- Speaker #0
Le musée Sacem et l'union des librairies musicales présente un podcast imaginé et mis en onde par Olivier Delevingne et raconté par Vanessa Bertrand. Librairie musicale, hashtag derrière les notes.
- Speaker #1
La musique que l'on entend dans les films, documentaires, publicités, bandes-annonces, vidéos YouTube et souvent issus d'une immense réserve de morceaux composés et produits spécialement pour donner l'impression qu'ils ont été réalisés sur mesure. La série « La librairie musicale, hashtag derrière les notes » fait découvrir au fil de ses podcasts les coulisses de la création de ces millions de titres qui n'attendent qu'à illustrer des images animées.
Un compositeur est la personne qui élabore une musique originale, à savoir sa mélodie, son harmonie et son rythme. Il le fait non seulement grâce à son inspiration et son talent, mais aussi car il connaît les codes de l'esthétique musicale pour laquelle il compose. Il peut signer un livret d'opéra, une chanson, une symphonie, une musique de théâtre ou de film. Et parmi les œuvres auxquelles on pense moins souvent, il peut composer pour la librairie musicale. Mais avant d'être compositeur de titres de librairie musicale, il est avant tout compositeur, et il n'est pas rare qu'il s'illustre dans plusieurs de ses chants de création.
- Speaker #2
Mes sonorités préférées, de toute manière, c'est assez vintage. J'adore tout ce qui est 60's, tout ce qui est vieux reggae, vieux ska.
- Speaker #3
Et on a sorti ce disque, c'était du jazz rock.
- Speaker #4
Et j'ai commencé par étudier la musique classique.
- Speaker #1
Comme nous l'avons entendu dans les autres épisodes de la série, cette musique, également appelée musique d'illustration, demande des talents qui ne sont pas donnés à tous les compositeurs. Ce double épisode vous fera entrer dans les studios de compositeurs de talent pour mieux comprendre comment ils arrivent à composer, à partir de leur seul imaginaire, des œuvres allant du classique à l'électro et qui auront une utilisation dont ils ignorent tout. Hashtag Composer pour l'image sans l'image. Première partie. Auteur de plusieurs ouvrages sur la musique, notamment destinés à l'image, Mathieu Chabot nous explique que les titres spécialement composés pour la librairie musicale correspondent à un besoin très particulier.
- Speaker #5
Dans les phonogrammes du commerce, dans les œuvres musicales qu'on peut trouver, il n'y a pas tout ce qu'il faut, parce qu'on s'aperçoit que, notamment à l'image, il y a des besoins très spécifiques. Et donc, il va y avoir des compositeurs, artistes, interprètes qui vont apporter cette musique, parce qu'ils ont eux-mêmes des images, des ambiances, ils vont créer cette musique, a priori, qu'on va pouvoir placer assez simplement sur des images. Et on a un accès dans les libraires musicals à un panel d'ambiances et de créations avec des instruments extrêmement variés, quels on n'a pas accès en utilisant des œuvres du commerce.
- Speaker #1
Avec plus de 120 albums de musique d'illustration à son actif, Laurent Lombard est l'une des grandes figures contemporaines du genre. Totalement autodidacte, ce compositeur au parcours étonnant a longtemps pratiqué la musique en amateur, en parallèle de son activité de cascadeur en aéromodélisme pour le cinéma. C'est sur un tournage qu'il a rencontré un ingénieur du son et compositeur de musique d'illustration qui lui a fait découvrir ce domaine, dont en parfait voltigeur, il côtoie désormais les cimes et qui conçoit toujours ses musiques en gardant un objectif dans son radar.
- Speaker #2
Je fais de l'illustration musicale, moi c'est pour mettre à la disposition des monteurs, des gens qui vont utiliser la musique. Ce n'est pas du tout fait pour que quelqu'un de lambda écoute ça sur un iPod. Ce n'est pas de la musique qui est faite pour être écoutée pour le plaisir. Quelque part, nos disques, il faut que ce soit des boîtes à outils. Il faut que ce soit facile à utiliser, mais pour des professionnels.
- Speaker #1
Mais alors, dans quelle direction le compositeur va-t-il travailler ? S'il ignore totalement si sa musique sera choisie pour une publicité radiophonique ? Un film historique ou un documentaire sur la reproduction des bigorneaux en mer du Nord. À moins que le compositeur ne suggère une idée d'album à son éditeur-producteur, c'est généralement ce dernier, avec qui il doit être constamment en dialogue, qui lui soumet une thématique ou une ambiance à développer. C'est ce qu'on appelle le brief, le cahier des charges esthétiques de l'album. Un compositeur peut se voir demander des titres qui pourraient convenir par exemple à un magazine d'investigation, un documentaire animalier, un reportage sur le sport. Vient ensuite une ambiance, mélancolique, entraînante, positive, un tempo, médium, lent, rapide, une décennie de références, ou encore une couleur instrumentale, comme l'explique le compositeur Brice Davoli, très prisé par les réalisateurs.
