- Speaker #0
Bonjour à tous et bienvenue dans La Voix Juridique, le podcast qui met en avant les talents issus du monde juridique. Je m'appelle Tamara Morgado, je suis avocate et après avoir exercé pendant près de 20 ans, j'ai suivi ma passion pour l'humain et je me suis spécialisée dans le talent management. Le domaine juridique est riche et varié, ouvrant la porte à une multitude de carrières passionnantes et diverses. À travers ce podcast, mon objectif est de donner la parole aux talents juridiques, qu'ils soient juristes, avocats, fiscalistes ou qu'ils aient choisi une autre voie. Je souhaite vous inspirer et vous faire découvrir des parcours et des métiers uniques. Je suis très heureuse de vous présenter Sylvain Maté. Sylvain est avocat et il a plus de 30 ans d'expérience en tant que responsable juridique et compliance dans plusieurs banques privées genevoises. Aujourd'hui, il est administrateur indépendant, un métier qui le passionne. Il nous parle de son parcours, du métier de juriste bancaire et des enjeux de l'administrateur. Bonne écoute ! Je suis ravie d'être avec Sylvain Maté aujourd'hui dans La Voix Juridique. Merci beaucoup d'être là, Sylvain. Comment tu vas ?
- Speaker #1
Mais je vais très bien, Tamara. Merci pour ton invitation.
- Speaker #0
Mais ça fait grand plaisir. Donc, Sylvain, tu es avocat de formation. Tu as travaillé une trentaine d'années en tant que juriste d'entreprise dans différentes banques privées. Aujourd'hui, tu es administrateur indépendant. Est-ce que tu peux m'en dire un peu plus ?
- Speaker #1
Oui, oui, tout à fait. J'ai fait mon brevet d'avocat en... 1986 dans le canton de Neuchâtel, donc ça ne nous rajeunit pas. Je n'ai jamais exercé en tant qu'avocat et j'ai toujours travaillé dans le secteur bancaire, plus précisément du côté private banking. J'ai été directeur juridique et compliance chez Pictet et compagnie pendant 14 ans. J'ai occupé les mêmes fonctions chez Lombardodier pendant une dizaine d'années. J'ai aussi travaillé à l'époque avec monsieur Patrick Odier quand il était président de l'association suisse des banquiers dans un rôle plutôt de public affaires, enfin suivre les projets politiques, législatifs qui concernaient le secteur bancaire, aider à élaborer des prises de position, ce qui était passionnant. Et puis en 2020, juste avant la crise du Covid, par hasard, j'avais 58 ans et cette envie de devenir indépendant, d'avoir davantage de liberté dans l'organisation de mon emploi du temps, dans les... Les mandats que je choisis me titillaient depuis longtemps et j'ai sauté le pas, j'ai retiré ma caisse de pension avec l'accord de mon épouse bien entendu, qui a toujours le dernier mot. Et je me suis lancé avec différents mandats et depuis j'exerce cette activité. J'ai une petite dizaine de mandats actuellement dans deux banques auprès de quatre gérants de fortune indépendants. Je suis également membre d'instances de surveillance ou de régulation comme l'ARIF et l'OSIF, qui sont deux de ces organismes de surveillance respectivement OAR en matière de blanchiment d'argent. Je suis membre de la commission de surveillance de la convention de diligence des banques. Je suis depuis peu de temps membre du conseil de direction de l'affaire, la fédération des entreprises romandes. C'est vrai que je renoue un petit peu avec d'anciennes amours de lobbyistes, entre guillemets, aux petits lobbyistes, parce que j'ai commencé au tout début ma carrière à Bâle à l'Association Suisse des Banquiers. J'ai passé 7 ans.
