- Speaker #0
La voix des femmes, quand les silences prennent enfin la parole.
- Speaker #1
Je suis Cindy Rieniger, journaliste. La voix des femmes, c'est un podcast fait par des femmes, sur des femmes. Pas un podcast de plus sur la femme moderne. Pas un guide en dix étapes vers le bonheur. Un espace vrai où l'on parle enfin de ce qu'on sait depuis trop longtemps. Bienvenue dans La Voix des Femmes.
- Speaker #0
La Voix des Femmes, un podcast malice.ch
- Speaker #1
Bonjour à toutes et soyez les bienvenues. Aujourd'hui, nous allons aborder un sujet difficile, un sujet que l'on préfère souvent éviter, détourner ou alors minimiser. On parle... de violences conjugales. Elle ne commence pas toujours par des coups, elle s'installe doucement, parfois de manière plus invisible. Je vous propose donc dans cette émission le témoignage de Stéphanie. Pendant un an et demi, elle a vécu des violences physiques au sein de son couple. Un récit fort, brut, mais nécessaire à mon avis pour briser le silence sur ces situations qui se produisent trop souvent. Vous l'entendrez aussi, derrière ces situations, il y a des mécanismes vraiment complexes, des raisons aussi qui expliquent pourquoi on reste Merci. pourquoi c'est si difficile de partir. Pour mieux comprendre, je me suis adressée à une psychologue, Mélissa Picret, qui est basée à Martigny, en Valais. Vous entendrez également Anne Jeanneret, la présidente de l'association Nouveau Départ, située dans le canton de Fribourg. C'est une association qui aide les femmes à se préparer à partir justement d'un foyer violent. Bien entendu, si vous êtes concerné par ce sujet, n'hésitez pas à demander de l'aide. Vous trouvez dans la description de cet épisode des liens vers différents sites déjà qui peuvent vous tendre la main. Parce que parler... s'est déjà commencé à sortir du silence. Bienvenue dans la voix des femmes. Stéphanie a accepté de partager son histoire, une histoire intime avec des faits concrets, des émotions et une réalité que vivent encore trop de femmes aujourd'hui. On l'écoute.
- Speaker #0
Alors on s'est rencontré dans un groupe d'amis lors de sortie le week-end. Il n'y avait pas vraiment de relation, c'était... Il faisait partie de la bande de copains. Je ne parlais pas plus avec lui. Voilà, c'est un individu parmi tant d'autres. Moi, j'étais célibataire depuis peu. Et puis, je me suis un peu rapprochée de ce groupe-là, un peu par solitude, parce que ça s'est fait un petit peu comme ça. Et puis, je l'ai trouvé assez sympa. Mais au début, je n'avais pas du tout l'intention de sortir avec lui, ni j'ai aucune envie d'avoir une relation intime avec lui.
- Speaker #1
Il était gentil et puis je me suis dit que plutôt que d'être seule, pourquoi pas être avec lui ?
- Speaker #0
Mais pas d'attirance physique, plus que ça. J'étais sa princesse, il faisait tout pour moi. Il était là, il m'appelait plusieurs fois dans la journée, montrait qu'il était bien là, me demandait ce que je faisais, si tout allait bien. Tous les week-ends, on faisait ce que j'avais envie de faire. C'était moi, moi, moi en premier toujours, la vraie princesse. Toujours là pour moi, je me suis dit que j'avais rencontré le mec parfait. Et j'en suis assez vite revenue. Ça a tourné gentiment. à faire un peu plus comme lui voulait. Mais ça, ça faisait déjà après 5-6 mois. À dire, ce soir, je vais au billard. Je vais là. Mais sans plus m'inviter forcément à aller avec lui. J'étais plus forcément de la partie. Je me suis dit qu'il avait besoin aussi un peu de temps pour lui. Ça me permettait de voir encore un petit peu mes copines à cette époque-là. Donc assez bien, étonnamment. Je ne pensais pas forcément qu'il pensait à mal. On est sortis le vendredi soir. Tout s'est bien passé, j'ai dormi chez lui parce qu'on habitait chacun chez soi. Et samedi matin, je devais partir chez le coiffeur, un truc assez banal. Et j'étais assez stressée, je lui ai un petit peu répondu un peu sèchement. Et c'est là que j'ai reçu vraiment la première claque. Je suis tombée. J'ai perdu connaissance tellement il m'a tapé fort. Ouais, vraiment. Le temps, ça n'a pas duré deux heures, mais le temps de revenir à soi, de comprendre ce qui s'est passé. Je suis allée vers lui au salon, je voulais lui demander pourquoi, qu'est-ce qui s'était passé. Et là, en fait, c'était de ma faute, tout était de ma faute. Il avait la tête entre les mains, il pleurait. Voilà, c'était ma faute. Pourquoi tu m'as parlé comme ça ? Pourquoi tu m'as dit ça ? Moi, je... Je ne comprenais pas, c'est moi qui avais reçu un coup et c'est lui qui pleurait. C'était assez compliqué à gérer. Et je suis partie. Je suis partie parce que j'avais rendez-vous chez le coiffeur. Donc en fait, pour moi, c'était la priorité, c'est que j'avais un rendez-vous, je devais le respecter. Je suis partie comme ça, sans explication, sans rien. Quand je suis revenue, évidemment, il était tout content de me voir. Et j'en ai reparlé, je suis revenue là-dessus, en lui disant j'ai besoin de comprendre, puis il m'a dit oui, je suis vraiment désolée. La phrase que tout le monde dit, je suis désolée, j'aurais pas dû, mais. C'était le mais qui était en trop. Et là, j'étais plongée dans le grand bas, c'était fini pour moi. Il me dit que c'était une fois, que ça peut arriver à tout le monde. On fait tous des erreurs dans la vie. Je pensais vraiment que c'était sur le coup de lui, peut-être de l'émotion, que je lui avais mal parlé, que je n'étais pas vraiment comme ça. Plus d'une, j'étais beaucoup plus docile que maintenant, avec les années. Et non, je pensais que c'était vraiment de ma faute. L'évolution, là, pendant quelques temps, il a vraiment été de nouveau tout attentionné, évidemment. Et puis après, heureusement, on ne le voyait pas tous les jours. Mais les week-ends, ça devenait de pire en pire. C'était de plus en plus régulier. S'il était la semaine, un soir chez lui, il ne fallait surtout pas que je touche mon attel parce que forcément, je le trompais. Après, il y a la peur qui s'est vraiment installée. Je faisais de moins en moins me retrouver seule avec lui. Mais par la force des choses, c'était évident que je me retrouvais seule avec lui. Et il y a eu beaucoup, beaucoup de violences. De plus en plus. Verbal. Que je valais rien. Que sans lui, j'étais rien. Que si j'en étais où j'en étais, c'était grâce à lui. Et puis après, les mots, c'était... souvent les claques, les coups de poing, les coups de pied, toujours à des endroits où ça ne se voit pas, à part les claques, mais ça laisse rarement des marques. Mais les coups de poing, les coups de pied, toujours où on ne voit pas. Je n'ai jamais parlé. Même ma meilleure amie à l'époque, Des faits, elle ne savait pas. Elle ne savait pas. C'est honteux. C'est honteux d'avoir... de prétendre être une femme forte comme je le prétendais à l'époque, de dire que j'avais beaucoup de caractère et que j'étais toujours la première à dire si un jour un homme me lève la main dessus, je lui retourne ce qu'il m'a fait et je pars. C'est ce que je n'ai pas fait. Et du coup, on n'ose pas dire qu'on est faible. C'est honteux. C'est honteux. Moi, j'avais plein de copines qui me disaient « Ouais, t'as trouvé un mec bien. » Donc, en plus... Avec la parole des gens, on se demande si vraiment on réfléchit juste, puisque les copines disent « t'es un mec bien » . Et moi au fond je me dis « mais il n'est pas si bien que ça » . Parce qu'ils me tapent, mais les copines elles ne sont pas au courant. Puis elles te disent « ouais mais il est chouette, t'as vu tout ce qu'il fait pour toi, vous partez en vacances, il te prête sa voiture » . Ben ouais, en fait, vous avez raison, c'est un mec bien. Mais c'est pas ça un mec bien. Moi j'ai juste envie de dire une chose avant tout, pour celles qui vont certainement m'écouter, c'est que si... On le savait, on partirait, il n'y aurait pas de violence conjugale. Si on savait qu'à la première claque, on serait des femmes violentées, on partirait