- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous, nous vous souhaitons la bienvenue dans le podcast L'environnement au cœur de ma santé, le rendez-vous qui explore les relations entre la santé et l'environnement. Cet épisode est proposé par la mutualité française Grand Est en partenariat avec la DREAL Grand Est. Quand on parle de santé des femmes, on pense souvent au suivi gynécologique, à la grossesse ou encore à la ménopause. Mais on oublie parfois un facteur essentiel, notre environnement. L'air que nous respirons, les produits que nous utilisons au quotidien, notre alimentation ou encore les effets du changement climatique influencent directement notre santé. Ces facteurs environnementaux peuvent avoir un impact particulier chez les femmes, notamment à certaines périodes clés de la vie. Aujourd'hui, les scientifiques disposent de plus en plus de données solides sur le rôle des perturbateurs endocriniens, de la pollution atmosphérique ou encore des très fortes chaleurs. Pour cet épisode, je reçois Sylvie Platel, docteure en santé publique, responsable du pôle plaidoyer santé, environnement et genre à l'ONG WECF, qui est Women Engaged for a Common Future, qui nous présentera les constats scientifiques, les risques réels et surtout quelques pistes de réflexion. Bonjour Sylvie.
- Speaker #1
Bonjour Vanessa.
- Speaker #0
Il n'est pas habituel de faire le lien entre la santé des femmes et la santé environnementale. Sylvie, qu'est-ce qui fait qu'être une femme aujourd'hui, c'est être... plus exposés aux polluants de notre environnement ?
- Speaker #1
Oui, et bien Vanessa, en effet, faire ce lien n'est pas systématique, mais se fait de plus en plus, bien heureusement, car c'est nécessaire. Car nous vivons dans un monde très pollué. Les substances chimiques sont omniprésentes. Elles sont dans notre alimentation, nos cosmétiques, nos vêtements, nos meubles, nos appareils électroniques, mais aussi les jouets des enfants, dans l'air que nous respirons, l'eau que nous buvons, etc. La liste est longue. Depuis les années 50, la production mondiale de produits chimiques a été multipliée par 50 et elle pourrait encore tripler d'ici 2050. C'est donc une croissance exponentielle. Et qu'est-ce que c'est qu'être une femme dans ce monde chimique ? Les expositions à tous ces facteurs de risque, que ce soit les substances chimiques ou les autres risques comme la pollution, les risques climatiques, ne sont pas réparties de manière égale entre les personnes et les lieux. Ils varient d'une personne à l'autre. Et ils sont aussi différents selon le sexe. Alors de nombreux travaux scientifiques font apparaître que les conséquences seraient plus importantes pour les femmes. Il y a plusieurs facteurs explicatifs. Donc pour vous répondre sommairement, être une femme aujourd'hui ne signifie pas être plus exposée, mais différemment exposée et avec des conséquences différentes. Votre question, elle interroge la vulnérabilité des femmes face à ces risques.
- Speaker #0
Alors justement, la femme aurait-elle des... périodes de vie particulièrement à risque ?
- Speaker #1
Oui, absolument. Les femmes présentent à la fois des vulnérabilités biologiques spécifiques, mais aussi des expositions particulières qui sont liées aux rôles sociaux qui leur sont attribués dans nos sociétés. Mais cette combinaison explique pourquoi la santé environnementale, c'est aujourd'hui un enjeu de santé des femmes. Alors, tout d'abord, il y a des différences physiologiques et anatomiques entre hommes et femmes. Et ça engendre une vulnérabilité différente entre les sexes. Alors, savez-vous que les femmes ont en général une proportion de graisse corporelle, de tissus adipeux plus élevés que les hommes, et dans lesquels les substances chimiques toxiques et persistantes s'accumulent. Les femmes et les filles, elles accumulent ces polluants toxiques dans ce tissu adipeux tout au long de la vie, contrairement aux hommes. Il y a également une différence très importante entre les hommes et les femmes, c'est leur système endocrinien. Alors le système endocrinien, vous avez dû le voir dans d'autres podcasts, est constituée de glandes qui sont réparties dans le corps et qui produisent et excrètent des hormones. Alors l'oestrogène est l'une des principales hormones féminines. Il y a de nombreuses substances chimiques qui sont perturbateurs endocriniens, comme le bisphénol et certains phtalates par exemple, qui sont souvent utilisés dans les plastiques. Ils peuvent perturber le fonctionnement normal de l'oestrogène. Ils imitent son action dans l'organisme. Les niveaux plus élevés d'estrogènes chez les femmes impliquent une sensibilité plus forte aux perturbateurs endocriniens. Alors il y a en effet des périodes particulièrement critiques à différents stades de la vie d'une femme, lorsque son corps subit des changements physiologiques. La puberté, la maternité, c'est de la grossesse aux périodes postpartum et de l'actation, l'allaitement bien sûr et la ménopause.
