- Speaker #0
Il y a des femmes qui cochent toutes les cases, et puis il y a celles qui écoutent l'appel. Suila a pris son sac à dos pour faire le tour du monde. Elle a cherché ailleurs ce qu'elle sentait déjà vibrer en elle. Puis la vie l'a arrêtée nette. Un cancer, à 28 ans. Le corps qui impose le silence, le temps qui suspend tout. Et dans ce face-à-face avec elle-même, une évidence, le rêve qu'elle portait depuis toujours ne pouvait plus attendre. Ce rêve de jeunesse, longtemps rangé dans un coin raisonnable, est devenu une marque. Une vision. Une façon d'habiter le monde autrement. Aujourd'hui, Sue ne parle pas seulement d'entrepreneuriat, elle parle de vie, de lenteur, de courage et de cette question qui dérange, qu'est-ce qu'on attend pour faire exister ce qui nous appelle vraiment ? Hello Sue !
- Speaker #1
Salut Alizé !
- Speaker #0
Merci d'avoir accepté de venir.
- Speaker #1
Merci à toi.
- Speaker #0
Est-ce que pour commencer, tu veux bien te présenter en nous donnant ton prénom, ton âge, ce que tu faisais avant de te lancer à ton compte, ce que tu fais aujourd'hui et depuis combien de temps ?
- Speaker #1
Alors, je m'appelle Sue Hila, j'ai 34 ans. Et avant, j'étais dans la vente, j'ai été aussi prof de français dans une école libanaise à Dubaï. J'ai fait quand même plus ou moins pas mal de petits jobs, mais toujours dans le commerce depuis très jeune. Et là maintenant, j'ai créé ma marque de maillot de bain, éco-responsable depuis maintenant deux ans et demi.
- Speaker #0
Qui s'appelle ?
- Speaker #1
Ausha.
- Speaker #0
Ok, très bien. Alors tu disais, donc toi tu es originaire de Toulon.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Tu m'as dit en offre que ton papa était commerçant. Est-ce que tu te souviens de ce que ça t'évoquait quand tu étais petite d'avoir un papa commerçant ? Est-ce que ça t'a donné la fibre ?
- Speaker #1
Exactement. Très vite, j'ai eu cette fibre commerciale et très vite, j'ai voulu négocier pour tout et n'importe quoi. Et très vite, j'ai senti qu'être salariée, ce n'était pas pour moi. Recevoir des ordres de quelqu'un et exécuter, ce n'était pas pour moi.
- Speaker #0
Parce que tu avais trop vu ton papa faire et du coup, ça t'avait inspiré ?
- Speaker #1
Exactement. Je voyais qu'il organisait tout, qu'il avait plusieurs métiers en un aussi. Et ça m'a vite donné envie de faire comme lui.
- Speaker #0
Est-ce que tu te souviens, petite, de ce que tu rêvais de faire ?
- Speaker #1
Oui, je voulais être styliste. Je rêvais vraiment. Je regardais des défilés jusqu'à 3h, 4h du matin, le soir. Je crois que c'était sur Arte, un truc comme ça. Et je notais, je m'amusais aussi à dessiner. Avant, j'étais à fond dans tous les dessins de sacs, de robes et surtout des tenues de podium. Des choses que tu ne peux pas spécialement mettre.
- Speaker #0
Des tenues hors normes.
- Speaker #1
Voilà, exactement. Une grosse fan.
- Speaker #0
Et est-ce que tu as réalisé ton rêve ? Est-ce que tu as fait une école de stylisme ou quelque chose comme ça ?
- Speaker #1
Eh bien, écoute, je suis passée par une autre porte. Parce que pour le coup, mes parents n'avaient pas les moyens de me payer une école de stylisme plus jeune. Donc, j'étais un petit peu frustrée, pour être tout à fait franche. Même en colère. Et donc...
- Speaker #0
Surtout à dos.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Ça vient...
- Speaker #1
Oui, oui, oui. L'injustice de se dire, on ne peut pas t'offrir ce que tu rêves. Donc, du coup, je suis partie vivre rien à voir. Je suis partie vivre en Angleterre pour apprendre l'anglais.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Et cette voie t'a menée où ?
- Speaker #1
Alors, du coup, j'ai travaillé en tant que vendeuse dans un shop. Donc, du coup, le but, c'était vraiment d'apprendre et de parler en anglais, mais rester toujours dans ce domaine de mode aussi.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
La mode en Angleterre, c'est vraiment particulier. C'est particulier. Et je suis tombée d'amour pour cette mode-là. J'ai vraiment aimé. Et pour le coup, pour revenir à ta question, en fait, le stylisme, ça a toujours été une passion. Et je ne suis pas passée par la porte d'entrée, je suis passée par la fenêtre. À chaque fois, c'est ce que je dis. Parce que donc à l'Île Maurice, j'ai créé ma marque de maillots de bain où j'ai tapé... aux ateliers, aux usines. Et il y en a une d'usine qui m'a ouvert ses portes. Et voilà.
