- Speaker #0
Il y a des moments dans une vie où tout s'arrête. Dora travaillait dans la fonction publique, une trajectoire stable, sécurisante, tracée. Puis le cancer est venu rebattre les cartes. Cinq années d'arrêt. Cinq années à apprivoiser son corps, sa peur, le silence. Et quand on traverse ça, on ne revient jamais exactement la même. Alors Dora a décidé de ne plus faire semblant. Elle s'est lancée comme photographe, puis photothérapeute. Comme une manière de réparer, d'accompagner, de redonner confiance aux autres, et peut-être un peu à elle-même. Mais entreprendre, ce n'est pas qu'un élan, c'est aussi une réalité. L'argent, la pression, le couple. Et parfois, le rêve se heurte à l'équilibre fragile d'une famille. Dans cet épisode, on parle de reconstruction, de passion, de compromis et de cette question inconfortable peut-on tout avoir au même moment ?
- Speaker #1
Salut Dora ! Salut ! Ravie de te recevoir. Moi aussi. Est-ce qu'avant de commencer, tu peux bien te présenter en nous donnant ton prénom,
- Speaker #0
ton âge, ce que tu faisais avant de te lancer à ton compte, ce que tu fais aujourd'hui et depuis combien de temps ?
- Speaker #1
Alors, je suis Dora, je suis photographe thérapeutique, alias DH Photographe. Mon âge, 45 à la fin de l'année. Avant de me lancer, j'étais fonctionnaire.
- Speaker #0
Et tu t'es lancée il y a combien de temps ?
- Speaker #1
Il y a deux ans.
- Speaker #0
Ok. Bon, parce qu'on se connaît, moi je sais que l'épisode va être plein de rebondissements. Oui. Voilà. Donc, est-ce que tu veux bien nous dire, Dora, si on enlève la partie photo et si on enlève la partie salariat, qui tu es ?
- Speaker #1
Je suis une meuf avec beaucoup de trauma.
- Speaker #0
Ok, on commence direct.
- Speaker #1
Je suis une maman qui est pleine de joie de vivre et qui a eu plusieurs maladies, dont une qui a été le cancer, qui a été mon déclencheur et mon déclic.
- Speaker #0
Alors justement... On va repartir quelques années en arrière. Tu as travaillé dans la fonction publique ?
- Speaker #1
J'ai commencé dès que j'ai eu 18 ans. J'ai travaillé dans l'animation pendant plus de 20 ans. En tant qu'animatrice, après tu gravais les échelons, directrice de centre aéré. J'adore ce métier. Et ensuite, j'ai terminé dans un pôle jeunesse. Là, je suis restée deux ans et je suis tombée enceinte de ma fille. Mais j'ai fait quatre ans de PMA. Donc, les... quatre ans de PMA, on fait que à un moment donné, je me suis dit « Ok, maintenant, t'es enceinte, donc tu as voulu ton enfant pendant quatre ans, donc je vais m'occuper de mon enfant et les enfants des autres, je m'en occuperai après. »
- Speaker #0
Ok, et donc du coup, ça s'est traduit comment ? T'as arrêté de travailler ?
- Speaker #1
Ouais, j'ai arrêté de travailler, je me suis mis en congé parental et après le congé parental, j'ai repris, mais par contre, j'ai demandé de reprendre dans les bureaux.
- Speaker #0
Est-ce que tu te souviens ce que tu voulais faire quand t'étais petite ?
- Speaker #1
Ouais, je voulais être photographe.
- Speaker #0
Tu voulais être photographe ?
- Speaker #1
Tout au début, je voulais être maquilleuse pro. Je voulais travailler pour Mac. J'adorais le maquillage. C'est à l'époque où les vidéos YouTube sortaient à peine. Je buvais les vidéos YouTube, comment se maquiller. Mais j'avais la trouille de partir. De m'éloigner parce que c'était soit Paris, soit Nice. Et partir loin de Toulon. Eh ben j'avais un peu les chauds-cotes, les chauds-cotes, donc non. Ok,
- Speaker #0
mais c'était déjà un métier à l'image quoi, qui touchait l'image. Est-ce que, et du coup, donc t'as ta fille, donc tu la mets, tu vas travailler dans les bureaux. Ouais. Comment ça se passe ?