- Speaker #0
Alors à la puberté, on parle de l'âge de 10-12 ans ?
- Speaker #1
Oui, chez les filles, la puberté, elle débute classiquement par le développement mammaire. puis l'apparition de la pilosité et des règles. L'âge de la puberté féminine est en train de changer dans le monde et on sait que les perturbateurs endocriniens peuvent déclencher une puberté précoce. Des études de biosurveillance ont montré des niveaux élevés de perturbateurs endocriniens dans les organismes des jeunes européens et des jeunes européennes. Le début de la puberté a avancé en moyenne de près de 3 mois par décennie depuis 1977. Qu'est-ce que ça veut dire une puberté précoce ? Ça n'est pas du tout anodin. Il y a des conséquences. sur la santé mentale et physique. Alors des problèmes d'image corporelle, de l'anxiété, une détresse psychologique, un développement émotionnel et cognitif qui ne correspond pas à la maturité physique, c'est assez répandu. Et elle peut également, ça on ne le voit pas de manière immédiate, entraîner une table plus petite chez les filles comme chez les garçons et des conséquences à l'âge adulte. Des risques plus élevés d'obésité, de cancer du sein, de diabète et de maladies cardiovasculaires. La puberté précoce est aussi un indicateur de la future densité osseuse et donc de l'ostéoporose.
- Speaker #0
Et puis vient la grossesse.
- Speaker #1
Oui, alors du fait des changements physiologiques et anatomiques si importants, la grossesse a un moment de vulnérabilité particulier à l'exposition aux produits chimiques et aux autres risques environnementaux, les pollutions chimiques, les vagues de chaleur. On dit que la grossesse est une période particulièrement sensible, une fenêtre de vulnérabilité. L'exposition à des produits chimiques pendant cette période, elle a été associée à des troubles de santé chez la maman. Sans faire une liste exhaustive, on peut citer l'après-éclampsie, c'est une complication de la grossesse dont les symptômes comprennent notamment l'hypertension artérielle, le diabète gestationnel. La liste est longue, mais c'est pourquoi il est important de le savoir pour se prémunir au mieux de ses risques. Un produit chimique en moins, c'est mieux.
- Speaker #0
On observe aussi une incidence sur la santé de l'enfant ?
- Speaker #1
En effet. Ces expositions in itero, elles présentent aussi des risques pour l'enfant à naître. On sait que la barrière du placenta ne suffit pas à préserver le bébé d'éventuelles contaminations et qui, en traversant le placenta, peut perturber le développement du bébé. Le premier trimestre, on peut noter que c'est une période spécifique. C'est le moment où les organes et les membres se forment. On parle des mille premiers jours de la vie qui sont à protéger absolument de la conception aux deux ou trois ans de l'enfant. Cette période, elle est scientifiquement reconnue comme très particulière et déterminante pour la santé. Alors, actuellement, on dit que les bébés naissent pré-pollués, ce qui est inacceptable. On a trouvé la présence de particules dans les poumons, dans le cerveau des nourrissons, avant même leur naissance, la question des microplastiques qui peuvent envahir leurs organismes. On peut craindre aussi des effets indésirables à la naissance, des naissances prématurées, une insuffisance pondérale à la naissance, des anomalies congénitales. Et ces contaminations, elles peuvent aussi potentiellement avoir des répercussions majeures tout au long de la vie. Et c'est ça qui est absolument très important de comprendre. Elles peuvent être invisibles jusqu'à ce que l'enfant soit plus âgé. Alors il y a des effets qui ne se manifestent qu'à l'école, à la puberté ou à l'âge adulte. On a noté que des troubles neurologiques pouvaient apparaître beaucoup plus tard dans le développement de l'enfant. Donc les enfants qui sont exposés aux polluants chimiques dans le ventre de leur mère ou pendant les premiers mois de la vie, Ils ont des risques, notamment également des capacités respiratoires diminuées. L'un des enjeux aussi de ces expositions in utero, c'est la transmission transgénérationnelle. C'est un élément crucial parce que l'impact va se répercuter aussi chez les enfants des enfants. La santé des générations suivantes est en cause.
