- Speaker #0
Bonjour à tous, je suis Jules Blavie et vous écoutez La Boîte à Ruban. Je suis très heureux de vous retrouver aujourd'hui dans ce nouvel épisode où nous allons aborder une nouvelle facette de la transmission. Je vous rappelle que le podcast est aussi disponible en version vidéo sous-titrée pour les personnes malentendantes. Le lien est en description. Pendant ces 30 prochaines minutes, on va se questionner sur comment parler de la transmission et comment la traduire à l'écran. Et pour cela, un invité taillé pour l'occasion. Il est réalisateur, chef opérateur et cofondateur d'un festival de cinéma. Bonjour Antonin Meshler, comment vas-tu ?
- Speaker #1
Très bien et toi ?
- Speaker #0
Ça va très bien, je suis très heureux de t'accueillir aujourd'hui. Mais avant de commencer, je vais te poser la même question qu'à tous les autres invités. Si tu pouvais donner une définition simple, personnelle de la transmission, quelle sera-t-elle ?
- Speaker #1
Pour moi, je dirais que la transmission, c'est quand il subsiste quelque chose d'une personne en nous, sans forcément qu'on s'en rende compte.
- Speaker #0
Super. Alors c'est parti, ouvrons ensemble la boîte à rubans. Pour commencer, je vais mettre un peu de contexte. Antonin, tu es présent avec nous aujourd'hui parce que tu vas réaliser la toute première campagne de Maison de Vrance. On travaille ensemble sur la conception de cette vidéo, sur la manière de raconter cette histoire qui me tient particulièrement à... parce que dans la vie, je l'ai dit à l'instant, tu es réalisateur, chef opérateur, tu as aussi cofondé le festival Grin Urbain en 2025. Qu'est-ce qui t'a poussé à te tourner vers la réalisation ?
- Speaker #1
Je pense que la réalisation, c'est quelque chose qui est venu vers moi assez naturellement depuis que je suis tout petit, parce que je suis né dans une famille d'artistes, je pense qu'on aura l'occasion d'en parler tout à l'heure, mais je suis né dans une famille de musiciens et d'artistes plastiques. Et en fait, du coup, j'ai eu un rapport particulier à l'image, au son. Et en fait, le cinéma, c'est une manière de synthétiser tout ça. C'est vraiment quelque chose qui permet de faire résonner différentes formes d'art entre elles. Et en fait, mes parents m'avaient offert une caméra quand j'avais 7 ans. Et depuis ce moment-là, ça ne m'a plus jamais lâché.
- Speaker #0
Et du coup, ça a été assez vite un objectif de vie pour toi ?
- Speaker #1
Ah oui, ça clairement. Ma vie était un peu entre deux passions, c'est-à-dire que j'ai pendant très longtemps fait du violon et je voulais aussi devenir violoniste professionnel. Mais assez rapidement, je me suis quand même rendu compte que le cinéma était plus important et que c'est les images, la création d'images qui m'intéressait le plus.
- Speaker #0
Tu viens de le dire, on t'a offert une caméra quand tu étais enfant parce que le cinéma avait une place importante dans ta vie, au sein de la famille.
- Speaker #1
Pas tant que ça, finalement. C'était vraiment un peu un hasard. Disons que dans ma famille, on regardait des films en famille un peu comme tout le monde. Mes parents n'étaient pas forcément cinéphiles. Par contre, ils nous donnaient quand même des références sur pas mal de sujets. On allait souvent au musée. J'ai eu la chance d'avoir pu recevoir un très beau bagage culturel. Mais le cinéma, finalement, c'est même plutôt moi qui l'ai amené dans ma famille. Et ça devenait assez logique parce que c'était un peu la seule forme d'art, bien qu'il y en ait d'autres, mais qui n'était pas encore vraiment dans la famille. Mais ce rapport au cinéma que moi j'ai développé est quand même un rapport qui a été transmis par d'autres formes d'art que mes parents avaient du coup.
- Speaker #0
Tu viens un peu d'en parler, ta famille était assez tournée vers l'art et les différents médiums artistiques. Ton père est organiste, si je ne me trompe pas, et ta mère est illustratrice. Cette année, tu as consacré un court-métrage, en quelque sorte, à ton père. Est-ce que tu peux nous en parler ?
