- Speaker #0
Le musée Sasem et l'union des librairies musicales présente un podcast imaginé et mis en onde par Olivier Delevingne et raconté par Vanessa Bertrand, librairie musicale, hashtag derrière les notes.
- Speaker #1
La musique que l'on entend dans les films, documentaires, publicités, bandes-annonces, vidéos YouTube, est souvent issue d'une immense réserve de morceaux composés et produits spécialement pour donner l'impression qu'ils ont été réalisés sur mesure. La série « La librairie musicale, hashtag derrière les notes » fait découvrir au fil de ses podcasts les coulisses de la création de ces millions de titres qui n'attendent qu'à illustrer des images animées. Avec plus de 120 albums de musique d'illustration à son actif, Laurent Lombard est l'un des plus grands compositeurs contemporains qui œuvrent dans la librairie musicale. Il nous ouvre les portes de son studio et nous raconte son parcours étonnant, de la voltige d'avion radiocommandée à la composition de titres repris à travers le monde.
- Speaker #0
Donc moi j'ai une formation de mécanique, automatisme et robotique. J'ai bossé cinq ans chez Citroën à la suite de ça. Suite à ça, j'ai monté une boîte de prise de vue par hélicoptère radiocommandé. Cette boîte de prise de vue par hélicoptère radiocommandé a marché un petit moment, puis on s'est rendu compte que c'était quand même très très dangereux de voler au-dessus des gens avec des machines de 20 kilos. Donc ensuite, j'ai été développeur informatique pour des contenus de CD-ROM, de bornes interactives, etc. Parallèlement à tout ça, j'ai toujours fait de la musique, un amateur, dans ma piôle, avec mes petits synthés, mes petits machins comme ça. Et puis, à partir du moment où j'ai réussi à avoir assez de revenus par la musique, j'ai arrêté toutes les autres activités.
- Speaker #1
Et comment est-ce que vous avez réussi à devenir professionnel ?
- Speaker #0
Quand j'étais assez jeune, j'étais champion de France de voltige d'avion radiocommandé. Et suite à ça, j'ai rencontré Édouard Molinaro, qui m'avait demandé de faire une cascade pour un film. Donc une cascade en aéromodélisme pour simuler le crash d'un vrai avion. Parce que lui était... absolument férus d'aéromodélisme. C'était vraiment un aéromodéliste confirmé. Il me connaissait par ça. Quand il est venu, moi je l'ai chopé, je l'ai traîné devant mes synthés, j'ai fait écouter 3-4 trucs que j'avais fait. Et il m'a dit, tiens, t'as plus qu'à rencontrer un metteur en scène, en plaisantant. Et quelques jours après, il m'a appelé au téléphone en me disant, t'as la musique du film en plus des cascades. Alors là, j'ai sauté au plafond. Je n'y connaissais rien, strictement rien. C'est totalement autodidacte. Je ne savais même pas ce que c'était qu'un droit d'auteur, les score sheets, les machins, tous ces trucs qui tournent autour du cinéma. Moi, je connaissais juste ma piôle avec mes synthés et je faisais mes morceaux de musique. J'y ai présenté, ça lui a plu. J'ai eu toute la musique du film. À la suite de ça, j'étais vraiment trop timide et trop bête et trop jeune pour donner suite. Donc, j'ai laissé tomber. J'ai perdu de vue Édouard Molinaro. Je le regrette maintenant, surtout qu'il est mort il n'y a pas très longtemps. Voilà, j'étais sans doute pas prêt. Et ensuite, un jour, toujours dans l'aéromodélisme, j'étais sur mon terrain d'entraînement. Puis je vois un espèce de farfelu en train d'enregistrer des grillons par terre avec un enregistreur. Je dis, mais qu'est-ce qu'il fout ce mec-là ? Il est taré, quoi, etc. Je discute un peu avec lui. Et il me