- Speaker #0
Il y a vraiment eu un amour pour la banque assez tôt finalement. Est-ce que tu es tombé dedans par hasard ou c'est vraiment une appétence que tu avais pour... Tu t'es dit moi je travaillerai dans la banque. Déjà si on revient un petit peu en arrière, tu as passé ton brevet d'avocat. Mais tu n'as jamais exercé, tu n'as jamais voulu exercer, qu'est-ce qu'il... exercer au barreau, je veux dire, c'est...
- Speaker #1
Alors j'ai toujours été depuis très longtemps attiré par le droit bancaire, j'avais fait mon mémoire de licence, comme on disait à l'époque, sur la surveillance des fonds de placement par la Commission fédérale des banques. Donc je suis un cas pathologique. Oui,
- Speaker #0
donc il y a une passion vraiment pour ce sujet. Oui, absolument. D'accord, ok.
- Speaker #1
Et je voyais plutôt le brevet comme un complément à la licence, un complément pratique, aussi une école de la vie. Moi je conseille toujours aux jeunes juristes, avant de se lancer dans un doctorat ou dans une spécialisation technique, de faire le brevet d'avocat parce que je trouve que c'est une bonne école de juristes de terrain. Et une école de la vie, encore une fois, on est confronté à des situations, à des personnes qu'on ne rencontrerait peut-être pas. pas autrement.
- Speaker #0
Et tu as aimé cette période ?
- Speaker #1
J'ai adoré. Et j'aurais pu, si la vie s'était déroulée autrement, m'inscrire au barreau, pourquoi pas.
- Speaker #0
Et donc après, directement, tu es passé dans la banque. Et ça ne s'est jamais arrêté finalement ? Non. Donc tu as pu voir vraiment l'évolution du droit bancaire ?
- Speaker #1
Oui, j'ai envie de dire l'explosion du droit bancaire. À l'époque, on avait une loi sur les banques qui faisait, je ne sais plus, l'article 47 sur le secret bancaire, une cinquantaine d'articles. Et puis maintenant, on a X lois fédérales. Il n'y avait pas de normes légales anti-blanchiment, il n'y avait pas d'article 305 bis du code pénal. Tout ça est venu bien après.
- Speaker #0
Et comment justement ta profession a évolué ?
- Speaker #1
Je dirais qu'on est passé d'une fonction qui était essentiellement de conseil aux clients de la banque en matière de, je parle du private banking en tout cas, en matière de règlement de succession, de planification successorale, parfois en matière fiscale, à une fonction qui est de plus en plus une fonction de contrôle et de gestion des risques. Et ce n'est pas forcément ce qui me concerne une vocation au départ, mais c'est devenu une nécessité. il y a aussi une... Une étanchéité beaucoup plus importante entre les fonctions de contrôle en général, que ce soit contrôle des risques, finances, juridiques, compliance, et les fonctions de front, business, qui est voulu, qui est à mon avis parfois peut-être un peu excessive. On travaille pour les mêmes entreprises, pour les mêmes clients, et je pense qu'il faut garder une grande... Oui, demeurer accessible, dialoguer, conseiller, ça fait aussi partie des fonctions du juriste d'entreprise. On n'est pas là que pour être des chiens de garde, voire des flics internes, c'est pas comme ça que je conçois ce métier.
- Speaker #0
Et tu l'as ressenti comme ça en fait, ce fossé entre la première ligne et le reste ?