toutes, on ne se laisserait pas faire, il ne faut pas se leurrer. À ce jour, il n'y aurait pas de féminicide, il n'y aurait pas de violence familiale, il n'y aurait pas de violence conjugale, il n'y aurait pas de femmes battues. Il n'y a pas de femmes, en tout cas je ne connais pas de femmes dans mon entourage qui aiment se faire taper. Si on reste, c'est par peur, par honte, parce qu'ils nous menacent. Ils nous disent qu'on n'est rien sans eux. Et moi, je le pensais réellement. Pourtant, je travaillais, je gagnais ma vie, mais je pensais que lui m'élevait socialement. Que c'était grâce à lui que j'avais tous ces gens autour de moi, ces copains avec qui on sortait. Mais ce n'était pas la réalité de la vie, en fait. Ce n'était pas du tout ça. À l'intérieur, ce n'était pas ça. Ma vie, elle n'était pas jolie. On ne vivait pas ensemble, effectivement. Moi, j'avais mon appartement, il avait le sien. C'était tout lourd d'être là, tout le temps, tout le temps. Je lui disais que je finissais à 4h, à 4h30, il m'appelait pour voir où j'étais. C'était presque On se constate même sans être là physiquement. Il est toujours là d'une manière ou d'une autre. C'est très sournois comme présence et c'est très malsain. Il est tout le temps, tout le temps là. Tout le temps à me surveiller, à me demander où je suis, pourquoi je fais ça, à quelle heure je vais là, tout le temps. Bien sûr, il était possessif, j'étais sa chose. Il ne fallait surtout pas que je sorte du cadre qu'il avait mis parce que ça me permettrait peut-être de m'en aller. Donc ça, c'était surtout ce qu'il ne voulait pas. La proie, elle était là, elle était bien prise et il fallait la garder bien au chaud. Ça, c'est certain. Tout d'un coup, je recevais un SMS. Il n'était pas content parce que je recevais un message ou un mail. Il me prenait le nattel, il le lançait au milieu du salon, il explosait et puis je ramassais des claques. Il n'y avait souvent rien, même pas de dispute. Tout d'un coup, il se passait quelque chose à un moment T, ça ne lui plaisait pas. Il montait en colère et ça partait des claques ou il me poussait contre le mur. En vacances, j'ai cru que j'allais mourir quand on est parti en vacances. Il m'a pris par le cou, il m'a lancé contre le mur. Il me tenait par le cou. J'ai cru que là, c'était vraiment gentiment la fin et que je ne rentrerais certainement pas des vacances chez moi ou vivant tout entière. Ce n'était pas tous les jours. Déjà, on ne vivait pas ensemble, donc heureusement. Je crois qu'on n'arrive même plus à les apprécier, les moments qui peuvent être sympas. Parce qu'il y a tellement de violence et il y a tellement de méchanceté, on n'arrive plus à maintenir le regard, de se regarder l'un et l'autre. Moi, je n'avais plus envie de passer du temps avec, je n'avais pas envie qu'ils me prennent dans ses bras, parce qu'il y avait quand même un malaise qui s'était mis dans la relation. Ça devient malsain, c'est... Non. Je n'arrive plus à avoir les bons moments aujourd'hui. Aujourd'hui j'ai de la peine à me rappeler de ça. Tout ce que je me rappelle c'est qu'on s'est dit de puter le soir d'avant. C'était fort. Évidemment il y a eu des coups. Et le matin quand il est parti, je me suis dit c'est maintenant ou jamais. Donc j'ai appelé un copain de l'époque et je lui ai dit t'as 10 minutes pour venir me chercher. Et réellement, pour moi, alors qu'il était parti pour la journée, je lui ai dit, tu as dix minutes pour venir me chercher. Il n'a pas compris, mais il est venu. Le peu que j'avais d'affaires, je les ai lancées dans la voiture. Je lui ai demandé de me ramener chez mes parents. Et là, à ce moment-là, je me suis dit que j'étais peut-être sur le bon chemin et que j'allais peut-être m'en sortir. je ne suis jamais retournée. Jamais. Je suis arrivée chez mes parents comme si de rien n'était. Parce qu'entre deux, j'avais remis mon appartement, donc j'étais repartie vivre chez mes parents. Je suis arrivée chez mes parents, droite comme un i, comme bien souvent pendant cette période-là. On ne m'a pas posé de questions. J'ai posé mes affaires et j'ai dit maintenant c'est fini. Et j'ai eu la chance de pouvoir vraiment ne pas y retourner. J'ai réussi à ne pas y retourner. Mais ça a quand même duré une année et demie. Il est revenu me chercher pendant une semaine. Il m'a harcelée. Je ne dirais pas jour et nuit, mais pas loin. Des dizaines, des dizaines de messages, des appels. Il venait me chercher à la sortie du boulot. Il me regardait depuis le trottoir d'en face, et il me faisait signe qu'il me regardait, puis qu'il m'avait à l'œil. Donc pendant cette période, il y a toujours quelqu'un qui venait me chercher, ou je rentrais par moi-même, en faisant toujours très attention. J'essayais de changer d'horaire pour qu'il soit, lui, déstabilisé dans sa surveillance. Et après une semaine et demie, il a lâché prise. Il n'a pas été persistant, il avait trouvé une autre croix, malheureusement. Je pense que j'ai vraiment eu peur. C'était peu de temps après qu'on soit rentrés de vacances. Et là, en vacances, comme je disais tout à l'heure, j'ai eu vraiment peur d'y rester. Je me suis dit que je ne rentrerais pas. J'ai eu tellement peur qu'on appelle mes parents pour leur dire qu'il est arrivé quelque chose à votre fille. Ou que je sois morte, réellement. Ou physiquement atteinte dans ma santé. Parce qu'à force de taper, on peut aussi avoir des séquelles. Je crois que j'ai vraiment pensé à mes parents en leur disant « je ne peux pas leur faire ça » . Et je pense que c'est ce qui m'a aidée à réellement partir. Plus que moi de vraiment vouloir m'en sortir, parce qu'après ça a été dur, c'était un long combat. Mais je pense que c'est ce qui m'a aidée de me dire que je ne pouvais pas faire ça à mes parents. Une thérapie, je pense que c'est presque obligé. Moi j'avais pris, je pense, 30 kilos. Parce que je n'étais jamais assez bien pour lui, évidemment. Donc moi, ma protection, c'était de manger, de me sentir indésirable pour qu'il ne me touche pas. Ce qui n'était pas du tout la bonne chose à faire. Et oui, je pense qu'il y a des gens maintenant qu'il faut aller. Il faut aller en parler. On a besoin d'aide. On ne peut pas s'en sortir tout seul. C'est trop compliqué. Les gens ne se rendent pas compte de ce qu'on peut vivre entre quatre murs. C'est vraiment difficile. Et je pense qu'il faut aller voir quelqu'un. Et moi, j'ai eu la chance de pouvoir aller voir quelqu'un qui m'a beaucoup aidée. Mais très longtemps après, malheureusement. Bien plus de dix ans. Après les faits, dix ans, j'ai attendu d'où donc pour aller voir quelqu'un. Parce que je me suis rendue compte qu'il y avait peut-être quand même de quoi faire, de quoi parler. Il fallait que je lâche prise par rapport à certaines choses. Il faut être courageux de rentrer, de retourner où on nous tape. Et on n'est pas suicidaire pour autant, mais il y a tellement d'emprises là derrière qu'on n'a pas le choix d'y retourner. Donc je peux dire que je suis fière de moi. La confiance, ça a été très difficile. En tout cas, je ne remercierai jamais assez mon mari. Ça fait 11 ans qu'on est ensemble. Je lui ai expliqué très rapidement la situation. Il m'a toujours beaucoup soutenue. Il est toujours là pour moi. Ça a été très difficile au début, vraiment. Il n'a rien lâché. Je n'ai rien lâché. Et c'est possible, je me suis mariée parce que je suis très amoureuse de mon mari. Et il a toujours été là, il ne m'a jamais jugée, il m'a toujours soutenue. On peut le faire. On peut guérir. On peut guérir, on peut avancer. C'est marqué, on n'oubliera jamais. Mais je pense qu'on peut bien vivre avec. Mais je pense qu'il faut faire quelque chose réellement. On doit poser tout ça chez quelqu'un de neutre. On doit en parler. Mon mari, je le remercie de son soutien depuis 11 ans. Il a été au courant de mon histoire. presque depuis les débuts, il ne m'a jamais jugée. Et je tenais juste à lui dire que je l'aimais très fort et que c'est lui jusqu'à la fin.
