- Speaker #0
Le musée Sacem et l'union des librairies musicales présente un podcast imaginé et mis en onde par Olivier Delevingne et raconté par Vanessa Bertrand. Librairie musicale, hashtag derrière les notes.
- Speaker #1
La musique que l'on entend dans les films, documentaires, publicités, bandes-annonces, vidéos YouTube, est souvent issue d'une immense réserve de morceaux composés et produits spécialement pour donner l'impression qu'ils ont été réalisés sur mesure. La série « La librairie musicale, hashtag derrière les notes » fait découvrir au fil de ses podcasts les coulisses de la création de ces millions de titres qui n'attendent qu'à illustrer des images animées. Éditeur historique de son frère Renaud, David Sechan a fondé la société Encore Merci en 1987. Il est rejoint un an plus tard par Juliette Metz et l'édition se concentre depuis 1997 sur la librairie musicale via son catalogue Music Shop. Des compositeurs de talent tels Didier Locoude, Richard Galliano ou encore Laurent Durie le rejoignent et lui confient des morceaux toujours exploités. Au fil du temps, Encore Merci a créé de nombreuses déclinaisons de ses productions, comme Music Shop Zen, autour du bien-être et en partenariat avec Nature et Découverte, ou Music Shop Tools, pour les professionnels de l'audiovisuel. Ses catalogues sont distribués dans plus de 70 pays. David Sechant nous reçoit dans les bureaux d'Encore Merci.
- Speaker #2
Bonjour David. Bonjour Vanessa.
- Speaker #1
Vous qui venez de l'édition musicale généraliste, comment s'est faite votre rencontre avec la librairie musicale et qu'est-ce que vous avez été obligé de modifier dans vos habitudes et dans vos pratiques professionnelles ?
- Speaker #2
Alors ça s'est fait tout à fait par hasard en fait. Je venais de céder une édition dans laquelle j'étais gérant. J'avais besoin de créer une autre société d'édition et pour créer cette autre société d'édition il me fallait... des justificatifs d'exploitation pour la SACEM. Et donc, j'avais un ami, un compositeur, qui m'a dit « Mais tu n'as qu'à faire un disque d'illustration musicale. » Je ne sais pas du tout ce que c'était à l'époque. Et nous avons fait un disque d'illustration musicale pour mon adhésion à la SACEM en tant qu'éditeur. Et j'ai eu l'idée, enfin c'est mon ami plutôt, Philippe, qui a eu l'idée de... Il m'a dit « Mais pourquoi tu ne l'exploites pas ? » En plus, maintenant que tu as fait un disque... J'ai quelques adresses, puisque lui travaillait déjà dans le secteur, et j'ai exploité, j'ai eu des résultats assez modestes, mais il m'a dit, mais c'est normal, il ne faut pas en faire qu'un, il faut en faire deux, puis trois, puis cinq. Et je suis parti dans cette activité, à une époque où je devais éditer le nouvel album de mon frère, mon frère Renaud, qui a mis un certain temps à le faire, donc du coup, je suis parti dans cette activité d'illustration musicale, tout à fait par hasard, et j'y ai pris goût. J'ai trouvé des compositeurs formidables, tout un milieu. J'ai découvert en fait tout un secteur éditorial, de production plutôt. Ce qui a changé par rapport à mon métier traditionnel d'éditeur, c'est que l'illustration musicale c'est aussi la production musicale. On a la double casquette, producteur-éditeur. Et donc j'ai eu l'occasion d'entrer dans les studios, de faire quelques recommandations, d'animer des projets. et de suivre le bon déroulement des productions et des enregistrements. Voilà en gros comment je suis arrivé. Aujourd'hui, j'ai quelques milliers de titres en catalogue et je vis de mon métier et mon entreprise également.
- Speaker #1
Alors justement, est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur ce premier album et notamment, est-ce que vous vous souvenez des premières utilisations qui en ont été faites ?