- Speaker #1
Un petit peu, oui. Je pense qu'on est moins ouverts, moins collègues qu'on pouvait l'être autrefois. Les fonctions sont mieux définies. Ce qui me frappe aussi, c'est l'hyperspécialisation de ces fonctions. Aujourd'hui dans les banques, vous avez des experts FATCA, des experts fiscaux bien sûr. Les fonctions de planification patrimoniale, successorale, tout ce qui est trust, fondation, société, ça c'est devenu un peu un tabou. La plupart des banques, pour des raisons que je comprends, des raisons de responsabilité, ont cessé ce type d'activité alors qu'à l'époque c'était une part importante. Et puis on a assisté à la création de ces services de compliance qui sont devenus tentaculaires.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Moi j'avais créé en 98 le comité de diligence de Pictet qui n'existait pas, donc on préavisait les dossiers à risque ou présentant un certain nombre de critères. Et puis c'est moi qui les préparais, j'avais un PC dédié qui était hors réseau pour faire mes petites recherches sur Google et sur Vactiva. Puis je faisais ça en plus de ma fonction de General Counsel du groupe Pictet. Alors, je ne suis pas un surhomme, je n'ai que deux mains, mais c'était comme ça, je veux dire. Puis ensuite, on a engagé un compliance, deux compliance, trois compliance, 50 compliance. Aujourd'hui, je pense qu'il doit être au moins 150. Au moins, bien sûr. La banque a évidemment grandi en parallèle aussi. Bien sûr. Je veux dire, c'est devenu vraiment des fonctions, oui, tentaculaires, avec au sein même de la compliance des spécialisations, vous avez celui qui combat le terrorisme, celui qui s'occupe de la fraude ou du respect des sanctions internationales, etc. Donc hyper spécialisation, ce qui est un peu frustrant à mon avis. L'intérêt du juriste d'entreprise, c'est justement qu'on touchait à beaucoup de choses. L'aspect commercial, l'aspect gouvernance interne, les règles internes, etc. Aujourd'hui, c'est moins vrai.
- Speaker #0
Oui, puis au sein du compliance, il n'y a pas que des juristes en fait.
- Speaker #1
Alors il y en a même de moins en moins.
- Speaker #0
C'est ça, il y a vraiment cette diversité. Et donc quand tu as pris le rôle de responsable légal. et compliance, c'est là où tu as commencé à voir un peu le changement du métier ?
- Speaker #1
Oui, on peut dire ça. Oui, ça a coïncidé. Il y a un risque aussi, c'est qu'on a parfois tendance à se renvoyer la patate chaude quand un dossier est un peu sensible. Ah non, ça c'est du juridique. Non, non, c'est de la compliance. Non, non, c'est le contrôle des risques. Ça n'a pas toujours... favoriser une prise de décision plus fluide et plus rapide. Mais en même temps, je suis conscient qu'on n'a pas vraiment le choix. On a un carcan de réglementation de droits publics qui nous oblige à pourvoir ses fonctions de telle et telle manière, d'établir des rapports, des critères de risque, etc. Donc, on le fait.
- Speaker #0
Et comment s'est passée cette transition à 58 ans vers, en fait, finalement, l'entrepreneuriat ?
- Speaker #1
Oui, on peut dire ça, l'indépendance économique. Elle s'est très bien passée. Je me souviens toujours, c'est le 28 février. Je terminais mon emploi contractuel.
- Speaker #0
Vraiment avant le Covid ?
- Speaker #1
Juste avant. J'ai dit à ma femme, quand même que j'allais acheter un ordinateur, parce qu'à partir de lundi, c'était un vendredi. J'étais indépendant, on est allé chez Apple, j'ai acheté mon Mac et le lundi éclatait le premier, non même le premier mars qui était sauf hier demain par un samedi, il y a eu les mesures anti-covid, enfin le confinement etc. Et entre autres choses tous les Apple du monde ont fermé, donc j'y ai vu un signe.
- Speaker #0
Mais ça ne t'a pas arrêté.
- Speaker #1
Et moi j'étais opérationnel, je m'étais équipé pour travailler chez Apple. moi j'ai commencé bravement.
- Speaker #0
Et tu avais déjà des clients dès le début ?
- Speaker #1
Oui j'avais un mandat assuré notamment un mandat au conseil d'administration d'une banque qui était celle où j'étais à l'époque et puis un autre mandat assez important mais qui était... dont il était prévu dès le départ qu'il aurait une durée limitée. Je crois que je peux le dire, c'était chez Pargesa Holding, parce que Pargesa, qui était à l'époque coté à la Bourse belge et à la Bourse suisse, envisageait de se délister de la Bourse suisse, de SIX, parce que ça créait des doublons, des coûts renondants et inutiles. Ce qu'elle a fait, et puis voilà, c'était passionnant. C'était un secteur financier, mais un petit peu plutôt côté droit. boursier.
