Speaker #0Vous achetez une marque, une fois, puis une deuxième fois, puis une troisième, très bien. Vous êtes fidèle, mais pourquoi ? Parce qu'elle est moins chère ? Parce qu'elle est pratique ? Parce que vous avez accumulé des points ? Parce que changer serait compliqué ? Ou parce qu'au fond, vous avez construit avec elle... Quelque chose de beaucoup plus difficile à remplacer. Une habitude, un rituel, une confiance, des souvenirs, parfois même une forme d'attachement. Et c'est exactement là que commence la brande Intimacy. Bonjour à tous et à toutes, je suis Florian Grimaud et bienvenue dans l'instant marketing communication, une production de l'agence Albatros Conseil. Aujourd'hui, on va parler de proximité. Mais pas simplement de proximité géographique, pas simplement d'un CRM qui connaît votre nom, pas simplement d'un programme de fidélité. Je veux parler de proximité perçue, celle qui fait qu'une marque commence progressivement à prendre une place particulière. Dans votre vie, dans vos habitudes, dans vos souvenirs, dans nos usages, dans vos rituels, c'est ce qu'on appelle la brand intimacy. Autrement dit, la capacité d'une marque à construire avec ses clients un lien suffisamment fort pour que la relation dépasse progressivement le simple achat. Et vous allez voir, ce sujet est beaucoup moins sentimental qu'il n'y paraît. Parce qu'au bout, il y a de la fidélité, de la récurrence, de la recommandation, de la valeur client et évidemment du business. On confond souvent les deux. Un client fidèle est-il forcément attaché à la marque ? Non, pas du tout. Il peut revenir par habitude. Parce que le prix lui convient. Parce que le magasin est à côté. Parce qu'il possède déjà l'application. Parce qu'il a accumulé des points. Parce que changer lui demanderait trop d'efforts. Cette fidélité-là est réelle. Mais elle peut être fragile. Parce qu'une meilleure offre, un nouveau concurrent, une promotion ou une mauvaise expérience peuvent parfois suffire à la casser. La brande intimacy va plus loin. Elle apparaît lorsqu'une dimension émotionnelle vient se greffer sur l'usage. La marque devient familière, rassurante, associée à des moments, à des souvenirs, à une identité, à une manière de faire. Et là, on passe d'une fidélité transactionnelle à quelque chose de plus relationnel. La fidélité. peut être transactionnelle, l'intimité de marque, elle, devient relationnelle. Et là, attention, parce que lorsqu'on parle de proximité, beaucoup de marques comprennent immédiatement, il faut parler davantage aux clients. Donc, davantage d'emails, davantage de notifications, de SMS, de messages personnalisés. Bonjour Florian, bon anniversaire Florian, votre panier vous attend Florian. Vous nous manquez Florian. Ah si j'avais... Si seulement c'était vrai. Et au bout d'un moment, vous avez presque envie de répondre. Vous, en revanche, vous commencez un peu à me fatiguer. La proximité, ce n'est pas la fréquence de contact. C'est la qualité de la relation. Et surtout, la pertinence de la présence. Une marque intime n'est pas celle qui vous parle tout le temps. C'est celle qui sait quand elle doit être là et aussi... Surtout, quand elle doit se taire. La proximité n'est pas le nombre de messages qu'une marque vous envoie. C'est la place qu'elle occupe sans avoir besoin de parler. Prenons Disney. Parce que Disney illustre parfaitement une première forme de brande intimacy. La mémoire. Vous avez peut-être découvert Disney enfant. Puis regardé certains films avec vos propres enfants. Vous connaissez les personnages. Les musiques, certaines scènes, vous avez peut-être aussi visité un parc, acheté une peluche, regardé un film un dimanche après-midi. Et progressivement, la marque s'intègre dans votre propre histoire. Disney continue d'ailleurs à construire ses prises de parole autour des souvenirs partagés, de la transmission et des moments vécus en famille. Et c'est ça qui est fascinant. Disney n'est plus uniquement un fournisseur de divertissement. La marque... devient un repère. Un souvenir, parfois même un lien entre générations. Et ça, c'est extrêmement difficile à reproduire pour un concurrent. Parce qu'un concurrent peut produire un excellent film, il peut ouvrir un superbe parc extraordinaire, mais il ne peut pas vous fabriquer rétroactivement 20 ans de souvenirs. Une marque devient réellement intime lorsqu'elle commence à faire partie de vos souvenirs, et plus seulement de vos achats. Autre mécanique, Apple. Et là, on est dans quelque chose de très différent. Apple travaille beaucoup moins le souvenir. La marque travaille la familiarité. Votre téléphone, votre smartphone, votre ordinateur, vos écouteurs, votre