- Speaker #1
Cette année, j'ai eu la chance de faire un film sur mon père qui s'appelle La ville de tuyaux. Pour comprendre et contextualiser un peu de quoi il s'agit, c'est qu'en fait, quand on voit un orgue, on y voit des tuyaux. Et souvent, on y voit des tuyaux de façade sans imaginer. que cet instrument en réalité en regorge un nombre incalculable de tuyaux. Par exemple, l'orgue de Notre-Dame de Paris en regorge 8700 et la plupart des orgues en ont des milliers, donc les orgues symphoniques d'église. Et du coup, moi, c'est un motif qui m'avait beaucoup inspiré, le fait d'imaginer que derrière un meuble, il y ait une sorte d'urbanité, une ville qui regroupe des familles de tuyaux. Et surtout, moi, ce qui m'inspirait dans ce sujet-là, c'était que moi, toute mon enfance, j'ai entendu mon père. jouer à l'orgue, improviser à l'orgue, parce qu'il est connu pour l'improvisation à l'orgue. Et de plus en plus, je commençais à me dire que ce serait vraiment dommage de ne pas archiver ces sons-là que moi j'ai toujours entendus avec mes frères et sœurs, et qu'il faudrait trouver un moyen de capturer tout ça, et surtout un moyen de les réécouter le jour où il ne pourra plus jouer de cette manière-là. Donc il y avait une forme d'urgence pour moi. avec le fait de faire ce film-là. Et la ville de tuyaux, c'était vraiment une manière d'interpréter ce que lui avait créé, le monde qu'il avait créé. Et donc, en fait, le film, c'est une improvisation à l'orgue où mon père va réveiller cette ville de tuyaux. Et il y a un peu un montage alterné entre ces deux mondes qui coexistent, qui va se construire. Et du coup, je dirais que c'est cette ville qu'il a créée, qu'il m'a transmise. qui se construit tout au long de ce film, qui est un court-métrage d'environ 12 à 15 minutes.
- Speaker #0
Mais du coup, au-delà de l'histoire que tu racontes, il y avait vraiment une volonté de construire une archive du travail de ton père.
- Speaker #1
Oui, exactement. Disons que ce qui est magnifique avec le fait d'improviser, c'est que ce sont des morceaux éphémères, c'est des morceaux qui n'existent pas. Il y a vraiment une dimension évanescente dans la façon... d'appréhender l'instrument. Et en fait, ce que j'aime aussi beaucoup avec ça, c'est que quand on improvise avec un instrument, et ici en l'occurrence l'orgue, on va improviser avec ce qu'on ressent sur le moment. Il y a aussi un peu cette archive de l'émotion suscitée à un moment. Et je pense que ça, c'est quelque chose qui me touche beaucoup parce que du coup, il y a vraiment quelque chose d'un peu magique qui n'est pas reproductible. Et mon but n'était pas de faire une archive de performances, de musiciens, comme pourraient le faire des albums, des CD, ce que mon père a également fait aussi. Là, c'était plutôt pour moi une manière d'archiver quelque chose de purement émotionnel, quelque chose que j'ai ressenti en tant qu'enfant.
- Speaker #0
Et ça faisait longtemps que tu avais ce projet en tête, que tu voulais réaliser ça ?
- Speaker #1
Finalement, c'est venu assez tardivement. Il a fallu pour moi beaucoup de temps avant de vraiment me rendre compte que c'est un sujet en fait. hyper important dans ma vie et qu'il faudrait que j'en fasse quelque chose. Quand on vient d'une famille avec beaucoup de formes d'art qui peuvent s'exprimer, c'est qu'en fait, ma sensibilité avec l'orgue, avec la musique, c'est quand même construit progressivement. Et donc j'ai parfois eu du mal à regarder ce qui était juste devant moi. Et au final, je suis content que c'est arrivé assez tardivement parce que je pense qu'aujourd'hui j'ai... Aussi pu développer un autre rapport au cinéma, un autre rapport à comment mettre en scène les choses. Donc finalement, tout arrive dans un bon timing.
- Speaker #0
Et c'était important pour toi d'intégrer ta famille dans ce projet du coup ?
