- Speaker #0
Chères auditrices, chers auditeurs, dans cet épisode, tu vas entendre la deuxième partie de la rencontre avec Sébastien Dallaire. Tu le sais, un des défis des entreprises familiales, c'est de dépasser, de se libérer, parfois, de certains schémas relationnels inconscients entre membres de la famille et qui tentent à s'importer sans crier gare dans l'entreprise, parfois pour le meilleur, mais aussi, parfois, avec un coup humain et une vraie perte d'efficacité. Je repense à cette fratrie d'une entreprise accompagnée il y a quelques années, où le plus jeune frère, devenu grand, continuait à chercher frénétiquement sa place parmi ses deux aînés dans l'entreprise, demandant titre et reconnaissance, ayant tant de mal à prendre sa place de manager devant son équipe. Sébastien, dans cet épisode, nous parle de sa relation avec son frère présent et co-actionnaire de l'entreprise, et comment ils ont mené ensemble un chemin de libération de leur vieux schéma relationnel qui ont pollué pendant tant d'années leurs relations entre frères. Et nous verrons comment cela s'est importé naturellement dans l'entreprise. Il nous parle également de sa relation avec ses associés, ses quatre associés, et du fonctionnement de la gouvernance actuelle de l'entreprise. Bref, vous l'avez compris, ça va encore être un moment passionnant. A tout de suite ! Tu as repris le flambeau de l'entreprise familiale. où tu as créé ta propre boîte et tu sens que ton entreprise a besoin de vivre un virage pour devenir plus valide, plus collaborateur. Au fond de toi, tu as l'intuition qu'on peut créer un décalage stratégique dans cette boîte par une culture plus humaine et une organisation plus horizontale et responsable de l'univers. Tu es au bon endroit. Mon nom est Thomas Fiau et au travers de mon métier de coach et d'accompagnateur, j'aide depuis plus de 15 ans des entrepreneurs familiaux à réussir leur parcours. Dans ce podcast, Je t'aide à trouver de l'inspiration et des idées en te faisant rencontrer des dirigeants familiaux avec des expériences inspirantes et en te partageant des outils impactants pour faire pivoter ton entreprise. Mon intention, c'est que tu trouves ici des clés pour marquer ton empreinte sur ta boîte. Merci de ton écoute. Tu es prêt ? Allez,
- Speaker #1
c'est parti !
- Speaker #0
Je voudrais aborder en avance dans l'épisode. J'aimerais parler un peu de ton frère. Tu l'as évoqué, mais de votre histoire à tous les deux. Finalement, vous venez d'où tous les deux ? Et où est-ce que vous êtes aujourd'hui ? Je pense que ça peut être inspirant pour nos auditeurs qui parfois vivent certaines entreprises avec lesquelles je travaille ou que je côtoie, dans lesquelles il y a des relations frères-sœurs dans l'entreprise. Ce n'est pas si simple. Comment chacun trouve sa place là-dedans. Bref, c'est quoi votre histoire à vous et qu'est-ce que tu pourrais nous en dire ?
- Speaker #1
Ouais, notre histoire à nous, ça remonte à quelques années déjà. J'ai 33, mon frère a 30. Ouais, on vient de célébrer ses 30 ans. Notre histoire remonte au bout où moi, je suis un premier enfant. Je suis le grand frère. Et Ma mère, elle vous dirait que j'étais, je ne sais pas si c'est un vieil homme, un jeune adulte, je ne sais pas, mais moi, je semblerais, je ne m'en souviens pas, qu'à l'âge de deux ans et demi, trois ans, il y a une histoire qui me compte qu'il y avait une amie qui habitait dans le même quartier, qui me gardait à l'occasion. Et moi, j'avais le même âge que son fils. Mais quand j'allais... Je me fais regarder chez elle. Je m'assoyais à l'îlot. Il y avait un îlot là-bas. Je discutais avec elle, avec la mère, comme si c'était une amie. Je posais des questions, jasais. On parlait de ce que j'ai vu. À deux ans et demi. Elle avait un jour demandé à ma mère, avec beaucoup de regrets, de peine, d'arrêter de me garder. Parce qu'elle trouvait ça trop difficile que son fils, lui, ne soit pas encore capable de dire un mot. Donc, ça dépend un peu quel genre de personnage. J'étais déjà très jeune. Un petit blond qui parlait tout le temps, dans le fond. Je sais. Qui avait déjà un charisme et qui était très sympathique et aimé de tous. Parfois