Speaker #0Une phrase maladroite en réunion, une tache sur votre chemise, un prénom que vous avez écorché. Vous y repensez pendant des heures, parfois des jours. Et les autres ? Ils sont déjà passés à autre chose depuis longtemps. Bonjour à tous, je m'appelle Xavier. Et je vous souhaite la bienvenue sur L'Équinoxe Coaching. Dans ce podcast, je vous propose des outils et des pistes de réflexion autour du coaching et du développement personnel. Aujourd'hui, j'aimerais vous parler du projecteur. Imaginez que vous entrez dans une pièce et qu'un projecteur s'allume sur vous. Chacun de vos gestes est éclairé, chaque hésitation, chaque petite erreur. C'est à peu près comme ça qu'on vit une bonne partie de notre vie sociale. On se sent regardé, évalué, noté. On relit trois fois un message avant de l'envoyer. On se tait en réunion de peur de dire une bêtise. On n'ose pas danser au mariage, chanter trop fort ou poser la question qu'on se pose vraiment au fond. Parce qu'on est sûr que tout le monde le verrait, que tout le monde nous jugerait et que tout le monde s'en souviendrait. On braque notre propre projecteur sur notre vie. Un psychologue américain, Thomas Djilovic, a mis un nom sur ce phénomène. C'est très évocateur, il appelle ça l'effet projecteur. Il a fait une expérience devenue assez célèbre, il a demandé à des étudiants de porter un t-shirt franchement gênant. Puis il devait entrer dans une salle pleine d'autres étudiants, rester quelques instants et ressortir. On leur demandait ensuite, à votre avis, combien de personnes ont remarqué votre t-shirt. Eux y pensaient à peu près la moitié. La réalité c'était une personne sur quatre. Ici, on parle d'un t-shirt qui était fait exprès pour être remarqué. Alors imaginez maintenant la petite hésitation dans votre voix, le mot que vous avez cherché, le moment où vous avez rougi. Il y a de fortes chances que beaucoup moins de personnes les remarquaient que vous ne l'imaginiez. Mais pourquoi est-on persuadé que tout le monde nous regarde ? Ce n'est pas de la vanité, c'est une question de point de vue. Vous êtes... est évidemment la seule personne à vivre votre vie de l'intérieur. Vous sentez votre cœur qui accélère, vous entendez votre voix qui tremble. Vous savez exactement ce que vous vouliez dire et ce qui est sorti à la place. Tout ça, c'est énorme pour vous, ça prend beaucoup de place parce que vous êtes au centre de votre propre expérience. Vous vivez chaque instant. Et votre cerveau, il fait un raccourci. Il suppose que ce qui est énorme pour vous, ça l'est aussi pour les autres. Sauf que les autres, eux aussi, ils sont au centre de leur propre expérience. Pendant que vous pensez à votre tâche ou à votre maladresse, ils pensent à leur coiffure, à leur prochain rendez-vous, à ce qu'ils vont dire, et à ce que vous, vous pensez d'eux. Chacun est sous son propre projecteur, et chacun le tourne vers lui-même. Ici, vous pourriez vous dire, si personne ne me remarque, c'est plutôt déprimant, non ? Et je comprends ce point de vue, mais... J'aimerais que vous regardiez ce que ça change. Ça ne veut pas dire que vous ne comptez pas. Les gens qui vous aiment, ils vous voient. Ils voient qui vous êtes. Ce qu'ils voient beaucoup moins, ce sont vos ratés. Les travaux de Djilovic et d'autres chercheurs semblent aussi montrer une deuxième chose. Quand les autres remarquent une maladresse, ils la jugent en général bien moins durement que ce que nous imaginons. Le jury sévère que vous entendez dans votre tête, c'est souvent le vôtre uniquement. On retrouve encore une fois la deuxième flèche, pas vrai ? Vous pouvez d'ailleurs facilement faire ce test. Comment jugez-vous les maladresses des autres ? La plupart des temps, beaucoup moins durement que les vôtres. Pourquoi est-ce que ce serait différent dans l'autre sens ? Alors