte des savoir-faire techniques au profit de compétences liées à la consommation. Tricotés et brodés ne s'inscrivent plus dans les apprentissages indispensables à la petite fille pour participer à l'économie domestique, mais rejoignent... leur rend des loisirs qui participeraient à l'épanouissement individuel des fillettes. Ces magazines ont changé, car la période a changé. Savoir s'occuper de sa future maisonnée et de sa future famille n'implique plus de réussir ses tricots ou de savoir repriser. Désormais, les petites filles sont attendues au tournant sur d'autres domaines quand elles grandiront. Savoir consommer, suivre les modes, que ce soit habillement, musique, culture, etc. Céder la place aux garçons dans des espaces qu'elles ne partageaient pas avant. Bref, s'adapter aux masculins et à ses attentes. Le caire est toujours là, mais il s'est déplacé. Les arts du fil rejoignent les rangs des arts créatifs qui ne sont plus nécessaires, mais plaisants pour celles qui veulent continuer d'en faire. Il commence à devenir optionnel. L'aspect maternel et domestique attendu pour une femme passe alors dans la sphère consommation. Et il est là le rapport entre la disparition des leçons de travaux d'aiguille, les magazines pour fillettes de la première moitié du XXe siècle, et l'arrivée de la mixité scolaire. C'est un triptyque qui représente parfaitement le premier cercle concentrique d'une pierre qu'on aurait jetée dans l'eau. Et ce cercle s'étend. toujours plus au fur et à mesure qu'on le replace dans son histoire. Parce qu'on pourrait encore ajouter les cercles des 30 glorieuses, du consumérisme, des droits des femmes gagnés grâce au féminisme, de la pédagogie qui se modernise, de l'industrialisation galopante. Bref, dans un monde qui change, on ne peut pas tout garder. C'est d'ailleurs ce que nous dit encore une fois notre papesse en chef, Béatrice Guillier, dans Apprendre à coudre ou savoir consommer. Dans le cas des journaux pour petites filles, le dispositif périquite finalement. Contrairement aux publications pour adultes, ils s'appuient principalement sur l'industrie du textile et ne feront pas totalement la transition avec les publicités pour les jeunes marques de prêt-à-porter qui se multiplient à compter de 1948 en France. L'effondrement économique des hebdomadaires illustrés pour petites filles apparaît ainsi directement lié à la disparition progressive de l'enseignement des travaux d'aiguille au foyer et à l'école. Ces périodiques et les cours de travaux manuels sont irrémédiablement liés pour le meilleur et pour le pire. Et quand le pire est arrivé Et... pour eux, c'est ensemble qu'ils ont sombré. Après la Deuxième Guerre mondiale, l'école commence à devenir mixte et les matières genrées trouvent de moins en moins de place dans les programmes scolaires. Normal, puisque désormais, on cherche à enseigner aux garçons et aux filles au même moment, sans les séparer. En parallèle, les périodiques doivent s'adapter ou mourir. Laisser la place aux marques de vêtements plutôt que de vendre la matière première. Parce que oui, ces magazines faisaient aussi leur chiffre d'affaires en vendant aux filles de quoi fabriquer des vêtements avec les petites poupées. Pas les acheter tout fait directement. Donc c'était aussi de la vente par correspondance de patrons, de fils, d'aiguilles et de tout le reste. Et tandis que ces périodiques emblématiques d'une époque disparaissent, de moins en moins de patrons sont proposés aux petites filles, qui n'ont déjà presque plus de cours de couture à l'école, et qui, notamment par l'absence de ces périodiques, ne s'entraînent plus non plus à la maison, le chassement à la queue et la boucle est bouclée. Alors, pourquoi on n'enseigne plus les travaux d'aiguille à l'école ? La réponse pourrait être super simple, mais on l'a vu, c'est beaucoup plus compliqué qu'il n'y paraît. Déjà, l'éducation féminine n'est prise qu'à moitié au sérieux, parce que ça ne forme pas l'esprit aux scientifiques. parce que c'est un truc de pauvres qui ont besoin d'un métier et parce qu'on ne peut pas accéder aux études supérieures via les aiguilles. Donc dès le début, ça partait un peu mal. Mais ça ne veut pas dire que cette matière était méprisée à 100% par la France tout entière. Sinon, ce serait trop simple. En fait, les leçons de travaux d'aiguilles étaient vues comme nécessaires pour former les futures femmes parfaites. Donc qu'elles le veuillent ou non, on leur apprenait à tenir du fil et une aiguille, et puis c'est tout. Et si vous avez déjà pratiqué un art du fil, vous savez à quel point ça peut être chouette. Donc, on a déjà cette ambivalence. Et en parlant d'ambivalence, on a vu autre chose. Les périodiques pour fillettes qui sont devenues... au début du XXe siècle le pont parfait entre l'école et la maison. C'est marrant, c'est instructif et surtout, c'est informel. Donc ça veut dire que l'apprentissage des travaux d'aiguille continue hors de l'école. Mais le mur que se sont pris les travaux d'aiguille ne s'explique pas qu'avec ça, parce que de nouveaux adversaires sont entrés dans le ring dans le courant des années 1960. La mixité scolaire et le consumérisme. Et là où la mixité a fait trembler les murs des écoles, le consumérisme a changé ce qu'on demande aux femmes. Et ensemble, ils ont été un raz-de-marée qui s'est avéré fatal pour les périodiques mais aussi et surtout pour les leçons de travaux d'aiguille. Là où avant, on devait savoir faire, maintenant, on doit savoir acheter. Mais il y a quelque chose, malheur et bon, et une nouvelle matière a émergé de ce champ de ruines. Les cours de techno, qui ont été pensés comme un enseignement asexué convenant aux filles comme aux garçons. Et c'est probablement pour ça que si vous êtes nés dans les années 80-90, vous n'avez jamais eu de leçons de travaux d'aiguille. Et je ne sais pas pour vous, mais perso, je me dis que finalement, c'est pas plus mal. Merci d'être arrivé jusque-là. Merci d'avoir donné de votre temps et de votre attention. Et merci. d'être le merveilleux soutien que vous êtes. Si jamais vous voulez m'aider et soutenir ce podcast, retrouvez-moi sur Instagram, partagez cet épisode ou bien emparez-vous de l'espace commentaire. Il est à vous. En attendant, moi je vous dis à la prochaine et surtout, bichonnez-vous !