- Speaker #0
Vous écoutez La Perche, le podcast de la Maison Percher.
- Speaker #1
C'est pas la vie qui s'effondre, c'est la vie qui se reconstruit.
- Speaker #0
Nous sommes une asso fondée sur l'entraide entre de jeunes adultes vivant avec des troubles psy. Ici, on aborde des sujets parfois sensibles, sans détour ni tabou, et on vous invite à écouter le podcast à votre rythme. Si vous traversez un moment particulièrement difficile, ne restez pas seul. En cas d'urgence, appelez le 3114. Ça va, vous êtes ravis de l'eau ? Non, mais...
- Speaker #2
Voilà. C'est un bon carburant, l'eau. Ah ouais, l'eau. Là, c'est le premier podcast pour tout le monde. Tu as déjà fait un podcast ? C'est ton premier podcast ? C'est genre 6 ou 3 là, non ? 6 ou 4 ? 3 ! Oubliez vos projets professionnels. Oubliez votre désir d'avoir des enfants. Vous devez vivre avec cette maladie toute votre vie. C'est ce que la psychiatre de Maxime, le cofondateur de la maison Perchet, lui a annoncé un jour. Cette phrase l'a fait sombrer dans une profonde dépression. Aujourd'hui, il est père d'une petite fille et mène une vie professionnelle riche et engagée. Mais tout le monde n'a pas cette force de transformer une phrase condamnatrice en moteur.
- Speaker #0
Parfois expédié entre deux portes. parfois accompagnée de pronostics pessimistes, elle peut devenir un véritable traumatisme, qui vient s'ajouter à la souffrance du trouble elle-même. Pourtant, ce moment est aussi un moment clé. C'est souvent la première fois que quelqu'un met un mot clair sur des symptômes, jusque-là incompréhensibles. C'est aussi l'occasion de dire quelque chose d'essentiel. Tu n'es pas seul à vivre ça. Je suis Sylvain Pinault, réalisateur de podcast et père aidant à la Maison Perchée.
- Speaker #2
Je suis Anna Lévis-Soussant, psychologue et concernée par un trouble bipolaire, et je suis responsable de l'innovation et des programmes d'accompagnement qu'on développe à la Maison Perchée. Et je suis ravie de rejoindre le podcast de La Perche.
- Speaker #0
Nous allons parler de ce moment charnière, l'annonce du diagnostic. J'ai eu galère à dire « diagnostic » , mais c'est normal. C'est pas la première fois dans ce podcast. Que se passe-t-il dans la tête d'une personne quand on lui annonce un trouble psy ? Et comment transformer ce moment potentiellement traumatique en un point de départ du rétablissement ?
- Speaker #2
Le principe de cette nouvelle saison, c'est les regards croisés. Nous sommes convaincus que c'est en confrontant ces deux prismes qu'on peut vraiment comprendre ce qui se joue dans ces moments décisifs. Donc aujourd'hui, on a le plaisir de recevoir... Alexis et Marie qui sont engagés à la Maison Perchée et concernés par un trouble psychique, dont il et elle nous parleront, et aussi Mathilde, psychiatre à Fernand Vidal. Pour rappel, ces participants et participantes nous ont donné en amont des questions qu'ils aimeraient poser. Donc Mathilde, tu nous as donné des questions que tu aimerais poser aux personnes concernées et Alexis et Marie, vous nous avez donné des questions que vous aimeriez poser aux psychiatres. Et nous allons animer cet échange de questions. Pour commencer, peut-être que vous pouvez vous présenter, peut-être que Alexis, Marie, vous pouvez vous raconter un peu votre annonce diagnostique, comment ça s'est passé ?
- Speaker #1
Bonjour à tous, j'ai été diagnostiqué, si je ne me trompe pas, en 2016. J'étais en troisième année de prépa ingénieur, donc en cube. Et un jour, je me suis levé après une nuit blanche, j'ai pris mon scooter et je me suis effondré de chagrin sur la route. J'étais épuisé mentalement et je cherchais à avoir un soutien. Par hasard, j'ai contacté un psychiatre qui m'a dit qu'il était complet, un psychiatre de ville, et il se trouvait que c'était le meilleur ami de mon grand-oncle en médecine. Donc j'ai vu mon grand-oncle autour d'une bière, et il m'a envoyé finalement chez son meilleur pote psychiatre, et très vite, ils ont compris que j'étais en train de vivre ce qu'on appelle une bouffée de délirante aiguë. qui est en train de glisser vers un accès maniaque. J'espère vous raconter encore un peu plus ce jour-là. Je vais laisser quand même la parole à Marie.
- Speaker #3
Merci. Bonjour à tous. Je m'appelle Marie. Pour moi, il y a eu déjà un double diagnostic puisque je suis borderline et bipolaire. Je souffre d'un trouble de la personnalité borderline et d'un trouble bipolaire. Et du coup, moi, ça a été annoncé. Très tôt, le premier, j'avais 16 ans, le trouble borderline et le trouble épolaire à 18 ans.
- Speaker #2
Mais effectivement, je reviendrai un peu sur comment ça s'est passé parce que c'était assez inattendu. Et Mathilde, est-ce que tu peux nous présenter ce que c'est d'être psychiatre à Fernand Vidal et aussi nous raconter le concept d'un centre expert ?
- Speaker #4
Alors effectivement, moi, je suis psychiatre à Fernand Vidal. J'ai eu plusieurs activités au sein du département, j'ai été formée en tant qu'interne, j'ai pu participer à l'activité d'hospitalisation, j'ai également fait de l'hôpital de jour plutôt sur le versant addictologique et par la suite quand j'étais docteur junior, j'ai participé à l'activité du centre expert. Le centre expert qu'on a au sein de l'hôpital Fernand Vidal, c'est un centre expert qui est plutôt... spécialisée dans le trouble bipolaire et dans le cadre de la dépression résistante. C'est un centre qui permet d'accueillir et de réaliser des évaluations dans le cadre de personnes concernées qui se posent des questions en termes de diagnostic. Ce sont des demandes qui se font via une lettre d'adressage du psychiatre et à la demande du patient et ou ? du psychiatre. Et ensuite, la personne concernée va être reçue. Il y a une évaluation en général pluridisciplinaire, donc à la fois psychiatrique, psychologique et éventuellement neuropsychologique qui est réalisée. Il nous arrive aussi de rencontrer les proches pour pouvoir avoir des éléments et un regard aussi de proches. Et ça permet cette évaluation de... d'infirmer ou de confirmer un diagnostic de troubles bipolaires et ou de dépressions résistantes récurrentes. Et des suites de cette évaluation, on fait un retour à la personne concernée. L'idée, c'est de pouvoir apporter des réponses et potentiellement aussi des ajustements médicamenteux si nécessaire.
