- Générique
La Sainte Famille, le podcast pour grandir ensemble. La Sainte Famille, c'est des conversations enregistrées en une prise, sans montage ni retouches, des partages inspirés et inspirants pour grandir ensemble.
- Estelle
Bonjour la Sainte Famille !
- Claire
Bonjour Estelle !
- Estelle
Bonjour Claire !
- Claire
Alors, quelle est la température familiale chez vous ce matin ?
- Estelle
Et toi Claire ?
- Claire
Écoute, chez moi c'est assez joyeux ce matin, il y a eu de la bonne humeur, il y a eu de l'énergie, je sais pas, des fois ça tient à rien, ça tient à comment on s'est couché la veille, tu vois dans quel vibe on était en se couchant et puis le matin on en bénéficie quand même aussi, mais c'est ça, c'est bien quand c'est simple.
- Estelle
Moi aussi c'était simple, ça fait plaisir, une ambiance un peu tropicale, on a écouté de la musique.Non mais voilà, ça fait du bien. C'est vrai qu'il faut trouver aussi des petits codes qu'on aime bien.
- Claire
Oui, c'est vrai, c'est vrai.
- Estelle
Et c'est important. Et c'est vrai que du coup, on se disait ça là, mais est-ce que vous avez eu l'impression, certains d'entre vous, d'avoir été un peu l'extraterrestre de votre famille ?
- Claire
J'ai l'impression qu'on est en fait énormément à ressentir ça. Et des fois, même à le dire comme ça, qui peut-être au final reviendrait aussi au fait que si on est tous extraterrestres, il n'y a plus d'humains normaux. Enfin voilà. Mais il n'y a plus d'extraterrestres. Exactement. Mais c'est un ressenti intéressant, je trouve, d'aller regarder si, voilà, vous nous suivez ce matin là-dessus, c'est qu'est-ce qui fait qu'on se sent un peu l'extraterrestre de sa famille ? À quel moment ça se joue ? Est-ce que ça nous suit ? Est-ce que...
- Estelle
Et est-ce qu'il y avait un extraterrestre dans votre famille ? Parce que ça peut pas être soi. C'est vrai. Mais se dire, waouh ! Oui, oui, oui, tout à fait. Et c'est vrai que...
- Claire
T'as rencontré ça dans ta propre famille ?
- Estelle
Oui, oui. Après, dans ma famille, ils ont tous des personnalités, très sincèrement. Franchement, c'est vrai que ma famille, c'est un exemple un peu particulier. Mais parce qu'on a tous des caractères et des personnalités extrêmement trempées.
Ah oui, oui. Et donc, du coup, par exemple, oui, ma sœur... que j'aime de tout mon cœur, spéciale dédicace, mais je veux dire c'est vrai qu'elle a un tempérament vraiment ultra-extra, parfois extrême. Alors aujourd'hui, bon maintenant elle est adulte, elle a sa famille et tout ça, mais plus jeune, oui elle pouvait être un peu, elle pouvait sembler être...
- Claire
À fleur de peau, enfin dans une sensibilité particulière. Voilà,
- Estelle
exactement. Et donc ça on pourrait nommer ça extraterrestre. parce qu'il a fallu que toute la famille, quelque part, se remette en question et s'adapte aussi à cette ultra sensibilité ou cette extrême urgence des choses. Donc ça, par exemple.
- Claire
Non, mais la sensibilité est souvent le facteur qui nous fait se sentir comme ça, nous sentir comme ça, parce que ce soit une sensibilité à l'art, à quelque chose de très différent finalement. Voilà, soit une hypersensibilité au sens le plus scientifique du terme, psychologique du terme, soit une sensibilité particulière à un sujet qui n'est pas le centre d'intérêt des autres, qui n'est pas, voilà, une passion, quelque chose qui va nous emmener finalement ailleurs que là où l'énergie se dirige globalement dans la famille. Oui,
- Estelle
oui, c'est ça. Oui, oui. Toi, tu t'es sentie extraterrestre dans ta famille ?
