- Speaker #0
La Sainte Famille, le podcast pour grandir ensemble. La Sainte Famille, c'est des conversations enregistrées en une prise, sans montage ni retouches, des partages inspirés et inspirants. pour grandir ensemble.
- Speaker #1
Bonjour la Sainte-Famille.
- Speaker #0
Bonjour la Sainte-Famille. Bonjour Estelle.
- Speaker #1
Bonjour Claire. Alors, la température familiale ? Oh mon Dieu, ce matin, c'était très dur. Franchement, je vous confie tout, la Sainte-Famille, mais une immense tristesse, vraiment un chagrin terrible. Je me suis réveillée avec... J'ai rêvé de quelque chose de... Comme ça peut nous arriver à tous. Oui, oui, bien sûr. Et dès que ça concerne des choses... choses de l'ordre de nos enfants, de choses qui peuvent l'affecter, les toucher, les impacter. Voilà, donc je me suis réveillée dans un immense chagrin, avec un besoin de consolation énorme, et ce matin je ne pouvais pas la trouver, cette consolation. Donc ça a été très particulier, mais voilà, c'est comme ça. Donc la température familiale, amère.
- Speaker #0
Merci. De mon côté, non, c'était assez survolté, joyeux, un peu dispersé, mais plein de fantaisie aussi, c'était drôle. Voilà, bon, c'est très bien.
Oui, ça fait du bien.
J'aime bien quand on fait ça parce que le tout, c'est de ne pas s'attacher. Exactement. Voilà, c'est juste, on a fait le constat, hop, voilà. Mais c'est important d'avoir conscientisé ça. Et c'est très en lien avec notre sujet. Tu vois, quand je t'entends dire ça tout de suite. On va vous expliciter pourquoi. Parce que la question qu'on se pose aujourd'hui, c'est, est-ce que c'est normal de souffrir ?
- Speaker #1
Est-ce que c'est normal de souffrir ? en famille, bien sûr, à partir de là, c'est généralisable. Bien sûr.
- Speaker #0
à Notre expérience humaine. De façon plus globale, on peut aussi se poser la question est-ce que c'est normal de souffrir et est-ce que c'est normal de souffrir en famille ? Tu vois, je faisais un lien avec ton partage, avec ce partage de température familiale, parce que, justement, il y a eu une tristesse chez toi forte le matin et pourtant là, on est en train de rire, on est en train de créer, on fait quelque chose et... Ça a bougé, ça n'a peut-être pas disparu, mais il n'y a pas quelque chose qui s'est figé.
- Speaker #1
Tout à fait. Apparemment. Non, mais parce que ça, c'est aussi quelque chose, je crois qu'on peut, alors quand c'est possible de le décider, évidemment qu'il y a des afflictions qui sont beaucoup plus lourdes et qu'on ne peut pas passer comme ça à autre chose. Mais en même temps, on se le dit bien, tout passe. Tout passe, ça c'est sûr. Donc quand on est d'accord pour que ça passe, en tout cas pour laisser le fleuve drainer autant que ça peut se faire, Voilà. Mais bien sûr que je vais y revenir, à cet endroit-là. Mais pas de la même manière. Je vais laisser la journée, je vais laisser la souffrance. C'est pour revenir à la souffrance.
- Speaker #0
C'est déjà presque une énorme résolution du rapport à la souffrance.
- Speaker #1
C'est ça. Mais je vais laisser la souffrance. Je l'ai contactée ce matin. Je vais la laisser œuvrer. Je vais la laisser exister comme elle doit le faire dans la place qu'elle a, parce que là aujourd'hui j'ai des choses à faire, je peux pas lui faire toute la place. Bah non, je vais pas lui faire toute la place, parce qu'il y a d'autres choses qui existent en dehors d'elle.
- Speaker #0
Mais alors c'est hyper intéressant parce que j'aurais tendance à, c'est des histoires de mots, mais en fait à dissocier l'émotion douloureuse comme la douleur, tu vois je pourrais faire une analogie avec se prendre un coup, ça fait mal, c'est une douleur et la souffrance, qui pourrait être quelque part l'histoire que je me raconte derrière avec ça, et justement ce refus que la douleur passe, en étirant et en faisant d'une histoire à une identité, quelque chose qui va me suivre partout. Et pour moi, quand je dis souffrance, je pense à ça.
- Speaker #1
Oui, d'accord.