montre, vos photos, vos messages, votre travail. Parfois même, vos moyens de paiement. Et surtout, tous ces produits communiquent entre eux. Apple a précisément développé des fonctions de continuité permettant de commencer une tâche sur un appareil et de la poursuivre sur un autre, ou de partager facilement fichiers, photos, appels et usages entre ces appareils. Progressivement, la marque devient présente dans des dizaines de micro-moments de votre journée. Le produit devient familier, l'interface devient familière, les gestes deviennent eux aussi familiers. Et changer de marque ne signifie plus seulement acheter un autre téléphone, cela signifie parfois modifier une partie de ses habitudes. Et ça, c'est une forme d'intimité, pas forcément émotionnelle, au sens romantique du terme, mais comportementale. La marque s'est intégrée dans votre quotidien. Une marque devient intime lorsqu'elle cesse d'être seulement achetée, pour commencer à être intégrée. dans les habitudes. Prenons maintenant quelque chose de beaucoup plus banal, le café. Et oui, je vais encore parler de Nespresso. Au fond, Nespresso vend du café, mais la relation ne se limite plus vraiment au café. Il y a la machine, le choix des capsules, la commande, la livraison, le geste et surtout, ce moment qui revient le matin, après le déjeuner, au bureau, chez soi. Et progressivement, Le café devient un rituel. Nespresso travaille d'ailleurs explicitement cette notion de rituel dans sa communication produit et propose des dispositifs d'abonnement, de livraison récurrente et des avantages membres destinés à inscrire la marque dans les usages répétés. Et c'est là que le sujet devient très intéressant parce qu'une fois qu'une marque entre dans un rituel, elle n'a plus besoin de reconstruire toute la relation. Achat, cacha ? Elle est déjà là, dans l'usage, dans l'habitude et dans le geste. Une marque devient intime lorsqu'elle réussit à transformer un produit en rituel. Et cette idée du rituel est essentielle. Un café le matin, une série le soir, une playlist dans la voiture, un restaurant le vendredi, la pizza du dimanche soir, un hôtel où l'on retourne, un parfum, une marque que l'on offre chaque année. Lorsqu'une marque réussit à s'intégrer dans un comportement répété, quelque chose change. Elle n'a plus besoin de reconquérir totalement le client à chaque fois. Regardez Starbucks. La marque travaille beaucoup autour de l'idée de moments de connexion, de familiarité, de confort et des rituels dans l'expérience Coffee House. Le café avant le bureau, avant le rendez-vous, avant la pause, le passage habituel. Autrement dit... Starbucks ne cherche pas seulement à vendre une boisson, la marque cherche aussi à devenir un moment. Et lorsqu'une marque devient un moment récurrent, la fidélité devient beaucoup plus naturelle. Le meilleur programme de fidélité est parfois celui que le client ne perçoit même plus comme un programme. Il devient une habitude. Prenons maintenant Netflix. Là encore, la mécanique change. Netflix travaille énormément la personnalisation. La plateforme utilise plusieurs systèmes de recommandations pour adapter notamment les contenus proposés, les listes et les recommandations aux usages de chacun. Vous regardez une série ? Vous revenez ? Elle vous attend. Vous terminez un programme ? Netflix vous en propose d'autres. Et progressivement, une sensation apparaît. Netflix semble connaître vos goûts. Ou en tout cas, mieux comprendre vos usages qu'une plateforme totalement générique. Et cette familiarité réduit l'effort. Vous ouvrez. Vous choisissez, vous regardez, vous revenez. Mais attention, parce que c'est également ici que se trouve la frontière. La personnalisation peut rapprocher, mais elle peut aussi devenir inquiétante. Lorsqu'une marque semble savoir trop de choses, ou utiliser la donnée de manière trop intrusive, la proximité peut se transformer en malaise. La personnalisation rapproche tant qu'elle simplifie la vie. Elle éloigne dès qu'elle donne l'impression d'entrer sans permission dans votre intimité. Autre niveau, la communauté. Et là, on va parler de l'ego qui est particulièrement intéressant sur ce sujet. Parce que lorsqu'un client commence à rejoindre une communauté autour d'une marque, la relation change complètement. Il n'achète plus simplement un produit, il partage, il crée, il collectionne, il échange. Voir, il rencontre même d'autres passionnés. Lego travaille officiellement avec des communautés de fans adultes à travers son Lego Ambassador Network, qui rassemble des communautés reconnues et particulièrement actives. Et à ce moment-là, la marque devient presque un lieu social. Elle permet