- Speaker #0
D'accord et avant tu étais déjà administrateur d'entreprise, de banque ?
- Speaker #1
Alors je l'ai été dans le cadre des groupes bancaires où j'étais actif chez le conseil d'administration de la société Trusty de Pictet auprès de la banque des Bahamas de Pictet. J'ai été au conseil d'administration de Cité Gestion qui était à l'époque une maison de titre que Lombardodier avait créée qui est devenue ensuite indépendante puis qui est devenue une banque puis qui vient d'être vendue à FG. Donc oui, oui, j'ai déjà eu des fonctions de ce genre-là.
- Speaker #0
Et donc tu l'as appris sur le tard ?
- Speaker #1
Sur le tard et sur le tard.
- Speaker #0
Sur le tard et sur le tard, oui, exact.
- Speaker #1
Oui, oui, j'avais suivi les cours de la Swiss Board School à Lausanne, que j'ai trouvé intéressants, j'ai appris plein de choses. Mais oui, l'essentiel, c'est d'ailleurs probablement une lacune, parce qu'avec les responsabilités supplémentaires qui pèsent aujourd'hui sur les administrateurs, pas seulement dans les banques, singulièrement dans les banques, chez les établissements financiers, mais pas seulement. Je pense qu'il y a un besoin criant de formation et de formation continue pour toutes ces personnes qu'on coopte, au fond, souvent par réseau.
- Speaker #0
Exact.
- Speaker #1
Je pense qu'il y a une professionnalisation en cours des conseils qui est souhaitable.
- Speaker #0
Et c'est vrai qu'il y a de plus en plus de formations, parce qu'il y a de plus en plus de monde qui aspire aussi à devenir... Oui.
- Speaker #1
Il n'y en a pas tant que ça.
- Speaker #0
Il y a la Swiss Sports School,
- Speaker #1
il y a l'Académie des administrateurs, qui est très bien je crois, je n'ai pas suivi mais j'ai plusieurs connaissances qui l'ont fait. L'ISFP avait voulu lancer l'année dernière un programme spécifique. pour les administrateurs de banque auxquels je m'étais inscrit. Et puis, deux semaines avant, on m'a envoyé un message, on m'a dit, écoutez, on ne va plus pouvoir faire le cours, on n'a pas assez d'inscriptions.
- Speaker #0
Ce qui m'avait beaucoup étonné. Ah oui, c'est dommage.
- Speaker #1
Je pense que beaucoup d'administrateurs un peu à l'ancienne n'ont pas totalement pris conscience des responsabilités qui sont les leurs, des risques qu'ils en courent, puis de ce qu'on attend d'eux, tout simplement, en termes de haute surveillance de l'entreprise et de la direction.
- Speaker #0
Et c'est vrai que pour avoir échangé avec toi, moi je vois aussi cette... Donc tu as eu cette passion pour le droit bancaire que je ne connaissais finalement pas parce que je t'ai connue après, mais pour la gouvernance, ça a vraiment l'air d'être une nouvelle passion chez toi. Oui,
- Speaker #1
tout à fait, c'est juste. Je pense qu'avec un certain âge et une certaine expérience, c'est probablement là qu'on peut avoir une vraie valeur ajoutée, plus que dans la connaissance fine. de la loi sur les services financiers,
- Speaker #0
ou des choses comme ça. C'est cette vue un peu hélicoptère et stratégique en fait, il y a le côté stratégique. Et aussi tu me disais que même quand tu étais juriste d'entreprise, il y avait ce côté business qui était là aussi, ça veut dire que tu n'étais pas dans un rôle purement de contrôle. Absolument,
- Speaker #1
et ça c'est quelque chose que j'aimais beaucoup et qui a un petit peu disparu. Pour des raisons de responsabilité, les banques ne veulent plus avoir des mandats dans des sociétés domiciles, ou des mandats de trusties, ce que je comprends encore une fois, ce qui fait prendre du sens, mais même pas conseiller aux clients telle ou telle structure, parce qu'elles ont peur qu'on leur reproche d'affaire de l'autre. l'optimisation fiscale. Donc là, l'état d'esprit a beaucoup changé quand même. On est beaucoup plus prudent et réticent à faire des choses qu'on faisait couramment il y a encore une vingtaine d'années.
