- Speaker #0
Bonjour à tous et bienvenue dans La Voix Juridique, le podcast qui met en avant les talents issus du monde juridique. Je m'appelle Tamara Morgado, je suis avocate et après avoir exercé pendant près de 20 ans, j'ai suivi ma passion pour l'humain et je me suis spécialisée dans le talent management. Le domaine juridique est riche et varié, ouvrant la porte à une multitude de carrières passionnantes et diverses. À travers ce podcast, mon objectif est de donner la parole aux talents juridiques, qu'ils soient juristes, avocats, fiscalistes ou qu'ils aient choisi une autre voie. Je souhaite vous inspirer et vous faire découvrir des parcours et des métiers uniques. Aujourd'hui, j'ai le plaisir d'accueillir Clément Strait, avocat, responsable juridique et assurance chez les transports publics de la région lausannoise, mais aussi, slameur, deux univers qui à première vue semblent éloignés. J'ai adoré cet échange avec Clément, qui a toujours su se challenger pour atteindre ses objectifs. Bonne écoute ! Bonjour Clément, je suis ravie de t'accueillir dans le podcast de La Voix Juridique. Merci. Bienvenue. Comment vas-tu aujourd'hui ?
- Speaker #1
Très bien, très bien.
- Speaker #0
Donc, est-ce que tu pourrais te présenter s'il te plaît ? Oui,
- Speaker #1
tout à fait. Clément Streit, je suis responsable du conseil juridique et assurance au TL, donc au transport public de la région lausannoise, qui est une entreprise de transport public, comme son nom l'indique, d'à peu près 2000 personnes, avec des bus, des trolleybus, un métro, deux métros, une ligne de train et bientôt une ligne de tram. Et donc voilà un petit peu le... L'entreprise que j'accompagne tous les jours, juridiquement.
- Speaker #0
Depuis combien de temps tu accompagnes cette entreprise ?
- Speaker #1
Je suis en poste depuis le 1er janvier 2024, donc ça va faire un peu plus qu'une année et demie.
- Speaker #0
Super ! Et j'aime bien comment tu as prononcé ton nom, Yalen. Alors dis-moi tout là ! C'est vrai que jamais je ne t'ai demandé de prononcer ton nom, donc finalement... Oui,
- Speaker #1
alors, c'est tout un débat ! Mon prénom, c'est Clemens.
- Speaker #0
Oui, parce qu'il y a un S.
- Speaker #1
Il y a un S à la fin. C-L-E-M-E-N-S. Je réponds sans autre à Clément aussi, parce que voilà, j'ai des origines suisse-allémaniques et mes parents ont voulu un nom qui pouvait marcher dans les deux langues. Et au final, en français, c'est souvent Clément. Même moi, je crois que sur mon répondeur téléphonique, c'est Clément. mais la... La bonne version, techniquement, c'est Clemens.
- Speaker #0
C'est comme ça qu'on t'appelle à la maison.
- Speaker #1
Exact.
- Speaker #0
Donc, tu parles suisse-allemand ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
D'accord, ok.
- Speaker #1
J'ai deux parents suisse-allemand. Et donc, j'ai grandi dans un foyer en suisse-allemand, mais à l'école en français.
- Speaker #0
D'accord. Donc, tu es né en Suisse romande ? Je suis né en Suisse romande, oui. Deux parents suisse-allemand. Exactement. Ok. Quelle belle combinaison.
- Speaker #1
Oui, oui, oui.
- Speaker #0
Tu es arrivé, mais chanceux, parce que tu parlais l'allemand à l'école.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
On a galéré ?
- Speaker #1
C'est ça ? Absolument, absolument. Et tu ne peux pas savoir à quel point ça aide en tant que juriste. Notamment quand tu dois appeler l'administration fédérale, il faut toujours commencer en français. Et au bout de quelques phrases, tu vrilles sur le suisse-allemand, ça t'ouvre absolument toutes les portes. Parce que d'un coup, le fonctionnaire se sent en pleine confiance. Et du coup, il a stressé pendant 30 secondes à devoir parler français. Et il peut se relâcher et ça ouvre toutes les portes.
- Speaker #0
Et quand est-ce que tu t'es dit en fait je vais faire du droit en tant que Clemens ? C'est ta partie sucelemanique qui voulait que tu ailles dans le droit chemin ?
- Speaker #1
Alors je sais pas, sans doute, mes origines sucelemaniques font que j'aime bien l'ordre, c'est sans doute vrai. Non, vraiment j'ai fait ma maturité à Genève et puis... En fin de maturité, on avait ces journées de présentation des différentes facultés, des différentes voies qu'on pouvait suivre après la maturité. Et je me souviens assez distinctement dans une présentation pour la faculté de droit, je ne sais plus si c'était un étudiant ou déjà quelqu'un qui avait passé des études, qui disait « le droit ça mène à tout » . Donc si vous ne savez pas très bien ce que vous voulez pour le moment, venez en faculté de droit. Je trouvais assez bien, à l'époque j'imaginais que c'était juste un non-choix, j'ai longtemps pensé que c'était un non-choix, mais je crois qu'en fait c'est fondamentalement beaucoup de curiosité, j'aime bien découvrir des nouvelles choses. C'est intéressant d'avoir une carrière qui amène à découvrir plein d'univers différents.
- Speaker #0
C'est vrai, et un renouveau aussi. Tu dois tout le temps te renseigner, tout le temps faire des recherches, tout le temps apprendre. En fait, c'est le côté apprentissage qui est stimulant. C'est ça,
- Speaker #1
et de compréhension de nouveaux environnements et découverte de nouveaux environnements que je trouve extrêmement intéressant. Et je trouve justement intéressant d'avoir un métier de base juridique qui est toujours le même, entre guillemets, d'être juriste. mais de pouvoir ensuite l'appliquer ou de devoir s'intéresser à des univers différents, à des mondes professionnels différents pour pouvoir appliquer ce savoir-là. Donc, c'est ça qui est intéressant dans le droit.
- Speaker #0
Oui, parce qu'on peut en parler justement à ce moment-là, c'est que tu as flirté avec plusieurs environnements.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Tu as fait droit à Genève ?
- Speaker #1
J'ai fait droit à Genève, effectivement. J'ai fait un bachelor, j'étais dans la première volée bachelor master.
- Speaker #0
Un petit jeune ?
- Speaker #1
Un petit jeune, exactement. On nous a fait commencer en licence et je ne sais plus si c'était en milieu de première année ou milieu de deuxième année. On nous a dit non, vous aurez finalement des bachelors et des masters.
- Speaker #0
Donc, on a rajouté une année finalement, c'est ça ?