- Speaker #1
Alors oui, vraiment. Surtout que c'était pour moi assez émouvant de pouvoir filmer mon propre père. C'était pas forcément facile.
- Speaker #0
C'était la première fois que tu le filmais comme ça ?
- Speaker #1
Pour un projet purement artistique, oui. Après, j'avais déjà travaillé avec lui sur d'autres projets, mais qui étaient des projets moins personnels que celui-ci, où il y avait moins ce rapport de le fils qui est le réalisateur, qui va diriger son propre père, qui est du coup l'acteur de ce film-là. Donc oui, pour moi, c'était important. Et ce n'est pas uniquement mon père qui était impliqué dans ce film, puisque j'ai aussi impliqué ma mère, qui m'a beaucoup aidé sur la direction artistique. qui est une des premières personnes à qui j'envoie mes scénarios, mes projets, mes dossiers d'écriture, qui a vraiment un avis très fort pour moi parce que ma mère, elle est illustratrice et peintre et du coup, elle a un rapport à l'image qui est finalement assez semblable au cinéma, notamment sur la manière de composer une image, la manière de réfléchir à comment sculpter la lumière et tout ça. Et surtout, elle avait un avis qui était assez pertinent. Ce qui est assez fou, c'est qu'elle arrivait beaucoup à dissocier notre relation de père et fils, malgré que ce soit dans un noyau familial. Et autrement, j'ai aussi impliqué mon frère, qui pareil, fait de la musique, et qui a notamment fait aussi un album avec mon père, et qui lui a aussi développé un vrai rapport au son de l'orgue, et qui a du coup su apporter cette dimension assez physique. de lancement.
- Speaker #0
Donc toute ta famille est vraiment dans ce domaine artistique-là et dans cette volonté de travailler les uns avec les autres et finalement de se transmettre chacun sa sensibilité à un projet, à son amour pour l'art qui vous réunit.
- Speaker #1
De plus en plus, je me rends compte de la chance que j'ai à ce niveau-là. C'est vraiment qu'en fait, on s'inspire un peu les uns des autres et on a parfois la possibilité de collaborer. Donc voilà, si je cite d'autres membres de ma famille, que ce soit ma sœur qui est chanteuse. Mon frère, j'ai déjà parlé, mais mon cousin, qui est également producteur de musique, ou ma grand-mère qui est organiste aussi. En fait, j'ai un peu baigné là-dedans. Et de plus en plus, je me rends compte que tout ça a permis pour moi de développer ma sensibilité artistique.
- Speaker #0
Et toi, personnellement, c'est quoi ton rapport à l'image, à la transmission par l'image ?
- Speaker #1
Ce qui m'intéresse avant tout dans le cinéma, ce n'est pas forcément le cinéma narratif. Par ça, je m'intéresse à des formes de cinéma qui sont beaucoup plus expérimentales et à des régimes de transmission d'informations, d'histoires qui ne fonctionnent pas forcément par la fiction, par la parole, par le dialogue. En fait, moi, ce qui m'intéresse, c'est plutôt de créer, de transmettre des expériences un peu sensorielles et immersives du cinéma. Pour ça, je m'intéresse beaucoup... au cinéma expérimental. Ce ne sont pas forcément des longs-métrages qu'on voit distribués au cinéma, c'est plutôt des films qui sont un peu à la marge et qui se questionnent sur le médium du cinéma. Ça peut être des films qui n'ont pas forcément vocation à raconter une histoire, mais qui ont plus vocation à créer une vraie expérience.
- Speaker #0
À transmettre une émotion plus qu'une histoire.
- Speaker #1
Ça peut être ça, par exemple.
- Speaker #0
Mais du coup, avant de commencer ce métier, avant d'être réalisateur, Tu en avais conscience du coup de cet aspect transmission dans le cinéma et dans l'image ?