moins de mes parents parce que je prenais beaucoup de place et j'étais un peu dérangeant. Mais, donc, j'ai rapidement fait de l'ombre à mon frère parce que moi, ce qu'on... Ce que j'ai su, c'est que dans le fond, jusqu'à trop tard, je parlais à sa place. Quand mon frère essayait de dire des mots puis de s'exprimer, bien moi je le comprenais. Parce que moi je dois avec, tu sais, souvent. Fait que je le comprenais, donc je parlais à sa place. juste par désir de l'aider, dans le fond. Juste par... C'est ça, mon but, moi, c'était de l'aider. C'était pas de parler à sa place. Il est pas capable de le dire, je vais le dire. Moi, je le comprends. Cette relation-là, elle a été représentative de pas mal tout ce qui, dans le fond, a été la suite. Moi qui tape le chemin. Mon frère qui a plus de difficultés à trouver le sien. Et moi qui lui dis, « Garde, viens, embarque dans le mien. » c'est plus facile, il est déjà tapé. Je ne veux pas mettre trop de mots et avoir l'impression d'être le grand... quoi que ça dure. En tout cas, il fallait dire de ne pas avoir l'air du grand psychologue, mais c'est sûr que... Ça fait une heure que je parle rien que de psychologie ou presque. Fait que, mais beaucoup dans le jeu. Mais là, ce que j'allais dire, c'est que on a découvert un schéma où ce que mon père, mon père valorisait beaucoup mon chemin à moi. Parce que j'étais un jeune persévérant. Un jeune, bon, charismatique. Peut-être un peu trop tannant, mais mon père, je pense, c'est pas quelque chose que lui, il détestait, tu sais. Il a eu besoin de faire beaucoup de discipline parce que c'est un policier cadrant qui a vu le pire de tout. Il a toujours vu le pire de la société. C'est sûr qu'aujourd'hui, je peux dire qu'il avait beaucoup de peur. Je pense qu'il lui en reste encore quelques-unes, mais il avait beaucoup de peur à ce moment-là. Mais il reste que j'étais quand même validé et valorisé dans mon parcours, dans les choix que je faisais, dans les sports, versus mon frère. Mon frère, c'était plus difficile. Mon frère, c'était un gars qui était plus talentueux rapidement. Par exemple, je prends l'exemple du hockey. Il était plus talentueux vite, mais s'il n'était pas capable, par exemple, de faire un lancer frappé, il ne sortait pas dehors le soir pour faire des lancers frappés dans le but par lui-même pour apprendre à faire des lancers frappés. Moi, je faisais ça. Moi, j'étais persévérant. Moi, je voulais apprendre. Mon frère, il lâchait prise. Ça ne le tentait pas, d'apprendre, d'être meilleur. Mais mon père, il trouvait ça vraiment difficile. Mon père a déjà dit, c'est mon frère qui me l'a dit cette semaine, c'est qu'il n'irait pas le voir jouer s'il continuait à ne pas travailler aussi fort. Ça a été difficile pour mon frère de suivre. Moi, je ne l'ai pas aidé beaucoup là-dedans parce que mon désir de vouloir plus pour lui, que lui-même a aussi, à un moment donné, viré vers un peu du bullying. Tu sais, où j'y mettais une pression supplémentaire, puis je jugeais ses comportements puis ses agissements, parce que moi, dans mon œil à moi, je ressentais ou je voyais que, dans le fond, le chemin ou les choix qu'il faisait ne l'apportaient pas vers... Un bonheur ou ma définition du bonheur à ce moment-là. Par exemple, mon frère, ce n'était pas quelqu'un qui... Puis encore aujourd'hui, probablement qu'il vous le dirait, il n'y a pas la plus grande facilité avec des amis, par exemple. Moi, j'ai beaucoup, beaucoup d'amis. Mon frère, la plupart de ses amis, c'est des amis qui sont communs maintenant. Ça a été ça beaucoup dans notre jeunesse. Mais moi, vu qu'à ce moment-là, il y avait plus de difficultés à connecter avec des gens... Il connectait avec mes chums, puis il voulait être avec mes amis à moi, mais lui non. Mais lui, quand je le voyais jouer aux jeux vidéo, je le jugeais. Puis je n'ai pas été fin avec mon frère. J'y volais sa manette. Puis j'ai tellement de regrets et de peine quand j'imagine être dépourvu. Lui, il trouvait du bonheur à jouer aux jeux vidéo. Il connectait avec du monde aux jeux vidéo. Il avait ses écouteurs, puis il connectait avec d'autres mondes. Mais moi, parce que ça ne rentrait pas dans mes