- Speaker #0
La mère peut être amenée à allaiter son enfant ? Le lait maternel est-il un aliment préservé de tout polluant ?
- Speaker #1
C'est une excellente question. Alors des expertises. spécifiques sur le lait maternel ont été menées, notamment par l'ANSES, l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire, qui a estimé les niveaux d'exposition aux substances chimiques des enfants âgés de moins de 6 mois via le lait maternel. Et le résultat est très net. Les produits chimiques passent dans le lait maternel. Alors, on a beaucoup parlé d'épiphase, mais il y a également le cadmium, le plomb. Ça, c'est indubitable. Le lait maternel peut être également contaminé. Mais en parallèle, et j'insiste, Très largement sur la question, les avantages de l'allaitement, ils l'emportent sur les risques. Et l'ANSES d'ailleurs confirme bien les effets bénéfiques de la consommation du lait maternel. Tous ces résultats montrent l'importance de réduire les expositions aux contaminants chimiques au quotidien. On dit aux femmes enceintes et qui allaient de ne pas boire d'alcool ni de fumer. Mais il est aussi très important de faire de la prévention sur les expositions aux polluants chimiques.
- Speaker #0
Les très fortes chaleurs que nous vivons ces dernières années, impactent-elles finalement ? particulièrement la santé des femmes enceintes.
- Speaker #1
Effectivement, on ne peut pas parler de la santé des femmes sans parler du climat et de la menace majeure que constituent les dérèglements climatiques sur la santé des populations et sur celle des femmes en particulier. Dès 2007, le GIEC notait que les conséquences du dérèglement climatique variaient selon le sexe. Alors, je voudrais souligner la très forte vulnérabilité, notamment des femmes enceintes et des femmes allaitantes, face aux aléas climatiques, dont les vagues de chaleur. Les changements physiologiques et anatomiques de la grossesse posent des défis à la thermorégulation. Ils modifient la capacité d'une femme à se thermoréguler et ils augmentent potentiellement les risques d'issues défavorables de la grossesse. L'exposition à la chaleur pendant la grossesse est un problème de santé publique. De même qu'à cela s'ajoutent les effets de la pollution atmosphérique, majorée en cas de vague de chaleur. Il y a aussi un autre angle mort de cet impact. Ce dérèglement climatique qui s'inscrit aussi dans un contexte de vieillissement démographique. Ce n'est pas neutre, car en 2021, une personne sur dix dans le monde avait 65 ans ou plus. Mais d'ici 2050, cette proportion atteindra une personne sur six. Les personnes âgées occupent indéniablement une place centrale parmi les groupes les plus exposés et impactés par les vagues de chaleur. On l'entend régulièrement parler dans la presse. Mais cette vulnérabilité n'est pas homogène, elle est aussi traversée par des dynamiques de genre. Les femmes vivent plus longtemps que les hommes, elles sont donc surreprésentées parmi les plus de 80 ans, en raison de cette espérance de vie plus élevée. Et en vieillissant, les femmes et les hommes y perdent aussi. peu à peu leur capacité à transpirer et à baisser la température du corps naturellement, ce qui diminue la tolérance aux vagues de chaleur que l'on voit depuis quelques années. Les femmes âgées s'en sortent moins bien que les hommes âgés. La diposité, la diminution d'estrogène, tout ceci peut réduire la capacité à dilater les vaisseaux sanguins cutanés et réduire la dissipation de chaleur. Donc on peut dire que les inégalités en matière de santé et de genre s'aggravent dans un monde qui surchauffe. C'est pour toutes ces raisons qu'il est aussi essentiel d'aborder la vulnérabilité climatique des personnes âgées avec une perspective de genre. Les derniers étés et les vagues de chaleur terribles qu'on a traversées sont une occasion dramatique de le souligner. On ne peut plus ignorer le sujet. En fait, en tant que canicule, on peut se demander s'il est préférable d'être vieux ou vieille.
- Speaker #0
Alors justement, la troisième période de vulnérabilité, et pas des moindres, est la ménopause. Alors Sylvie, en quoi la ménopause est-elle une période au cours de laquelle la femme est... plus touchés par les polluants environnementaux.
