- Speaker #0
Bonjour à tous, je suis Jules Blavier et vous écoutez La Boîte à Ruban. Je suis très heureux de vous retrouver aujourd'hui dans ce nouvel épisode où nous allons aborder une nouvelle facette de la transmission. Je vous rappelle que le podcast est aussi disponible en version vidéo sous-titrée pour les personnes malentendantes. Le lien est en description. Pendant ces 30 prochaines minutes et à l'occasion de la Pride, parce que oui, la Pride c'est au mois de juin, mais c'est aussi tous les autres mois de l'année parce que le combat pour l'égalité ne s'arrête lui jamais. Nous allons discuter autour de l'idée de transmettre son identité queer, et pour cela, un invité de marque. Il est queer, il est auteur, compositeur, interprète. Bonjour Mathis, comment vas-tu ?
- Speaker #1
Hello, ça va très bien, merci beaucoup pour cette invitation, je suis hyper content d'être là.
- Speaker #0
Merci à toi. Est-ce que tu veux rajouter quelque chose pour te présenter ?
- Speaker #1
Non, je pense que c'est bien. auteur, compositeur, interprète et queer, et pédé.
- Speaker #0
Tout toi.
- Speaker #1
Tout moi.
- Speaker #0
Je suis très heureux de t'accueillir en tout cas. Est-ce que le thème de l'épisode t'inspire déjà ?
- Speaker #1
Ouais, complètement. Quand tu m'as invité pour ce podcast-là, avec ce thème-là, je me suis dit que ça rentrait complètement dans la démarche de ce que j'avais envie d'écrire et ce que j'avais envie d'incarner en tant qu'artiste dans mon évolution, donc complètement.
- Speaker #0
Avant de commencer, je vais te poser la même question qu'à tous les autres invités. Si tu pouvais donner une définition personnelle de la transmission, quelle serait-elle ?
- Speaker #1
J'ai un peu deux mots qui me viennent quand je pense à la transmission, je pense à éducation et au fait de faire perdurer les choses en les faisant évoluer. Ce serait un peu ma définition. En vrai, transmettre quelque chose pour moi, c'est laisser existence qui a déjà existé. C'est raconter des histoires, éduquer sur les personnes qui ne sont pas au courant de ce qui se passe, tout en étant dans le don et dans une forme d'éducation, je trouve.
- Speaker #0
Très bien. Alors c'est parti. Ouvrons la boîte à rubans. Pour commencer, je te propose qu'on discute autour du terme queer. Toi, si tu devais définir queer, quel mot tu utiliserais ?
- Speaker #1
Merveille. Non, en vrai, je sais que le mot queer, le terme queer, a été d'abord utilisé comme un mot péjoratif, si je ne dis pas de bêtises. Et pour moi, du coup, c'est vraiment un mot d'empouvoirment. Le terme queer, je l'associe à la joie, à la communauté, au bonheur de se retrouver tous ensemble au sein d'un même drapeau. qui nous rassemble, en fait, tout simplement.
- Speaker #0
Est-ce que tu as un souvenir de la première fois que tu as entendu le terme queer ou lorsque tu as conscientisé que tu appartenais à cette communauté ?
- Speaker #1
Je n'ai pas vraiment de souvenir exact, mais j'ai le souvenir qu'au début de l'utilisation de ce mot, quand il est arrivé un peu plus dans les sphères médiatiques, sur les réseaux que je côtoyais, etc., j'avais le sentiment de ne pas appartenir à la communauté queer parce que je pense que je ne comprenais pas. Et d'où l'importance de la transmission, c'est que plus je me suis renseigné, plus j'ai entendu parler des gens que j'aimais, que j'idolâtrais presque en tant que représentation. Mais là, je me suis dit, ok, en fait, limite queer, pour moi, ça a encore plus de valeur que communauté LGBT. Enfin, j'ai ressenti ça, en fait.
- Speaker #0
Et c'est vers quel âge, tu dirais, que tu as conscientisé l'appartenance ?
- Speaker #1
Moi, j'ai fait un coming out hyper jeune. Du coup, j'ai acté le fait que j'étais gay à 12 ans, bien que je le savais avant. Et du coup, j'ai conscientisé tout ça à partir du moment où j'ai commencé à faire mes premières expériences, où j'ai commencé à relationner avec d'autres personnes, à comprendre mon corps, à essayer de comprendre le corps des autres. Et là, je me suis dit, OK, ça ne va pas être facile aux yeux des autres et à mes yeux. Et à plein de moments, je sens que je vais galérer. Et c'est là que j'ai ressenti le besoin de faire communauté.