- Speaker #1
ou vivent sans toujours le comprendre. Bonjour Melissa.
- Speaker #2
Bonjour Cindy.
- Speaker #1
Est-ce que vous aimeriez rajouter quelque chose sur le témoignage de Stéphanie ?
- Speaker #2
Le témoignage de Stéphanie, pour moi, il représente bien, il illustre bien en fait tout ce mécanisme de l'emprise psychologique qui mène dans son cas jusqu'à la violence conjugale.
- Speaker #1
On entend très souvent ce terme « violence conjugale » . Qu'est-ce qui l'englobe réellement ?
- Speaker #2
Finalement, la violence, c'est tout ce qui a un impact sur la liberté et la sécurité de la personne. Donc il va y avoir la violence physique, les coups, les blessures, mais aussi la violence psychologique, que ce soit des insultes, des menaces, de la dévalorisation, de l'intimidation, isoler la personne, le contrôle sur la personne. Ça comprend aussi les violences sexuelles et puis aussi les violences économiques, le fait par exemple de contrôler le budget. d'interdire d'avoir son propre compte ou même parfois l'interdiction à la personne de travailler.
- Speaker #1
On l'a entendu dans le témoignage de Stéphanie, c'est quelque chose qui s'installe petit à petit. Généralement, ça prend plusieurs semaines, plusieurs mois ?
- Speaker #2
Oui, alors c'est très insidieux. On parle souvent de ce terme de love bombing, où on utilise le coup de foudre un peu pour justifier des attentions qui sont écrasantes, beaucoup de cadeaux, des compliments excessifs. Et en fait, toutes ces attentions flatteuses, elles visent à créer une dépendance affective. Il y a aussi ensuite l'aspect isolement, chercher à monopoliser tout le temps de la personne, de vouloir toujours être avec elle. Et puis, au bout d'un certain temps, il y a comme un changement qui s'opère. Une fois que la victime, entre guillemets, est tombée entre les mailles du filet, si je peux dire ça comme ça, l'infection, elle est retirée et puis elle est remplacée par de la manipulation, des reproches, des violences, le contrôle qui s'intensifie. Et puis, dans les cas les plus graves, ça s'accompagne aussi de violences non seulement psychologiques, mais aussi physiques.
- Speaker #1
Et c'est une violence qui s'installe de manière progressive aussi ?
- Speaker #2
Alors oui, souvent, ça démarre par des actes ou des paroles qu'on peut juger entre guillemets minimes. Tu devrais faire ceci, tu devrais faire cela. On le voit dans le témoignage de Stéphanie. Au début, elle parle du contrôle, de savoir si j'allais bien, avec qui j'étais. Et puis après, ça devient de plus en plus insistant. Elle disait qu'elle devait entrer, qu'elle avait dit qu'elle rentrerait à 16h. À 16h10, ils l'appellent. Il y a le contrôle, l'isolement, les violences psychologiques. Et puis en général, ça... termine, entre guillemets, par les violences physiques dans les cas les plus graves. Mais dans certains cas, on peut avoir tout de suite, par exemple, de la violence physique avec une gifle ou des coups.
- Speaker #1
Oui, là, on l'a entendu, où elle dit que sa première gifle, elle l'a laissée sans connaissance. C'est donc quand même un coup très violent pour qu'on en arrive à ça. Donc finalement, au moment où la violence physique arrive, Ce n'était pas le premier acte de violence. Souvent, il y a des choses psychologiques qui vont se passer avant, qu'on ne va pas forcément repérer, c'est ça ?
- Speaker #2
Exactement, oui.
- Speaker #1
Comment est-ce que ça fonctionne, l'emprise psychologique ?
- Speaker #2
En fait, c'est vraiment une alternance entre ce côté manipulation et affection. Donc, d'un côté, il y a cette manipulation avec, comme je le disais tout à l'heure, le fait de contrôler la personne, de l'isoler, de l'humilier, qui génère vraiment de la peur chez la personne qui en est victime. Puis de l'autre côté, il y a tout ce côté séduction, des promesses, des cadeaux. Et du coup, en fait, la personne, elle est constamment en train d'essayer d'évaluer le danger, de chercher à plaire et puis d'éviter le conflit, parce qu'il est vraiment dans un état de confusion.
- Speaker #1
Et une femme peut-elle continuer quand même à aimer un homme violent, malgré les gestes violents, justement ?
- Speaker #2
Oui, et c'est ça qui rend le fait de pouvoir partir si difficile. Parce que, comme je le disais avant, il y a vraiment cette alternance entre la violence et les gestes d'affection qui crée un cycle où la victime croit en la possibilité que la personne change. Ou alors, elle va se focaliser sur les bons moments pour justifier les mauvais. Ah, il m'a insultée ou il m'a dénigrée, mais bon, après, il m'a fait un bouquet de fleurs ou il m'a invitée au restaurant. Donc, elle va dire que ça veut dire que dans le fond, il m'aime ou qu'il s'en veut.
- Speaker #1
On va lui trouver des excuses, en fait.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #1
C'est pour ça que c'est si difficile de partir.
- Speaker #2
Oui, en partie, mais il y a d'autres facteurs. Il y a la honte. Comme le disait Stéphanie dans le témoignage, elle disait qu'on n'ose pas dire qu'on a honte, qu'on pense qu'on est faible. Donc, il y a la honte. Il y a aussi la peur. peut être sans la personne. Elle le disait aussi, il lui disait t'es rien sans moi ou elle se disait c'est grâce à lui que j'ai ce cercle social, que j'ai des amis. Donc de se dire mais si je ne suis plus avec cette personne, qu'est-ce que je vais devenir ou qu'est-ce qui va devenir de moi ? Il y a aussi le doute de sa propre légitimité à mettre un terme à la relation parce que Là, dans le témoignage de Stéphanie, d'une part, il y avait ses amis qui lui disaient « Ah, mais t'as de la chance, t'as un mec super, il te prête la voiture, on partait en vacances. » Donc, se dire « Ok, mais est-ce que ce n'est pas moi le problème ? » D'autant plus que c'est souvent quand il y a de la violence, que ce soit physique ou psychologique, mais des phrases de l'agresseur du type « Regarde ce que tu me fais faire » ou « C'est à cause de toi » . Donc, vraiment, on doute de sa propre légitimité.
- Speaker #1
Quand il y a des premiers signes, souvent on l'a dit, on ne les voit pas forcément ces premiers signes, mais le fait d'avoir déjà quelqu'un qui nous couvre de cadeaux, qui est dans quelque chose de beaucoup trop, ça devrait nous donner des premiers signes que ça devient toxique ?
- Speaker #2
Ça peut, mais disons que les premiers signes pour moi, ce serait plutôt que dès qu'il y a plus de souffrance que de bonheur dans la relation. Quand on est dans un état de stress, d'anxiété, de doute permanent, c'est qu'il y a quelque chose de toxique. Après, une relation, elle peut être toxique pour deux raisons. La première, ça peut être, entre guillemets, simplement une incompatibilité ou un dysfonctionnement relationnel. On a des situations, des besoins qui diffèrent. Et là, s'il y a la possibilité de communiquer ou d'entamer un suivi psychologique, une thérapie de couple ou comme ça, ça peut se résoudre. Mais après, c'est quand on est dans des relations toxiques avec des personnalités manipulatrices où là, vraiment, c'est bien plus complexe.