- Speaker #1
Je ne sais pas si j'en étais forcément conscient, mais je dirais qu'il y avait des aspects dans un cinéma qui me touchaient, qui ne relevaient pas forcément de l'histoire. Par exemple, moi je suis très inspiré par la ville, et du coup souvent quand je vois une ville au cinéma qui est filmée, non pas comme un décor, mais vraiment comme un véritable personnage, Je vais être très touché par cet aspect-là, par l'aura qui est créée autour d'un sujet, autour d'un espace comme une ville. Et du coup, avec les années, en étudiant de plus en plus la question, tout ça s'est développé un peu pour moi progressivement. En tout cas, oui, le médium du cinéma est un peu un moyen de transmission assez privilégié, parce que ce qui me fascine beaucoup dans le fait de faire des films, c'est que quand un réalisateur découpe... ses séquences, la manière dont il va filmer telle ou telle séquence va terriblement changer le sens de la séquence suivante. Et c'est ça qui est assez fou. C'est un peu, quand on est réalisateur, on a ce pouvoir-là de guider ce qu'on veut que le spectateur ressente à ce moment-là pour amorcer les séquences suivantes. Je ne sais pas si c'était très clair.
- Speaker #0
C'est très clair et ça permet d'embrayer sur le sujet de notre travail ensemble. On va travailler sur la première... campagne de Maison de Vrance qui va sortir au mois d'octobre pour le lancement du vestiaire. Je n'ai pas trop envie de trop en dire sur l'histoire et tout ça, mais en gros, ça va être l'histoire d'une jeune fille qui vient débarrasser un appartement et qui au contact des vêtements de ses grands-parents se retrouve projetée dans leurs souvenirs, dans leur vie et elle va prendre conscience de la force de la mémoire et des souvenirs dans la vie. Elle va comprendre aussi que toute leur vie, ses grands-parents lui ont transmis une part d'eux en elles-mêmes et c'est ce qu'on va essayer de raconter au travers de cette première campagne. Pour moi, c'est une histoire qui me tient vraiment à cœur de raconter et de mettre en scène. Quand je suis arrivé avec cette idée il y a déjà plusieurs mois, qu'est-ce que t'en as pensé ? Est-ce que ça a résonné en toi ?
- Speaker #1
Moi, ça m'a beaucoup parlé et je suis très heureux de pouvoir t'accompagner sur cette première campagne pour la Maison de Vrance. rejoindre cette thématique liée à la transmission et cette histoire qu'on va essayer de raconter par cette campagne, ce sera vraiment de réfléchir chaque séquence comme des tableaux et on avait notamment évoqué le fait de faire une campagne principalement avec du plan fixe et du coup je pense que le tableau a cette dimension de restituer en quelque sorte un souvenir. Parce qu'il ancre quelque chose de très précis. Et du coup, on travaille vraiment sur qu'est-ce qu'on va y inclure dans ce tableau-là et qu'est-ce qu'on veut transmettre par ce tableau-là. Et aussi, là où je pense que c'est assez inspirant pour moi, c'est que... Il y a toute une recherche à effectuer autour de l'aura des vêtements, parce que c'est des vêtements qui évoquent des souvenirs. Je pense que ce qui sera très important, c'est vraiment de considérer les vêtements comme des véritables personnages et du coup de les mettre en scène d'une manière un peu progressive tout au long de la campagne.
- Speaker #0
Et comment t'imagines matérialiser ça ?
- Speaker #1
Disons que c'est compliqué sans trop en dire, mais je dirais que En fait, c'est surtout des questions de découpage. Moi, ce que j'aime beaucoup et ce que je fais souvent dans les films que je fais, je m'en rends compte, c'est que souvent, ce qu'on voit au cinéma, c'est qu'on va partir d'un plan d'ensemble pour ensuite aller vers des plans beaucoup plus serrés. Et moi, souvent, je fais l'inverse. J'aime beaucoup partir de détails, partir d'inserts, partir d'éléments un peu abstraits et ensuite révéler progressivement les sujets qui m'intéressent. Et ça, je trouve que c'est très intéressant parce que du coup, j'aime beaucoup le fait qu'on puisse ressentir une forme de doute quant à l'identité de certains objets, de certaines choses, qu'on puisse un peu se questionner. Et au fur et à mesure, il y a quelque chose d'assez naturel qui se produit quand on commence à se rendre compte que, ah oui, d'accord, c'est de ça dont on parlait. Donc, je pense qu'il y aura un peu une recherche dans le découpage à effectuer sur la manière de mettre en scène les différents éléments. tout en restant évidemment le plus compréhensible possible, vu que c'est quand même des spots qui sont assez courts. Mais du coup, ça, c'est le premier lieu. Et ensuite, je pense que la deuxième strata, c'est surtout au niveau de la lumière.
