- Speaker #0
Bonjour à tous et bienvenue dans La Voix Juridique, le podcast qui met en avant les talents issus du monde juridique. Je m'appelle Tamara Morgado, je suis avocate et après avoir exercé pendant près de 20 ans, j'ai suivi ma passion pour l'humain et je me suis spécialisée dans le talent management. Le domaine juridique est riche et varié, ouvrant la porte à une multitude de carrières passionnantes et diverses. et de donner la parole aux talents juridiques, qu'ils soient juristes, avocats, fiscalistes ou qu'ils aient choisi une autre voie. Je souhaite vous inspirer et vous faire découvrir des parcours et des métiers uniques. Aujourd'hui, j'ai le plaisir d'accueillir Nathalie Mossa. Nathalie est avocate et la fondatrice de Bicou. Bicou, c'est une marque genevoise de souliers vegan, féminin et élégant. Nathalie a un parcours inspirant et une énergie lumineuse. Bonne écoute, je suis ravie d'accueillir Nathalie Mossa aujourd'hui dans La Voix Juridique. Nathalie, comment tu vas ?
- Speaker #1
Bonjour Tamara, merci de me recevoir. Je vais très bien, dans ton petit coin de paradis.
- Speaker #0
Merci d'être venue jusqu'à moi. C'est un vrai plaisir de te rencontrer. On se rencontre pour la première fois, donc on va se découvrir. Est-ce que tu peux te présenter s'il te plaît Nathalie ?
- Speaker #1
Bien sûr. Je m'appelle Nathalie, je suis mariée, maman de deux petites filles et la fondatrice de Bicou, une marque genevoise de souliers vegan qui s'adresse aux femmes, qui parle de liberté, de choix et de conscience.
- Speaker #0
Wow, et j'ai envie d'en savoir plus. C'est quoi des chaussures vegan ?
- Speaker #1
Des chaussures vegan, c'est donc des chaussures qui ne sont pas issues. fabriquées à partir de cuir, mais uniquement avec des matières alternatives, qui est un nouveau monde qui s'ouvre à nous. Donc on peut trouver toutes sortes de vegan, il y a du bon vegan, du mauvais vegan, il faut évidemment faire le tri, faire très attention à la composition, et j'utilise essentiellement des fibres issues de végétaux, de l'agriculture ou recyclées. Donc on a des fibres de feuilles d'ananas, des feuilles de cactus, du maïs, des céréales, et des bouteilles en pète recyclée.
- Speaker #0
Waouh, et comment ça t'est venu ça ? Mais il faut avoir l'idée déjà !
- Speaker #1
Il faut avoir l'idée, j'avais envie de créer une marque qui me semblait juste. Me semblait juste, ça voulait dire en circuit court, fait en Europe, avec des matières qui me semblaient justes et éco-responsables. Et j'ai commencé à m'intéresser au vegan en 2021, déjà. Alors, je peux t'assurer que c'était un sujet très opaque, les informations étaient très compliquées à trouver, et puis c'était un travail de fourmi. J'ai découvert qu'il y avait du bon vegan et du mauvais vegan, comme il y a du bon cuir et du mauvais cuir. Et puis, en creusant, j'ai découvert un tas de matières alternatives qui étaient tellement intéressantes et belles que je ne trouvais pas sublimées, dans des modèles de souliers plutôt élégants et qui accompagnent une femme. qui travaille, qui a parfois envie d'être sexy, parfois envie d'être élégante, parfois envie d'être confortable, toujours avec une finesse au pied.
- Speaker #0
Magnifique. Ce qui est intéressant, c'est que tu es avocate à la base.
- Speaker #1
Exact.
- Speaker #0
Donc, tu es avocate, tu as exercé ce métier pendant quand même quelques années. Est-ce que tu peux m'en dire un peu plus ? Tu as exercé dans une étude, tu as été au ministère public aussi. Raconte-moi un petit peu ces deux expériences.
