- Speaker #0
le musée Sacem et l'union des librairies musicales présente un podcast imaginé et mis en ondes par olivier de levagne et raconté par vanessa bertrand librairie musicale hashtag derrière les notes.
La musique que l'on entend dans les films, d ocumentaires, publicités, bandes-annonces, vidéos YouTube, et souvent issus d'une immense réserve de morceaux composés et produits spécialement pour donner l'impression qu'ils ont été réalisés sur mesure. La série « La librairie musicale, hashtag Derrière les notes » fait découvrir au fil de ses podcasts les coulisses de la création de ces millions de types qui n'attendent qu'à illustrer des images animées. Le premier volet du double épisode consacré aux compositeurs a permis de comprendre sur quelle base ils concevaient leurs morceaux. À partir d'un genre, d'une ambiance, d'une esthétique, en toute liberté, mais sans oublier qu'ils devaient toujours être au service d'une image qui n'existait pas encore. Dans ce deuxième volet, nous allons voir pourquoi les bandes-annonces sont souvent illustrées par de la librairie musicale plutôt que par la bande originale du film. Ou encore, comment certains titres proposés pour la librairie musicale ont été samplés sur des chansons qui sont devenues de grands succès commerciaux. Ni lui, ni moi, nous ne connaissions pas Jay-Z. Je crois qu'il avait vendu 13 millions de disques.
- Speaker #1
Ou se sont retrouvés dans des films sortis au cinéma.
- Speaker #3
Pour Universal, j'aurais composé deux ou trois chansons de musique traditionnelle italienne. Et en fait, ça s'est retrouvé sur le film de Frank Dubosc, qui s'appelle « Tout le monde debout » . C'est la chanson principale du film.
- Speaker #1
Hashtag Composée pour l'image, sans l'image, deuxième partie. Si pendant longtemps la musique d'illustration a eu mauvaise réputation et a été considérée comme peu créative, cette image tente à disparaître. Ce qu'on appelait autrefois la musique d'ascenseur s'est élevé d'étage en étage et son succès, son utilisation représente en France 10% des revenus de la musique, est la preuve qu'elle correspond à un besoin. Comme nous l'explique Sébastien Bonneau, dirigeant de la société MIMA et président de l'Union des librairies musicales.
- Speaker #3
Moi, ça fait très longtemps que j'ai pu entendre parler sincèrement de musique omette, de musique de stock ou de musique d'ascenseur.
- Speaker #1
L'éditrice Juliette Metz voit dans la diversité des genres disponibles l'une des raisons de ce succès.
- Speaker #4
Il y a une diversité phénoménale qui fait qu'on trouve forcément quelque chose qui fonctionne. Une composition qui est adaptée techniquement aussi. qui laisse la place à l'image.
- Speaker #1
Mais au moment où l'on compose, on ne sait pas exactement, malgré le brief et les longs échanges entre un compositeur et son éditeur concernant la couleur et l'ambiance à donner à un album, quelles en seront les utilisations. En termes d'exploitation, certains morceaux ont eu des carrières insoupçonnées. Car au fil des années, et depuis en fait près d'un siècle, comme nous l'avons vu dans l'épisode sur l'histoire de la musique d'illustration, Les morceaux sont scientifiquement documentés et donc facilement accessibles, regroupés dans des bibliothèques créées par les éditeurs-producteurs, alors qu'il n'est pas rare que des titres dits du commerce, à savoir les musiques telles qu'on les entend communément, tombent dans l'oubli peu après leur sortie. C'est ce qui fait que plusieurs compositeurs ont appris par hasard que des groupes avaient découvert leurs morceaux de librairie musicale et les avaient samplés, retravaillés, et que ces nouvelles créations étaient devenues des tubes mondiaux. C'est le cas de Jean Konilovitch, compositeur très prolifique des années 1960 à 2000 et dont un titre a inspiré Jay-Z, comme se souvient Iris Pavajo, qui travaillait chez l'éditeur du morceau quand il a été choisi par le rappeur américain.