- Speaker #0
Parce que toi, forcément, tu as un regard différent en tant que réalisateur sur le sujet, mais aussi via la lumière, parce que je l'ai dit en intro, mais tu es aussi chef opérateur, c'est-à-dire que tu es directeur de la photographie.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Et du coup, ton regard est différent parce qu'il passe aussi par la lumière. Comment toi, tu imagines la lumière ? Comment tu arrives à traduire de l'émotion avec la lumière ?
- Speaker #1
C'est très vaste comme question, mais ce qui m'intéresse beaucoup avec la lumière, c'est à quel point elle permet de sculpter une image. Souvent, la lumière, c'est même plus important que tout le reste. Évidemment, tout est important, mais la lumière a vraiment cette qualité de focalisation du regard. Moi, la lumière, je dirais que... Avant tout, j'essaie de réfléchir à qu'est-ce qu'il faut qu'on regarde en premier. Et surtout, après, j'essaie de me questionner sur quelle ambiance de lumière on cherche à avoir. Est-ce qu'on cherche à avoir quelque chose d'assez naturaliste ou du coup, on motive la lumière à partir des éléments naturels qui sont là ? Par exemple, s'il y a une fenêtre, est-ce qu'on va essayer de la motiver ? Ou s'il y a une lumière de jeu, est-ce que cette lumière, on la motive ? En fait, tout ça, ça dépend vraiment du mood. Et je trouve ça hyper intéressant que la lumière soit... elles aussi narratives.
- Speaker #0
Qu'elles deviennent finalement aussi un personnage principal d'une narration.
- Speaker #1
Disons que la lumière va beaucoup influencer sur la perception de l'image, donc je pense que on peut considérer la lumière aussi comme un personnage.
- Speaker #0
Toi, on vient de le dire du coup avec la réalisation, travailler la lumière, l'art de la lumière si on peut dire aussi même, ça change ton regard sur le cinéma. Il y a une autre chose aussi qui change ton regard sur le cinéma, c'est que tu es cofondateur du festival de cinéma Grain Urbain. Est-ce que tu peux un peu nous présenter ce que c'est ?
- Speaker #1
Alors, le festival Grain Urbain, c'est un festival qu'on a créé avec l'association Équipe Créative, qui est un collectif d'artistes et de chercheurs. On a organisé plusieurs événements et aussi plusieurs projets artistiques. C'est le festival Grain Urbain, qui est un festival de courts-métrages expérimentaux. centralisé sur la ville et l'urbanisme. C'est un sujet qui nous est venu assez naturellement parce que c'est en fait un sujet qui peut permettre de parler d'absolument tous les sujets. Et du coup, en fait, notre objectif avec ça, c'est que vu que moi, j'avais un peu une passion pour l'urbanisme et j'avais envie en fait de découvrir le cinéma qui mettait en scène cette ville-là. Et j'en parlais tout à l'heure, mais... Ce qui m'inspire beaucoup aussi, c'est le cinéma expérimental. Donc en fait, notre objectif était de créer une sorte de laboratoire de recherche autour de cette thématique-là. Et du coup, à terme, de créer une collection de films qui se questionnent sur notre rapport à la ville, qui parfois rendent compte d'une mémoire d'une ville. C'est très divers et diversifié parce que c'est un festival qui est international. Donc on a des films qui viennent de toutes les provenances. C'est hyper intéressant parce qu'on voit que d'un pays à un autre, on filme la ville d'une manière assez différente.
- Speaker #0
Et en filmant la ville de manière différente, la ville transmet aussi de l'émotion par son histoire, par comment on la filme, par ce qu'elle incarne, par les personnes qui la composent, ceux qui la traversent. Comment tu as pu constater dans tous les films que tu as vus dans la section, cette transmission de l'émotion, de l'histoire ?