- Speaker #2
Alors, on va commencer la première partie, ça va être le moment de l'annonce en lui-même. Et la première question, ça va être une question posée du coup par Mathilde, ou en tout cas posée du point de vue du psychiatre aux personnes concernées. Est-ce que l'annonce du diagnostic a résonné en vous comme un soulagement ou comme un enfermement ? Ou comme autre chose, à vous de nous le dire.
- Speaker #1
Comme je vous ai dit, je me suis sorti d'une nuit blanche et je me suis un peu effondré sur la route de la... de la prépa, ce qui m'a en fait par chance très vite conduit chez le psychiatre, avec un petit coup du destin on va dire. Le diagnostic en fait, il a été posé à peu près comme ça. Je m'en souviens encore forcément en fait de sa marque. Le psychiatre m'a dit, bah écoutez vous êtes hyper sensible. Et il m'a tendu un bouquin, sur lequel il y avait marqué bipolaire. Un peu le bipolaire pour les nuls. Et moi, en fait, j'avais googlisé toute la nuit de cette insomnie, ma souffrance en tant qu'étudiant porteur de troubles dysfonctionnels. Donc j'étais tombé, en fait, dans le panneau un peu de tous ces gros sites qui parlent de la dyslexie, du HPI, HPE, toutes ces choses-là. Et en fait, ce que j'étais en train de vivre, je ne le savais pas encore, mais je prenais comme référence tout ce que je lisais, un peu comme le thème astral. Tout ça pour dire que, bon, hypersensible, ok. Il comprenait que j'étais venu pour diagnostiquer un haut potentiel ou quelque chose comme ça. Et en fait, il ne m'a pas dit le mot bipolaire, il m'a tendu un bouquin. Et pour l'anecdote, quand je suis rentré chez moi avec mon lot de médicaments qui concernaient donc une bipolarité, parce qu'il a diagnostiqué très vite ça, comme j'étais très très très excité avec une logorée très forte, en fait, j'ai mordu le bouquin. et genre j'étais ni dans un tout ne s'écroulait pas et je n'étais ni aussi soulagé parce que le mot bipolaire je ne l'avais jamais entendu ce qui je trouve est quelque chose d'assez surprenant et peut-être c'est un point à améliorer, c'est-à-dire d'expliquer un peu mieux à l'oral je pense plutôt qu'un bouquin c'est ça,
- Speaker #2
c'est qu'en fait tu ne l'as jamais entendu il y avait marqué bipolaire mais en fait il l'a jamais formulé de vive voix.
- Speaker #1
Moi j'avais pris mon stabilo et je faisais des dessins, j'étais encore très up, je suis bipolaire de type 1, donc je faisais des dessins dans le bouquin, je comprenais pas ce que c'était. Donc voilà peut-être la fragilité aussi du diagnostic vis-à-vis d'un... professionnel de santé qui a un psychiatre de ville en libéral. On n'est pas là pour comparer, mais je le rappelle que c'était un psychiatre de ville. Et ça a quand même son importance. J'ai posé une question vis-à-vis de ça, justement, pourquoi il a dit hypersensible et après le bouquin. J'aimerais interroger du coup notre psychiatre autour de la table.
- Speaker #3
Du coup moi c'était un petit peu différent. En fait mes symptômes sont arrivés très tôt, j'avais une dizaine d'années. J'ai été prise en charge vers mes 14 ans par une maison des adolescents. Donc j'avais un psychiatre sur place et deux ans plus tard j'ai été dans un soin-études. Et du coup il y avait une élance thérapeutique entre le psychiatre du soin-études et le psychiatre de la maison des adolescents. Et en fait, ce qui s'est passé, c'est que... de mes 12 ans à mes 17 ans, avec ma maman, on a lutté, mais alors vraiment lutté pour avoir un diagnostic. Et on n'a jamais eu de réponse pendant des années et des années. Et un jour, lors d'un rendez-vous avec mon psychiatre de la maison des adolescents, au détour d'une conversation, il me dit, vous avez un TPL. TPL. Pas d'autre mot. TPL. Bonne journée. Rentrez chez vous. On se revoit à la prochaine séance. Moi, je n'ai absolument pas compris qu'il s'agissait d'un diagnostic. Je ne savais même pas ce que c'était qu'un TPL, parce qu'il n'y a même pas eu d'explication. Voilà, c'était juste un TPL. Donc, en cours de philo, je me rappelle, j'ai été sur mon téléphone et j'ai tapé TPL. Et là, ça a été, pour le coup, un effondrement, parce que je venais de comprendre qu'on m'avait donné un diagnostic, déjà, que je ne connaissais pas du tout. Et du coup, grosse crise d'angoisse. J'étais en soins et études, donc j'ai pu être accueillie par des soignants sur place, qui m'ont... un peu plus expliquer ce que c'était et qui m'ont dit oui, on était au courant depuis un petit moment. Donc bon, pourquoi pas ? Et le deuxième diagnostic, là c'est encore un peu différent. Une fois que je suis sortie du soin-études, j'avais un psychiatre de ville qui connaissait bien le soin-études parce qu'elle l'exerçait là-bas pendant un moment. Et en fait, un jour, parce que j'étais à l'université, il a fallu faire un document pour avoir un tiers-temps. Donc un document dans lequel on demandait un tiers-temps pour troubles psy. que je n'ai pas voulu ouvrir sur le moment parce que je me suis dit voilà c'est un échange entre médecins et il n'y a pas de raison particulière. Et ma maman a lourdement insisté pour que j'ouvre ce document et dans ce document il y avait écrit bipolaire. Donc ma mère a fait un scandale auprès de ma psy de l'époque. C'est à ce moment là qu'on a demandé une évaluation au centre expert de la fondamentale à Fernand Vidal. Et là pour le coup j'ai été reçue sur un tout autre niveau d'expertise avec un peu comme tu le disais Mathilde. Tout un suivi autour de ce qu'on propose évidemment en termes de solutions médicamenteuses, mais aussi de suivi, parce que comme il y avait ce double trouble, il fallait aussi penser au trouble borderline. Donc voilà, c'est un peu différent d'Alexis, mais finalement pas si bien amené non plus. Donc voilà.
- Speaker #0
On se rend bien compte du parcours souvent très complexe. Là, c'est l'entrée dans le parcours de soins qui est souvent complexe et très longue.
- Speaker #2
Là, on parle d'annonce-diagnostic et tous les deux, on ne vous a pas vraiment annoncé. Enfin, il y a eu... Toi, on t'a donné un livre. Marie, toi, on t'a donné un acronyme. Trou de la personnalité limite. Trou de la personnalité limite, borderline. Donc en fait, à la... Question, vous l'avez vécu comme un enfermement ou une libération, quand on annonce comme ça, comment on le vit ? En termes d'émotion, qu'est-ce que ça a ?
