- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous, nous vous souhaitons la bienvenue dans le podcast L'Environnement au cœur de ma santé, le rendez-vous qui explore les relations entre la santé et l'environnement. Cet épisode est proposé par la Mutualité Française Grand Est, en partenariat avec la DREAL Grand Est. Les logements que nous occuperons en 2025 sont déjà largement construits aujourd'hui et la rénovation du parc existant est donc un enjeu majeur. En Grand Est, la rénovation énergétique constitue une priorité régionale Merci. portés conjointement par l'État, la région et l'ADEME. Selon la préfecture et les services de l'État en région, un chiffre est particulièrement parlant. Un ménage sur quatre en Grand Est est en situation de précarité énergétique, une proportion supérieure à la moyenne nationale. Pour cet épisode, je reçois Philippe Perrin, qui est directeur de l'IFSEN, l'Institut de formation en santé environnementale, formateur et conférencier, qui nous permettra d'en apprendre davantage sur l'impact de l'habitat. sur la santé, notamment en période de surchauffe, et nous transmettra des solutions pratiques à mettre en œuvre au quotidien. Bonjour Philippe !
- Speaker #1
Bonjour !
- Speaker #0
Pendant longtemps, les politiques du logement ont été pensées pour lutter contre le froid. Aujourd'hui, les risques sont en puissance du côté de la surchauffe estivale. L'Organisation Mondiale de la Santé considère depuis longtemps que le logement est un déterminant majeur de santé. Alors Philippe, quels sont les grands impacts de la surchauffe des logements sur la santé.
- Speaker #1
Oui, c'est un vrai problème de santé publique. On est passé de l'époque où, comme vous l'évoquiez, on parlait des passoires thermiques, on parle maintenant des bouilloires thermiques. Mais en fait, ce sont les mêmes logements et les mêmes populations qui se retrouvent confrontées maintenant à des surchauffes estivales autant qu'à des froids préoccupants en hiver. Alors oui, bien sûr, la surchauffe va impacter fortement les conditions de vie dans les logements, ça c'est clair. On sait déjà, peut-être dans une vision un peu plus large, un peu plus globale, Le logement représente de l'ordre de 25% des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial. Et la climatisation représente à elle seule pratiquement 10% de la consommation d'électricité mondiale aussi. Ce qui veut dire que face à un vrai problème qui est celui de la surchauffe et des surchauffes qui vont se multiplier dans le futur, une des plus mauvaises solutions serait sans doute de recourir massivement à la climatisation. La climatisation est une mauvaise solution pour un vrai problème. La climatisation, il ne faut pas le perdre de vue, c'est un principe de thermodynamique, ne crée pas du froid, elle déplace de la chaleur, donc d'un point A, l'intérieur du logement, à l'extérieur, la rue. Sauf que si tous les systèmes de climatisation se mettent en route sur une ville, on peut avoir des augmentations de température urbaine qui peuvent atteindre dans certaines études jusqu'à 10 degrés. Donc on se rend compte qu'en plus il y a le système de consommation d'électricité qui va générer lui-même des problèmes de surchauffe liés aux compresseurs qui fonctionnent. Et puis la consommation d'électricité qui va devenir de plus en plus compliquée à gérer en regard de l'augmentation de la consommation d'électricité de nombreux secteurs de nos sociétés modernes. Donc on voit que la climatisation ne peut pas être une solution durable à cette situation. Donc il faut à la fois répondre à ces problèmes, mais en même temps ne pas impacter aussi le changement climatique plus que ça, parce qu'il faut préciser aussi que beaucoup de gaz utilisés en réfrigération et notamment dans les systèmes de climatisation, sont eux-mêmes de puissants gaz responsables du changement climatique. Alors, pour revenir maintenant aux conséquences d'une surchauffe dans l'habitat, sur la santé humaine, il y a bien sûr un risque d'abord de déshydratation. Et cette déshydratation va toucher particulièrement des populations vulnérables, des populations