- Speaker #0
Chères auditrices, chers auditeurs, bienvenue sur le podcast Entreprises Familiales Nouvelle Génération. Dans un instant, nous allons rencontrer Aude Maton, dirigeante de l'entreprise Roger Maton, une entreprise familiale dans le secteur de la Haute-Joaillerie. Nous allons aller à la rencontre des défis de cette maison indépendante de 45 collaborateurs dans un secteur qui s'est beaucoup concentré avec un ensemble de rachats autour des grandes maisons de joaillerie et comment rester indépendant, quels sont les enjeux. Et comment cette jeune dirigeante, à l'écoute d'elle-même, dans un chemin très personnel de développement, est en train de mettre son empreinte singulière sur son entreprise familiale, qu'elle a reprise depuis une douzaine d'années, et notamment comment elle déploie une culture du care, une culture du prendre soin de ses collaborateurs. Et au fond, elle nous invite à oser notre singularité en tant que dirigeant, singularité et nos valeurs dans notre entreprise, et à... sortir des sentiers battus des précédentes générations. Tu as repris le flambeau de l'entreprise familière, où tu as créé ta propre boîte, et tu sens que ton entreprise a besoin de vivre un virage pour devenir plus agile, plus collaboratif. Au fond de toi, tu as l'intuition qu'on peut créer un décalage stratégique dans cette boîte par une culture plus humaine et une organisation plus horizontale et responsabilisante. Tu es au bon endroit. Mon nom est Thomas Fiau, et au travers de mon métier d'électeur, coach d'accompagnateur, j'aide depuis plus de 15 ans des entrepreneurs familiaux à réussir leur pari. Dans ce podcast, je t'aide à trouver de l'inspiration et des idées en te faisant rencontrer des dirigeants familiaux avec des expériences inspirantes et en te partageant des outils impactants pour faire pivoter ton entreprise. Mon intention, c'est que tu trouves ici des clés pour marquer ton empreinte sur ta boîte. Merci de ton écoute. Tu es prêt ? Allez, c'est parti ! Chère auditrice, Chers auditeurs, heureux de te retrouver sur ce nouvel épisode. Ce qui m'a touché dans le parcours de la dirigeante que nous allons rencontrer aujourd'hui, c'est d'abord ses valeurs humanistes. Et c'est aussi sa volonté de faire pivoter son entreprise vers une culture plus humaniste, responsabilisante, collaborative, dans un secteur d'activité qui m'a semblé peu familier à ce type de pratique, le secteur de la joaillerie de luxe. Parmi tous les dirigeants, dirigeantes qui engagent leur entreprise dans ce type de transformation culturelle, organisationnelle, autour de la confiance, j'ai découvert au fil des années qu'elles ont, ces personnes, un point commun, bien sûr au-delà des valeurs humaines fortes qui les rassemblent. Elles ont vécu chacune un chemin personnel qui les amène un jour à vivre une sorte de déclic. Ce déclic trouve parfois sa source dans un accident de vie. Quelquefois, c'est un burn-out qui a provoqué chez le dirigeant ou la dirigeante une envie de vivre autre chose dans son entreprise ou un événement particulier qui entraîne une prise de recul personnelle et un recentrage sur ses valeurs. Quelquefois, ce déclic trouve sa source dans une rencontre impactante avec un dirigeant ou une lecture qui a marqué. Et puis, bien souvent, c'est la fatigue d'un modèle d'organisation où trop de choses reposent sur les épaules du dirigeant. et où une forme de déresponsabilisation collective devient pesante. Bref, nous allons, parmi toutes les questions, explorer comment cet élan singulier a émergé chez Aude Maton que nous allons rencontrer. Alors Aude dirige l'entreprise familiale Roger Maton, qui est un concepteur fabricant de bijoux de haute joaillerie pour des grandes joailleries parisiennes et internationales, et j'ai cru comprendre qu'ils ont aussi des clients directs. J'ai eu une pssst ! 35 collaborateurs à peu près, Aude nous confirmera le chiffre exact. Et en allant explorer le site internet de l'entreprise Roger Maton, alors là, c'était une belle surprise. J'ai d'abord été surpris par le sens de l'esthétique qui en dégage. Ça respire le beau. Et puis, j'ai été frappé par la place singulière accordée à la famille et à l'aventure familiale. Depuis la création de l'entreprise Roger Maton, par le grand-père, de l'actuel responsable, Aude, entreprise fondée après la Deuxième Guerre mondiale. C'est comme si chaque familial avait peu à peu, progressivement, amené une touche très personnelle dans la construction et la réussite de l'entreprise jusqu'à aujourd'hui, la renommée qui est la sienne. C'est vraiment intéressant de voir comment toutes ces complémentarités sont mises en lumière, et notamment les complémentarités du couple Aude. et son mari, Jean-Baptiste, qui dirige aujourd'hui l'entreprise et qui conjugue une approche humaniste et une vision rationnelle. des méthodes de production, dans un métier de petite série, voire de très petite série. Voilà, cher Aude, bienvenue sur le podcast Entreprise Familiale Nouvelle Génération. Je suis ravi de t'accueillir, j'ai envie de creuser avec toi plein de sujets. L'ambition humaniste que tu portes pour ton entreprise, la co-direction de l'entreprise en couple, c'est pas banal et ça arrive dans pas mal d'entreprises familiales. Comment c'est ? Comment ça se passe ? C'est quoi les défis ? Vous avez des trucs, des bonnes pratiques à partager. La place de la famille, quelle est la place de la famille aujourd'hui ? Il y a peut-être différents familiaux présents autour de toi. Et dans la gouvernance, comment marche la gouvernance aujourd'hui ? Et puis, nous nous sommes rencontrés dans une organisation qui, moi, est une organisation de cœur qui s'appelle EVH, dans laquelle tu es membre, qui est une organisation de dirigeants. humaniste et tu nous en diras peut-être un peu plus sur ce que ça t'apporte dans ton chemin. Mais tout d'abord, Aude, qu'est-ce que tu aimerais ajouter peut-être pour te présenter un peu plus toi et ton entreprise ?
