- Speaker #0
Le musée Sacem et l'union des librairies musicales présente un podcast imaginé et mis en onde par Olivier Delevingne et raconté par Vanessa Bertrand. Librairie musicale, hashtag derrière les notes.
La musique que l'on entend dans les films, documentaires, publicités, bandes-annonces, vidéos YouTube, est souvent issue d'une immense réserve de morceaux composés et produits spécialement pour donner l'impression qu'ils ont été réalisés sur mesure. La série « La librairie musicale, hashtag derrière les notes » fait découvrir au fil de ses podcasts les coulisses de la création de ces millions de titres qui n'attendent qu'à illustrer des images animées. Dans cet épisode, des réalisateurs, éditeurs et experts nous expliquent pourquoi les musiques d'illustration sonore sont par essence faites pour accompagner des créations visuelles et comment la librairie musicale tire son succès non seulement de sa qualité mais aussi de la simplicité juridique de l'utilisation des œuvres. Quels sont les rôles respectivement de l'éditeur et du producteur ? Pourquoi la musique libre de droit est-elle un mythe ? Quelle est la place de la SACEM dans la vie de la librairie musicale et comment ses aspects contractuels et juridiques la rendent attractive ? Hashtag 10 minutes, tout comprendre sur l'économie de la librairie musicale. Au commencement, il y a deux personnes. Le compositeur, ça on voit à peu près ce dont il s'agit, et puis son éditeur, métier bien moins connu. Dans l'industrie musicale, de manière générale, l'éditeur va contracter avec des auteurs et des compositeurs et aura pour mission de faire vivre les œuvres signées, à savoir chercher des interprètes, un producteur et tout type d'exploitation, sachant que c'est sur ces débouchés qu'il sera rémunéré sous forme d'une partie des droits des auteurs. Comme on l'a vu dans d'autres épisodes, l'éditeur a effectué un travail avec le compositeur pour définir le style d'un album. les couleurs sonores, l'ambiance recherchée, qui permettront de qualifier les différents titres par des hashtags ciblés. Puis l'éditeur musical doit trouver un éditeur phonographique, métier qu'on appelle communément producteur. Son rôle est de prendre l'initiative de l'enregistrement. Une fois la musique enregistrée, le producteur devient détenteur des droits relatifs à l'utilisation de cet enregistrement précis. Si je suis réalisatrice ou youtubeuse, je n'ai pas forcément le temps, les moyens ou même l'envie de passer commande d'une musique originale à un compositeur. Et si je veux synchroniser une chanson que j'aime, une musique préexistante dite aussi « musique du commerce » sur mon montage, je dois en demander l'autorisation à la fois à l'éditeur et au producteur, sans avoir la moindre idée du montant qu'ils me demanderont. Je dois aussi avoir assez de temps pour que la négociation aboutisse. « Hashtag c'est compliqué » , comme nous l'exprime Mathieu Chabot, auteur de plusieurs ouvrages sur l'économie de la musique.
- Speaker #1
La musique préexistante, ça va être une musique qu'on va appeler une musique du commerce. Donc c'est utiliser « non, je ne regrette rien » sur une scène parce qu'on en a besoin. On en a besoin parce qu'on veut remettre le film dans son époque, on utilise une musique préexistante d'une certaine époque, dans une situation spécifique. et ça aide à la narration. La musique préexistante, elle va mettre en jeu deux types de droits. On va évidemment parler des droits d'auteur, on va se rapprocher de l'éditeur et donc des auteurs compositeurs. Et quand on utilise un phonogramme existant, on va évidemment demander l'autorisation aux producteurs de phonogrammes et donc aux artistes interprètes qui ont enregistré cette version de l'œuvre.
- Speaker #0
La particularité juridique de la librairie musicale et que les droits liés à l'œuvre et ceux liés à son enregistrement sont détenus par une seule et même entité qui affiche d'entrée de jeu les tarifs d'utilisation des titres et permet d'obtenir une autorisation d'exploitation en un clic. David Sechan, éditeur.