aux gens de se rencontrer, de partager une passion, de créer ensemble. Et ça, c'est extrêmement puissant. Parce que la relation ne se joue plus seulement entre la marque et le client. Elle se joue aussi entre les clients eux-mêmes. Le niveau supérieur de la fidélité, c'est lorsque vos clients ne veulent plus seulement acheter votre marque, mais rencontrer les autres personnes qui l'aiment. Et l'automobile nous donne un autre exemple particulièrement intéressant. Je vais citer Porsche, parce que là, la relation dépasse largement le produit. Il y a évidemment... la voiture, le design, la performance, l'histoire, la compétition. Mais autour de tout cela, il y a aussi une communauté, des clubs, des événements, des rassemblements, des circuits, des voyages et des passionnés. Le réseau Porsche compte aujourd'hui plus de 700 clubs et plus de 240 000 membres dans 86 pays. Et ça nous raconte quelque chose d'important. Pour certains clients, Porsche n'est pas... uniquement un constructeur automobile, la marque devient un univers d'appartenance, une passion, une culture, une communauté. Et lorsqu'on arrive à ce niveau-là, le processus de choix change. On ne se demande plus forcément quelle marque vais-je acheter. La question peut progressivement devenir quelle sera ma prochaine Porsche. Et ça, c'est un niveau de relation complètement différent. La brande Intimacy commence peut-être vraiment lorsque le client ne se demande plus quelle marque choisir, mais quel produit choisir à l'intérieur de cette marque. Je veux mettre un garde-fou, parce que comme souvent en marketing, on peut transformer une bonne idée en dogme. Toutes les marques n'ont pas besoin de créer un attachement émotionnel spectaculaire. Votre fournisseur d'électricité n'a peut-être pas besoin de devenir votre meilleur ami. Votre compagnie d'assurance n'a probablement pas besoin de vous envoyer une citation inspirante tous les matins. Votre logiciel comptable n'a pas besoin de devenir une composante de votre identité. Et c'est très bien comme ça. La vraie question est différente. Quel niveau de proximité est pertinent pour votre catégorie ? Parce que parfois, l'intimité passe simplement par la fiabilité, la tranquillité. la simplicité, voire la disponibilité. Une marque qui vous enlève une inquiétude peut devenir extrêmement difficile à remplacer. La brand intimacy ne consiste pas à faire aimer passionnément toutes les marques. Elle consiste à comprendre quels liens méritent réellement d'être créés. Autre tension importante, les entreprises adorent. les clients captifs. Un abonnement, un écosystème complètement fermé, des coûts de changement exorbitants, des données difficiles à transférer, des avantages que l'on perd si l'on part. Évidemment, tout cela peut augmenter la rétention. Mais est-ce vraiment de l'intimité ? Pas toujours. Parce qu'il y a une énorme différence entre « je reste parce que je veux rester » et « je reste parce que partir est… » trop compliquée. La première situation construit une relation. La deuxième construit surtout une dépendance. Et dès qu'un concurrent réduit cette friction, la relation peut s'effondrer. Une vraie stratégie de brand intimacy ne cherche donc pas simplement à enfermer le client. Elle cherche à lui donner envie de rester. La fidélité la plus solide n'est pas celle qui empêche le client de partir. C'est celle qui fait qu'il n'en a. Pas envie. Quand je travaille une thématique de fidélité ou de relation de marque, je ne commence pas par demander comment pouvons-nous augmenter le nombre de messages envoyés, ni même comment allons-nous mieux récompenser la fidélité. Je commence par une autre question. Quelle place voulons-nous réellement occuper dans la vie du client ? Parce que la réponse, elle change tout. Ensuite, je regarde les moments. Quand la marque intervient-elle ? Avant l'achat, pendant, après, tous les jours, une fois par an, dans un moment de plaisir, dans un moment de stress, dans une situation importante ? Parce qu'un assureur, un hôtel, une marque automobile, un café ou une plateforme de streaming ne peuvent évidemment pas construire la proximité de la même manière. Ensuite, je cherche les rituels. Quel comportement se répète ? Qu'est-ce que la marque ? Elle peut simplifier, rendre plus agréable, plus familier, plus personnel. Puis, je travaille la cohérence, parce que l'intimité demande de la constance. Une marque qui change complètement de personnalité tous les six mois aura énormément de mal à devenir familière. Ensuite, je regarde la reconnaissance. Est-ce que la marque se souvient du client, de ses préférences, de son historique ? Et le tout sans être intrusive. Et enfin, je