- Speaker #1
Ouh là là !
- Speaker #0
Comment ça se passe avant que ça s'arrête ?
- Speaker #1
Ben je subissais quoi. Clairement, d'aller travailler, je commençais à avoir la boule au ventre.
- Speaker #0
Parce que t'aimais pas le job dans le bureau alors que t'aimais les jobs avec les gosses quoi.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Ouais. Et quand je suis arrivée dans les bureaux, c'est là où je me suis rendue compte des adultes et de l'hypocrisie des adultes. Oui, mais lui, il a dit un tel, ça, il a dit un tel. Mais c'était tellement que je commençais à devenir complètement hypocrite et je commençais à devenir comme ces personnes qui m'entouraient. Mais en même temps, j'étais dans une famille de fonctionnaires. Mon père fonctionnaire, ma mère fonctionnaire, donc je faisais comme eux. Et puis c'était bien. J'ai fait comme tout le monde, comme ma mère, comme mon père, on est fonctionnaire.
- Speaker #0
C'était la sécurité pour toi d'être fonctionnaire ?
- Speaker #1
Oui. En fait, c'est la société qui, dans l'enfance que j'ai vécue, c'est la sécurité financière, c'est la sécurité, t'as un boulot, t'as de la paie qui tombe tous les mois. ok ouais T'es contente ? Ouais.
- Speaker #0
C'est pas forcément que dans le fait d'être fonctionnaire, c'est d'être salariée.
- Speaker #1
Ouais, c'est d'être salariée, mais moi, j'ai eu cette image-là de t'es fonctionnaire, et puis j'ai fait le bon schéma. J'ai fonctionnaire, j'ai acheté, je me suis mariée, j'ai eu des enfants. Parfait, j'ai eu un chien, un chien, des poissons rouges.
- Speaker #0
Ouais, ouais, t'avais coché les cases.
- Speaker #1
J'ai coché toutes les cases.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Voilà, j'ai coché toutes les cases. Jusqu'au jour où le cancer m'a dit.
- Speaker #0
Du coup, le cancer, il arrive à quel moment dans ta vie ?
- Speaker #1
Il est arrivé, donc j'ai repris. Donc là, j'étais à mi-temps pour ma grande. Et j'ai intégré un autre service. Et dans cet autre service, il fallait que je reprenne à 100%. Donc, je reprends à 100% pendant quelques mois. Et les miracles de la vie, je tombe enceinte de ma deuxième sans PMA. La joie extrême.
- Speaker #0
Oui, bien sûr.
- Speaker #1
Qui s'est arrêtée au bout de trois mois. Parce qu'à trois mois, je fais une prise de sang. Il me découvre un fibrome. un papillomavirus et une suspicion de trisomie pour ma fille. Tout ça, le même jour. Donc, mon mari tombe dans les pommes. Moi, je ne sais pas où j'habite à ce moment-là. Mais bizarrement, le papillomavirus, je l'occulte de mon cerveau. C'est la trisomie. Oui, c'est ton bébé avant la maladie. Donc, trisomie, je dois faire les examens dans les 15 jours. Donc, ça tombe un 14 juillet, bien entendu, donc un laps de temps. Donc, pendant tout ce temps-là, mon ventre a arrêté de grossir. J'ai arrêté mon ventre et ma grossesse.
- Speaker #0
Oui, c'est le cauchemar,
- Speaker #1
quoi. Oui, c'est le cauchemar et en même temps, tu dois t'occuper de ta grande. Et là, le gynéco me dit, si à six mois de grossesse, on voit qu'il y a encore le papillomavirus, je vous ferai accoucher et on commencera la chimio. J'ai aussi occulté ce passage-là.
- Speaker #0
Parce que du coup, je veux dire, papillomavirus, il y a plusieurs stades. Ce n'est pas forcément un cancer. Toi, c'est un cancer ?
- Speaker #1
Il a prononcé les mots, je ne l'ai pas entendu. Donc, je finis ma grossesse. Elle arrive comme une fleur naturellement. Je fais quand même une césarienne. Bébé bonheur.
- Speaker #0
Alors bébé bonheur, mais toi t'es quand même malade à côté. Comment tu vis cette période où t'es censée être hyper heureuse parce que t'as un nouveau nez qui arrive et en même temps t'as un cancer ?