- Speaker #1
Je dirais que c'est avant tout lié au parcours de chaque cinéaste individuellement. La plupart du temps, les films qui nous proviennent, parce qu'on a quand même plus de neuf pays qui ont été représentés dans la dernière sélection, parce qu'on a eu notre deuxième édition en mars 2026, la plupart du temps, c'est les cinéastes qui filment les villes qu'eux connaissent dans leur quotidien. Je pense notamment à Timothy George Kelly, qui a réalisé le film Firework, qui filme Berlin. Il n'est pas natif de Berlin, mais qui filme une... Une ville qui est un peu au bord du chaos chaque soir de Nouvel An. Et en fait, il montre son propre rapport à cet événement.
- Speaker #0
Moi, j'ai eu la chance de le voir, ce film, parce que j'étais présent à la clôture du festival cette année. Moi, je n'ai pas pu voir toute la sélection, je n'étais pas présent sur l'intégralité du festival. Mais effectivement, Firework de Timothy George Kelly, c'est le film que j'ai préféré de toute la sélection que j'ai pu voir. D'ailleurs, il a gagné un prix. le prix du public si je me trompe bien déjà le film est très beau il filme la tradition des feux d'artifice à la Saint-Sylvestre à Berlin mais ce que je trouve assez fascinant c'est qu'au fil du film qui a été tourné sur plusieurs années on se retrouve à écouter l'histoire d'un homme qui nous parle de son rapport à son père au travers des feux d'artifice et il expliquait à la clôture du festival que cette interaction n'était pas prévue dans comment il avait imaginé le film si je ne me trompe pas Et c'était assez intéressant de voir, finalement, de filmer cette personne qui parle de son rapport à son père. Et au final, il y a une façon de parler de transmission, de filiation, sans l'avoir anticipé. Et je trouve que c'est ça aussi qui est beau dans ce film. C'est qu'au début, on découvre ce film sur Berlin, sur les feux d'artifice. Et au final, cette thématique de ville nous amène à aborder une autre thématique, qui est la filiation, finalement, et le souvenir de l'autre.
- Speaker #1
Et ce qui m'a aussi beaucoup marqué dans ce film, C'est toute cette approche esthétique et sensorielle, justement, qu'il apporte pour filmer ce sujet-là, parce qu'il filme avec des drones FPV, en rentrant véritablement dans les feux d'artifice.
- Speaker #0
C'est ça qui rend aussi l'image aussi impressionnante.
- Speaker #1
Exactement, et aussi il l'appuie par un grain qui est très très prononcé. Mais pour moi, ce que symbolise ce grain, c'est en quelque sorte les feux d'artifice du cinéma. ce que provoque la bobine sur la texture de l'image.
- Speaker #0
Et finalement, dans les autres films aussi qui étaient dans la sélection, on se rend compte que la ville, finalement, nous raconte beaucoup. Elle nous transmet beaucoup d'émotions, de ressentis. Elle raconte beaucoup d'histoires. Parce que toute la sélection, les films étaient très différents les uns des autres. Elles racontaient pas du tout la même histoire. Et comme tu l'as dit, vu que c'est des réalisateurs qui viennent de pays qui sont différents, avec un rapport à la culture et à la langue qui est différent, forcément. Leur approche au cinéma et à la ville est différente.
- Speaker #1
Ce qui est vraiment important pour nous, c'est de montrer une diversité de formes. Pour cela, on présente à la fois des films expérimentaux, documentaires ou d'animation. Et du coup, c'est vraiment comment chaque ville crée un imaginaire un peu propre à chaque cinéaste.
- Speaker #0
Moi, en préparant cet épisode, j'ai voulu chercher un peu des films que j'avais vus et qui m'avaient marqué. qui s'inscrivent dans une ville. Tout de suite, moi, j'ai pensé à Taxi Driver de Martin Scorsese, qui m'a ensuite fait penser à Serpico de Sidney Lumet, qui sont tous les deux des films, sur des thématiques différentes, mais qui sont tous les deux des films des années 70 qui se déroulent à New York. Et je trouve qu'il y a une certaine manière dans ces films de filmer cette ville, mais surtout le contexte de New York des années 70 fait que le film, vraiment, il nous transmet une certaine nostalgie, une certaine émotion, une atmosphère, une ambiance de la ville. même si, bien évidemment, je n'étais pas à New York dans les années 70, mais ils nous transmettent quelque chose de très fort, et je trouve que leur rapport à la ville dans ce genre de film est assez intense et assez marquant. Est-ce que toi, tu as des films comme ça sur la ville, ou filmant une ville qui t'ont marqué assez durablement, assez intensément ?