Tu vois ? Alors que là, dans ce que tu évoques, effectivement, tu pourras revenir à ton émotion, ou la ressentir de nouveau, mais il y a une acceptation de passer autre chose, de vivre autre chose, de ressentir autre chose. Pour moi, tu es déjà hors souffrance en faisant ça. Tu vois ce que je veux dire ? Oui, mais c'est ça qui est intéressant avec la souffrance, c'est de voir qu'en fait, mais comme la joie, c'est-à-dire qu'il y a des questions, c'est qu'en fait, tout est là, mais c'est juste que, à quoi, comme tu disais, c'est une question aussi d'interprétation et, comme je disais, de décision, c'est-à-dire qu'à quoi je décide de donner le plus d'importance, finalement, au cours de la journée, au cours de ma vie.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Donc, évidemment que... si je ne fais qu'accorder de l'attention à ce qui me fait souffrir, et en plus à cheminer avec ça en me disant, en donnant de l'interprétation, en donnant... En m'identifiant à ça, d'une manière ou d'une autre. En justifiant. En justifiant. Parce que c'est très intéressant ce que tu dis sur la douleur.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Parce que, imaginons, je me cogne. Je vais parler d'une chose très personnelle. Ok. Je suis avec ma sœur. On est petite. Elle est petite et moi j'ai 8 ans de plus qu'elle. Elle a 12 ans. Je ne sais plus. C'était pour son anniversaire. Elle allait accueillir tous ses copains. Et ma sœur avait une obsession de que je lui lisse bien les cheveux parce qu'elle voulait avoir une coupe de cheveux parfaite et donc et ce n'était jamais assez parfait et ça faisait au moins cinq ou six fois que je recommençais et qu'elle me disait mais non la y a une bosse et tout ça et donc comme j'en pouvais plus et que je voulais pas m'énerver devant elle je suis partie j'ai monté l'escalier à toute allure et il y avait en fait la fenêtre de l'escalier qui était ouverte et je n'ai pas vu qu'elle était ouverte et l'escalier était très pentu. Et je me suis évidemment... assommée le nez avec la fenêtre ouverte et donc j'ai fait vraiment, j'ai failli dégringoler dans l'escalier et voilà je ne me suis pas cassé le nez par miracle et ça ça a été une histoire parce que ma soeur, j'ai souffert mais ma soeur s'est culpabilisée parce qu'il y a une histoire, c'est pas que la douleur c'est-à-dire qu'il y a tout un cheminement un récit de l'histoire de la douleur et donc c'est Merci. Et donc, c'est ça. Et souvent, je le remarque pour une simple douleur, on tombe dans la rue, on va sans vouloir. Il y a une part de nous, on se cherche une cause.
Exactement. Alors, selon notre tempérament, on va inculper l'extérieur ou l'intérieur. Tout à fait. Mais ça, c'est comme une loi. J'avais entendu ça. Quand l'humain est contrarié, il donne tort.
- Speaker #0
voilà c'est ça il cherche à donner tort
il va donner tort que ce soit à lui en se disant je suis vraiment un con j'aurais dû faire attention j'ai oublié tu vois absolument en incriminant l'autre le voisin le frère la mère ou son histoire ou etc mais pour moi la souffrance commence là
oui mais bien sûr parce que ce qui est intéressant là c'est que la souffrance je l'ai eue mais je l'ai eue avant je l'ai eue avant quand ma soeur n'était pas satisfaite de ce que je faisais c'est ça Elle avait déjà commencé, donc après elle s'est transformée parce que je n'ai pas pu accueillir cette souffrance. Donc j'ai voulu m'en échapper, j'ai voulu m'en extirper. Finalement, là, la souffrance s'est aggravée. Je me suis pris la fenêtre sur le nez, la naissance, le nez.
Tu ne pouvais pas sentir ce que tu as fait.
