- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous, nous vous souhaitons la bienvenue dans le podcast L'environnement au cœur de ma santé, le rendez-vous qui explore les relations entre la santé et l'environnement. Cet épisode est proposé par la Mutualité Française Grand Est, en partenariat avec la DREAL Grand Est et l'ARS Grand Est. Selon l'Observatoire National des Services d'Eau et Assainissement, l'eau est très majoritairement potable et sûre en Grand Est, avec près de 98% de conformité microbiologique de l'eau distribuée. En 2024, mais certains territoires restent fragiles, notamment sur les nitrates, les pesticides ou les polluants émergents comme les pyphases, les microplastiques, les résidus de médicaments. Pour cet épisode, je reçois Nicolas Reynaud, responsable du pôle qualité sanitaire des Ausha l'ARS Grand Est, qui nous permettra d'en apprendre davantage sur la qualité de l'eau qui coule dans nos robinets et nous transmettra des solutions pratiques à mettre en œuvre au quotidien. Bonjour Nicolas.
- Speaker #1
Bonjour Vanessa.
- Speaker #0
Vous êtes référent régional sur l'eau et vous coordonnez l'action des délégations territoriales de l'ARS sur la région. Vous avez donc une très bonne visibilité sur la gestion de l'eau potable sur notre territoire. Nicolas, peut-on dire que l'eau est de bonne qualité en Grand Est aujourd'hui ?
- Speaker #1
Oui, l'eau est généralement de bonne qualité en Grand Est. Il faut noter que l'eau, c'est l'aliment le plus contrôlé en France. L'ARS réalise un contrôle sanitaire réglementaire qui vient... compléter la surveillance qui est elle-même réalisée par les gestionnaires des réseaux d'eau. Dans le cadre de ce contrôle, nous allons mesurer un grand nombre de paramètres, qu'ils soient microbiologiques, physiques, chimiques ou radiologiques. Et cette fréquence d'analyse va aussi varier en fonction des débits qui sont produits. Donc la qualité de l'eau est très surveillée. Et donc il n'y a pas de risque pour la santé dans la très grande majorité des cas. Et si jamais un risque devait survenir ou un dysfonctionnement, Les consommateurs sont directement informés par leurs distributeurs.
- Speaker #0
Alors il y a un grand nombre effectivement de captages d'eau et de réseaux d'eau au niveau du Grand Est.
- Speaker #1
Effectivement, en Grand Est, la particularité c'est un grand nombre de ressources en eau exploitées. On dénombre plus de 5200 captages d'eau qui vont alimenter plus de 3000 réseaux de distribution. Et donc l'ensemble de ces installations sont contrôlées par l'ARS. L'ARS va réaliser plus de 35 000 analyses d'eau. par an et ces analyses sont réalisées par l'intermédiaire de laboratoires agréés par le ministère de la santé qui vont faire les prélèvements et les analyses avec des performances analytiques les plus élevées possibles. Les résultats de ces analyses ensuite sont transmises aux collectivités et tous les usagers peuvent se renseigner sur la qualité de l'eau, en tout cas accéder aux données de la qualité de l'eau. D'une part, elles vont être affichées en mairie ou au syndicat des eaux. Une synthèse réalisée par l'IRS va également leur être transmise une fois par an pour avoir une vision. objectifs de cette qualité. Et enfin, tous les résultats sont disponibles sur le site internet de l'ARS, mais également sur des sites nationaux. Et même encore, le ministère de la Santé diffuse toutes ces données en open data, et ces données sont reprises par des journalistes, par des associations, régulièrement dans différentes publications.
- Speaker #0
Comment contrôle-t-on l'eau potable en 2026 ?