- Speaker #0
OK. Moi, dans ce que tu racontes, c'est un peu similaire dans le sens où je me considérais en dehors de la communauté. Parce que aussi, pareil, comme tu dis, problème d'éducation et de compréhension des choses. Et c'est quand il y avait eu l'attentat à Orlando en 2016. Moi, ça m'a vraiment fait un choc. J'avais 18 ans. C'est un peu tard d'ailleurs pour conscientiser. Mais bon, c'est pas grave. Chacun fait son bout de chemin. Ça m'a vraiment fait un choc. Et c'est vraiment à ce moment-là que je me suis rendu compte que oui, on était une communauté ensemble. Parce que je me suis senti vraiment touché à ce moment-là. Comme si on m'attaquait aussi moi personnellement. Et j'avais l'impression d'être rattaché à ces gens qui ont perdu la vie. Et ça m'avait vraiment beaucoup marqué encore aujourd'hui. Et c'est à ce moment-là, moi, que j'ai conscientisé cette appartenance. Du coup, je viens d'en parler que c'était lié à un sujet politique, enfin un événement politique, en quelque sorte. Pour parler de cette conscientisation et de cette appartenance à la communauté, si on va plus loin, est-ce que tu pourrais dire que la conscience de cette communauté queer, c'est en quelque sorte comme la conscience de classe ?
- Speaker #1
Grave. Moi, pour moi, oui, dans la mesure où, en fait, la conscience de classe, c'est... Être au fait, c'est avoir conscience des inégalités qu'il peut y avoir entre les classes, etc. Cette conscience de communauté, pour moi, c'est la même chose dans la mesure où, à partir du moment où tu as l'impression de faire partie de cette communauté-là... Il y a forcément une forme de curiosité, une envie de se nourrir d'autres personnes de cette communauté, des choses que tu ne connais pas, des choses qui ne font pas partie de ta manière de vivre. Ça renforce encore plus cette idée de communauté, justement.
- Speaker #0
Et du coup, est-ce que c'est ça qui pourrait expliquer le fait que les personnes LGBT qui sont droitisées rejettent la communauté, puisqu'ils rejettent aussi la conscience de classe parce qu'ils ne comprennent pas la conscience de classe et la conscience de communauté ?
- Speaker #1
bet C'est marrant que tu dises ça parce que je me suis mangé une petite sauce sur TikTok il y a quelques mois quand je disais qu'il y en avait un peu ras-le-bol des homosexuels blancs de droite à la Gabrielle Attal qui disent que je ne fais pas partie de la communauté LGBT, ouvrez les guillemets, fermez les guillemets. J'étais un peu en mode ras-le-bol en fait, arrêtez. Pour moi, il y a aussi une histoire de privilèges là-dedans qu'il faut absolument remettre en question. De plus en plus, l'extrême droite et la droite se réapproprient une forme de combat. en mettant en avant seulement les homosexuels blancs. Et du coup, tous ceux qui sont représentés sont en mode « Yas, trop bien ! » D'où les 27% des homosexuels blancs qui voulaient voter à droite. Et je pense que oui, il y a un réel manque de conscience de classe qui, du coup, en découle d'un réel manque de conscience de communauté. Il y a une question de privilèges qu'il faut absolument mettre en question quand tu fais partie de cette communauté-là.
- Speaker #0
Et parce que c'est aussi une volonté politique, je pense, de nous effacer cette partie-là de nous, parce qu'ils considèrent que nous faire croire qu'on ne fait pas partie de cette communauté, ça va faire croire qu'on est intégrés. parmi eux, parmi la société et qu'en fait on n'a pas besoin de se battre parce qu'on est égaux à eux sauf que c'est faux et nos droits sont très menacés on va en parler un peu plus loin dans le podcast mais nos droits sont toujours menacés et le fait de nous faire croire qu'on fait pas partie d'une communauté ça
- Speaker #1
fait baisser notre vigilance et on se rend pas compte qu'on est menacé on est complètement menacé et en fait le combat qui est là, si ça m'a fait rire il y a une influenceuse, enfin une influenceuse d'une artiste que j'aime trop qui a dit genre guys Rappelez-vous, Stonewall, c'était il y a 50 ans, c'était pas genre il y a 200 ans, tu vois. Et les droits sont quand même déjà en train d'être bafoués. Et il faut se rappeler que sans nos sœurs trans dans la communauté, nos sœurs trans noires, il n'y aurait jamais eu tous ces droits qu'on a acquis aujourd'hui et qu'il faut essayer de garder au maximum près de nous. Donc à tous ces homosexuels blancs qui nous écoutent, requestionnez vos privilèges et rendez-vous compte que vos droits, c'est pas seulement grâce à vous que vous les avez.