Oui, voilà, je ne pouvais plus sentir la situation. Et en même temps, ma soeur se culpabilise, donc la souffrance grandit davantage. Et on en reparle pendant... on en reparle pendant longtemps, parce qu'en plus, moi, le nez, ça s'est vu pendant plusieurs semaines. Donc, tu vois, c'est pour ça que c'est très intéressant de voir, mais là, je donne cet exemple parce qu'il est familial, et que c'est un exemple de souffrance familiale, qui a duré encore maintenant, et ma sœur peut en attester, je sais que tu es là, que tu m'écoutes, mais c'est que elle peut dire, ben oui, c'est vrai que parfois, on en reparle de ça. Oui. Alors que si je lis un peu entre les lignes, effectivement ce que tu dis c'est qu'au départ finalement tu as eu une émotion de contrariété. Oui. Voilà.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Qui n'a pas pu être accueillie comme tu dis. Parce que tu n'as pas pu la nommer, la reconnaître, faire la place sur le moment. Et finalement ça a grossi. Ça a grossi. Jusqu'au choc physique, jusqu'à la fin on pourrait dire. C'est ça. Et aussi parce que c'est ce que je pense, je pense que souvent on veut échapper à la souffrance dans ce monde, qu'on nous vend tous les jours, on veut échapper à la souffrance. Et on nous dit que c'est anormal. Enfin, en fait, on nous a... Non, mais je crois que c'est pas... C'est anormal de souffrir. On enseigne pas. Enfin, aujourd'hui, c'est différent. Je sais qu'il y a plein même de petites écoles, etc., où on parle d'intelligence émotionnelle, parce que, clairement, déjà, si tu reconnais ce que tu ressens... bon ça peut être de la joie mais si c'est par exemple là je suis agacée parce que je suis en colère enfin il y a tellement de nuances etc où je suis attristée enfin moi je l'apprends des fois à des adultes que j'accompagne tu vois non seulement à reconnaître la nature de leur émotion mais aussi à aller écouter le message que porte l'émotion pour être guidée finalement et se laisser traverser et pas se raconter, soit le taire, soit se raconter trop d'histoires tu vois oui mais j'ai l'impression que cette incapacité ou cette envie de fuir les émotions douloureuses est liée à la méconnaissance qu'on en a encore globalement.
- Speaker #1
Oui, tu veux dire une méconnaissance organique. Oui, organique et culturelle. Bien sûr.
- Speaker #0
De se dire en fait, une émotion, nous on le sait parce que c'est au cœur de nos activités d'accompagnement, mais... C'est du mouvement qui va vers l'extérieur. C'est même ce que veut dire le mot émotion. Donc, c'est de l'information qui demande à sortir, qui passe par nous pour sortir. Et juste de ne pas le prendre comme justement le signe de quelque chose qui m'appartient. Mais je suis traversée par quelque chose, une énergie d'une nature. Bon, celle-ci est douloureuse ou n'est pas agréable, mais ça demande mon attention pour sortir.
- Speaker #1
Mais d'ailleurs, pour la petite expérience, là, on peut le faire ensemble, tous ensemble. Oui. On prend un instant. On ferme les yeux un instant, on respire et si vraiment on est attentif à l'intérieur de nous, on peut sentir quelque chose dans le corps, uniquement dans le corps, sans tomber dans la pensée, l'interprétation et juste être dans le corps. Et juste cela comme ça, si on est dans notre corps, Quelle est la partie du corps qui se révèle tout de suite à toi Claire ? Qu'est-ce que tu sens ? Quelle est la partie du corps qui se...
- Speaker #0
Moi j'ai une agitation slash palpitation au niveau un peu du cœur.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Voilà, il y a un peu et de nervosité et d'excitation, c'est un mixte. Mais vraiment le mot qui m'est venu c'est agitation, tu vois. Ok. Moi tout de suite, je sens qu'il y a des fourmillements dans le bassin, vers le chakra racine et au niveau des tempes. Comme si, voilà, enfin en tout cas pas comme si, mais je sens exactement la même sensation au niveau des tempes que dans le chakra racine. Donc voilà, mais rien que ça, c'est juste à chaque fois des petits endroits où on peut redescendre un instant. Mais c'est important. C'est très important, là c'est pour vraiment être dans cette conscience et cet apprentissage à ressentir. Oui, c'est ça. Et après, voilà, là on est plus au niveau de la sensation, on peut après identifier l'émotion.
- Speaker #1
Et la souffrance, parce que la souffrance, elle a mille couleurs en fait.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et elle ne se situe pas toujours au même endroit. Ce n'est pas vrai.
- Speaker #0
Oui, mais tu vois, qu'est-ce qui fait qu'une émotion nous fait souffrir ? Parce qu'en fait, si j'étais très libre, je ne parle que de moi, d'avoir une tristesse,
- Speaker #1
tu vois ? Bien sûr.
- Speaker #0
Ça ne devrait pas me faire souffrir. Oui, ça devrait. Tu vois ? Mais bien sûr. Or, si je me regarde à l'échelle de mon histoire et que je me dis, ce n'est pas vrai, je suis encore triste. Tu vois, que je viens raccrocher cette émotion à tout un narratif personnel qui est ce qu'il est, par exemple, là, ça peut m'accabler. Et ça peut devenir une souffrance d'être encore cette femme qui est triste. Mais bien sûr. Tu comprends ?