- Speaker #1
Bonjour Thomas, déjà merci de m'accueillir ici, je suis très touchée par ta démarche et c'est avec plaisir que je partagerai un petit bout de mon expérience et de ce que nous vivons de manière assez… quotidienne et singulière dans notre manière de diriger l'entreprise à plusieurs et notamment plusieurs membres de la famille. Pour répondre à ta question sur mon parcours, peut-être que quand je me présente, il m'arrive fréquemment de dire que mes études n'ont pas été en ligne droite, tout n'était pas tracé au départ, même si en effet j'ai été amenée à reprendre l'entreprise familiale, je ne m'y destinais pas forcément. J'ai commencé par faire un bac scientifique, puis après une prépa littéraire, et j'ai rejoint HEC à l'issue de la prépa littéraire. Donc ce n'est pas un parcours forcément logique ni typique, mais c'est aussi ça je pense qui m'a construite, parce qu'en effet je suis très intéressée par la littérature, très animée aussi par les arts. Et ces années de prépa, je les ai vécues vraiment, non pas comme un challenge intellectuel et un challenge de concours, mais aussi comme une grande ouverture au monde et à la création, à ce que pouvait produire à la fois le cerveau intellectuel et également le cerveau créatif. Donc ça, je pense que ça m'a construite, et au-delà de mes fonctions aujourd'hui en tant que présidente de Roger Maton. J'ai toujours, par mes hobbies, mes lectures, et ce qui va me passionner, beaucoup de temps consacré à la poésie, que ce soit plus la lecture que l'écriture, mais également au travers de l'écriture, je me réalise pleinement. Et de même aussi la pratique de la danse qui m'est chère depuis mon plus jeune âge, que je n'ai jamais cessé d'exercer. Voilà, c'est ce que je pourrais peut-être ajouter à ce portrait que tu as fait, parce que c'est des éléments qui, je trouve aussi, peuvent expliquer peut-être certaines choses dans notre approche chez Roger Maton. Nous avons la particularité ici dans l'entreprise de travailler pour des grandes maisons de luxe, donc avoir cette dimension un petit peu industrielle, puisqu'on doit répondre à des cahiers des charges qui sont très précis et qui sont celles de grands... de grands groupes de luxe, donc avec des cahiers des charges, des normes, des nécessaires transparences en termes de gouvernance, en termes de process de production. Donc ça, c'est l'aspect industriel de notre aventure, mais il y a aussi une dimension créative puisque la Maison Maton fabrique ses propres collections de bijoux que nous commercialisons à l'export et en showroom à Paris. Et pour cela, il faut bien sûr être... à même de proposer des dessins, des modèles, de faire des accords de couleurs, de pierres, des jeux de textures entre la marqueterie, de la laque, des pierres, du pavage. Donc nécessairement, la création m'a nourrie et me nourrit et nourrit aussi mes collaborateurs au quotidien. Ils disent tous que même si souvent la partie créative, ce n'est pas ce qui nous prend le plus de temps, mais c'est ce qui donne aussi du sens et de l'essence.
- Speaker #0
C'est ça. Le beau, ça nourrit une part de nous, c'est ça. Et il y a besoin de la nourrir aussi pour, en retour, être créatif, présent dans son métier. Ça fait partie de votre identité, je sens. Et alors, quand tu as pris tes fonctions, c'était il y a combien de temps à peu près ?
- Speaker #1
Alors moi je suis rentrée chez Maton en 2009, après une première expérience professionnelle dans le milieu de l'édition, l'édition féministe, donc c'est aussi un jalon de mon parcours qui m'a beaucoup marquée. En 2009 je suis rentrée, je suis passée un peu par tous les postes de la maison, que ce soit l'administration, la partie plus technique RH, le... La gestion de production, le contrôle qualité, le suivi de projet et des fonctions de chargé d'export. Et donc là, j'étais aux côtés de mon papa, de mon oncle et de ma tante, qui avaient chacun, eux, une partie très différente à gérer. Mon père, c'était vraiment la gestion d'entreprise et la commercialisation. Ma tante, elle était à la création. Et mon oncle, lui, était à la gestion de l'atelier, donc plus la partie que je pourrais appeler industrielle. de notre outil artisanal. Et donc, en fait, c'est comme si j'avais fait un peu des stages à leur côté dans les différents services. Et cette phase-là a duré de 2009 à 2013. Et puis ensuite, j'ai vraiment travaillé aux côtés de mon père. Donc, nous, nous partageons les suivis des différents projets. Et également, on échangeait sur la direction d'entreprise. C'est la date à laquelle mon mari Jean-Baptiste nous a rejoints. Merci. À cette époque, on a agrandi l'atelier, donc on a aussi pensé à un projet qui était un peu différent en termes d'ergonomie des postes, etc. On a commencé à introduire la notion de bien-être au travail au travers de l'agrandissement de notre atelier. Et mon papa, lui, est vraiment définitivement parti à la retraite et nous a laissé les rênes en 2017. Voilà, donc c'est une aventure qui s'est faite step by step.
- Speaker #0
C'était quoi ton étonnement quand tu as commencé à travailler dans l'entreprise ? Tu avais vécu ailleurs, une vraie première expérience, peut-être d'autres stages avant. Et finalement, qu'est-ce qui t'a surpris, qu'est-ce qui t'a étonné quand tu es arrivée ?
- Speaker #1
Ce qui m'a étonnée, premièrement, c'est dans un atelier de joaillerie comme le nôtre, les personnes qui sont à la cheville, c'est-à-dire ceux qu'on appelle à la cheville, ce sont les artisans. Donc les personnes qui sont à HVI sont passionnées. Et c'est presque galvaudé de le dire de cette façon, mais c'est vraiment sincère, entière et réelle. Ils aiment leur métier, qu'ils soient jeunes, novices, apprentis, ou ce que l'on appelle au J4, c'est-à-dire joailliers, seniors ayant une grande technicité et étant capables vraiment de créer à partir juste d'un dessin. Vous voulez ? collaborateurs de l'atelier étaient vraiment habités par ce qu'ils faisaient et ce n'était pas simplement un travail. Bien souvent, les artisans eux-mêmes en établissent chez eux, créent, font leurs propres bijoux, proposent à la famille des cadeaux qui sont le produit de leurs mains. Et ça, voilà, c'est une des premières choses qui m'a épatée en arrivant ici parce que dans le milieu de l'édition, on est en lien avec la création mais on est Merci. On ne fabrique pas le texte, alors que nous, on nous fabrique. Et c'est ça vraiment que j'ai trouvé très intéressant, c'est de voir à quel point les artisans étaient habités par leur travail et ce qu'ils faisaient, et de pouvoir aussi voir juste un dessin qui prend vie à travers les mains de l'artisan, des différents artisans, parce que bien souvent, le bijou va passer dans différents ateliers, l'atelier de joaillerie, l'atelier de poissage, l'atelier de certissage, et de voir celui-ci se... construire au fur et à mesure pour arriver à une pièce finie qui bien souvent sublime le dessin qui est après existé à celui-ci et avec la conjonction des talents mais aussi des envies en fait c'est vraiment ça qui m'a le plus saisie quand je suis arrivée là