- Speaker #0
Donc finalement, cette frustration, elle a nourri la petite fille en toi qui a fait que tu es passée par la fenêtre et tu as quand même réussi à réaliser ce que tu souhaitais.
- Speaker #1
Exactement. Je pense que même si dans l'instant T, tu n'arrives pas à tes fins, je suis persuadée avec la volonté, une grosse patience aussi, tu peux arriver à tes fins, même si ça prend des années.
- Speaker #0
Donc tu disais qu'à 18 ans tu pars en Angleterre pour apprendre l'anglais. Est-ce qu'il y avait un objectif particulier de l'apprentissage de l'anglais ?
- Speaker #1
Plus ou moins être bilingue, plus ou moins réussir à me faire comprendre et apprendre tout le vocabulaire dans le domaine de la mode. D'accord,
- Speaker #0
donc c'était toujours ton objectif, rester la mode.
- Speaker #1
Ouais, exactement.
- Speaker #0
Et quand tu rentres, qu'est-ce qui se passe ?
- Speaker #1
Des gringolades. Voilà, comme n'importe quel expat. Vu que j'étais piquée du voyage, mon but premier, c'était de repartir dans un autre pays. Parce qu'en fait, j'avais goûté à cette vie d'expatriée, d'immigrée, je ne sais pas comment on peut dire. Et quand on est à l'étranger, on a l'impression qu'on peut tout faire. ça va plus vite. Je ne saurais pas l'expliquer. Donc moi, mon but, c'était de repartir. Donc du coup, j'ai voulu travailler dans un domaine du tourisme. Donc j'ai passé un BTS tourisme. Et à force de voir et travailler sur des destinations, des pays, des villes, tous les jours, tous les jours, je me suis dit, non, il faut que je fasse quelque chose. Il faut que je parte en tour du monde. Et à l'époque, c'était en 2014, et ce n'était pas trop la mode. Il y avait un petit peu cette petite traîne de... des youtubeurs comme Alex Vizeo, Bruno Matador. Oui,
- Speaker #0
c'était des influenceurs voyage. Ce n'était pas non plus très, très répandu.
- Speaker #1
Que j'ai rencontré et qui sont extras d'ailleurs. Mais je n'ai pas surfé sur cette vague de YouTube, Insta. Et à cette époque-là, j'ai vécu mon tour du monde à fond. Mon tour du monde en sac à dos, c'était incroyable. Et j'ai créé mon association là-bas. Donc, un pays et un coup de pouce.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Donc, tu finis ton BTS ?
- Speaker #1
Non, je le finis pas. Ah, tu le finis, je pars avant. Ouais, je pars avant. Je lâche et pourtant, je suis la deuxième de ma classe. Avec 15,5 de moyenne.
- Speaker #0
Oui, donc t'aurais pu finir.
- Speaker #1
Ouais, ouais, ouais.
- Speaker #0
Est-ce que tu réalises à ce moment-là que ta vie, elle ne sera jamais classique ? Parce que justement, tu finis pas tes études, parce que tu pars et que t'as ce truc du voyage, l'appel du voyage.
- Speaker #1
Tu sais quoi ? C'est pas maintenant que je le...
- Speaker #0
Tu t'en rends pas compte à ce moment-là ?
- Speaker #1
Non, pas à ce moment-là. Sur le coup, je vois tous mes amis qui... qui veulent acheter un appartement, qui veulent un enfant, même très jeune. Je vois tout ça, mais je ne me rends pas réellement compte. Je me dis toujours, bon, je suis un peu bizarre.
- Speaker #0
Tu vis de quoi pendant cette année ?
- Speaker #1
En fait, on a mis pendant un an de l'argent de côté.
- Speaker #0
Donc, vous l'aviez prévu du monde. Voilà,
- Speaker #1
c'est ça. Et puis, j'ai vendu tout ce que j'avais. Donc, ma voiture, mes meubles, j'ai tout vendu.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que le voyage, ça t'a appris sur toi ?
- Speaker #1
C'est toute ma vie, le voyage. Je pense que... Je pense que les personnes qui ne voyagent pas, et c'est compliqué pour moi de ne pas juger, j'essaye au quotidien, mais ça m'a appris à avoir une énorme ouverture d'esprit sur la vie en règle générale, sur le monde. J'ai rencontré tellement de personnes de tout horizon, de tout milieu social. En fait, ça t'enrichit, ça te fait grandir. Pour moi, le voyage, c'est tout et c'est pour ça que je l'ai transmis à mon fils. et qui voyage avec moi depuis bébé.