- Speaker #1
Avant de me lancer dans la vie de... d'entrepreneur. J'ai fait un bachelor à Genève, un master à Lausanne en magistrature. C'était une des premières volées de ce master en collaboration avec l'université de Lausanne en droit et l'école de sciences forensiques pendant deux ans. Et ensuite j'ai exercé effectivement en études à Genève dans une super étude avec des collègues et une équipe très sympa et très formatrice. et puis j'ai ensuite passé près de 10 ans comme juriste au ministère public.
- Speaker #0
Wow ! Est-ce que c'était quelque chose que tu as... Enfin, comment tu es arrivée au droit déjà ? Est-ce que c'est quelque chose que tu avais envie de faire depuis toujours ? Ça t'est venu comme ça ?
- Speaker #1
J'ai toujours eu un attrait pour les faits divers.
- Speaker #0
Ah ! D'où le ministère public ?
- Speaker #1
D'où le ministère public et le master en magistrature. Je crois que quand j'étais petite, j'aimais résoudre les enquêtes. Et puis, je me suis dirigée vers... Ce master avec l'ambition de devenir juge d'instruction, c'était vraiment ce qui m'animait. A l'époque, le juge d'instruction existait encore, la fonction a ensuite été modifiée et puis j'aspirais aussi à devenir juge des mineurs. C'était vraiment une profession qui m'attirait énormément parce qu'il y a le côté humain et évidemment jeune adulte. Enfin, adolescent. Et puis, j'ai fait ce parcours en me disant, bon, je n'ai pas d'autre choix que d'aller à l'université. C'était évidemment inconcevable que je devienne, par exemple, inspectrice, ce qui était aussi une case ouverte dans ma tête à l'époque.
- Speaker #0
Bien sûr, j'allais te demander en fait. Et donc, tu es allée jusqu'au bout des choses quand même, parce que tu étais au ministère public pendant près de dix ans. Par rapport à l'image que tu t'étais fait dans ta tête d'enfant ou de jeune adulte, est-ce que ça correspondait ? Est-ce qu'il y a eu quelque chose qui ne calquait pas vraiment ce que tu faisais comme idée par rapport à ça ?
- Speaker #1
Alors c'est vrai que quand on est jeune, on a toujours tendance à fantasmer un métier. Évidemment que dans la réalité, les choses sont bien différentes, c'est beaucoup plus cadré. Les fonctions sont parfois limitées, mais c'est vrai que je m'épanouissais quand même beaucoup dans cette profession, étant précisé que quand on est juriste, on est quand même limité, même si des audiences nous sont déléguées, des actes d'instruction aussi, la rédaction d'actes, la rédaction d'ordonnances pénales nous sont déléguées. On a les mains dans le cambouis, mais peut-être pas autant que si on est procureur, effectivement.
- Speaker #0
Il y a le côté aussi accompagnement finalement que... t'avais pas, enfin, humain, accompagnement humain, que t'avais pas forcément dans cette fonction ?
- Speaker #1
On l'avait quand même passablement parce qu'il y avait quand même beaucoup d'audience qui nous étaient déléguées. Encore une fois, tout dépend. Chaque procureur est un mini-cabinet qu'il gère comme il l'entend. Donc, selon les procureurs avec lesquels on collabore, il y a effectivement beaucoup d'audience qui peuvent nous être déléguées parce que ils préfèrent se concentrer sur la rédaction d'actes, ou à l'inverse, on se retrouve à devoir faire Merci. beaucoup de rédaction d'actes et assez peu d'audience. Il y a un équilibre à trouver et en fonction des cabinets par lesquels on passe, le métier peut être très différent.
- Speaker #0
Est-ce qu'un jour tu as été en rupture avec ce métier ? Parce qu'aujourd'hui tu es dans les chaussures, tu es entrepreneuse et tu as choisi complètement autre chose. Est-ce que tu as été en rupture avec le métier ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Qu'est-ce que tu t'es dit ?