- Speaker #2
L'illustration musicale, c'est aussi la production musicale. On a la double casquette producteur-éditeur, et donc c'est un métier un peu particulier, nous gérons les deux droits. tout à fait nécessaire pour donner les autorisations immédiates. Que la librairie soit propriétaire et du master et du publishing, c'est-à-dire la production et l'édition.
- Speaker #0
Iris Pavageau, éditrice.
- Speaker #3
C'est un gain de temps extraordinaire, parce que dans certaines musiques dites du commerce, il y a trois éditeurs, deux producteurs, et il faut négocier avec chaque partie.
- Speaker #0
Le réalisateur de documentaire Mathias Goudot a souvent recours à la librairie musicale et reconnaît que cette particularité juridique lui fait gagner un temps précieux pour sa production.
- Speaker #2
La librairie musicale apporte un choix plus important que celui d'un créateur dans le timing qu'on a toujours pour tous les projets. Parce qu'un documentaire, même si on prend notre temps, c'est un temps... fini ou un institutionnel. Il y a toujours une deadline et c'est toujours pour hier, vous le savez. Et donc là, c'est pratique, on peut avoir beaucoup plus de choix et puis des possibilités infinies, y compris dans la durée, dans la multitude de styles. Et par-dessus, évidemment, je rajoute un critère qui est essentiel, c'est celui du temps, donc de l'argent, ou de l'argent, donc du temps. Ça, c'est très très important.
- Speaker #0
Dans un film, il y a plusieurs types de musique. On parle de musique intra-diégétique, Quand on voit la source sonore à l'image, une scène qui se déroule dans une boîte de nuit, la musique qui sort d'un poste de radio que le protagoniste allume sous nos yeux, ou dans un restaurant exotique qui diffuse des airs traditionnels.
- Speaker #3
La moindre scène dans un restaurant chinois avec de la musique traditionnelle chinoise, ou japonais, ou le kebab avec sa musique orientale et tout ça, dans toutes les productions, et ça sort du cadre de la composition de la musique originale. Quelque part, même si c'est une scène pour un cours de danse de salsa, 45 secondes, on ne va pas enregistrer dans le budget de prod de la musique originale, 45 secondes d'un orchestre de salsa, ce n'est pas rentable. Donc il faut acheter la musique préexistante en fait.
- Speaker #0
Et il y a aussi la musique extra-diégétique, qui est souvent la bande originale du film, composée spécifiquement pour le film. Si pendant longtemps, on s'est contenté de faire appel à des titres de librairie musicale pour les passages. intra-diégétiques, ces musiques ont gagné leurs lettres de noblesse au fil des années. Autrefois appelée péjorativement « musique aux maîtres » ou « musique d'ascenseur » comme nous l'expliquons dans un autre épisode, elle n'est plus cantonnée aux bandes-annonces, aux spots de pubs ou films d'entreprise. Elle a fait son entrée sur de prestigieuses séries télé, des reportages ou documentaires et de nombreux films de cinéma comme récemment « Le règne animal » ou « Anatomie d'une chute » dont l'ensemble des musiques ne sont pas originellement composées pour ces films. Au temps où les albums de librairie étaient pressés sur vinyle, les éditeurs-producteurs en distribuaient dans des studios de radio ou de montage télé, en espérant qu'un réalisateur, un monteur ou un producteur tomberait sur le titre adapté au programme sur lequel il était en train de travailler. Les éditeurs et leur collection étaient identifiables par des pochettes au graphisme très soignées, devenues collectors et qui se revendent parfois à prix d'or chez les disquaires. Puis les vinyles sont devenus des CD. Et enfin, depuis les années 2010, les catalogues des éditeurs ont migré sur Internet. Chaque éditeur a mis au point son moteur de recherche pour faciliter la mise à disposition du bon morceau. Au-delà du tuteur du jour ou de la nuit, un utilisateur a accès à une liste de titres qu'il peut cibler en précisant des hashtags et connaître le prix qu'il aura à payer pour synchroniser le morceau en fonction de la destination du programme publicité, bande-annonce, radio, télévision. Mais l'éditeur est aussi joignable pour peaufiner les recherches, car lui seul connaît l'intégralité de son catalogue. Il doit même parfois décrypter des demandes de morceaux formulées dans des... termes assez particuliers, qu'il devra traduire musicalement pour trouver le bon morceau qui conviendra au client.