fragiles. Alors bien sûr, on pense aux nouveaux-nés, on pense aussi aux personnes âgées, qui ont plus de mal à maîtriser aussi leur rapport hydrique, aux personnes touchées par le diabète, par exemple. Et quand on parle des personnes âgées, d'ailleurs, ce sont les personnes isolées qui vont être sans doute fortement impactées par ces périodes de surchauffe, d'où l'importance de s'assurer effectivement que nos voisins sont surveillés, j'allais dire, en tout cas, qu'on se préoccupe de leur état de santé. Mais on va voir aussi avec les surchauffes dans l'habitat des aggravations de pathologies cardiovasculaires, par exemple, des troubles du sommeil. Enfin, il y a des endroits aujourd'hui en ville, quand vous subissez des vagues de chaleur de plusieurs jours, voire de plusieurs semaines, Vous ne dormez pas la première nuit parce que vous êtes à 32-33 degrés chez vous, vous ne dormez pas la deuxième nuit et puis au bout de trois jours, vous êtes dans un état complètement déliquescent. Donc il faut effectivement bien considérer que les perturbations graves du sommeil vont conduire en fait à des perturbations des mécanismes hormonaux. On sait aussi que c'est l'agressivité qui va augmenter, le niveau de cortisol, donc les hormones du stress. En fait, notre corps se trouve dans un état de surchauffe, lui aussi je l'ai dit. Et puis on a même... Il y a une étude intéressante qui a été menée par les pouvoirs publics français, l'étude de la cohorte ELF, une très grosse cohorte française, qui en 2025 montrait des liens entre l'exposition de la femme enceinte à des vagues de chaleur et les conséquences à deux ans chez l'enfant avec une acquisition du langage qui était perturbée. Sans qu'on comprenne les mécanismes, mais ça c'est juste pour illustrer, on pense qu'il y a beaucoup de liens qui vont se jouer aussi sur le développement cérébral notamment. On sait que ça impacte des populations qui sont déjà nées, mais on peut aussi se... poser beaucoup de questions sur des individus en pleine croissance dans le ventre de leur mère par exemple.
- Speaker #0
Alors la qualité des matériaux eux-mêmes dans le logement, est-ce qu'elle influe la pollution de notre logement en cas de surchauffe ?
- Speaker #1
Alors oui, tout à fait. Ce ne sont pas trop les matériaux de construction, c'est surtout les matériaux d'isolation et de décoration qui vont être concernés, parce que la pollution de l'air va augmenter du fait de la chaleur. Il faut bien comprendre que la chaleur joue toujours un rôle favorisant les réactions chimiques. Or, les matériaux d'ameublement, les matériaux d'isolation et les matériaux de décoration sont composés de substances chimiques qui risquent d'être amenées à plus facilement interagir avec la chaleur plus importante dans les logements. Ça, ça a été observé. On sait clairement que lors des surchauffes dans un habitat, on trouve une augmentation de ce qu'on appelle la famille des coves, des composés organiques volatiles, grosso modo des molécules contenant du carbone, qu'on est susceptible de trouver à température ambiante. Donc plus la surchauffe est importante dans l'habitat, plus on a pollution de l'air dans l'habitat. Alors il faut préciser aussi que quand on parle des matériaux de construction, le béton est en règle générale beaucoup moins adapté aux canicules d'ailleurs, comparativement par la brique alvéolée La paille, le bois qui se développent de plus en plus, qui sont des matériaux bien plus propices. Mais là, on parle ici de matériaux de construction. Et puis, c'est vrai, et on le soulignait tout à l'heure, les inégalités sociales vont être ici d'autant plus importantes que ce sont souvent les ménages qui sont en précarité énergétique qui vont être les plus souvent présents dans des logements les plus difficiles à chauffer en hiver et à rafraîchir en été. Donc, on va multiplier les risques d'inégalités sociales. la chaleur va en fait aussi amplifier des problèmes d'inégalité sociale et de précarité.
- Speaker #0
Alors on va en venir aux solutions maintenant. Donc si j'habite dans un logement collectif, notamment un immeuble, qu'est-ce que je peux faire à mon niveau ?