- Speaker #0
Et là, donc, ton nouveau métier, si on veut, il te permet d'avoir plus de... Plus de flexibilité dans la créativité peut-être ?
- Speaker #1
C'est surtout beaucoup plus de liberté dans l'organisation de son emploi du temps. Ça me permet par exemple de venir boire un café avec toi un vendredi matin, ce qui est plus compliqué quand on est employé. C'est la liberté dans le choix des membres. Le mandat est dans le choix parfois de résilier certains mandats. Moi, il m'est arrivé une ou deux fois d'avoir un désaccord de fonds avec soit le fondateur, propriétaire, le puissant, soit avec le management. C'est-à-dire de devoir dire, écoutez, je respecte vos décisions, mais moi je ne peux pas continuer comme ça, et puis quittons nos bons amis. Et alors l'avantage d'avoir plusieurs mandats, c'est qu'on a ce luxe. Il faut l'exercer. Le rôle de l'administrateur indépendant, c'est d'être indépendant, parfois d'être critique, de challenger les décisions qui sont portées à notre connaissance, parfois d'exprimer un désaccord, et ce n'est pas toujours évident.
- Speaker #0
Et c'est vrai que moi j'entends quand même pas mal autour des avocats, des juristes, cet attachement à la liberté qu'on a, peut-être c'est pour ça qu'on choisit finalement de faire droit, j'en sais rien, la justice, la liberté, l'indépendance. Donc le fait d'avoir été en entreprise pendant aussi longtemps et tu parlais d'emploi du temps, que tu ne pouvais pas forcément gérer de manière libre comme tu peux le faire aujourd'hui, c'est quelque chose qui t'a pesé quand même.
- Speaker #1
Qui a fini par me peser.
- Speaker #0
Qui a fini par te peser. Après quelques décennies,
- Speaker #1
oui. Il y a aussi toutes les tâches qui relèvent du management, ce que l'on peut employer en grand mot, c'était la gestion du personnel, quand on est responsable d'un service ou d'un département. Très honnêtement, ce n'est pas quelque chose qui me manque.
- Speaker #0
D'accord, ok. Je me manage moi-même.
- Speaker #1
C'est bon. Ça va.
- Speaker #0
Et d'un point de vue familial, comment tu as senti ton... Parce qu'on avait quand même... Il n'y avait pas cette flexibilité qu'il peut y avoir aujourd'hui après le Covid avec le télétravail, etc. Est-ce que tu as pu évoluer dans l'équilibre ? familial comme tu le voulais. Alors ça,
- Speaker #1
il faudrait le demander à ma femme et à mes filles, mais moi j'ai l'impression que oui, on a la chance d'avoir une maison assez grande, donc je me suis fait un bureau qui est un peu isolé, je peux fermer la porte.
- Speaker #0
Oui, aujourd'hui oui, mais les 30 ans avec moins de flexibilité, tu as l'impression d'être passé à côté de quelque chose ou pas forcément ?
- Speaker #1
Passé à côté, c'est peut-être beaucoup dire, mais on a quand même des horaires de bureau. C'est ça,
- Speaker #0
oui.