- Speaker #1
Alors en voilà encore une, la ménopause est une fenêtre de vulnérabilité encore ignorée face aux substances chimiques toxiques. La chute des hormones peut amplifier les effets des perturbateurs endocriniens, des pyphases, des pesticides. Elle augmente les risques d'ostéoporose, de maladies cardiovasculaires, de troubles cognitifs et également de cancers hormonaux dépendants. Là encore, la liste n'est pas exhaustive. En fait, à cette période de la vie, on a eu des polluants qui se sont accumulées pendant des décennies, comme le plomb, stockées dans les os et qui peuvent être également relarguées dans l'organisme. C'est une exposition invisible et assez dommageable. Pourtant, les évaluations réglementaires des risques chimiques sont principalement concentrées sur la grossesse et l'enfance et laissent les femmes ménopausées dans un angle mort de la prévention. Intégrer la ménopause dans les politiques de santé environnementale est désormais un enjeu majeur pour protéger la santé des femmes tout du long de la vie.
- Speaker #0
Alors justement, les expositions aux polluants chimiques tout au long de la vie peuvent-elles modifier l'âge de la ménopause ou l'intensité peut-être des symptômes ?
- Speaker #1
Certaines études suggèrent que les femmes les plus exposées à certains perturbateurs endocriniens pourraient entrer en ménopause jusqu'à près de 4 ans plus tôt que les moins exposées.
- Speaker #0
Nous vivons encore à notre époque dans un monde assez genré, les tâches domestiques mais aussi certains métiers sont plutôt destinés aux femmes. En quoi ces expositions sont-elles particulièrement dangereuses pour les femmes ?
- Speaker #1
En effet, au-delà des caractéristiques biologiques et anatomiques, les femmes sont également plus susceptibles d'être exposées aux produits chimiques du fait des rôles genrés et d'attentes sociétales et culturelles très présentes dans nos sociétés. Ça conduit à des habitudes d'achat et d'utilisation de certains produits qui sont principalement utilisés par les femmes.
- Speaker #0
Par exemple, dans le choix des produits d'hygiène et de cosmétique, les publicitaires ne se sont pas trompés ?
- Speaker #1
Absolument. Les femmes utilisent en moyenne deux fois plus de produits cosmétiques que les hommes et ça multiplie leurs contacts. quotidien avec des dizaines de substances, car beaucoup de ces produits peuvent contenir des perturbateurs endocriniens, des pyphases, des allergènes. Alors il y a une étude récente de l'Inserm qui a montré qu'en réduisant simplement le nombre de cosmétiques utilisés pendant 5 jours, les niveaux des perturbateurs endocriniens dans les urines diminuaient jusqu'à 39%. C'est un message très positif parce que notre exposition n'est pas une fatalité. Et des gestes simples peuvent déjà faire une vraie différence. Alors sur ce plan, je voulais ajouter aussi les protections menstruelles à usage unique notamment. Une femme en utilise jusqu'à 16 000 au cours de sa vie, sur une muqueuse particulièrement perméable. Et dans ces protections monstruelles, on peut retrouver des résidus de pesticides, du glyphosate, oui je dis bien du glyphosate, des pyphases, des dioxines, des parfums, des phtalates et des bisphénols, qui sont tous connus pour leur propriété de perturbateurs endocriniens. En fait, mieux informer les consommatrices et... améliorer la composition de ces produits, c'est aujourd'hui aussi un véritable enjeu de santé publique et nous travaillons encore à faire évoluer la réglementation. Ça bouge mais il y a encore des choses à faire. Et au-delà de ces enjeux de santé, à noter que ces produits représentent aussi un vrai défi environnemental parce qu'ils sont souvent composés en grande partie de plastique.
- Speaker #0
On en parlait juste avant, les tâches ménagères restent encore largement réalisées par les femmes. Est-ce que cela a un impact sur l'exposition des femmes ?