- Speaker #1
Alors, le contrôle de l'eau potable, il est réglementaire, et il découle tout d'abord d'une directive européenne. Cette directive est transposée en droit français au titre du Code de la santé publique. Cette transposition se fait en lien avec la Direction générale de la santé et l'ANSES, l'Agence nationale de sécurité sanitaire. Ensuite, les contrôles sont réalisés par les ARS, et comme je vous le disais, par l'intermédiaire de laboratoires agréés. On va faire des prélèvements à toutes les étapes de la production d'eau, depuis le captage, le forage, la source, le puits. Ensuite, on va aller contrôler les éventuels traitements de cette eau. les réservoirs et bien entendu le réseau de distribution en faisant des prélèvements directement au robinet des consommateurs. Les fréquences et les paramètres de chaque analyse sont également définis réglementairement. Par exemple, on va analyser plus souvent les paramètres microbiologiques, parce que le risque est immédiat et il y a une grande variabilité de la microbiologie dans l'eau, alors que d'autres paramètres plutôt chimiques, plus stables, comme les pesticides, ne seront analysés que plus périodiquement. Ce contrôle de l'ARS, pour prendre une image, c'est le radar au bord de la route. Nous regardons de temps en temps si tout va bien, mais la surveillance au quotidien de la qualité de l'eau, elle est bien entendu réalisée par l'exploitant d'eau potable, qui est finalement le pilote de la voiture. En cas de besoin, et si dans le cas du contrôle, on détecte un dysfonctionnement ou une non-conformité, on va informer l'exploitant, et ces informations peuvent aller jusqu'à des injonctions du préfet d'interdire la consommation de l'eau. dans des cas extrêmes.
- Speaker #0
Et donc là, les collectivités ont un grand rôle de garantir la qualité de l'eau potable au quotidien.
- Speaker #1
Voilà, c'est bien la collectivité qui produit l'eau, qui doit s'assurer au jour le jour. de la qualité de l'eau qu'elle distribue. Et nous, l'ARS, nous contrôlons qu'elle réalise cette distribution dans la conformité réglementaire, avec des installations qui sont conformes et une qualité d'eau conforme.
- Speaker #0
On découvre aujourd'hui des molécules qu'on ne cherchait pas il y a de ça 5 ou 10 ans, comme l'épiphas. Comment travaille actuellement l'ARS sur ces polluants ?
- Speaker #1
Alors, l'épiphas font partie des polluants, que l'on va dire émergents. Il y a quelques années de cela, on n'en parlait pas trop, voire pas. et jusqu'à très récemment, on ne les recherchait pas dans l'eau potable. Donc la science progresse chaque jour, les données scientifiques progressent chaque jour, et donc le contrôle s'adapte et progresse également. Donc très récemment, on a intégré l'épéphase au titre du contrôle sanitaire. Il faut savoir que pour l'intégration de nouvelles molécules au contrôle sanitaire, cela fait suite à une évolution où l'ANSES d'abord va faire des campagnes nationales pour rechercher la présence éventuelle de polluants émergents. Il faut que les laboratoires soient en capacité d'analyser ces contaminants. Et enfin, on les ajoute au contrôle sanitaire. En grand test pour les PFAS, nous avons anticipé la réglementation européenne qui nous demandait de les mesurer dans le contrôle en 2026. Et donc, on a fait des campagnes depuis 2023 pour essayer d'identifier, avec les capacités analytiques qui étaient celles existantes à l'époque, d'identifier des éventuelles contaminations. Donc, entre 2023 et fin 2025, L'ARS Grand Est a analysé l'ensemble des réseaux, des 3000 réseaux du Grand Est, pour faire cet état des lieux sur la présence ou non de PFAS. L'état des lieux, les résultats sont disponibles sur le site internet de l'ARS Grand Est, sous la forme de cartes et de tableaux de résultats. Il faut quand même noter qu'on ne mesure aujourd'hui dans les PFAS que 20 PFAS. Donc les 20 PFAS que l'Union Européenne estime être les plus impactants pour la santé. Cette liste va évoluer en 2027 avec l'ajout de deux nouveaux PFAS. On va devoir réagir en fonction de la teneur en PFAS que l'on va trouver dans l'eau, mais également du type de PFAS que l'on va détecter. De façon très schématique, si on va être proche de la limite de qualité, la limite de qualité pour 20 PFAS est fixée à 0,1 microgramme par litre. Si on est proche de cette limite et qu'on reste en deçà de cette limite, l'eau est conforme, mais on va tout de même mettre un suivi pour vérifier qu'il n'y a pas de variabilité dans le temps. Si en revanche, on dépasse cette limite, On va également mettre un suivi pour bien confirmer qu'on dépasse cette limite, pour envisager l'évolution de ce dépassement. Et bien entendu, on va informer rapidement la collectivité pour qu'elle mette en œuvre un plan d'action pour éviter que cette non-conformité perdure. Et en fonction de la capacité de la collectivité à mettre en place des actions plus ou moins rapides, ça peut être parfois arrêter un forage, ça peut être parfois s'interconnecter avec un réseau voisin. Selon cette capacité ou non à faire des actions rapides, le préfet, en lien avec l'ARS, peut être amené à interdire la consommation de l'eau par précaution et pour protéger la santé des populations, en tout cas pour toute ou partie de la population, puisqu'on pourrait faire des restrictions de la consommation pour des personnes dites sensibles ou pour l'ensemble de la population.