- Speaker #0
Et alors parle-moi un peu dans quelques mots le secteur de la joaillerie aujourd'hui c'est pas les chiffres qui nous ont Merci. pas vocation nous les auditeurs à être des spécialistes de ton métier mais c'est quoi les défis aujourd'hui dans ton métier, est-ce qu'il y a des défis,
- Speaker #1
des choses à relever ou des choses qui viennent vous impacter qu'il faut dans notre secteur on a vécu donc les années 2000 ont été les années où les grands groupes ont racheté les maisons de joaillerie donc Donc... Des groupes comme LVMH ont acquis, par exemple, la Maison Dior et d'autres maisons du secteur. Et les années 2000... Post-Covid, je vais dire. Ce n'est pas vraiment 2020, c'est post-Covid. Les maisons de joaillerie qui font elles-mêmes partie de groupes de luxe depuis une vingtaine d'années ont décidé d'intégrer des ateliers de joaillerie familiaux. Et c'est vraiment ça le défi. Ça a profondément chamboulé l'écosystème de nos ateliers puisque nous étions, par exemple, pour parler de Paris, je pense qu'on est... peut-être une trentaine d'ateliers de joaillerie à travailler pour les grandes maisons, et encore un petit peu moins. Et nous étions tous des maisons de taille petite à moyenne, avec une gestion familiale, ou deux associés. Et quand les grandes maisons se sont intéressées aux ateliers de joaillerie, il y a eu une certaine euphorie. Il y a eu aussi... comment pourrais-je dire, une flambée des prix, des prix dans le sens des salaires et une flambée des prix de cession des ateliers. Donc, ça a fait tourner la tête à beaucoup de mes confrères. Et pour certains, il y a des reprises qui se sont vraiment très bien passées. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, rares sont les ateliers de la taille du mien à être indépendants. Moi, c'est le défi qu'on s'est donné avec Jean-Baptiste, c'est de rester indépendant. C'est quelque chose que l'on souhaite par égard pour la famille qui nous a transmis, parce qu'on est habité par l'idée que pouvoir vivre un management à notre image, on ne peut le faire qu'en étant indépendant. On craint, on craint. on a eu des propositions, que le fait d'être absorbé, racheté, même pour partie, nous amène à avoir un contrôle un peu plus important de nos dépenses, de notre manière de gérer, et de facto, du style de management associé. Donc c'est la raison pour laquelle on a décidé, c'est vraiment un choix, c'est pas par défaut, on a décidé de rester indépendant. Aujourd'hui, l'actionnaire Anne-Mathion est 100% familiale, il y a nous, Et il y a aussi nos aïeux qui nous ont transmis, qui font partie des actionnaires. Et nous gérons, Jean-Baptiste et moi, en totale indépendance et liberté par rapport à la famille. Mais néanmoins, chaque année, on a à cœur de partager avec eux les résultats, de leur exposer notre trajectoire en termes de stratégie d'entreprise, mais aussi en termes de RSE. C'est l'axe sur lequel nous travaillons depuis 2022, vraiment d'ancrer notre entreprise dans un écosystème du vivant et de se dire qu'on n'est pas là simplement pour produire les bijoux les plus beaux, les mieux faits et les plus beaux esthétiquement, mais aussi pour le faire de la meilleure des manières en respectant au plus notre planète et en étant aussi bien sûr très respectueux des artisans, des collaborateurs qui contribuent chaque jour à façonner ces bijoux.
- Speaker #0
Et alors pour rester indépendant, parce que j'imagine ça doit, ça demande de faire évoluer certaines choses dans l'entreprise, peut-être, ça demande de vivre des... des bascules ou de s'améliorer dans certains sujets ? C'est quoi un peu les challenges qu'a l'entreprise aujourd'hui devant elle dans ce contexte ? Je comprends que les grands du secteur ont internalisé un certain nombre de vos métiers en rachetant. Qu'est-ce que ça veut dire pour vous en termes d'enjeux, de transformation ? Euh...
- Speaker #1
En termes de transformation, ce n'est pas forcément très sensible au départ. C'est-à-dire qu'on continue de faire ce qu'on sait faire, simplement par rapport à la reconfiguration du paysage de notre industrie. On attend de nous d'être beaucoup plus transparents sur tout un tas de choses, nos process, nos partenaires aussi, nos partenaires tiers, nos sous-traitants. nos fournisseurs de métal, de pierres, etc. Et on attend aussi, donc les grandes maisons notamment, interviennent énormément chez nous pour s'assurer que le... la manière dont sont faits les bijoux correspondent à leurs standards en termes de responsabilité environnementale et sociale. Et c'est très très vrai, c'est assez intrusif d'un côté, mais c'est très vertueux de l'autre parce que c'est du concret. Ça veut dire qu'un bijou signé d'une maison, les maisons s'assurent vraiment que tout est fait selon les critères qui sont les leurs et qui sont des meilleurs standards. Donc, c'est un peu ça. Je ne pourrais pas aller beaucoup plus loin dans l'étayage de ce discours parce que, nécessairement, je suis tenue par de la confidentialité à l'égard des maisons. Mais, en effet, ça implique pas mal d'audits. Ça implique d'être transparent bien qu'on ne soit pas intégré, d'être très transparent à tous les égards.
- Speaker #0
Oui, vous êtes vraiment, du coup, dans des partenariats forts avec certaines grandes maisons. Oui. OK. Et alors, je sens en toi cette vision, je l'ai sentie quand on avait échangé un petit peu tous les deux, et puis je l'ai sentie dans tes prises de parole sur le site internet, où il y a un très beau film que j'invite les auditeurs d'ailleurs à aller voir, qui est très bien fait. Et au fond, je sens que tu portes une ambition humaine pour la maison, Maton. Tu nous en dirais un petit peu plus sur ce qui est important pour toi, ce que tu sens ? Et au fond, pour te livrer un peu toutes les questions que j'ai autour de ça, c'est vraiment ça consiste en quoi peut-être cette maison progressivement va être singulière, peut-être dans sa manière de manager les personnes, de s'organiser en interne, peut-être de… et peut-être un visiteur qui viendrait et qui aurait l'habitude de voir d'autres maisons plus traditionnelles, qu'est-ce qu'il verrait progressivement de différent chez vous ?