- Speaker #1
Je ne pense pas avoir été en rupture. c'était Une accumulation de petites choses et de petits événements qui m'ont amenée à m'écouter et il y avait une véritable forme de dissonance interne très forte au fond de moi que j'ai décidé d'écouter. Et puis il y a la vitesse de la vie aussi qui nous rattrape. J'ai perdu mon papa alors que je portais la vie. et quand on se retrouve à ce carrefour entre la mort et le début de la vie, on se pose... énormément de questions. On se dit que la vie ne nous attend pas, le temps ne nous attend pas, la vie passe très vite et puis il faut s'écouter. Je pense que j'avais envie de vivre différemment, de créer et de ressentir plus d'émotions.
- Speaker #0
Ok. Et donc, c'est vraiment un rappel de la vie, c'est que tu te sentais aussi portée par les choses mais pas vraiment choisir.
- Speaker #1
en fait ce que tu faisais au quotidien tu t'es dit maintenant j'ai envie de choisir et de vraiment faire ce que j'ai envie de faire je pense que j'ai vraiment choisi cette carrière dans l'avocature mais je pense que j'ai aussi choisi de
- Speaker #0
partir c'était un choix que tu avais besoin de faire à ce moment là et est-ce que tu avais une passion déjà pour la mode pour les chaussures pour le vegan ou tu t'es Tu t'es simplement dit, maintenant, je veux arrêter ce métier et je veux faire autre chose. Puis après, tu as essayé de chercher l'autre chose.
- Speaker #1
Non, j'avais une véritable passion de l'humain en premier. Mais l'humain avec des émotions positives. C'est vrai que dans ce métier, on est souvent confronté à des périodes de vie, que ce soit chez les clients quand on est avocat ou les parties lorsqu'on est dans la magistrature, à des... à des côtés sombres de l'humain, à des moments très importants de leur vie qui sont parfois négatifs et j'avais besoin de quelque chose de plus positif. J'avais besoin de quelque chose qui porte et qui porte la vie. Pour moi, les chaussures sont un objet hyper puissant. C'est un objet qui te porte, qui ancre, qui nous accompagne dans nos élans comme dans nos hésitations. Et j'avais envie de créer quelque chose de positif et de repartir à zéro. Les chaussures ont été immédiatement quelque chose qui m'a attirée. En démissionnant, je savais ce que j'allais faire.
- Speaker #0
D'accord. Et tu sais, c'est marrant parce que tu as commencé par parler de liberté quand tu as parlé de chaussures. Et liberté aussi dans le monde des avocats et du pénal notamment. Donc, c'est des mondes que tu as rejoints. Enfin, non, ce n'est pas ça. C'est plutôt que tu as une valeur fondamentale qui est la liberté et que tu veux décliner de plusieurs manières, j'ai l'impression.
- Speaker #1
Tu as totalement raison. C'est vrai que finalement, il y a des valeurs que j'ai apprises et qui m'ont été transmises dans ce métier. C'est ma première armure, le droit. Et puis, il y a une déclinaison de cette profession à travers ma nouvelle profession.
- Speaker #0
Et ton ancienne vie t'a aidée, j'imagine, à te lancer dans ta deuxième vie ?
- Speaker #1
Absolument. Aucun doute là-dessus. le droit à ma... m'a appris à structurer ma pensée, m'a appris le poids des mots, m'a appris l'écoute, m'a appris la rigueur et la consistance, la régularité. Je pense que quand on se lance dans le monde de l'entrepreneuriat, qui était un monde qui m'était totalement inconnu, très abstrait, on doit avoir ces compétences-là pour tenir.
- Speaker #0
Et ça fait combien de temps que tu t'es lancée maintenant ?
- Speaker #1
J'ai créé la marque. en 2022. J'ai ouvert notre boutique. Je dis la première, tu vois, c'est un signe.
- Speaker #0
Oui, comme ça, c'est bien.
- Speaker #1
En janvier 2023. Donc, j'ai commencé la commercialisation en janvier 2023.
- Speaker #0
Et donc, la boutique se situe ?
- Speaker #1
32 Grands Rues, en Vieilleville.
- Speaker #0
Ok, fantastique.
- Speaker #1
De Genève.
- Speaker #0
Donc, début dans l'entrepreneuriat, raconte-nous.