- Speaker #5
Et un des titres a été samplé par Jay-Z et le titre avec ce sample a eu un Grammy Award. C'est la magie d'exploitation. Alors, ça vient de vinyle, il y a un son très particulier. Et puis c'est vrai que ces groupes travaillent avec des beatmakers. Quand ils trouvent une trame intéressante avec un son qui n'est pas d'aujourd'hui et qui serait compliqué d'ailleurs à refaire parce que les studios ne sont plus du tout équipés pour sortir ce genre de son, ou en tout cas très peu, c'est vrai que ça donne un rendu génial.
- Speaker #2
Il y a un monsieur qui me téléphone de New York. Il me dit, je suis Sean Carter, enchanté. J'aimerais bien enregistrer votre chanson, In the Space. J'ai dit, bon, je ne suis pas l'éditeur. L'éditeur, c'est Kappa Gamma. Comment on le connaissait pas, ils ont demandé 2500 euros. 2500 dollars ! Je crois qu'il avait vendu 13 millions de disques. J'ai eu un award, il m'a piqué l'award. Il n'en avait que 50, alors ça fait 51. C'est le premier sample, je ne savais pas ce que ça veut dire, et j'ai appris par la suite. J'ai fait un disque que j'ai beaucoup apprécié moi-même, Psych Impression. La première chose que j'ai dit à tout le monde, j'ai dit « il a pris le plus mauvais titre » . Je déteste ce morceau ! à cause de la flûte qui est fausse. Non, non, il a choisi celui-là et puis j'ai dit tant mieux. Et puis après hop, il y a combien de personnes l'ont samplé aussi ? Je me demande. Il n'y en aura plus là-dedans. Alors que j'ai fait des choses cent fois mieux. Suite à Jay-Z, il y a eu Dr. Dre, il y a eu Joey Badass.
- Speaker #1
Brice Davoli compose depuis l'âge de 20 ans. En parallèle de sa carrière d'arrangeur, entre autres pour Jennifer, Calogero ou Pascal Obispo, ou de compositeur de musique pour la scène, il est l'un des compositeurs de librairie musicale les plus appréciés des utilisateurs.
- Speaker #3
Je suis moitié italien en fait, donc je fais pas mal de chansons aussi italiennes mais vraiment traditionnelles. Pour Universal, j'aurais composé 2-3 chansons de musique traditionnelle italienne, mais vraiment très chansons des années 60 traditionnelles, avec orchestre, sirupeux, un chanteur de balle, mais franchement par contre, le truc était cool, mais je me suis dit, ça, ça va, c'est pour le plaisir. Et en fait, ça s'est retrouvé sur le film de Franck Dubosc, qui s'appelle Tout le monde debout, c'est la chanson principale du film, qui est chantée au moins 2-3 fois dedans. et oui ça je me suis dit mais j'aurais jamais d'imaginer que cette chanson puisse comme ça se retrouver à la petite refare d'un film humoristique français.
- Speaker #1
C'est notamment grâce aux moteurs de recherche mis en place par les éditions de librairie que les monteurs, réalisateurs ou superviseurs musicaux peuvent faire des recherches précises pour que de tel petit miracle ait lieu.
- Speaker #3
Le titre qui est chez le libraire, en amont, aura été tagué, avec plein de mots-clés qui permettent de l'identifier et qui permettent à la personne qui va rechercher un titre d'être le plus précis possible. La combinaison va vous sortir des titres qui vont être cohérents par rapport à ce que vous recherchez. J'ai un titre qui s'appelle « Dream Come True » qui vient d'un album que j'avais fait qui s'appelle « Lux » il y a une dizaine d'années, qui est un titre de jazz crooner. Et ce titre a été synchronisé sur beaucoup de pubs. Pub SFR, pub de voiture, film. Et c'est vrai que des fois on a des espèces de succès comme ça, d'un titre qui, pour X raison, va se retrouver tous les ans sur des synchros assez sympas.
- Speaker #0
« My dream country »
- Speaker #1
Depuis quelques années, les compositeurs ont eu la surprise de découvrir leurs titres disponibles à l'écoute en streaming chez des diffuseurs grand public. Une fenêtre d'exposition supplémentaire, bien qu'à la marge du business de la librairie musicale, mais très utile, comme nous l'explique Juliette Metz.