- Speaker #1
Alors, pour te répondre, je vais d'abord juste t'illustrer avec une toute petite anecdote. À la rentrée, il y a quelques jours, nous avons intégré une promotion de nouveaux collaborateurs, collaboratrices. et collaborateurs, notamment des jeunes, trois alternantes et des moins jeunes qui avaient déjà des expériences significatives dans d'autres ateliers, que ce soit des ateliers qui sont nos confrères ou bien des ateliers plus importants sur la place de Paris. Et le retour qui m'a été fait de la première journée dans nos murs. c'était « je ne m'attendais pas à recevoir un tel accueil » . Et je pense que l'accueil, c'est déjà un mot important. C'est à la fois dans le parcours du collaborateur qui arrive chez nous et aussi l'accueil au quotidien. Comment on se reçoit, comment on s'écoute. C'est, je pense, une des choses qui est un peu singulière ou différente chez Maton. Après, il y a énormément d'entreprises et de dirigeants qui m'inspirent et je ne suis pas au quart du chemin que certains d'entre eux ont fait. Mais ce qui est sûr, c'est que chez Maton, Jean-Baptiste et moi, ainsi que nos proches managers, que l'on a appelés d'ailleurs les piliers, parce qu'on estime qu'ils soutiennent la maison, comme des piliers, donc ils soutiennent la maison, sont vraiment tournés vers l'autre. Et c'est assez sincère, on s'intéresse à l'autre. Qu'il soit nouveau, qu'il vienne de rentrer dans la boîte, ou qu'il soit là depuis trois ans, et parfois plus de dix ans, comme c'est le cas pour certains d'entre eux, on porte attention à la personne qu'il est. Ce n'est pas que le collaborateur, c'est aussi qui il est, avec quoi il arrive, qu'est-ce qu'il a vécu. On n'a pas toujours accès aux vies personnelles des gens, ils ne souhaitent pas toujours s'en ouvrir, mais en tout cas on leur ouvre cette porte dès le départ. En accordant, par exemple, lors de la matinée d'intégration, un temps où les nouveaux arrivants sont rassemblés juste autour de moi et moi je leur raconte un peu ma vie. Je leur dis voilà, j'ai 41 ans, j'ai deux enfants, vous les verrez souvent parce qu'ils vont à l'école pas loin d'ici et ils viennent faire leurs devoirs parfois à l'atelier. Et ça, ça amène aussi, cette ouverture-là, ça amène aussi chacun à se livrer un petit peu sur sa vie. Ça crée déjà de l'humain et c'est ce qui va être la graine pour après construire des liens plus solides et nous permettre aussi après d'un point de vue professionnel de rester plus longtemps ensemble, de développer des carrières plus longues chez nous. Parce qu'il est vrai que quand on est artisan, ce n'est pas toujours évident de pouvoir évoluer dans son poste. et ça c'est la clé de la fidélisation de nos collaborateurs et de leur épanouissement personnel il y a deux enjeux, il y a un enjeu pour l'entreprise qui est de faire grandir le savoir-faire et de garder ces collaborateurs qui savent faire et qui savent faire à la manière de chez nous et qui connaissent aussi les règles de l'art puis aussi le sujet à titre individuel que chacun puisse s'épanouir chez nous et s'y sentir bien pour moi c'est la meilleure c'est la chose que j'apprécie le plus quand on me fait un retour en me disant je suis très bien ici et je me vois continuer comme ça dans les entretiens annuels et qu'on me dit ma vision d'avenir c'est continuer dans ce que je fais et continuer à m'améliorer c'est la plus belle des choses vraiment ça me fait ma journée comme on dit voilà donc ça c'est un élément de réponse dans ce qu'on a d'un petit peu singulier même si ça se développe aujourd'hui dans beaucoup d'entreprises on a mis sur pied un Merci. Comité RSE, sur la base du volontariat, tout collaborateur qui souhaitait le joindre a eu la possibilité de le faire, on n'a pas limité en nombre. Ce comité se réunit au moins une fois par trimestre pour définir les grands chantiers de l'année, la feuille de route de temps d'animation qu'on va mettre en œuvre. Donc, on fait en général un focus par mois. Là, par exemple, sur ce mois de septembre, on a décidé de faire un focus sur l'activité physique. Et donc, nous mettons en place, via le comité, chacun va proposer des petites actions sur la thématique de l'activité physique. Ça va être... On pratique depuis pas mal d'années déjà les étirements le matin, le vendredi matin. Donc, tous ensemble, on met de la musique et pendant cinq minutes, on s'étire parce qu'on a conscience que travailler à la cheville, posturalement ça a des effets sur notamment les articulations donc pour contrebalancer ça et apprendre à chacun aussi à avoir une bonne routine tous les vendredis matin j'anime un petit atelier qui dure 5 minutes qui est en musique et qui permet à chacun de s'étirer et de de... détendre les articulations, etc. Donc là, au mois de septembre, on va faire ça, mais de manière un peu différente. On a une de nos collaboratrices qui va vraiment aller vers chaque poste de travail et qui va proposer à chacun, à sa chaise, des exercices adaptés pour se détendre. On va faire aussi un focus sur l'alimentation. On va proposer des encas qui soient sains avec une fiche recette que chacun pourra photographier s'il trouve que c'était bon et qu'il veut le refaire chez lui. On a également mis en place un petit quiz sur les bonnes habitudes à avoir. Et voilà, tout ça toujours en général autour d'un temps festif. Donc là, ce sera un goûter, par exemple. Un goûter justement fait avec des choses que chacun aura apportées et qui auront pour consigne d'être le plus healthy possible. Ça, c'est un exemple d'animation sur le mois de septembre. Et puis, chaque mois, il y a sa thématique.
- Speaker #0
D'accord. Ces animations sont élaborées dans le cadre du comité RSE ? Exactement. Ah, c'est ça, ok.
- Speaker #1
Exactement,
- Speaker #0
oui. En tout cas, je sens qu'il y a, dans cette vision humaniste de ce que tu es en train de mettre en œuvre dans l'entreprise, il y a à la fois une certaine manière d'accueillir, de recevoir, il y a une espèce de traduction de l'accueil, il y a quelque chose autour de la manière d'être en relation ensemble qui est importante. pour toi et puis il y a quelque chose autour du care, de prendre soin des collaborateurs, de leur santé, de leur équilibre, dans un esprit plutôt détente et festif. Oui,
- Speaker #1
c'est ce qu'on essaie de mettre en place mais parce qu'aussi ça nous procure du plaisir et des petits moments de bonheur donc c'est important. Au-delà de ça, le tempo est assez soutenu dans les ateliers.
- Speaker #0
Les équipes sont très engagées et investies pour faire des travaux de qualité dans des délais qui sont parfois serrés. Et on a besoin de contrebalancer ce rythme soutenu avec des focus, des moments de détente, des moments plus festifs, conviviaux. Et ça marche assez bien, vraiment. En tout cas, moi, ça m'apporte un équilibre.
- Speaker #1
Et je pense que les collaborateurs aussi. Oui, tu le fais pour toi et pour eux, je sens. Et comment tu vois la suite, l'entreprise dans cinq ans ? Est-ce qu'il y a des choses que tu as envie de continuer à mettre en œuvre, peut-être d'emmener l'entreprise plus loin sur cette dimension, se prendre soin et cette dimension humaine ? Qu'est-ce que tu as en toi ?
- Speaker #0
J'ai d'ailleurs eu ce déclic au cours de nos dernières journées. À EVH, au mois de juin, où j'ai rencontré un des membres d'EVH qui avait emmené son entreprise dans un parcours de CEC, et ça m'a donné vraiment, dans la Convention des entreprises pour le climat, ça m'a donné vraiment envie d'embarquer mon entreprise dans ce parcours-là, pour vraiment, il y a bien sûr la transformation, on va dire, humaniste et sociale. que nous avons mené avec le comité RSE et que nous allons continuer d'animer. Mais plus loin, vraiment, et c'est une des raisons pour lesquelles je suis rentrée chez EVH, c'était parce que j'avais envie d'aller plus loin dans la minoration de l'impact de nos activités sur l'environnement. Et d'aller, non pas par des petits pas, mais d'aller vers une vraie transformation. On est dans une industrie qui n'est pas évidente parce qu'on utilise des ressources de la planète, notamment euh des minerais. Et donc, il y a de l'extraction liée à ça. Donc, certes, nous utilisons de l'or qui est recyclé, mais on sait que pour tout ce qui est pierre précieuse, c'est quand même extrait des sols. Et ça, c'est quand même un vrai sujet pour moi qui suis très attachée à la nature et au respect de l'environnement. Le mot est un peu fort parce qu'en réalité, c'est vraiment... On en est à essayer de minorer notre impact. C'est ça. Et en fait, j'ai besoin aussi d'être accompagnée presque d'un point de vue industriel là-dessus. Parce que pour pouvoir vraiment opérer un move, il faut des clés technologiques, il faut des clés industrielles. Et ça, je ne me sens pas de pouvoir le faire tout seul. Donc, dans ma stratégie à 5 ans, je voudrais vraiment que Jean-Baptiste et moi, nous plongions dans ce parcours CEC C'est important.