- Speaker #0
Toi, cette conscience-là, on te l'a transmise ? Comment elle est arrivée ?
- Speaker #1
Elle est arrivée à force de discussions, d'échanges et même, je pense, d'une forme de vision de la communauté qui était un peu biaisée que j'avais à l'époque. Parce que j'ai grandi avec des privilèges, dans une famille qui était modestement aisée, avec qui je m'entendais bien, avec qui il n'y a pas eu de problème. Donc je n'ai jamais eu l'occasion de me remettre en question la vision que j'avais de cette communauté-là. Jusqu'au jour où on a pu me faire des réflexions sur la manière que j'avais de réfléchir et de penser cette communauté. À partir de là, je me suis un peu, pas éduqué, mais j'ai décidé de m'instruire, de lire, de regarder, d'écouter. J'ai ressenti une grande transmission aussi de par le cinéma ou le documentaire. Je pense notamment à Paris 6 Darning, un documentaire absolument culte qu'il faut regarder quand tu fais partie de cette commu. Ou à un autre film qui s'appelle The Danish Girl. Je suis très cinéma, j'aime beaucoup le cinéma et donc je me suis vachement nourri de ça. Même s'il faut faire attention parce que dans le cinéma, on n'utilise pas forcément toujours les bonnes personnes de la communauté. Tout à fait.
- Speaker #0
Et que les représentations, au final, sont globalement toujours les mêmes.
- Speaker #1
Oui, complètement.
- Speaker #0
Et oui, comme tu dis, Danish Girl, c'est un très beau film, mais c'est un acteur cisgenre, hétéro, aisé.
- Speaker #1
Oui, non, bien sûr, complètement.
- Speaker #0
Donc c'est aussi un peu faussé, mais en global, les représentations avec lesquelles on a grandi au cinéma, dans les séries, sont toujours les mêmes. Et je pense que c'est de là aussi que vient la... La perception de la communauté, comme tu dis, tu avais une mauvaise perception. Je pense qu'on l'a tous eu à un moment avant de se rendre compte que notre vision était faussée. Mais la majorité des représentations qu'on a sont toujours les mêmes. Il n'y a pas de diversité et c'est toujours tragique. Parce qu'il faut aussi nous faire croire que notre vie sera un perpétuel drame tragique, permanent. Mais du coup, c'est intéressant qu'on en soit arrivé à parler autant de politique aussi vite. Je pense que c'est pas qu'on... déborderait autant là-dessus.
- Speaker #1
La communauté queer est politique et politisée.
- Speaker #0
C'est tout le sujet aussi de notre épisode.
- Speaker #1
On ne peut pas faire sans.
- Speaker #0
Comme tu l'as dit aussi, le terme queer, c'était un terme qui était péjoratif jusque dans les années 90 même. Ça partait des années 90 que c'est devenu un terme politique qu'on s'est réapproprié. Mais c'est aussi le mouvement de la communauté queer et LGBTQIA+. C'est aussi un mouvement politique qui est né de révoltes politiques. C'était au Nouveau-Lan 69. Plein d'autres événements, plein d'autres actes de tous les jours de violence. C'est aussi grâce à des associations, à Act Up, que ce soit à New York ou à Paris, ils ont beaucoup aidé notre communauté. Et c'est grâce aussi à tout ça qu'a pu voir aussi naître aux États-Unis les mouvements de queer nationalism. Tout ça, c'est vraiment très important. C'est ça qui a bâti notre communauté. Est-ce que tu étais un peu au courant de tout ça déjà ? De toute cette histoire politique et toute cette histoire ?
- Speaker #1
C'est des choses que j'ai décidé de comprendre et que j'ai connues en essayant de rechercher un peu plus loin que dans des simples films, pour revenir sur ce que tu disais. Enfant, j'ai vu Danish Girl pour revenir sur le truc quand j'avais 13 ans. Donc à ce stade-là, ça m'a ouvert à tout ça. Mais par manque de représentation dans ce film, j'étais en mode, je vais en savoir plus, d'où ça vient, qui sont les responsables de cette merveille qu'est la communauté queer. Et donc ouais, je me suis documenté et j'ai découvert tout ce dont on vient de parler. Les mouvements de Stonewall, Act Up. Act Up, moi, j'ai découvert ça avec 120 battements par minute.