dit, moi, je travaille pour l'illustration. Je bricole des sons, des trucs comme ça. Et ce gars-là, c'était Jean Rigaud, un excellent musicien d'illustration aussi. Et lui il m'a dit « Oh bah tiens si tu veux on cherche un guitariste pour un disque pour Christian Poulet à l'époque » . Et donc voilà, j'ai débuté comme ça. J'ai commencé par faire quelques morceaux pour Frédéric Lebovitz. J'en avais fait 50 pour un projet, il m'en a pris deux. Donc je me disais « Mais qu'est-ce que c'est que ce métier de taré ? » . Donc suite à ça, j'ai fait un petit break dans l'illustration, parce que franchement j'ai été déçu par le fait qu'on vraiment... S'il faut sortir 50 morceaux pour qu'on en prenne deux, là je ne comprenais pas. Ensuite, j'ai fait quelques boulots de guitare pour Christian Poulet et donc pour Éric Mallet. Et là, avec Éric Mallet, la sauce a vraiment pris tout de suite. On s'est très bien entendus tout de suite sur le style musical, sur ce qu'il y avait à faire. Et là, vraiment, c'est là que j'ai décollé. Donc, ma rencontre avec Éric Mallet a vraiment fait le début de ma carrière. Mais je dois tout ça à l'aéromodélisme, à Édouard Molinaro et à Jean Rigaud.
- Speaker #1
Vous aviez une formation musicale ?
- Speaker #0
Pas du tout. Non, non. Autodidacte ? Non, tout autodidacte. À 5 ans, à Noël, je suis à un bon tempi. Et j'avais le don, qui pour moi est un don et aussi une malédiction, c'est de pouvoir reproduire tout ce que j'entendais. J'entendais un truc à la radio, je le rejouais, avec souvent les bons accords, les mélodies, etc. Je n'avais aucun problème pour ça. Mais là où je dis que c'est une malédiction, c'est qu'on se complaît. dans ce don, et on ne progresse pas. Et étant absolument pas scolaire et réfractaire à toute étude, je suis resté avec ce don qui finalement ne suffit pas. Et je regrette maintenant, je regrette vraiment de ne pas avoir appris la théorie musicale, le conservatoire, etc. Parce que ça, vraiment, c'est un manque pour moi.
- Speaker #1
Ça vous a quand même permis d'avancer ?
- Speaker #0
Oui, oui. Alors, j'ai un bon pote, Patrick Marek, qui est compositeur aussi, il me dit souvent, mais heureusement que t'as pas appris le jazz, etc. Parce que t'aurais fait une autre musique. qui sans doute n'auraient pas marché aussi bien. N'ayant pas un bagage musical monstrueux, je ne suis pas Mark Dirt ou Frédéric Sans, ces gens-là qui sont vraiment des pointures en orchestration, etc. Moi, je suis obligé de se faire avec ce que j'ai. Il me semble. Les titres que j'ai qui marchent, c'est souvent des trucs assez simples, des trucs pop, des trucs qui, je pense, plaisent aux gens.
- Speaker #1
Peut-être que ça laisse plus de part à l'intuition aussi.
- Speaker #0
Oui, c'est possible. Tout à fait.
- Speaker #1
Alors, vous nous recevez dans votre studio. On voit beaucoup d'instruments. Pour décrire votre studio, on commencerait par vous.
- Speaker #0
Déjà, je pense que le symbole de base, c'est que là j'ai un superbe Orgamon B3 original de 1954, c'est une pièce de musée, c'est vraiment en parfait état, qui côtoie une Akai MPC-X, qui est le dernier cri en matière de trucs pour faire du hip hop, du sample, etc. Et je crois que là, ça illustre tout à fait le studio et puis ma façon de voir les choses. C'est-à-dire que j'ai vraiment un truc vintage avec beaucoup de caractères qui côtoie un truc ultra moderne. À côté de ça, il y a une batterie, il y a des guitares, des congas, j'ai un sax bariton, un sax ténor. J'ai tout ce qu'il faut pour bosser. Puis la pièce à côté est pleine de cuivre, de machins en tout genre.