- Claire
Moi, je me suis sentie.. C'est très mesuré parce que mine de rien, tout en étant extraterrestre, j'ai l'impression d'être quand même, d'être restée très fidèle, en tout cas longtemps, à mes conditionnements. Mais malgré tout, par exemple, c'est aussi générationnel, mais c'est que moi, mes aspirations artistiques, elles ont eu le droit d'être vécues. Oui. Donc en fait, factuellement, je suis la première à avoir pu faire à 18 ans une école de théâtre, alors qu'en fait, je ne suis pas la première artiste dans ma famille. J'ai un arrière-grand-père dont on a plein de tableaux. Ce n'était pas sa profession de carrière, mais en fait, voilà, ça s'exprimait déjà. Mon père est un artiste aussi. Mon père faisait des bandes dessinées dans ses cahiers de classe. Mais il n'a pas du tout eu la possibilité d'en faire un métier. C'était complètement brimé, refoulé, mis sur le bas-côté. Donc en fait, c'était déjà là. Mais par contre, c'est vrai qu'en termes de choix de vie, c'est extraterrestre.
- Estelle
Oui, c'est ça.
- Claire
d'avoir pas priorisé des études académiques pour... Alors que j'en avais les possibilités, pour faire une école de théâtre. Alors là, c'était mettre le pied dans un monde où personne ne connaissait rien chez moi, si ce n'est des représentations. Fantasmatiques, terrifiantes d'ailleurs. Oui,
- Estelle
bien sûr.
- Claire
Et d'ailleurs, à partir de là, j'ai d'autres cousins, par exemple, qui ont accédé à des carrières artistiques. Tu vois, ça a ouvert aussi une voie. Ça oui, à ce niveau-là, par exemple, je peux dire ça.
Oui, c'est intéressant.
- Estelle
Et vous, chez vous alors, est-ce que vous vous sentez plutôt extraterrestre ? Est-ce que vous avez un extraterrestre dans votre famille ?
Je pense que parfois, ça se voit dès l'enfance. Quand on est dans une fratrie aussi peut-être un peu plus nombreuse. Tout à fait. Enfin, bien sûr, parfois il y a aussi ce qui nous plaît, les passions qu'on peut avoir. C'est vrai que souvent les artistes, la musique, ou parfois des obsessions, parce qu'il y a aussi... Le scientifique. Exactement. Donc, les arts, la science, tout ce qui va être un peu... qui va se transformer comme presque un spectre autistique un peu.
- Claire
Oui, complètement. Vous allez dire même le sport porté à très haut niveau. Ça peut aussi être le seul dans sa famille à vivre ça, alors que les parents ne sont pas ultra sportifs. Il y a aussi des familles où il y a des gens qui sont ultra érudits, qui sont dans une brillance intellectuelle, alors que ce n'est pas du tout les données de base dans ce qui vient des parents. Et du coup, c'est vrai que c'est intéressant. c'est de dire tiens comment comment on gère ça ? Oui, parce que là, on parle aussi de choses assez brillantes. Enfin, on a l'impression de parler, tu vois, de gens qui vont aller loin et haut dans leur obsession ou leur passion. Mais souvent, quand on parle quand même de "je me sens un extraterrestre", c'est qu'on vit quelque chose très mal. Oui,
- Estelle
c'est ça.
- Claire
De l'ordre du rejet, du jugement. Tout à fait. De la mise à l'écart. Oui, tu vois. De la dévalorisation, en fait. Et de la déloyauté.
- Estelle
Et puis de ne pas se sentir dans le clan. De ne pas se sentir faire partie du clan parce qu'on a une différence qui fait qu'on n'arrive pas à s'acclimater à ce qui nous est proposé dans l'instant.
- Claire
Je pense aussi à l'homosexualité, tu vois, quand je t'écoute là, complètement, tu as tout à fait. Et Dieu merci, ça s'ouvre et ça s'assouplit. Mais en fait, on peut aussi ressentir ça sur l'être extraterrestre de sa famille.
- Estelle
Oui, oui, bien sûr. Oui, oui, complètement. Et puis sur, voilà, pour plein d'autres choses, enfin. Mais peut-être que ça remet en question aussi le fait que dans une famille, on devrait être tous pareils. Parce qu'en fait, c'est ça que ça vient questionner. Pourquoi une différence peut être si mal vécue, si mal regardée et si mal accueillie ? Parce que l'idée de base, c'est qu'on doit se ressembler. On doit être tous pareils et on doit correspondre à des valeurs communes, à des histoires communes, à des trajectoires communes, à des niveaux de vie communs, etc. Et avoir des réactions semblables vis-à-vis de certaines situations et correspondre à ces codes parce que la famille c'est aussi beaucoup des codes si tu ne joues pas le jeu tu peux vite te retrouver sur le banc de touche à te dire maintenant comment je réintègre le game quoi.