- Speaker #1
Vous allez le faire en binôme ?
- Speaker #0
Oui, vraiment, j'aimerais. Je pense que ça a tout sens. Ok. Oui,
- Speaker #1
parce qu'en plus,
- Speaker #0
Jean-Baptiste, lui, est ingénieur de formation, donc ça fait sens.
- Speaker #1
Oui. Oui.
- Speaker #0
Super. Donc, c'est l'idée,
- Speaker #1
voilà. Oui, oui, souvent, le principe de la CEC, c'est que le dirigeant mène un collaborateur qui n'est pas forcément un co-dirigeant, mais qui peut être un... Mais là, effectivement, que les deux dirigeants fassent le chemin ensemble, c'est... C'est une bonne idée, c'est chouette. Ça va être inspirant de rencontrer d'autres entreprises qui vivent ce chemin et ça va être inspirant. Oui, je pense. Ok. Et justement, tu nous parles de Jean-Baptiste. Entreprendre en couple, alors, c'est comment ? Avec c'est combien ? Tu disais 2000, il est arrivé en 2017 ?
- Speaker #0
2013, il est là. 2013, un peu plus longtemps.
- Speaker #1
2013, donc ça fait 12 ans.
- Speaker #0
12 ans.
- Speaker #1
C'est une belle expérience. Comment ça se vit ? Comment ça se passe ? C'est quoi ? Qu'est-ce qui est le plus challenging dans le fait de travailler comme ça à deux ? Vos complémentarités, elles sont manifestes. Je sens qu'il y a eu un choix réfléchi. et où la place de chacun a été pensée, a été... Mais voilà, qu'est-ce qui a été le plus challenging ? Est-ce qu'il y a des bonnes pratiques que vous avez mises en œuvre et qui pourraient être intéressantes pour les auditeurs à entendre ? Est-ce que vous avez peut-être mis en place des rituels ? Peut-être... Comment ça fonctionne, tout ça, ce copilotage de l'entreprise ?
- Speaker #0
C'est sûr que c'est challengeant, dans le sens où il n'est pas toujours facile de laisser à la porte de la maison le travail et de la même manière il est impossible de laisser la vie de famille à la porte de l'entreprise donc Ce qui est compliqué, mais ce n'est pas problématique, c'est que les deux sphères s'interpénètrent nécessairement. En particulier dans nos vies, où on a vraiment choisi cette année et l'année dernière de nous occuper également de nos enfants après l'école. Donc c'est un vrai challenge dans le sens où ça donne une charge mentale importante. Et je pense que le fait de travailler en couple, c'est aussi générateur de charge mentale. Donc ça, voilà. Mais cependant, c'est une énorme chance. On vit comme ça, en tout cas, parce qu'on peut comprendre ce que vit l'autre, on peut se mettre à sa place, parce qu'on sait ce que c'est. Et c'est ce qui permet de régénérer les situations. Quand il peut y avoir de la tension nécessaire. nécessairement liées à notre activité, au stress, liées au délai de livraison, etc. Donc, quand tu travailles en couple ensemble, il y a des moments où la qualité de la manière avec laquelle tu t'adresses à l'autre n'est pas toujours aussi soignée qu'elle le devrait ou qu'elle le serait si c'était à la maison, un peu en retrait des contingences du stress. Donc là, il y a des moments où parfois, on n'est pas irréprochable dans notre manière d'accueillir l'autre ou de s'adresser à lui. Et juste de faire le petit pivot, de se dire « hop, je me mets à sa place parce que je sais ce qu'il est en train de vivre, je sais que lui aussi a des impératifs de rendu, de livraison, etc. » Tout de suite, ça permet d'apaiser les choses et de se dire « qu'est-ce que je peux faire pour toi ? » Plutôt que de dire, oui, mais tu m'as dit ça. Qu'est-ce que je peux faire pour toi ? Et dans ces moments-là, en fait, c'est beaucoup d'amour. Donc, le moment où on se dit ça, qu'est-ce que je peux faire pour toi ? Ou si tu veux, je le fais à ta place. Bien souvent, l'autre dira, non, non, mais c'est bon, je m'en occupe. Mais ça, hop, ça libère tout de suite. Ça libère la situation.
- Speaker #1
Après,
- Speaker #0
au quotidien, en effet, nos rôles sont assez... sont bien définis, mais on est sur beaucoup de tâches un peu interchangeables. Et c'est ce qui fait que notre duo marche bien. C'est-à-dire que, comme je disais, quand il y en a un qui a trop de pression ou trop de charge, l'autre peut vraiment venir en support, en soutien pour le décharger. Et c'est ce qui permet de leur donner un peu de souplesse.
- Speaker #1
Est-ce que vous avez mis en place un rituel qui vous permet de vous ajuster, de vous coordonner ? Comment vous faites ?
- Speaker #0
On essaie de déjeuner au moins une fois par semaine ensemble le midi pour pouvoir parler de travail dans un cadre qui ne soit pas celui de l'entreprise, mais qui ne soit pas celui de la maison, et qui nous permette de prolonger les réflexions de la semaine sans être dérangé par le téléphone. par tout le brouhaha qu'il y a autour dans la vie de l'entreprise. Donc ça, c'est important pour nous. Le soir, quand on a des choses en tête, on s'autorise à se dire OK, là, on s'autorise à dire c'est OK de parler de boulot pendant 20 minutes parce que parfois, on en a besoin et c'est mieux de se le dire plutôt que ça trotte dans la tête et que le lendemain... Donc ça, on s'autorise à ouvrir cette porte-là. Et une chose aussi que l'on fait, c'est de s'envoyer des mails pour se dire, il faut que je te parle de ça.
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #0
Au moment où ça nous traverse l'esprit, mais au moment qu'on en parlera, on ouvrira le dialogue quand ce sera bon pour toi.
- Speaker #1
Oui, ça permet de ne pas en parler tout de suite et que ça ne vienne pas trop empiéter, notamment le terrain familial. Au moins, je sais que l'idée, elle est consignée quelque part et on va en parler. C'est ça.
- Speaker #0
Oui, c'est toujours un peu le sujet de se décharger de charge mentale.