- Speaker #1
Donc vous savez jouer de tous ces instruments ?
- Speaker #0
Je sais en jouer suffisamment pour ce que j'ai à faire. Je ne prétends pas du tout être virtuose d'aucun de ces instruments. Je ne suis pas mauvais guitariste. Je me fais ce petit compliment. en toute modestie. Mais par contre, par exemple, là j'ai un sax bariton, c'est un de mes instruments préférés parce que c'est extrêmement connoté. C'est-à-dire que quand on fait un peu d'années 60 ou de morceaux un peu sixties ou des trucs comme ça, dès qu'on met un sax bariton on est dedans. Or, que fait un sax bariton dans les années 60 ? Il fait parra, parra, voilà, un truc extrêmement simple. Et pour faire ça, ça je peux le faire. Pour la trompette c'est facile, moi je... enfin non. Je ne dis pas que la trompette est facile, mais en aucun cas, en illustration, on aura affaire du Maurice André. On n'aura jamais d'envolée lyrique, de trucs dans les suraigus, des trucs comme ça. Mais pour faire de la section qui se contente de faire tabadabada, ça c'est pareil, je sais le faire. Mais je n'en fais pas plus. Et puis je prends mon temps. Et puis aussi, il faut dire que l'électronique nous aide beaucoup. Les logiciels actuels nous permettent des corrections, de pitch, etc. Je ne joue pas parfaitement juste des cuivres, évidemment, puisque je n'ai pas de formation, je n'ai pas appris. Donc les logiciels m'aident bien à remettre tout ça au carré. Mais je tiens quand même à faire mes cuivres moi-même, vraiment les jouer, plutôt que de mettre du sample. Parce qu'il n'y a pas à dire, c'est toujours quand même beaucoup plus naturel, spontané. Ça sonne différemment que du sample à tout va. Mes sonorités préférées, de toute manière, c'est assez vintage, quoi qu'il arrive. J'adore tout ce qui est 60's. tout ce qui est vieux reggae, vieux ska, tous ces machins-là. Donc j'aime bien. L'orgamon, pour moi, c'est vraiment le son qui tue. La vraie batterie, bien souvent, je vais la mixer avec un seul micro ou deux micros, de manière comme on le faisait à l'époque. J'aime vraiment tout ce qui est vintage. Tout ce qui est vintage n'est pas du tout porteur en illustration. Je pars assez souvent sur du remix. C'est-à-dire que je fais moi-même mes boucles. vintage de vieux jazz, de vieux trucs, alors du jazz basique, de vieux jazz, de trucs du moment qu'il y a la sonorité, qu'il y a le grain vintage, ce qui me permet après de faire un remix de ça et de faire un truc moderne quoi.
- Speaker #1
Ce serait votre style de prédilection dans l'absolu ?
- Speaker #0
Dans l'absolu, c'est pas ce que j'aime le plus faire, parce que vraiment ce que j'aimerais vraiment faire, vraiment, c'est du ska et du reggae, du rocksteady des années 60. Voilà, alors ça c'est mon truc. Mais alors ça en illustration, autant dire que ça va faire 0,02. Alors que oui, tout ce qui est remix, je me fais une boucle de trucs rythme and blues à la motongue, par exemple, et je la remix sur des rythmes hip-hop, ça, ça marche. En illustration, ça marche. On l'écoute.
- Speaker #1
Il y a quel genre de contraintes pour un compositeur ? les programmes musicals ?