- Speaker #0
Et tu disais que tu as créé une association. Est-ce que tu veux bien nous en dire plus ?
- Speaker #1
Alors, c'est Un pays, un coup de pouce. Le but, c'était d'aller dans chaque pays. On restait un mois dans chaque pays. Le but, c'était d'aider ou bien des enfants, ou bien des personnes âgées, ou bien des animaux. Donc, dans chaque pays.
- Speaker #0
Tu avais une mission, quoi.
- Speaker #1
Oui, j'ai eu la chance d'être sponsorisée par la mairie de Bandol, à l'époque.
- Speaker #0
Super.
- Speaker #1
qui nous avait ouais fourni pas mal de bubble sets, des crayons, des cahiers.
- Speaker #0
Trop bien.
- Speaker #1
Et puis, j'étais allée toquer à la porte de pas mal de commerçants. Tu sais, des dentistes, mes dentistes, mon ostéo, pour justement avoir ce petit compte en banque exprès pour aider.
- Speaker #0
Elle existe toujours, cette association ?
- Speaker #1
Elle existe, mais au début, je l'avais utilisée pour justement aider des jeunes à partir à l'étranger et aider dans toutes les associations où j'ai pu aller. notamment en Inde et au Népal. Puis malheureusement, j'ai eu un cancer. Donc en fait, ça m'a un peu stoppée dans tous mes projets aussi.
- Speaker #0
Donc tu apprends que tu es malade à un moment.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. En fait, on est parti vivre à l'étranger. On est parti vivre à Dubaï. Mon compagnon était en Arabie Saoudite. Et moi, j'avais fait le choix d'aller à Dubaï parce que je ne validais pas trop la vie en Arabie Saoudite avec mon fils, même en tant que femme. Et en fait, mon but premier, c'était de gagner de l'argent. Alors je ne saurais pas l'expliquer. Je ne saurais pas te dire si ce n'est pas... C'est peut-être Dubaï qui m'a... Qui t'a forcée ?
- Speaker #0
Parce que c'est un train de vie qui est énorme à Dubaï.
- Speaker #1
Oui, vraiment. Et en plus de ça, j'avais la chance de parler arabe couramment, de l'écrire. Anglais, du coup, aussi, par l'occasion. Donc j'avais ce petit plus que là-bas, les Dubaïotes aussi cherchaient. Donc j'étais plus ou moins à l'aise. Mais à force de trop, trop, trop, trop travailler, j'ai commencé à perdre beaucoup de poids et à me sentir pas bien et à pleurer un peu pour rien, à perdre mes cheveux. Je me posais la question, ouais, et erreur de débutante, je n'avais pas pris de mutuel là-bas sur place à Dubaï. Ouais, donc en fait, j'ai fait mes exams, j'étais partie normalement juste pour une angine, et en fait je suis ressortie avec un cancer en stade 3 de la thyroïde.
- Speaker #0
Wow.
- Speaker #1
Ouais, wow, wow.
- Speaker #0
Et en plus, ça me donne des frissons.
- Speaker #1
Ouais, ouais, ouais, en plus... Moi, je suis très dans la spiritualité. J'aime savoir le pourquoi du comment. Je suis obligée.
- Speaker #0
Tu essaies de comprendre quels sont les mots sur cette maladie.
- Speaker #1
Oui, oui. Et donc, du coup, j'ai très vite compris que c'était le chakra de la gorge. Donc, le fait de ne pas... La communication. Oui, voilà. Pas spécialement dire ce que je pense pour ne pas faire du mal aux autres, pour ne pas être réellement moi-même en fait.
- Speaker #0
Alors attends, donc tu rentres de ton tour du monde.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Tu t'installes à Dubaï avec ton fils. Oui. Et ton conjoint, il n'est pas avec toi. Pourquoi tu fais le choix de Dubaï et pas de la France par exemple, qui aurait été plus facile ?
- Speaker #1
Oui, oui, mais... Ça ne t'appelait pas ? Il fallait que je parte. Mais on a regardé sur la carte ce qui était le plus logique possible. Pour l'éducation de notre fils. Souvent, quand on part à l'étranger, on se dit qu'il y a l'éducation et la santé. Maintenant, du coup, c'est les deux points les plus importants. Et j'ai regardé, je me suis dit, le Liban, moyen. Le Yémen, encore moins. Tu vois, j'ai pris vraiment un petit fil. Et c'était Dubaï qui ressortit le plus souvent. Donc pour moi, Dubaï, c'était, j'ai pas de plan B. J'y vais, c'est le plan A. Il n'y a pas de plan B. Je vais réussir, je vais tout casser. Je vais y arriver, en fait. En fait, je me suis tout simplement pris pour une surhumaine. Alors, tout simplement.