- Speaker #4
C'est ça qui est super intéressant dans la librairie aussi, c'est qu'il y a un travail de genre. On se plonge dans des genres dans lesquels on a moins l'habitude de se plonger sur la musique originale.
- Speaker #1
Une fois qu'il a tous ses éléments, À partir de l'esthétique qui lui est suggérée, il doit concevoir une musique qui soutiendra le propos d'une œuvre audiovisuelle sans même l'avoir vue, en se projetant des images en tête.
- Speaker #4
C'est vrai que quand je compose de la musique de librairie, j'ai des images de films, j'imagine, je fantasme des choses à ma tête qui vont guider ce que je vais faire. Ça nous permet d'avoir une fenêtre créative qui est super intéressante. Par exemple, je viens de finir un album de jazz traditionnel chanté avec orchestre. À part dans des musiques de film, on va me demander ça pour des trucs très particuliers. C'est vrai que c'est un peu plus rare quand même qu'on me demande de faire un album entier de musique de jazz. Donc c'est vrai que créativement, ça permet aux compositeurs d'explorer des choses et de s'exprimer dans des choses dans lesquelles on n'aurait pas l'habitude de s'exprimer ailleurs.
- Speaker #1
C'est l'un des grands paradoxes de la musique d'illustration. Les compositeurs ne doivent pas travailler malgré les contraintes, mais avec ces contraintes. Une fois le brief analysé avec l'éditeur, ils doivent laisser libre cours à leur imagination tout en restant dans un certain cadre, comme l'exprime l'éditeur Frédéric Lebovitz, qualifié de visionnaire par ses pairs, ce que le succès de ses catalogues ne dément pas.
- Speaker #6
Ce que je rabâche depuis des années et des années, c'est la librairie musicale. est un champ de création à part entière. C'est certainement la sphère de création où les compositeurs peuvent s'exprimer de la façon la plus libre, sans contrainte. Il y a des thématiques, mais à l'intérieur d'une thématique, si par exemple je dis, tiens, nous allons faire un album sur le questionnement, c'est-à-dire des musiques qui évoquent une interrogation, comment est-ce que vous l'exprimez ? Une fois que ce brief est lancé, si quelqu'un veut en faire avec de la guitare, du piano, du synthé, des cordes, c'est complètement libre. Il n'y a pas de problème.
- Speaker #1
On fait une différence entre la musique originale, écrite spécialement pour une image, et celle écrite en amont, comme la musique de librairie. Un compositeur à qui on fait une commande pourra se nourrir du scénario, du pré-montage puis du montage qu'on lui fournira. En librairie musicale, c'est l'inverse. Le réalisateur ou le monteur devra faire avec une musique préexistante, et l'alliance entre l'image et la musique, parfois les dialogues ou une voix off, devra être harmonieuse. Le compositeur a conscience des écueils rencontrés par le monteur, et il doit posséder une bonne culture audiovisuelle et musicale, pour connaître les types de ponctuations qui parcourent une musique synchronisée à une image.
- Speaker #2
Par exemple, on évite les longues intros qui vont perturber le style du morceau. Alors si musicalement c'est génial de mettre une superbe intro, parce que ça annonce des choses, etc. En illustration, généralement, ça n'annonce rien du tout et puis c'est plutôt un frein à l'utilisation. On fait de plus en plus de morceaux, ce qu'on appelle nous des underscores. On ne met pas beaucoup de thèmes, de mélodies, de trucs qui vont perturber un dialogue, par exemple. d'autres événements sonores sur le film. Je pense qu'il y a à peu près deux grands styles, on va dire, de morceaux en illustration. Il y a les morceaux à caractère et les morceaux qui sont beaucoup plus au niveau concept. Dans le concept, on va dire, tiens, on part sur un disque family, corporate, machin, un truc extrêmement pointu, où tous les morceaux doivent être vraiment dans le style. Puis les morceaux à caractère, où là, il y a une espèce de peps qu'il y a dans le morceau qui va séduire l'utilisateur. Ça peut être un son, ça peut être une harmonie, ça peut être n'importe quoi. C'est souvent, je pense, plutôt une ambiance. Donc le morceau dégage vraiment une ambiance très forte. C'est pour ça que j'aime bien les trucs un peu années 60, etc. parce qu'on sait tout de suite où on est.