- Speaker #3
Je pense que j'étais trop jeune pour comprendre de quoi on parlait. Aujourd'hui, je trouve ça scandaleux, mais à l'époque, c'était juste un soulagement de me dire « Ok, en fait, tout ça, c'est pas juste dans ma tête, il y a des gens qui passent aussi par ça, ça existe. » Il y avait ce truc de sortir du « je ne suis pas folle » , toute ma souffrance s'explique aussi. Mais aujourd'hui, avec 10 ans d'enculé... Effectivement, je trouve ça scandaleux et je me dis que tout le monde gagnerait à avoir une annonce de diagnostic beaucoup plus encadrée et beaucoup plus douce, autant pour les soignants que pour les concernés vraiment.
- Speaker #0
On va passer à une question des personnes concernées pour... Pour Mathilde, qui représente ici les psychiatres, non, tu ne représentes personne, tu viens parler en tant que psychiatre. Quand tu poses ce diag, est-ce que c'est important de nommer clairement la maladie au patient ? Et est-ce qu'on a le temps ? Et est-ce que c'est aussi utile d'en présenter certains aspects, parfois perçus comme positifs ? Je pense notamment à la créativité ou l'hypersensibilité. Comment ça se passe concrètement quand ça arrive de le faire ?
- Speaker #4
Alors, on n'est pas tous d'accord sur l'intérêt ou la nécessité de poser un diagnostic clair. Il y a certains psychiatres qui considèrent qu'il faut le voir de manière dimensionnelle et que le fait de poser clairement... un diagnostic n'est pas forcément favorable pour la suite de la prise en charge. Mon point de vue est assez différent. Je pense que poser un diagnostic, ça ouvre par la suite un champ des possibles. Et ça permet avant tout de mettre des mots sur une souffrance. Et ça permet aussi une sorte de légitimité, je pense, qui est ressentie par les personnes concernées. Et ce sentiment aussi de ne pas être seule. Donc pour moi, il y a un réel intérêt à faire cette annonce diagnostique. Je pense que c'est primordial de prendre le temps, évoquer ce qu'on entend par diagnostic, donc parler en détail du trouble, pouvoir évoquer les symptômes avec la personne. Moi, souvent, je prends le temps avec les personnes concernées pour savoir ce qui résonne. Parce que parfois, dans le cadre d'un trouble, il y a plusieurs symptômes. Il y a des gens qui s'identifient à certains symptômes, moins à d'autres. C'est vrai qu'on le fait de manière assez systématique, nous, en hospitalisation. Ça nous arrive aussi de récuser un diagnostic. Donc, il y a une double complexité. Est-ce qu'il y a aussi... Des personnes qui arrivent en hospitalisation avec un diagnostic qui est posé depuis plus ou moins longtemps. Et en fait, nous, notre regard est assez différent et on est amené à remettre en cause ce diagnostic-là. Je pense que ça peut être aussi complexe pour les personnes parce que c'est quand même, je pense, une certaine gymnastique mentale qui peut être assez difficile. Pareil, je pense que le ressenti du trouble, il est très personnel. Il y a des gens qui considèrent que c'est une partie intégrante de leur identité. Nicolas Demand, par exemple, il l'évoque, il dit que la bipolarité fait partie entière de lui, que ce trouble le définit. Je pense qu'il y a aussi certaines personnes qui ont besoin qu'on différencie ce qui est de l'ordre. Du fonctionnement, de la personnalité, donc ça peut être la créativité, ça peut être des traits de fonctionnement qui sont distincts d'un trouble. Et je pense que c'est important de mettre en valeur un fonctionnement et de différencier qu'est-ce qui est de l'ordre d'un trouble et qu'est-ce qui est de l'ordre de son fonctionnement personnel, qu'est-ce qui nous définit en tant que personnalité et qu'est-ce qui est de l'ordre du trouble. C'est ça qui fait la richesse aussi de l'explication.
- Speaker #2
Est-ce que les psychiatres se rendent compte du ressenti des personnes concernées quand on annonce un diagnostic ? J'imagine que dans le centre, j'espère oui, vu que vous avez essayé de sacraliser ce moment. Mais est-ce que de manière générale, les psychiatres se rendent compte que des histoires comme ça, ça peut marquer des parcours de rétablissement ?
- Speaker #4
Je pense qu'on se rend compte de ce que c'est une annonce parce qu'on a l'appréhension de... À quel point ça peut être sévère, à quel point ça peut avoir un impact en termes de fonctionnement. Après, je pense qu'il y a des fois, effectivement, c'est pas forcément la bonne temporalité. On peut être peut-être maladro aussi dans la façon de l'annoncer. Je pense qu'il y a toute sensibilité, qu'il y a des gens qui sont peut-être plus sensibles à certains termes, à certaines façons d'expliquer le trouble. Moi en général aussi ce que je fais c'est que j'essaye de proposer différentes médiations. Par exemple je propose d'ailleurs les fascicules de la maison de perché. Je les distribue assez facilement aux personnes concernées qui sont hospitalisées. Je leur demande, on évoque ce diagnostic ensemble. Je leur demande de lire aussi de la documentation et ensuite on en rediscute ensemble, c'est-à-dire pouvoir identifier qu'est-ce qui résonne en eux, qu'est-ce qui ne résonne pas en eux. Il y a d'autres personnes qui sont sensibles à d'autres médiations, parfois je passe via des BD parce que je trouve que c'est une médiation qui peut être très intéressante et peut-être un peu plus douce comme appréhension du trouble. Et parfois, ça peut être de l'ordre de podcasts, d'échanges. Je pense qu'il faut trouver la bonne recette pour que l'accompagnement de cette annonce diagnostique puisse être la plus apaisée possible.
- Speaker #2
On a parlé de l'annonce diagnostique, du moment même de l'annonce. C'est intéressant de se dire que l'annonce est annoncée à un moment T, mais après il y a tout un accompagnement thérapeutique et il y a tout le chemin qu'on fait avec ce diagnostic. Donc la question que la psychiatre, mais qui représente d'autres voies, pose aux personnes concernées, est-ce que vous vous êtes sentie accompagnée dans l'appropriation du diagnostic ? Et comment vous aurez aimé être accompagnée ?