- Speaker #0
Et cette maladie, elle te met à l'arrêt ?
- Speaker #1
Oui, complète.
- Speaker #0
Comment tu le vis ?
- Speaker #1
Sur le coup, un peu dans le déni. Parce que pour le coup, je me dis, bon, ça ne peut pas m'arriver à moi. Ce n'est pas possible. Et en même temps, je suis très fataliste. Et puis en même temps, c'est un peu compliqué pour mon entourage. Parce que je me dis, c'est peut-être normal. Parce que j'ai fait le tour du monde. J'ai vécu des moments incroyables depuis que je suis jeune. J'ai eu mon enfant. Donc en fait, c'est... peut-être le moment de partir.
- Speaker #0
Ah, toi, tu l'as vécu comme une fatalité où tu t'es dit, ça y est, j'ai fini ma vie.
- Speaker #1
Ouais, j'ai tellement vécu plusieurs vies en une jusqu'à mes 28 ans que je m'étais dit, en fait, c'est toute la logique des choses.
- Speaker #0
T'apprends que t'es malade, t'as 28 ans. Est-ce que ça change quelque chose avec ton conjoint ? Est-ce qu'il te rejoint à un moment ?
- Speaker #1
Ouais, il décide d'arrêter carrément son travail en Arabie Saoudite et pareil... Moi, j'ai mis du temps à accepter justement ce cancer. Et donc, du coup, j'ai mis du temps à vouloir partir de Dubaï.
- Speaker #0
Ah oui, tu voulais faire comme si...
- Speaker #1
Oui, comme si c'est pas grave, ça va bien se passer. Mais non.
- Speaker #0
Mais si, ça va bien se passer. Oui, mais voilà. Mais c'est plus tard que plus tard.
- Speaker #1
C'est ça. Et donc, moi, mes parents m'ont dit, écoute, ça suffit ces conneries. Ça suffit cet argent. Ça suffit cette expatriation. Tu vas rentrer en France, te soigner. Et quand tu iras mieux, tu repartiras. Et c'est ce que j'ai fait. Et heureusement, parce que je suis arrivée à la période où c'était le Covid. Donc, en fait, si tu veux, ce cancer, il m'a un peu sauvé la vie, en fait. Parce qu'il y a eu vraiment un avant et un après-cancer. En fait, c'est fou ce que je vais te dire. Je suis contente d'avoir eu un cancer. Tu vois ? Je suis contente parce que je ne suis plus la même. Et maintenant, je sais ce qui est vraiment important pour moi.
- Speaker #0
Oui, c'est ce que j'allais te demander. J'imagine que ça rabat beaucoup de cartes. Et donc, les priorités changent.
- Speaker #1
Exactement, pas du tout les mêmes priorités. Une facilité à dire non quand je n'ai pas du tout envie. Une facilité aussi à entreprendre, ce qui est complètement dingue. Une facilité à déléguer, une facilité à tout, parce que je me dis, ça marche, ça marche, ça ne marche pas, ce n'est pas grave. Et bizarrement, quand tu penses comme ça, ça marche toujours.
- Speaker #0
Du coup, j'imagine que la maladie, tu es à l'arrêt pendant combien de temps ?
- Speaker #1
Je suis à l'arrêt. Alors je rentre en France et je suis suivie au centre de cancérologie Paoli Calmet, donc à Marseille. Très, très bon centre, vraiment. Et pendant plus ou moins un an et demi, je suis bloquée dans ma maladie.
- Speaker #0
Et comment tu guéris de ça ?
- Speaker #1
Je pense que c'est psychologique. C'est totalement psychologique parce que tu vois, pendant mes irathérapies, je ne les appelais plus des irathérapies. parce que là-bas... T'es enfermée dans un caisson où tu prends une gélule diode, où t'es radioactif, où tu peux pas avoir ton enfant aussi pendant un mois. C'est dur, hein. T'es seule.
- Speaker #0
Maman isolée.
- Speaker #1
Ouais, t'es dans une chambre d'hôpital et tu peux même pas ouvrir les fenêtres. T'as des personnes qui viennent te donner à manger en combinaison. Tu vois, c'est quand même... Psychologiquement, c'est pas facile. Mais je l'appelais... Je l'appelais plus irathérapie. Je l'appelais... Je vais en retraite. Je prenais mon piano, mon ordi pour travailler. Et tu vois, je partais dans un autre état d'esprit, en fait.