- Speaker #1
Je sais pas, je m'entends pas.
- Speaker #0
Toi tu as occulté cette période ? Oui mais j'imagine que t'as quand même des traitements ?
- Speaker #1
Alors pas du tout. Ce qui s'est passé c'est que j'accouche, mon gynéco est persuadé qu'en fait c'est juste le papillomavirus qui a augmenté avec les hormones de grossesse. Donc il me fait faire à trois mois, il me refait faire un frottis. Trois mois, il revient négatif. Il m'a dit, vous voyez, je vous avais bien dit, en fait, c'est rien, c'est juste les hormones. Ok, je ne m'inquiète pas. Sauf que je sens qu'il y a un truc qui foire dans mon corps.
- Speaker #0
Tu le sens ?
- Speaker #1
Je ne saurais pas l'expliquer, mais comme j'ai des ovaires polycystiques, j'ai des cycles de 75 jours, donc je me dis, bon, ce n'est pas grave, je suis en train d'allaiter, mon cycle n'est pas remis. Au mois de juin, je commence à m'inquiéter. En fait, je suis fatiguée. Et donc, je vais voir à la clinique Saint-Jean. Et mon gynéco était de garde ce jour-là. C'était un samedi, je me souviens. Et là, il me dit, bon, j'ai du temps. Vous êtes ma patiente, je suis de garde, donc j'ai du temps. Donc, je m'installe. Et là, il me fait, il sort sa lampe frontale. Il me dit, bon, allez, il me sort un ciseau comme ça. Il me dit, allez, je vais aller regarder. OK.
- Speaker #0
Et là,
- Speaker #1
je fais une hémorragie. Attends,
- Speaker #0
et l'hémorragie, elle est due au cancer ?
- Speaker #1
Mon cancer était indétectable au frottis. Donc en fait, il a vu une lésion tout en haut du col et en bas du vagin. Et donc il est allé chercher parce qu'il a vu la lésion. On part au bloc de suite. Et quand je remonte, je suis en soins intensifs parce qu'il m'a posé des mèches. Et il vient toujours te voir. Je n'ai rien entendu, je ne sais même pas qu'il est revenu. Et en fait, il m'a dit que j'avais une masse de la taille d'une noix.
- Speaker #0
Tu comprends à ce moment-là ce qui t'arrive ou pas ?
- Speaker #1
Absolument pas.
- Speaker #0
Après, pour connaître un peu quand tu as un problème, quand tu as ce genre de problème, c'est vrai que tu t'en remets complètement au corps médical et tu n'as pas du tout idée de ce qui peut t'attendre parce qu'en fait, c'est des hypothèses sur des hypothèses sur des hypothèses. Et tant que le constat n'est pas tombé, le verdict n'est pas tombé, tu ne sais pas à quelle sauce tu vas être mangé. À quel moment on pose du coup le diagnostic de cancer et du coup de traitement et tout.
- Speaker #1
Eh bien, le 20 août 2018, c'était un samedi matin et je dis à mon conjoint, tu ne vas pas venir avec moi, c'est bon, je n'ai plus rien, je n'ai plus de saignement, je n'ai plus de douleur. Donc, j'y vais toute seule et là, je vois qu'il a une tête bizarre et je lui dis, ça va ? Il me dit oui. J'ai dit OK. Vous faites une tête bizarre, on ne va pas passer par quatre chemins. Il me dit bon, OK, c'est un cancer. Et là, je me suis dit OK, cancer, mais c'est rien.
- Speaker #0
Tu t'es dit que c'était rien ?
- Speaker #1
Oui, c'est uniquement quand il a prononcé les mots chimio et radiothérapie. Là, je me suis effondrée. Je me suis dit ah ouais.
- Speaker #0
C'est à ce point grave.
- Speaker #1
C'est grave. Ah ouais, c'est grave.
- Speaker #0
Et toi, tu as tes enfants à côté, ton mari évidemment. T'en es où de ta vie professionnelle à ce moment-là ?
- Speaker #1
Là, je suis fonctionnaire. T'es en arrêt ? Non, je ne suis même pas en arrêt.
- Speaker #0
T'es en vacances ?
- Speaker #1
Je suis en congé parental.
- Speaker #0
Ah bah oui, c'est vrai, tu viens d'accoucher.