- Speaker #1
Un morceau doit donc présenter une cohérence tout du long. Il ne peut pas être rock et passer au reggae d'un seul coup. Dans les musiques du commerce, il est courant que le refrain tranche avec les couplets, ce qui n'est pas d'usage en librairie. Moduler est une prise de risque à manipuler avec précaution qui devra figurer dans la description. avec le hashtag modulation par exemple. En résumé, Un titre de librairie est l'antithèse de Bohemian Rhapsody, la fameuse chanson du groupe Queen qui passe d'un style à l'autre au cours du même morceau et joue sur l'inattendu. Mais il est possible, voire conseillé, de prévoir des sous-versions qui vont proposer des variantes, et notamment des variantes de durée de l'œuvre. Il faut aussi penser qu'une voix off pourra être superposée.
- Speaker #4
C'est de la musique qui doit permettre d'avoir de la voix off par-dessus. C'est comme quand on fait une musique de pub, on va faire attention à ce que la musique ne perturbe pas, ne ne parasite pas la voix off. Donc c'est vrai que dans les musiques qu'on fait, on fait attention aussi à ce qu'il y ait de la place, à ce qu'il y ait de l'air, pour que la voix off puisse avoir de la place. C'est là où il faut laisser son ego un peu de côté parce que faut pas oublier que quand on fait de la musique à l'image, on fait de la musique à être aussi service de l'image. Et il y a un secteur qui est aussi important. De la librairie musicale, c'est l'institutionnel. Et l'institutionnel n'est pas forcément structuré pour piloter des compositeurs de musique originale.
- Speaker #1
Les films institutionnels sont un pan important de la production audiovisuelle. On les appelle aussi films d'entreprise ou films corporate. Ces vidéos ont pour objectif de faire connaître une entreprise ou une organisation. Il représente un débouché non négligeable pour tous les professionnels de l'audiovisuel, dont ceux de la librairie musicale, dont les catalogues sont une mine d'or pour les utilisateurs, comme le souligne l'éditeur Patrick Cassaigne.
- Speaker #0
Le gros avantage de la librairie musicale, la raison qui fait que c'est indispensable, c'est tout simplement lié au fait qu'il y a un choix colossalement large. La musique valorise, amplifie, développe. l'émotion qui évolue par le réalisateur du programme.
- Speaker #1
Le réalisateur Mathias Goudeau nous a ouvert les portes de la salle de montage de sa société de production, Magelair, et nous explique le choix d'une musique plutôt que d'une autre.
- Speaker #7
Alors ça, c'est un film institutionnel pour un laboratoire où on était au bord de la mer. C'est un laboratoire qui travaille avec la mer. On a interviewé les gens, on a tourné des images. Il a fallu montrer que la mer était un milieu sain. Et si je dis ça, c'est parce que la musique aura une importance aussi. Dans ce montage, on a des images de dauphins, c'est un endroit en Bretagne labellisé par l'UNESCO, donc on a des belles images de mer, on a des images de drones, de la mer et des animaux marins. Et donc évidemment, la musique va jouer. Alors effectivement, c'est un institutionnel, donc il y a une part commerciale, il faut donner envie. Mais il faut être cohérent avec l'histoire. L'histoire étant celle de ce bien-être, de la mer, de l'UNESCO. Donc pour caricaturer, effectivement, on ne peut pas mettre de musique à la Hitchcock, mais c'est vrai qu'on a eu des demandes de changement de musique. Alors peut-être que je peux vous faire voir justement ce que c'était avant et ce qu'on a mis après. On ne va mettre que de la musique. Donc les images, c'est une carte au début de France, et puis ça zoom et ça va aller vers la mer. Des images très turquoises et très belles. On avait proposé au départ cette musique-là. Et puis on nous a dit, non, en fait, on a envie de changer de musique, proposer nous une autre. Donc, au début, on avait proposé ça. Vous voyez, on a un petit côté un petit peu sourd. On est dans le fond de la mer. Et peut-être pour un début, pour se dire qu'ils avaient raison, pour un début, ça ne convenait peut-être pas. Et on a changé, on est allé chercher une musique dans une atmosphère un peu similaire, mais avec un piano qui va donner la différence. Alors, s'il y a des variations de son, c'est parce que c'est la partie mixée. Est-ce que vous voulez que je vous la remette ?
- Speaker #1
Si avec le temps, la musique d'illustration, qui était d'autres fois essentiellement destinée à la radio, a dû s'adapter à la subtilité des montages de l'audiovisuel et aux contraintes de temps toujours plus fortes imposées aux monteurs, dans les années 1960 et 1970, on se souciait beaucoup moins des nécessités de livrer des versions multiples. Le compositeur franco-monténégrin Jean Konilovitch œuvrait alors sans se poser ces questions, ce qui n'a pas empêché sa musique d'être synchronisée à travers le monde depuis 50 ans, faisant de lui un compositeur iconique du genre. Ses musiques inspirent tellement les monteurs et les réalisateurs aujourd'hui encore que des titres ayant eu peu de succès sortis originellement sous forme de disques du commerce, ont connu une gloire phénoménale une fois éditorialisées dans des catalogues de librairies musicales.