- Speaker #0
Déjà, par exemple, on évite les longues intros qui vont perturber le style du morceau. Si musicalement, c'est génial de mettre une superbe intro parce que ça annonce des choses, etc. En illustration, généralement, ça n'annonce rien du tout. Et puis, c'est plutôt un frein à l'utilisation. On fait de plus en plus de morceaux ou ce qu'on appelle nous des underscores, des choses où il n'y a pas... On ne met pas beaucoup de thèmes, de mélodies, de trucs qui vont perturber, sans doute perturber un dialogue par exemple, ou d'autres événements sonores sur le film. Je pense qu'il y a à peu près deux grands styles de morceaux en illustration. Il y a les morceaux à caractère et les morceaux qui sont beaucoup plus au niveau concept. Dans le concept, on va dire, tiens, on part sur un disque family, corporate, machin, un truc extrêmement pointu, où tous les morceaux doivent être vraiment, dans le style, très pointus. Et puis les morceaux à caractère, où là, c'est plus, c'est une espèce de peps qu'il y a dans le morceau qui va séduire l'utilisateur. Ça peut être un son, ça peut être une harmonie, ça peut être n'importe quoi. Mais c'est souvent, je pense, plutôt une ambiance. Il faut que le morceau dégage vraiment une ambiance très forte. C'est pour ça que j'aime bien les trucs un peu années 60, etc. Parce qu'on sait tout de suite où on est. Et donc, ces morceaux à caractère, ce sera plus une utilisation, à mon avis, mise en avant et non pas de flux, c'est-à-dire mise derrière autre chose.
- Speaker #1
Et pour faciliter le travail du monteur, qui va devoir caler la musique sur l'image, est-ce qu'il y a des moyens de l'aider par la composition ?
- Speaker #0
Déjà, on fait beaucoup de versions dérivées du morceau. Généralement on fait le morceau principal Et en morceau dérivé on met l'underscore C'est à dire sans mélodie, sans rien Des versions courtes, des 30 secondes Aux Etats-Unis ils utilisent beaucoup des pubs Qui font 30 secondes, qui sont calibrées Donc on fournit Le même morceau mais à 30 secondes Des 15 secondes, des virgules Des petites interventions Qui sont en rapport avec le morceau L'autre chose qu'on fournit aussi c'est les stems C'est à dire les éléments séparés Plus ou moins regroupés du mix Donc la basse séparée de l'ensemble des cordes, de l'ensemble de la batterie, etc. Et puis des fois, ça leur arrive de remixer carrément le morceau à leur convenance. On essaye d'en fournir le maximum pour qu'ils aient des éléments, que ce soit en montage, que ce soit pour le côté sonore, de ce qu'ils veulent faire.
- Speaker #1
Vous devez adorer le côté mécano justement de ça.
- Speaker #0
C'est vrai que c'est une partie du boulot qui est assez marrante, de faire les découpages, les versions dérivées, etc. Oui, il y a un côté mécano exactement.
- Speaker #1
Alors qu'il y a plein de compositeurs, pas forcément en illustration musicale, mais que ça rebuterait, qui détesteraient faire cette partie-là, en disant, ah oui, ce qui m'intéresse, ça va être ma mélodie, mes arrangements, je ne vais surtout pas tenir compte de ça. J'ai l'impression, en vous écoutant, ça vous excite vraiment, cette partie.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Je fais de l'illustration musicale. Moi, c'est pour mettre à la disposition des monteurs, des gens qui vont utiliser la musique. Ce n'est pas de la musique qui est faite pour être écoutée pour le plaisir. Quelque part, nos disques, il faut que ce soit des boîtes à outils. Il faut que ce soit facile à utiliser, mais pour des professionnels. C'est vrai qu'il y a un petit côté frustrant. Alors moi, qui ne me touche pas, parce que je ne suis pas du tout quelqu'un qui aime bien être sur le devant de la scène. Ce n'est pas du tout ça. Mais je sais qu'il y a des compositeurs qui sont peut-être un peu frustrés. Quand on fait écouter ça à nos potes, ils ne comprennent pas la structure. « Mais qu'est-ce que tu as fait ? Pourquoi il y a des trous dans ton morceau ? Pourquoi il est trop court ? » Mon morceau, il n'est pas fait pour que toi, tu l'écoutes. Il est fait pour qu'un utilisateur trouve son compte.
- Speaker #1
Votre boulangère, comment vous expliquez votre métier ? Vous faites quoi comme métier ?