- Speaker #1
Je suis en congé parental.
- Speaker #0
Tu guérais au bout de combien de temps ?
- Speaker #1
Ça a été très rapide parce que j'ai répondu très vite au traitement. En quatre mois, j'étais guérie. Sauf que j'étais guérie...
- Speaker #0
De ta maladie ?
- Speaker #1
De la tumeur. Mais mentalement, c'est là où... En fait, on te parle avant le cancer, mais le après, on ne t'en parle pas du tout. Et le après, je crois que c'est encore plus violent.
- Speaker #0
Tu veux dire que tu n'as pas été accompagnée ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
On a toujours dit que j'étais une femme forte et que je m'en sortirais quoi qu'il arrive. Donc en fait... Ça,
- Speaker #0
c'est ce que les gens pensent de toi, mais ça ne veut pas dire que c'est ce que tu es.
- Speaker #1
C'est ce que je pensais aussi de moi. Donc du coup, je me suis dit... Enfin, me faire accompagner, mais pourquoi ?
- Speaker #0
En plus, tu es guérie, donc tout va bien. Et puis,
- Speaker #1
en plus, c'est ce que les gens te disent. Ça va, c'est un petit cancer maintenant, les cancers, ça se soigne.
- Speaker #0
À quel moment la photo rentre dans ta vie ?
- Speaker #1
Alors, la photo rentre dans ma vie un an après la fin de mes traitements et un an après, du coup, m'être mariée. Parce qu'un an après, je suis toujours en vie. Je suis guérie et mes dernières photos, elles datent de mon mariage. Je ne savais pas ce que l'avenir me réservait, donc j'ai commencé à écrire des messages à mes filles au cas où je ne serais plus de ce monde quelques temps après. Et donc, je leur ai écrit des messages et je me suis dit, pourquoi pas leur faire des photos parce que moi, j'en ai un bon souvenir. Et je me dis, de toute façon, le seul lien qu'elles pourraient avoir, qui leur reste de moi, c'est des photos et des moments qu'on a vécu ensemble. Et là, ce jour-là, mon photographe de mariage poste sur les réseaux, j'offre la séance aux cinq premières qui me contactent.
- Speaker #0
Ça te procure quoi, toi, une photo ?
- Speaker #1
C'est magique, c'est des liens, c'est le moment que la personne, elle, vit, mais c'est un moment qu'elle pourra le transmettre à ses enfants, à ses arrières-petits-enfants, c'est éternel.
- Speaker #0
Est-ce que tu trouves que c'est différent que les photos prises tous les jours avec le téléphone ?
- Speaker #1
Ça n'a rien à voir. Est-ce que les photos que tu prends avec ton téléphone, tu les montres à tes amis ?
- Speaker #0
Pas du tout.
- Speaker #1
Et est-ce que les photos de tes grands-parents qui sont développées, est-ce que ça vous est arrivé de faire un dimanche repas de famille ? On sort les photos, on les regarde.
- Speaker #0
Et puis c'est la beauté de la photo, de la vieille photo aussi, de la vraie photo tirée, etc.
- Speaker #1
C'est ça. Et pour moi, c'est sortir les albums. C'est-à-dire que... Les photos de mon téléphone, alors elles font de très très belles photos, mais j'en sors aucune.
- Speaker #0
Et à quel moment tu te dis que tiens en fait la photo ça pourrait faire partie de ta vie de manière plus professionnelle ?
- Speaker #1
Ce jour-là, quand le photographe il me dit qu'il veut être formateur et il me regarde, il me dit est-ce que tu veux être ma première élève ? Et ça faisait un an que j'avais pas le sourire et ça faisait un an que j'avais pas eu ce petit truc de...
- Speaker #0
Cette flamme ?
- Speaker #1
Je vais faire quelque chose, je vais... connaître quelque chose d'autre.
- Speaker #0
Est-ce que ça avait davantage de sens pour toi parce que tu avais été malade ?
- Speaker #1
Oui, parce que quand j'ai été malade, j'ai eu honte de me prendre en photo.
- Speaker #0
Pourquoi ?