- Speaker #1
Je pense que l'éducation thérapeutique doit être faite très vite après. Dans mon cas, la bipolarité de type 1, quand je fais des crises, elle dure... de 3 à 4 mois, donc il n'est pas en fait vraiment nécessaire d'aborder un diagnostic ou quoi que ce soit. Alors vis-à-vis de la première fois où on m'a dit que j'étais bipolaire, j'aurais dû avoir un accompagnement médical et un lit beaucoup plus longtemps. Ça a été compliqué vraiment de concevoir qu'il fallait vraiment que je reste longtemps hospitalisé. Ça n'a duré que deux semaines au final. et derrière ça en fait bah Il m'a manqué d'une éducation thérapeutique, c'est-à-dire comprendre les médicaments. En plus, j'étais un élève ingénieur, donc j'aimais bien les sciences, donc j'aurais pu vraiment tout à fait rentrer un peu dans des choses un peu techniques. Je pense que j'ai entendu trop tard parler du rétablissement. J'ai entendu parler du rétablissement bien après, grâce à la Maison Percher, en fait, où je découvrais, en fait, à la Maison Percher, des personnes qui ont été soignées ailleurs. et qui ont parfois eu un peu plus de chance ou moins de chance, voire là où j'ai eu de la chance ou non, confronter des personnes qui n'ont pas tous le même diagnostic, de mieux accepter. Parce que quand on parle de premier diag, il y a l'acceptation. Et on sait qu'il va être difficile d'intégrer l'acceptation du diagnostic. Mais d'un point de vue pragmatique, l'acceptation se fait aussi sur la posologie médicamenteuse. qui va physiquement nous ralentir. Donc c'est tout un tas de choses très diverses. Il y a beaucoup de facteurs en fait, beaucoup de piliers qu'il faut ajouter pour justement prétendre à même un rétablissement. Qui a maintenant 10 ans, ma prise en charge avait été vraiment de l'ordre de la prise en charge de sapeur-pompier, on va dire, pour éteindre le feu. Mais voilà, on découvre aussi les centres médicaux-psychologiques. Différentes choses, différents accompagnements qui ont des... qualité normes et des défauts et voilà c'est toujours la balance bénéfices risques dans la psychiatrie
- Speaker #3
Déjà ça prend du temps rien que l'acceptation ça prend du temps l'idée de se dire moi je sais que ça je n'ai pas repris tout à l'heure mais c'est vrai le fait en fait d'avoir des traitements et de passer du jour au lendemain de ben en fait moi je vis ma vie tranquillement et en fait bah non deux jours après j'ai 15 pilules à prendre tous les soirs à vie Ça déjà c'est aussi un autre sujet, enfin en tout cas moi c'est comme ça qu'on me l'a énoncé, même si j'entends aujourd'hui qu'il y a des discours différents, mais cette idée rien que des traitements médicamenteux, de se dire ok maintenant je rentre dans une dynamique où il y a des molécules qui vont agir sur le fonctionnement de mon corps, il y a eu tout un temps d'acceptation, ne serait-ce que des traitements, avant même je pense l'acceptation du trouble en tant que tel, mais qui rentre avec, et je rejoins aussi Alexis sur l'aspect éducation thérapeutique, moi je sais que j'en ai pas fait, c'est pas un regret parce que j'ai trouvé ma voie autrement. Mais je pense que c'est quelque chose de très intéressant et qui permet de, peut-être oui, de plus s'approprier le diagnostic. Après, c'est vrai que, encore une fois, je rejoins Alexis, je rejoins beaucoup Alexis aujourd'hui, sur la notion de pérédance, de rétablissement, et ça c'était, pareil, la Maison Percher, qui m'a permis d'entendre d'autres discours, d'autres chemins, et ça a été hyper important pour moi que je puisse en fait me dire, c'est hyper ok. d'avoir un trouble psy. Et tout à l'heure, il y avait la question autour des choses un peu plus positives autour d'un diagnostic et c'est vrai que moi, aujourd'hui, je vois ça vraiment comme... Ça peut être un peu compliqué pour certains à entendre, mais pour moi, c'est une chance aujourd'hui d'être bipolaire et borderline. Et je suis hyper fière de l'être, parce que ça amène des choses hyper positives dans ma vie. Il y a tous les côtés négatifs, évidemment. Mais après, je pense que ça appartient aussi à chacun de jauger et de se dire c'est mon équilibre, il y a des choses qui sont trop positives, trop négatives. Mais en tout cas, moi, aujourd'hui, je sais que je pense m'être approprié mon diagnostic complètement et l'avoir accepté à 200%. Mais ça prend du temps.
- Speaker #1
En fait, avec le temps, j'ai compris que la bipolarité était vraiment une maladie très forte qui agissait contre moi. J'ai vraiment l'impression d'avoir quelque chose en moi qui est vraiment de l'ordre de la maladie qui agit contre moi, comme une forme un peu de cancer, qui est donc un peu auto-immune, mais là c'est quand même une folie qui dort et qui va contre moi, qui m'empêche d'avoir mes projets. Donc moi, en fait, je fais très très gaffe à la maladie. C'est pas que je l'aime ou que je l'aime pas, mais je suis plus fier justement de l'hypersensibilité qui avait été diagnostiquée, mais sans rien derrière. C'est ça aussi le problème. C'est parce qu'en fait, derrière cette hypersensibilité, je ne sais même pas donner une définition correcte du mot.
- Speaker #0
On va passer à une question pour Mathilde. On parlait du traitement. Toi, quand tu prescris un traitement après un diag, est-ce que c'est important d'expliquer au patient le... La balance entre les bénéfices attendus et les risques possibles ?
- Speaker #4
Je pense que c'est un véritable enjeu de discuter des traitements médicamenteux parce qu'on sait que c'est une pierre centrale en termes de stabilité et moi je trouve indispensable de voir avec la personne concernée qui prend des traitements quelle est sa propre balance en termes de bénéfices et de risques. Sachant qu'on sait que globalement, tous les traitements psychiatriques ont des effets secondaires plus ou moins sévères, qui sont très personnes dépendantes. Il y en a certains qui sont plus sensibles aux effets secondaires que d'autres. On sait aussi que les effets secondaires sont prédominants à l'introduction du traitement. Ils ont tendance à diminuer, en tout cas à moindrir au fur et à mesure, le temps que le corps s'adapte à la molécule. il y a certains effets secondaires qui persiste, voire qui s'aggrave. Donc je pense que c'est important d'informer.
- Speaker #0
De se redire aussi qu'on a un objectif commun qui est la rémission et la stabilité. Donc l'enjeu, ça va être un enjeu médicamenteux. Parfois, il y a des gens qui ont besoin aussi d'un accompagnement renforcé, de type hôpital de jour. Je pense qu'à chacun de trouver sa formule. Et il y a aussi des moments de vie où on est plus fragile. Je pense que c'est un enjeu pour nous en tant que psychiatre, c'est-à-dire être vigilant par rapport à ça et pouvoir s'adapter. La prise en charge, pouvoir solliciter les structures pour pouvoir renforcer l'accompagnement. Décider et discuter d'une hospitalisation quand on pense que c'est nécessaire, pour moi c'est capital.