- Speaker #1
Alors, on peut en parler aussi. J'étais dans la première volée master. J'avais identifié que les choses n'étaient pas encore très claires. Donc, j'ai décidé de faire mon master en six mois. à l'époque c'était à peu près jouable parce que On pouvait choisir des cours qui avaient peut-être un peu moins de volume de travail. Donc, je ne me suis pas rajouté une année. J'ai plutôt raccourci le parcours. Mais ouais, donc effectivement, université à Genève.
- Speaker #0
Et après, tu as fait un LLM ?
- Speaker #1
Exactement. Je pense, en parlant de curiosité, que c'était un peu déjà ça. dans le cadre du master j'avais fait un cours de Droit de la concurrence, qui en fait c'est un peu de droit mais beaucoup d'économie quand même, et beaucoup de compréhension de comment fonctionnent les acteurs économiques, et ça m'avait particulièrement intéressé, j'avais trouvé que c'était un domaine qui pouvait m'attirer, et puis on m'avait dit oui mais du droit de la concurrence en Suisse en fait on fait la copie de ce qui se fait en droit européen, donc si tu veux faire ça il faut aller faire du droit européen. Et donc, j'ai cherché et puis j'ai trouvé ce LLM en droit européen à Bruges, en Belgique, au Collège d'Europe. Et c'est comme ça que je suis allé là-bas en me disant je vais aller faire du droit de la concurrence.
- Speaker #0
Et alors ? La double expérience, Belge et concurrence, comment c'était ?
- Speaker #1
Alors, Belge, très intéressant, c'était une université où on avait... c'est un pôle de... de savoir européen, le Collège d'Europe. Il existe depuis avant les premières institutions européennes. En fait, c'est plus vieux que les institutions européennes. On s'y est retrouvés avec 52 nationalités différentes. C'est vraiment très riche. Tous sur un campus dans cette petite ville de Bruges. Si vous ne connaissez pas, c'est la Venise du Nord avec des canaux. C'est très joli, très bucolique. Pour un week-end en amoureux, c'est parfait.
- Speaker #0
Ça ressemble à Venise ? En moins cher ?
- Speaker #1
En plus gris.
- Speaker #0
En plus gris ?
- Speaker #1
En plus gris, avec plus de patates. Mais donc, un environnement qui crée des liens, effectivement, parce que c'est une toute petite ville où il y a un million de touristes par année, mais il y a très peu d'habitants en tant que tel. Et donc, l'expérience était très, très chouette. Vraiment un peu comme un Erasmus, un peu dans l'approche. à Montréal. très sympa, mais très intense au niveau universitaire. Des cours en anglais et en français, avec un niveau assez élevé, effectivement, mais passionnant. Et le droit de la concurrence était extrêmement intéressant. Et donc après, je suis allé faire un stage d'avocat où j'ai fait en partie du droit de la concurrence, même si effectivement, en Suisse, on en fait assez peu. C'est un domaine assez niche, finalement, et très centré à Zurich aussi. En termes d'avocats, c'est surtout des avocats zurichois qui sont dans ce domaine-là. Mais j'ai eu la chance d'en faire un petit peu en stage d'avocat, effectivement.
- Speaker #0
Et après, tu as passé ton brevet à Genève.
- Speaker #1
Alors j'ai fait un peu de subtilité de nouveau.
- Speaker #0
C'était naïf pourtant comme question, je le pensais vraiment.
- Speaker #1
Rien de simple Tamara, il va falloir... Combien d'heures as-tu ? Non, pour des raisons personnelles, j'avais très envie de rester en Belgique à l'époque et donc j'ai trouvé un stage où je pouvais faire une année en Belgique, en Belgique et une année à Genève dans la même étude, une étude qui avait un bureau à Bruxelles, une étude suisse qui avait un bureau à Bruxelles, et donc c'était reconnu à l'époque, je ne sais pas si c'est encore le cas, ces stages à l'étranger ou ces possibilités de faire une partie du stage d'avocat à l'étranger, mais c'était reconnu à l'époque, enfin ça pouvait être reconnu en tout cas, et donc j'ai fait une année de stage à Bruxelles en faisant surtout du droit européen, du droit de la concurrence, peu de droit commercial. Et puis ensuite, je suis revenu pour une année pour finir mon stage dans une étude à Genève, effectivement, où j'ai fait un peu plus l'habituel du stage d'avocat, un peu plus de judiciaire et ce genre de choses.
- Speaker #0
Ah oui, intéressant. Je ne savais pas du tout qu'on pouvait, en tout cas à l'époque, faire une partie de son stage ailleurs.
- Speaker #1
À l'époque, on pouvait faire différentes choses. En tout cas,
- Speaker #0
tu pouvais. Tu as pu. Tu l'as fait.
- Speaker #1
À l'époque, on pouvait faire une partie soit hors études, notamment dans les juridictions, ce genre de choses. Et on pouvait faire des stages dans des études d'avocats étrangères. Alors, c'était limité. On ne pouvait pas faire plus qu'une année. Il y avait un encadrement et puis il fallait faire reconnaître les choses en amont et ce genre de choses. Mais c'était techniquement possible.
- Speaker #0
Donc, ça vaut la peine pour les jeunes de se renseigner parce que c'est vrai que c'est intéressant.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Super intéressant. Ensuite, tu as exercé un petit peu en tant qu'avocat ?
- Speaker #1
J'ai exercé pendant trois ans en études, effectivement, comme avocat.
- Speaker #0
Et alors ? Vu que c'est au passé, on peut en parler ?
- Speaker #1
Oui, on peut en parler. Expérience très intéressante. J'ai rencontré un associé que j'ai beaucoup apprécié, qui avait une approche que je trouvais excellente du métier, quelqu'un de très droit et très carré, et dont on savait, enfin les clients savaient que... Quand la réponse était donnée par cet associé en question, c'était carré et ainsi de suite. C'était aussi un associé qui était prêt à dire aux clients que ce qu'il avait envie de faire, ce n'était pas forcément entièrement juste ou juridique, et qu'il n'était peut-être pas la bonne personne pour les accompagner dans ce cadre-là, mais qu'il pouvait sans autre conseiller des avocats qui avaient peut-être plus de... de proximité avec une certaine limite du droit, effectivement, et je trouvais très intéressant. J'imagine que la question était aussi pourquoi j'ai quitté la profession d'avocat.
- Speaker #0
Oui, voilà, voilà.