c'est vachement intéressant de peut-être là là, à un moment précis de ce podcast de se dire tiens mais quels étaient les codes dominants dans la famille dans laquelle j'ai grandi et quels étaient les miens et quels sont aujourd'hui les miens peut-être après on peut regarder dans sa famille de naissance et dans la famille qu'on a créée ou qu'on veut créer, de quoi je me suis détachée qu'est-ce que les valeurs, Est-ce qu'on a respecté les codes ou pas, est-ce qu'on a été, est-ce qu'on a eu l'audace ou le courage parfois de ne pas? quand est-ce qu'on a désobéi vraiment? ça ça m'intéresserait de poser cette question à tous est-ce qu'on a vraiment désobéi? est-ce que... Tu vois ce que je veux dire ? Oui,
- Claire
tout à fait. Et parfois, c'est une histoire de courage, mais aussi, il peut y avoir des risques réels. Mais bien sûr. Parce que parfois, il y a des risques psychologiques. J'ai peur de décevoir, j'ai peur de trahir. Qui sont réels, mais quand même plus psychologiques. Il y a des endroits du monde où les risques sont bien réels, sont effectifs.
- Estelle
Quand j'étais plus jeune, adolescente, je me rappelle, j'avais un ami qui s'appelait Bernard. Et Bernard était un type que je... Voilà, un extraterrestre pour moi. Ca te fait rire? Oui ça me fait rire, désolée . parce que vraiment Bernard il faisait le mur il avait aucun droit de liberté il faisait le mur je me permets de dire ça j'ai pas vu toutes ces personnes depuis extrêmement longtemps mais bon il faisait le mur et quand il se rentrait chez lui parfois il se faisait prendre il se faisait battre mais battre vraiment fort et il refaisait le mur et je me disais mais c'est incroyable et voilà ça c'était un extraterrestre amical enfin On a aussi des amis. Bien sûr. Et donc voilà, tu parlais du risque, et je me disais, voilà, un désobéissant, mais en fait, le fait de nous retrouver, c'est pour ça que dans un autre épisode, je disais que la fête était très importante à l'adolescence, mais du coup, la liberté, on parlait de ta liberté, bien sûr, et voilà, et ça va peut-être être un extraterrestre, parfois ça peut aller jusque-là,
- Claire
c'est-à-dire qu'on a une valeur de liberté tellement forte, que voilà,
- Estelle
en fait, on... On est prêt vraiment à s'abîmer aussi d'une certaine manière. Et donc, comment faire en famille ?
- Claire
Moi, ça me parle aussi dans comment valoriser ses propres valeurs, justement, sur celles qui nous ont été données, tu vois. À un moment, enfin, quand on est encore chez nos parents, c'est difficile parce qu'on est soumis à une autorité, mais...
- Estelle
Oui, oui, bien sûr. Oui. Vas-y, je veux dire par là,
- Claire
c'est que... Si je reprends ton exemple, finalement, sa valeur liberté, elle était tellement forte qu'il était presque, comme tu l'as dit, à s'abîmer pour la vivre.
- Estelle
il était plus, tu vois, peut-être ce qu'il gagnait en sachant qu'il allait se faire battre était plus important, plus vivant pour lui, et finalement plus important, plus essentiel. Mais ça, c'est très intéressant.
- Claire
Parce que je pense que dans nos comportements, on est très souvent... Finalement, si on reconnaît quelles sont nos valeurs... et qu'on les valorise, qu'on les aime, qu'on est prêt à leur donner de la place, on se retrouve moins dans ces conflits externes et internes à l'âge adulte. Tout à fait. Et devoir s'abîmer pour finalement ressentir ce qu'on aime le plus ressentir. Exact. Et pour se sentir vivant. Exact. Parce que la question des valeurs, c'est vraiment une histoire d'énergie vitale, de comment on est alimenté dans notre vivance tout à fait.
- Estelle
Ah mais complètement.
- Claire
Parce que je pense que c'est plus fréquent qu'on le croit de s'abîmer pour accéder à ce qu'on veut vivre. Oui,
- Estelle
il y a des luttes.