- Speaker #1
Vertigineux, c'est le premier mot qui me vient. Je me souviens m'être retrouvée au milieu de mon salon entre des jouets d'enfants, page blanche. Je m'étais même racheté un ordinateur parce que j'en avais plus l'utilité. Et je ne sais pas par quoi commencer, évidemment. Je suis perdue. C'est des jours de... Tu surfes sur Internet, on n'avait pas de chat GPT à l'époque. Et tu ne sais pas par où commencer. Et je me suis rendue compte que pour commencer, il fallait... que je me trouve moi. Je pensais m'être trouvée, mais finalement quand on est seule face à soi-même, on se rend compte qu'il y a des choses à creuser. Et puis j'ai écouté énormément de podcasts de développement personnel, lu énormément de livres sur ces sujets, et écouté beaucoup de podcasts d'entrepreneurs. Des formations, je me suis formée, auto-formée online, en regardant des milliards de vidéos et de tips. J'espérais secrètement trouver, je te cache pas, un manuel qui allait me résumer les trois étapes pour réussir à créer sa boîte. Et puis évidemment j'ai déchanté, c'était pas du tout le cas. Et je suis allée à Taton. Je savais que je voulais créer cette marque, donc j'ai commencé à m'intéresser aux matières. Où est-ce que j'allais trouver ces matières ? J'ai envoyé évidemment des tonnes d'emails restés sans réponse. Je suis absolument nulle en dessin. Je savais exactement quel modèle je voulais, mais j'étais incapable de les dessiner. Donc il fallait que je me fasse accompagner d'une designeuse. Ça aussi, c'était un sacré travail. Et puis je suis allée visiter plusieurs factories, plusieurs artisans. Et il fallait que quelqu'un nous accompagne. Tu penses bien qu'au début, ils voient... Parce que mon mari était évidemment à mes côtés, et il l'est toujours, dans ce début d'aventure. Deux grands blonds avocats, bonjour on veut faire une marque de souliers vegan. Vegan c'était encore un mot méconnu voire banni de certains artisans qui ne jurent que par le cuir. Et c'était presque une insulte de leur demander de créer des prototypes. C'était assez compliqué. On s'est dirigé vers l'Italie au début, c'était assez compliqué. Je voulais quelque chose, comme je t'ai dit, en toute transparence. je voulais vous dire Connaître les artisans, je voulais pouvoir y aller sur place, rencontrer les fournisseurs, faire des tests, etc. Et c'est quelque chose qui prend du temps et qui fait perdre du temps et de l'argent à des artisans. Donc il fallait vraiment trouver un partenaire, qu'on a finalement trouvé. au bout de quelques mois à Porto.
- Speaker #0
Donc il y a eu une série de rencontres finalement qui ont fait que le projet aussi a pu fonctionner. J'aimerais juste revenir à ce que tu disais au début. On dit souvent que l'entrepreneuriat est un accélérateur de développement personnel. T'en penses quoi ?
- Speaker #1
Absolument. C'est évidemment un accélérateur. Je ne pense pas, je ne sais pas, mais je ne pense pas que sans ce virage professionnel, je me serais posé autant de questions.
- Speaker #0
C'est le fait de se poser des questions, de se retrouver seule face à l'inconnu et de se poser des questions. Qu'est-ce qui a fait qu'on se pose autant de questions ?
- Speaker #1
Les deux. Il y a énormément de solitude quand on est entrepreneur et on doit faire de soi son meilleur allié. Et quand on est effectivement pris dans une vie avec cette frénésie du rythme, de courir en permanence pour jongler et joindre les deux bouts, on a moins le temps de se poser ces questions. C'est vrai, on dit souvent que les gens qui se remettent en question ont le temps. C'est vrai, j'ai pris le temps de me poser ces questions. Et je pense que c'était salvateur pour moi.
- Speaker #0
Il y a aussi la légitimité qui est remise en question. Parce que tu recommences, enfin on t'appelle maître, peu importe. Mais je veux dire, il y a ce titre qu'on embrasse à un moment donné, on se sent quand même un peu légitime par rapport à quelque chose. Et quand on le met de côté, on est... Plus rien, presque. Est-ce que tu as ressenti ça ou pas ?