- Speaker #1
Je pense que je me suis rendu compte que, en tout cas, alors, il y a toujours l'option de créer sa propre étude, Mais quand on est... En étude plutôt dans une étude économique de taille un peu plus grande, pour s'imaginer devenir associé, il faut quand même se projeter sur un certain nombre d'années. Ce qui veut dire que, non seulement se projeter sur un certain nombre d'années pour devenir associé, mais ensuite se projeter sur un certain nombre d'années en étant associé. Le but dans ce processus-là, ce n'est pas de le couper au milieu. Donc il faut s'imaginer un peu, l'impression que j'en avais c'était qu'il fallait s'imaginer non seulement comme juriste mais aussi un peu comme chef d'entreprise, comme se marketer soi-même, se vendre soi-même aux clients et ainsi de suite. Et c'était peut-être des compétences que je n'avais pas à l'époque. J'étais sans doute encore un peu plus réservé, un peu plus timide et donc je ne me voyais pas vraiment, enfin je n'étais pas assez convaincu par le métier d'avocat. pour me dire que malgré une personnalité plus timide, j'arriverais à dépasser ça et à créer une clientèle et à avoir tout ce rôle-là que je voyais moins avoir à l'époque.
- Speaker #0
Donc tu as réussi à avoir la vision de ton évolution au sein d'une étude et de te dire en fait là ça va peut-être bloquer ici. C'est ça. Et donc tu es allé...
- Speaker #1
Et donc, je me suis dit, mais quand tu as commencé à faire du droit, quels étaient les autres métiers comme ça ?
- Speaker #0
Mais tu t'es vraiment posé toutes ces questions ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
C'est génial de faire le point, tu vois.
- Speaker #1
Oui, mais je ne sais pas, moi je pense que quand on arrive à un endroit où on se dit, mais en fait ça, ce n'est pas vraiment pour moi.
- Speaker #0
Et ça, tu le ressens comment ? Tu sens que tu es moins heureux d'aller travailler, tu sens que tu as moins d'énergie, tu te poses des questions. Juste le simple fait de te poser des questions.
- Speaker #1
Je ne suis pas sûr que j'étais moins heureux d'aller travailler. J'aimais bien aller travailler, mais je ne me voyais pas dans le futur. Ok,
- Speaker #0
donc c'était vraiment une projection.
- Speaker #1
C'est une question de projection, je crois, vraiment. En fait, je voyais des collègues qui étaient plus loin dans ce processus de... devenir associé et ainsi de suite. Et je voyais le temps nécessaire pour construire une clientèle, pour monter, pour avoir l'assise suffisante pour devenir associé, pour être associé et ainsi de suite. Ce que ça voulait dire aussi d'être associé, d'avoir cette pression continue d'entretenir la clientèle, de devoir avoir des collaborateurs de qualité, mais de craindre qu'en partie on nous vole notre clientèle. Enfin voilà, tous ces enjeux-là. que peut-être aujourd'hui je trouverais très intéressant, mais à l'époque, dans ma personnalité de l'époque, il y a pratiquement plus de dix ans en arrière, je ne voyais pas du tout me lancer là-dedans et m'imaginer là-dedans pour dix ou quinze ans. Donc ce n'était vraiment pas ce que je me voyais faire dans ma vie. Et donc je me suis posé la question de, mais en fait quand tu as fait du droit, quels étaient les autres métiers qui t'auraient attiré ? Et je me suis dit, ah mais juge, c'était un truc qui m'intéressait assez. Et donc j'ai rejoint la cour de justice à Genève comme greffier juriste. On accompagne les juges dans la rédaction des arrêts. En pratique, le juge n'a pas forcément la bande passante pour traiter entièrement tous les dossiers qui lui sont attribués. Donc il délègue une partie des dossiers à un greffier juriste. Et le greffier juriste va traverser tout le dossier, lire tout le dossier, et puis déposer un premier projet d'arrêt que le juge va relire, évidemment, en composition plurielle, évidemment. Plusieurs juges vont relire pour s'assurer que ça fonctionne, que c'est effectivement ce que le juge veut rendre comme décision. Donc il garde la main sur la décision. Mais on fait tout le travail préparatoire, toutes les recherches juridiques et ainsi de suite. Là aussi, poste très intéressant. qui répondait probablement à ma nature un peu profonde de rate bibliothèque quand même, un peu. Ce côté timide quand même était probablement bien nourri par ce métier-là. C'est un métier assez monacal pour être objectif. J'étais en cours de justice, donc en deuxième instance cantonale, très peu d'audience. À ce niveau-là, tout se fait pratiquement par écrit. Donc en tant que greffier juriste, on reçoit le dossier du juge, on discute éventuellement du dossier avec lui. Quand on a une question, on va lui poser la question et puis ensuite on rend l'arrêt. Mais en tant que tel, pour le gros du travail, on n'a pas d'interaction sociale du tout dans ce rôle-là. Mais par contre, on est à la pointe de la jurisprudence, on a le temps d'aller faire des recherches juridiques poussées sur des sujets. Voilà, c'est passionnant.
- Speaker #0
Là, un point qui m'intéresse, c'est de savoir est-ce que les juges ont pris leur décision, te donnent le dossier, y rédigent, ou est-ce qu'il y a un débat ? Qu'est-ce que tu en penses ? Qu'est-ce que vous en pensez ? Enfin, plus collégial avec vous ensemble.
- Speaker #1
Il y a différentes personnalités dans la juridiction. C'est ça, c'est comme les procureurs. Exactement. Il y a des juges qui connaissent leurs dossiers parce qu'ils les ont quand même instruits. Ils ont vu les écritures, ils ont dit est-ce qu'il y a un deuxième échange d'écriture ou pas ? Et qui se sont fait un avis et qui confient les dossiers en disant... Moi, j'ai plutôt tendance à dire qu'on va dans cette direction-là ou celle-là. Il y a des juges qui délèguent entièrement en disant « je n'ai pas vraiment lu plus que ça, je vous laisse lire puis je lirai une fois que vous avez préparé l'arrêt » . Il y a des juges qui aiment bien discuter après qu'on ait lu l'arrêt, les écritures avant qu'on se lance dans la rédaction.
- Speaker #0
Donc c'est propre vraiment à chaque juge.
- Speaker #1
C'est vraiment propre à chaque juge, oui.
- Speaker #0
Et puis c'est vrai qu'il y a peu d'audience en fait. Oui. Et ça, ça t'a manqué un peu le côté social ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Oui, oui, oui. Oui. Non, je pense que c'est un peu ce qui a révélé à quel point, en fait, oui, je suis un rat de bibliothèque, j'aime bien faire des recherches poussées et j'aime bien passer du temps en solitaire, confronté à la complexité du droit, mais j'aime bien aussi l'humain. Et donc, j'avais besoin après ça d'aller vers un poste beaucoup plus en lien avec les gens, effectivement.
- Speaker #0
Et donc, tu as ressenti ça et tu es allé chercher quelque chose qui te ressemblait plus ? Comment tu as procédé ? Parce que c'est intéressant de voir. Est-ce que c'est les opportunités qui sont venues à toi ? J'ai l'impression que tu es quand même maître de ton chemin. C'est-à-dire qu'à chaque fois, tu vas quand même... te poser la question, qu'est-ce que je veux, qu'est-ce que je veux pas, je vais aller dans cette direction.