- Speaker #1
Eh bien oui Vanessa, parce que les inégalités dans la sphère domestique, c'est aussi des inégalités d'exposition. Les femmes assurent bien souvent l'essentiel du ménage et de la tenue du domicile. Selon l'Observatoire des inégalités, il y a 80% des femmes consacrent au moins une heure par jour au ménage, à la cuisine, contre seulement 36% des hommes. Et cette répartition, elle a des conséquences sanitaires. Les femmes manipulent donc plus souvent des détergents, des désinfectants, des désodorisants, des insecticides. Et tous ces produits peuvent libérer des composés irritants, des substances allergisantes, des perturbateurs endocriniens, etc. On pense que notre maison nous protège, bien sûr. Mais le domicile, même s'il est perçu comme un lieu sourd, il constitue aussi un environnement d'exposition chimique quotidien. En réalité, c'est un lieu où on est exposé. chaque jour à des centaines de substances chimiques qui sont présentes dans les produits d'entretien qu'on utilise, les meubles, les revêtements de sol et tous les plastiques qu'on utilise au quotidien. La bonne nouvelle là encore, c'est qu'il existe des alternatives simples, efficaces, souvent moins cuteuses et meilleures pour la santé.
- Speaker #0
Alors dans le même sens, est-ce qu'il existe des métiers où les femmes sont particulièrement exposées aux substances chimiques ?
- Speaker #1
Oui, et c'est un sujet très important, vous avez raison de le soulever. Les femmes, elles sont confrontées à des risques professionnels, physiques, chimiques, biologiques et également organisationnels qui sont spécifiques. Pour donner quelques exemples, les agentes de nettoyage, elles manipulent quotidiennement de nombreux produits chimiques qui sont dans leur plateau, souvent sans formation ni protection adaptée. On a relevé 7 cancérogènes dans le chariot de ménage d'agentes de propriété. Alors on peut aussi parler des coiffeuses, des esthéticiennes, des prothésistes angulaires. Toutes ces professions sont exposées à des solvants, des colorants, du formaldéhyde, des acrylates qui sont présents dans tous ces produits, produits capillaires, faux-ongles, etc. Les fleuristes aussi, il ne faut pas les oublier, elles manipulent des fleurs qui peuvent contenir des résidus de pesticides. On a les professionnels du secteur textile qui travaillent au contact de nombreux produits chimiques qui sont utilisés lors de la fabrication du tissu. Les établissements de santé, on a les infirmières, les aides-soignantes, les préparatrices en pharmacie, tous ces professionnels qui sont... exposés à des désinfectants, des gaz, des médicaments cytotoxiques, beaucoup de plastique à usage unique, et souvent sous le métier du care qui sont portés par les femmes. Enfin, il ne faut pas oublier que le travail de nuit, qui est très fréquent dans le métier du soin, porté souvent par les femmes, est classé comme probablement cancérogène pour l'être humain par le Centre international de recherche sur le cancer. Tous ces métiers sont essentiels à notre société, bien évidemment. Et leurs expositions, elles restent souvent invisibles, mal connues et elles n'ont pas une prévention adaptée. Les risques dont nous parlons, ils ne concernent pas seulement les cancers d'origine professionnelle dont vous avez probablement entendu parler, mais ils touchent aussi la fertilité, les maladies respiratoires, les troubles hormonaux. Et c'est donc indispensable que la prévention prenne davantage en compte les spécificités des métiers majoritairement exercés par des femmes.
- Speaker #0
Alors Sylvie, vous venez de nous démontrer que les femmes sont exposées différemment aux polluants environnementaux que les hommes et que leur organisme n'y répond pas de la même manière. Alors Sylvie, on fait quoi maintenant ?