critères à moi. et que je n'avais pas l'impression que ça l'amenait dans une bonne direction, je n'étais pas un bon grand frère à ce moment-là. Il y a beaucoup eu cette relation-là où, justement, je ne le validais pas non plus, probablement dans ce que lui faisait, dans ses choix, dans ses idées. Est-ce que ça venait un peu de mon père, parce que je reproduisais un peu ça de mon père, honnêtement, avec plus de recul, plus de conscience, je pense que oui. Mais ce n'est pas pour me déresponsabiliser parce que j'en prends... Toute responsabilité de ça. Quand j'ai découvert ça, j'ai passé par des phases de grande tristesse, de peine, d'empathie, d'amour pour mon frère. Ça a été justement un gros apprentissage. Un des gros points qui a fait que notre relation s'est améliorée, c'est que j'ai fait semer à coups de pas. Quand je suis pris conscience de ça, Ma blonde m'a aidé beaucoup aussi parce qu'en fait, en réalité, tout ça, en fait, ce que je faisais avec mon frère, c'est que je prenais une posture de père, pas une posture de frère. Je prenais une posture de père. Puis c'est ma blonde, qui est médecin psychiatre, qui en a vu d'autres et qui n'est pas pire aussi pour analyser les comportements. Un jour, elle m'entendait. Je parlais avec ma mère au téléphone. Puis moi et ma mère... Parce que c'est arrivé que dans les incertitudes de mon frère, dans son parcours, on avait peur. Puis j'ai dit « On » Comme si moi et ma mère, on était ses parents. Parce que mes parents sont divorcés. encore très présents les deux dans la vie mais c'est juste que moi et ma mère on a toujours été proches donc on parlait de mon frère comme si c'était notre enfant mais ça c'est ma blonde qui m'a fait ce reflet là qui m'a dit c'est tellement bizarre tu parles à ta mère comme si tu parlais de votre fils puis ça m'a fait au dessus du coup j'ai fait non ça a resté là puis à un moment donné justement en faisant un scan c'est ça qu'elle voulait dire c'est la structure là de... Ah mon Dieu, cette posture-là, c'est un grand cadeau. Donc, quand j'ai découvert cette posture-là que je prenais, j'ai réalisé en fait que, à ce moment-là, on travaillait déjà ensemble. Puis tu sais, je pense qu'il faut dire, c'est que c'est ça, dans tout ce que je compte du début, on a des moments de grand amour, puis de grande communion, puis de les deux ensemble, parce qu'il y avait beaucoup d'amour derrière ce que je voulais faire, dans le fond, moi. Moi, je souhaitais son mieux. Moi, ce que je voulais, c'est vraiment l'aider. Puis ça paraissait parce que quand il acceptait d'être vulnérable, puis de mettre un genou à terre, là, on était les deux meilleurs. Parce que là, moi, j'avais mon rôle. Puis là, moi, il me prenait pour ce que je me prenais. Puis là, moi, je le prenais pour ce que je le prenais. Fait que j'avais beaucoup de respect pour lui. Lui avait du respect pour moi. Puis là, il était à l'écoute, puis il comprenait. Il avait des takeaways, puis gnagnagna. Fait que là, moi, j'étais validé, valorisé dans mon rôle. Puis là, lui, bien... C'est comme si c'était toujours des phases d'enfance-adolescence. Puis là, quand il arrivait dans l'adolescence avec moi, là, il fermait tout. Il voulait plus rien savoir de moi. Puis là, je pouvais plus rien lui dire. Regarde, tu vois, mon réflexe, c'était de lui dire, pas de l'écouter. Moi, j'étais dans une posture de je lui dis ce qui est bon. Donc, là, c'était fini. Puis ça, pendant quelques mois. Puis à un moment donné, ben là, il tombait. Ça lui faisait un peu plus mal. Il y avait quelque chose qui se passait plus difficile dans sa vie. Et là, il revenait vers moi. C'est flagrant. On a regardé les schémas année après année. Et il est même venu me rejoindre à Montréal pendant trois mois. Parce qu'il était rendu perdu, ce qu'il voulait faire et tout. Il a vendu sa maison. Il est venu me rejoindre à Montréal pendant trois mois. Il s'est comme un peu rebâti. Il s'est redécouvert son identité. Puis, il a fait, je ne vais pas baisser ça de moi. Puis, il a repacté bagages. Puis, il est reparti au Saguenay. Ça, c'était du Québécois avec l'accent. Repacter des bagages, envoyer au Saguenay.
- Speaker #0
Moi, j'aime bien.