- Speaker #2
Moi j'étais très fier parce que c'était ma première... En fait, je n'étais pas producteur, j'étais éditeur. Donc j'écoutais des œuvres qui m'arrivaient et que je décidais, oui ou non, de signer en édition. Je n'étais pas du tout producteur. Et là, je me suis retrouvé dans la peau d'un producteur. Et j'étais très fier puisque j'aime beaucoup la musique et j'avais quelques idées de ce que je souhaitais. Et j'ai rencontré des compositeurs qui étaient compositeurs de jazz, en fait, et qui faisaient des choses très jazz-rock à l'époque. c'était With a Report, toute cette musique venant des États-Unis, le jazz rock que j'aimais beaucoup. Et donc j'ai eu l'opportunité de travailler sur ce premier album, sur ces musiques-là. Et j'étais très content. Par contre, j'ai été extrêmement déçu par les premiers résultats, parce que je pensais que ces musiques allaient passer sur des grandes émissions, de grands documentaires, de grands reportages, et qu'elles allaient sonner formidablement bien. et Ma première diffusion c'était sur Télé-Marché ou Télé-Market, je ne sais plus. C'était une émission qui vendait des produits aux téléspectateurs. Et la musique passait derrière, mais à peine audible. Donc il y a eu une sorte de déception assez catastrophique, dans le sens où je n'imaginais pas que la musique d'illustration pouvait être aussi ce qu'on appelle du fond sonore. Et donc ça a été les premières utilisations et j'étais assez déçu. Ensuite ça s'est amélioré puisque j'ai eu... l'occasion de travailler avec d'autres formats, dans d'autres formats, télévision, cinéma, etc. Et donc j'ai pu enfin avoir le plaisir d'écouter les morceaux que je produisais, que j'éditais, d'une manière correcte.
- Speaker #1
Vous avez parlé de fond sonore, il y a beaucoup de termes qui circulent pour désigner la librairie musicale, comme par exemple musicomètre ou musique de stock. Quand vous avez choisi le nom de Music Shop, est-ce que c'était pour faire un pied de nez à ces appellations ?
- Speaker #2
Non, je suis désolé de vous répondre non, parce que le nom du label Music Shop est venu d'un des compositeurs de ce premier album qui m'a dit pourquoi tu n'appelles pas ton label Music Shop, j'ai trouvé ce nom. vachement bien et qui, en fait, il correspondait parfaitement à boutique de musique ou il coïncidait parfaitement à l'entreprise et à ce que je faisais, à la musique d'illustration. Ensuite, la musique d'illustration, on l'appelle aujourd'hui musique d'illustration, c'est quand même beaucoup plus noble que musique de stock ou musique au maître, comme ça a été le cas longtemps. J'ai toujours été désespéré d'entendre la manière dont certains appellent cette musique. Puisqu'aujourd'hui, elle est légale, pratiquement légale, de la musique du commerce. On appelait ça la musique au maître parce que la redevance dépendait de la longueur d'utilisation. Mais bon, j'ai toujours dit que c'est comme pour toutes les musiques, la redevance dépend de toute façon de la longueur d'utilisation. Avec la crise du disque, beaucoup de professionnels se sont tournés vers ce secteur. Aujourd'hui c'est un secteur artistique à part entière et qui n'a plus besoin de faire ses preuves. C'est surtout un secteur libre, c'est-à-dire que le compositeur a toute liberté de choisir un thème. En fait, il compose pour un film ou un documentaire qui n'existe pas encore. Donc il n'y a pas de limite, c'est son imagination à lui. Alors que composer, faire une musique originale sur un film ou un documentaire... Le compositeur est forcément margé par les obligations du script, du montage, etc. Donc c'est moins libre que la musique d'illustration où le compositeur peut s'en donner à cœur joie.
- Speaker #1
Pour entretenir un catalogue de librairie, il faut en permanence de la nouveauté.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #1
Comment l'éditeur fait pour anticiper la demande d'utilisation et se tenir au courant des tendances ?
- Speaker #2
Il faut regarder beaucoup la télé, d'abord, aller au cinéma, écouter la musique pour l'audiovisuel. Et puis ça dépend aussi pas mal des modes. Il y a eu des modes, il y a eu un artiste qui s'appelait Saint-Germain il y a quelques années. Et cet artiste a initié énormément de projets parce que c'était les premières musiques vraiment électroniques. qui ont eu beaucoup d'écho déjà au niveau commercial. Et donc, il y a un besoin de coller à la mode, mais pas trop quand même. J'ai pu faire des projets à la demande de certains utilisateurs qui n'ont pas trouvé du tout leurs clients parce que c'était des projets trop spéciaux, trop typiques ou trop atypiques. Il faut flairer. La musique d'illustration, on appelle ça la librairie musicale. Ce n'est pas pour rien. C'est-à-dire qu'il faut être dans tous les genres, tous les styles. Moi, j'ai fait de la pop médiévale. aussi bien que la musique celtique, que la musique classique, néo-classique. Enfin bref, il faut être dans tous les styles, tous les genres musicaux pour parfaire l'offre commerciale en fait.
- Speaker #1
On a également interviewé votre plus proche collaboratrice, Juliette Metz, pour ne pas la nommer.
- Speaker #2
Mon associé, Juliette Metz, ma formidable associée, qui me suit depuis 35 ans.
- Speaker #1
Et justement, elle nous a expliqué un jour qu'elle avait reçu une demande de musique qui fait penser à la ménopause.