- Speaker #1
Pas du tout. Je n'ai pas du tout ressenti ça. Je ne saurais pas te l'expliquer, ni te donner les raisons. Peut-être qu'il y a ce syndrome de l'imposteur qui te poursuit toute ta vie et que quand on t'appelle maître, tu ne sais pas vraiment si c'est légitime qu'on t'appelle comme ça. Quand tu tiens une audience face à des avocats qui ont des ténors du barreau ou qui ont des années d'expérience, tu ne te sens pas forcément légitime non plus. ça m'a pas du tout manqué.
- Speaker #0
Mais par contre, tu t'es sentie quand même pas légitime quand tu as commencé à aller questionner les gens par rapport à ta marque de chaussures. Tu vois ce que je veux dire ? Absolument.
- Speaker #1
J'en commençais à zéro.
- Speaker #0
Mais tu as raison. Il y a un point, c'est que le syndrome de l'imposteur, finalement, était là, avocat ou pas avocat, maître ou pas maître. Et peut-être parce qu'on... Moi, j'avais ce ressenti aussi, mais peut-être parce qu'on est entouré de beaucoup de grandeur dans ce milieu, de beaucoup d'égo, qui fait qu'on se sent souvent assez petit. Parce qu'en fait, le rôle souvent est de rendre l'autre petit pour pouvoir prendre le dessus. Il y a un peu ce mécanisme dans le judiciaire qui est là. Mais c'est vrai qu'on a des connaissances techniques qu'on sait maîtriser à un moment donné. Et après, c'est vrai qu'on est dans toute autre chose, dans une autre posture, dans autre chose. On se dit, mais en fait, qui je suis par rapport à des artisans qui ont fait ça toute leur vie de père en fils ?
- Speaker #1
Bien sûr, c'est évidemment un sentiment qui m'a accompagnée longtemps et qui continue parfois de m'accompagner. J'ai parfois beaucoup de doutes, mais je me sens plus ancrée qu'avant lorsque j'avais un titre et que j'étais finalement reconnue et validée.
- Speaker #0
T'es ancrée parce que tu es à l'endroit où tu as envie d'être aujourd'hui.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Et tes chaussures sont magnifiques.
- Speaker #1
Il faut les étayer parce qu'elles sont aussi très confortables.
- Speaker #0
Je viendrai, je viendrai. Mais c'est vrai que c'est... Ce que je veux dire aussi par là, c'est que tu as vu le résultat. C'est qu'aujourd'hui, tu vois qu'à partir de rien, tu as réussi à faire fabriquer des chaussures qui te correspondent et qui correspondent aussi à l'idée que tu t'en faisais. Tu as ouvert une boutique. Et c'est une aventure qui démarre de manière assez florissante. Donc c'est vrai que c'est... Aujourd'hui, si tu regardes en arrière, tu te dis « Waouh ! » Tu te dis waouh ? Voilà ce que j'ai fait ?
- Speaker #1
Je ne dis jamais waouh.
- Speaker #0
Tu ne te dis jamais waouh ?
- Speaker #1
J'ai de la peine à fêter les victoires. Je suis sans cesse en train de me dire, ok, la prochaine étape c'est quoi ? Et c'est vrai que j'ai du mal à me retourner et à me dire waouh. Mais je sais que je suis aussi arrivée là avec beaucoup de travail. Tu disais tout à l'heure à partir de rien. Mais ce rien, finalement, c'était des années de travail. des heures à essayer de comprendre un nouveau métier en autodidacte. Mais finalement, ton apprentissage, tu le gères aussi un peu comme tu veux. Tu as une liberté. Et cette liberté, elle est très précieuse. Mais effectivement, aujourd'hui, j'ai encore parfois du mal à me dire « Waouh ! Mais c'est quelque chose que je travaille. »
- Speaker #0
Bien sûr, et je pense qu'on travaille tout au long de notre vie. Et surtout à chaque ouverture de nouvelle boutique qui va nous ouvrir. Exactement. Le doute est positif quand il ne nous handicap pas ou ne nous retient pas.