- Speaker #3
Je dis, je ne vais faire que ce que je veux. Alors j'ai fait un disque qui s'appelait « Giant » avec 45 musiciens, Catherine Lara, avec deux musiciens aussi, Cecarelli à la batterie, le meilleur, le plus grand, cinq trompettes, cinq trombones. deux corps, un tuba, etc. Et la chorale, je travaillais comme pianiste et organiste dans la comédie musicale de R. Et de ce fait, tous les chanteurs sont venus gratuitement chanter deux chansons de ce disque, qui s'appelle Xenos Cosmos et Black on the White Ground. Et ça n'a pas vendu. Si, ça a vendu quand même une vingtaine de disques, un double album.
- Speaker #0
On va le transformer en library music. Et ils ont appelé ça « rite contemporain » , je ne sais vraiment pas. Et effectivement, ils ont eu raison.
- Speaker #1
Au début de sa carrière, Jean-Michel Jarre se voit proposer par son éditeur Francis Dreyfus la possibilité de concevoir un album totalement électronique, différent de ce qui se produisait aux États-Unis. et lui a laissé carte blanche. La commande émanait du label américain Sam Fox et le jeune Jean-Michel Jarre a composé son premier album, Deserted Palace, sans savoir à l'époque qu'il s'agissait de librairie musicale.
- Speaker #0
Ils étaient intéressés par le fait qu'un album de musique électronique expérimentale devienne un album qui rentre dans la librairie musicale de Fox. Et donc j'avais une liberté absolument totale sur le projet. Et donc je suis parti dans plein de choses. D'ailleurs, les titres sont assez surréalistes et assez drôles quand je les lis maintenant.
- Speaker #1
Ce premier album destiné à la librairie musicale a peut-être permis à Jean-Michel Jarre de développer ses attirances pour la musique électronique et son goût pour l'expérimentation sonore, qu'il avait pu travailler au préalable en fréquentant les studios du groupe de recherche musicale de Pierre Schaeffer.
- Speaker #0
Je l'ai vraiment fait dans ma chambre d'étudiant. J'avais pas les moyens d'avoir un multipiste. J'avais en fait quatre Révox, trois qui leadaient et un qui enregistraient. Et en fait, la technique des DJ à utiliser bien après, c'est-à-dire de pouvoir synchroniser le tempo en bougeant la vitesse à la main manuellement sur les vinyles au début des DJ, c'est ce que je faisais avec les Révox. J'arrivais à tenir trois minutes comme ça. C'est pour ça que dans Deserted Palace, il n'y a pas de morceaux de plus de trois minutes parce que ça ne marchait pas. Après, ça se désynchronisait. Et je me souviens que le patch pour câbler, c'était dans dans une boîte à chaussures de chez André. où j'avais soudé les trucs dessus pour pouvoir mixer les trois revox en même temps. Et donc j'ai fait tout ça dans ma chambre. Tout ce qu'on entend, c'était des rythmiques que je faisais, j'avais pas de batterie, c'était des rythmiques que je faisais sur des boîtes ou des trucs, sur un piano préparé, vraiment de manière totalement artisanale. Et de voir que finalement, cet album arrivait dans une société aussi développée que la Fox avec quelque chose de totalement chadochien d'une certaine manière, ou ubuesque quoi. Et en même temps, c'est ce qui nous donne la poésie forcément quand on l'écoute aujourd'hui.
- Speaker #1
À partir d'un brief qui peut être vague ou très précis, le compositeur qui doit concevoir un album pour la librairie musicale doit jongler entre liberté et contrainte, imaginer ce pourquoi sa musique pourrait être utilisée, sans pour autant se laisser emprisonner dans un carcan stéréotypé. Il reste toujours dans l'ombre, derrière les notes et les hashtags qui seront attribués à ses titres quand ils seront rangés dans un rayon de la librairie musicale par son éditeur. Dans la deuxième partie de notre double épisode consacré aux compositeurs, on apprendra certains secrets de fabrication des musiques destinées à des trailers ou bandes-annonces, comment certains titres composés pour la librairie musicale ont été samplés par des rappeurs américains qui en ont fait des succès commerciaux,
- Speaker #3
« Ni lui, ni moi, nous ne connaissions Jay-Z. Je crois qu'il avait vendu 13 millions de disques. »
- Speaker #1
ou se sont retrouvés dans des films sortis au cinéma.
- Speaker #4
J'avais composé deux trois chansons de musique traditionnelle italienne et en fait ça s'est retrouvé sur le film de Franck Dubosc qui s'appelle Tout le monde debout.
- Speaker #1
Tout ça dans le deuxième volet de l'épisode Composer pour l'image sans l'image de la série La librairie musicale hashtag derrière les notes.