- Speaker #1
Alors on peut faire beaucoup de choses. On peut par exemple, c'est un grand classique, mais il ne faut pas le perdre de vue, ventiler la nuit. C'est intéressant d'avoir un thermomètre à l'intérieur du logement et à l'extérieur. Et on dit classiquement, surveiller la température intérieure et extérieure, et dès que le matin, la température extérieure commence à devenir plus élevée que la température intérieure, à ce moment-là, on va fermer les fenêtres. On ferme les fenêtres parce que l'air qui va être dehors va être un air plus chaud. On voit aussi, c'est un point très important, il faut absolument éviter les entrées de soleil directes dans l'habitat. Il faut bien comprendre qu'on a des vitrages qui sont parfaitement adaptés pour l'hiver, remarquable, on laisse passer le soleil dans un sens, Et le rayonnement issu du soleil qui va rencontrer les matériaux dans l'habitat vont réchauffer les matériaux, qui vont émettre ce qu'on appelle des infrarouges, des rayonnements un peu moins puissants, qui eux ne pourront plus franchir le vitrage. Donc on va piéger très efficacement la chaleur, c'est parfait en hiver, derrière ces grands vitrages. Par contre en été, bien sûr, ça va rapidement devenir une fournaise. Ce qui veut dire qu'il faut absolument éviter toute entrée de rayonnement solaire direct dans l'habitat. Alors ça va se traiter comment ? va bien sûr utiliser des systèmes qui vont fermer, qui vont occulter les fenêtres, par exemple le blanc de meudon, une solution extrêmement simple, le blanc de meudon c'est de la poudre de craie tout simplement, et cette poudre de craie qu'on utilise beaucoup notamment en horticulture sur les cerfs, vous avez peut-être déjà vu des cerfs horticoles qui sont peints en blanc, cette peinture n'est pas vraiment de la peinture, c'est de cette poudre de craie, ce blanc de meudon qui ne coûte quasiment rien. qu'on va mélanger avec un peu d'eau et qu'on va tartiner sur l'extérieur du vitrage. Ça va donner une sensation tout simplement de luminosité qui restera toujours très forte dans le logement, mais qui va réduire considérablement l'apport de rayonnement solaire direct. Donc on va protéger de la surchauffe. Bien sûr, on peut aussi, si on en a, utiliser des stores, des systèmes d'occultation, mais qui sont toujours sur l'extérieur. Voilà, donc on peut déjà mettre ça en place. Il faut comprendre aussi que les températures deviennent... potentiellement mortels, même dès des températures de 32-33 degrés. À 32-33 degrés, en quelques heures, on peut mourir si l'humidité de l'air ambiante atteint un niveau de saturation très élevé. Les climats tropicaux, à 28-29 degrés, on est mal, parce que notre corps transpire beaucoup pour réguler la chaleur, et cette transpiration ne s'évapore pas, parce que l'humidité est déjà en très grande quantité dans l'air, on a un air saturé d'humidité. Et au final, on transpire sans se refroidir et la température centrale du corps augmente jusqu'à un risque mortel. Donc, c'est intéressant de noter aussi l'hygrométrie. Mesurer l'hygrométrie dans un logement, ça permet aussi de savoir si, par exemple, l'usage du séchage du linge peut être une solution intéressante. Parce que quand on fait sécher du linge, on a de l'eau dans le linge qui est sous forme liquide, qui va se transformer sous forme de vapeur et qui va donc piéger, en quelque sorte, de la chaleur pour passer de cet état liquide à l'état gazeux. Donc c'est très efficace de faire sécher du linge à l'intérieur, mais il ne faut pas que l'humidité ambiante soit à des niveaux de 70 ou 80%, parce que là, non seulement ça fonctionnera très mal, mais cette évaporation de l'eau du linge va entrer en compétition avec l'évaporation de la transpiration de votre corps. Et là, c'est vraiment pas recommandé, parce qu'à ce moment-là, vous allez perdre en capacité de réguler votre propre température. On peut aussi installer des moustiquaires, des brasseurs d'air au plafond, ce sont des solutions très intéressantes. Réduire les surchauffes dans le logement, c'est aussi favoriser les appareils de basse consommation, pour le réfrigérateur par exemple. Le système de compresseur qu'il y a derrière le réfrigérateur génère de la chaleur. Vous savez que vous avez un radiateur derrière un réfrigérateur. Donc un équipement basse consommation va aussi produire beaucoup moins de chaleur résiduelle. Et puis, un dernier élément, et ce n'est pas des moindres, c'est