- Speaker #1
Le brief que j'ai vu le plus fou, ça a été la musique qui, pour toi, est la plus esthétisante.
- Speaker #0
Je peux vous partager le dernier brief de publicité que j'ai reçu la semaine dernière, qui me demande une musique qui soit moderne, simple, positive, rapide, facile à entendre, très fraîche, amicale, et cochonne.
- Speaker #4
Il y a des demandes qui nous laissent un peu sans voix, où on se demande comment on va arriver à répondre. La plus bizarre a été pour nous une musique qui fait penser à la ménopause.
- Speaker #3
Une fois, on m'a demandé aussi une musique avec un enchaînement de notes.
- Speaker #4
Je ne me rappelle pas ce qu'on a proposé, mais je me rappelle qu'on s'est quand même bien gratté la tête de qu'est-ce que ça pouvait évoquer.
- Speaker #0
Le réalisateur Mathias Goudeau apprécie qu'on puisse à la fois naviguer seul dans les catalogues et échanger avec un éditeur sur une demande particulière.
- Speaker #2
Si on fait appel à une librairie musicale, il y a deux options. Soit on laisse le réalisateur aller dans la librairie et il fait son choix parce que son sujet va donner une atmosphère précise et il l'a déterminé avant, il sait à peu près où aller parce que sur les sites de librairies musicales, c'est assez bien classé et donc on peut retrouver des styles. Soit, ça nous est arrivé, on échange avec cette librairie musicale en leur demandant « faites-nous une playlist, en tout cas le sujet c'est celui-là » . Il y aura plutôt ci, il y aura plutôt ça, les thèmes vont être abordés. Et puis évidemment, le diffuseur et celui-là aussi, ça compte. Donc faites-nous une pré-liste, on va dire. C'est une facilité qui nous est offerte par l'éditeur de musique.
- Speaker #0
Une fois que vous vous êtes acquitté de la redevance qui va aller à l'éditeur et au producteur, vous pouvez en toute légalité incorporer le morceau à votre montage. On dit alors, dans le jargon juridique, que les droits musicaux sont clirés. Anglicisme qui signifie tout simplement « autorisé » . La clérance de droit est un domaine juridique qui peut être compliqué quand les œuvres ont de nombreux auteurs et co-éditeurs ou co-producteurs. Ici, tout est facilité pour vous.
- Speaker #4
On est éditeur et producteur par obligation pour avoir un master, avoir la possibilité de placer ces œuvres en synchro, donc de les synchroniser dans des œuvres audiovisuelles. Donc on a besoin. que ces morceaux-là soient enregistrés pour pouvoir les faire exister et qu'ils rapportent des droits.
- Speaker #0
Une fois que vos pubs, bandes annonces ou films seront diffusés, la SACEM reversera aux compositeurs et à l'éditeur les montants qui leur reviennent, générés par la diffusion de votre programme. Si tant est que vous ayez bien signalé la présence des différentes musiques dans un document appelé « cue sheet » ou « relevé des œuvres » qui va lister l'ensemble des musiques. utilisé lors du montage. Il est même obligatoire de remplir ce document et de le fournir au diffuseur, comme une chaîne de télévision, qui devra lui-même le communiquer à l'assassin. Isabelle Boiseau a longtemps travaillé chez un éditeur de librairie musicale et a souvent été confrontée à la réticence des clients à payer.
- Speaker #5
Si un éditeur invite un monteur, vient, il y a une séance de studio. Si un programmateur, si un producteur, peu importe. vois ce qu'il se passe derrière, avec l'explication économique. Ce compositeur-là, il a fait X heures de studio, juste pour ce petit morceau que tu viens d'écouter. Après ça, qui dit studio, dit un master, un enregistrement. Voilà tout le chemin parcouru par une œuvre, avant d'arriver à tes oreilles. Et voilà ce qu'il se passe, ce n'est pas gratuit. Tout ça, dis-toi bien que ce compositeur-là, si je te demande de me faire un chèque, tu ne vas pas le faire. Donc, il faut que tu comprennes comment lui gagne de l'argent. Comment ça se passe ? Il y a des organismes comme l'Assasem et pour un compositeur qui est membre de la Sacem, c'est la société qui va lui payer parce que tu diffuses ses œuvres, c'est la Sacem qui va lui payer ses droits. Donc voilà, tu diffuses sa musique, tu as vu tout ce qu'il a fait et grâce à toi, sa musique va être diffusée et donc il va gagner de l'argent. Voilà, le système économique est celui-là.