- Speaker #4
« Tout le monde a un petit peu investi les plateformes de streaming récemment. » parce que c'est des revenus supplémentaires, même si ce n'est pas non plus encore le délire. Je sais que pour nous, on l'avait vraiment fait pour avoir une prise en compte dans Shazam, avoir la possibilité, quand les gens pouvaient entendre ces morceaux, que ce soit à la radio ou à la télé, de pouvoir les shazamer pour les retrouver. Ça nous aidait aussi à un autre niveau à nous, avant que les systèmes de fingerprinting soient complètement accessibles, à pouvoir retrouver un morceau, savoir ce que c'était. Après, en termes d'exploitation, Ça dépend des albums, il y a des albums qui s'y prêtent, qui sont proches d'albums du commerce et qui fonctionnent et où il y a des droits qui peuvent tomber. Après, c'est vrai que ce n'est pas notre activité principale.
- Speaker #1
Elle aussi se souvient d'un titre qu'elle a édité et qui a connu un immense succès alors qu'il avait failli ne pas sortir.
- Speaker #4
Oui, je me souviens d'un titre d'un violoniste très connu et qui n'est plus parmi nous, qu'on avait failli enlever de l'album parce qu'on trouvait que ce morceau était difficile d'accès. On ne voyait pas comment des clients pourraient flasher dessus. On se disait, mais... Et on était à deux doigts de l'enlever. Et puis finalement, on s'est dit, on le met un peu vers la fin de l'album et ça ne se verra pas trop. Et puis, on ne sait jamais. Et on a eu une surprise incroyable de voir que ce morceau avait été utilisé. Pour toutes les nouvelles Toyota, comme marque de voiture, dans toutes les Toyota vendues, il y avait un CD qui était fourni à l'époque sur lequel ce morceau-là était mis pour illustrer, je ne sais pas ce qu'il y avait, c'était en japonais. Donc j'ai fait du japonais dans ma jeunesse, mais je ne me rappelle plus de rien. Et il y a eu des millions de CD qui ont été produits avec ce morceau. Très difficile d'accès, très compliqué. On garde toujours ça en tête, des fois quand on se dit, on ne prend pas ce morceau-là. Ah, est-ce que... Parce qu'on passe pas à côté de quelque chose. Donc il faut essayer d'imaginer toutes les possibilités. Donc, ah bah oui, le morceau, je peux vous le faire écouter ? Je l'ai pas loin, attendez.
- Speaker #3
Aujourd'hui, la musique de librairie a plutôt même bonne presse.
- Speaker #1
Brice Davoli.
- Speaker #3
Parce qu'il y a des choses hyper intéressantes artistiquement. On a les moyens d'enregistrer du vrai orchestre, donc de s'exprimer de la manière dont on entend. Parce que si la librairie musicale, elle permet à des œuvres d'avoir une deuxième vie. Parce qu'en gros, quand vous faites une musique de film, une fois que le film a été diffusé en salle, qu'il a été diffusé une ou deux fois à la télé, votre musique, elle n'est plus utilisée, elle est morte. Et la librairie permet d'avoir une deuxième vie à un catalogue qui est complètement en train de végéter.
- Speaker #1
On trouve d'ailleurs dans les catalogues de librairies de prestigieuses signatures, plus souvent associées à la musique originale de films, comme Éric Demarsan, Vladimir Kosma ou aux États-Unis, aux côtés de Quincy Jones, Robin Evil ou encore le rappeur Aïsti, Hans Zimmer, qui a créé sa société Extrême Musique et dont les titres sont hashtagués Intrigue. Suspense, dark, moody ou horreur par exemple, preuve que le grand auteur des musiques de pirates des Caraïbes a aussi le talent d'écrire pour l'image, sans l'image. Parmi les hashtags qui décrivent sa musique d'illustration, on trouve parfois le hashtag trailer. Quand on ouvre un dictionnaire, on voit que ce mot signifie camping-car ou remorque. Mais on ne doit pas en déduire que ces morceaux conviennent idéalement à un documentaire sur le camping. Ces remorques sont celles qui traînent un film sur le devant de la scène avant sa sortie, à savoir en français, des bandes annonces.
- Speaker #0
Le trailer, on l'appelle aussi la musique épique.