la cuisson qui va souvent jouer des problèmes dans l'habitat. Et cette cuisson, on peut la faire si c'est possible sur l'extérieur. Mais quand on est dans un logement, quand on habite au troisième ou au quatrième étage, ce n'est pas très évident. Alors peut-être qu'on a un balcon, et si on a un balcon d'ailleurs qui donne côté sud par exemple, et bien on peut même recourir, c'est encore plus intéressant, à de la cuisson avec du soleil. Il existe des fours solaires qui ne sont pas très très encombrants, qui peuvent se mettre sur une table, sur un balcon, et permettre de cuire les aliments sans consommer d'énergie, c'est assez génial quand on y pense, et en produisant cette chaleur de la cuisson à l'extérieur. On peut aussi y favoriser, c'est un autre système qui est très facile à mettre en œuvre, Ça s'appelle la marmite norvégienne, c'est-à-dire quand on fait cuire un aliment, quand il doit cuire pendant une demi-heure, une heure ou plus longtemps, et bien on fait cuire cet aliment, et dès qu'il atteint la température voulue, on met un couvercle sur cette casserole, et on met cette casserole, on arrête le gaz ou le système de cuisson, et on met cette cocotte, cette casserole avec son couvercle, dans ce qu'on appelle une marmite norvégienne, qui est en fait généralement un tissu qui contient beaucoup, beaucoup d'isolant, et en fait la casserole va se retrouver... Très isolé sur un plan thermique, donc va rester en température pendant plusieurs heures, en permettant de continuer à cuire les aliments, sans pour autant dégager de chaleur dans l'habitat, et en réduisant très conséquemment la quantité d'énergie et donc aussi la quantité de chaleur générée dans l'habitat. C'est des solutions très intéressantes, assez rustiques, très anciennes, et qui peuvent être assez facilement mises en place par un particulier.
- Speaker #0
Très bien, et maintenant, si j'habite en maison individuelle, qu'est-ce que je peux faire à mon niveau ?
- Speaker #1
Alors... Là, c'est toujours pareil. Quand on parle d'entrée de soleil, on peut peut-être envisager de mettre des stores. Alors, si on a les moyens de mettre des brises soleil orientables, des BSO, ces brises soleil, c'est ce qu'on appelait autrefois les stores vénitiens. Tout simplement, on n'a pas inventé grand-chose. Mais on met ça à l'extérieur et en ouvrant correctement ces stores vénitiens, on va permettre de faire passer la luminosité en évitant les entrées de soleil direct. Donc, ça permet, par rapport à un store classique, d'avoir la luminosité dans l'habitat sans avoir d'apport de soleil direct. C'est aussi important quand même de préciser, quand je dis qu'il faut se protéger de la luminosité, enfin en tout cas plutôt du rayonnement stéréo-direct, il ne faut pas oublier qu'on a besoin aussi d'être exposé à la lumière. En journée, par contre, il ne faut pas être exposé trop à la lumière la nuit. On sait que les environnements sombres sont extrêmement propices à un bon endormissement à travers la production d'une hormone qu'on appelle la mélatonine, cette fameuse hormone dite du sommeil. Eh bien, si vous dormez dans un environnement qui n'est pas suffisamment sombre, Vous avez une perturbation de sécrétion de cette mélatonine, et cette mélatonine joue un rôle important pour freiner la sécrétion d'une autre hormone qu'on appelle les oestrogènes. Or, une exposition à la lumière va favoriser une baisse de production de mélatonine, une augmentation de sécrétion des oestrogènes, or ces oestrogènes sont associés à certains types de cancers, notamment les cancers du sein, par exemple, les cancers oestrogénaux dépendants. Et on a associé, aujourd'hui on a pas mal d'études qui montrent que l'exposition à la lumière nocturne, favorise le cancer du sein, le diabète de type 2 aussi d'ailleurs, et on soupçonne fortement maintenant l'Alzheimer sur cette thématique. Donc attention aussi à ne pas avoir trop de luminosité la nuit, ça c'est les éclairages extérieurs, les éclairages de la rue par exemple, etc. Donc ça c'est un petit peu à mettre à part. Mais on a quand même toutes sortes de solutions. On peut aussi, si on est sur un bâtiment, une maison individuelle, Envisager de rajouter du végétal. Le végétal est un moyen extraordinaire de réguler la température, d'accueillir aussi d'ailleurs la biodiversité. Donc le végétal est aussi une ressource très intéressante quand on a la chance d'avoir une petite maison individuelle.