- Speaker #1
Donc, c'était vraiment flagrant. Donc, quand j'ai tout découvert cette affaire-là, Je... Comme je le disais, je portais une grande peine et beaucoup de culpabilité. Je lui ai partagé un soir. Je l'ai appelé et j'ai dit qu'il fallait qu'on se parle. Je lui ai tout livré. Avec toutes les excuses. Je pleurais. Lui, il trouvait ça bizarre aussi. Il pleurait. Sa réaction à lui, ça a été... Je pense qu'il s'est senti excessivement compris. Mettons... Il s'est validé, mon Dieu, en fait. Puis même, il a été surpris aussi, lui, de découvrir des choses là-dedans, un peu, de faire comme, OK, c'est ça, OK, c'est ça, peut-être c'est ça, peut-être c'est ça. Puis il en est venu, puis ça, je pense que c'est la chose que j'ai envie le plus de partager, Thomas. Ce qui en est venu par après, ça a été d'une grande violence. Pas physique. Mais ce qui est sorti par après pour lui, ça a été, il a bien vu que moi, dans la position où je venais de me mettre, C'est que j'étais prêt à tout recevoir. Il m'a partagé toute la douleur qu'il a vécue. Toutes les choses qu'il ne m'a pas nécessairement dit. Puis, je me souviens encore d'être là et de l'écouter. Et de voir toute cette douleur-là être reçue violemment, dans le sens que les mots qu'il utilisait. Puis, d'être surpris. Je me souviens encore d'être surpris pendant qu'il parle. Et de ne pas être déclenché par la violence, par les mots. J'avais pris la décision que je voulais. J'avais pris la décision que c'était pas le temps, c'était plus le temps d'être un père. C'était plus le temps d'être... Non, là, ce que je voulais, c'était créer une relation de frère, d'égal à égal, de lui partager que je l'aimais, que j'étais là pour lui, puis que je m'excusais. Puis ça a fait une grande, grande, grande différence parce que je l'écoutais parler, puis tout ce qu'il disait, probablement un mot sur deux, la posture que j'avais avant, j'aurais snapé sur tout, sur chaque mot. Ça m'aurait déclenché. Je le voyais passer. Je voyais le mot passer.
- Speaker #0
Comme dans le film Matrix. Tu voyais la balle passer. Littéralement.
- Speaker #1
C'était fou. Donc, ça lui a permis de tout libérer ça. Puis, tout ce qui était magnifique par après, ça a été le fait que j'ai tout accueilli ça. J'ai pas dit un mot. À part, merci, je m'excuse. Je vais m'assurer de faire attention et de ne pas produire ça. Ce que ça lui a permis, c'est que lui a commencé à pouvoir se comprendre lui aussi après. Une fois que tout est sorti de ça, il a commencé à pouvoir se comprendre. Donc, lui-même a commencé à en faire du sens, à comprendre, lui, sa part de responsabilité dans cette histoire-là. Puis lui, de comprendre son schéma à lui, de se positionner un peu plus en victime avec moi, puis de se positionner plus des fois comme enfant, des fois comme adolescent, parce que de vouloir me challenger. Pour lui, il voulait aussi me plaire. Mon frère, dans les phases où il voulait me plaire, s'il m'amène une idée dans l'organisation, Il y avait un projet. Et que ma réponse est autre chose. Puis là, je dis, elle était autre chose que... Wow C'est merveilleux Bravo Si c'était autre chose, genre... OK, c'est intéressant, peut-être qu'on pourrait... Écoute, je vois peut-être ça, Il était en tabarnak.
- Speaker #0
Ah oui. Moi, là, le... Vous le mettez par terre, quoi. Ça a fonctionné.
- Speaker #1
Et sa réponse, c'était... Et son réflexe, c'était, t'es fermé, je peux rien te dire, j'ai pas de place. C'était systématique, c'était toujours ça. Donc moi, je me sentais pris au piège, lui se sentait pris au piège, jusqu'à temps qu'on découvre que justement, lui découvre que, hé, allons l'un vers l'autre, avec une posture d'ouverture, allons questionner l'autre dans sa vision, dans ce qu'il voit. Puis lui, bien, ça a tout changé aussi. Au lieu de se sentir comme, il a besoin de me plaire, bien moi, il a compris que je l'aimais et je le trouvais déjà hot. Puis là, lui, il a réussi à pouvoir commencer à être assez solide à l'intérieur pour dire, j'ai pas besoin de la validation de mon frère que je prenais pour mon père. Bon, déjà, ça a été dans ta barouette. Et moi, de mon côté, je peux être vulnérable avec mon frère, puis j'ai le droit de pas avoir raison. J'ai le droit d'apprendre de lui. C'était fou, Thomas, dans ce temps-là. Il n'y a pas grand-chose que je pourrais apprendre de lui. J'étais fermé. J'étais complètement fermé. À part des choses bien spécifiques que je n'avais jamais vues, que je n'avais vraiment pas touché. Par exemple, mon frère est devenu un très bon mixologue. J'avais beaucoup de respect pour lui. Mais dans le chemin que moi, j'ai tracé, je n'avais pas de respect. C'est drôle, je n'avais pas de confiance, je n'avais pas de respect. Il ne pouvait rien m'apprendre. Oh, fermé comme une huître. Donc, ça, ça m'a permis aussi de me dire, puis d'ouvrir ça. Puis je ne dis pas qu'aujourd'hui, c'est les clés parfaits. En fait, ce qu'on a fait, quand on a découvert ça, on a demandé un coup de main à Catherine, la fameuse Catherine.