- Speaker #1
Ok. Vous vous faites de temps en temps une journée au vert, une sortie pour aller… pour le travail, je veux dire, pour…
- Speaker #0
Ah oui, pour le travail, oui, oui, on organise… mais c'est avec vraiment toute la boîte. C'est toute la boîte ? On organise un séminaire annuel,
- Speaker #1
oui. Ah, vous sortez toute la boîte au vert, un séminaire annuel ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Ce sera le mois prochain et donc on va… On va dans un endroit pas trop loin de Paris, mais toujours à la campagne. Vraiment, l'idée, c'est d'être au vert. On fait une matinée où on dresse un peu le bilan de l'année écoulée, sur un bilan, on va dire, très opérationnel. Et puis après, sur la partie comité RSE. Le comité RSE prend la parole pour faire un récap et dérouler le calendrier de la prochaine année à venir. L'après-midi, on est accompagnés par un coach qui nous a coachés d'abord moi, puis Jean-Baptiste, puis Jean-Baptiste et moi, puis nos piliers. Et ce coach, il anime l'après-midi de notre séminaire. Donc, on a travaillé sur différentes questions les années passées, sur les valeurs, sur quelles étaient les valeurs. On voulait vraiment écrire quelles étaient nos valeurs. Donc, on a réfléchi avec toute la boîte à ça. Là, on va travailler au prochain séminaire sur... le sujet de la santé mentale, comment essayer de prévenir les situations de stress intense, voire de burn-out quand ça arrive. Ce sujet-là, c'est ce qu'on va adresser avec notre coach. Et le lendemain, c'est consacré vraiment plus au fun, donc à faire souvent un jeu ou quelque chose d'assez sportif. Et puis le tout est bien sûr autour d'une soirée festive avec un thème Costumé.
- Speaker #1
Ah, il y a quelqu'un qui n'est pas festif. Et alors, tu disais, on s'est fait coacher finalement, c'est ça, individuellement et puis surtout ensemble. Vous avez déjà vu. C'était au début ?
- Speaker #0
C'est au moment où j'ai senti que mon père allait partir. J'ai demandé, il se trouve que j'ai suivi un cycle de gestion des émotions. gestion du stress et gestion des conflits en entreprise. Et à l'issue de ce cycle, je suis allée voir le coach et je lui ai dit « Tiens, je sens qu'on aurait des choses à faire ensemble, mais je ne sais pas quoi. » Donc, on a fait quelques rendez-vous et il m'a proposé un parcours pour moi, vraiment un accompagnement. Je lui ai dit « En fait, j'aimerais changer de style. Quand mon papa va passer la main, je voudrais être capable d'imprimer mon style. » Je ne sais pas encore exactement quel il est, mais je sais qu'il y a des choses que je veux faire. Et je ne sais pas trop comment le faire sans être maladroite. Donc, c'est Onça qui m'a accompagnée. Puis après, ça a été nécessaire aussi qu'il accompagne Jean-Baptiste pour s'assurer que les visions étaient harmonieuses. Et après, c'est notre coach Jonathan qui nous a dit qu'il serait très opportun maintenant que je vous voie ensemble. Donc, on a fait une petite année de coaching à deux. Croiser les visions, mettre sur pied une stratégie, plus pour l'entreprise que sur le style de management. C'était le troisième temps. Et ensuite, on a amené nos piliers. On a construit l'équipe des piliers autour de notre coach Jonathan en faisant une journée au cours de laquelle on a exprimé pourquoi on faisait ça et qu'est-ce qu'on pouvait faire ensemble, suivi d'un temps festif. Et après, régulièrement, on essaye tous les trois mois de faire un déjeuner. Donc, soit nous entre piliers, soit avec Jonathan quand il est disponible pour qu'il anime aussi ce déjeuner et que ce soit pas simplement un déj de collègues, que ce soit vraiment quelque chose d'un peu construit autour de valeurs, autour d'amélioration pour l'entreprise et les équipes.
- Speaker #1
Donc, il y a eu une rencontre, une ou deux rencontres avec… Un ou deux coachs qui ont été, notamment un, Jonathan, qui ont été structurantes, importantes pour vous. Et je pense que c'est important pour nos auditeurs d'entendre que ça ne se fait pas tout seul, en fait. Et vous avez su très tôt vous faire aider. Je vois que certains dirigeants attendent tard, voire ont du mal à passer ce cap. C'est chouette d'entendre ça.
- Speaker #0
Oui, c'était vraiment... C'est-à-dire qu'on avait des idées, on avait des envies, mais on ne savait pas forcément... On n'avait pas forcément le temps et on ne savait pas comment le faire, surtout. Et c'est devenu beaucoup plus limpide. À partir du moment où on a pu échanger avec notre coach et lui dire, voilà les idées, voilà comment on fait ça. Et voilà, que lui amène le liant aussi pour le faire et qu'il continue. à interagir depuis toutes ces années, parce qu'on a commencé avec Jonathan en 2016. Depuis toutes ces années, donc bientôt 10 ans, Jonathan intervient de manière assez régulière dans l'entreprise, soit au travers des Jeunes et Piliers, soit à minima dans le séminaire d'entreprise. Donc, le lien est hyper important.
- Speaker #1
D'accord. Et alors, tu disais, vous êtes 35 à peu près, j'ai vu.
- Speaker #0
On est 45 maintenant. 45, je vois. Sur notre site, il est encore écrit 35, mais aujourd'hui, on est...
- Speaker #1
Oui, 45, belle croissance. Et donc, il y a quelques piliers, tu disais combien ?
- Speaker #0
Nous sommes 6.
- Speaker #1
En vous comptant tous les deux ?
- Speaker #0
Non, sans nous compter.
- Speaker #1
Sans vous compter, six piliers. Et donc, ils ont un rôle managériel, ces piliers ? Oui. Oui, c'est ça ? C'est des managers de pôle ?
- Speaker #0
Michel d'Atelier et des managers de pôle.
- Speaker #1
C'est ça, d'accord. Donc, il y a eu des actions de développement, d'accompagnement pour eux aussi ? Oui,
- Speaker #0
tout à fait. Ils se sont faits aussi en parallèle un petit peu.
- Speaker #1
Et leur manière de manager, d'embarquer leurs équipes, tu sens que ça a bougé ces dernières années ? Oui. Qu'est-ce qu'ils vivent sur le terrain ? Qu'est-ce que tu dirais ?
- Speaker #0
Ça a été très important pour eux dans la construction de leur stature de manager, leur posture, pardon. C'est-à-dire de passer de... Parce que pour certains, ils n'étaient pas encore managers, ils étaient simplement pro d'équipe et on les a élevés au rang de manager en même temps qu'on les a embarqués dans l'aventure des piliers. La plupart du temps, ils ont été choisis pour leur fidélité à l'entreprise et puis pour... Leur degré de savoir-faire ? Pour certains d'entre eux qui n'étaient pas encore managers, toute la construction de la posture de manager est passée de simple collègue à animateur d'équipe. C'est ça qu'on a vu bouger chez eux. Et pour ceux qui étaient déjà managers, il y a eu plus un move vers l'humanisme, vers la manière dont on prend soin de l'autre, comment on l'écoute. Comment parfois il peut arriver ? Je donne un exemple très basique. Un collaborateur qui dit « je m'ennuie un peu dans mon travail, j'ai l'impression de faire souvent la même chose, je ne sais pas, j'ai peut-être regardé ailleurs, etc. » Et grâce à l'envergure qu'a pris le manager et au coaching qu'il a reçu, il est capable déjà de nous remonter le problème pour que ce soit pris en compte, considéré. et qu'on puisse adresser le problème et par le biais de la discussion avec le collaborateur en question, de l'amener, de retourner la situation et qu'en fait, ça puisse être au bout de quelques mois un collaborateur qui n'est plus du tout sur le départ mais qui au contraire est réengagé. Donc ça, c'est un des exemples de choses qui les a fait grandir au travers de cette responsabilisation et ce coaching.