- Speaker #0
Donc vous mesurez finalement 20 PFAS ?
- Speaker #1
Alors effectivement, aujourd'hui nous mesurons 20 PFAS et la limite de qualité réglementaire est fixée sur la somme de ces 20 PFAS. Or, pour chaque molécule, ensuite, pour pouvoir gérer le cocktail de molécules qui sera présent dans une eau, il nous faut avoir des valeurs de gestion sanitaire, molécule par molécule. Et là, c'est le travail de l'expertise scientifique toxicologique de l'ANSES qui définit des valeurs sanitaires, molécule par molécule. Aujourd'hui, comme je vous disais, le sujet des PFAS reste émergent. Beaucoup de travaux et d'expertises sont en cours et on attend encore. ces valeurs sanitaires, molécule par molécule, pour pouvoir gérer plus précisément des éventuelles contaminations de certaines PFAS. Donc aujourd'hui, dans l'attente de ces éléments-là, on a une surveillance qui est homogène au niveau du Grand Est et on est obligé de mettre en place une protection de la population dans cette incertitude scientifique, puisqu'on est en attente de précision. Mais on ne peut pas rester sans rien faire non plus. et attendre de tout savoir avant d'agir. C'est là où le curseur est difficile à positionner entre ne rien faire ou tout interdire quand on est dans cette phase d'incertitude.
- Speaker #0
Justement, les cartographies de l'ARS, que ce soit pour les pesticides ou les PFS, ne sont pas très bonnes en Grand Est, comparativement au reste du territoire national. Dans certaines communes, il y a eu des interdictions de boire l'eau du robinet, comme à Saint-Louis en Alsace. Tendons dans les Vosges ou quelques communes en Meuse et dans les Ardennes. Comment la R.S. gère-t-elle finalement ces situations ?