- Speaker #2
Mais ça fait partie effectivement des demandes des utilisateurs qui sont sur des sujets bien précis. et qui ne savent pas très bien comment les illustrer et qui demandent, voilà, tout simplement, je fais un documentaire sur la ménopause et j'aimerais une musique qui corresponde à peu près à ce sujet. Donc c'est quand même assez bizarre. Donc dans ces cas-là, on va chercher, on va chercher une musique un peu drama, mais un peu orchestrale quand même. Ensuite, il y a toute une imagination du producteur, de l'éditeur, enfin celui qui va proposer la musique. C'est vrai que c'est... Il y a des fois des demandes surprenantes, mais auxquelles il faut à tout prix qu'on les satisfasse. Alors souvent c'est pour des documentaires qui vont rapporter 3,55€ et on va y passer une demi-journée. Mais voilà, c'est notre métier et c'est un côté tout à fait exaltant. Il ne s'agit pas de mettre des musiques comme des musiques derrière des images, mais parfois c'est de la haute couture. Il faut accompagner l'image, que la musique donne du sens à l'image. et apporte du sens à l'image.
- Speaker #1
En tant qu'éditeur, vous êtes entre l'utilisateur et le compositeur et vous devez traduire la demande.
- Speaker #2
Il faut anticiper les besoins de l'utilisateur, déjà, ce qui est quand même assez compliqué, et répondre au mieux possible, en espérant que cette demande sera satisfaite.
- Speaker #1
Vous avez été le premier éditeur essentiellement de librairie musicale à être élu au conseil d'administration de la SACEM.
- Speaker #2
Absolument, sans doute plutôt par rapport à ma première carrière d'éditeur de Renault et de variété d'autres chanteurs, auteurs, compositeurs que par mon métier de librairie musicale.
- Speaker #1
Et justement, est-ce qu'en siégeant au conseil d'administration, vous avez pu remarquer combien vous aviez des sujets communs avec les autres éditeurs plus généralistes ?
- Speaker #2
Je vais vous dire, bien évidemment, nous partageons exactement tous les mêmes soucis, que ce soit au niveau de la copie privée, au niveau des coefficients de diffusion, des télés, etc. Toutes les musiques sont intéressées par ces problématiques-là. et donc La musique d'illustration n'y échappe pas. J'essaie de toutes mes forces, et je pense que ça aboutit, avec certains de mes confrères, de donner à cette musique sa vraie valeur. Et ma présence au Conseil d'illustration l'y aide, je pense.
- Speaker #1
Encore merci, et membre de l'Union des librairies musicales, l'ULM. Est-ce qu'il y avait besoin d'avoir une organisation professionnelle spécifique ?
- Speaker #2
Comme toutes les organisations syndicales, c'est effectivement un moyen de se faire reconnaître, de se faire aider aussi, puisque aujourd'hui il y a des aides à la SACEM pour la production d'albums de librairie musicale. Voilà donc c'est un métier qui est reconnu, enfin qui est reconnu, grâce à l'action de l'ULM, peut-être un peu aussi grâce à ma présence au conseil d'administration, bien que je m'interdise. d'être le représentant d'un seul secteur. Je suis parfaitement collégial et solidaire de tous mes confrères. Je ne défends pas un métier, un secteur. Je défends la musique en général, les créateurs et les éditeurs.
- Speaker #1
Vous nous avez parlé de la grande liberté de création des compositeurs. Est-ce que vous pensez que c'est une des explications du succès de la librairie musicale française, Alex Port ?
- Speaker #2
Il y a une vraie... French Touch, qui marche très fort à l'export. Donc on parle beaucoup d'export en musique, mais la librairie musicale, on ne le sait pas, mais elle est très présente. Moi, mes catalogues sont représentés dans 50 territoires par l'intermédiaire de 25 sous-éditeurs, au Japon, en Gabaye, en Tchécoslovaquie, en Allemagne, en Pologne, enfin bref, je peux tous vous les citer. Voilà, c'est un métier formidable, et c'est vraiment un métier ouvert sur l'export et sur le monde. Il faut dire aussi que c'est un métier qui permet à des centaines, de créateurs, de vivre, de payer leur loyer. C'est un métier qui n'a pas trop souffert du Covid, contrairement à d'autres secteurs musicaux, et sur lequel aujourd'hui, beaucoup de compositeurs de talent s'intéressent, à juste titre, d'abord pour créer, et ensuite pour générer des droits, et pour vivre.
- Speaker #1
Alors David, avant de nous quitter, j'aimerais qu'on revienne sur un titre dont vous avez parlé en début d'interview, qui est le premier morceau. composé par Lionel Bauchet et Philippe Gisselmann pour la création de votre collection Music Shop. Et donc, je vous propose qu'on écoute un extrait de Music Shop puisque c'est également le titre de l'album.
- Speaker #2
C'est avec plaisir.