- Speaker #0
Comme si c'était un moment pour soi, en fait.
- Speaker #1
Oui, voilà. C'est ça. Exactement.
- Speaker #0
Oui, c'est une manière de voir les choses, mais c'est positif.
- Speaker #1
Oui. Oui.
- Speaker #0
Comment on se reconstruit après une épreuve pareille ?
- Speaker #1
Je pense que c'est beaucoup de temps. Beaucoup de temps et d'introspection. Je pense que tout passe par soi. Et c'est un travail hyper personnel. Parce que même si ton conjoint, il est là pour toi, Même si t'as des... potes aussi qui sont là pour toi. Moi, ça m'a beaucoup aidée de me faire suivre par une psy. D'ailleurs, Docteur Raphaël de Paoli Calmet, elle m'a vraiment sauvé la vie. Donc je pense que voilà, moi, ce que j'ai fait, c'est de travailler sur moi en priorité. Et je me suis dit, je vais faire des choses que j'ai toujours voulu faire. où j'ai jamais ou bien osé, où j'ai jamais eu trop le temps. Donc je me suis mise à faire du piano, je me suis remise à faire de la peinture, à redessiner du coup des vêtements. Ouais,
- Speaker #0
tous tes premiers amours.
- Speaker #1
Voilà, c'est ça. Et je me suis dit, il faut que je la fête cette rémission. Mais il faut que je la fête toute seule. Donc j'ai pris mon sac à dos et je suis allée à l'île de la Réunion et j'ai fêté ma rémission de cancer toute seule.
- Speaker #0
T'as ressenti quoi à ce moment-là ?
- Speaker #1
Libérée d'un poids et je me sentais moi-même. Parce que jusqu'à présent, depuis mes 18 ans, je voyageais tout le temps avec mon chéri. Et là, c'était le premier voyage que je faisais loin de chez moi et toute seule.
- Speaker #0
Du coup, après la guérison, tu pars à l'île Maurice. Et ensuite, quelle a été la première chose que tu as eu envie de faire après ce voyage ?
- Speaker #1
Alors, quand je suis partie de la Réunion, déjà, j'ai eu un amour fou pour l'océan Indien. Comme un aimant, en fait. Je sentais qu'il y avait quelque chose là-bas. On a eu la possibilité, grâce à mon mari, d'aller justement à l'île Maurice parce qu'il s'est fait débaucher par une entreprise là-bas, un chantier naval. Et donc moi, sur le coup, quand je suis arrivée, je me suis dit, ouais, je vois déjà l'ambiance à l'île Maurice. Il y a beaucoup d'hommes qui travaillent et beaucoup moins de femmes qui travaillent. Donc très vite, je me suis dit, il faut que je fasse quelque chose. Et en fait, je cherchais un maillot de bain à m'acheter et je n'en ai pas trouvé. Alors j'en ai trouvé un, mais tu sais... À 10 ou 15 euros. Et puis, j'en ai vu aussi à 250 euros. Mais je n'ai pas trouvé...
- Speaker #0
Le juste milieu, je crois. Entre la merde et le haut de gamme.
- Speaker #1
Exactement. Je me suis dit, ce n'est pas possible. Ce n'est pas normal, je vais chercher.
- Speaker #0
Surtout là-bas ?
- Speaker #1
Oui, improbable.
- Speaker #0
Oui, improbable.
- Speaker #1
Sur une île. Et donc, j'ai essayé de taper aux portes des usines. Et on ne m'a pas du tout prise au sérieux. Parce qu'en fait, moi, petite blanche française qui arrive, qui veut aller dans une usine et qui ne parle pas créole, pas du tout. Donc, ce que j'ai fait, c'est que j'ai fait des doublages de voix pour des séries indiennes et des séries allemandes. Oh, génial ! Netflix, ouais. Incroyable ! Et le but, c'était comme le salaire n'était vraiment pas top, qu'ils ne me payent pas, mais en contrepartie, ils m'apprennent le créole. Donc, ils m'ont appris à causer le créole. Et donc, comme ça, j'ai pu être un peu plus prise au sérieux. et à taper aux portes des usines. Et donc, j'ai trouvé un atelier où il n'y a principalement que des femmes qui travaillent dedans. Et ça a été mon atelier coup de cœur. Donc, c'est là où j'ai commencé l'aventure avec Ausha.
- Speaker #0
Quelles sont les étapes pour créer sa marque ? Parce que toi, je comprends que tu arrives là-bas, les femmes ne travaillent pas. Il y a une opportunité pour toi, c'est clairement de retourner au premier amour et de créer ta marque de maillot. Donc ça, ça se fait de manière assez naturelle.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Comment on fait quand on n'y connaît rien, on va dire, pour créer sa propre marque ? Donc tu vas dans les usines et tu leur dis quoi ?