- Speaker #1
Alors comme je vous le disais, on va avoir une approche graduée. Et tout d'abord, je voulais rappeler ce que je vous disais également précédemment. En Grand Est, nous avons anticipé une obligation réglementaire en faisant un état des lieux exhaustif des 3000 réseaux du Grand Est depuis 2023. Il faut savoir que toutes les régions de France n'ont pas fait cet état des lieux. Et donc on a peut-être l'impression en Grand Est d'être plus touché par des contaminations que d'autres régions. Mais peut-être, c'est aussi que certaines régions n'ont pas encore finalisé ou réalisé cet état des lieux complet. Donc on ne va pas dire qu'on est en avance parce que nos résultats ne sont pas parfaits, mais en tout cas on espère aujourd'hui avoir vu, avoir détecté les situations les plus problématiques. Donc effectivement en grand test on a détecté des non-conformités. Alors de façon simplifiée, les modalités d'action de l'ARS face à des non-conformités vont se diviser en trois, avec tout d'abord si la non-conformité peut être résolue très rapidement, on ne va pas imposer de restrictions ou de limitations de la consommation de l'eau. Donc là, on parle d'une non-conformité qui serait résolue après sa connaissance, dans le mois, ou sous deux mois maximum, de façon assez rapide. Si cette non-conformité perdure avec un dépassement assez léger, on pourra être amené à faire une restriction de la population, mais pour protéger les populations les plus sensibles, les enfants, les nourrissons, les femmes enceintes, par exemple. Et si on est sur des cas avec des concentrations importantes, je pense à la situation meusardenne, des concentrations très élevées, et une absence de solution puisqu'il s'agit de mettre en place des stations de traitement ou des travaux de réseau importants qui peuvent durer plusieurs mois voire plusieurs années. Là, on va être dans la nécessité de protéger la santé de tous les usagers le plus rapidement possible et donc on va proposer au préfet une restriction de la consommation. Effectivement, aujourd'hui, même si nous avons détecté, on l'imagine, les secteurs les plus contaminés et que ces secteurs sont en cours de résolution par rapport à l'eau distribuée, aujourd'hui on reste encore dans la tentative de développer la connaissance environnementale sur ce sujet puisque les PFAS sont des molécules très utilisées et dont l'origine peut être très variée. C'est encore un sujet en devenir, mais en l'état actuel, en grand test, on pense avoir vu, en tout cas être en cours d'amélioration de la situation.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y aurait des traitements particuliers qui permettraient de réduire ces PFAS ?
- Speaker #1
Quand on parle de traitement, on va parler du traitement de l'eau puisque les PFAS, une fois qu'ils sont dans l'environnement, sont très difficiles à éliminer de l'environnement lui-même. Une fois qu'ils sont dans l'eau, la collectivité peut mettre en place un traitement et généralement on va mettre en place un traitement au charbon actif. Le traitement au charbon actif, selon le type de PFAS, peut être très efficace. Il a un inconvénient tout de même, c'est qu'il va coûter cher à l'installation et également cher en entretien, puisqu'il va falloir remplacer les charbons actifs au fur et à mesure de leur contamination. Ce remplacement nécessite aussi l'élimination des charbons actifs contaminés. par incinération, enfouissement, donc on va créer un déchet en plus. Donc effectivement, on peut traiter l'eau pour la rendre conforme, mais techniquement c'est possible, mais économiquement, c'est toujours très compliqué pour les collectivités de supporter ces coûts d'investissement et de fonctionnement ensuite.
- Speaker #0
Alors, est-ce que les PFAS sont des molécules très utilisées chez nous ?
- Speaker #1
Donc les PFAS sont effectivement très utilisées dans l'industrie, elles sont utilisées pour leur pouvoir imperméabilisant, c'est adhésif, c'est utilisé dans les mousses anti-incendie, c'est utilisé en papeterie, c'est utilisé en cosmétique. Voilà, de nombreuses utilisations des PFAS. C'est une famille de molécules qui regroupe plusieurs milliers de molécules. Donc, on va retrouver ensuite ces PFAS dans l'environnement. Alors, en grand test, les cas que l'on peut citer, ce sont soit des contaminations liées à des mousses anti-incendie qui contenaient auparavant des PFAS. On a aussi également des PFAS dans des bouts industriels, et notamment en Grand Est, on soupçonne des bouts papetières ou des bouts d'origine de l'industrie textile qui auraient pu contaminer les captages.
- Speaker #0
Pour les pesticides, vous fonctionnez différemment du coup ?
