Speaker #0La nudité de l'éthique L'éthique, en vérité, est nue. Elle est ce point de réel d'où savoir que l'existence humaine est sans alpha ni omega. Comme tout ce que produit l'intellect de notre semi-animalité, une morale, quelle qu'elle soit, n'admet pas de fondement réel. C'est pour une raison à la fois simple et éternelle. L'abîme est au fondement ce que l'être est allaitant. Notre éthique, au contraire des morales des éthiciens, trouvera heureusement dans l'abîme sa fulgure. Seul celui ou celle qui a au préalable, à sa manière, dans son existence concrète, comment sa pensée lucide, traversé le nihilisme de l'être, aura le bonheur d'apercevoir ce qu'une telle éthique possède à la fois de fascinant et d'effrayant. L'éthique n'est pas belle, elle est sublime. Car oui, l'éthique porte en elle, comme sa possibilité la plus propre, quelque chose de surhumain. Mais quel sens peut bien avoir aujourd'hui une éthique ? Quel sens, s'il n'y a pour nous, pour notre regard de contemporain, asserré et libre, ni transcendance d'aucune sorte, ni donc de sens du sens ? Un tel sens absolu serait en apparence salvateur pour les hommes, mais s'évapore bien vite. réellement et demeure à jamais imaginaire. Une faiblesse, une patente paresse de la pensée est de croire qu'une éthique puisse exister ex cathédra, en elle-même, et que son architecture puisse se passer de tout rapport à une pensée de l'être. Ainsi font ceux que nous appelons les éthiciens. Au contraire, c'est toujours l'anticité, les structures et leurs déterminations qui déterminent l'existentiel puis le social, dans la véridicité. L'existentiel déploie des racines jusqu'au ciel, un monde. Mais les temps, d'abord, déterminent et enveloppent la possibilité de l'existentiel. Ainsi, nous sommes inclus dans l'espace jusqu'à la limite de l'univers dit observable, ou bien corps et âme dans la substance spinoziste. Et Spinoza, dans son contexte, a parfaitement redressé Descartes en posant la substance avant ce mode que nous appelons sujet. L'éthique est l'imaginaire humain, le principe d'une déconstruction. Voici donc ce qu'il faut dire. L'en-soi précède tout sujet, et tout effet conscientiel de ce dernier, toute liberté morale, est postérieur à la présence brute et absurde qu'il est. Si tout ce qui est matériel n'est pas existentiel, tout ce qui est existentiel est matériel. Un effet de liberté surpasse bien en un sens tout à fait particulier, l'en-soi. Mais cela sans qu'il y soit question d'une grâce autre que la liberté. Une liberté du reste centrée de toutes parts par les déterminismes et qui ne trouve son expression que dans la capacité d'un sujet à maîtriser en sa faveur l'infinité du langage afin d'y dégager une volonté. La liberté n'est presque rien dans l'univers. Il en va d'elle comme d'une respiration ou d'un silence musical entre les mots qui nous charrient. là apparaissent cependant ce que je suis ce que je veux être le sujet comment pourrions-nous savoir ce qu'il faut être et faire sans savoir ce qu'est l'être l'éthique est une dépendance du château à la fois infinie et vide de l'ontologie briser ce rapport logique affirmer plus encore une primauté de l'éthique sur l'ontologie comme le fit voilà qui est purement imaginaire le bien et le mal sont en toute véridicité des illusions et n'y a ni bien ni mal du point de vue de l'être seulement du point de vue de l'homme qui spiritualise simplement le plaisir et la souffrance leurs origines alors tout devoir-être est à son tour spectral un tel devoir-être est en effet une capture de l'être illusoire comme toutes les captures de cet ordre mais sans laquelle il n'y aurait pas de monde humain. D'emblée, toute éthique se révèle imaginaire. L'imaginaire est ce par quoi un monde fait sens et protège par là l'homme de l'être insensé. Là où la phénoménologie pense un monde-être, il faut penser, en dernière instance, une déliaison. Notre monde ne veut rien entendre de l'avacuité, de l'inhumanité de l'être, partout présente. L'étant véridique, L'immonde est hors monde. Le monde est bien plutôt la manière humaine de nier ce nihilisme de l'être et de s'en protéger. Celui que voit parfaitement Heidegger en 1929 en composant Qu'est-ce que la métaphysique ? Mais pour nous, matérialistes venant après la phénoménologie, les temps possèdent l'homme et jusqu'à la possibilité