- Speaker #1
Exactement. C'est toute l'histoire. C'est qu'effectivement, au début, et peut-être avec ma casquette juriste et avocate, parfois la peur pouvait me paralyser. Et aujourd'hui, je crois que je peux dire que la peur ne me paralyse plus, mais elle me fait avancer.
- Speaker #0
La peur te paralysait quand tu étais dans le monde juridique ? Oui. D'accord, mais pas quand tu as monté ta boîte à cause des problèmes juridiques. Parce qu'on est un peu parano aussi, parce qu'on a les règles en tête et on se dit ça peut mal finir, etc. Mais toi, ce n'était pas ça qui te...
- Speaker #1
Je pense que j'ai fait preuve d'une immense naïveté et c'est ce qui m'a sauvée. Évidemment que si j'avais analysé tous les risques et fait ce travail très méticuleux... que tu apprends dans tes études ou qu'un avocat pourrait faire.
- Speaker #0
Et qu'on fait rarement pour soi.
- Speaker #1
Et qu'on fait rarement pour soi. Je ne sais pas si je me serais lancée. Il y aurait eu trop de warnings.
- Speaker #0
Oui, comme quoi, c'est pas mal des fois de se lancer sans tout calculer.
- Speaker #1
Non, alors, c'est un risque mesuré quand même. Mais il faut parfois aussi fonctionner à l'instant.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et c'est ce qu'il faut désapprendre, je trouve, du monde juridique. C'est qu'on est... On est tellement méticuleux, le poids des mots est tellement important, on passe des heures parfois à rédiger à la virgule près, chaque mot est réfléchi et on perd parfois beaucoup de temps à lisser un texte, comme je le disais. Par contre, dans l'entrepreneuriat, il faut désapprendre parfois ce côté très rigoureux, laisser place à l'émotion, à la rapidité, à l'agilité et à l'instant.
- Speaker #0
Et à la créativité finalement, parce que dans un monde aussi créatif, le droit est créatif. On est aussi dans la résolution de problèmes, il faut trouver des solutions. Et je pense que c'est ce que tu aimes.
- Speaker #1
Complètement.
- Speaker #0
Résoudre des problèmes. Donc c'est ce que tu fais aujourd'hui avec l'entrepreneuriat, parce qu'on ne fait que ça.
- Speaker #1
On ne fait que ça.
- Speaker #0
Ce sera ton quotidien, j'imagine.
- Speaker #1
Complètement. Déjà, ton produit, on dit souvent qu'il doit résoudre un problème pour que tes clients y adhèrent. Et la vie quotidienne. de l'entrepreneur, c'est régler des problèmes à longueur de temps, et trouver des solutions, et être rapide.
- Speaker #0
Et quand tu étais avocate, d'un point de vue équilibre, est-ce que tu y trouvais ton compte, ou est-ce que tu as gagné en liberté en devenant entrepreneur ? Est-ce que cet aspect-là finalement jouait ?
- Speaker #1
C'est une très bonne question. Je pense que la réponse est un peu biaisée, parce que j'avais aussi des enfants en bas âge. Lorsque j'exerçais, on sait à quel point c'est parfois compliqué de jongler entre ta casquette maman, les nuits blanches, les maladies, etc. et rester performant au travail. Je pense que c'est un peu biaisé, mais je me sens, pour répondre à ta question, beaucoup plus libre aujourd'hui.
- Speaker #0
Mais c'est quand même des passages obligés. Les premiers passages de la maternité pour les femmes qui veulent avoir des enfants et en même temps exercer, il y a ce passage qui est long quand même. Donc est-ce que c'est adapté ou pas forcément à ton avis ?
- Speaker #1
Alors moi c'est encore différent puisque c'était étatique, donc je n'ai pas vécu le métier d'avocat où tu ne comptes pas tes heures et tu as des délais. On a rarement des délais quand on est juriste. On peut organiser nos journées comme on l'entend. Si tout d'un coup, un jour, on doit partir un peu plus tôt, on sait qu'on peut rester le jour d'après un peu plus tard. Je pense que c'était assez compatible.