- Speaker #1
Je sens tout le chemin qui a été fait depuis plus de dix ans, autour de cette vision humaine, humaniste que tu portes. Dis-moi, la famille a l'air, sur le site internet, je le disais tout à l'heure, elle est super présente. Aujourd'hui, dans l'entreprise, il y a d'autres familiaux que vous, présents opérationnellement ? Non, opérationnellement,
- Speaker #0
nous sommes tous les deux.
- Speaker #1
Et dans l'actionnariat, vous êtes combien ? Et ma question derrière, je te dépose tout comme ça. tu picores dans l'ordre que tu veux. Comment c'est structuré ? Est-ce qu'il y a... Voilà, vous vous retrouvez... Est-ce qu'il y a... Je ne sais pas, vous vous retrouvez dans... Il y a un conseil de famille ? Il y a... Un peu comment la gouvernance est organisée ? Comment elle fonctionne ? Quels sont les défis que vous rencontrez ? Peut-être les difficultés ? Peut-être les...
- Speaker #0
On a la chance d'être une... de la chance, c'est pas vraiment une chance, mais en l'espèce, c'est plus facile. On n'est pas une très grande famille, donc l'actionnariat aujourd'hui, il est réparti entre mon père, ma tante, Jean-Baptiste et moi, et mon frère, ce qui fait que nous sommes peu autour de la table, donc c'est quand même plus simple de se parler et et oui, comme la maison se porte bien, qu'on a montré de beaux résultats, on a... vraiment la toute confiance de nos aïeux, donc c'est très facile pour nous de gérer et on a vraiment les mains libres, donc ça c'est chouette, je les en remercie et il n'y a pas tellement de sujet en fait, parce que nous sommes peu nombreux, que je pense que chacun est relativement content de la manière dont on a fait opérer la reprise de la boîte et de là où on l'emmène aujourd'hui. Nous sommes amenés à nous réunir et on met un point d'honneur à le faire chaque année au cours de l'Assemblée Générale des Actionnaires, que l'on fait toujours au sein de la Maison Maton. Dans notre atelier, on a un showroom, c'est-à-dire un salon dans lequel on peut accueillir nos clients et également faire ce genre de réunion. Et on dit showroom, mais en fait ça ressemble plus à un salon d'un appartement. dans lequel il y a des canapés, etc. et dans lequel on se sent bien. Et donc, au cours d'une après-midi, on partage tout ce qu'on a fait. On échange sur les éventuels projets un peu à plus long terme pour la boîte. C'est un moment de partage qui est bien, qui est nécessaire, parce que je pense que si on ne se voit pas que dans un temps 100% dédié à l'entreprise, la confiance ne serait peut-être pas la même. Là, c'est important pour nous de le faire et de permettre à chacun aussi de poser toutes ces questions. On est ultra transparent sur les comptes. On prend beaucoup de temps et de soins pour vraiment détailler le compte de résultat. les différents ratios, les seuils intermédiaires de gestion, les expliquer quand il y a des variations, etc. Pour que chacun comprenne qu'il y a des hausses, il y a des baisses, mais elles s'expliquent, elles s'originent soit dans l'activité commerciale, soit dans des charges qui ont dû évoluer, et pourquoi on l'a fait. Et on l'explique comme ça. Et en termes plus opérationnels, donc Jean-Baptiste Thémont, on est les seuls physiquement présents dans l'entreprise, mais on a quand même la chance, et ça c'est une chance, et c'est peut-être pas très typique dans les entreprises, d'être épaulé à distance par mon père, qui aujourd'hui vit en Afrique. Ah,
- Speaker #1
il vit en Afrique !
- Speaker #0
Voilà, il vit en Afrique, donc il n'est pas très physiquement présent chez nous. En revanche, il est quasiment chaque semaine derrière son ordinateur pour nous accompagner sur des tâches très opérationnelles, de... saisie de data ou ce genre de choses, de construction d'un autre RP, etc., qui sont des sujets qui sont parfois un peu lourds à traiter et pour lesquels on n'a pas le temps de le faire avec Jean-Baptiste. Donc lui, ça lui permet de rester actif, non pas dans la société, mais pour la société. Il nous donne un vrai coup de pouce et au moins, il voit au quotidien ce qui se passe.
- Speaker #1
C'est un peu en shadow, c'est-à-dire les collaborateurs voient qu'il est là. participent ?
- Speaker #0
Ils le savent parce que de temps en temps, ils leur envoient un mail pour leur poser une question de précision quand ils établissent une fiche article ou ce genre de choses. Mais sinon, ils ne le rencontrent pas beaucoup puisque physiquement, il n'est pas là, mais il prend la main à distance sur notre système.
- Speaker #1
Et donc, il donne un coup de main, mais j'entends qu'il t'a vraiment complètement laissé la direction de l'entreprise. Il y a maintenant euh... quelques pas mal d'années et ça s'est fait en douceur j'ai l'impression. Il a à un moment décidé de partir et j'entendais il n'y a pas longtemps un témoignage d'une dirigeante qui disait que ça a été difficile, qu'elle a failli quitter la boîte parce que son père ne partait jamais. Et il était question qu'il parte mais il ne partait toujours pas. Et bref, à un moment elle était à deux doigts de quitter le navire. pour aller vivre sa vie professionnelle ailleurs parce qu'on ne pouvait plus. Bref, je sens que chez Roger Maton, ça a été vécu différemment. Il y a eu quelque chose, c'est ça ?
- Speaker #0
C'est vrai, mais on a été aidés en cela par la vie aussi parce que mon papa a refait sa vie en Afrique et il a eu le sentiment à un moment donné qu'il avait d'autres aventures à vivre. Et il a eu une petite fille, donc ce qui fait qu'il s'est dit... Il faut aussi que je vive ce moment-là, il faut que j'en profite. Mes premiers enfants sont grands et ils sont à même de reprendre la boîte. Je leur ai passé ce que j'avais à leur passer. Donc, c'est pour ça qu'il était à la fois en confiance et puis il était aussi attiré ailleurs. Donc, c'est comme ça que ça s'est passé chez nous. C'est le hasard de la vie, mais en l'espèce, ça s'est vraiment fait sans heurts.
- Speaker #1
Une nouvelle vie pour lui. D'accord. Et alors, la famille... Tu décrivais ces assemblées générales, c'est quoi ? C'est une fois par an ? Oui, une fois par an. Et sinon, il y a un conseil d'administration ?