du monde de ce dernier. Tout monde a une structure à la fois interne et externe. Cette structure, c'est la matière elle-même. L'être est le devoir-être, capture de l'être. Ce n'est que sous-secondairement que le devoir-être interdit. Le devoir-être est d'abord une capture de l'être, être en lui-même sans devoir-être. Le devoir-être est d'abord ce bouchon qui, de l'être, oblitaire son inanité essentielle, son amoralité sidérale, son absence de toute préoccupation pour l'humain. Un devoir-être, en effet, filtre l'être en distinguant ce qui doit être et ce qui ne doit pas être. Jouons ainsi, ils donnent du sens à ce qui doit être en rejetant d'un même geste ce qui ne doit pas être. Bien entendu, ce n'est que simulacre figé dans la dualité du bien et du mal, mais cela suffit à faire croire en un sens. Une éthique d'ordre classique présuppose nécessairement une finalité articulée à ce devoir-être. Le devoir-être déploie le monde de l'axiologie comme la géométrie déploie un monde spatial, à moins que ce ne soit la position du bien et du mal qui déploie le devoir-être. Qu'importe la généalogie, dans tous les cas, le bien et le mal sont distribués, distingués en l'homme, se projettent dans l'éthique, pour autant qu'il est alors à faire face à un devoir-être. Il doit articuler sa liberté, minuscule et signifiante, au bien. Renoncer au mal, c'est-à-dire se projeter vers une fin, un but, se révèle ici le principe des éthiques prescriptives, les éthiques morales, indépendamment de la diversité et de leurs prescriptions précises. Répétons, il n'est pas difficile de déconstruire de telles éthiques, il suffit de montrer qu'elles sont des constructions purement humaines, qui n'ont rien d'ontologique en elles-mêmes. L'être n'est pas le devoir-être, l'être est sans devoir-être. il est bien plutôt un peu... pouvoir-être. Le monde du devoir-être présuppose la finalité. Dans un monde sans finalité, aucune notion de devoir-être n'a de sens. Or, la finalité est une projection, un projet plus ou moins conscient de l'existant. En dernier lieu, le monde du devoir-être présuppose le monde de la finalité dont la condition de possibilité à son tour est la capacité de l'existant à se projeter. donc sa capacité à donner du sens à la temporalité en particulier à l'avenir on pourrait aussi bien le dire longuement à la manière de heidegger dans sein und zeit là où nous prenons les mots en rafale en tout cas monde finalité avenir bien et mal en conséquence sont liés la finalité le fait humain primordial l'homme ne cesse de déployer des fins de toutes sortes Sa vie mentale est essentiellement dirigée vers ses fins. De telles fins peuvent résider dans le monde le plus quotidien, le plus inessentiel qui soit. Traverser une rue suppose déjà la finalité. Penser quelque chose de l'être est la finalité primordiale de toute pensée, son transcendantal ultime. Sans intention visant le sens, il n'y a point de pensée. Tout commence donc par la capture de l'être. Mais penser quelque chose de l'être, c'est radicalement... pensée, l'onticité, rien d'autre. C'est donc rater systématiquement l'être à partir d'une sorte d'axiomatique philosophique, d'une interprétation de l'être. Même la volonté de puissance Nietzschéenne, même la substance pinosiste sont de cet ordre. Aussi bien, c'est l'homme qui parle, poussé par cette volonté de viser le sens, la vérité de l'être. L'être, lui, se tait. L'être n'a jamais exigé sa métaphysique. Son éthique, l'être, vient avant toute idée de l'être. Une idée de l'être est plutôt le signe d'une puissance humaine de pensée, certes, mais aussi bien cette dernière d'être une production dans l'être. Bien trop tard pour en être le spéculaire absolu ou parfait, aucune pensée ne peut capturer l'être en tant que telle, mais toute vise une telle capture. Il est de l'ordre de la pensée Merci. de croire en elle-même comme en une vérité de l'être, alors qu'elle n'en est qu'une manifestation ontique. Toute pensée a ainsi sa part de fiction, de se déployer dans l'immanence, mais de se supposer transcendante, contemplation ontologique plutôt que production ontique. La seule éthique qui soit. La seule éthique dont on peut dire qu'elle est véridique est donc celle qui perçoit et saisit le nihilisme de l'être, d'abord, et qui ensuite affronte et dépasse, en un sens que notre époque ne voit