- Speaker #1
Parce qu'en chimio, quand tu es en chimio, est-ce que tu as déjà vu des gens qui viennent se faire prendre en photo en chimio ? C'est quelque chose qui est triste, c'est une maladie. Sauf qu'aujourd'hui, elle fait partie de mon histoire. Et la seule photo que j'ai, c'est un selfie. pourri, parce qu'il est pourri, moi branchée comme ça. Et j'ai eu honte alors que tous les jours, quand j'étais en chimio, mon mari m'accompagnait. Donc en fait, mon mari était à côté de moi, mais j'ai aucune photo de lui et moi. Et j'aurais adoré avoir ce passage-là de ma vie qui fait partie intégrante de mon histoire et de l'histoire de mes enfants. Parce que moi, je l'ai déposé à la crèche et j'allais en chimio.
- Speaker #0
Donc t'es formée par ce photographe ?
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Tu t'éclates ?
- Speaker #1
Ah, je revis.
- Speaker #0
Est-ce que tu imagines du coup que ça puisse être ton métier ?
- Speaker #1
Ouais. Je me dis, en fait, il y a tellement de choses à photographier. que je me dis vraiment, il y a tout le monde, il y a de la place pour tout le monde. Donc je me dis, ouais, ouais, ouais, ouais, ouais, il y a le Covid.
- Speaker #0
Et il y a le Covid qui arrive. Ok, donc toi à ce moment-là, tu n'as pas repris la mairie ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
À quel moment tu es censée reprendre ?
- Speaker #1
Je suis censée reprendre après le Covid. Donc je reprends.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Et je reste six mois.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
En fait, le premier jour, je rentre dans ce... couloir blanc.
- Speaker #0
Oui, je me souviens.
- Speaker #1
Couloir d'hôpital. Je re-rentre et je dis à mon mari, je lui envoie un message, je lui dis, ah non, c'est pas possible, viens me chercher.
- Speaker #0
Tu arrêtes ?
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Tu fais quoi ? Tu prends une dispo ?
- Speaker #1
Ah ouais, je me mets en dispo parce que je me dis, non mais non, je veux continuer à élever mes enfants.
- Speaker #0
Donc, tu le fais plus pour garder tes enfants ou tu le fais parce que t'as ton projet professionnel qui se dessine et que t'as envie de mettre...
- Speaker #1
Les deux. Mais j'avoue que le projet professionnel, il me pousse deux fois plus. Parce qu'à la mairie, on me refuse que je me forme.
- Speaker #0
C'est-à-dire ? Ah, parce que tu voulais évoluer au sein de la mairie ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Ok. Donc,
- Speaker #1
j'ai demandé des jours de formation pour faire de l'hypnose érectionnienne. Et je leur demande, je pose des jours de formation et on me les refuse. Mais on me les refuse hypocritement. L'injustice.
- Speaker #0
Mais du coup, ça n'a rien à voir avec la photo, là ?
- Speaker #1
En fait, si, ça a à voir parce que je voulais être photographe. Mais en fait, le volet thérapeutique, c'était quelque chose qui me fascinait.
- Speaker #0
Oui, ça t'a plu aussi.
- Speaker #1
Ça m'a plu aussi. Donc, je me suis dit, OK, je veux être photographe, mais je veux être plus qu'une photographe. Donc, pour pouvoir accompagner, forme-toi. Donc, je me suis formée en kinésio. Et j'ai compris que la kinésio, je l'ai fait pour moi. Je l'ai... pas fait pour pouvoir guérir les autres, mais pour comprendre pourquoi moi j'avais eu la maladie, qu'est-ce que le cancer venait raconter, venait me raconter, et quel lien j'avais, j'avais un lien transgénérationnel avec toute la lignée de femmes de ma famille.
- Speaker #0
Est-ce que t'as l'impression que la maladie ça t'a réveillée ?
- Speaker #1
Ah bah clairement, clairement. J'ai eu une autre image de moi, du coup beaucoup plus douce. avec moi-même et avec les autres.
- Speaker #0
Donc, tu restes six mois, t'arrêtes, tu t'occupes de tes enfants. À quel moment tu lances ton activité de photographe ?
- Speaker #1
De suite. De suite parce que j'aime créer et je ne voulais pas rester à rien faire.
- Speaker #0
Ça te stimulait ?
- Speaker #1
Voilà. C'est-à-dire que je savais ce qui me faisait vibrer. C'est-à-dire que quand j'ai l'appareil de photo dans les mains, je n'ai plus aucune douleur dans l'entièreté de mon corps.