- Speaker #1
Parfois un peu plus intense à certaines périodes, mais... Oui, peut-être. Notamment quand mes filles étaient petites, j'aurais peut-être aimé, j'aurais sûrement aimé passer davantage de temps avec elles, parce que c'est des moments qui ne reviennent pas. Oui, on ne peut pas aller au bureau, et puis voilà.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai qu'il n'y avait pas d'autre forme. On ne se posait pas la question. Mais c'est vrai qu'on regarde la jeune génération, aujourd'hui, se la pose avec le télétravail, avec différentes choses.
- Speaker #1
Et je pense qu'ils ont raison.
- Speaker #0
Ils gèrent leur... En fait, on va être à 80% tous les deux. On va avoir un ou deux jours de travail. Comme ça, on pourrait être avec les enfants. Il y a un peu toutes ces questions qui ne venaient même pas en...
- Speaker #1
Et nous avons la chance d'exercer des professions dans lesquelles ces aménagements sont possibles. Mon bureau, il est dans la... J'ai mes contacts, j'ai mes mails.
- Speaker #0
Oui, en tant qu'indépendant.
- Speaker #1
Évidemment, si tu es boucher-boucher-charcutier ou restaurateur, c'est plus compliqué.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Mais on fait beaucoup de choses avec les moyens modernes,
- Speaker #0
bien sûr. Bien sûr. Oui, donc aujourd'hui tu apprécies cette liberté ?
- Speaker #1
Mais j'en jouis ! Je me suis remis à faire un peu de sport, ce que je ne faisais pas. On retrouve toujours le temps quand on est motivé. C'est vrai que le fait de ne pas devoir se dire « je dois être à 8h ou à 7h30 » ça facilite les choses.
- Speaker #0
Et si tu retournes en là, tu te dis « en fait j'aurais peut-être dû faire ça plus tôt ? » Non. C'était le bon moment ?
- Speaker #1
Je pense que le réseau qui est nécessaire à l'obtention de ces mandats, il se bâtit avec le temps. On n'a pas les mêmes opportunités à 35 ou 40 ans qu'à 60. même s'il y a une volonté qui est saine de rajeunir les conseils. Il y a deux ou trois ans, j'ai été approché par le patron d'une banque qui m'a dit « Monsieur Mathieu, est-ce que vous seriez intéressé à rejoindre le conseil ? » Parce qu'il faut qu'on rajeunisse les membres du conseil. Je suis doublement flatté. Effectivement, le président du conseil a 82 ans. Que eu un monsieur en pleine forme d'ailleurs, qui est toujours membre. Et ça, je pense, la féminisation, la représentation des femmes au sein des conseils, moi j'y suis très attaché aussi. et c'est pas juste parce que je suis en face de toi je pense que c'est ça et que tu as des filles et puis que la pyramide des âges il faut penser à la suite bien sûr il faut pas que tout le monde parte à la retraite et là tu sens que
- Speaker #0
ça prend,
- Speaker #1
qu'il y a plus de on le voit de plus en plus quand même je suis par exemple président du conseil d'administration du Port-Franc à Genève on est 8 membres 4 hommes et 4 femmes parfait Alors c'est pas une obsession non plus, il se trouve que c'est comme ça et c'est très bien.
- Speaker #0
Oui, c'est une belle évolution. Et donc aujourd'hui, moi j'entends, tu ne fais pas que du bancaire.
- Speaker #1
J'essaye d'en faire un peu moins parce que je trouve un intérêt à apprendre d'autres choses dans d'autres domaines. J'ai ce mandat au Port-Franc, j'ai l'affaire qui m'occupe moins ces grands temps. Mais oui, j'aime beaucoup, je rencontre d'autres gens, c'est d'autres enjeux, il y a un aspect... Une interaction avec les milieux politiques, parfois. On construit des bâtiments, on loue de grands entrepôts sécurisés, c'est du concret, c'est du brick and mortar,
- Speaker #0
comme on dit.
- Speaker #1
Ça change un petit peu des directives internes et des circulaires de la FIMA, agréablement.
- Speaker #0
Oui, et puis c'est l'occasion d'avoir une diversité, en tout cas, de sujets à traiter, du fait d'être indépendant et de choisir, en fait.