- Speaker #1
Alors moi, j'avais déjà des croquis.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Parce que je dessine beaucoup, donc j'avais déjà dessiné. Et en amont, j'avais aussi fait des patrons, du patronage. D'accord. Mais tu sais, un peu à l'ancienne, avec du carton, tout ça.
- Speaker #0
Oui, oui.
- Speaker #1
J'avais fait mes patronages avec ma gradation. Je suis arrivée comme ça, je lui ai dit que j'étais une folle et une passionnée de mode. et que j'avais envie de créer ma marque de maillots de bain. Est-ce que c'était faisable ? C'était possible que je n'avais pas trouvé de tissu sur place ? Est-ce que c'était possible de commander à l'étranger ? Comment ça se passe ? Et donc très vite, j'ai commandé mon tissu en Italie, chez Carvico.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Moi, mon but, je me suis dit, si je crée ma marque de maillots de bain, je veux le faire à fond. Je veux faire quelque chose de quali. Sinon, je ne le fais pas. Je fais un produit vraiment qualitatif ou sinon, je ne le fais pas. Et donc, j'ai commandé mon tissu en Italie. Le fil venait de Maurice et donc la main d'œuvre mauricienne.
- Speaker #0
Ok, donc tu fais faire un prototype, j'imagine, dans un premier temps ? Oui. Un prototype au tissu ?
- Speaker #1
C'est ça, exactement. Dans un premier temps, c'est proto. On peut en faire jusqu'à trois des prototypes.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Pour être sûr de ce qu'on veut. Et suite à ce prototype... tu crées une gradation. Est-ce que tu veux faire du XS au XXL ? Tu crées ta gradation et tu crées ta propre gradation. C'est-à-dire que selon le continent où tu vas vivre, ce ne sont pas les mêmes.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a un coût d'entrée pour faire ses premiers patrons ? C'est son premier tissu ?
- Speaker #1
Dans certaines usines, oui. Effectivement, tu as des minimums of quantity qui sont de 500.
- Speaker #0
Ah oui, quand même. Ça t'engage quand même financièrement.
- Speaker #1
C'est ça, exactement. Après, tout est une question de négociation aussi.
- Speaker #0
Est-ce que tu dirais que tout le monde peut créer sa marque ? Est-ce que financièrement, c'est des gros investissements ?
- Speaker #1
Alors, ça dépend si tu dessines ou pas, si tu es styliste de base, si tu crées tes patrons, parce que le patronage est payant. Mais tout dépend aussi dans quel pays. Parce que, par exemple, si tu fais appel à une styliste, le patronage coûte déjà 200 euros. L'équivalent de 200 euros. Je t'en compte. la gradation. Après, tu as les minimums of quantity. Tout dépend de ce que tu souhaites comme modèle. Tout dépend aussi si tu souhaites avoir des accessoires. Parce que les accessoires, c'est un plus. Mais quand tu achètes des accessoires, c'est en grosse quantité aussi. Pareil, le tissu, quand tu le fais venir de l'étranger, tu as un rouleau de 70 mètres, par exemple, que tu vas payer, je vais te dire un exemple, 600 ou 700 euros. Sauf que moi, par exemple, sur mes tissus, je vais les doubler mes maillots de bain.
- Speaker #0
D'accord. Ah oui, donc tu as besoin d'une grande quantité de tissus. Oui,
- Speaker #1
exactement. Et le coût d'envoi, pareil, en bateau ou en avion, tout dépend aussi. Un coût aussi.
- Speaker #0
Tu as commencé avec combien de modèles ?
- Speaker #1
Moi, j'en ai fait 500.
- Speaker #0
Tu en as fait 500 ? Oui.
- Speaker #1
Le premier, ça a été un gros coup de poker. J'en ai fait 500.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Mais moi, je me suis mis un coup de pied aux fesses directement. Et je me suis dit que tout est possible. Et en fait, je suis allée au culot, carrément. J'ai toqué aux portes des hôtels de luxe à l'île Maurice.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
évidemment au Seychelles et évidemment à La Réunion. Je me suis dit en fait, il faut que je marque le coup directement et que je frappe fort directement dans l'océan Indien.
- Speaker #0
Ça a fonctionné ?
- Speaker #1
Ça a fonctionné même.
- Speaker #0
Ah ouais ?
- Speaker #1
Ça a plus que fonctionné. Ah trop bien. Ouais,
- Speaker #0
ouais. Comment tu l'as pensé cette marque ?