- Speaker #0
Ok, c'est fou ça.
- Speaker #1
Donc, je me dis...
- Speaker #0
C'est un signe.
- Speaker #1
C'est un signe. Je n'ai plus aucune douleur. Je peux marcher avec le lymphodème. Alors que quand je n'ai pas l'appareil photo dans les mains, j'ai mal à la jambe. Je dois rester alité. Je dois porter des boîtes de contention. Là, j'ai un appareil photo dans la main. Je n'ai mal nulle part. Je peux rester à un mariage et photographier jusqu'au bout de la night. Sans avoir aucune douleur.
- Speaker #0
Est-ce que tu ressens la pression financière de te lancer au début ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Parce que j'imagine que ça ne fonctionne pas tout de suite. Tu vois, on ne remplace pas un salaire directement en se lançant. Comment tu le vis, toi, ça ?
- Speaker #1
Alors moi, rien ne me stresse. Mais par contre, mon conjoint, ça stresse beaucoup plus. Parce que lui, il est déjà à son compte. Il est déjà auto, il est en société. Donc mon conjoint, lui, ça le met en pression plus,
- Speaker #0
Parce que pour lui, la sécurité, c'est que toi, tu sois fonctionnaire et que lui soit à son compte.
- Speaker #1
C'est ça. Alors lui, ça fonctionne très bien, mais du coup, il y a un salaire en moins. Et dans le volet photothérapeutique, en fait, j'accompagne des femmes. Et de les accompagner chez moi, ça me dérange.
- Speaker #0
Oui, ce que je peux comprendre.
- Speaker #1
Donc, je trouve un local avec une personne qui était énergique.
- Speaker #0
Pour le partager, oui.
- Speaker #1
Pour le partager, on ouvre notre espace et 15 jours après, elle me lâche.
- Speaker #0
Ah ! Donc, ça veut dire que tu as un loyer à payer ?
- Speaker #1
Je suis prête à dire que j'ai un loyer de 650 euros à payer chaque mois.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
J'ai la blessure de trahison et la blessure du rejet, plus, La blessure d'injustice, c'est... Voilà. Donc là, blessure de trahison et d'injustice. Donc je me dis, le local, Dora, tu vas le prendre toute seule.
- Speaker #0
Parce que tu veux te prouver que tu es capable ?
- Speaker #1
Oui. Et pour me prouver que, en fait, je n'ai pas besoin de quelqu'un. D'être seule, c'est compliqué d'être seule quand on commence. Surtout que moi, je n'ai aucun modèle dans ma famille.
- Speaker #0
Ah oui, oui, c'est vrai.
- Speaker #1
On est tous des fonctionnaires. Donc, je me suis dit, vas-y, mon mari, il y arrive. Il n'y a pas de raison. Il n'y a pas de raison que moi, je n'y arrive pas. Et là, c'est compliqué parce que j'ai la pression de payer un loyer tous les mois. Donc, je le fais parce que j'aime que les personnes, elles évoluent et qu'elles comprennent qu'elles sont en train d'évoluer.
- Speaker #0
Oui, mais toi, en te lançant, tu prends aussi conscience que tu es à la tête d'un business et que ça doit forcément être lucratif, c'est-à-dire que ça doit te rapporter de l'argent.
- Speaker #1
Oui. Toi,
- Speaker #0
tu ne le conscientises pas, ça ?
- Speaker #1
Pas du tout.
- Speaker #0
Mais comment ça se fait ? Parce que l'argent, on en a tous besoin pour nourrir tes enfants. Est-ce que tu mets tout sur le pote de ton mari ?
- Speaker #1
Oui. Je pense qu'inconsciemment, je me dis... Il a les épaules, il sait que c'est ce que je veux faire et ce que je ne veux plus faire, c'est repartir à la mairie.
- Speaker #0
Et est-ce que tu penses que tu l'as pris comme un acquis, le fait de j'ai été malade, donc maintenant je vais faire ce que je veux et en fait, je ne porterai pas le poids de l'argent en fait ?
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
C'est ça, non ?