- Speaker #1
Absolument, et ça oblige aussi à rester un peu éveillé. Moi, je ne connaissais rien du tout aux droits des douanes. J'ai dû m'y mettre un petit peu, puisqu'on a ce statut en douane, sous douane, etc. C'est un monde en soi.
- Speaker #0
Est-ce que tu as un moment donné dans ta carrière eu des moments clés, des déclics, ou des rencontres ?
- Speaker #1
J'ai sûrement eu des rencontres clés, ça c'est vrai. J'ai eu beaucoup de chance, j'ai eu des gens qui m'ont fait confiance, qui m'ont donné ma chance, oui,
- Speaker #0
bien sûr. Et tu avais des mentors aussi, ou des gens qui t'inspiraient ?
- Speaker #1
Oui, je peux dire ça, oui, oui, j'ai eu notamment mon premier patron à l'Association Suisse des Banquiers. Non, mon premier patron, c'était mon maître de stage, qui m'a donné deux excellents conseils dont je me souviendrai toute ma vie. Le premier, c'est on écrit toujours trop. Et le deuxième... C'était, il ne faut jamais mentir par écrit. Il y a 10 ans, présentant, évidemment, mais ce sont de bons conseils pour un juriste.
- Speaker #0
Excellent.
- Speaker #1
Je me souviens toujours, j'avais fait un courrier d'accompagnement pour un mémoire. Il m'avait dit, c'est très bien Maître Mathé, mais on écrit pour être compris. Puis il m'en avait biffé les trois quarts, il m'a envoyé trouver six joints, chacun frère, réputation, et il avait raison.
- Speaker #0
Le stage, on s'en souvient longtemps après.
- Speaker #1
Lui, il m'a beaucoup marqué. Mon premier patron à l'association Suisse et Banquier aussi, Jean-Paul Chapuis, qui était un peu le père spirituel de la convention de diligence qu'il avait rédigée. et puis qui m'a engagé, petit juriste de chaque loi sans expérience. C'était passionnant. Claude de Saussure, qui était à l'époque le président de l'Association suisse des banquiers, qui peut indirectement débroucher, ce n'est pas un très beau mot, mais enfin, inviter à rejoindre Pictet et compagnie, ce qui a fait que j'ai atterri à Genève, donc je ne me retrouve plus.
- Speaker #0
Mais oui, parce que Neuchâtel, moi je...
- Speaker #1
Rester à Bâle,
- Speaker #0
qui est une très jolie ville, ou à Neuchâtel, pourquoi pas. Mais tu es originaire de... De Locle. Ah,
- Speaker #1
de Locle. De Neuchâtel, loin du haut.
- Speaker #0
D'accord, ok. Je ne vais pas confondre. D'accord. Ok.
- Speaker #1
C'est un petit duo. Oui, c'est le hasard de la vie. Mais c'est vrai qu'on était attiré par le secteur bancaire. Je ne m'attendais plus à aller travailler à Zurich ou à
- Speaker #0
Genève. Et dis-moi, Sylvain, comment tu vois, toi, l'avenir du métier ?
- Speaker #1
Le métier de juriste d'entreprise ?
- Speaker #0
De juriste d'entreprise, de tes deux métiers que tu connais très bien, finalement.