- Speaker #1
Ça va beaucoup plus loin. Quels comportements, alors, doivent nous alerter ?
- Speaker #2
Quelqu'un qui veut vraiment exercer ce contrôle. Comme elle le disait au départ, c'était de... Si je vais bien, à quelle heure je rentre ? Pourquoi j'ai 10 minutes de retard ? Mais le contrôle, voilà, du téléphone, des messages, des déplacements, avec qui on est, où, combien de temps. L'isolement aussi, le fait de moins voir ses proches. Souvent, ça va être des phrases de « Ah, mais tu vas voir cette copine, mais tu l'as déjà vue. Et puis, elle a une mauvaise influence sur toi. » D'essayer de vraiment faire le vide autour de la personne et de lui faire croire qu'on est la seule personne qui est bien pour elle ou qui lui veut du bien, alors que ce n'est pas du tout le cas. Et puis aussi, tout ce qui est insultes, menaces, dévalorisations, humiliations. Ce ne sont pas des choses qui sont normales dans une relation saine. Et puis ben... Pour finir, je dirais aussi que tout ce qui est violence, que ce soit physique, sexuelle, clairement, c'est des signes d'alerte.
- Speaker #1
Est-ce qu'il existe un profil type d'un agresseur ?
- Speaker #2
Je dirais que généralement, c'est quand même des personnes qui ont besoin de pouvoir, de contrôle, qui ont peu d'empathie. Mais être agresseur, entre guillemets, ce n'est pas inné. Il y a l'histoire personnelle qui va entrer en jeu, les blessures, les insécurités qui jouent un rôle. même si bien évidemment, ça ne justifie jamais la violence.
- Speaker #1
En parallèle, est-ce qu'il y a aussi un profil type de victime qui serait plus facilement manipulable ?
- Speaker #2
Non, franchement, ça peut toucher n'importe qui. Alors évidemment qu'il y a des facteurs qui peuvent augmenter le risque, notamment si on est isolé socialement, avoir une faible estime de soi, avoir de la dépendance affective ou bien même des expériences de violence antérieure. Il y a vraiment n'importe qui qui peut être touché. Et Stéphanie le disait très bien dans le témoignage. Moi, j'étais la première à dire que si on me fait ça, je tourne les talons et je m'en vais. Et finalement, quand ça nous arrive réellement, ce n'est pas si facile.
- Speaker #1
Est-ce qu'il peut y avoir des conséquences à court ou à long terme sur la santé, qu'elle soit physique ou mentale ?
- Speaker #2
Oui, bien sûr. Physique, déjà, je dirais les marques, les coups, les blessures, ça peut laisser des traces, des séquelles. Et puis au niveau psychologique, il y a d'une part une perte de confiance en soi. Dans ce type de relation, on doute de qui on est, de notre propre identité, de notre perception, de nos choix. Ça génère aussi beaucoup d'anxiété. On est dans ce climat anxieux, d'hypervigilance constante. Ça peut mener également à des dépressions, à du stress post-traumatique, et puis également à des difficultés relationnelles.
- Speaker #1
Donc on peut aller jusqu'au stress post-traumatique.
- Speaker #2
Oui, parce qu'en fait, cette violence, elle nous met dans un état constant d'hyper-vigilance. Et puis, souvent, cette violence, elle part de rien. Comme elle le disait aussi dans le témoignage, ils peuvent être tranquilles sur le canapé, elle reçoit un message, il pète un câble, il jette le téléphone, il va la gifler. On ne sait plus, ce n'est même pas forcément qu'on fait quelque chose de mal. Alors, pour les cas, on ne fait jamais quelque chose de mal qui peut justifier cette violence. ça, mais... Ça arrive comme ça, donc on est tout le temps en train d'évaluer, d'essayer d'éviter le conflit, d'éviter un truc qui pourrait être mal interprété ou mal fait pour éviter ça. Et puis même après la séparation, ce trauma persiste, cette hypervigilance persiste.
- Speaker #1
On peut aider bien sûr après ce genre de choses-là, on va y revenir. Comment est-ce que la violence affecte aussi cette estime de soi ?
- Speaker #2
En fait, dans ce genre de schéma, la victime... Elle doute complètement de sa valeur, en fait. Elle ne sait plus qui elle est. Elle est beaucoup dévalorisée. Elle culpabilise aussi beaucoup. Il y a vraiment une perte de sa propre identité et de sa capacité à se faire confiance, confiance en ses propres perceptions.
- Speaker #1
Et il y a certaines femmes qui mettent même des années à réaliser qu'elles ont été victimes. Pour quelles raisons ça prend autant de temps ? On vit un peu dans le déni ?
- Speaker #2
Il y a plusieurs raisons qui expliquent ça. Comme je le disais tout à l'heure, La temps prise, elle s'installe vraiment progressivement, ce qui crée un état de confusion entre l'affection et la violence.
- Speaker #0
Il y a aussi toutes ces phrases culpabilisantes, « Regarde ce que tu me poses à faire » ou « Tu ne vaux rien sans moi » , qui nous amènent vraiment à douter de soi. Et puis, souvent, après les violences, justement, il y a ces attentions où, comme je disais tout à l'heure, c'est vraiment cette alternance, manipulation, affection qui fait que ce n'est pas clair de pouvoir se positionner et de dire, « Clairement, là, je vis quelque chose que je ne devrais pas vivre et il faut que je m'en aille. » Parce que, comme elle le disait aussi, Stéphanie, après la première claque, pendant plusieurs semaines, il est tout attentionné, il pleure, il s'excuse, donc on peut avoir tendance à dire « c'est une erreur, ça peut arriver, ça ne se commencera pas » . Mais ce qu'on voit, en tout cas ce que je peux observer dans ma clinique, c'est que si ça arrive une fois, il y a de fortes chances que ça se reproduise.
- Speaker #1
Oui, on ne devrait pas pardonner la première.
- Speaker #0
Oui, et je ressens aussi que peut-être, en fait, il y a certaines personnes qui peuvent avoir grandi dans des environnements violents. où finalement ce schéma c'est leur normalité parce qu'elles ont vu ça dans le couple de leurs parents ou dans des relations antérieures et qui font que c'est leur normalité à elles.
- Speaker #1
Et quand on vit ce genre de choses, l'idée serait de pouvoir s'en aller du moment qu'on trouve le courage et la force de le faire. Comment est-ce qu'on peut préparer un départ pour rester en sécurité ?
- Speaker #0
De ce que j'observe dans ma pratique clinique, ce qui permet le plus souvent de pouvoir partir, c'est d'en parler. Parler que ce soit à une personne proche de confiance ou à un professionnel pour avoir l'aide partielle. Il faut vraiment envisager un plan de sécurité. Où est-ce que je vais aller ? Par quels moyens ? Pour combien de temps ? Prévoir vraiment les aspects financiers, légals. S'il y a des enfants aussi, les protéger. Et puis s'appuyer sur des associations ou des thérapeutes aussi qui peuvent m'aider par rapport à ça.
- Speaker #1
Donc le premier pas... concret à faire, c'est de s'adresser à quelqu'un ?
- Speaker #0
Oui. Que ce soit un proche ou un professionnel, en tout cas de moi, de ce que j'ai vu, c'est toujours par l'aide d'une tierce personne que la personne a pu partir.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a forcément derrière une plainte ? Est-ce qu'on doit porter plainte ou pas forcément ?
- Speaker #0
Non, pas forcément. Ça dépend du besoin de la personne. Est-ce que j'ai besoin d'une reconnaissance légale ? Est-ce que j'ai besoin d'une protection ? Puis souvent aussi, le fait de porter plainte, en fait, c'est des procédures qui prennent du temps, qui coûtent de l'énergie, qui coûtent de l'argent. Parfois aussi, ça peut être dur de devoir se retrouver confronté à son agresseur et des fois, c'est des choses par lesquelles on n'a pas envie de passer.
- Speaker #1
Comment on se reconstruit ? Alors, on a parlé tout à l'heure d'un stress post-traumatique, des gros problèmes d'estime de soi, etc. Donc après, une relation comme celle-là, on va devoir forcément passer par reprendre soin de soi et retrouver sa confiance. Ça se passe comment ?