- Speaker #1
Mathilde, est-ce que tu penses que toi dans ton métier, il faut parfois te montrer plus persuasif ? vis-à-vis des effets secondaires très forts qu'il peut y avoir. Par exemple, je vais prendre mon cas à moi. Quand j'ai commencé les traitements, mon psychiatre de ville nous avait vraiment alertés sur le fait qu'il y avait potentiellement une prise de poids très rapide. Et pour la blague, il me disait « On peut même t'apprendre à aller chez McDonald's sans trop prendre de calories. » Et en fait, j'aurais aimé plus l'écouter et j'aurais aimé qu'il soit peut-être un peu plus persuasif vis-à-vis de peut-être une prise en charge par un truc. ou nutritionniste, et à quel point vous pouvez être persuasif ? Est-ce que vous avez le temps de l'être ?
- Speaker #0
Je pense que ce qui est compliqué, c'est de trouver un équilibre. C'est-à-dire d'être persuasif, certes, mais ne pas rentrer non plus dans une contrainte de soins. Parce que je pense que ça peut être difficile. Déjà, l'annonce d'un trouble psychiatrique chronique, c'est-à-dire un trouble avec lequel on va vivre... toute sa vie. Je pense que c'est déjà très lourd à vivre et je pense qu'il faut faire attention aussi à ne pas rentrer dans la sur-médicalisation. Ce qui est un peu compliqué aussi, c'est que les effets secondaires, ils sont très variables d'une personne à une autre. En général, c'est plutôt les antipsychotiques qui donnent le plus de prise de poids. Nous, on a des patients qu'on voit prendre pas du tout de poids, d'autres quelques kilos. Et il y en a, ça va être de l'ordre d'un vrai changement sur le plan corporel. Et ce n'est pas rien parce que ça impacte l'estime de soi, la vision de son corps. Ce qui est compliqué, c'est qu'on ne peut pas le prédire. Donc on va être vigilant tout en n'étant pas non plus contraignant et imposant dans le soin. Je pense que c'est ça la frontière.
- Speaker #1
C'est fou, c'est toujours l'équilibre. Toute la perte cognitive qu'il y a aussi, c'est... D'un coup, on était quelqu'un d'organisé, et d'un coup, on l'est plus du tout. C'est ça aussi qu'il va falloir... Je pense que sur ces choses-là, on peut être optimiste aussi. Après le diagnostic, on peut se reconstruire. Mais par contre, c'est sûr que pour certaines maladies, il va y avoir comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête. En plus, comme on dit ce mythe de celui qui monte la pierre. Mythe décisif. Tous les jours, un médicament et après on avance. C'est ça, c'est très dur à accepter. Ça m'a mis vraiment beaucoup de temps.
- Speaker #2
Et c'est vrai que, pour le coup, moi c'est à Fernand Vidal, où je trouve que j'ai eu beaucoup de chance, d'être accompagnée par quelqu'un qui a pris en compte qui j'étais. Complètement. Et du coup, dans un discours de dire, là par exemple, ce traitement-là, typique, a cet effet-là. Moi, c'est quelque chose que je ne pouvais pas accepter, pour x, y raisons. Et du coup, on l'a diminué, on l'a augmenté, on l'a adapté. Mais en fait, il y a vraiment eu cette écoute de, au-delà du patient, il y a l'humain. Au-delà de la pathologie, il y a l'humain. Et du coup, le fait de dire, ok, là, cette conséquence-là ne te va pas. Ce mode de vie, moi, je sais qu'on m'a dit, la bipolarité, pour que ce soit plus vivable, il faut se coucher à la même heure, manger à la même heure, ne pas aller dans tous les sens. Mais moi, ce n'est pas un mode de vie qui me va. Et la personne qui me suivait, enfin, qui me suit encore, a eu un discours tellement encourageant vis-à-vis de ça, que ça a été très important pour moi dans la prise en compte, encore une fois, et l'acceptation du diagnostic de, en fait, je ne suis pas obligée de régir ma vie autour du trouble. Parce que je trouvais ça terrifiant au début qu'on me dise, bah déjà, t'as ça, en plus t'as les traitements que tu vas prendre à vie, en plus ta vie doit se régir autour de ça. Et je trouve qu'il y a peut-être... pas mal de personnes, mais autant soignants que patients, qui gagneraient à ne pas oublier ça.
- Speaker #0
Et ce que je trouve très intéressant, c'est aussi de croiser les regards de personnes concernées. C'est-à-dire que parfois on peut avoir une appréhension personnelle et le fait d'en discuter aussi avec les autres, c'est aussi une manière d'échanger, de partager la vision du trouble, partager ses petits tips. Personnel et je trouve que c'est d'autant plus riche parce que parfois on a une appréhension qui peut être biaisée, parfois c'est amené à évoluer, à s'enrichir.
- Speaker #3
On repasse à une question pour Mathilde. Est-ce qu'il faudrait selon toi davantage impliquer les proches dans l'annonce du diagnostic ?
- Speaker #0
On a quand même l'habitude de... En tout cas, d'essayer de les inclure. Il y a certaines personnes qui sont plutôt favorables. Il y a d'autres personnes qui ont des dynamiques familiales, des dynamiques avec des proches qui font que l'échange peut être difficile. Mais on réalise des entretiens familiaux qui sont aussi une façon de croiser les regards, croiser les regards personnes concernées et proches. Je trouve ça intéressant parce que parfois... Quand on est dans une phase de décompensation, l'appréhension qu'on a de soi-même et des symptômes n'est pas forcément la même que celle d'un proche qui vit ça de manière indirecte. Ça permet aussi parfois à la personne concernée de se rendre compte, parce que parfois aussi quand on est en phase de décompensation, on ne se rappelle pas de tout. Sur le plan cognitif, il y a des choses qui s'impriment, d'autres pas du tout. Donc ça permet de gagner en richesse. Et je pense que même la personne concernée a gagné à discuter avec les proches. Et dans l'approche diagnostique aussi, parce que parfois le ressenti personnel est un peu différent du ressenti des proches. Et ça permet d'être plus fin. attendre la pause de diagnostic.
- Speaker #3
Est-ce que c'est quelque chose que tu fais régulièrement ? Est-ce que tu as le temps déjà ? On sait que tu nous parlais de ta nuit de garde hier. C'est compliqué, on sait que c'est compliqué, mais voilà, il y a ça. On aimerait bien avoir des prises en charge optimales et complètes, mais comment ça se passe concrètement ?