- Speaker #1
Alors, juste pour rebondir par rapport à ce sujet de New York des années 70, parce que bon, ceux qui me connaissent savent... que j'ai un amour assez fou pour la ville de New York qui est quelque chose d'assez viscéral en quelque sorte. Et je pense que cette nostalgie est surtout aussi provoquée par... les textures de la ville qu'on ne peut plus vraiment avoir aujourd'hui. Ces éclairages néons, ces éclairages tungstène avec les lampadaires qui sont très chauds, qui du coup produisent quelque chose d'assez texturé et très fort sur des vieilles bobines 35 mm du cinéma. Ça, c'est quelque chose qu'on ne peut plus vraiment retrouver ou l'éclairage est beaucoup plus asepsisé. Je pense que c'est surtout ce rapport-là à la lumière dans l'éclairage urbain de nuit qui, moi, me manque beaucoup et qui m'a beaucoup inspiré dans les films que tu as mentionnés. D'autres films qui m'ont marqué par rapport à la ville, alors il y en a beaucoup. Un des films qui n'est pas uniquement un film urbain, mais qui est un film qui est très important pour moi parce que c'est un film qui démontre l'impact de l'homme. sur Terre, c'est un film qui s'appelle Koyani Katsi, qui est un film de Geoffrey Reggio, qui est un film des années 80 et qui a été produit à l'époque par Francis Ford Coppola. Et en fait, ce film-là, c'est un documentaire expérimental, comme il n'en existe pas assez, selon moi, au cinéma. Et du coup, on a beaucoup de séquences, notamment à New York ou dans des villes d'Asie ou dans des usines. Disons que la ville et l'espace urbain est montré de manière assez large. Je pense que ce qui m'a beaucoup inspiré dans ce film, c'est comment les flux sont représentés. Donc les flux de personnes, les passages. Et ça, pour moi, c'est très fort dans un cinéma comme celui de Turfray, Régio.
- Speaker #0
Avant de conclure, j'avais envie de faire un petit jeu avec toi pour continuer à parler, mais un peu différemment, de la ville au cinéma. On va faire une sorte de tu préfères. On va opposer soit deux films ou soit deux thématiques, pour un peu que tu puisses nous transmettre ta vision des choses et ta sensibilité sur un film ou une ville par rapport à une autre. Avant de commencer, vous pourrez bien évidemment retrouver toutes les photos et les références dont on va parler dans la version vidéo du podcast. Et le lien est toujours en description. Est-ce que tu es prêt ?
- Speaker #1
Ouais, je suis prêt.
- Speaker #0
Alors, tu préfères vivre dans le Berlin de Firework de Timothy George Kelly ou celui de Goodbye Lenin de Wolfgang Becker ?
- Speaker #1
Alors là, sans hésiter, je pense le Berlin de Firework de Timothy George Kelly. Tout simplement pour le côté complètement fou de ces séquences de drones avec les feux d'artifice et cette fête qui est vraiment au bord du chaos. Je pense que le Berlin de Firework est beaucoup plus inspirant pour moi que celui de Goodbye Lenny.
- Speaker #0
Tu préfères le New York de Martin Scorsese dans Taxi Driver ou celui de David Frankel dans Le Diable s'habille en Prada ?
- Speaker #1
Là, c'est plus compliqué.
- Speaker #0
C'est vraiment deux New York différents, c'est deux époques différentes.
- Speaker #1
Voilà, c'est ça. Mais disons que moi, d'un point de vue, purement parce que c'est des ambiances qui m'inspirent, même si c'est un New York très noir, qui est dépeint, qui était un New York très dangereux, qui n'a plus rien à voir avec le New York qu'on connaît aujourd'hui. Je suis beaucoup plus inspiré par le New York de Taxi Driver, beaucoup moins par le diable Saby Amprada.
- Speaker #0
Mais le New York du diable Saby Amprada est aussi dangereux.