oui, personne ne vous regarde autant que vous le croyez, et c'est une excellente nouvelle. Parce que ça veut dire que vous avez beaucoup plus de place que vous ne le pensiez. pour essayer, pour vous tromper et pour recommencer. Une fois qu'on s'est dit ça, concrètement, qu'est-ce qu'on peut faire quand la gêne monte ? J'aimerais vous proposer trois réflexes que vous pourriez utiliser sur le moment si vous le souhaitez. Le premier, c'est de vous poser une question très simple. Qui exactement a remarqué ? Pas qui aurait pu... qui je pense a remarqué qui l'a vraiment vu souvent la réponse est plutôt courte Le deuxième réflexe, c'est de retourner le projecteur. Pensez au dernier faux pas d'un collègue, d'un ami ou même d'un inconnu dans le train. Vous vous en souvenez vraiment ? Vous vous en seriez souvenu si vous n'y avez pas pensé ? Probablement pas. De la même façon, eux non plus ne se souviendront pas du vôtre, même s'ils s'en rendent compte. Et le troisième réflexe, qui est sans doute pas le plus facile, c'est de tourner votre attention vers l'autre. Quand vous êtes gêné, Toute votre attention revient vers vous, votre voix, vos mains, votre visage. Vous êtes concentré intensément sur tout ça. Et tout semble tellement prendre d'importance. Mais ramenez votre attention dehors, sur ce que la personne en face vous dit, sur ce qu'elle vit, elle. Votre attention quitte le projecteur quand vous commencez à regarder ailleurs que vous-même. Pendant très longtemps, j'ai vécu avec de l'anxiété sociale. Pour moi, c'était très difficile d'imaginer que les gens puissent ne pas avoir remarqué mes maladresses. D'autant plus que la plupart de ces maladresses n'existaient que dans ma tête. Et mon coquin de cerveau, lui, me repassait toutes les scènes en boucle. Tout le temps. En permanence. C'était vraiment devenu difficile de me sociabiliser. J'avais toujours l'impression d'avoir été nul, d'avoir honte. et que tout le monde en parlait encore des jours après. Alors quand j'ai découvert cette notion de projecteur intellectuellement, je l'ai comprise tout de suite. J'étais même plutôt d'accord avec. Mais j'ai eu beaucoup beaucoup de mal à l'intégrer émotionnellement. Ça m'a pris des années. Des années à faire semblant jusqu'à ce que ça devienne vrai. Ceci dit, ça m'a quand même aidé de faire semblant dans mes périodes d'anxiété. Quand mon cerveau voulait repasser en boucle toutes mes soi-disant catastrophes, j'avais enfin une réponse toute prête. Tu dis n'importe quoi, il n'y a que toi qui a remarqué ça. La plupart des gens sont déjà passés à autre chose si même ils s'en sont rendus compte. Ils sont concentrés sur leur vie. Je répétais ça à mon cerveau et au début ça me paraissait idiot. Je voyais bien que j'y croyais avec ma tête, mais je sentais que dans mon corps je n'étais pas convaincu. Pourtant j'ai continué à me le répéter. inlassablement, mois après mois, jusqu'à ce que je sente que quelque chose commence à bouger. Je n'ai pas eu de déclic du jour au lendemain, mais je me suis senti un peu moins stressé, un peu plus calme. Alors j'ai compris que ça m'aidait et j'ai continué. De nombreuses fois, je n'ai pas réussi. L'anxiété gagnait et j'étais persuadé que le monde entier se moquait de moi dans mon dos. Et d'autres fois, c'était moi qui gagnais. J'arrivais à prendre conscience que ce qui me semblait énorme n'avait probablement été qu'un détail pour les autres, au pire. Que personne n'avait vu toute la catastrophe que mon cerveau était en train de me raconter. Aujourd'hui, ça ne veut pas dire que je ne ressens plus rien. Il m'arrive encore évidemment d'avoir le réflexe de penser que tout le monde m'a vu. Simplement, quand ça arrive, je suis capable de rester avec l'émotion et de me rappeler que je suis le juge le plus dur de moi-même. Mais il y a une chose dont je