- Speaker #0
Ça dépend de la structure, ça dépend de la temporalité. C'est vrai qu'en garde, par exemple, parfois on n'a pas le temps de recevoir tous les proches. On essaie quand même systématiquement d'avoir un proche au téléphone, pouvoir faire un point avec les personnes qui ont accompagné la personne qui est actuellement aux urgences. Et parfois, cette temporalité, on l'apprend après. En fait, on l'apprend... Au courant de l'hospitalisation, où nous on essaye systématiquement en hospitalisation de réaliser ce qu'on appelle un entretien familial. Ça peut être des personnes de l'entourage familial, ça peut être des amis. Ça permet aussi parfois de solliciter et de rendre aussi plus actifs les proches. Et aussi de déculpabiliser. Je pense que ça c'est très important parce que ce qu'on voit et ce qu'on ressent aussi c'est que Merci. Parfois les proches se sentent très coupables, ne savent pas comment aider, on les sent très démunis. Et je pense que la sollicitation des proches et pouvoir identifier les personnes ressources, c'est aussi primordial dans la suite de la prise en charge.
- Speaker #4
Sur cette question des proches, vous... Est-ce qu'il y a eu une annonce de votre diagnostic avec vos proches ou comment vous, vous l'avez annoncé à vos proches ?
- Speaker #2
Moi du coup pour le TPL, ma maman était dans la salle, donc elle a entendu aussi mais n'a pas compris non plus. Pour le coup on était au même niveau d'information mais dans la même incompréhension. Et pour le trouble bipolaire, puisque c'est elle qui m'a invité fortement à ouvrir la lettre, je lui ai dit tout de suite. Mais pour le coup... Il n'y a pas du tout eu d'échange autour du diagnostic avec des soignants. Nous, on en parle très facilement et voilà, c'est devenu un peu un pilier autour de ma santé mentale et de plein d'autres choses, mais de ma santé mentale. Mais pour le coup, encore une fois, je reviens à Fernand Vidal. Là, pour le coup, on a des entretiens familiaux. tous les trois mois, où on discute des évolutions, de l'état sur ces derniers mois, et je trouve ça hyper important parce qu'en fait c'est mon quotidien, donc c'est important qu'en tout cas la personne dont je suis la plus proche ait un peu les ficelles pour gérer elle aussi de son côté, parce qu'on sait à quel point c'est dur d'être proche, donc c'est ce sentiment d'impuissance dont on parlait, mais c'est très important je trouve, et ça soude beaucoup, d'avoir ces échanges de manière... à la fois accompagnée et à la fois très transparente. Et pour le coup, en ce qui concerne les autres proches qui font partie de ma vie, que ce soit mes amis, mon copain, je pense que, puisque je suis fière de mon diagnostic, c'est hyper facile pour moi d'en parler, mais ça n'a pas toujours été le cas. Donc voilà, au début, ça a été un petit peu compliqué, mais maintenant, je sens que c'est hyper fluide et c'est d'autant plus facilitant pour mon quotidien à moi d'en parler avec mes proches. mais pour leur quotidien aussi. Donc finalement, c'est le bon chemin. Mais je conçois parfaitement que ce soit très compliqué de rentrer dans cette transparence vis-à-vis de soi-même pour les autres. T'as l'impression que c'est plus un fardeau qui a été plus léger quand il est porté à plusieurs. Complètement.
- Speaker #1
Quand j'ai fait vraiment mon virage maniaque... En 2016, sur le chemin de la prépa, je me suis effondré au pont Garigliano, je me souviens. Entre ce jour-là et le premier rendez-vous chez le psychiatre, il s'était écoulé quelques jours tout de même, dans lesquels j'ai pu rencontrer mon oncle, qui est médecin généraliste à Neuilly, qui a entendu mon discours, qui a essayé de jauger ce qui se passait. Il s'est écoulé un peu de temps avant le rendez-vous du psychiatre. J'avais décidé de partir de chez mes parents parce que là, ça explosait, c'était plus possible. On sait qu'avec le trouble bipolaire, il y a quand même une irritabilité. Il n'y a pas systématiquement de la violence, mais le ton monte comme l'humeur est très haute. J'avais dormi chez des amis et j'avais promis que j'allais aller chez le psychiatre. Donc en fait, dans la désorganisation du moment... Parce qu'il faut le rappeler, dans ces moments-là, on est très désorganisés, donc c'est aussi compliqué d'accéder au soin. Et donc du coup, je me suis perdu dans Paris, et au final, j'ai réussi à retrouver le psychiatre vers le pont de l'Alba. Et quand je suis arrivé, mes parents étaient là. Donc le psychiatre avait commencé à préparer le terrain, je pense, parce que son copain médecin généraliste, qui est mon oncle, avait dû lui dire que la logorée était trop haute et qu'il y avait vraiment très possiblement une bipolarité. type 1. Je ne sais plus exactement si c'est dans ce premier entretien qu'il m'a posé le diagnostic. Mais en tout cas, on est reparti avec une posologie. On est directement allé à la pharmacie prendre les médicaments. Et j'ai pu me reposer ce jour-là. Parce que, ben voilà, c'est comme Marie et tout le monde autour de la table connaît maintenant la bipolarité. Le cerveau est en train de se cramer à ce moment-là. Donc c'est très important de le refroidir tout de suite. Et on n'a pas forcément tous la chance d'avoir des proches, mais il est essentiel d'avoir au moins un tuteur, au moins quelqu'un qui peut partager ce fardeau, en fait.
- Speaker #0
Je pense que c'est important de rappeler que parfois, il y a une incertitude qui persiste, et que malgré parfois une évaluation qui est complète, nous, ça nous arrive de ne pas trancher, et parce que... des suites de l'évaluation, des suites de ce qu'a pu nous partager la personne, les proches. On n'a pas d'argument en ce qu'on considère suffisant pour, par exemple, évoquer le trouble bipolaire. Parfois, on parle d'indice de bipolarité. Donc, il faut aussi, et ça, je pense qu'en tant que personne concernée, ça peut être difficile de l'accepter ou de le concevoir, mais qu'on ne peut pas toujours statuer. sur un diagnostic, que parfois le trouble est à surveiller, que nous, c'est difficile de prédire l'évolution du trouble et de la difficulté et que parfois, effectivement, on ne peut pas trancher.
- Speaker #4
Du coup, c'est l'occasion de poser une question que Marie avait posée, parce qu'on parle d'errance diagnostique, donc quand le diagnostic met des années et des années à se poser. Mais qu'est-ce que vous pensez de l'idée, selon un diagnostic, ne devrait pas être posée avant 18 ans, même s'il y a beaucoup de symptômes présents depuis plusieurs années ?