- Speaker #0
Il y a plus de femmes aussi, je pense, dans la magistrature.
- Speaker #1
Effectivement.
- Speaker #0
Dans le métier, vraiment. Super intéressant. Donc aujourd'hui, zéro regret ?
- Speaker #1
Zéro regret. Des doutes, mais zéro regret.
- Speaker #0
Et est-ce que tu penses que tu pourrais retourner au barreau ? C'est une question qu'on me pose souvent, c'est pour ça que je la pose.
- Speaker #1
C'est une question qu'on m'a déjà posée. Au barreau, pas en tant qu'avocate. J'ai toujours une petite case très très loin dans ma tête qui a laissé la porte ouverte à la magistrature pour être complètement transparente. J'attends de voir comment le métier évolue. Ces dernières années, il a énormément changé. Le nombre de procureurs a explosé. Quand j'ai commencé comme juriste, je crois qu'il y avait 15 procureurs. Maintenant, ils sont plus de 50, sauf erreur. Le métier a énormément changé, c'est beaucoup plus procédural qu'avant. Il y a moins la place à l'humain et parfois au bon sens et au pragmatisme.
- Speaker #0
Et pour mineurs, parce que c'était quelque chose qui était présent, ça veut dire que ça vient de la magistrature ? Oui,
- Speaker #1
bien sûr. Et quand je parle de la magistrature, il y a évidemment l'aboutissement au juge des mineurs. Mais c'est vrai que c'est des postes qui sont très prisés.
- Speaker #0
D'accord. Mais c'est un sujet qui te tient à cœur ?
- Speaker #1
Oui. C'est un sujet qui me tient à cœur. Je suis persuadée que si on répare en amont et on passe plus de temps sur l'éducation, sur le long terme, on peut réparer la société, évidemment.
- Speaker #0
Et ce qui est génial, c'est que tu as plusieurs cordes à ton arc pour le faire.
- Speaker #1
Effectivement. Peut-être que j'ai perdu en compétences formelles et juridiques parce qu'effectivement, je n'exercerai plus encore pendant... pendant quelques années, mais ce que tu apprends dans le monde, dans l'entrepreneuriat, et en sortant parfois de prendre du recul, tu grandis beaucoup, tu arrives à relativiser. Je n'ai plus peur de prendre des décisions. Comme je te disais avant, parfois je pouvais être paralysée par la prise de décision. Et je pense que c'est une éducation de la vie qui est magique et qui est très précieuse.
- Speaker #0
Et c'est vrai que ça te permet de te dire que tu as le champ des possibles ?
- Speaker #1
Oui, même si c'est vrai que je me dis, tu vois, j'ai commencé dans le monde de l'entrepreneuriat, avec parfois je dis ça, avec dix ans de retard sur d'autres. Et en faisant ça, je prends dix ans de retard sur ceux qui sont restés dans la magistrature ou qui ont continué à exercer.
- Speaker #0
Mais tu ne penses pas que c'est un état d'esprit, une manière d'apprendre, qu'on apprend, de raisonner d'une certaine manière et qu'on garde finalement ? Bien sûr,
- Speaker #1
on apprend différemment et je me sens, c'est beaucoup plus riche, je trouve, mon expérience.
- Speaker #0
Oui, et je pense que les compétences techniques, vu que c'est un métier, on pense de mettre à jour continuellement. C'est vrai. Parce que les choses bougent, se remettre à jour, ce n'est pas hyper compliqué.
- Speaker #1
Non, mais encore une fois, il y a une question de légitimité.
- Speaker #0
Ça, c'est autre chose. On y vient, mais ça c'est encore autre chose. Mais c'est vrai qu'un monde où on pourrait passer de la chaussure à l'avocature et à toute autre chose et revenir, enfin ça serait ou à la banque, l'assurance, enfin vraiment de pouvoir s'enrichir de différents métiers et de pouvoir réintégrer à un moment donné de sa vie une étude ou la magistrature, ça ne se fait pas beaucoup.