- Speaker #1
Ouais, clairement. Je me suis dit, je suis en vie, est-ce que je vais continuer à me faire chier et avoir mal au ventre tous les matins ? Non, alors tu sais quoi, fais ce qui te plaît. Vibre-le et l'argent en vrai. J'avais de l'argent quand j'étais malade, qu'est-ce que j'en ai fait ?
- Speaker #0
Combien de temps ça dure ton business ?
- Speaker #1
Ça dure deux ans.
- Speaker #0
Comment ça se passe pendant ces deux ans ?
- Speaker #1
C'est merveilleux. Vraiment, je kiffe. Je rencontre plein de nénettes, je rencontre plein de femmes que j'accompagne.
- Speaker #0
Tu te sens utile ?
- Speaker #1
Ouais, je me sens utile. J'ai encore envie d'apprendre, de changer ma manière. de photographier.
- Speaker #0
Est-ce que tu as l'impression, pendant ces deux ans, de faire tout ce que tu as à faire pour que ça se développe et que ça fonctionne bien ?
- Speaker #1
Je pense que, au jour d'aujourd'hui, je pense que non.
- Speaker #0
Parce que tu as pris un peu de recul ? Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi tu décides d'arrêter ?
- Speaker #1
Alors,
- Speaker #0
pas d'arrêter, mais en tout cas de prendre un chemin un petit peu différent.
- Speaker #1
Là, c'est un chemin différent parce que mon mari explose en plein vol. Et ça remet en question toute notre vie familiale. Et comme ma priorité, c'est ma vie de famille et ma vie d'épouse, je redécide de resécuriser le clan. Donc, je retourne à la mairie en mi-temps.
- Speaker #0
Comment tu le ressens, toi, ça ?
- Speaker #1
Très dur. C'est très compliqué. Pour moi, au début, c'est un échec. C'est un échec complet.
- Speaker #0
C'est un échec de quoi ? De la force de ton couple ou est-ce que c'est un échec entrepreneurial parce que tu n'as pas fait suffisamment selon lui ? Parce que selon toi, tu aurais pu continuer ?
- Speaker #1
Selon moi, j'étais en pleine ascension. Je me suis dit, en tant qu'entreprise, ce n'est pas du jour au lendemain. Je m'étais dit, trois ans, et ça a monté, ça a monté. Je me suis dit, Dora, ça y est là.
- Speaker #0
Tu touches quelque chose ou tu dédouas quoi ?
- Speaker #1
Je touche quelque chose parce que je suis en train de me faire un salaire mérite. Mais je décide quand même de me dire, ok, resécurise-le, resécurise ta famille. Et la photo, ça va continuer, mais différemment.
- Speaker #0
Est-ce que tu as l'impression de te sacrifier, toi ?
- Speaker #1
Clairement,
- Speaker #0
oui.
- Speaker #1
Mais en même temps, je l'ai voulu aussi, de me sacrifier. Autrement, je n'aurais pas eu une vie de famille et je n'aurais pas décidé d'arrêter. Oui,
- Speaker #0
c'est un choix en fonction de tes valeurs. Et tes valeurs de vie, c'est d'en prioriser la famille, puis ensuite le travail. Et la photo, même si c'est un peu une mission de vie, ça reste du travail.
- Speaker #1
Et là, c'est compliqué parce que pour moi, j'abandonne. Alors que je n'abandonne pas. Je me mets de côté parce que je suis incapable. émotionnellement de pouvoir accompagner quelqu'un. Donc, pour moi, tu ne peux pas être une bonne thérapeute si toi-même...
- Speaker #0
Tu viens de tsunami, quoi.
- Speaker #1
Tu viens de tsunami. Donc, il y en a qui le font. J'en connais beaucoup qui le font. Mais ce n'est pas mes principes et ce n'est pas mes valeurs. Donc, pour l'instant, je ne peux pas, je ne suis pas en capacité émotionnelle de pouvoir accompagner des femmes.
- Speaker #0
Oui, bien sûr.
- Speaker #1
Donc, je préfère me retirer, faire des photos classiques et lambda. Des photos de famille, parce que ça reste quand même du lien. Je n'accompagne pas les gens, mais ça reste quand même du lien. Donc, les photos de mariage, c'est quelque chose de beau.