- Speaker #0
Alors, ce qu'on dit, c'est que la personne, elle est en développement. L'adolescence, c'est charnière parce que les éléments de personnalité commencent à s'inscrire dans le fonctionnement. Il n'y a rien qui est gravé dans le marbre. On dit qu'on continue de se développer. Sur le plan cognitif, on se développe même jusqu'à 25 ans. Parfois, ça nous arrive d'évoquer le trouble bipolaire chez des adolescents. Et parfois, on se laisse un peu plus de temps. Et l'évolution, elle nous permet de statuer oui ou non bipolarité. Et parfois aussi, ce qui est difficile, c'est qu'il y a une intrication entre les différents troubles. C'est-à-dire qu'il y a des symptômes qui peuvent être présentés à la fois dans le trouble bipolaire. et dans le trouble borderline par exemple. Donc ça rend l'objectivation du trouble et la nomination d'un trouble précis parfois difficile.
- Speaker #4
Imaginons, on est en train de faire un gâteau et on cherche la recette de la meilleure annonce diagnostique. Qu'est-ce que vous mettriez comme ingrédient dedans ?
- Speaker #2
La maison perché. Je pense qu'il y a une partie, je l'ai dit au tout début, de douceur dans l'annonce. Je pense que c'est hyper important pour tout le monde parce qu'on sait que c'est des mots qui peuvent faire peur, que ce soit annoncé jeune ou pas d'ailleurs. Et à la fois de... Je ne sais pas si c'est de la fermeté, mais on pose quelque chose. Et ça c'est hyper important de ne pas laisser un espèce de flou, mais en tout cas une fois que le diagnostic est là et qu'il est posé, de le dire de manière douce peut-être mais ferme aussi, parce que c'est à la fois rassurant, c'est contenant. Donc voilà, je pense que moi je serais entre la douceur et la fermeté.
- Speaker #1
C'est un idéal, peut-être savoir en fait anticiper, parce qu'on en parle depuis tout à l'heure mais je me faudrais mettre le mot peut-être de l'histoire. de la personne quand il est dans le diagnostic. Moi, personnellement, c'était impossible, je pense, de savoir que j'avais cette fragilité-là. Et je ne suis pas dans un idéal, peut-être, dans la médecine de demain, savoir, grâce peut-être au gel ou j'en sais rien, qu'il y a cette fragilité génétique et qu'on puisse l'aborder beaucoup plus tôt avant que ça explose très très fort. C'est un... C'est une utopie, mais j'espère qu'un jour, ce gâteau qui n'existe pas, il sort.
- Speaker #3
C'est vrai que tu parlais un peu de neurosciences, du coup, de gènes, et tu n'en as pas trop parlé, mais tu disais qu'il y avait aussi des batteries de tests neuroscientifiques, parfois.
- Speaker #0
Nous, ce qu'on fait passer, c'est plutôt des questionnaires, à viser vraiment d'approche dimensionnelle, c'est-à-dire à la fois reprendre... Les symptômes, l'intensité des symptômes, mais c'est également voir l'impact parce qu'en fait, s'il y a la maladie, le trouble, mais il y a aussi l'impact que ça peut avoir, autant sur le plan personnel que sur le plan professionnel. Donc ça, ça peut aussi être évalué et on n'aura pas la même appréhension, on n'aura pas la même façon de guider en fonction de l'impact. il y a plus en plus de recherches aussi sur Essayer de trouver des marqueurs précurseurs via la génétique, via la biologie, pour pouvoir mettre en évidence les personnes qui pourraient développer un trouble de l'humeur ou un autre trouble psychiatrique, ça on est encore de l'ordre de la recherche. Mais nous on aimerait pouvoir dépister avant effectivement une décompensation aiguë, intense, qui peut avoir un... des conséquences sévères, graves pour la personne.
- Speaker #3
Moi, je pensais à un aspect un peu de réduction des risques. On parle plutôt de ça dans le cadre de l'addiction et de la consommation de substances. Mais ça peut s'appliquer parce que finalement, quand on a un trouble, on consomme des substances, que ce soit des médicaments. Dicament psychotrope, il y a quand même marqué sur les tablettes en rouge ne pas conduire et tout. C'est pas un médicament anodin quoi, sauf qu'on ne te l'explique pas trop. Donc voilà, tout ça aussi, la psychoéducation médicamenteuse, peut-être là tu l'associes avec de l'alcool, c'est grave mais c'est pas très grave. Par contre avec telle ou telle drogue là c'est vraiment le cocktail explosif. Moi on me l'a pas dit vraiment correctement. dans ce que t'es... Diag, un peu idéal, de croiser les approches et du coup de s'inspirer d'approches comme ça de réduction des risques, d'empouvoirment du patient, des personnes concernées et de leur donner aussi toutes les clés de compréhension. Avant de les lâcher dans la nature et souvent de retomber dans les mêmes travers, parce qu'évidemment on est fait de contradictions, donc quand on nous dit de ne pas faire quelque chose, souvent on le fait. Mais donner toutes les infos, je trouve.
- Speaker #0
Ce qu'on essaie de faire, nous, c'est dans le contexte de fin d'hospitalisation, c'est un guide personnalisé de soins, c'est-à-dire... pouvoir établir... Ça a changé, oui. Ça a changé. C'est un vrai modèle. Vraiment.
- Speaker #4
Je le présente comme l'idéal.
- Speaker #0
Non, en tout cas, je trouve que le guide personnalisé, il peut être intéressant parce qu'il apporte du cadre. C'est-à-dire pouvoir identifier quels symptômes on présente, quels sont les signes précurseurs aussi d'une crise. C'est aussi pouvoir mettre sur papier Merci. Quelle personne ressource je peux appeler quand je me sens pas bien ? Quelle structure je peux solliciter ? Donc ça, je trouve que c'est une richesse de l'avoir quelque part sur papier, savoir qu'on peut aller s'y référer dès qu'on sent que ça va moins bien.
- Speaker #3
Ce serait le pendant des guides...
- Speaker #0
Directive anticipée en psychiatrie, ça prévient pour l'avant, et là c'est plutôt comment on pense l'après.
- Speaker #3
Je voulais rebondir sur la RDR,
- Speaker #1
donc réduction des risques. Vraiment, au tout début de la Maison Perchet, avec la page Facebook, il y avait vraiment un rêve de tous les fantastiques qui étaient là au début. C'était justement de faire de la réduction des risques dans les collèges et les lycées. Et je le vois bien comme un beau gâteau de mettre nos brochures dans les collèges et les lycées, voir qu'un jeune présente des fragilités qui pourraient... le faire décompenser plus tard, je pense que c'est encore très utopique. Mais déjà, quand ces camarades, eux, lisent ce que c'est qu'une décompensation, connaissent un peu les programmes, les symptômes, ça peut sauver quelqu'un, en fait, après. Et ouvrir, par exemple, le PSSM aux plus jeunes, les premiers secours en santé mentale, je pense qu'en fait, la clé, elle vient aussi de ce qu'il y a de très fort, la danse et les aidants. C'est-à-dire que moi, mes amis, quand j'avais fugué de chez moi, Il ne comprenait rien à ce qui m'arrivait. C'est que celui qui était calme, d'un coup, a eu un débit de parole hallucinant, a dit des choses délirantes. Mais qu'est-ce que j'ai ? Qu'est-ce qu'il a ? Les parents ne comprennent pas. Donc il faut, je pense, continuer de faire des films là-dessus.