- Speaker #1
Aussi dangereux, mais d'une autre manière, et qui est surtout beaucoup plus superficiel, qui moi m'intéresse un peu moins, je dois l'admettre. Mais disons que le New York de Taxi Driver... purement dans cette esthétique des traversées. Ça, j'avoue que c'est une ambiance à laquelle je suis assez attaché, sans évidemment tout l'aspect criminel.
- Speaker #0
Et pour finir, tu préfères vivre dans le Paris de Léo Scarax dans Les Amants du Pont-Neuf ou le Paris de Michel Hertz dans Amanda ?
- Speaker #1
Je dirais quand même le Paris des Amants du Pont-Neuf, même si disons que c'est un film... qui est pareil, un pari un peu laissé à l'abandon. Mais là, je pense rien qu'au contexte de production de ce film, d'imaginer qu'on ait pu mettre en scène un pont aussi iconique de cette manière-là, avec aussi des feux d'artifice. J'y pense, il y a un peu une résonance avec Firework de Timothy George Kelly. Mais je dirais que j'aimerais beaucoup vivre une de ces nuits sur le pont neuf. Comme dans ce film de Léo Scarax.
- Speaker #0
Avant de conclure cet épisode, on va passer au rituel, la recommandation du jour. Comme vous le savez, à chaque épisode, l'invité et moi-même vous recommandons un film, un livre, un artiste, pour vous inviter à continuer à explorer le sujet du jour. On va commencer par toi, Antonin. Est-ce que tu as une reco à nous faire aujourd'hui ?
- Speaker #1
Je dirais que...
- Speaker #0
Un des films qui m'a beaucoup appris et qui a beaucoup défini la manière dont j'appréhende le cinéma aujourd'hui, c'est le film News from Home de Chantal Ackerman, qui est un film qu'elle a fait durant sa période new-yorkaise, où elle a vécu à New York. Et en fait, c'est un film où elle filme des images assez banales, finalement, de la ville de New York. Et elle filme uniquement la ville, tout en lisant. des lettres de sa mère qu'elle recevait où sa mère lui décrit à quel point sa fille lui manque. Et en fait, c'est assez intime comme lecture parce qu'on ressent toutes les variations d'émotions que sa mère a pu ressentir tout au long de l'absence de sa fille. Du coup, il y a un peu cette mise à distance qui est hyper intéressante quand en même temps, sa fille... vit une forme d'émancipation en étant à plus de 6000 kilomètres. Donc ça, c'est vraiment, je dirais, un motif qui m'a beaucoup plu et qui rejoint un peu ce qu'on a dit par rapport à la transmission. C'est vraiment ce sujet de, on peut être quelque part, mais n'oublions pas quand même d'où on vient.
- Speaker #1
Moi, je vais aussi vous faire une recommandation, et c'est un peu le hasard, parce que c'est aussi une recommandation sur un rapport mère-fille. Je vais vous recommander le travail de l'américaine Sage Sawyer, qui est une photographe, et plus particulièrement sa série Witness to Beauty, qui est parue il y a dix ans à peu près. C'est une série de photos qui est consacrée à sa mère, qui est mise en scène dans un quotidien assez privilégié, dans un monde qui est très saturé de couleurs et d'objets. En fait, elle rend hommage à sa mère, qui est Wendy Morgan, qui était une ancienne mannequin. Et en fait, elle fait un parallèle entre sa vie... à elle et à celle de sa mère, entre son vieillissement et celui de sa mère, sa condition de femme et son évolution dans le monde. C'est une sorte de série d'autoportraits croisés qui va venir un peu questionner sur le lien familial, la transmission maternelle, qui est assez bouleversant et esthétiquement très très beau, qui moi m'avait beaucoup touché. Maintenant, il est temps de fermer cette boîte à rubans pour aujourd'hui. En tout cas, je te remercie d'avoir partagé ce moment avec nous, Antonin.
- Speaker #0
Merci beaucoup pour ton invitation.
- Speaker #1
Quant à nous, on se retrouve mardi dans deux semaines pour un nouvel épisode. En attendant, n'oubliez pas de vous abonner, laisser des étoiles ou un commentaire sur le podcast. Et je vous dis à très vite.