- Speaker #0
Non, nous, on fait ce qu'on appelle un COMEX, un comité exécutif qui se réunit tous les lundis, mais qui n'est pas avec les actionnaires. Non, c'est ça.
- Speaker #1
C'est les piliers, peut-être ?
- Speaker #0
C'est en général notre DAF. Jean-Baptiste et moi, et en fonction des sujets, on va effectivement associer un pilier ou le CSE à ce comité. Et puis après, on fait bien entendu aussi des réunions mensuelles avec le CSE, sur vraiment purement les sujets qui sont de leur périmètre, et une réunion mensuelle avec les chefs d'atelier. pour les aspects opérationnels.
- Speaker #1
D'accord. Donc, dans la gouvernance, aujourd'hui, il n'y a pas d'administrateur indépendant ou de personne qui vienne apporter un regard extérieur ? Ok.
- Speaker #0
Ça pourrait, mais ce n'est pas comme ça que c'est organisé aujourd'hui.
- Speaker #1
Ce n'est pas ça pour l'instant. Je vois de plus en plus de dirigeants qui s'entourent d'un ou deux regards extérieurs ou trois regards extérieurs qui viennent... Leur apporter du décalage et de l'éclairage pour préparer les prochaines étapes de la vie de l'entreprise. Ce n'est pas ce que vous vivez. Vous avez déjà eu recours à un family office, ou par curiosité ? Non,
- Speaker #0
on n'a pas eu de projet, mais peut-être.
- Speaker #1
Merci pour tout ça. On approche de la fin de notre épisode. Je l'évoquais tout à l'heure, on s'est rencontrés dans une organisation qui s'appelle EVH. Comment tu la décrirais, toi, en tant que dirigeante, EVH ? Qu'est-ce que c'est ? Et puis, qu'est-ce que ça t'apporte ? Qu'est-ce que tu y trouves ? Et puis, peut-être, qu'est-ce que tu en aurais déjà ramené à la maison, si je puis dire, ou dans ton entreprise ?
- Speaker #0
EVH, c'est pour moi à la fois un ovni et un formidable espace de lien. C'est-à-dire, c'est un ovni dans le sens où c'est très difficile de parler d'EVH à quelqu'un qui n'a pas vécu cette expérience. mais ce que j'en ai vécu jusqu'à présent, c'est quatre week-ends dans l'année où on se retrouve avec des pairs qui sont eux aussi dirigeants ou ayant des hautes responsabilités dans des entreprises de taille divers et qui exercent des métiers très différents dans des secteurs variés. Et on se retrouve autour d'un animateur coach qui nous permet de nous mettre en résonance les uns avec les autres et d'exposer chacun tour à tour un cas ou une situation sur laquelle on a besoin d'un éclairage extérieur ou on se trouve bloqué ou en proie à des doutes. et chacun le vit à la fois en se disant dans sa tête, mais surtout dans son cœur et dans ses tripes, et donne une résonance, offre à l'autre une résonance. Ce que j'entends quand tu me dis cela, c'est parfois un mot et parfois une émotion ou un ressenti, et ensuite de cela va se tisser des ouvertures, des chemins, des résolutions. Et c'est à chaque fois... Moi, je suis membre depuis seulement un an, donc c'est... toute jeune dans l'organisation EVH, mais à chaque fois, c'est vraiment ce que je pourrais appeler des épiphanies, c'est-à-dire qu'il y a le temps de la connexion, de l'accueil, et il y a le temps où on vit des choses. C'est hyper fort d'un point de vue émotionnel et même sensationnel, c'est-à-dire qu'on ressent des choses au-delà de... vraiment dans le sensible, dans le ventre, dans... Parfois on a des frissons, parfois aussi des larmes, parfois on a mal au dos, parce que le corps s'exprime au travers de ce qu'il vit. Et ce que ça m'a apporté jusqu'à présent, ça m'a permis de recommencer à écrire, parce que j'estimais que je n'avais plus le temps, ou que je l'avais un peu perdu. Donc depuis EVH, je recommence à écrire. Donc ça, ça m'a reconnectée à moi-même quelque part. Ça m'a permis aussi d'apprendre énormément de choses sur la façon dont peut fonctionner un cerveau sur le vivant et de mieux comprendre les choses qui peuvent se jouer parfois dans des scénarios relationnels, entre mes collaborateurs ou avec mon conjoint. Donc ça, ça m'a apporté beaucoup. Je continue d'apprendre et de vivre ce chemin au quotidien. Je note beaucoup de choses sur mon carnet au cours des séances EVH que je relis pas mal. Et puis pour l'entreprise, il y a beaucoup de choses que j'ai dites qui ont germé au cours de journées EVH ou même parfois de nuit parce qu'il y a pas mal de choses aussi qui émergent pendant la nuit entre les deux jours de séminaire. c'est une belle aventure humaine en lien avec le vivant c'est ça que j'apprécie beaucoup au sein d'une nature très présente le lieu est sympa dans la vallée de Chevoz on
- Speaker #1
salue tous nos amis de VH qui écouteront ce podcast cet épisode on vous embrasse Peut-être un complément, mais je trouve ça passionnant d'entendre ton regard neuf, parce qu'un an chez EVH, c'est relativement récent. Tu as vécu une année, un cycle de quatre rencontres.
- Speaker #0
Et pour nos auditeurs EVH, c'est un peu plus de 100 dirigeants, c'est un réseau, une association de dirigeants humanistes qui se retrouve quatre fois par an, comme le disait Aude, pour travailler entre eux, par petits groupes, sur des... voilà, tu l'as dit, je ne vais pas répéter les choses que tu as dites, mais c'est un très beau mouvement, avec des personnes passionnantes, un lieu ressource pour les dirigeants que je ne saurais que recommander, vraiment.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. C'est inspirant et inspiré.
- Speaker #0
Merci Aude. Nous arrivons au terme de cet épisode. Est-ce qu'il y a quelque chose que tu aimerais ajouter avant qu'on se quitte ? Peut-être une question que je ne t'aurais pas posée, que tu aurais aimée que je te pose ?
- Speaker #1
Non, je te remercie. C'était un beau moment de partage. Ça me donne envie de vivre très prochainement le prochain séminaire EVH parce que tout ça fait écho pour moi. Et quand je te vois, je pense tout de suite à EVH. Donc, c'est le prochain chapitre à vivre et à écrire.
- Speaker #0
Bonne suite à toi. Merci de m'avoir suivi. A ton entreprise, Roger Maton, et à toute l'aventure que vous construisez. Et j'ai hâte peut-être d'un prochain épisode, dans quelques années, où tu raconteras tout ce qui s'est passé, peut-être, et la croissance de l'entreprise, la croissance... j'entends d'abord humaine au fond de tout ce que vous aurez continué à transformer avec Jean-Baptiste et puis j'espère aussi de la croissance business de l'abondance pour vous tous merci et puis à bientôt Aude à bientôt n'oubliez pas de vous abonner à la page et rendez-vous dans 15 jours pour le prochain épisode du podcast Entreprise Familiale Nouvelle Génération Au revoir