- Speaker #1
Je voulais des couleurs acidulées, des couleurs fun, peps. Je voulais qu'on se sente bien dedans. Donc tu verras la matière, en fait c'est de l'eau. de l'écotexte, si tu veux, c'est éco-responsable. Donc en fait, ils prennent le plastique des océans pour créer du coup un tissu. C'est incroyable. Et ce tissu est tout doux. Donc c'est comme une seconde peau. Et en fait, ça épouse vraiment les formes de n'importe quel corps féminin. Et je voulais aussi faire du XS au XXL.
- Speaker #0
Ah oui, tu ne voulais pas limiter.
- Speaker #1
Ah oui, oui, oui. Vraiment.
- Speaker #0
Pour toutes les femmes.
- Speaker #1
Exactement. Après, c'est vrai que sur mes maillots de bain, pour le moment, je... Et je pense que je vais rester sur cette lancée. Je ne mets pas d'armature, tu vois, sous les cintres.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
voilà. Parce que, ben, cancer du sein. Parce que ça, ça me touche beaucoup trop. Et que je ne pense pas que j'en ferai. Puisqu'on me demande beaucoup. Soit est-ce que c'est possible que tu fasses, que tu crées une armature, un soutien. Alors oui, mais le problème, c'est qu'il y a eu trop d'études faites. qui font que cette armature appuie sur les seins, appuie sur les ganglions. Et du coup, c'est possible que ça crée un cancer du sein.
- Speaker #0
D'accord. Et c'était important pour toi de faire de l'éco-responsabilité ?
- Speaker #1
Oui. C'est le point phare de ma marque, parce que je ne supporte plus cette fast fashion. Je pense qu'on n'est pas assez éduqués sur comment s'habiller, comment se...
- Speaker #0
Et puis comment sont fabriquées, comment sont les usines qui travaillent, les conditions de travail ?
- Speaker #1
Oui, voilà, c'est ça. Acheter sur du chine et en sachant qu'après, tu vas mettre encore plus des sous-vêtements que tu sais que tu vas porter. Ça peut être dangereux parce qu'il y a quand même des produits chimiques dans des tissus.
- Speaker #0
Est-ce que tu as dû apprendre une compétence clé, justement, pour lancer ta marque ?
- Speaker #1
L'organisation. L'organisation, parce qu'en fait, quand tu es dans l'entrepreneuriat, quand tu crées encore plus ta marque et encore plus... À l'étranger, à l'île Maurice, tu as plusieurs casquettes, tu peux aller un peu dans tous les sens. Et te perdre. C'est ça.
- Speaker #0
Mais toi, tu avais cette fibre commerciale, déjà dès le départ, depuis petite. En fait, tu avais certainement une vision de où est-ce que tu voulais l'amener aussi, cette marque.
- Speaker #1
Exactement. Moi, je savais qu'il fallait que je vise les hôtels 5 étoiles, des hôtels aussi éco-responsables.
- Speaker #0
Et ça a été quoi tes plus grandes difficultés pour lancer ta marque ?
- Speaker #1
Les plus grandes difficultés, je pense que... Alors, je ne sais pas si on peut dire que c'est des difficultés ou pas. entre femmes. Ça peut être un peu compliqué. On peut un peu se tirer dans les pattes. Et pour le coup, j'ai eu pas mal de jalousie quand même. Elle est brosse ? Oui, ou pas mal de personnes, tu sais, qui ont posé pour moi, pour ma marque. Je suis totalement franche. Je parle vraiment français, là, avec toi. Qui ont posé pour moi pour des filets ou des shootings et qui, en fait, à côté, voulaient créer leur marque et voulaient créer... plus ou moins la même marque que moi. Donc moi, je ne suis pas contre ça. Moi, je suis née dans l'entrepreneuriat et le soleil se lève pour tout le monde. Si tu crées ta marque de maillot de bain, on peut même collaborer ensemble. Mais il ne faut pas que ce soit vicieux. Il faut que ce soit bien fait. Il faut que les choses soient bien faites. Et tes plus grandes fiertés ? On ne parle pas de mon fils là.
- Speaker #0
On peut en parler. Mais oui,
- Speaker #1
par rapport à Iowa, le fait d'entreprendre comme ça... C'est que je sais rebondir à chaque situation. En fait, il n'y a rien qui va me faire peur. Là, du coup, je ne suis plus à mon atelier à l'île Maurice. Je fais fabriquer au Maroc. Et en fait, je n'ai pas eu un pourcentage de stress.
- Speaker #0
Pourquoi tu as changé ?
- Speaker #1
Parce que c'est plus facile pour moi d'être à côté. Maintenant que je suis dans le sud de la France, c'est plus simple.