- Speaker #0
Catherine, qui est une coach professionnelle pour nos auditeurs, une coach de grande qualité, que nous ressalions. Elle vous a aidé.
- Speaker #1
Oui, puis elle nous a permis... Je terminerais avec ça, elle nous a permis de trouver notre recette. Notre recette, nos balises, nos garde-fous, qu'est-ce qui va nous permettre et qu'est-ce qu'on... C'est quoi, là, à quoi on doit être sensible que quand tel schéma risque de revenir, OK, qu'est-ce qu'on fait ? En étapes. Tu sais, étapes de... Bon, étapes, première, une bonne conversation avec ouverture et des questions. Deuxième, une vraie communication en CNV, en communication consciente, communication non-violente, avec le guide qu'on doit les deux remplir, auto-empathie, blablabla. Puis si ça ne fonctionne pas, ben, whoop, coaching, tout de suite, médiation. Tu sais, comme, on a... Puis jusqu'à maintenant, on n'a jamais eu besoin de passer l'étape 2, l'étape 1. On a toujours été à l'étape 1. Mais au moins, on sait qu'on a ça, parce que pour nous, notre intention, c'est de préserver notre relation de frère à tout prix. Puis, voilà.
- Speaker #0
Extra, je trouve ça super inspirant, si tu me permets, ce que je sens là, c'est que finalement, tout ton chemin personnel, il y a eu une bascule en toi en fait, un chemin de prise de conscience, et une bascule personnelle avec tout ce chemin que tu as fait, qui a permis à un moment, c'est toi qui as déclenché une conversation en profondeur avec ton frère, qui a été vraiment un moment de... de rupture dans votre relation, je sens, dans laquelle tu t'es mis en vulnérabilité, en nommant le réel, au fond, la relation dans laquelle on est depuis le début, puis au fond, c'est plus ça que j'ai envie de vivre, et puis, en fait, ça a ouvert quelque chose en lui, je sens que cette conversation a été comme un moment de nettoyage, qui a été assez de nettoyage relationnel, quelque part, c'est votre métier, en plus, donc quelque part, j'avais pas fait le... Je viens d'annoncer... Franchement, en même temps que je te le dis. Et un nettoyage qui lui a permis, lui, finalement, de nommer tout un tas de choses. Et je sens que c'est un moment qui a ouvert... quelque chose de nouveau pour lui. Il y a eu un avant et un après, d'un chemin de prise de conscience et de progression pour lui aussi. Et puis, vous avez su vous faire accompagner par un coach. Et aujourd'hui, je sens qu'il y a un process. Au fond, vous avez écrit un process qui nous permet de... C'est quoi les signaux qui nous permettent de savoir à l'avance qu'on va aller dans le mur, qu'on va être dans le rouge, là, et qu'est-ce qu'on fait, niveau 1, maintenant ce niveau 1, maintenant ce niveau 2. Maintenant, ce niveau 1, communication non-violente, etc. Et puis maintenant, ce niveau 2, le coach pour nous aider. C'est vachement intéressant. Bravo pour ça. Très inspirant.
- Speaker #1
Merci. C'est une de mes belles fiertés au-delà de bien d'autres. En fait, sans ça, on dirait que tout le reste passe en sens. Pour moi.
- Speaker #0
Mais oui, c'est un vrai acte d'amour au fond, ce que tu as fait là. Oui,
- Speaker #1
puis d'une part, je crois aujourd'hui que si je suis capable, si j'étais capable, je pense que ça leur a jeté énormément de confiance en moi, parce que si j'étais capable de nettoyer cette relation-là, qui est pour moi la relation la plus difficile, la plus prenante. qui sortait le plus laid de moi. J'étais laid, Je me regarde, mes réactions, mes interventions, il n'y a rien que j'aimais de moi dans ma relation avec mon frère à ce moment-là. Si j'ai réussi à faire ce nettoyage-là, pour moi, il n'y a pas une relation. Il n'y a plus une relation qui me stresse. J'ai réussi à m'enlever du chemin, comme je disais, avec mon frère. Avec ma femme, j'ai confiance. C'est la deuxième personne avec qui j'ai le plus de risques, dans le fond, d'avoir des difficultés, parce que je crois sincèrement que l'intimité rend les choses plus complexes à certains égards. Elle la rend plus facile, mais plus complexe, en tout cas. Bref, ça m'a donné beaucoup de confiance en moi, et j'ai le goût de dire que, je pense que même collectivement, c'est devenu une histoire structurante, fondatrice. d'un succès, quelqu'un qui va me dire, « Ah non, moi, je ne suis pas capable de le sentir. Ça ne se réglera jamais. Je ne serai pas capable. On ne sera pas capable. » Excuse-moi, là. Il va falloir que tu te lèves de bonheur pour me convaincre.