- Speaker #1
Je pense que c'est un mélange d'opportunités et de recherches conscientes. Je me souviens assez distinctement de parfois quand on se dit ce poste-là, ça ne me convient plus, le poste où je me trouve. Et je me souviens assez distinctement d'avoir fait des premières candidatures, des premiers entretiens. Et je trouve que c'est souvent dans les premiers entretiens En fait, en fonction de la discussion qu'on a, on se rend compte de pourquoi on a envie de quitter le poste et qu'est-ce qu'on cherche après. Puis d'un coup, on se rend compte que peut-être là où on a postulé dans ses premières postulations, c'est pas vraiment là où on a envie de s'orienter. Et puis évidemment, moi j'ai pratiquement fait que des postulations sur annonce. J'ai très peu fait de postulations spontanées. Et donc, il y a une part d'incertitude et d'opportunité, effectivement, qui se présente. Mais je pense, du coup, que c'est une sorte de mélange entre ces deux choses. Il y a une sorte de réflexion et de mûrissement de la chose en intérieur. Et puis, d'un coup, on voit un poste, on postule. Puis, à l'entretien, on se dit, ah non, mais ça correspond vraiment à la direction que j'ai envie de prendre en ce moment, maintenant. Et donc, c'est une combinaison des deux, j'ai l'impression.
- Speaker #0
Oui, mais il y a le côté proactif, j'ai l'impression quand même, qui est là. Ça veut dire que tu te poses la question et tu vas postuler pour voir. Il n'y a pas je pose la question, je me ris, est-ce que je veux vraiment ça ? Je ne suis pas sûre. Et puis tu attends d'être vraiment sûr pour postuler. C'est-à-dire que tu vas un peu tâtonner peut-être. C'est-à-dire, moi, ça a l'air intéressant, je vais postuler. Tu oses, tu vois, postuler.
- Speaker #1
Oui, mais je pense qu'il y a des postulations qu'on doit faire pour clarifier ce qu'on a envie de faire.
- Speaker #0
Tout le monde ne le fait pas. ça veut dire qu'on a beaucoup de temps de réflexion pour essayer de clarifier les choses sans être dans l'action j'ai l'impression que tu arrives à avoir une balance entre la réflexion et l'action qui est assez bien dosée oui je pense que je
- Speaker #1
me dis quand les choses ne sont plus tout à fait alignées il faut avancer, il faut trouver un moyen de faire évoluer les choses et donc il faut chercher le meilleur moyen d'avancer dans ces réflexions-là, de s'y confronter concrètement. Après la Cour, j'ai été en poste pendant 7 ans. Quand on est en poste pendant 7 ans, et qu'on ne postule pas du tout pendant 7 ans, on perd aussi le lien avec ce qu'il y a sur le marché. Je trouve que le fait de postuler, de voir à quel type d'annonce on postule et on nous répond. nous permet de se dire, ah tiens, mais en fait, je pourrais peut-être développer cet aspect-là de ma carrière que je n'avais peut-être pas tout à fait identifié au départ. Oui, donc je pense que c'est en faisant... qu'on affine nos souhaits, nos envies et nos directions futures.
- Speaker #0
Et où est-ce que tu es resté pendant 7 ans ?
- Speaker #1
Après la cour, je voulais quelque chose d'un peu plus social, et j'ai rejoint la caisse de prévoyance de l'état de Genève, le deuxième pilier des fonctionnaires Genevois, qui est une PME, entre guillemets, c'est 120, 120, 130 employés. Et puis, il y a un service juridique, effectivement. Et mon rôle était principalement d'accompagner la division immobilière de la CPEG. La CPEG a, par la force des choses, des caisses de pension, un avoir financier assez important qu'elle place. Et elle place une partie assez importante de cet avoir financier en biens immobiliers. ce qui veut dire qu'en gros pour faire simple La CPEG est propriétaire de 300 immeubles, ce qui fait à peu près l'équivalent de la commune de Carouges, si on rassemble tous les immeubles au même endroit. Et donc mon rôle était d'accompagner cette entité dans toutes les questions juridiques qui pouvaient se poser. C'était mon rôle principal. Après, il y avait des rôles un peu secondaires en matière de protection des données, en matière de droit informatique, ce genre de choses. Mais ça, c'était mon rôle principal.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui a fait, à ton avis, que tu sois resté aussi longtemps ? Parce que jusque-là, par rapport à ton parcours, c'est là où tu es resté le plus longtemps.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. C'était un poste passionnant, effectivement, parce que j'ai recroisé mon successeur dans le poste récemment et on discutait du fait que c'est un poste où, le matin, on peut s'occuper d'un locataire qui veut une réparation d'un robinet pour 300 francs. Et l'après-midi, on est en train de gérer un projet d'investissement immobilier pour plusieurs centaines de millions. Et donc, on a cette variété d'activités extrêmement large. J'ai beaucoup apprécié les équipes. Vraiment, l'humain était génial en termes de contact. Moi, j'avais des collègues que j'aimais beaucoup. C'était intéressant. J'avais une indépendance dans ce métier-là, vraiment par rapport à la cour ou... à l'étude d'avocat où on était, moi j'étais très surveillé mais j'étais aussi, j'étais assez junior. Là sur ce poste là on m'a assez rapidement donné beaucoup d'indépendance. Donc j'accompagnais les équipes vraiment de façon indépendante, sans deuxième regard. Et ça permet de grandir effectivement et de prendre de l'aisance juridique dans ce rôle là.
- Speaker #0
Et de l'aisance tout court aussi, par rapport à ta timidité dont tu me parlais au tout début ?
- Speaker #1
Alors oui, ça aide. Je ne sais pas si c'est ça qui m'a le plus aidé dans mon parcours à vaincre la timidité. Je pense qu'il y a des choses, des activités extra-professionnelles. On en parlera, on en parlera. Très volontiers, effectivement, qui, je pense, jouent plus sur l'aisance et ainsi de suite.
- Speaker #0
Oui, parce que ça, si on revient un peu en arrière quand même, tu es devenu avocat, donc tu as dû plaider, tu as dû faire tous ces exercices un petit peu plus compliqués quand on est introverti ou timide, un des deux. Comment tu l'as vécu, toi ? C'était un frein ou pas, où tu arrivais à faire passer ça ?
- Speaker #1
Avec un stage à moitié en Belgique, donc un stage d'une année, et puis ensuite une activité plutôt droit. commercial, j'ai finalement très peu plaidé dans ma vie.
- Speaker #0
Il y avait des attestations de plaidoiries qu'il fallait avoir. Oui, on a réussi à les avoir.