- Speaker #1
Alors qu'est-ce qu'on fait ? Il y a des choses à faire. Tout d'abord, il est essentiel de reconnaître que cette réalité existe. Il faut mener des actions de sensibilisation, comme ce podcast, et ça c'est très important. Ces éléments dont nous venons de discuter, ils sont souvent méconnus, ce sont souvent des angles morts, ils ne sont pas assez discutés. Donc merci de leur donner de la visibilité. Les différences biologiques, les rôles sociaux, les métiers, les habitudes de consommation ou les périodes de vie, comme la grossesse, la ménopause, modifient profondément les expositions et leurs effets. On l'a vu. Il y a aussi ce qu'on appelle l'effet cocktail, sur lequel on manque cruellement de recul, tout en reconnaissant que toutes ces nombreuses expositions s'accumulent et leurs impacts se démultiplient. Donc, il faut encore et toujours produire de meilleures connaissances et de nouvelles connaissances. On manque de données qui croiserait le sexe, le genre, les expositions environnementales qu'on vient d'évoquer et la santé. Alors évidemment, il faut aussi faire évoluer les réglementations. Parce que si on doit se prémunir contre tous ces risques, c'est aussi que toutes ces substances chimiques, elles sont dans nos environnements. Alors les lois sur les substances chimiques, elles doivent mieux protéger les populations en général, mais également prendre en compte les populations les plus vulnérables, les femmes enceintes, les enfants. aussi reconnaître que les femmes, elles sont exposées différemment tout au long de leur vie, comme on vient de le voir. C'est précisément le sens du plaidoyer qu'on porte à WECF. C'est intégrer pleinement la dimension du genre dans les politiques relatives aux produits chimiques, au climat. Nous plaidons pour une approche fondée sur les droits humains, parce que nous n'avons pas choisi de vivre dans cet environnement toxique, avec le droit à une grossesse et un allaitement sain qui permettent d'avoir un nouveau-né et un enfant. en bonne santé. Et enfin, nous l'avons vu aussi, chacune peut agir au quotidien. C'est important de le noter. Nous pouvons réduire certaines expositions en choisissant moins de produits, en privilégiant des alternatives plus sûres, en apprenant à décrypter les objets et les produits qui nous entourent. Réduisez, voire supprimez le plastique dans votre quotidien, dans votre domicile, même si je sais que ce n'est pas évident. Choisissez des ustensiles de cuisson sans pifasse. Des poêles en inox, on en a beaucoup parlé depuis la promulgation de la loi l'année dernière, en 2025. Il faut consommer des produits avec une composition simple. Privilégier les labels, c'est important. Les labels écossaires, cosmébio. Et à ce propos, il faut être vigilant et vigilante aux sirènes du marketing et du greenwashing. Parce que ça, c'est une réponse très importante des industriels. Et ce n'est pas toujours facile de se repérer. peintures, vos sols, regardez bien ce que vous achetez. Pour ne citer que lui, le lino, il relâche beaucoup de perturbateurs endocriniens. C'est difficile de se repérer, ça c'est indéniable. Mais vous pouvez aussi vous faire guider. Il existe de nombreuses littératures pour mieux acheter. C'est également tout l'objectif de ce qu'on fait à WECF avec nos ateliers de nesting qui permettent de donner aux familles des conseils très concrets, ludiques, faciles, en manipulant des objets, en apprenant à les trier, à les distinguer. Et ça, c'est pour faire durablement des choix éclairés, sans culpabiliser bien sûr. Vous pouvez vous renseigner sur notre site WECF. Et nous avons également à disposition des fiches pratiques très pédagogiques qui j'espère vous seront utiles. Elles l'ont déjà été à des milliers de personnes. En fait, le message que j'aimerais laisser aujourd'hui, il est finalement assez simple. Les filles d'aujourd'hui sont les femmes de demain et potentiellement les mères d'après-demain. Mais connaître, reconnaître. Et protéger la santé des femmes avec toutes ces spécificités qu'on a vues, c'est aussi protéger celle des générations futures.
- Speaker #0
Je ne peux qu'y souscrire, Sylvie. Merci à vous.
- Speaker #1
Merci Vanessa.
- Speaker #0
Alors en résumé, les pollutions environnementales représentent une préoccupation sanitaire majeure, particulièrement prégnante pour les femmes et les jeunes filles. Leur organisme en développement présente des vulnérabilités spécifiques qui méritent une attention particulière. Chaque jour, les femmes sont exposées à des produits chimiques toxiques qui fragilisent leur santé, leur fertilité et leur avenir, que ce soit dans leur travail ou à la maison. Le dérèglement climatique opère aussi durement chez les femmes enceintes. On s'accorde sur la nécessité des politiques environnementales plus ambitieuses, d'une recherche fondamentale qui s'intéresse davantage au genre. Au-delà, c'est une transformation profonde de nos sociétés qui est attendue. Une transformation qui questionne les normes de genre, qui redistribue équitablement les tâches quotidiennes domestiques. qui déconstruit les injonctions esthétiques, qui garantit à toutes les filles, quelle que soit leur origine, le droit à un environnement sain. Les filles d'aujourd'hui sont les femmes de demain et potentiellement les mères d'après-demain. Protéger leur santé face aux pollutions environnementales, c'est protéger la santé des générations futures. Des solutions existent. Soyons acteurs de notre santé. Découvrez nos podcasts L'Environnement au cœur de ma santé au cours de nouveaux épisodes sur le métier de conseiller en environnement intérieur, l'impact des microplastiques sur la santé et bien d'autres. A bientôt !