- Speaker #4
Ça prévente un grand volet.
- Speaker #1
Un film maison perché, je ne sais pas. On réalise quelque chose. La culture. La culture, en fait.
- Speaker #3
On fait un podcast, déjà, c'est bien.
- Speaker #1
Oui. Et faire des podcasts, voilà.
- Speaker #4
Pour rajouter un petit ingrédient aussi dans l'annonce diagnostique elle-même, je trouve que ça a été beaucoup dit, et j'ai l'impression que ça se fait beaucoup à Fernand Vidal, mais c'est vraiment la relation, en fait. Que ce ne soit pas juste on t'envoie une lettre ou on te donne un livre et tu dois essayer de lire entre les lignes, mais que l'objectif, c'est vraiment de pouvoir avoir une relation de confiance avec quelqu'un et qu'au-delà du diagnostic posé, tu puisses poser tes questions et que... Enfin voilà, le partenariat, la relation de confiance avec ton soignant, c'est vraiment une base pour moi pour qu'il y ait une bonne appropriation du diagnostic.
- Speaker #3
Un petit message d'espoir pour les auditeuristes, notamment qui viendraient de recevoir un diagnostic.
- Speaker #1
Tu vas être aussi surpris de tout ce que tu vas pouvoir lire sur cette maladie. Et je t'invite vivement à regarder juste nos brochures. C'est quelques pages qui vont te montrer que derrière ce mot se cache une énorme forêt très riche avec parfois aussi l'opportunité de découvrir toi-même et grâce à des ateliers thérapeutiques aussi. Donc voilà, c'est pas la vie qui s'effondre, c'est la vie qui se reconstruit.
- Speaker #2
C'est la vie qui commence, je suis assez d'accord sur le fait qu'il y a toute une forêt derrière tout ça et c'est une grande histoire qui commence mais c'est une belle histoire avec plein de péripéties mais qui vaut la peine mais il faut pas, voilà je pense qu'il faut difficilement prendre du recul avec ce diagnostic si tu viens de le recevoir mais pense à la grande forêt derrière le petit arbre d'un mot
- Speaker #0
Il est possible de se faire suivre avec un certain apaisement et qu'à chacun de trouver sa propre recette de gâteau. Et que parfois ça prend du temps, on essaye des recettes, on n'est pas très convaincu par ce gâteau. Et en fait, parfois il y a des choses qui s'imposent comme... comme une évidence. Donc à chacun de trouver les ingrédients et notamment les soignants qui peuvent vous aider. Merci beaucoup.
- Speaker #3
Anna, un petit message d'espoir ?
- Speaker #0
En effet,
- Speaker #4
je pense que l'annonce du diagnostic, ça peut être soulageant dans le sens où tout ce que tu as pu vivre, en fait la souffrance, elle a déjà été là, tu l'as déjà vécue et c'est suite à toute cette souffrance qu'on a pu mettre un mot. Donc maintenant, j'ai l'impression que presque le meilleur est à venir parce que tu vas pouvoir redevenir acteur, actrice et tu vas pouvoir reprendre le déçu sur tout ce que tu as subi et le transformer. Transformer, c'est être boue en or. Voilà, c'est notamment ça.
- Speaker #3
Transformer, c'est être boue en or. Depuis que je suis là et que je fais ce podcast, je rencontre des gens passionnants. et très brillant, qui dégage vraiment beaucoup de lumière, donc voilà, c'est beau quoi !
- Speaker #1
Merci tout le monde, bravo ! C'est le fin de ton mag !
- Speaker #4
C'est physique quand même !
- Speaker #1
Je pensais pas que je vais être claqué comme ça ! Je vais au théâtre, je sais pas si je vais y aller, je suis fatigué là ! Est-ce que je peux juste, genre, je suis chaud de vous aider à ranger, je peux juste vous mettre une petite claque ? Ouais ouais, tout pareil,
- Speaker #4
je suis heureux avec toi !
- Speaker #1
Je peux débarrasser vos verres ? Ouais ouais, tout pareil, je suis heureux avec toi !
- Speaker #3
Quels sont les trucs importants qu'on n'a pas dit ?
- Speaker #4
Un ingrédient central qu'on doit mettre dans le gâteau, c'est peut-être rajouter un père aidant pour aider à l'annonce du diagnostic, qui pourrait être en binôme avec le médecin et aider justement à la déstigmatisation. tu reçois ton diagnostic. Imaginons, par exemple, dans la schizophrénie, il y a encore beaucoup d'imaginaire très négatif. Tu vois une personne qui vit avec une schizophrénie qui t'annonce ça et du coup, il peut y avoir une identification plus positive et tu vois d'emblée un autre modèle et le réel en fait et pas tout l'imaginaire parce que j'imagine que quand tu reçois un diagnostic comme ça tu as un imaginaire énorme qui s'accompagne avec et de pouvoir avoir quelqu'un de réel qui te dit non mais t'inquiète en fait tu peux avoir la vie que tu veux une vie épanouie et regarde moi j'ai pu faire tout ça et toi aussi c'est quand même assez rassurant d'avoir ce réel quoi
- Speaker #3
T'avais en tout cas... J'ai mis un fond de colis ici !
- Speaker #0
J'avais pas parlé du savoir expérientiel et du fait que moi j'avais énormément appris en tant que psychiatre de ces moments d'échange. C'est aussi une richesse en tant que soignant parce que ça nous permet aussi de reparler de symptômes ou de tips à d'autres patients. Des choses qu'on a trouvées... aidantes ou qui semblaient résonner chez l'un et qui pourraient résonner chez l'autre. Donc le savoir expérientiel, il est bilatéral.
- Speaker #3
Je vais finir de ranger cette phrase. C'était La Perche, un podcast produit par La Maison Perchée, réalisé par Sylvain Pinault. La Maison Percher vous attend en ligne sur maisonpercher.org et sur Insta. Également à Paris, dans notre café et sa galerie d'art singulier, ouverts à toutes et à tous. Vous aimez la perche ? Soutenez-nous avec des étoiles ou en commentaire. Et abonnez-vous pour ne pas manquer les prochains épisodes. N'hésitez pas à nous donner vos impressions et à partager ce podcast autour de vous. Parler de santé mentale, ça change des vies.