pas, ce nihilisme. Mais que signifie ici ce mot dont les philosophes au demeurant sont friands lorsqu'il s'agit de comparer des pensées dépassées ? La seule éthique qui vaille la peine dans le temps contingent, l'homme s'y livre, est celle qui est véridique. Althusser prescrivait au matérialisme la fonction de ne pas se raconter des histoires. C'est bien ce que nous faisons. Mais aussi bien, comment tirer quoi que ce soit de l'être si ce dernier nous reconduit à l'abîme ? au néant et à cette négativité inscrite jusque dans la chair humaine, bref, à la vie, à ce qu'on appelle la condition humaine, l'éthique d'un pouvoir-être. Il n'y a pas d'injonction de l'être. L'être n'est point un devoir-être. Qu'une éthique suppose un instant un seul, que l'être est devoir-être, et elle devient fantasmatique. Rien, en vérité, ne nous dit ce qui doit être dans l'être. La différence... ontico-ontologique qui configure l'homme, plus que ce dernier le déploie, s'achève dans le silence de l'être distingué de l'étant. Il n'y a, d'une part, que des déterminations. D'autre part, cette surface a sensé que de telles déterminations peuplent. Ni l'étant, ni l'être distingué de l'étant, ne pourvoit l'homme d'un quelconque devoir être. Plus encore, ce qui règne c'est l'inhumain silence d'un laissé-être ici ou là on tue on torture on guerroie l'histoire nous enseigne l'insupportable constat d'une vie humaine qui ne compte pour rien et que l'on peut joyeusement démembrer que tout cela tant de charniers tant de vies maltraitées est rendu à l'inanité minérale soit simple travail du négatif comme le weigel voilà dont la hauteur de vue introduit dans l'être une finalité purement fonctionnelle. La véridicité est plus simple et plus crue. L'être s'indiffère absolument de l'humain. Il ne s'agit pas d'un enfer enduré par l'homme et d'un être essentiellement mauvais qui poursuivrait ce dernier de sa folie. Il s'agit plus fondamentalement d'une indifférence à l'humain que ce dernier peine à admettre, comme en témoignent tant de pensées philosophiques. L'être, elle laissait être. et un tel laisser-être configure et défigure l'homme en toute innocence de ce laisser-être on ne peut rien dire qui soit comparable à un sentiment humain le laisser-être n'est pas un don fait à l'homme ou même à l'univers au monde il est la mécanique paradoxale de la détermination ontique et de l'indétermination ontologique la manière dont cette dernière déploie la première en ayant d'ores et déjà et à jamais fixé sa limite Toute détermination n'est qu'une détermination parmi d'autres, qui ne s'égalera donc jamais à ce qui en rend possible la réalité, l'existence, cet être indéterminé qui règne étrangement sur elle. Peu importe dès lors que vous massacriez au nom d'un crucifix ou que vous soyez engagé sincèrement dans la fiction de la prière religieuse, pour l'être, tout est égal. Qu'on ne s'attende donc pas à déduire ou induire de l'être une quelconque éthique. Au contraire, l'être, ou disons la nature, semble s'indifférer de tout rapport au devoir-être. Bien entendu, Spinoza est dans la métaphysique un grand penseur de cette indifférence. Deleuze écrit fort justement ceci, « Si le mal n'est rien, selon Spinoza, ce n'est pas parce que le seul bien est et fait être, mais au contraire parce que le bien n'est pas plus que le mal, et que l'être est par-delà le bien et le mal. » Deleuze Spinoza. C'est au-delà du bien et du mal qui seul nous fait saisir ce qu'est l'être. Voilà le seul point de vue authentique que peut adopter un philosophe matérialiste vraiment conséquent. Il suit de cela que le devoir-être, tout au plus, est une chose fort humaine, strictement humaine, thèse ô combien gênante. Dès qu'on aperçoit une déliaison entre le champ des affaires humaines et celui de l'être, Nous pouvons être assurés qu'un... tour de passe-passe est en train de se faire. L'homme se croit alors empire dans un empire. Il s'érige en exception, prétend à une humanité qui serait au-delà du champ de l'être. Mais heureusement, dira-t-on, mais l'homme, dira-t-on, n'est homme qu'à se dresser et à se maintenir au-delà de l'être. Dès ce point-là, un anthropomorphisme cru, Spinoza en tout cas, résiste à une telle tentation. Si on admet dès lors, pour l'éthique, un unique fondement anthropologique, Alors, nous sommes bel et bien dans la nécessité