- Claire
il y a des luttes voilà et en tout cas l'exemple que tu as proposé a amené à ça et finalement voilà pour ne plus se sentir un extraterrestre c'est aussi une histoire d'alignement de reconnaissance de ce qui nous constitue nous réellement et bien sûr on peut être tissé de choses familiales mais pas que complètement
- Estelle
et puis je me disais aussi est-ce que c'est quoi par exemple si je vous posais à tous la question et voilà ça serait quoi Quand est-ce qu'on a aimé obéir ? Parce que quelque part, on a dû obéir à un moment. Est-ce qu'on a aimé obéir ? Est-ce qu'il y a des endroits où on a été plus en accord avec le fait d'obéir ? Et quand est-ce qu'on a vraiment, encore une fois, je repose cette question parce que c'est vraiment... Je veux dire, notre dernier souvenir d'obéissant, de désobéissance. Quand est-ce que tu as désobéi pour la dernière fois, Claire ? Dans n'importe quelle situation. Est-ce que tu pourrais dire ça ou pas ?
- Claire
Et chacun peut se poser la question. Moi, ce n'est pas des choses légères. Ouais, au sens où c'est des déloyautés, tu vois, de vie. Ouais, ok. Je ne saurais pas quoi te dire sur une petite chose comme ça. Mais en tout cas,
- Estelle
ça peut être sympa de réfléchir là, peut-être plus précisément. Parce qu'en vérité, je pense que c'est très important.
- Claire
Tu vois, si par exemple, là j'ai quelque chose qui me vient. J'ai un lieu de vie en Normandie. Moi, je viens de Marseille. Donc, moi, c'est la Méditerranée. Tu vois, mes quatre grands-parents viennent du sud de la France, la Corse, la Provence. Il y avait un attachement très fort à la Méditerranée. Ça aurait pu être pris comme une trahison d'aller sur l'Atlantique ou sur la Manche.
- Estelle
Ok.
- Claire
C'était une identification parmi d'autres, tu vois. Je ne dis pas qu'on en aurait voulu, mais il y aurait eu un petit... quelque chose de lésé. Oui, parce que j'aurais pu... ça veut dire que je préfère autre chose que cette terre.
- Estelle
Oui, oui. Comment t'as désobéi.
- Claire
Salut ! Purée, déjà Paris après la Normandie, alors là, mais trahison intégrale. Pourquoi tu pensais à quelque chose ?
- Estelle
Non, pas particulièrement, mais j'avais envie qu'on se penche un peu tous sur cette question. Parce que dans notre société actuelle, qui est censée être une immense famille, on voit quand même qu'il y a une obéissance. Alors, il y a des... comment dire ? On voit bien qu'il y a des manifestations pour justement rentrer dans cette désobéissance qui, en fait, est très saine. Souvent, je ne parle pas de l'irrespect,
tu parles de désobéissance civile?
Par exemple, je me dis, tiens, c'est quand même bien de s'entraîner parfois, s'entraîner à désobéir. Mais juste pour le fun. Mais c'est pareil, non, mais c'est toujours à quoi j'obéis quand je désobéis ? Tu vois, à quelle valeur ? Merci. idéal. C'est ça. Mais quand je dis ça, c'est parce que justement, ça nous permet de nous concentrer un peu plus sur, tu vois, sur nos élans personnels, sur ce qui vibre en nous, qu'est-ce qui est. Et de faire, en fait, de contacter notre extraterrestre. On est tous, on a tous un extraterrestre en nous, en réalité. Et c'est en ça que je veux dire ça. Donc, c'est peut-être très bien exprimé.
- Claire
C'est très bien exprimé. J'adore ce parallèle que tu fais entre la société et la famille. Enfin, tu vois, qui aussi... Avec un avis général et puis l'individu dans sa singularité qui peut se lever, qui peut dire non et qui peut proposer autre chose.
- Estelle
Et ce n'est pas pour ça qu'il propose une guerre. Ce n'est pas une dissolution de ce qui a existé.
- Claire
C'est un enrichissement.
- Estelle
Voilà, c'est ça.
- Claire
Question aussi,
- Estelle
il y a un ajustement personnel à quelque chose de collectif et en même temps de ne jamais... Voilà, je pense que la collectivité, le collectif... Pour cette fin d'épisode, je vais choquer tout le monde, mais je pense que le collectif passe avant l'individu.
- Claire
Je suis choquée. Je suis hyper choquée. Merci pour votre écoute, merci d'être là, et à très bientôt. La Sainte Famille vous aime.