- Speaker #1
Oui, parce qu'après, la souffrance, elle prend aussi son... Elle s'étend. Si on la laisse faire, elle s'étend. Mais après, il y a des raisons d'être en souffrance. On a des raisons. C'est un peu notre baromètre. C'est un peu notre boussole aussi, je trouve. Parce que, par exemple, en famille notamment, on voit qu'il y a des choses qui nous sont fort agréables et qui nous mettent dans une joie, dans une espèce de... En tout cas, à notre endroit, je dirais le bien-être, mais d'autres formes de communication qui nous mettent, au contraire, dans un endroit de souffrance, dans un endroit de mal-être. Oui,
- Speaker #0
et tu vois, ça me ramène à la question initiale, à notre conversation préalable à cet épisode, qui était, on se disait... Dans notre société, enfin, oui,
- Speaker #1
parce que moi je disais qu'on trouvait que la souffrance était anormale. Et toi, tu disais... Et moi,
- Speaker #0
au contraire, je trouve qu'on normalise la souffrance. On l'a déjà dit, mais quand on dit, par exemple, ah oui, c'est la crise d'adolescence, c'est comme si on se mettait d'accord pour que ce soit un moment pourri pour tout le monde, comme si... Et tu vois, quand justement tu parles de ce qu'on ressent en famille... Bah justement, je trouve qu'on devrait faire totalement confiance à ça et ne pas s'habituer à être mal, ne pas s'habituer à souffrir, ne pas trouver ça normal.
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #0
Parce que pour moi, si justement je me sens tout le temps mal chez moi ou dans telle interaction familiale, ça n'est pas normal.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Tu comprends ? Oui. Et en fait, il y a un... Moi je sais qu'il y a plein d'espaces, je pourrais dire, dans ma vie où je me suis suradaptée. à des contextes, des climats ou des atmosphères, comme on dit souvent, qui ne me mettaient pas bien du tout. Et je ne savais pas que ça n'était pas normal. Et je pensais que c'était normal dans une relation affective de souffrir.
- Speaker #1
Et voilà. Donc toi, tu pensais que c'était normal de souffrir. Oui, ça m'a mis des fois en temps fou de réaliser que j'étais dans des choses pas bonnes. Non mais le truc, c'est qu'il faut d'abord savoir, est-ce que l'on souffre vraiment ou pas ? Qu'est-ce que ça veut dire, en fait ? Oui, et c'est ça, que l'état naturel n'est pas souffrant. Que quand il y a une souffrance, c'est qu'il y a une cause. Et je ne dis pas qu'une cause introspective dans la culpabilité. il y a quelque chose qui ne marche pas, quelque part. Oui, si je vis mal. Voilà, ou que je peux, en tout cas, ou que je peux peut-être rétablir. Si ce n'est pas un choix de souffrir, peut-être qu'il y a quelque chose à rétablir. Mais si tu veux, la question que je me pose, c'est que comme on a un éventail, on a des couleurs incroyables d'émotions, donc je me dis, si la joie est finalement une émotion comme la tristesse, quand la joie est là, on est... On est heureux de la traverser, mais parfois on est aussi dans l'inconscience, on ne s'en rend pas compte de cette joie. Parce que souvent la joie ensuite va aussi passer inaperçue si on n'a pas la conscience de ce que c'est que la joie. Oui, c'est vrai. En fait, j'ai le sentiment qu'il faudrait quand même se rallier vraiment à toutes nos émotions, de sorte qu'une fois qu'on est imprégné d'une émotion, eh bien... qu'on la traverse qu'on soit hyper conscient et du coup peut-être que là il y a une transformation peut-être que la joie peut nous mettre dans une forme d'extase et que la souffrance peut nous faire traverser tu vois notre part tellement importante aussi d'obscurité oui oui oui d'autres espaces de nous mais dans une grande liberté c'est ça trouver la liberté dans la souffrance moi c'est ça qui me tenait à coeur exactement de dire, en tout cas là, entre nous, dans l'aspect de famille, c'est trouver la liberté dans la souffrance, parce qu'on est encore dans une civilisation qui est en souffrance. Donc, en fait, à la fois, non, ce n'est pas normal de souffrir, mais à la fois, c'est normal de souffrir, au sens où, c'est surtout qu'est-ce qu'on en fait, et comment on va pouvoir, quand même, au travers de la souffrance, mais quand même donner... Le meilleur de nous, quoi. Le meilleur de ce qu'on peut être.
- Speaker #0
Ce que je retiendrai, c'est lui faire une place, mais pas toute la place.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Merci, Estelle.
- Speaker #1
Ah, merci. Merci, la Sainte Famille. Merci à tous et à toutes.
- Speaker #0
La Sainte Famille vous aime.