- Speaker #0
Alors autre cas de figure, je rénove mon logement ou je fais construire ma maison. Avez-vous des recommandations pour lutter contre la chaleur ?
- Speaker #1
Alors oui, si on est dans les constructions, là bien sûr on peut engager peut-être des investissements un petit peu plus importants au départ, pas forcément très importants, c'est plutôt un problème de conception, mais qui vont permettre de faire de sacrées économies en termes de fonctionnement ensuite, de se passer d'une climatisation et de vivre correctement dans ce logement. On peut par exemple faire ce qu'on appelle des casquettes, donc des avancées de toiture, qui vont permettre d'éviter le rayonnement solaire direct. En hiver, le soleil est plus bas sur l'horizon. et le soleil va plus facilement rentrer dans l'habitat. Donc on a toujours l'effet de réchauffage du logement lié aux entrées de soleil en hiver, mais le soleil était en plus haut sur l'horizon en été, il est piégé par cette casquette tout simplement. On trouve l'intérêt de mettre des BSO, ces bris soleil orientables, des pergolas aussi. Le végétal, quand on peut végétaliser, parce qu'on peut mettre des pergolas, mais le mieux c'est qu'elles soient encore végétalisées. Si vous mettez une vigne, vous mettez des kiwis par exemple, vous aurez non seulement une production alimentaire, Vous aurez quelque chose d'un peu sympa, vous allez pouvoir favoriser l'accueil de la biodiversité aussi. Et puis ce végétal qui va vous faire de l'ombre en été, vous apportera aussi de la fraîcheur, de l'humidité par l'évapotranspiration du végétal. Donc ça va apporter de la fraîcheur localement. Et puis ça permettra aussi en hiver, quand les feuilles de ce végétal sont tombées, de laisser passer le soleil. Donc les pergolas végétalisés, c'est une solution là aussi très ancienne et très efficace pour ce genre de choses. on peut aussi favoriser des usages d'isolants par l'extérieur dans les logements. C'est une solution extrêmement intéressante. Et une autre solution quand on construit ou quand on fait de la rénovation un peu importante, c'est d'utiliser des isolants adaptés. Alors on connaît bien sûr la laine de roche, la laine de verre, ce sont des matériaux très efficaces pour le froid d'hiver, mais malheureusement très mal adaptés aux surchauffes. Et pour des coûts qui sont pratiquement équivalents aujourd'hui, moi je recommande clairement des isolants. sur des éléments naturels. La laine de bois, par exemple, est extrêmement intéressante pour éviter aussi les surchauffes d'été. La laine de bois, la ouate de cellulose aussi, ces matériaux sont très intéressants à des prix pratiquement similaires à ceux qu'on trouve pour la laine de verre et la laine de roche, avec soit de l'insufflation, soit se met en panneau rigide ou semi-rigide. Donc on a aujourd'hui tout intérêt à utiliser des isolants biosourcés pour réduire aussi les risques de surchauffe dans l'habitat et plus seulement se protéger du froid en hiver.
- Speaker #0
Et donc on a aussi également l'isolation par l'extérieur qui peut fonctionner ?