- Speaker #0
Oui, alors moi je dirais que c'est quasiment nécessaire de faire appel à des thérapeutes et d'avoir un suivi psychologique par rapport à ça. En effet, comme vous le dites, il faut reprendre confiance en soi, reconstruire son estime de soi, retrouver aussi son identité. Souvent, on ne sait plus qui on est, qu'est-ce qu'on aime, qu'est-ce qu'on aime faire, tellement on était sous l'emprise de cette relation. Et tout ça, ça passe par du soutien psychologique, par des relations saines, Par rapport...
- Speaker #1
Il existe plein de choses pour pouvoir se faire aider. On l'a entendu, Stéphanie a réussi à se sortir de ça, mais aussi à retrouver l'amour et à se marier. C'est possible aussi de refaire confiance à quelqu'un après une expérience comme celle-là ?
- Speaker #0
Oui, c'est possible, mais ça se fait progressivement. En fait, la personne doit apprendre à distinguer les expériences passées des nouvelles relations qu'elle va avoir et du coup il faut accepter qu'il y aura ce temps de vigilance mais qui est normal. Quand on rencontre une personne et qu'on entame une relation justement on aura un peu ces réflexes d'hypervigilance, de ne pas se sentir en confiance ou de ne pas oser s'affirmer comme ça, de peur de revivre les mêmes choses et il faut vraiment pouvoir distinguer, ok là je ne suis plus avec mon ex-compagnon, j'ai le droit de donner mon avis sans risquer De me faire insulter, dénigrer, frapper.
- Speaker #1
Oui, c'est un long chemin. Est-ce qu'il y a un type d'accompagnement à avoir ? Je sais qu'il existe plusieurs sortes de thérapies psychologiques. Par exemple, il y aurait un bon chemin ou ça dépend un petit peu des cas ?
- Speaker #0
Je pense que ça dépend des cas. Mais dans tous les cas, un suivi psychologique, comme je disais tout à l'heure, je pense que c'est presque nécessaire. Il y a aussi des soutiens par des associations spécialisées. Chez Grand Valais, il y a la Favara, ou il y a la plateforme cantonale valaisanne contre les violences domestiques. Les groupes de parole aussi, comme je le disais tout à l'heure, le fait de pouvoir échanger avec des personnes qui ont vécu la même chose, qui sont peut-être à des stades différents de leur vie, ça fait toujours beaucoup de bien. Et puis aussi toutes les aides qui peuvent être juridiques et sociales.
- Speaker #1
On s'adresse bien sûr à toutes les femmes qui peuvent vivre aussi ce genre de situation en ce moment même. Si en écoutant cet épisode, elles devaient entendre un conseil en particulier, ce serait lequel ?
- Speaker #0
La première chose que je dirais, c'est que ce qu'elles vivent, ce n'est pas normal. Qu'elles ne méritent en aucun cas cette violence. Et qu'une fois, c'est déjà la fois de trop. Qu'elles peuvent et qu'elles doivent chercher de l'aide. C'est crucial d'en parler, que ce soit à un proche, à un professionnel de la santé. Et puis qu'elles soient capables de s'en sortir.
- Speaker #1
Oui, c'est ça, trouver la force, de se dire qu'on aura la force et on trouvera les moyens d'y arriver. Est-ce qu'il y a un signe qu'il faut arrêter de minimiser un maximum ?
- Speaker #0
Je ne vais pas en donner qu'un. Je pense que vraiment déjà, quand on est dans cette peur, dans le contrôle et la dévalorisation, que ça devient constant et que ça a un impact au quotidien, c'est déjà un signe. Et puis toute violence répétée doit vraiment être prise au sérieux.
- Speaker #1
Il ne faut vraiment plus douter de soi, en tout cas, quand on vit ce genre de choses-là. Après, il y a aussi une question qui peut être compliquée, c'est quand on est à côté, on est proche, comme vous le disiez, ou une amie ou de la famille, et qu'on voit qu'il y a quelque chose qui ne joue pas. C'est parfois compliqué de se dire, ok, est-ce qu'il faut que je dénonce moi ? Est-ce qu'il faut que je fasse quelque chose moi ? Qu'est-ce que vous diriez à quelqu'un de proche qui soupçonne qu'une amie vit des violences ?
- Speaker #0
Il faut offrir un espace de parole, mais sans jugement. Ça veut dire pas avoir des questions trop directes ou trop cash, mais plutôt questionner de manière large. Est-ce que ça se passe bien dans ton couple ? Si ce n'est pas le cas, tu sais que tu peux m'en parler. Parce que souvent, ces personnes sont dans la honte de ce qu'elles vivent. Elles n'osent pas en parler. Et si en plus, un proche ou quelqu'un va dire « Ton compagnon, il fait ceci, il fait cela. Ce n'est pas quelqu'un de bien. » Ça va être encore plus difficile d'en parler. Bravo ! peur du jugement. Donc, plutôt d'offrir un espace au jugement, éventuellement aussi informer sur les ressources disponibles. J'ai vu qu'il y avait tel thérapeute ou telle association dans le coin. Et puis, s'il y a une demande de la personne, l'accompagner pour qu'elle puisse agir en toute sécurité.
- Speaker #1
Mais c'est important, en tout cas, de ne pas la laisser toute seule et de quand même manifester notre volonté de l'aider, en fait.
- Speaker #0
Oui, bien sûr.
- Speaker #1
Par contre, on n'agit jamais sans la... L'accord, disons, de cette personne-là, on ne va pas commencer à aller appeler la police si elle-même n'est pas d'accord avec cette manière de fonctionner ?
- Speaker #0
C'est délicat, mais je dirais que dans un premier temps, ce n'est pas la meilleure option, parce qu'il y a un risque de déclencher une escalade de la violence au sein du couple. Il y a le risque aussi que la personne perde confiance en nous, elle nous confie quelque chose, et puis nous, on agit dans son dos sans lui en parler au préalable. Et puis de ce fait, le policier se retrouvera encore plus isolé, ce qui est précisément ce que recherche l'agresseur. Je dirais que c'est mieux de lui dire directement qu'on est inquiet pour elle, de ne pas la juger, de ne pas la forcer à agir et puis de lui rappeler qu'elle peut partir, qu'elle peut demander de l'aide et même d'éventuellement lui proposer de l'aide. Après c'est différent s'il y a un danger qui est imminent. Si une amie vous appelle en vous disant qu'elle s'est enfermée dans la salle de bain parce que son compagnon est violent, qu'il l'a frappée, qu'elle a peur. qu'elle pense qu'il va la tuer ou des choses comme ça, là, bien évidemment que oui, il faut intervenir.
- Speaker #1
Dans tous les cas, gardez l'esprit que la communication est très importante, que ce soit du côté de la victime ou du côté des proches. En tout cas, essayez d'ouvrir la communication d'un côté ou de l'autre pour pouvoir s'en sortir. Merci beaucoup, Mélissa Picret, pour tous ces conseils. On retrouve toutes les informations pour vous joindre sur votre site melissapicret.ch qui est en lien dans la description de cet épisode. Après le témoignage, après les mots posés pour comprendre, il reste une question essentielle. Et maintenant ? Quand on vit une situation de violence, ou qu'on commence à en prendre conscience, vers qui est-ce qu'on se tourne concrètement ? Pour répondre à cette question, j'ai souhaité donner la parole à l'association Nouveau Départ à Fribourg. C'est maintenant sa présidente, Anne Jeanneret, qui nous rejoint. Bonjour Anne.
- Speaker #2
Bonjour.
- Speaker #1
J'aimerais aussi vous laisser l'opportunité de rebondir sur le témoignage de Stéphanie.
- Speaker #2
Alors son témoignage démontre la difficulté de voir les choses de manière factuelle. Donc par exemple, l'émotion va prendre beaucoup le dessus. Et puis les victimes prennent souvent les décisions que le cœur y dicte en fait. Et puis elle démontre aussi la facilité de se faire manipuler. Donc tout le monde, y compris les juges, les assistants sociaux et autres. Et puis la honte, la peur, la culpabilité sont des sentiments omniprésents. Et puis pour la société, demander de l'aide, s'être trompée, c'est une tare pour beaucoup. Parce qu'on peut tous se tromper en fait.