de comprendre ce saut de l'être à l'homme. Humanité, dit-on. Et on argumentera, et on dira que le propre de l'homme est de s'extraire de la nature, que c'est là sa grandeur ou sa dignité. Pourtant, il n'est pas d'au-delà de l'être étant. Des choses vaporeuses comme la grandeur ou la dignité de l'homme sont à comprendre à partir du laisser-être. pour l'homme, ce qu'il fait rarement en somme, de se décider qu'il ne se tiendra pas dans la rapacité et la perversité. Se dire que c'est là une possibilité. Car si l'être est sans devoir être, s'il est un laissé être d'indifférence, se laisser être à son tour ne peut être saisi qu'à partir d'un pouvoir être. L'être est pouvoir être. Rien ne peut se présenter qui ne soit initié à partir de ce pouvoir être. Un tel pouvoir-être, s'il ne faut certes pas l'entendre comme activité d'une puissance intelligente ou volontaire qui tend à réaliser quelque chose ou elle-même. Dès qu'on introduit dans la téléologie que la téléologie dans ce pouvoir-être, on mécomprend ce qui est si totalement qu'on inverse sa nature. Il n'est pas lié à une finalité, puisque le dernier mot de l'étant est l'être même, vide et insaisissable. Tout au contraire, il est l'absence de tout. toute finalité, le déploiement de tout ce qui peut être par-delà le bien et le mal. Dans un tel pouvoir-être, rien ne saurait se donner dans l'être car rien n'adviendrait à sa présence. Ce pouvoir-être est le jeu de l'être même, ouvrant à l'étentité depuis son origine et son horizon d'indétermination. Détermination et indétermination vont de pair. C'est pourquoi on peut nommer ce pouvoir-être le temps. Il y aurait beaucoup à penser ici entre Deleuze et Badiou. Deleuze reconnaît absolument ce pouvoir-être et le nomme « virtuel » . Badiou le nie, mais il ne peut le nier que parce qu'il opère sur un plan abstrait, celui des mathématiques et non de la physique. Aussi, l'être étant ne contient d'autre signification finale que celle-ci, donner à être tout ce qui peut être. Ce pouvoir n'est pas un absolu. mais au contraire la constante relativité de tout ce qui est, un temps, avant de disparaître ou de se métamorphoser. Le laisser-être du pouvoir-être est conditionné à des déterminations qui sont celles de notre monde. Dans ce monde, tout n'est pas possible. Ce qui est possible reste scellé à la singularité universelle de ce monde, d'une part. D'autre part, tout ce qui est possible ne se réalise pas. Le possible est à la fois la condition d'existence de ce qui est, et une sorte de reste ou même de déchet. Ce qui n'a pas pu être, c'est advenu à l'anticité. De tels restes, devant les temps, forment cependant une aura extraordinaire, quasi infinie de possibilités non effectuelles. Ce qui aurait pu être, à chaque instant de l'univers, accompagne ce qui est, comme en un moindre être, quoi. un non-être, dans lequel la pure effectivité n'aurait su se donner, se dessiner. L'étant là, l'affectivité, l'avoir lieu, est cernée de toutes parts, par les moindres possibles qui ne se sont pas réalisées. Voici une image. Une partie d'échec en son effectivité est inséparable des variantes innombrables qui ne se sont pas réalisées et qui forment autour de cette effectivité le possible du jeu et de cette partie-là. Encore les joueurs ont-ils un but, une fin, gagné, qui vient, plus ou moins habilement, réguler leur choix de rendre effective telle ou telle position et de rejeter dans le néant telle autre variante ? L'être, lui, n'a rien à gagner ou à perdre. Il est sans fin, sans vérité. Dès lors, se donne aux infinis comme ce jeu indifférent à ce qui s'effectue et ne s'effectue pas. L'être est sans devoir être, mais il est pouvoir être. Son laissé-être requiert ce pouvoir-être. Un tel pouvoir-être est son dernier mot. Ce que nous enseigne l'être, son seul enseignement, est cela même. Pas pour lui est celui de l'explosion des possibles et de l'élection des effectivités, et cela par-delà le bien et le mal, l'humain ou l'inhumain. Dès lors, on appellera éthique une existence humaine qui saisit l'être pour ce qu'il est. L'homme est appelé aux infinis, aux possibles. Il ne s'agit pas de transcender l'être dans un devoir-être qui ferait notre dignité, mais d'abord d'habiter l'immanence de ces possibles. Il ne s'agit pas de dépasser l'être, expérience impossible, mais de s'y égaler. Générique