- Speaker #1
Alors tout à fait, l'isolation par l'extérieur est une solution très intéressante. Il faut bien s'imaginer que quand le soleil donne sur un matériau comme du béton par exemple, ce matériau va monter en température la journée. Et quand le soir le soleil s'est couché, le béton a accumulé énormément de chaleur et va rayonner cette chaleur sur l'extérieur de l'habitat bien sûr, mais aussi à l'intérieur. Donc les isolants vont tenir. plusieurs jours jusqu'au moment où la cumulation de chaleur sera telle dans les matériaux que cette chaleur va être dans le logement. Donc ce qui est intéressant, c'est d'avoir sur l'extérieur des isolants. Parce que quand le soleil donne sur l'isolant, l'isolant va monter en température certes, mais dès que le soleil s'est couché, l'isolant n'a pas à conserver, il n'a pas d'inertie thermique. Donc l'isolant va très rapidement retomber en température et va éviter le transfert de chaleur aux matériaux porteurs de l'habitat. qui seraient susceptibles ensuite de gérer de la chaleur dans l'habitat. Donc l'isolation par l'extérieur, ce que l'on fait de plus en plus couramment dans la rénovation ou dans les bâtiments neufs aujourd'hui, est une solution juste remarquable pour permettre de maintenir des températures correctes en été. On peut rajouter aussi une dernière chose peut-être, ce qu'on appelle les puits provençaux. Ce sont des systèmes qui permettent de collecter la fraîcheur du sol. Ce sont des tuyaux qui passent dans le sol à peu près à 2 mètres de profondeur qui vont se mettre à la température du sol et qui vont permettre... à de l'air de circuler dans ces tuyaux ou un circuit de liquide aussi qui peut passer dans ces tuyaux simplement. Et ce système va donc permettre à de l'air ou à un liquide de se mettre à la température du sol, qui même en été à 2 mètres reste entre 12 et 13 degrés. Et ce liquide ou cet air va pouvoir ensuite rentrer dans l'habitat par différents systèmes qui vont permettre d'abaisser la température de l'habitat juste avec un tout petit circulateur, un tout petit ventilateur ou un tout petit circulateur qui, consommant très peu d'énergie, va permettre d'apporter un air frais dans l'habitat en été, en se passant là encore de la climatisation.
- Speaker #0
On parle de géothermie avec ces puits provençaux ?
- Speaker #1
Alors, ça ressemble à de la géothermie, c'est pas exactement de la géothermie, parce que ça peut devenir effectivement, donc on disait un rafraîchissement en été, mais ça peut devenir aussi un réchauffage en hiver. La géothermie va utiliser un fluide qu'il va falloir compresser et décompresser ensuite, détendre. Et ça, ça nécessite une consommation d'énergie potentiellement importante. les pompes à chaleur consomment de l'énergie mais produisent plus d'énergie qu'elles en consomment. C'est intéressant. Mais là, c'est bien plus performant encore parce qu'on n'a pas besoin de consommation d'électricité ou quasiment pas, c'est juste quelques dizaines de watts pour faire fonctionner un circulateur. Donc c'est une forme de rafraîchissement ou de préchauffage de l'air entrant dans l'habitation par un système très facile à installer, beaucoup plus facile à installer que la géothermie et qui ne consomme pas des quantités importantes d'énergie pour leur fonctionnement.
- Speaker #0
Alors on parle de plus en plus du lien entre la santé des animaux, des humains et celle de la planète avec le concept d'une seule santé, ou One Health en anglais. Comment concilier finalement ces trois santé ?
- Speaker #1
Eh bien déjà, première chose à dire, c'est quand même fondamental de concilier ces trois santé parce que la santé humaine est absolument indissociable dans ce concept de la santé des écosystèmes et de la santé des populations animales et végétales aussi d'ailleurs. Donc c'est juste indispensable. à prendre en compte aujourd'hui dans les politiques publiques. Alors bien sûr, ce sont d'ailleurs des politiques nationales et internationales qui permettraient de prendre en compte ce concept. Bon, ce n'est pas toujours très évident, on le voit bien, mais c'est aussi des actions individuelles qui peuvent être mises en place. Nous devons, il nous faut, favoriser la biodiversité. Alors comment est-ce qu'on favorise cette biodiversité ? Eh bien, si on a la chance d'avoir un petit bout de jardin, par exemple, installer des nichoirs pour les oiseaux, des nichoirs à chauves-souris. Les chauves-souris jouent un rôle très important. Je vais en parler à quelques instants. dans nos écosystèmes. On peut aussi nourrir les oiseaux en hiver, par exemple, mettre des hôtels à insectes, laisser des végétaux, des fleurs sauvages pousser dans notre jardin, des haies sauvages, pourquoi pas, espacer les tontes aussi du gazon, et pourquoi pas laisser une partie du terrain qui ne soit pas tondue. Et puis bien sûr, on évite d'utiliser clairement des pesticides dans son jardin, chez soi aussi d'ailleurs. En toute logique d'ailleurs, il faudrait recommander, dans une vision plus large, de manger biologique, puisque l'agriculture biologique ne recourt pas à ces pesticides, donc préserve par elle-même la biodiversité, et donc respecte ce principe une seule santé. Et pour revenir, je disais, aux chauves-souris et à leur intérêt pour la santé, il y a une étude américaine très intéressante, publiée il y a 3-4 ans de ça maintenant, qui montrait un lien très très important entre le déclin des populations de chauves-souris dans certains comtés du nord-est des Etats-Unis, et une augmentation de la mortalité infantile. La mortalité infantile, c'est la mortalité qui se vient chez les enfants de moins de un an. Mais c'était pareil, c'était plus de 1000 enfants qui mourraient avant l'âge de un an. C'est une augmentation de plus de 1000 enfants mourant avant l'âge de un an sur l'espace de quelques années, sur un territoire relativement vaste, avec une population assez importante. Le lien entre le déclin des chauves-souris et l'augmentation de la mortalité infantile a été clairement mis en évidence. Les chauves-souris pouvant en une nuit consommer 2 à 3 000 insectes, On peut comprendre que si les chauves-souris disparaissent, le nombre d'insectes risque d'augmenter fortement et les agriculteurs qui sont embêtés par la prolifération des insectes vont recourir de plus en plus à des insecticides. Donc il y a une augmentation de la consommation d'insecticides et on connaît malheureusement les conséquences de l'épandage de ces insecticides sur les populations humaines et notamment sur les populations des très jeunes enfants ou des femmes enceintes, des fœtus et des embryons.