suis sûre, je ne pourrai jamais faire ce que je suis en train de faire là, vous parler dans ce micro, me rendre vulnérable, essayer de faire des choses nouvelles, si je n'avais pas travaillé inlassablement pendant toutes ces années sur ma relation au projecteur. Je me suis privé de tellement de choses simplement parce que j'étais persuadé que tout le monde avait les yeux braqués sur moi. Alors peut-être que pour vous, simplement découvrir cette notion sera libérateur. Et peut-être que vous êtes si profondément ancré dans votre jugement que vous n'y croirez pas, ou que ça vous semblera trop difficile. Mais dans tous les cas, si je peux vous donner un conseil, et vous en faites absolument ce que vous en voulez, vous pouvez le trouver idiot, mais qu'est-ce que ça vous coûte d'essayer de répondre à votre cerveau ? Dites-lui, je sais que tu grossis le trait. Ce n'est pas le projecteur des autres qui est braqué sur moi, c'est le mien. Au pire, il ne se passera rien. Rien ne sera différent pour vous et ça durera peut-être des mois. Et au mieux, ça déplacera petit à petit le curseur vers votre liberté. Et si cette peur du regard des autres vous empêche vraiment de vivre, sachez que vous pouvez aussi vous faire accompagner. Personnellement, ça m'a vraiment beaucoup aidé. Observez le moment où le projecteur s'allume. La chaleur qui monte en vous. La petite voix qui vous dit « Tout le monde a vu, prenez juste le temps de la remarquer » . acceptez que ce sentiment soit là. Il est humain. Tout le monde le ressent, y compris ceux qui ont l'air parfaitement à l'aise. Vous n'avez aucune raison d'essayer de le faire disparaître. Décidez de ne pas lui confier le volant, de poser la question quand même, de vous montrer quand même, de vous rendre vulnérable quand même. Votre projecteur peut rester allumé. Vous pouvez avancer quand même. Cette semaine, je vous propose de refaire l'expérience du t-shirt à votre échelle. Choisissez une petite chose que vous ne faites pas par peur du regard des autres. Choisissez juste une chose pour commencer et ne prenez pas la plus difficile. Par exemple, posez la question en réunion. Portez ce vêtement que vous trouvez peut-être un peu trop... Donnez votre avis sur un sujet, quand d'habitude vous vous taisez. Avant de vous mettre dans cet inconfort, notez votre prédiction. Selon vous, combien de personnes vont remarquer cet acte ? Qu'est-ce qu'elles vont en penser ? Et combien de temps vont-elles en parler ? Prenez un temps pour réfléchir à tout ça, puis faites votre action. Et le soir ou plus tard, quand vous pouvez comparer, qu'est-ce qui s'est passé réellement ? Qui a vraiment remarqué ? ce que vous avez fait et qui, à part vous, y pense encore. Il y a de vraiment bonnes chances que l'écart entre les deux vous surprenne. On passe beaucoup de temps à jouer pour un public qui ne regarde presque pas, à corriger des détails que personne ne voit, à renoncer à des choses par peur d'un jugement qui, la plupart du temps, prend beaucoup plus de place dans notre tête que dans la réalité. Et pendant ce temps-là, les autres font exactement pareil. Chacun sous son projecteur. Chacun persuadé d'être observé. Et le jour où vous le voyez, quelque chose se dessert. Vous ne devenez pas moins important. Vous vous rendez compte que vous êtes juste beaucoup plus libre que vous le pensiez. Entre ce qui se passe et ce que vous en pensez, il existe un espace. C'est ici que tout commence. Merci d'avoir écouté L'Équinoxe Coaching. Si cet épisode vous a parlé, n'hésitez pas à vous abonner, à laisser 5 étoiles et à le partager à quelqu'un qui pourrait en avoir besoin. Vous trouverez dans la description un lien vers la newsletter, les ressources de l'épisode et le site si vous souhaitez découvrir le coaching. 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