- Speaker #1
Pour les pesticides, ce n'est pas totalement différent, mais pour les pesticides, ce sont des molécules, même s'il y en a aussi des milliers, c'est un peu différent. C'est-à-dire que pour les pesticides, l'ANSES a déjà produit... des valeurs sanitaires. Donc, même si la norme de qualité est fixée à 0,1 microgramme par litre pour chaque pesticide, le dépassement de la norme peut être apprécié en fonction de la valeur sanitaire de chaque molécule et cette valeur a été définie par l'ANSES. Donc, cela veut dire qu'on pourra avoir une eau qui est non conforme réglementairement mais qui n'a pas d'impact sur la santé, en tout cas pas d'impact à court terme. Et donc on peut laisser la collectivité distribuer cette eau, mais en la contraignant à mettre en place un plan d'action pour résorber cette situation. Et cette contrainte, ça s'appelle une dérogation. Et cette dérogation, elle est instruite par le préfet. Donc effectivement, il existe plusieurs situations en Grand Est où l'eau est non conforme par rapport aux pesticides au robinet, mais c'est une non conformité réglementaire. L'eau peut être bue sans risque puisqu'elle est conforme aux exigences sanitaires de l'ANSES. Bien entendu, la dérogation du préfet est limitée dans le temps et généralement, la collectivité aura trois ans pour résorber la non conformité. Et si nécessaire, le préfet peut redonner trois ans de plus. pour finaliser les travaux nécessaires au retour à la conformité.
- Speaker #0
Et pour redevenir conformes, quelles sont les possibilités du coup ?
- Speaker #1
Pour redevenir conformes, différentes possibilités, soit des travaux, en tout cas des actions auprès des activités qui contaminent l'environnement. Malheureusement aujourd'hui, beaucoup de molécules que l'on retrouve dans l'eau potable sont déjà des molécules interdites d'usage, donc ce sont des pollutions plus anciennes. Et donc dans ces situations-là, s'offre à la collectivité un choix restreint. de solutions. La première, ce sera d'abandonner son captage et de trouver une autre ressource en eau non contaminée. Sinon, elle pourra aussi tirer des tuyaux, s'interconnecter chez un voisin, un village voisin, pour diluer l'eau contaminée avec de l'eau non contaminée. Et enfin, la dernière solution la plus chère, c'est installer des traitements de l'eau, et là encore, généralement à base de charbon actif.
- Speaker #0
Dans vos analyses, un grand nombre de molécules de pesticides sont recherchées.
- Speaker #1
Nous recherchons actuellement plus de 200 molécules, 210 exactement, des métabolites de pesticides, des substances actives. Et ces 210 molécules, ce n'est pas du tout exhaustif par rapport aux milliers de molécules de pesticides qui peuvent exister. Donc on fait un choix avec des experts, des experts de la DRAF, de l'ANSES, de l'ADREAL, pour sélectionner ces molécules et qu'ils seront adaptés au contexte régional. Parce qu'il n'existe pas de liste, ni européenne, ni nationale, des pères. pesticides à rechercher dans l'eau potable. Donc nous, en grand test, on a une méthode qui est ensuite promue par la DGS. Donc la DGS promeut auprès des autres ARS la méthode issue du grand test. Et donc nous, on va regarder déjà les molécules les plus vendues et utilisées en grand test. On va regarder aussi pour chaque molécule, la capacité de ces molécules à migrer dans l'eau, puisque certaines molécules vont préférer rester dans le sol, d'autres vont aller dans l'eau. Donc on va regarder ces molécules. On va regarder également, grâce à l'ANSES et aux experts, ce que deviennent ces molécules, quels métabolites vont devenir ces molécules. Et on va surtout regarder s'il existe des méthodes analytiques pour détecter ces molécules. Alors ça, c'est souvent la plus grande difficulté. On sait qu'il y a des molécules, mais on ne sait pas les chercher ou les quantifier. Et donc c'est comme ça que l'on restreint notre liste à 210 molécules. Donc chaque année, on édite des cartes. de bilan de la qualité des pesticides en grand test. Et donc, ces cartes sont disponibles sur le site de l'ARS également.
- Speaker #0
Alors, d'autres polluants se retrouvent dans l'eau, comme les microplastiques. On a un épisode consacré à ce sujet, ou les résidus de médicaments. Qu'en fait-on finalement ?