- Speaker #1
Et vous êtes donc la présidente de l'association Nouveau Départ. Est-ce que vous pouvez nous expliquer qu'est-ce que vous proposez au sein de cette association ?
- Speaker #2
Alors nous on propose les prestations suivantes. Donc il y a une permanence téléphonique 24h sur 24, 7 jours sur 7. Il y a des visites à domicile. Après il y a des accompagnements vers des institutions telles que la vie, hôpital, police, avocat, tribunal. On a un sac d'hygiène avec des produits de première nécessité. Alors il y a des shampoings, produits de douche, pas de savon, raseur jetable, dentifrice et brossard d'angle adulte et enfant. Il y a des couches pour enfants. Après on a un disque violentomètre avec un sifflet. pour appeler à l'aide. Des odorants sprays ou lacs pour se défendre à la place du spropoibre. Ensuite, on offre également un sac alimentaire avec à peu près 15 à 20 francs d'ouvriture dedans. Il y a du cash si on en a. Et puis, grâce à notre collaboration avec l'association United, on a un hébergement et un centre d'écoute qui est également à la disposition des personnes qui nous appellent. Et puis, les petits plus qu'il y a et qui manquent réellement pour les... notamment pour les mamans, il y a des possibilités de présence pour un passage d'enfants, donc les kilomètres sont facturés, et puis les salles de taxi, si le bénévole est là, les kilomètres sont également facturés.
- Speaker #1
Donc vous venez en aide aux femmes qui essayent de pouvoir partir d'un domicile où elles subissent des violences, c'est bien ça ?
- Speaker #2
Oui, tout à fait, exactement. Donc il faut juste bien penser que les départs, ça se prépare. Donc il faut vraiment, dès qu'on sent qu'il y a quelque chose qui se passe à la maison, C'est important de tout préparer en amont pour qu'on puisse partir. C'est ça qui est important.
- Speaker #1
Vous accompagnez aussi les femmes à se préparer et non pas seulement juste au moment du départ ?
- Speaker #2
Oui, exactement. On est vraiment là pour se préparer. Ouvrir un dossier à la visite, faire des constats médicaux, rendre rendez-vous avec des avocats si nécessaire. Donc vraiment on prépare le départ en fait et puis quand il y a l'urgence, parce qu'en fait souvent les urgences ça vient la nuit ou le week-end quand les bureaux sont fermés. Et c'est vrai que là j'ai fait l'armée, on avait eu un homme aussi il n'y a pas si longtemps que ça, donc on a constaté que pour par exemple le canton de Fribourg, Solidarité Femmes était ouvert quasiment tout le temps pour les dames, mais pour les hommes par exemple c'était ouvert que l'après-midi en semaine de 14h à 17h et le vendredi ça se ferme à 16h. Par exemple, c'est vrai que le samedi-dimanche, il ne faut pas se faire casser la gueule.
- Speaker #1
À quel moment une femme va pousser la porte de votre association ? En général, elles arrivent à quel moment ?
- Speaker #2
Lorsqu'elles ressentent le besoin de confirmer ce qu'elles ont vécu. Donc elles savent que tel téléphone, chez nous, il y a quelque chose qui ne joue pas chez elles. Il y a quelque chose qui ne joue pas et souvent il y a la confirmation. La majorité du temps, c'est ça. Après, elles ont aussi besoin de voir ce qu'il faut préparer pour éviter la précipitation. Souvent, on se dit, je pars, mais quel chemin je dois prendre ? On ne peut pas faire ça n'importe comment non plus, parce qu'on pense qu'on se fait taper, il suffit d'aller à l'hôpital, dans un poste police. Non, ça ne suffit pas. Il y a vraiment tout un cursus à faire pour ne pas se tromper. Vous voyez, il faut... On pense qu'il faut tout de suite porter plainte, mais ce n'est pas le cas. Il suffit souvent de faire un constat, après d'aller à la lavie pour avoir un avocat. Et ce qui est important de savoir, c'est que les avocats qui sont pris en charge par la lavie, l'assistant judiciaire n'est pas remboursable pour la victime et les proches. Il paye les quatre premières heures, et après c'est l'assistant judiciaire qui prend la suite. Et puis, quand c'est pris en charge par la lavie, peu importe le canton où on vit, en fait, ce n'est pas remboursable. Parce que l'assistant judiciaire, vous devez le rembourser, mais pas dans le cadre de la la vie. Et c'est valable aussi pour les proches. Donc, par exemple, s'il y a des grands-parents qui se font menacer de mort, et qu'ils se demandent à la la vie, en fait, vu qu'il y a une prise en charge, la vie, il n'y a pas de remboursement nécessaire.
- Speaker #1
Souvent, les femmes qui vivent des violences, y compris Stéphanie, elle l'explique, ce n'est pas facile de partir. Vous l'avez dit, même ça se prépare. Mais quand il y a de la violence physique, on a parfois aussi peur pour sa vie, parce qu'on ne sait pas jusqu'où la personne est prête à aller. Comment est-ce qu'on trouve alors le courage à ce moment-là de s'en aller ?
- Speaker #2
Alors, c'est un déclic qu'on trouve au fond de soi. Et ça, ce déclic, il ne s'explique pas. Il y a un moment donné où on se dit, si ça continue comme ça, le prochain coup, je ne vais pas pouvoir me relever. En fait, c'est souvent ça. Et là, j'incite vraiment les gens. dès qu'elle voit qu'il y a un truc qui ne joue pas, on le sent tout de suite au fond de nous, de préparer ce départ, déjà d'avance. Parce que ce n'est pas une fois qu'on se retrouve dans un coma, enfin, quand je dis coma à l'hôpital, qu'il faut se dire, mince, qui va s'occuper de mes enfants ? Comment est-ce qu'on va faire pour l'école ? Comment est-ce qu'elle va faire pour le travail ? Qui va informer ma famille ? Enfin, Stéphanie, elle disait, par exemple, le déclic qu'elle a eu, c'était quand elle s'était dit, mince, le prochain coup, si je me retrouve avec la cloche en bas, qu'est-ce qui va se passer pour ma famille ? Ça, ça a été son déclic. Et peut-être que ce n'est pas un si mauvais déclic, disons.
- Speaker #1
Oui, dans l'idéal, il faudrait qu'il arrive plus tôt que la peur de la mort. Mais comme on l'a dit, ce n'est vraiment pas évident. Il y a aussi toute cette peur du regard des autres, du jugement, etc. S'il y a une femme qui nous écoute aujourd'hui, qui est dans cette situation d'une relation violente, qu'est-ce qu'elle devrait faire pour commencer alors ?