- Speaker #1
Voilà, on a fait des différentes choses. D'ailleurs, il y a des choses assez marquantes. J'avais fait notamment du droit pour la détention administrative, je crois que ça s'appelait à l'époque. Mesure et contrainte. Mesure et contrainte, effectivement. Les personnes qui n'ont pas le droit de séjourner en Suisse, je trouvais assez marquant, effectivement. Mais j'ai assez peu plaidé. J'ai plaidé une grosse affaire en arbitrage international. Mais sinon, j'ai assez peu plaidé.
- Speaker #0
Et ton ressenti, à ces moments-là ? Déjà, je ne sais pas si tu avais déjà d'autres activités qui te permettaient de...
- Speaker #1
J'avais fait du théâtre. Déjà, d'accord. Non, j'avais un goût pour ces choses-là. Oui. Mais je... Je ne sais pas, je pense que j'étais quand même timide. Je pense que je le suis toujours en partie.
- Speaker #0
Mais tu crois ? Parce que tu le dis tellement de fois que tu es timide. Mais moi, je n'ai jamais vu de la timidité en toi déjà. Est-ce que c'est une étiquette qu'on t'a mis quand tu as dit que tu étais timide ? Non,
- Speaker #1
je ne pense pas. Je pense que c'est vraiment quelque chose que je ressens à l'intérieur, mais que j'ai beaucoup travaillé effectivement dans les dernières années. On peut y venir, on en parle autant.
- Speaker #0
Soyons décousus, soyons faux.
- Speaker #1
Non, en parallèle effectivement de ma carrière professionnelle, j'ai fait beaucoup de scènes. D'abord j'ai fait du théâtre, ensuite j'ai fait du théâtre d'improvisation, et puis ensuite j'ai fait beaucoup de slam. Oui, on en parle. De slam, c'est une pratique poétique de scène. qui se passe surtout en scène libre, c'est-à-dire que c'est un événement auquel les gens viennent, peuvent s'inscrire, on les tire au sort, ils montent sur scène pour 3 minutes, ils disent leur texte et puis ils ont les applaudissements qu'ils méritent. Et donc j'ai fait ça pendant, ça fait bien 10-15 ans que j'en fais. Et j'ai notamment animé moi-même des scènes libres pendant 7 ans, à Genève, Ausha Noir, à Carouge. Et je pense que ça, ça a beaucoup plus travaillé mon aisance et ma capacité comme ça à réagir. Parce qu'effectivement, c'est des événements où, en tant qu'animateur, on tire des gens au sort. On ne sait pas... Alors, il y a évidemment des habitués, donc il y a un certain nombre de noms qu'on connaît. Mais il y a une partie des gens qu'on tire au sort, on ne sait pas qui ils sont d'une part, et on ne sait pas ce qu'ils vont présenter vraiment. Ils ont trois minutes pour s'exprimer. En général, un texte qui est écrit en amont, on peut improviser, mais en général, les gens écrivent en amont. Et donc, il y a une part d'incertitude de ce qui va se passer et de comment la soirée va se dérouler. J'ai, enfin, je ne sais pas s'il faut dire très bon souvenir, mais j'ai en mémoire forte. Une soirée où vraiment, on a tiré au sort plein de gens, ils sont montés sur scène, c'était très heureux, très joyeux, très jovial comme ça. Et puis on arrive à la fin de notre temps imparti, on dit voilà, on va tirer en sort une dernière personne. Et puis après on clôturera la soirée, on tire au sort, la personne monte sur scène et nous parle de son viol. Donc ça fait un peu compliqué. alors c'est... Par essence, moi je trouve que c'est magnifique d'avoir la possibilité d'avoir ces lieux d'expression, mais effectivement, en tant qu'animateur, de réussir à la fin de ce texte-là, de reconnaître ce que la personne a fait, de le valoriser, et quand même de finir la soirée, de quand même renvoyer les gens dans leur penate, entre guillemets, ou chez eux, avec quelque chose qu'ils ont vécu. Ça demande une capacité d'improvisation et de réaction et de rebond qui est assez importante. Et puis ça demande d'être en lien avec l'humain, ça demande d'être profondément au contact de ce qui est en train de se passer et de ce que les gens nous amènent au fur et à mesure de la soirée. Et donc je pense que ça, ça m'a beaucoup appris, effectivement, d'une part à rebondir et d'autre part être en lien avec ce qui se passe chez la personne que j'ai en face de moi. et je pense que cette capacité là, elle est très importante pour effectivement pouvoir réagir. On a des métiers où on est au contact avec les gens. Et donc, d'être dans cette capacité de réaction, je pense que c'est important.
- Speaker #0
Et là, tu nourris vraiment ce besoin d'être avec l'humain.
- Speaker #1
Oui, absolument.
- Speaker #0
Dans cette deuxième activité. Et donc, Comment t'en es venu au slam ? Ça veut dire que t'as fait, depuis tout petit, tu faisais du théâtre et après de l'impro ?
- Speaker #1
J'ai fait du théâtre au cycle au collège et puis ensuite j'ai fait de l'impro, je crois que c'était peut-être pendant le stage d'avocat, je dirais à peu près à cette période-là. Et puis quelqu'un du théâtre d'impro a relancé une scène slam à Genève et nous a dit, ah ben vous êtes déjà habitués à la scène, venez. Et on est venu, la première fois on était je pense 15 du cours, la deuxième fois on était 5, la troisième fois on était 3, la quatrième j'étais tout seul du cours, mais j'avais trouvé mon coin et je trouvais que c'était sympa. Oui, oui,
- Speaker #0
c'est quelque chose qui t'a plu. Oui,
- Speaker #1
qui m'a tout de suite parlé. Oui, je trouve que c'est, en fait il y a plein de choses dans le slam, mais il y a la capacité, enfin la possibilité donnée aux gens de s'exprimer et de... de travailler ce qu'ils vivent ou ce qu'ils traversent, peu importe. Finalement, ce qu'ils vont raconter dans leur texte, c'est toujours insuffler de leur vie personnelle et de leur vécu et de ce qui leur importe et de donner cette possibilité-là et de donner cette possibilité-là à tout le monde, de prendre trois minutes et d'être écouté. Je trouve que c'est quelque chose d'incroyablement puissant.
- Speaker #0
C'est une libération émotionnelle qui est dingue, en fait. et toi ça que tu reçois ça en fait et t'essaies de jongler avec ça pour en faire un spectacle ça veut dire qu'il y a des gens qui viennent voir ça comme un spectacle oui je sais pas si il faut appeler ça c'est
- Speaker #1
plus improvisé c'est plus un peu pour se divertir ça ressemblerait plus à une jam session musicale où les gens montent sur scène, jouent un morceau enfin voilà
- Speaker #0
Et ça, tu fais ça toutes les semaines ?
- Speaker #1
Non, alors on a une scène mensuelle.
- Speaker #0
Mensuelle, ok.
- Speaker #1
On a toujours une scène mensuelle. J'y vais plus forcément chaque fois, mais j'essaie d'y aller régulièrement.