- Speaker #0
Et on a aussi parfois des températures qui peuvent être très différentes entre la ville et la campagne, notamment du fait de la végétalisation en période de surchauffe.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. C'est très important de le préciser. Quand on végétalise, on permet d'abaisser la température d'un quartier. On a de plus en plus recours, vous avez vu, à des toitures végétalisées, ce qui est une très bonne chose. On va retirer le béton, le bitume de nombreuses écoles, de nombreux quartiers, pour permettre effectivement... au végétal de pouvoir jouer ce rôle de rafraîchissement à travers ce qu'on appelle l'évapotranspiration. Un végétal, il pompe de l'eau dans le sol, il l'évapore, et en faisant ça, il va produire de la fraîcheur, mais il va consommer de l'eau en faisant ça. Ce qui veut dire aussi qu'un arbre va jouer un rôle important pour rafraîchir un écosystème, un environnement par exemple, dans la mesure où il a suffisamment d'eau. Si l'arbre est en manque d'eau lui-même, alors il va resserrer ce qu'on appelle les stomates, les petites rousses sur ses feuilles qui permettent cette évaporation notamment. de la vapeur d'eau. Donc l'arbre va se mettre en quelque sorte en espèce de sommeil. Donc il faut qu'il y ait suffisamment d'eau dans les sous-sols pour permettre à ces végétaux de pousser. Et là, vous avez une amélioration très conséquente de la qualité de l'air, non seulement de la qualité de l'air, mais aussi de la température moyenne vécue sur un quartier. Il y a des observations très très claires qui montrent qu'on peut baisser de 6-7 degrés certains quartiers lorsqu'ils sont bien végétalisés.
- Speaker #0
Merci Philippe. Alors en résumé, le changement climatique se vit déjà à l'intérieur des logements. Les impacts sanitaires des vagues de chaleur sont observables aujourd'hui en Grand Est comme partout en France. Le logement est un déterminant majeur de santé. Un logement mal adapté peut aggraver les risques sanitaires, tandis qu'un logement bien conçu protège ses occupants. La rénovation est une politique climatique, sociale et sanitaire à la fois. Elle réduit les émissions, améliore le confort et protège. la santé des habitants. Des solutions assez simples peuvent être mises en place facilement, comme on l'a vu ensemble, comme le fait de fermer les volets, ouvrir ses fenêtres la nuit, utiliser du blanc de meudon sur les fenêtres de toit ou l'adoption de la fameuse marmite norvégienne. D'autres solutions nécessitent des aménagements ou des travaux, comme des brises soleil orientables, installer à l'extérieur l'installation de casquettes devant les fenêtres, le choix d'isolants adaptés, comme la laine de bois ou la ouate de cellulose. Et puis le fantastique pouvoir des végétaux en favorisant la biodiversité. Des solutions existent, soyons acteurs de notre santé. Découvrez nos podcasts « L'environnement au cœur de ma santé » au cours de nouveaux épisodes sur les insectes hématophages, la végétalisation des jardins et bien d'autres. A bientôt !