- Speaker #0
Super, écoute, c'est un épisode, c'est probablement l'épisode le plus long de l'histoire du podcast, mais en même temps, je n'ai rien envie d'enlever de tout ça, je trouve ça tellement intéressant. J'ai une dernière question à te poser, si tu as encore un peu d'énergie, écoute, c'est un sujet qui intéresse bien sûr aussi tous les entrepreneurs familiaux, c'est le sujet de l'actionnariat. Donc, vous êtes, je crois, quatre ou cinq actionnaires, ton frère en fait partie, quatre ? Ton frère, toi, comment vous... Et puis, tu as deux autres actionnaires. Tu m'avais dit à votre directeur responsable administratif et financier. Et puis, un de tes partenaires historiques qui aujourd'hui fait partie de l'entreprise. C'est ça.
- Speaker #1
Lui avec qui j'ai fait le sablage de plancher.
- Speaker #0
C'est ça. Un de tes premiers compagnons de route de l'entrepreneuriat. Voilà. Et comment vous travaillez ensemble ? Entre actionnaires, vous avez des moments où vous vous réunissez. Il y a quoi ? Il y a un conseil d'administration. Vous avez un espace où vous vous réunissez. Il y a des sujets sur lesquels vous travaillez ensemble. Comment tu animes, comment vous animez cette partie-là de gouvernance ?
- Speaker #1
Oui, c'est une bonne question. Je dirais que cette partie-là de notre recette n'est pas aussi consciente et mature que le reste. Bon, je déposerai ça tout de suite. Je vais dire qu'est-ce qui marche bien pour nous, qu'est-ce qui marche peut-être moins bien pour nous, ça va être plus facile pour moi. Bon, ce qui marche bien pour nous, c'est qu'à tous les années, on fait un genre de point d'étape de l'année qu'on vient de vivre ou qu'on est en train de vivre, et un réalignement de la vision stratégique. On pourrait l'appeler planification stratégique, mais... Ce n'est pas une planification stratégique comme on l'entend, par exemple, avec EOS ou Traction ou tous les autres systèmes de planification et de rituels d'organisation. Nous, on parle plus de, dans ces rencontres, on parle plus de dynamique qu'on veut vivre, par exemple. Donc, c'est sûr que ça touche beaucoup à la stratégie. Ça s'adonne que pour nous, on fait quand même une, je fais une différence entre actionnaire et stratégie. Ou, par exemple, actionnaires et centres de services et tous les autres. C'est juste que ça s'adonne qu'actuellement, les quatre actionnaires, on est beaucoup les quatre responsables stratégiques. Les quatre personnes qui touchent sont à la stratégie. Globale, par exemple. Donc, naturellement, on a tendance à venir vraiment l'un vers l'autre, travailler ensemble les quatre pour ce qui a rapport à la stratégie. Là où on a des points de vigilance, c'est la partie où on va... discuter des pilotes, tu vois, à partir de l'année dernière, de cette année, en fait, on termine notre année, on aurait un autre heure et demie de sujet là-dessus sur le modèle financier, sur comment on a réussi à trouver une recette financière qui soutient une philosophie et une structure comme la nôtre. C'était pas simple non plus, ça. Je veux dire que quand t'essaies de... Quand t'es une organisation qui n'a pas d'objectif et qui tient à ne pas avoir d'objectif. Pour quelqu'un de finance, de budgéter, c'est pas facile. Donc, il a fallu trouver une recette qui venait combler les besoins de tous. On en a trouvé une. Mais bref. Donc, quand on réfléchit à notre budgétisation pour l'année d'après ou l'année qui vient, parce que nous, on est une entreprise, on a la chance d'être une entreprise récurrente. On facture de manière récurrente. Mais on a une décision à prendre en tant qu'actionnaire sur... le pourcentage de profit net qu'on aimerait avoir à la fin de l'année. Je dis on aimerait parce que ce n'est pas à tout prix, on s'entend. Tout le reste des critères, des points importants pour nous sont toujours prioritaires que le profit net. Mais on a quand même un souci de ça de plus en plus clair. Honnêtement, c'était pour moi un point très flou qui m'a créé beaucoup de... stress, de frustration dans les dernières années parce que moi, j'avais, surtout à la lecture du livre de Frédéric Lalou, par rapport à la philosophie du libéré et tout, j'étais très arrêté dans mes croyances sur non, on ne visera jamais. Tu