- Speaker #1
Je les vois associés à davantage de risques personnels. Notamment pour les personnes qui ont la responsabilité typiquement de la fonction compliance dans une banque, mais aussi celles d'administrateurs, voire de présidents de conseils d'administration, d'établissements financiers. On a vu notamment avec l'évolution de la législation anti-blanchiment et surtout de la pratique des autorités fédérales, plusieurs cadres de banques en particulier, mais pas seulement, être condamnés pénalement. Pour complicité de blanchiment, ça reste rare, mais par exemple pour communication tardive ou morose, avec une pratique extrêmement dure, extrêmement... restrictives de la part du département fédéral des finances. Ce ne sont pas des risques qu'il faut prendre à la légère. Une condamnation pénale au casier judiciaire, quand on est dans ce milieu, c'est presque un arrêt de mort professionnel. Et puis on voit la volonté des autorités de surveillance, notamment de la FINMA, de mettre la responsabilité personnellement sur les individus qui sont membres d'une direction générale ou d'un conseil d'administration. Donc oui, il y a davantage de risques liés. Et je pense que cette tendance qu'on observe dans d'autres pays aussi, elle est au fond assez juste, parce que c'est au responsable en chef d'assumer leur faute, si faute il y a. Alors après on peut gloser sur qui devait savoir quoi, bien sûr, mais le fait qu'on ne coupe pas toujours et seulement la tête du responsable compliance ou du gérant qui a accepté un... qui n'auraient pas dû accepter. Si le management au sens large et le conseil d'administration en avaient conscience ou auraient dû en avoir conscience, je pense qu'il est juste qu'on cherche aussi des responsabilités à ce niveau-là.
- Speaker #0
Donc il ne faut pas avoir peur du risque quand on fait ces métiers aujourd'hui ? Non,
- Speaker #1
il ne faut pas avoir peur du risque et je pense que certains administrateurs ne l'ont peut-être pas encore complètement intégré. C'est vrai dans le secteur bancaire et financier, mais c'est vrai ailleurs aussi. Je pense que la nécessité d'avoir une assurance responsabilité civile personnelle, c'est quelque chose dont il faut être conscient. Et puis il faut être conscient que si on a un gros problème juridique, voire judiciaire, ça peut signifier la fin d'un mandat, mais ça peut aussi signifier la fin des autres. Typiquement une inscription au casier judiciaire, ça la fout mal si je puis dire ça.
- Speaker #0
Quel conseil tu donnerais aux jeunes qui rentrent dans le métier ? Sortez !
- Speaker #1
Non, non, non, pas du tout. Mais c'est vrai que la fonction du juriste de banque, elle a probablement un peu perdu de son attrait, à mon avis. Parce qu'il y a moins de diversité, il y a moins de liberté dans la... Tu parlais de créativité, mais c'est ça, dans ce qu'on peut proposer typiquement à un client. L'activité est beaucoup plus segmentée en spécialité. Et puis il y a davantage de risques. Je leur dirais, n'ayez pas peur et soyez... Ce qu'on attend de vous, c'est un esprit critique. Ce n'est pas d'être des validateurs, des béni-oui-oui, pour être bien vu de la direction. Il faut savoir dire non. Moi, je dis toujours, je préfère quand on dit non, mais on ne peut peut-être pas faire comme ça, mais on peut peut-être faire autrement, mais parfois, ce n'est pas possible. Et quand c'est non, c'est non. Et je pense que c'est vrai aussi pour les administrateurs indépendants. C'est notre rôle d'exercer une surveillance critique. Ça implique parfois des tensions. des désaccords, mais c'est à ça qu'on sert.
- Speaker #0
C'est juste qu'il y a ce rôle de conseil qu'on embrasse quand on est juriste aussi.
- Speaker #1
Je dirais même parfois de garde-fou dans tous les sens du terme.
- Speaker #0
Merci beaucoup Sylvain, en tout cas c'était un vrai plaisir d'échanger avec toi. Merci pour tes conseils et tes apports, c'est toujours très enrichissant. Je te souhaite une très belle journée.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
Vous venez d'écouter La Voix Juridique. Merci infiniment pour votre soutien. Si vous avez apprécié cet épisode, n'hésitez pas à en parler autour de vous et à laisser une note de 5 étoiles. Pour ne rien manquer des prochains épisodes, abonnez-vous dès maintenant sur votre plateforme d'écoute préférée. Ça m'aidera également à gagner en visibilité. Merci beaucoup et à bientôt pour de nouveaux échanges inspirants.