- Speaker #0
Avec l'essor des vidéos sur Internet, une rumeur a été relancée, celle de la musique libre de droit. On a souvent entendu qu'on pouvait utiliser gratuitement et sans autorisation une mesure, deux mesures, voire trois mesures d'une œuvre, selon les sources les plus fantaisistes. Tout cela est faux. Dès lors qu'on utilise une musique dont on ne détient pas les droits, on est dans l'illégalité la plus totale. Des collections de morceaux prétendument libres de droits sont apparues, sorte de bases de données utilisables à souhait et sans compensation. Une idée à démystifier de toute urgence.
- Speaker #3
On ne peut pas comparer un site internet dont on ne connaît même pas le pays d'hébergement ou le lieu de provenance et ce qu'il y a derrière. D'où viennent les musiques à des éditeurs qui ont depuis 30 ans, et certains moins, mais ce n'est pas grave, au moins pignon sur rue, et garantissent leurs clients contre tout recours en fait. Parce que ça, c'est écrit.
- Speaker #1
Alors, il ne faut pas mélanger le concept de gratuité et de musique libre de droit. La gratuité, c'est une chose. On peut très bien accepter l'utilisation de son catalogue gratuitement. L'auteur lui-même peut accepter, à titre gracieux, des utilisations. Et il y a toujours de l'argent qui va remonter quelque part. La musique libre de droit n'existe pas. Il y a toujours une licence. Et la licence, elle est encadrée. Elle est encadrée en termes de durée, parfois en termes de territoire, ou parfois en termes de médias. Il y a toujours des droits, il y a toujours derrière une exploitation qui est faite. Il n'y a pas de musique libre de droits. C'est un fantasme.
- Speaker #0
Si quelqu'un vous propose sa musique gratuitement et sans vous faire signer un accord écrit, vous vous exposez à ce qu'il se retourne contre vous en estimant que vous n'avez pas demandé son accord. Par ailleurs, sur des sites peu scrupuleux du Code de la propriété intellectuelle qui vous proposent des musiques gratuites, il y a toujours une petite case à cocher qui restreint votre utilisation. Impossible donc d'imaginer commercialiser ou diffuser publiquement une musique sans une quelconque contrepartie. Pour mieux faire connaître leur métier et les particularités artistiques, techniques et juridiques de la librairie musicale, des éditeurs-producteurs ont fondé une organisation professionnelle, l'Union des librairies musicales.
- Speaker #3
L'idée toute simple, et c'était surtout des éditeurs indépendants à l'époque, c'était l'Union fait la force, et sur des sujets qui intéressent tout le monde, allons débattre le sujet ensemble pour présenter une problématique qui est commune à tout le monde. On ne parlait pas de soi en tant qu'éditeur, on parlait du travail d'éditeur et de la défense des droits, et des compositeurs bien sûr, puisque tout va ensemble. C'est parce que la librairie musicale est une niche spécifique dans le monde de la musique que c'était intéressant de créer quelque chose qui est spécifique à la librairie musicale.
- Speaker #0
Maintenant que vous savez tout sur la relation contractuelle avec un éditeur, vous pouvez en toute tranquillité aller chercher la musique qui correspondra à votre programme. Avant de passer à notre prochain épisode, faisons une petite recherche sur le moteur d'un catalogue de librairies avec des hashtags appropriés pour trouver la musique qui illustrera le mieux le thème de notre podcast. Hashtag juridique, hashtag business, hashtag entraînant, allez, hashtag hip-hop. Et voilà, j'ai trouvé. Pour tout savoir sur les origines de la librairie musicale, comment elle inspire les compositeurs et la place de la French Touch dans le monde, à bientôt dans un autre épisode de la librairie musicale. Hashtag Derrière les notes.