- Speaker #0
Je fais de la musique, d'illustration. ça parle de soi je fais de la musique qui est faite pour être mise sur des images ou sur une pub ou sur quelque chose mais en aucun cas une musique qui est faite pour être écoutée par elle-même je crois que la base elle est là
- Speaker #1
Est-ce que quand on vous propose un brief vous essayez d'imaginer ou fabriquer un film ?
- Speaker #0
Ça dépend des projets j'ai pas de méthode particulière sauf Par exemple, en ce moment, on fait beaucoup de musique de trailer, c'est-à-dire que c'est de musique de bande-annonce de films, on essaie d'avoir des blockbusters, des trucs. Mon rêve, ce serait d'avoir un Iron Man ou un truc dans ce genre-là, ça serait génial. Mais là, il y a beaucoup de monde sur le marché. Alors là, pour le coup, oui, quand on fait ce type de musique, clairement, je regarde si ça marche en prenant n'importe quel trailer de film de science-fiction, en coupant le son, puis je mets ma musique dessus. Et quand je la fais, je m'imagine le truc. Après, il y a d'autres projets où je fais plus un truc qui me plaît moi. Par exemple, quand je fais mes trucs un peu vintage, mes remixes, etc. Là, je ne m'imagine pas forcément des images dessus, mais plus une ambiance. Si je fais un truc 60's, je me revois un petit peu le gendarme de Saint-Tropez, l'insouciance de l'époque, ce genre de choses-là. Et puis voilà, je me plonge dans ce genre de trucs. Je ne me mets pas forcément des images en tête.
- Speaker #1
Vous avez surtout parlé de musique d'illustration depuis le début de l'entretien. Il fut un temps où on parlait de musique au maître, de musique d'ascenseur. Qu'est-ce que vous pensez de tous ces termes ? Est-ce qu'il y en a qui vous conviennent plus que d'autres ? Ça vous amuse d'entendre certaines appellations ?
- Speaker #0
Oui, ça me fait marrer. Quand on parle de musique d'ascenseur, je trouve ça super marrant. Ce qui était un peu embêtant, c'était le côté qu'on croit que c'est de la musique de tout temps. Qu'on croit que c'est de la musique facile, de la musique facile à faire, etc. Or, la librairie musicale, ça remonte à très longtemps, puisque j'ai fait des remixes tout au début de ma carrière, donc il y a plus de 30 ans. J'ai fait des remixes de vinyles, de KPM, de trucs des années 60, qui étaient de la pure librairie de l'époque. Et je veux dire que ça jouait, et ça jouait bien, et ça composait terriblement bien. Et là, appeler ça de la musique d'ascenseur, dans le genre péjoratif, en disant que c'est de la musique facile, c'est pas du tout ça. orchestré, c'était extraordinaire.
- Speaker #1
Et est-ce que vous avez constaté des évolutions esthétiques depuis vos débuts ?
- Speaker #0
Déjà, dans le style musical, oui, ça a extrêmement évolué ces dernières années. On est passé des trucs assez pop, maintenant, tout ce qui est un peu dramedy, tout ce qui est un petit peu orchestré, etc. Je dois avouer que moi, pour mon plan personnel, j'ai loupé ce virage-là. C'est-à-dire que moi, j'étais un grand pilier, en toute modestie, de l'illustration jusqu'à une époque. Et d'un seul coup, je l'ai vu sur mes revenus, ça s'est mis à baisser. Je sais qu'à cette époque-là, sont apparus des trucs comme le dramedy, les trucs un peu orchestrés, les light-tension, tous ces machins. Et moi, je n'en avais pas du tout à mon catalogue. Et il a fallu que je me remette en cause. Quand sont apparus les trailers et ces choses-là, moi, je me suis dit, soit je continue à faire ce que je faisais avant. Pourquoi pas, je vais finir par passer pour un ringard et faire une musique qui finalement n'est plus au goût du jour, ne plaît plus aux illustrateurs. Soit je me mets à me former sur tout ce qui est orchestration. Au niveau illustration, c'est-à-dire à mon niveau, je n'ai pas appris à écrire pour orchestre, ce n'est pas ce que je veux dire. Mais par contre, je me suis intéressé vraiment au son d'orchestre, aux librairies de banques sonores, je parle. aux librairies de banques sonores, de violons, de cuivres, de cordes, etc. Chose que je ne m'intéressais pas du tout avant. Donc ça m'a permis de pouvoir rentrer dans le monde des trailers. Chose que je ne faisais pas. C'est un pari sur l'avenir, quand même.