- Speaker #2
Alors là, pour commencer, il faut absolument qu'il y ait un constat médical, tout de suite. Peu importe que ce soit psychologique ou physique. Il faut absolument aller auprès d'un médecin. Et puis, il faut aussi que ce constat médical se fasse auprès d'un médecin neutre. Ça peut être Médone ou Pôle canton de Fribourg. Ils se déplacent à domicile si jamais. Il y a également les permanences médicales. Il y a les urgences de la HFR. Et puis, il y a la médecine de la violence. Mais ça, il faut prendre rendez-vous. Mais si vous passez aux urgences, normalement, ils peuvent prendre rendez-vous. Et puis, pourquoi... Pourquoi il faut éviter le médecin habituel ? Parce qu'au fait, le médecin habituel, lui, va prendre de plus la défense de la patiente. Puis ça peut être reproché. D'où l'importance vraiment d'aller chez un autre médecin. Parce que l'autre médecin, il ne vous connaît pas, puis il ne peut que constater. C'est un constat qui se fait à chaud. Après, ce qui est important aussi, c'est de tenir un journal de bord avec date d'événement et la description des faits. Si on n'a pas forcément envie d'aller à chaque fois chez le médecin, on fait un peu une sorte de journal intime, comme on avait à l'époque. On écrit la date, ce qui s'est passé, ce qui s'est fait, qu'est-ce qu'on a subi. Après, mettre ses documents importants en lue sur. Les documents importants sont notamment les pièces d'identité, carte d'assurance, permis de séjour, contrat de travail, permis de conduire, médicaments et ordonnances, toutes ces choses-là. Il y a sur le site wisyou.ch, il y a la possibilité de mettre les documents officiels, preuve, copie de documents importants, afin que les documents soient fournis à qui de droit. Donc là, par exemple, vous pouvez mettre, c'est sécurisé, donc on peut mettre un code. Et puis après, ce code-là, on peut le donner à son avocat, à la vie, à une assistante sociale qui peut reprendre et fournir. Et puis, qu'elle demande d'être accompagnée dans les démarches juridiques auprès de la vie le plus proche en demandant d'être assistée par un avocat. Donc, le remboursement des prestations de la lavie, tout ce qui est pris en charge par la lavie, enfin, les quatre premières heures, il y a l'assistant judiciaire qui est derrière, ce n'est pas remboursable. Donc, tout ce qui est, voilà. Du moment que l'avocat a été pris en charge par la lavie, l'assistant judiciaire n'est pas remboursable et c'est important d'avoir, une fois que le dossier est clôturé, d'avoir une attestation de la lavie et après, on peut le fournir au service juridique. un service juridique du canton c'est propre à chaque canton on le fournit et on dit dans ce dossier là c'est pas exigible le remboursement et c'est valable également pour les proches grands-parents, frères, soeurs, cousins, cousines et puis c'est à peu près tout c'est déjà pas mal,
- Speaker #1
ça donne des bonnes pistes et si donc une de ces personnes aimerait vous contacter, elle peut le faire de manière anonyme histoire d'être protégée aussi si elle a un peu peur des conséquences
- Speaker #2
Alors, elle peut le faire de manière anonyme, mais nous, on ne va pas aller plus loin que le conseil par téléphone. Donc, on va justement lui redire ce qu'on vient de dire à la dernière question, donc tout ce qu'il faut faire comme procédure. Puis après, si on n'a pas plus d'informations, tel que numéro d'appel, adresse, nom, prénom, on ne peut malheureusement pas aller plus loin. Donc après, à elle de voir si elle se sent prête ou pas. Après, il y a ce souci de basse oeil, c'est-à-dire que les personnes qui vivent ces moments difficiles, souvent elles sont tellement désordonnées dans leur tête qu'elles n'arrivent pas à téléphoner d'elles-mêmes. Souvent, c'est des personnes tierces qui appellent. C'est un peu simple le souci.
- Speaker #1
Oui, on est un peu perdu en fait dans son problème et on ne sait plus comment s'en sortir. Par contre, si une personne vous contacte et qu'elle est OK de partager ses coordonnées, à ce moment-là, qu'est-ce que vous allez pouvoir lui proposer de plus ?
- Speaker #2
Alors nous, on peut proposer par exemple, ça nous est déjà arrivé, Par exemple, quand elle nous envoie un message en pleine nuit en disant qu'il se passe des choses pas très orthodoxes chez nous, c'est possible d'envoyer la police ou une ambulance ou quelque chose, je peux quand même encore envoyer quelqu'un. Et puis me déplacer sur place. Si je n'ai pas d'adresse, pas de nom, pas de numéro d'étage, la personne peut m'appeler autant qu'elle veut. Si je n'ai pas de prénom, de numéro d'étage, de code d'entrée ou des trucs comme ça, je ne peux pas lui envoyer du secours. C'est un peu ça la nuance. C'est que si on nous appelle d'une manière anonyme, il n'y a pas de problème. Mais c'est que s'il faut envoyer du renfort, la police ou autre, je ne peux rien faire parce que je n'ai pas d'adresse.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #2
C'est un peu ça, après avoir... Voilà, c'est un peu propre à chacun. Et peut-être informer une voisine aussi, peut-être que si tout d'un coup, on peut donner l'adresse de mon voisine, et qu'on mette la profidence, la voisine ou le voisin.
- Speaker #1
L'entourage est aussi important dans ces cas-là. Il est important que l'entourage ne ferme pas les yeux aussi sur ce genre de cas. Ça arrive quand même, ce genre de choses où les gens autour savent, mais ils n'osent pas trop agir, ils ne savent pas trop comment faire.
- Speaker #2
C'est une question de responsabilité aussi. Est-ce que vous imaginez vous parler et qu'après vous-même, vous vous faites menacer derrière ? Même si normalement on est censé être protégé par la confidentialité. c'est jamais totalement 100% confidentiel. Donc à un moment donné, on retrouve la personne qui a dénoncé. De toute façon.
- Speaker #1
Et dans le cas de Stéphanie, alors il n'y avait pas d'enfant dans la balance, mais parfois une femme, elle doit fuir, pas toute seule, parce qu'elle a ses enfants. Vous les prenez aussi en charge ? Vous les accompagnez aussi, les enfants qui sont concernés ?
- Speaker #2
Alors on les prend en charge aussi. Par contre, il faut juste bien prendre en compte le fait que... l'éventualité de l'autorité parentale conjointe. Donc il faut, alors après, personnellement, nous prenons le risque, parfois s'il y a vraiment danger pour la maman et aussi pour l'enfant, en fonction de l'âge de l'enfant aussi, on prend le risque de les prendre. Par contre, il ne faut pas oublier que parfois, on peut faire l'objet d'une plainte pour l'éveil d'enfants. Et ça, c'est important, d'où l'importance de préparer le départ avant. Si on fait appel à un avocat avant et puis dire, mais si je dois partir avec mes enfants, est-ce que je peux partir ? Un avocat pourra vous dire, oui, vous partez, non, vous ne partez pas. Il pourra vous couvrir derrière. Si vous n'avez pas préparé le départ avant, il compare avec les enfants. Alors moi, personnellement, si je prends le risque, je prends le risque perso, mais la maman derrière, elle peut se faire enlever ses enfants. Vous voyez ce que je veux dire ? Donc, c'est important de préparer ce départ, de toujours se dire, mais si je dois partir en urgence, d'un... Comment est-ce que je peux faire ?
- Speaker #1
C'est un moment de vie qui est compliqué. Au moment où elles partent, elles ont aussi des peurs. Quelles sont les peurs les plus fréquentes chez les femmes que vous accompagnez ?
- Speaker #2
Alors, il y a la mise à l'œuvre des menaces telles que les kidnappés d'enfants. Il y a le fait de les faire enlever par voie judiciaire en manipulant la justice. Et puis, le fait de faire perdre le travail ou le domicile conjugal. Alors, souvent... C'est le parent, le conjoint violent qui perd. Parce qu'en fait, quand on porte plainte, depuis le 1er janvier 2022, le partenaire violent est expulsé du domicile. Donc depuis le 1er janvier 2022, quand une femme subit, si elle porte plainte contre son conjoint violent, le partenaire violent est d'office expulsé.
- Speaker #1
C'est lui qui vient la perdre.
- Speaker #2
Exactement. Et puis perdre son domicile... Pour les hommes, je ne sais pas, pour nous les femmes, c'est autre chose, mais pour les hommes, ça fait mal au sac. Oui. Voilà. La fierté, on en croit un peu. Et puis la fierté chez un homme, déjà chez une femme, la fierté quand on la perd, c'est dur, mais chez un mec, c'est autre chose. Et le plus dur, c'est de tenir la distance avec l'agresseur. Parce que, vous savez, les milieux d'éloignement ne sont jamais respectés et puis il n'y a jamais de conséquences. face à ces, pas jamais, rarement des conséquences face au non-respect. Même quand vous portez plainte, de toute façon, c'est classé, ça on le connaît, et c'est difficile. Franchement, déjà que la justice ne nous aide pas, alors si en plus l'émotion est par-dessus, c'est difficile.
- Speaker #1
C'est clair et là on l'a entendu dans le témoignage de Stéphanie aussi, où il venait de l'attendre à la fin de ses horaires de travail. Enfin, ils connaissent quand même la vie de la personne avec qui ils vivent. Donc ça facilite, disons, le fait d'essayer de garder le sous-contact constamment.
- Speaker #2
Surtout quand on a les enfants encore en commun.