- Speaker #0
Et donc c'est-à-dire que tu écris en amont ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et toi tu fais toujours ça ? Ou t'es plutôt dans l'animation ?
- Speaker #1
Donc j'étais pendant longtemps... dans l'animation et effectivement le but en tant que tel pour les slammers c'est d'écrire leur texte ou de l'improviser. Il y a des gens qui improvisent sur scène mais c'est globalement assez rare. Les gens écrivent leur texte et puis ils viennent le présenter sur scène en par cœur, en ayant appris ou en le lisant. C'est aussi une possibilité.
- Speaker #0
Et toi tu as pour habitude d'écrire toujours ? Ça fait partie de ton quotidien d'écrire ?
- Speaker #1
J'aimerais que ça fasse plus partie de mon quotidien. Il faut trouver le temps. Bien sûr. Le désavantage d'en avoir fait pendant dix ans, c'est qu'on devient exigeant avec soi-même. Et qu'on ne se satisfait plus nécessairement du truc posé au coin d'une table en un quart d'heure. Donc le temps d'écriture est plus long, je trouve.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Donc ça demande de... d'isoler du temps pour ça dans la vie, effectivement.
- Speaker #0
Et là, tu as trouvé ton équilibre avec ces deux facettes ? Parce que c'est deux facettes assez différentes quand même d'une personne.
- Speaker #1
Oui. Oui, non, je pense que ça donne un bon équilibre. Ouais, ouais. Non, c'est intéressant, ouais.
- Speaker #0
Et ça, finalement, ça n'a pas bougé. Alors, ça a varié,
- Speaker #1
effectivement. Il y a eu des moments où j'en faisais plus, il y a eu des moments où j'en fais moins. Mais oui, ça m'accompagne depuis plus d'une dizaine d'années.
- Speaker #0
Et donc après, tu me parlais de ton expérience où tu es resté 7 ans.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
C'est d'ailleurs là où on s'est rencontrés.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Et après, tu as voulu changer.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Est-ce que c'était quoi cette fois qui te manquait ?
- Speaker #1
Alors, c'est marrant parce que je n'y ai pas... Forcément repensé, mais quand tu as parlé d'opportunité, ça m'a tilté. J'aimais beaucoup le métier à la CPEG, mais je savais que j'avais envie d'évoluer, de changer à un moment donné. Et puis j'ai commencé à postuler et je crois qu'une des premières postulations que j'ai faites, c'était pour responsable d'une équipe juridique dans l'administration. cantonale genevoise. Et puis j'avais été assez loin, je n'avais pas été retenu pour le poste, mais j'avais été assez loin dans le processus. Et du coup, ça a vraiment nourri cette espèce de conscience qu'en fait, j'avais envie d'aller vers du management. Je pense que c'est quelque chose que je sentais déjà, mais qui s'est comme ça développé au fur et à mesure des entretiens que j'avais à l'époque. Et donc, effectivement, j'avais envie d'ajouter cette corde managériale à mon arc. Et donc, j'ai commencé à chercher un poste managérial. Ça a pris pas mal de temps, effectivement. Je pense que ce n'est pas forcément facile d'obtenir un poste managérial quand on n'a pas forcément, sur le CV professionnel, une expérience managériale. Et donc, ça a pris pas mal de temps. Ça a pris une année et demie, deux ans pratiquement, pour trouver un poste managérien.
- Speaker #0
Donc tu savais que tu voulais ça et tu as commencé à planter tes graines dans cette direction ?
- Speaker #1
Oui, en fait, je savais que je voulais ça. Je sentais aussi qu'il y avait du répondant dans les entretiens. On m'appelait en tout cas pour des postes managériens, mais il y avait toujours quelque chose qui manquait pour faire aboutir le recrutement. et je me suis dit ok bon euh On va essayer de réfléchir à ce qu'on peut ajouter au CV pour maximiser les chances d'avoir un poste managérial. J'ai fait une formation à l'IMD en management. Je me suis inscrit, au final il a commencé après que j'ai changé de poste, je me suis inscrit à un casse en management du changement à l'UNIL. J'ai revu un peu tout ce que j'avais fait dans mon passé pour essayer d'identifier là où j'avais des rôles managériaux. par le passé ou des aspects de rôle managériaux que je pouvais mettre en lumière. Je me suis fait accompagner par un coach aussi pour pouvoir un peu renforcer les questions de posture aussi en entretien. Toutes ces questions-là qu'il fallait ajouter pour maximiser les chances d'avoir un poste managérial.
- Speaker #0
Donc tu avais vraiment ton objectif et tu as tout mis en œuvre pour pouvoir l'atteindre. Tu savais que c'est ce qu'il fallait être.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Te satisfaire d'aller là-dedans. Et est-ce que ça t'a servi de justement ton diplôme à l'IMD ? Est-ce que c'est pour ça que tu as eu ton job ?
- Speaker #1
Alors je pense que c'est un mélange.
- Speaker #0
Ou est-ce que ça a renforcé ta confiance en toi ? par rapport à un poste de manager ?
- Speaker #1
Je pense que c'est un mélange de plusieurs choses. Il y a un aspect, effectivement, de renforcer son CV, et je pense que ça joue quand même un rôle pour notamment passer un premier cap de sélection RH, notamment, je pense que le fait de pouvoir mettre sur le CV un papier en management, ça aide quand même à passer ce premier cap. Évidemment, ça aide à la confiance. Je pense que toutes ces petites pierres, mis bout à bout, ça permet d'être confiant dans le discours qu'on a envie de porter en entretien. Et puis après, je pense que mine de rien, il y a une part d'opportunisme de trouver le bon environnement et personnellement d'avoir trouvé un environnement où ils avaient envie de faire confiance à quelqu'un peut-être un peu plus jeune, qui amenait une forme de fraîcheur dans le management, qui avaient envie d'en faire Je pense que c'est un mélange d'éléments concrets, de confiance en soi et de bon environnement à trouver.
- Speaker #0
De rencontres aussi.
- Speaker #1
Oui, clairement.
- Speaker #0
Et là, comment tu te sens ? Là, ça fait depuis janvier 2024, tu gères une équipe, c'est ça ?
- Speaker #1
Je gère une équipe, je gère deux équipes même. J'ai hérité en plus de l'activité juridique, de l'activité assurance.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a un nouveau volet pour toi ?