sais, j'avais des mots comme ça, du profit net. Si vous êtes actionnaire avec nous, puis que c'est des dividendes que vous voulez, vote. J'étais très, très arrêté. Maintenant, j'ai découvert d'autres systèmes. J'ai parlé avec beaucoup d'autres. J'ai la chance d'être dans un regroupement de leaders ici à Québec. On est des entreprises avec des philosophies similaires. J'ai été nourri beaucoup de ça, donc je suis un peu moins arrêté là-dessus. Aujourd'hui, on se permet plus les actionnaires de dire, regarde, c'est important, il y a eu de l'argent qui a été investi, on a une responsabilité différente, une imputabilité différente. Je considère que je suis capable aujourd'hui de défendre avec confiance, bienveillance, clarté. Le rôle de l'actionnaire et son champ de responsabilité, c'est moins tabou pour moi. Je suis content. Ça a été longtemps un peu trop tabou. C'est sûr, certains de ce qu'on parle, c'est au niveau de ce qu'on veut comme profil net. On parle aussi des grandes orientations stratégiques, mais surtout reliées à ce que nous, on veut vivre humainement dans l'organisation. Donc, à quelle place on se voit s'épanouir dans l'organisation ? Donc, si moi, je me vois m'épanouir dans l'organisation, comme par exemple, on va passer par de l'acquisition, probablement, en fait, assurément dans la prochaine année, parce qu'on veut faire du développement géographique. Mais pour moi, ce que je veux vivre, c'est défricher le concept d'acquisition. J'ai mon autre collègue, lui, Étienne, par exemple, il voulait vraiment se perfectionner en marketing, en rayonnement, en marketing d'impact, par exemple. Bien. Tu vois, lui, il est parti dans cette direction-là. Puis parfait, le bateau, donc les grandes orientations s'en vont dans cette direction-là. Même affaire pour mon frère, Alexandre, qui, au niveau opérationnel, on va dans ce sens-là. Donc, il y a clairement les orientations de l'organisation qui dirigent un peu en fonction de l'épanouissement ou de ce que le groupe a envie de vivre. Maintenant, là où on a une genre de nuance, c'est que... Les quatre actionnaires, on travaille au centre de service aussi. Puis le centre de service, on a une autre personne avec nous dans l'équipe. Puis pour lui, il nous l'a témoigné dernièrement, puis il faut faire attention à ça, c'est qu'il sent des fois qu'il est le cinquième de l'équipe d'actionnaires, mais pas actionnaires. Donc on a des discussions.
- Speaker #0
qui tourne autour, justement, des enjeux d'argent, de dividendes, de philosophie, puis de bagarre de vision puis de croyance, puis qu'il n'a pas rapport avec lui. Donc, dernièrement, je te dirais qu'on est plus conscient de ça, puis on s'est assuré, non pas d'avoir des discussions sur l'argent avec lui, parce qu'au contraire, c'est super important, mais de clarifier, de dire, OK, ça ici, regarde, c'est champ d'expertise actionnaire. pour telle ou telle affaire. C'est toujours public. Si quelqu'un veut participer, aucun problème. Si quelqu'un veut nous poser des questions, c'est public. Nous, on est parfaitement transparent. C'est juste que si pour toi, tu n'as pas d'impact, tu n'as pas rien à ajouter là-dedans, en cours, on va te faire perdre ton temps, deux heures de ta vie ou quatre heures de ta vie à discuter de ces affaires-là. Donc, on a fait une démarcation, vraiment une division entre les deux. Puis le reste, le reste du temps, je vais... Vraiment honnête avec toi, j'ai un particulier dédain et malaise quand on utilise ce mot actionnaire dans une conversation, dans une décision, dans un ressenti. C'est de dire, oui, je suis toujours bien actionnaire. Oh, Christ. Moi, ça ne marche pas. Attends, derrière ce côté-là, ça se peut que tu as des besoins, puis ils sont importants. Mais de mettre le droit de veto, le stamp de je suis actionnaire, on tombe tout de suite en posture haute. Puis pour moi, on est en train de déraper de la cohérence. On est en train de déraper de plein d'affaires. Donc, il y a des façons de... Tu sais, pour moi, pour nous... qui fonctionne bien pour être capable de partager ce qui est important pour soi, de trouver un consensus gagnant-gagnant, mais de mettre le système de l'actionnaire. Moi, je ne l'ai jamais fait en tant que leader. Je ne