regarde la communauté. Parce que parfois, la relation ne se joue plus seulement entre la marque et son client. Elle se joue aussi entre les clients eux-mêmes. La brande d'intimatie se construit lorsque la marque cesse de penser uniquement en point de contact pour commencer à penser en moment de relation. Et surtout, il faut mesurer autre chose que la simple récurrence. Parce que si vous regardez uniquement le... taux de réachat, vous risquez de passer à côté d'une partie du sujet. Oui, regarder la récurrence, c'est indispensable. Le churn, la fréquence, la valeur de vie client, le taux de renouvellement. Mais posez aussi d'autres questions. Est-ce que le client nous recommanderait ? Est-ce que il parle spontanément de nous ? Est-ce qu'il participe à nos communautés ? Est-ce qu'il crée des rituels autour de nos produits ? Est-ce qu'il accepte ? plus facilement nos nouveautés ? Est-ce qu'il nous pardonne davantage lorsque nous faisons une erreur ? Et surtout, est-ce qu'il ressent une perte s'il doit nous quitter ? Parce que la récurrence vous raconte un comportement, mais l'attachement vous raconte la profondeur de la relation. La récurrence vous dit que le client revient. L'intimité vous aide à comprendre pourquoi il aurait du mal à partir. Et demain, l'IA va rendre cette proximité encore plus puissante, mais aussi plus dangereuse. Parce qu'avec l'intelligence artificielle, les marques vont devenir capables de personnaliser énormément de choses. Le contenu, on le sait, les offres, les recommandations, les messages, la conversation, le ton de voix. Et cela peut être formidable, parce qu'une marque pourra devenir beaucoup plus pertinente, plus utile. il y a également un risque énorme. Créer une fausse proximité, une machine qui donne l'impression de vous connaître profondément alors qu'elle exploite simplement énormément de données. Et je pense que cette frontière va devenir stratégique. Parce que demain, les consommateurs ne demanderont peut-être plus seulement « Est-ce que cette marque me connaît ? » Ils demanderont « Est-ce que j'ai envie qu'elle me connaisse à ce point ? » Et là, tout change. L'avenir de la brand intimacy ne dépendra pas seulement de la capacité des marques à mieux connaître leurs clients. Il dépendra de leur capacité à mériter cette proximité. Alors, est-ce que toutes les marques doivent devenir intimes ? Non. Mais toutes devraient se demander quel type de relation elles veulent construire. Parce qu'il existe une énorme différence entre un client qui achète et un client... qui revient. Entre un client qui revient et un client qui recommande. Entre un client qui recommande et un client qui considère progressivement que la marque fait partie de ses habitudes, de ses rituels, de son univers. Disney nous montre la puissance du souvenir. Apple, celle de la familiarité. Nespresso, celle du rituel. Netflix, celle de la personnalisation. Lego, celle de la communauté. Porsche, celle de l'identité et de l'appartenance. Six marques, six mécaniques différentes, mais au fond, un même résultat. Elles ne cherchent plus seulement à être choisies, elles cherchent à devenir difficiles à remplacer. Et c'est probablement cela, la véritable différence entre préférence et brand intimacy. La préférence... fait gagner le choix, la brande intimatie rend progressivement le remplacement plus difficile. Parce qu'au fond, une marque extrêmement forte n'est peut-être pas seulement celle que vous choisissez, c'est celle qui finit par devenir familière, celle que vous connaissez, celle qui comprend vos habitudes, celle qui entre dans vos rituels. Et parfois, celle dont vous ressentez l'absence. Et peut-être que la meilleure fidélité n'est finalement pas celle que l'on récompense avec des points. C'est celle que le client ne vit même plus comme de la fidélité, parce que la marque est simplement devenue une partie de ses habitudes. Merci d'avoir écouté ce nouvel épisode de l'instant marketing communication, une production de l'agence Albatros Conseil. Si cet épisode vous a intéressé, abonnez-vous au podcast, partagez-le. Et surtout, posez-vous cette question. Si demain votre marque disparaissait, qu'est-ce qui manquerait réellement à vos clients ? Un produit ? Un service ? Un prix ? Ou quelque chose de beaucoup plus difficile à remplacer ? La réponse vous dira probablement beaucoup sur la profondeur réelle de votre relation de marque. Et bien sûr, n'oubliez pas. Si vous voulez développer votre business, vous devez... investir dans une bonne stratégie marketing. Si vous ne le faites pas, vos concurrents vous remercieront. A très bientôt pour un nouvel épisode de l'instant marketing communication.