- Speaker #1
Alors, ces éléments-là sont aussi des paramètres émergents, comme je vous le disais, et qui ne font pas l'objet de réglementations dans l'eau potable, ni en Europe, ni en France aujourd'hui. Pour les mises au microplastique, ils ne sont pas mesurés, en tout cas pas au titre du contrôle sanitaire. On sait qu'il y a de la recherche scientifique qui est menée sur les microplastiques, mais on n'a pas, en tout cas au niveau de l'ARS Grand Est, on n'a aucune donnée et on n'a fait aucune recherche sur ce paramètre-là aujourd'hui. Sur les médicaments, c'est également un paramètre qui n'est pas recherché au titre du Code de la Santé, mais l'ANSES avait engagé des campagnes exploratoires il y a quelques années. pour vérifier la contamination des eaux. Et ces résultats étaient à l'époque rassurants. Alors bien entendu, il faudrait que l'ANSES remette à jour peut-être ces données, mais pour les résidus médicamenteux, ça n'avait pas donné lieu à l'intégration de ces paramètres dans le contrôle sanitaire à l'époque. Alors tous ces éléments ne sont pas secrets. Les campagnes que l'ARS mène ou l'ANSES, tout est diffusé soit sur nos sites internet et l'ANSES généralement publie. l'ensemble de ses rapports et de ses études également sur son site internet.
- Speaker #0
L'objectif au final, c'est de se protéger de ces polluants. Donc l'idée est alors de protéger les sites de captage d'eau finalement.
- Speaker #1
Évidemment, il est préférable d'éviter la pollution à la source plutôt que d'installer des traitements coûteux. Donc les captages d'eau, c'est vraiment essentiel de les protéger. Alors il existe déjà des protections réglementaires qui s'appellent la Déclaration d'utilité publique des périmètres de protection, donc les DUP dans notre jargon. qui vont réglementer par l'utilité publique, ce qui est un arrêté préfectoral, qui fait suite à une enquête publique, à toute une démarche administrative de portée à connaissance. Certaines activités vont être réglementées, voire interdites, à proximité des points d'eau. En Grand Est, en moyenne, nous avons 91% des 5200 captages qui sont protégés par ces périmètres de protection déclarés d'utilité publique. Et ces périmètres de protection, par exemple, réglementent l'interdiction d'épandage de boue industrielle. Donc, c'est peut-être aussi pour cela que finalement, les quelques spots que l'on a vus en Grand Est sur la qualité de l'eau restent assez limités, puisqu'on a une très bonne protection des captages en Grand Est. Malheureusement, cette protection n'est pas toute. toujours suffisante, puisque ces périmètres de protection ne couvrent pas forcément l'ensemble du bassin d'alimentation de la source en question, pour des raisons aussi administratives. On ne peut pas tout interdire partout. Donc, des contaminations qui viennent d'au-delà des périmètres de protection peuvent exister. Et donc là, il faut que les collectivités aillent plus loin que la réglementation, on va dire, de base, et s'intéressent à la protection de leur captage jusqu'à l'ère d'alimentation de captage.
- Speaker #0
Comme on a pu commencer à le voir précédemment, il y a différents traitements de l'eau qui sont possibles. Est-ce que vous pouvez nous en parler un petit peu plus ?