veux que personne le fasse, autant avec un coordonnateur, un leader de proximité qu'avec un préposé, de dire « Hey, c'est moi ton leader, c'est moi ton cours d'eau. » Pour moi, c'est un non-sens. On brise la chaîne. En fait, on brise le cercle vertueux. Pour moi, c'est une façon, c'est un raccourci. pour... C'est un raccourci pour fermer une discussion, une conversation, une décision qui légitimise de ne pas nécessairement faire du sens. Ça, pour moi, c'est un non-sens. Je dirais... Mais comme je dis, on a encore des zones d'ombre là-dedans et on apprend beaucoup, beaucoup, beaucoup encore à manœuvrer. Autant dans nos échanges. J'ai un exemple dernièrement, je ne vais pas tout partager, dans le sens que je sais que le temps file. Mais on a eu, par exemple, on a un enjeu, nous, qu'on appelle le bruit sur la ligne. Si moi, j'ai un enjeu avec un, on a discuté de quelque chose, puis l'autre s'en va discuter avec les autres pour... avoir des alliés, aller chercher des alliés dans cette concept-là, on vient de briser quelque chose. Puis il s'est passé quoi dans ce sens-là ? Une niaiserie, un détail. Mais par le fait d'aller chercher des alliés, bien là, ce n'est pas moi qui est en train de partager ma vision des choses. On n'a pas fait de quoi en équipe. Bien là, tout d'un coup, on a trois contre un. Là, ça ne fonctionne pas. On l'a vécu, puis ça crée beaucoup d'émotions, beaucoup de frustrations. Parce qu'on est tous des porteurs de sens. Puis on parle tout en besoin. On est trop évolués dans notre conscience. Ça fait que quelqu'un qui... Ça vient affecter la liberté. Ça vient affecter le sens, l'écoute, le respect. Donc, on a des trucs à faire attention encore. Mais notre recette est encore pour finir, je dirais.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Merci beaucoup pour cette humilité, comment tu présentes le champ du travail entre actionnaires. C'est encore... C'est un chemin où vous êtes... Vous êtes en train d'affiner, chercher la recette, votre recette. J'entends qu'il y a déjà des espaces de travail entre actionnaires qui existent et en même temps, il y a encore des zones où ça se croise ou peut-être il y a encore un peu de confusion avec le rôle de gestion de l'entreprise et puis le rôle de copropriétaire de l'entreprise. Et puis j'entends aussi ta grande vigilance à... derrière ce mot actionnaire à l'intérieur de l'entreprise, comment ça peut mettre des personnes en position haute. Moi, j'appelle ça dans mon jargon à moi, c'est-à-dire un peu, je suis un peu au-dessus de toi, ça me permet de, voilà, sans le vouloir au fond, mais j'entends ta grande vigilance à l'utilisation de ce mot. Et voilà, et puis tu es en recherche sur ce point-là, et je trouve sur ce sujet, je trouve que c'est vraiment intéressant, vraiment inspirant. Il y a d'ailleurs un épisode, si ça t'intéresse, Avec Michel Rességuier, qui nous parle des entreprises familiales et qui parle dans un certain nombre d'entreprises familiales, une des zones de fragilité des entreprises familiales, ça peut être la confusion entre le rôle d'actionnaire et le rôle de direction générale, qui sont deux rôles différents. C'est un peu comme quand je suis dans un appartement, j'ai ma casquette de propriétaire qui gère un actif et puis j'ai ma casquette de celui qui... utilise l'appartement, c'est la direction générale, et donc ce ne sont pas les mêmes rôles. Quelquefois, dans les entreprises familiales, il peut y avoir confusion entre les deux. Tu verras si ça t'intéresse, l'épisode est intéressant.
- Speaker #0
C'est ça, je vais écouter ça.
- Speaker #1
Merci beaucoup Sébastien pour cet épisode. J'ai trouvé ça vraiment passionnant. Je n'ai pas vu le temps passer. Merci à nos auditeurs qui nous ont écoutés jusque-là. J'espère que vous avez été aussi intéressés que moi. Sébastien, merci à toi. J'espère qu'on va rester en lien tous les deux.
- Speaker #0
Je le souhaite. En tout cas sur LinkedIn du moins.
- Speaker #1
Oui, déjà pour commencer. Et puis... Chères auditrices, chers auditeurs, si cet épisode vous a intéressé, n'hésitez pas à vous abonner au podcast et puis au plaisir de vous retrouver dans 15 jours pour le prochain épisode du podcast L'Entreprise Familiale Nouvelle Génération. À bientôt.