- Speaker #1
Frédéric Lébouvitz, éditeur.
- Speaker #0
Épique, c'est une iconographie qui se réfère beaucoup aux jeux vidéo, aux jeux de rôle, à cet univers d'une certaine façon néo-polpe dans cet esprit. Au départ, c'est le style pour les promos, c'est-à-dire ce qu'on appelle les bandes annonces. Et puis, ça devient aujourd'hui un style que les gens écoutent.
- Speaker #1
De même que ce n'est pas toujours le réalisateur d'un film qui supervise le montage de la bande-annonce, c'est rarement la musique originale qui l'illustre, pour de multiples raisons, comme en témoigne le réalisateur de documentaire Mathias Goudeau.
- Speaker #3
En général, pour les bandes-annonces, c'est le diffuseur qui les fait. Ils ont des services pour ça, y compris pour raconter l'histoire de la bande-annonce, des auteurs. Et ils ont des monteurs. Souvent ils nous demandent les pistes éclatées, c'est-à-dire de pouvoir récupérer des musiques du film pour être dans l'ambiance. Mais il arrive aussi qu'ils changent de musique, parce que la bande-annonce ça peut être une autre musique, parce que ça correspond à l'identité sonore de la chaîne.
- Speaker #1
Et puis techniquement, il n'est pas toujours aisé d'extraire une partie de la bande originale qui aura été écrite pour un moment précis. car elle ne collera pas forcément à l'ambiance de toutes les images choisies pour le montage. Au contraire, une musique d'illustration hashtaguée trailer garantit la montée en puissance qu'on attend d'une bande-annonce qui doit créer l'attente du spectateur. Le compositeur Laurent Lombard nous raconte sa méthode imparable quand il compose un morceau d'illustration censé convenir à cette utilisation.
- Speaker #3
En ce moment, on fait beaucoup de musique de trailer. C'est-à-dire que c'est une musique de bande-annonce de film, on essaie d'avoir des blockbusters, des trucs. Mon rêve, ce serait d'avoir un Iron Man ou un truc dans ce genre-là, ça serait génial. Mais là, il y a beaucoup de monde sur le marché. Alors quand on fait ce type de musique, clairement, moi je regarde si ça marche en prenant n'importe quel trailer de film de science-fiction, en coupant le son, puis je mets ma musique dessus. Quand je la fais, je m'imagine le truc.
- Speaker #1
Chaque compositeur étant plus ou moins à l'aise avec tel ou tel style, Laurent Lombard n'était pas certain de savoir s'adapter à ce brief particulier.
- Speaker #3
Tout ce qui est un peu symphonique, etc., dans ma tête, c'était réservé aux symphonistes. C'est un truc que je ne pourrais pas faire, je ne saurais pas faire. Arranger des violons, des premiers pupitres, des deuxièmes pupitres, des contrebasses, les violas, etc. Je me suis toujours dit, moi ça je ne sais pas faire, c'est pas mon métier et je n'y arriverai jamais. Et quand sont apparus les trailers... Je me suis vite rendu compte qu'en réalité, la musique de trailer, c'est pas de la musique symphonique, c'est en réalité pour moi, quasiment c'est de la techno, faite avec des banques de son de musique symphonique. Or la techno, je sais faire.
- Speaker #1
Ils composent pour l'image, sans l'image. Ils doivent allier savoir-faire et talent pour écrire pour une commande, tout en se laissant guider par leur imaginaire. Leur musique porte la marque de leurs propres inspirations et doit correspondre à des critères précis. Leurs créations sont utilisées pour être synchronisées tant sur des films que sur des documentaires, des publicités, des émissions de radio et parfois devenir des génériques cultes ou des samples repris sur des titres qu'on peut fredonner dans la rue. Les compositeurs de musique de librairie savent faire de la contrainte un outil de création propice. à les inspirer. Pour terminer ce podcast, j'ai besoin d'une musique. Hashtag trailer suspense dramedy Mais depuis combien de temps existe la librairie musicale ? Comment la France s'est élevée au rang de troisième puissance dans le monde de l'illustration sonore ? Quel est le travail de l'éditeur ? Vous le saurez dans les autres épisodes de La Librairie Musicale. Hashtag Derrière les notes.