- Speaker #1
tout nouveau volet, même si je venais d'une caisse de prévoyance, qui est techniquement une assurance, mais je ne m'occupais pas du tout des questions d'assurance. Et effectivement, je supervise une équipe qui gère les questions d'assurance, notamment évidemment les accidents de la route dans un transporteur public, c'est quand même le gros de l'activité. On ne s'occupe pas de les assurances de personnes qui sont gérées par les RH, mais toutes les assurances choses. verser, feu et ainsi de suite. Et donc c'est une nouvelle activité, effectivement. Et oui, c'est assez nouveau et satisfaisant. Ça satisfait ma curiosité, en tout cas, de pouvoir explorer ces milieux, même si ça fait transpirer un petit peu. Parce qu'effectivement, c'est un domaine que je ne connais pas. Et donc c'est intéressant, mais aussi challenging. Et j'ai la chance de pouvoir m'appuyer sur des collaborateurs et collaboratrices qui sont vraiment de qualité.
- Speaker #0
Et justement, la gestion d'humains, c'était ce que tu imaginais ? Oui,
- Speaker #1
je dirais que peut-être le rôle est un peu spécifique, l'année et demie qui s'est écoulée un peu spécifique, parce qu'effectivement les équipes n'étaient pas forcément complètes, donc il y avait beaucoup aussi d'aspects. exécutif et gestion d'opérationnel, donc peut-être un peu moins de management que ce que j'imaginais vraiment à la base, mais ça reste effectivement, ça correspond à ce que je m'imaginais, je trouve que c'est intéressant, c'est intéressant d'avoir ce lien avec l'humain, puis de pouvoir voir comment on développe les gens, comment on s'assure de les motiver, de les maintenir intéressés par l'activité, de les suivre dans les aléas qu'ils peuvent avoir, Je trouve que c'est passionnant, oui.
- Speaker #0
Jamais en faisant du slam ?
- Speaker #1
Non, non. Il n'y a pas de mélange ? Je n'ai pas encore fait d'entretien d'évaluation en slam.
- Speaker #0
J'aurais dû te demander en fait de terminer par un slam. C'est vrai que je n'y ai pas pensé. Soit tu improvises.
- Speaker #1
Ah là là, tu me mets la pression.
- Speaker #0
C'est vrai que c'est deux mondes qui pourraient se réunir à un moment donné. Où tu aimes avoir vraiment cette distinction entre tu le catégorises de perso et puis l'autre de professionnel ? Est-ce que tu es la même personne dans les deux environnements ?
- Speaker #1
C'est une bonne question. Je pense que oui. Mais on me dit que j'ai une voix quand je slame. Enfin, que je change ma voix ou que mon ton de voix change. Je pense qu'on a une personnalité différente selon ce qu'on fait. Et donc, non, je ne suis pas entièrement sûr d'être exactement la même personne sur scène et quand je gère un dossier juridique à l'élevé. Heureusement, peut-être.
- Speaker #0
Non mais c'est vrai que c'est... Moi j'admire en fait ce focus vers ce que t'as envie de faire. C'est qu'il y a quand même un... Une ligne droite chez toi, où tu te dis en fait, là j'ai envie d'aller dans cette direction, peut-être que je me trompe, peut-être que c'est pas vraiment ça, mais je tâtonne, j'essaye de voir. Oui, c'est ce que je veux faire, donc je mets des choses en œuvre pour le faire.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Et...
- Speaker #1
Moi, je pense quand même que c'est plus facile, quand on raconte sa vie professionnelle du passé, de le retracer comme ça. que peut-être que dans la situation, c'était quand même plus hésitant et plus... Chaotique. Chaotique ou en tout cas tâtonnant, qu'on est plus en train de tâtonner pour trouver sa voie. Après coup, ça paraît évident que c'était ça qui était le chemin. Mais je pense que quand on est dans la situation, on tâtonne, on essaye.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y avait le doute ou on tâtonne parce qu'on ne trouve pas ? Parce que toi, l'année ou l'année et demie où tu avais envie d'autre chose, tu as essayé, il n'y avait pas de doute dans le fait que tu voulais bouger.
- Speaker #1
Ça, c'est vrai.
- Speaker #0
Donc, c'est ça qui est différent de le côté où on tâtonne, où c'est justement le chaos, en fait, quand on ne sait pas. Toi, tu as raison, il n'y avait pas ce côté chaotique. Il y avait ce côté, j'essaye, ça ne marche pas, et peut-être que ça me démoralise parce que ça ne marche pas. Est-ce que ça va marcher un jour ? Mais au moins, tu savais dans quelle direction. Tu avais ta boussole.
- Speaker #1
Oui. Mais je pense qu'il y avait peut-être une première phase où la boussole n'était pas très claire. Et puis au bout d'un moment, effectivement, la boussole devient claire. Puis là, on construit effectivement cette voie.
- Speaker #0
Et le coaching t'a aidé pour trouver ta boussole ? Ou c'est plutôt une fois que tu avais trouvé ta boussole de te positionner ?
- Speaker #1
Je pense que c'était plus du fine tuning à la fin. effectivement et puis probablement aussi comme tu disais avant de renforcer la confiance ce genre de choses je pense que ça aide dans mon cas en tout cas c'est comme ça que je l'ai utilisé probablement le coaching c'est vraiment que j'avais déjà une direction je voyais que j'avais déjà mis un certain nombre de pierres, je voyais que ça fonctionnait pas encore entièrement et donc j'ai profité du coaching pour essayer d'affiner les choses, voir s'il y avait des angles morts que Parfois, on ne voit pas un certain nombre de choses, ce genre de choses.
- Speaker #0
Et le fait d'écrire, est-ce que ça clarifie aussi ce que tu veux ?
- Speaker #1
Oui, je pense. Tu dis par le slam ? Oui, par le slam. Je ne suis pas sûr d'avoir beaucoup écrit sur ce que je cherchais professionnellement, mais l'exercice du slam a effectivement un intérêt dans le sens où Ça force, les textes de slam sont de durée de 3 minutes max. Donc c'est court. Ce qui est long et court à la fois. C'est vrai,
- Speaker #0
c'est long quand même 3 minutes en texte.
- Speaker #1
3 minutes de texte c'est assez long, mais c'est assez bref aussi. Et ça force effectivement à aller à l'essentiel. Et donc je pense que c'est quand même un exercice qui aide à se dire ok mais qu'est-ce qui est essentiel et qu'est-ce que j'ai vraiment envie de communiquer. Et donc qu'est-ce qui est important pour moi. à transmettre. Et donc, je pense que ça peut aider, effectivement, dans l'écriture, d'arriver à centraliser l'idée et de comprendre le nœud de ce qu'on a envie d'exprimer.
- Speaker #0
Et aussi, émotionnellement, si pendant toute une période, on sent que notre écrit, il est plutôt... Il y a des nœuds, justement, à certains endroits, c'est peut-être là où tu te dis qu'il faut peut-être que je travaille là-dessus.
- Speaker #1
Oui, oui.
- Speaker #0
C'est une prise de conscience, en fait. Ça permet aussi de conscientiser les choses, l'écriture.