- Speaker #0
Et tu continues à la développer cette marque ?
- Speaker #1
Oui, je continue et j'ai envie de la développer vraiment en Europe, au Moyen-Orient et surtout aux Etats-Unis, où on m'a contactée pour participer à la Fashion Swim Week de Miami. Ah,
- Speaker #0
incroyable !
- Speaker #1
c'est une fierté ça oui énorme fierté mais c'est vrai que j'essaye de c'est un travail que je fais aussi sur moi de fêter oui il faut de fêter les victoires voilà on le fait pas assez on le fait pas assez et je pense qu'il faut parce qu'on oublie très vite le progrès qu'on fait bien complètement c'est ça après
- Speaker #0
4 ans à l'île Maurice du coup tu viens de rentrer en France ouais et tu reposes tes valises à Toulon oui comment tu vis ce retour ? écoute il fait froid il fait froid
- Speaker #1
Mais c'est OK. Je retrouve mes meilleurs amis d'enfance et je vois que Toulon a beaucoup, beaucoup bougé. Et ça me fait vraiment plaisir. Même, tu vois, les frissons parce que tellement je sais que Toulon a évolué. Presque pas mal d'amis d'enfance ont créé des bars, des restos, des boutiques. Je vois que ça bouge et ça fait du bien de voir ça et je me sens en sécurité. Je ne sais pas, j'ai l'impression que c'est une... C'est un retour aux courses,
- Speaker #0
en fait. C'est un retour à la maison.
- Speaker #1
Oui, totalement.
- Speaker #0
Maintenant que vous êtes rentrée, qu'est-ce que tu as envie de construire ici ?
- Speaker #1
J'ai envie de reprendre ma petite routine un petit peu me poser après pour combien de temps, je ne sais pas je suis tout à fait franche avec toi je ne sais pas, autant il y a un autre pays qui va m'appeler et je vais y aller mais pour le moment j'ai envie de profiter quand même de Toulon, ses alentours on a une tellement belle région et puis de mes amis d'enfance me refaire aussi un réseau ici parce que c'est C'est comme si je reprenais de zéro.
- Speaker #0
On arrive sur la dernière partie du podcast, qui est un mini-jeu avec 15-16 questions et réponses spontanées. Voyager ou créer ?
- Speaker #1
Voyager.
- Speaker #0
C'est trop dur. Une femme qui t'inspire, connue ou pas ? J'en ai deux, je peux.
- Speaker #1
Une amie qui est comme un mentor, qui s'appelle Linda. Et Caroline Receveur, j'aime beaucoup.
- Speaker #0
Une destination qui t'habite encore ? Je dirais le Mexique. Une p*** ? peur que tu as dépassé ?
- Speaker #1
Peur de mourir.
- Speaker #0
Ce que la maladie t'a appris ?
- Speaker #1
Que le temps, il est précieux et qu'on est obligé d'avoir des priorités dans la vie.
- Speaker #0
Une qualité indispensable pour entreprendre ?
- Speaker #1
Ne pas avoir peur et être bien organisé.
- Speaker #0
Ton quartier préféré de Toulon ?
- Speaker #1
Anse-Méjean. Je ne sais pas si c'est un quartier, mais j'adore cet endroit.
- Speaker #0
Ce qui te rend fière ?
- Speaker #1
Ce qui me rend fière, c'est de voir comment mon fils grandit grâce à nous, avec le fait qu'on... les fait voyager de partout dans le monde.
- Speaker #0
Un rêve pas encore réalisé ?
- Speaker #1
J'ai déjà tout. Je rêve absolument. Je sais pas. Je réalise tous mes rêves déjà.
- Speaker #0
Un mot pour décrire ta vie ?
- Speaker #1
Incroyable.
- Speaker #0
Ton rituel pour te recentrer ?
- Speaker #1
Peindre avec mon fils, avec la musique à fond.
- Speaker #0
Ce que tu dirais à la sous de 18 ans ?
- Speaker #1
Arrête d'écouter les gens et sois toi-même.
- Speaker #0
Et enfin, dernière question. Entrepreneur, tu aimerais voir au micro de la Toulonnaise ?
- Speaker #1
Eh bien, tu sais quoi ? Moi, j'aimerais bien avoir mon amie Fériel, Féfé. C'est une prof de danse qui donne des cours de danse partout dans le monde et qui est incroyable.
- Speaker #0
Trop bien, je note. Merci beaucoup, Sou, pour le partage. Je pense qu'il pourra inspirer beaucoup de femmes sur le fait d'être résiliente et puis de se lancer malgré tout et y arriver surtout. Merci beaucoup.
- Speaker #1
Merci pour ta bienveillance.