- Speaker #1
Bien entendu. Si la qualité de l'eau à la ressource n'est pas parfaite, il est tout à fait possible de la traiter pour l'améliorer et la rendre totalement potable. La première des choses, ce sera la désinfection. Il faut savoir que le risque microbiologique est tout de même très répandu. On peut désinfecter l'eau pour la rendre saine vis-à-vis des microbes, que ce soit des virus. des bactéries ou des parasites. Donc la désinfection, on peut la faire généralement avec du chlore. Donc on va parler de chloration, mais on peut également utiliser des ultraviolets ou de l'ozone pour des situations plus complexes. Alors parfois, on peut avoir un goût de chlore du fait de la chloration, mais il s'agit d'adapter la dose pour l'effet. Et donc peut-être que l'exploitant peut réduire un peu la dose de chlore tout en garantissant une bonne désinfection. Parce que les lampes UV, par exemple, c'est très intéressant, mais une fois que la lampe est passée, si jamais il y a une recontamination dans les réseaux, l'eau ne sera pas protégée puisqu'il n'y a pas d'effet de désinfection qui perdure après la lampe UV. Alors bien entendu, au-delà de la désinfection, il y a d'autres traitements de l'eau possibles. On va peut-être citer très rapidement la filtration sur sable pour enlever par exemple le fer, le manganèse, la turbidité. Bien entendu, dans les filtrations, il y a la filtration sur charbon actif, donc là qui va être plutôt réservée pour des micropolluants de type pesticides, PFAS. Ensuite, il y a des traitements qui sont plus coûteux. Soutenus en énergie, notamment avec la filtration membranaire, nanofiltration, osmose inverse, où on va pouvoir enlever des éléments de plus en plus fins, mais qui vont nécessiter ensuite de rajouter des minéraux dans l'eau. Et donc c'est un autre traitement qui existe, la reminéralisation. Donc on peut par exemple rajouter des minéraux dans les eaux très douces, et c'est ce qui est fait dans les Vosges, donc des eaux très douces et agressives, où on va filtrer l'eau sur des filtres de calcaire et de magnésium pour réintroduire du calcium et du magnésium dans l'eau. Et enfin, quand l'eau est trop chargée en calcaire, on peut décarbonater cette eau, c'est-à-dire qu'on va lui retirer son calcaire. Il y a beaucoup de traitements qui sont possibles. Tous ces traitements doivent être agréés par le ministère de la Santé et autorisés par le préfet. La collectivité ne met pas les traitements en place comme elle le souhaite, à sa simple guise.
- Speaker #0
Les sources d'eau, notamment les nappes phréatiques, ont leur propre mode de fonctionnement. Vous me disiez en préparant ce sujet qu'elles ne réagissent pas toutes de la même manière. Du coup, est-ce que vous pouvez nous expliciter un petit peu ces différents modes de fonctionnement ?
- Speaker #1
Oui, il faut bien comprendre qu'à chaque village, à chaque ville, à chaque secteur géographique, sont associées des ressources en eau parfois très différentes. On peut avoir des ressources en eau très profondes, on va dire très épaisses ou puissantes. On peut avoir des ressources en eau avec des bassins versants très étendus. On peut avoir des sols calcaires, granitiques, graiseux, sablonneux. Donc tout ceci va engendrer... des ressources en eau très différentes, avec des caractéristiques toujours très différentes. Et donc elles vont réagir de façon différente, bien entendu, et les activités de surface vont avoir un impact sur la qualité de l'eau en fonction de ses caractéristiques propres, caractéristiques, on va dire, hydrogéologiques. Et donc certaines ressources en eau vont réagir immédiatement, suite à un orage, suite à un déversement de pollution, d'autres en quelques jours, et d'autres sur plusieurs années. C'est-à-dire qu'une pollution aujourd'hui ne sera vue peut-être que dans 30 ans dans certains secteurs où les nappes sont très profondes et on va dire avec une grosse inertie. Donc il faut bien comprendre que tous les éléments influent la qualité de l'eau, aussi bien la roche dans laquelle l'eau est contenue que les activités qui sont en surface. Et donc l'important pour les exploitants d'eau potable, c'est de connaître les caractéristiques de ces ressources en eau, leur temps de réaction, les activités qui sont mises en œuvre autour de leur point d'eau pour pouvoir anticiper. participer, gérer des éventuelles contaminations aujourd'hui ou demain.
- Speaker #0
Si je me place du côté de l'usager, du consommateur d'eau du robinet, sur quoi est-ce que je dois être finalement vigilant lorsque j'installe un système de filtration de l'eau chez moi ?