- Speaker #1
Et je pense que ce qui est intéressant dans le slam, je parle de ça parce que c'est ce que je connais, quand on a un minimum d'exigence envers soi-même, on n'a pas envie de présenter n'importe quoi devant un public. Donc ça demande non seulement de pouvoir résumer la matière en trois minutes, mais aussi de le résumer d'une façon dont on se sent à l'aise de le présenter au public. Ce qui veut quand même dire qu'on l'a... passablement travailler en intérieur et passablement, on a une certaine confiance dans ce qu'on a envie d'exprimer. Et donc je pense que cet exercice-là, il est intéressant aussi pour ça, parce que ça permet vraiment de d'une part de résumer nos pensées puis de s'assurer qu'on est bien à l'aise avec le fait de les exprimer.
- Speaker #0
Et ça, il y a beaucoup d'entraînement dans cette deuxième phase ? C'est du temps quand même, entre l'écriture et le fait de répéter, si t'as envie de le faire sans le lire.
- Speaker #1
Oui, ça demande du temps. c'est des compétences qui s'acquièrent au fur et à mesure j'ai plus d'aisance aujourd'hui à apprendre un texte par coeur qu'il y a 10 ans en arrière mais oui ça demande du temps de l'investissement effectivement et ouais et
- Speaker #0
donc chaque mois C'est toujours Ausha Noir ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Il y a une possibilité de venir te voir ? Ou les autres ?
- Speaker #1
Alors, je n'y suis pas toujours. Mais oui, il y a une scène libre actuellement. C'est géré par des collègues à qui j'ai redonné le bébé après l'avoir animé pendant 7 ans. Effectivement, qui anime ça une fois par mois. Avec beaucoup de succès. Ça a progressivement grandi. et je pense que maintenant il y a 30-35 personnes qui passent sur scène, une fois par mois.
- Speaker #0
Et toutes les personnes présentes passent sur scène, on peut juste venir pour voir ? Non,
- Speaker #1
il n'y a pas d'obligation de passer sur scène, on ne force pas les gens. On ne les tire pas et on les met sur scène et on leur dit maintenant tu te causes.
- Speaker #0
Ça peut juste être ludique, ça peut juste être de voir les autres.
- Speaker #1
Oui, il y a des gens qui viennent en public. Voilà, c'est ça. Ce qui n'est pas le cas de tous ces... activités autour de la prise de parole. Il y a des groupes où, effectivement, il y a une obligation de prendre la parole, et ainsi de suite. Mais là, c'est vraiment ouvert au public.
- Speaker #0
Et avec tout ce que tu as acquis comme compétence dans l'expression orale, tu n'as pas eu envie de, justement, te remettre à l'avocature et plaider, devenir un grand pénaliste ?
- Speaker #1
Non. Non, je... Non. Ou petit pénaliste. Je n'ai aucune prétention. Mais non, j'aime beaucoup être en in-house. Vraiment, je trouve que c'est passionnant d'être comme ça au contact des métiers. Enfin, pour revenir au TL aujourd'hui, je veux dire, c'est une entreprise où il y a plus de 200 métiers différents. Je crois que les gens ne s'imaginent tout simplement pas ce qu'il faut. Pour qu'un bus soit à 9h04 à votre arrêt avec un conducteur qui a le droit de conduire, tout ce qu'il y a derrière pour pouvoir s'assurer que ça soit possible, c'est incroyable, c'est une fourmilière inimaginable avec plein de métiers, plein de choses qui se passent. Et de pouvoir accompagner les métiers sur la durée, et de pouvoir faire des liens avec les gens, de pouvoir être le lien entre les gens... En tant que service juridique, je trouve que le In-N-Out, c'est intéressant parce qu'en fait, ça nous apprend l'humilité. Comparé à une étude ou au tribunal, le droit n'est pas le cœur du métier de l'entreprise. Absolument pas, il est dans les derniers probablement. Mais on est quand même assez central, on voit circuler beaucoup d'informations. On a aussi un rôle de transmission d'informations, d'aider à circuler les informations, d'aider à faire que les choses se passent bien, à mettre de l'huile dans les rouages, à gérer des liens avec différents niveaux hiérarchiques, à expliquer des choses entre des niveaux hiérarchiques. Je trouve que c'est passionnant d'être en in-house parce que vraiment, on peut avoir une plus-value pour une entreprise qui est géniale. Je ne dis pas que l'avocat pénaliste n'a pas de plus-value, mais pour moi c'est passionnant je trouve d'être dans la maison. Oui,
- Speaker #0
il y a l'importance du but commun aussi. On va tous dans la même direction et je pense que c'est ça que tu aimes aussi.
- Speaker #1
Oui. C'est certain que le fait en plus que ce soit pour moi un but honorable de transport public, on est dans la transition énergétique à plein, on est vraiment dans l'économie verte du futur. Je trouve que c'est passionnant.
- Speaker #0
J'ai presque envie de terminer par ce côté passionnant. La passion, c'est important pour toi ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
J'ai l'impression que c'est vraiment...
- Speaker #1
Je pense que c'est un peu ce qu'on a mis en évidence dans notre discussion. C'est qu'il y a un moment où quelque chose se glisse dans la passion, puis même un métier qui est passionnant, finalement, devient plus entièrement aligné avec ce qu'on a envie. Et donc, on a envie de changer, puis on a envie de retrouver cette passion dans une autre sphère, dans une autre direction. Mais je pense que oui, ça fait partie de la quête que j'ai continuelle d'être passionné par ce que je fais au quotidien, puisqu'on y passe du temps, on y passe de l'énergie, on s'investit pleinement dans nos métiers. Donc, autant être passionné. Oui,
- Speaker #0
c'est oser le changement aussi pour cette quête-là. la passion, enfin nourrir en tout cas sa passion pour répondre à quelque chose en tout cas merci beaucoup mais je t'en prie, merci à toi on y revient on y revient et puis merci pour ça parce que c'est vrai pour ta transparence aussi parce que je pense que ça permet aussi à des personnes qui sont peut-être timides qui savent pas peut-être pas forcément dans quelle direction aller ou qui doutent de savoir qu'on peut toujours aller vers ce qu'on a envie d'aller quand on sait ce qu'on veut. Et c'est un peu ça le côté, c'est de prendre le temps aussi d'identifier et de faire l'introspection pour identifier ce qu'on veut vraiment. Il y a une étape toujours où on se dit moi je veux plus ça, mais on ne sait pas ce qu'on veut. Et toi j'ai l'impression que tu as réussi en tâtonnant ou en essayant. à voir ce que tu voulais en fait.
- Speaker #1
Oui, et puis après avoir le courage de le poursuivre, d'aller vers ça, même si parfois il y a des revers en chemin, mais vraiment d'être convaincu par la passion de ce qu'on va trouver.
- Speaker #0
Merci beaucoup. Merci à toi. Clément.
- Speaker #1
À bientôt. À bientôt, merci.
- Speaker #0
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