- Speaker #1
Vous avez quand même des femmes que vous avez pu voir se reconstruire après ce genre d'événement ?
- Speaker #2
Oui, beaucoup de femmes se reconstruisent. Et puis elle le fait à merveille, d'ailleurs il y a la toute première dame que nous avons accompagnée en 2022, qui est en train de faire un apprentissage dans le pays de commerce. Et puis elle a commencé son apprentissage en août 2025, là elle finit sa première année, donc là elle m'a envoyé son bulletin de notes, vraiment elle excelle dans son travail. Et puis autant madame que ses enfants ont brillamment bien, car elle a pu trouver la force au fond d'elle pour demander à être accompagnée. Et puis grâce à son courage, elle et ses enfants vont beaucoup mieux, parce qu'il voyait que la maman... elle ne court plus derrière le camp. Elle est souriante quand même, malgré tous les problèmes qui vont avec. Je veux dire, l'argent, le manque d'argent et autres, mais ça va beaucoup mieux. C'est la preuve que l'argent, ça s'en va et ça revient. Donc, c'est possible de se reconstruire.
- Speaker #1
Ça, c'est un beau message d'espoir aussi. Qu'est-ce qui change chez elle après quelques semaines ou quelques mois après ce genre de procédure ?
- Speaker #2
Alors il y a l'état de choc et de sidération qui s'estompe petit à petit, et puis ça fait place à une certaine résilience. Après il faut du temps, de la patience, et surtout savoir se pardonner à soi-même de cette trompée. Ça je crois que c'est ce qui est le plus compliqué. Et puis le fait d'avoir le droit à l'erreur, d'avoir du temps pour aller mieux, d'être soutenu et accompagné de beaucoup. Et puis avec le temps, on amène la personne à retrouver son chemin de foi. Parce que c'est vrai que quand on regarde un peu en arrière, Je vous remercie. mais c'est peut-être pas pour rien, et puis au fait, ça n'a pas la même intonation. Et puis, pour qu'une personne victime de violences retrouve le chemin du mieux, il y a trois points à soigner. Il y a le corps, le psychologique, et puis il y a la spiritualité, qu'il faut absolument soigner. Voilà, donc dans un premier temps, on va soigner le corps, le psychologique, et puis après, avec le temps, la spiritualité qui revient en ligne de compte. Et puis, d'ailleurs, il y a l'association UNITED, à des timonies. qui propose des ateliers thématiques pour ces femmes qui ont suivi la violence. Donc souvent, elle prend soin de tout ce qui est aussi spiritualité. Ça vient vraiment en plus. Alors ça paraît un peu... Là, ce n'est pas une question de la foi en l'Église. C'est la foi...
- Speaker #1
Oui, la foi de manière générale.
- Speaker #2
Voilà. Donc ça, c'est important. Et puis souvent, c'est après coup, après quelques années, qu'on se rend compte que cette fois-là, on ne nous a jamais réellement quitté.
- Speaker #1
On l'avait juste un petit peu perdu en chemin. Oui,
- Speaker #2
c'est moi qui l'ai eu.
- Speaker #1
Quel message est-ce que vous aimeriez faire passer à une femme qui vit actuellement des violences mais qui n'ose pas encore en parler ou agir ?
- Speaker #2
Alors qu'un nouveau départ se prépare. Et puis, il est primordial de ne pas agir dans la précipitation et surtout dans l'émotion. Ça, c'est important. Quand on commence à voir qu'il y a des choses qui ne jouent pas, même si on n'appelle pas à l'aide tout de suite. c'est pas grave, mais juste de tenir un journal de bord, peut-être, voilà, dans un temps, faire un constat médical, de se dire, ben voilà, quand on ramasse le premier coup, de faire constater en fait, les coups. Et puis, il n'y a pas besoin de porter plainte tout de suite, parce que la plainte souvent, elle vient à la fin, c'est vraiment que la partie émergée de l'iceberg, et souvent ce qui est nécessaire quand on porte plainte, c'est d'avoir des constats, des faits. et tout ce qu'il y a derrière. Vraiment, ce qui est important, c'est de prendre le temps, dès qu'on voit qu'il y a quelque chose, de prendre le temps de noter, de mettre de côté tout ce qui est pièce d'identité, les documents, tout ce qu'on peut mettre en sécurité, même les cartes d'assurance aussi. Après, il y a aussi les cartes d'assurance, les ordonnances et tout ça. Et puis, quitte à prendre contact avec l'Alavi, Et puis que si tout d'un coup il y a une urgence ou autre, on puisse partir tout de suite, que ce soit prêt.
- Speaker #1
Donc ça va être vraiment la phrase qu'on doit retenir de votre contact, c'est qu'il faut se préparer et ne pas partir dans l'urgence, histoire aussi de couvrir tout ce qui peut se passer par la suite et d'être le plus en sécurité possible.
- Speaker #2
D'accord.
- Speaker #1
On retrouve toutes vos activités sur votre site internet qui s'appelle nouveau-départ.ch qui sera en lien dans la description de cet épisode. On mettra aussi les liens vers With You dont vous avez parlé pour garder les documents en ligne de manière sécurisée. Et puis United également. Comme ça, vous avez différents liens sur lesquels vous pouvez vous rendre pour trouver des informations. Anne-Jeanne Rey, je le rappelle, vous êtes la présidente de l'association Nouveau Départ à Fribourg. Merci beaucoup d'avoir été avec nous.
- Speaker #2
Merci à vous et puis à tout bientôt.
- Speaker #1
Les violences conjugales ne commencent pas toujours par des coups. Elles s'installent souvent en silence, progressivement, insidieusement. Et malheureusement, on se sent souvent honteuse ou coupable de cette situation. Mais vous l'avez entendu aujourd'hui à travers le témoignage de Stéphanie et les différents conseils de Mélissa Picret et d'Anne Jeanneret, que vous n'êtes en aucun cas responsable et vous avez tout à fait le droit d'en parler à une personne de confiance. Ne restez pas seul, il y a des aides qui existent. des personnes qui sont là pour vous écouter, vous accompagner et vous aider à avancer. Vous avez déjà quelques adresses dans la description de cet épisode et sinon, n'hésitez pas à faire appel à un proche ou un professionnel de la santé. Parce que vous l'avez entendu, le premier pas, c'est d'arriver à en parler. Je vous invite à partager cet épisode afin d'aider un maximum de femmes qui pourraient être concernées par ce sujet. Et si vous ressentez le besoin de déposer votre histoire, de témoigner à votre tour, vous pouvez me contacter en toute confidentialité à l'adresse Parole at malice.ch Parole au singulier. Comme dans chaque épisode, je laisse maintenant le mot de la fin à Stéphanie.
- Speaker #3
On croit toujours que ça ne nous arrivera pas. Moi, si je peux juste lui dire quelque chose, s'il y a une femme et que ça peut lui servir aujourd'hui, maintenant, tout de suite, c'est vraiment qu'elle ait confiance au futur. Vraiment, qu'elle se fasse confiance. Elle peut vivre seule. Elle doit partir. C'est facile à dire avec le recul, sur le moment on ne le voit pas comme ça, mais elle ne mérite aucunement de se faire taper dessus, aucunement. Il n'y a rien qui justifie un coup, rien, rien du tout. C'est une femme à part entière, elle n'a pas à se faire taper dessus. Et s'il y a une femme qui m'écoute, j'espère qu'elle part, vraiment. Parce qu'elle risque sa vie, et ça c'est pas normal. En 2026, non. Fini. elle signe malgré tout c'est de se faire taper donc un homme qui t'aime ne te tapera jamais donc si elle a pris un seul coup c'est déjà trop, elle doit partir elle doit partir, vraiment je vais reprendre juste une phrase d'une femme qui a été sous les feux des projecteurs il n'y a pas très longtemps, qui s'appelle Gisèle Pellicot qui a eu de la maltraitance, mais pas tout à fait physique. Enfin, physique, mais pas... Elle n'était pas sous les coups de son mari. Elle a dit, la honte doit changer de camp. Et c'est le moment. La honte doit changer de camp. La voix des femmes.
- Speaker #1
La voix des femmes. Un podcast à écouter quand vous en avez besoin.