- Speaker #1
Avant d'installer un traitement de l'eau, il faut d'abord se renseigner sur la qualité de l'eau qui arrive à votre robinet. Pour cela, comme je vous le disais, rendez-vous en mairie, auprès de votre syndicat ou sur le site internet de l'ARS par exemple. Parce que l'eau qui arrive à votre robinet, elle est contrôlée. Elle est contrôlée en l'état tel qu'elle arrive. Dès lors qu'on installe un traitement, on va évidemment modifier sa qualité. On va modifier sa qualité pour des paramètres généralement de dureté de l'eau. Souvent, on voit ça. ce traitement de dureté de l'eau pour adoucir l'eau ne va pas être toujours favorable à la santé. Donc plus précisément pour les adoucisseurs d'eau, il faut savoir que souvent ce sont des résines échangeuses d'ions, et donc on va prendre dans l'eau les ions calcium, et la résine va échanger cet ion calcium contre un ion sodium. C'est pour ça qu'on régénère les résines des adoucisseurs avec du sel. Et donc vous allez enrichir l'eau que vous allez boire avec du sodium, même si c'est imperceptible au goût. vous aurez une eau un peu plus salée que la normale. Et donc, ce n'est pas forcément très bon pour votre santé de boire de l'eau salée au quotidien. D'autres précautions à prendre avec les traitements à domicile, mais pas forcément que les adoucisseurs, ce sont tous ces filtres dont l'efficacité doit être vérifiée, mais vérifiée à l'instant T, mais aussi dans la durée. Et aussi, attention à ces filtres qui pourraient devenir des nids à microbes. Puisque parfois on dit qu'il faut les remplacer tous les mois, tous les six mois, etc. Mais en fait, cette fréquence était vraiment adaptée à la qualité de votre eau. Et le risque majeur que l'on puisse voir et que l'on voit, c'est le relargage parfois de polluants qui ont été accumulés dans un filtre, qui a protégé effectivement dans les premiers temps, mais qui ensuite va aggraver la situation.
- Speaker #0
Alors si vous aviez un grand message à faire passer aux habitants du Grand Est sur l'eau du robinet, quel serait-il ?
- Speaker #1
Eh bien, l'eau du robinet... vous pouvez la boire. Donc buvez l'eau du robinet, elle est protégée, elle est surveillée, elle est contrôlée. Si vous voulez connaître la qualité de l'eau, bien entendu, les données de la qualité sont disponibles en ligne. Et je voudrais quand même rappeler que l'eau potable au robinet, 24h sur 24, 7j sur 7, livrée donc à domicile, c'est très très rare d'avoir un produit alimentaire que l'on vous livre à domicile de cette façon. Ça semble une évidence pour tous, mais il faut avoir conscience que c'est un vrai défi. qui nécessitent l'implication de nombreux acteurs au quotidien pour qu'à l'avenir, ça continue.
- Speaker #0
Merci Nicolas.
- Speaker #1
Merci Vanessa.
- Speaker #0
En résumé, l'eau potable est l'aliment le plus contrôlé en France. C'est aussi un sujet de préoccupation sociétale de premier plan. La qualité de l'eau potable fait l'objet d'une surveillance régulière de l'Agence régionale de santé sur les 5200 captages d'eau et les 3000 réseaux d'eau dans notre région, avec près de 35 000 analyses par an. Des polluants sont actuellement identifiés, alors qu'on ne les observait pas il y a de ça quelques années, grâce au progrès technique, scientifique et au questionnement des usagers. Cela permet d'envisager de nouvelles solutions. Divers traitements de l'eau existent, sans utiliser ceux qui répondent aux polluants présents dans l'eau et aux capacités aussi financières des communes. L'enjeu est alors de mieux protéger les sites de captage de l'eau pour éviter des traitements complexes et coûteux. C'est l'affaire des communes, c'est donc notre affaire à toutes et tous. Nous invitons nos auditeurs à retrouver les analyses de l'eau de leur commune sur le site de l'ARS Grand Est en tapant tout simplement « eau du robinet » . Beaucoup d'informations sont postées sur le site de l'ARS. Saisissons-nous-en ! Des solutions existent, soyons acteurs de notre santé. Découvrons nos podcasts, l'environnement au cœur de ma santé au cours de nouveaux épisodes sur les PFAS, la salubrité des logements et bien d'autres. A bientôt !