- Speaker #1
Ça ne se fait pas beaucoup.
- Speaker #0
Ah,
- Speaker #1
t'es un peu banni quand tu sors du parcours.
- Speaker #0
C'est ça, c'est que quand tu sors, tu sors. Et c'est dommage. Je ne sais pas ce que t'en penses, mais il y a une richesse que tu peux apporter en faisant des allers-retours.
- Speaker #1
J'en suis persuadée. Je ne sais pas si certains ont déjà eu envie de revenir. Je n'ai pas de cas d'école en tête. Mais je pense que c'est quelque chose qui serait assez riche. notamment pour la magistrature, si tout d'un coup un procureur ou un magistrat devait revenir en ayant un bagage complètement différent, ça donne aussi une perspective complètement différente du métier. Quand on est finalement un peu en vase clos, c'est très compliqué de prendre du recul et d'éclairer différemment les dossiers ou une procédure ou des actes.
- Speaker #0
Bien sûr, on regarde tous dans la même direction, on vient d'avoir des perspectives. différentes. Alors là, je me suis complètement... Et pour Bicou, quelles sont tes prochaines étapes ? Quel est ton rêve pour Bicou ?
- Speaker #1
C'est une vaste question.
- Speaker #0
C'est une vaste question. Tu peux apporter une réponse très, très vaste.
- Speaker #1
Alors, c'est une marque en plein développement. À Genève, on a eu beaucoup de reconnaissance. La notoriété est en train d'arriver. On a gagné différents prix. On a effectivement... On a eu plusieurs publications, donc c'est vraiment une reconnaissance locale qui fait du bien et qui est une validation dont j'avais aussi besoin pour avancer. Et on est évidemment en train de développer la marque pour sortir au-delà des frontières.
- Speaker #0
Super ! Vous avez une boutique en ligne aussi ?
- Speaker #1
On a une boutique en ligne, évidemment. Et puis c'est vrai qu'on a des commandes. Du monde entier, c'est-à-dire qu'on a des commandes des États-Unis, de l'Angleterre, de la Belgique, de l'Europe du Nord, de la Suisse jusqu'aux Émirats.
- Speaker #0
Tu veux être fière ?
- Speaker #1
J'essaie de l'être. C'est tout un travail. J'essaie de l'être. Mais c'est aussi ce que j'aimerais apprendre à mes filles. Alors c'est un peu cliché, je l'entends, mais de leur montrer que tu peux être... évidemment une maman, mais que tu peux aussi t'épanouir professionnellement et que tu dois l'être. Tu dois t'épanouir professionnellement pour être épanouie aussi comme humain en premier et comme maman. Et que tu peux changer de parcours de vie, mais qu'il faut de la rigueur et du travail.
- Speaker #0
Et c'est vrai que c'est une inspiration que tu peux donner à tes filles, mais aussi aux autres personnes qui ont envie. Parce que moi, j'entends beaucoup de personnes qui sont dans un métier, qui ont peur. de faire autre chose, pour justement ne pas être banni ou parce qu'il y a des risques. Et le fait de voir un parcours comme le tien peut inspirer aussi. Je ne sais pas si tu t'en rends compte ou pas forcément.
- Speaker #1
Je suis touchée de l'entendre. S'il peut inspirer ou résonner, j'en serais ravie. Je sais que quand j'ai annoncé ce virage, j'ai eu évidemment plusieurs sortes de réactions autour de moi. Et puis je sais que ça a résonné. chez certaines femmes dans mon entourage. Et c'est ce que je peux me souhaiter. Et leur souhaiter, c'est de se trouver elle-même et de ne pas rester bloquée dans un cadre, parce que c'est rassurant.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Nathalie. Merci, Tamara. C'était un vrai plaisir d'échanger avec toi. Et comme quoi, le droit mène à tout.
- Speaker #1
C'est ce que disait mon papa en permanence.
- Speaker #0
Merci Nathalie.
- Speaker #1
Merci à toi. A très vite. A très vite.
- Speaker #0
Vous venez d'écouter La Voix Jurée.
- Speaker #2
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