- Speaker #0
Est-ce que tu as l'impression que, parce que tu es à mi-temps, mais que tu travailles et qu'effectivement, comme tu l'as dit, tu as aussi la charge et la logistique de la famille, des enfants et compagnie. Est-ce que tu as l'impression que tu vas avoir le temps quand même de continuer à développer ton activité en parallèle ?
- Speaker #1
Oui, mais par contre, je veux le continuer différemment parce que j'accompagne souvent des personnes qui ne voient pas leur potentiel. Donc, elles arrivent, je ne m'aime pas, je me déteste, je me trouve moche, il m'est arrivé ça. Mais souvent, c'est lié à l'enfance. Donc en fait, si tu ne travailles pas, ce qui s'est passé, tes traumas, en fait, tu n'arrives pas à découvrir ton plein potentiel. Et donc du coup, j'aimerais plus travailler sur ce côté transgénérationnel et psychologie d'enfance.
- Speaker #0
Est-ce que tu referais le choix d'entreprendre malgré ce que ça t'a coûté ?
- Speaker #1
Ah oui, clairement.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu dirais à une femme qui veut se lancer mais qui a peur de déséquilibrer sa famille ?
- Speaker #1
Si tu y crois, vas-y. Parce qu'en vrai, tu ne regretteras pas d'avoir essayé.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu as besoin de te prouver maintenant ?
- Speaker #1
Que je peux continuer et que j'y arrive et que tout le monde est sécure et heureux. Et en fait, vraiment par-dessus tout, c'est transmettre une valeur de ouf à mes filles, leur dire que vous pouvez tout faire dans la vie du moment où vraiment, si vous vibrez. Ça va fonctionner.
- Speaker #0
Dora, on arrive sur la dernière partie du podcast avec un petit jeu questions-réponses. D'accord ? Donc je te pose des questions et tu réponds spontanément.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Argent ou liberté ?
- Speaker #1
Liberté.
- Speaker #0
Ton indispensable sur un shooting ?
- Speaker #1
À part mon appareil photo, que la personne, elle soit comme elle est.
- Speaker #0
Une femme qui t'inspire, connue ou pas ?
- Speaker #1
Toutes ces petites jeunes qui se lancent, moi, ça me fascine.
- Speaker #0
Un rêve pas encore réalisé ?
- Speaker #1
Être photographe à vie.
- Speaker #0
Ton quartier préféré de Toulon ?
- Speaker #1
Je dirais Mayol. J'ai grandi là-bas, donc Mayol.
- Speaker #0
Une qualité indispensable pour entreprendre ?
- Speaker #1
L'honnêteté.
- Speaker #0
Ton plus gros défaut quand tu travailles ?
- Speaker #1
Je ne suis pas organisée, mais c'est parce que je le fais à la vibration. Tu es spontanée ? Oui, je suis spontanée.
- Speaker #0
Ce que la photo t'a appris sur toi ?
- Speaker #1
L'empathie.
- Speaker #0
Si tu pouvais déléguer une seule tâche à vie, ce serait laquelle ?
- Speaker #1
Toute la compta.
- Speaker #0
Si tu devais résumer ton parcours en un mot ?
- Speaker #1
Bonheur.
- Speaker #0
Ce que tu fais quand tu doutes ?
- Speaker #1
Je viens de voir. Tu me files un coup de pied au cul.
- Speaker #0
Tu te vois où dans 5 ans ?
- Speaker #1
Avoir un concept avec différentes thérapeutes et... Les personnes qu'on accompagne vont voir chaque thérapeute à un moment donné dans son accompagnement.
- Speaker #0
Tu dirais quoi à une femme qui déteste son image ?
- Speaker #1
Viens me voir !
- Speaker #0
Et enfin, quelle femme tu souhaiterais voir au micro de La Toulonnaise ?
- Speaker #1
Lolita, bise de femme.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Dora, d'avoir partagé ton parcours qui est... Très humain et en même temps très riche et puis plein de rebondissements et qui est plus représentatif effectivement de ce qu'on peut vivre au quotidien dans la vie de tous les jours et qu'on cache souvent sur les réseaux sociaux. Donc je pense que ton parcours pourra aussi parler à beaucoup de femmes. Merci beaucoup. N'hésitez pas à aller liker, commenter cet épisode, à laisser 5 étoiles sur le podcast si vous avez aimé et je vous dis à très vite. À très vite.