- Speaker #1
Comment on se forme, justement ? Comme ça, en cours de carrière, c'est une sorte de formation permanente. Comment on fait ? Est-ce qu'il y a quelqu'un qui peut vous guider ? Ou il faut tout apprendre soi-même ?
- Speaker #0
Pour te dire, tout ce qui est un peu symphonique, etc. Dans ma tête, c'était réservé aux symphonistes. C'est un truc que je ne pourrais pas faire, je ne saurais pas faire, arranger des violons, des premiers pupitres, des deuxièmes pupitres, des contrebasses, les violas, etc. Je me suis toujours dit, moi ça je ne sais pas faire, c'est pas mon métier et je n'y arriverai jamais. Et quand sont apparus les trailers, je me suis vite rendu compte qu'en réalité la musique de trailer, c'est pas de la musique classique, c'est pas de la musique symphonique, c'est en réalité pour moi, quasiment c'est de la techno. faite avec des banques de sons de musique symphonique. Or la techno je sais faire. Donc j'ai juste eu à apprendre à me servir de ces banques de sons, à faire un peu de... on va dire des gimmicks, genre les montées de violon, les ta-ba-da-ba-da-ba-da, tous ces trucs-là. Maintenant tout ça je sais le faire, mais pour moi c'est pas de l'écriture d'orchestre, c'est du bidouillage. Mais ça, il a fallu que je me force pour apprendre ça. C'est-à-dire que c'était pas... au début c'était pas naturel pour moi, je ne savais pas comment faire ça. Et surtout je... ne pensait pas en être capable.
- Speaker #1
Tout ce matériel qui est dans votre studio et dont vous nous avez parlé, pour quelqu'un qui voudrait se lancer dans la composition, s'il veut acquérir tout ça, ça représente un coût considérable.
- Speaker #0
Alors ça, on tombe dans un sujet qui est très marrant, c'est que tout ça n'est absolument pas indispensable pour faire de la bonne musique. C'est-à-dire qu'on peut s'en sortir et faire des trucs très bien avec assez peu de matériel en réalité. Là, il y a à peu près 30 guitares dans le studio. Je n'ai pas besoin de 30 guitares, sauf que c'est une passion. Les batteries, maintenant, on arrive à faire des batteries virtuelles qui sont tout à fait exploitables, qui marcheront dans la plupart des cas. Pourquoi j'ai mis une batterie ? C'est parce que j'adore jouer de la batterie. C'est vrai que jouer vraiment l'instrument apporte un petit truc en plus, mais on peut tout à fait faire de la très bonne musique. Sans avoir tout ce matos.
- Speaker #1
Laurent Lombard, avant de vous laisser vous remettre au travail, sur les 120 et quelques albums que vous avez composés, quel est celui qui vous tient le plus à cœur ?
- Speaker #0
Alors il y a un album où j'étais assez fier de la production, du son, etc. C'est un album que j'avais fait qui s'appelait The Wall of Pop Sound, qui était un truc de... ça c'est vieux, mais j'étais censé reproduire The Wall of Sound de Phil Spector. Donc j'avais enregistré à la manière de Phil Spector, c'est-à-dire il y a 12 caisses claires, il y a 15 saxes qui jouent en même temps, un truc épouvantable à faire, mais très très intéressant. Je trouve que le résultat donne cet effet un peu massif dans le son, dont je suis content. Et en plus, musicalement, c'est un truc un peu 60's, pas remixé, mais vraiment qui sonne comme à l'époque. Donc voilà, c'est un album qui me plaît bien.