- Speaker #0
Parce que c'est générationnel, je pense. Aujourd'hui, ils ont moins de visibilité, moins de pouvoir que dans les années 90. Moi aussi, j'ai découvert Act Up avec 120 battements par minute. C'était assez fort aussi comme film. Mais je pense que c'est aussi des films qui sont essentiels pour les personnes comme nous qui n'ont pas vécu ces années, qui n'avaient pas accès à cette connaissance.
- Speaker #1
Complètement.
- Speaker #0
Mais oui, le cinéma, c'est important. Parce qu'il permet de transmettre tout ça, il permet de nous faire parvenir tous ces messages.
- Speaker #1
Quand c'est bien fait.
- Speaker #0
Quand c'est bien fait. On en a aussi parlé, mais aujourd'hui, on est face à une très forte recrudescence des violences anti-LGBTQA+, et des discours qui placent notre communauté comme une sorte d'ennemi de la République, de la société.
- Speaker #1
MDR.
- Speaker #0
Comment tu observes tout ça, toi ?
- Speaker #1
J'observe ça avec beaucoup de peine, beaucoup de... peur et beaucoup de colère en fait parce que on s'est toujours fait taper dessus et encore une fois j'ai des privilèges, on a des privilèges en tant qu'homme cis, blanc, celles qui sont le plus en danger c'est nos soeurs trans qui sont toujours en première ligne et ça fait chier et en fait il faut que nous, personnes blanches cis avec ces privilèges là, on utilise ces privilèges, cette voix pour faire bouger les choses, pas pour dire qu'on fait pas partie de la commu du coup moi ça me met hyper en colère tous ces mouvements qu'il y a, cette espèce de reprise de l'extrême droite et de la droite, de droits LGBT qui ne sont pas vraiment existants, sous prétexte que Gabriel Attal est homosexuel, par exemple. Mais ça me met en colère parce qu'il y a tellement de discours qui sont déformés et tellement de désinformation au sujet de la communauté queer, des dragues aussi, avec tout ce qui peut être dit comme connerie sur ce qu'elles font dans les écoles en termes de lecture, etc. Soit disant, ça serait pour mindfuck nos enfants et les rendre homosexuels. Oh, ça a des jours.
- Speaker #0
Toi, à ton échelle, comment tu combats cette menace ? Comment tu essayes de participer à une révolution ?
- Speaker #1
Je pense que la révolution est permanente et du coup, tous les jours, j'y pense. Tous les jours. J'en parle, dès que j'ai l'occasion d'en parler. J'en parle dans mes chansons, parce que c'est mon histoire, mais aussi l'histoire de notre communauté. Par exemple, dans Châteaufort, quand je dis que les femmes trans sont des femmes et les hommes trans sont des hommes bons, je ne suis pas une femme trans. Mais pour autant, il faut en parler. Mais en même temps, je ne suis pas une femme trans, donc je ne vais pas écrire une chanson là-dessus. Mais en fait, j'ai envie d'ouvrir aussi cette voie-là à toutes les personnes qui n'en ont pas encore une pour ce pick-up bien loud, tu vois. Parler bien, bien fort. Essayer de frayer des passages qui ont déjà été creusés et les faire aller plus loin, je dirais.
- Speaker #0
Toi, tu as un souvenir de ce genre de combat pour les droits qui t'ont marqué ou qui t'inspirent pour lutter, qui te donnent du courage ?
- Speaker #1
C'est-à-dire, tu parles d'un événement précis ? Oui,
- Speaker #0
un événement précis où... Ou de multiples événements qui t'ont marqué de violences quotidiennes ou d'événements quotidiens ?
- Speaker #1
Toujours. Il y en a toujours, il y en a tout le temps. J'ai fait mon coming out très jeune, justement, je disais vers 12 ans, et je l'ai vécu ça au collège. J'ai décidé que ça me passerait au-dessus, mais ça marque et ça crée quelque chose en nous, je pense, cette forme d'oppression qu'on subit très jeune. Ça marque quelque chose en nous qui nous donne envie de nous battre tous les jours au quotidien après pour essayer de faire bouger les choses, en fait. Et puis, toutes les violences qu'on voit, comme tu as parlé de l'attentat qu'il y a eu dans ce club à Orlando. Tous les événements, dès que je vois quelque chose, dès que je vois une forme d'oppression envers les femmes, la commune queer, les personnes non-binaires et tout ce qu'il peut y avoir en termes de racisme aussi, systémique et tout, à chaque fois, ça me donne trop la rage. Je ne peux pas avoir de trucs précis tellement tous les jours. Révolution permanente parce qu'oppression permanente en même temps.
- Speaker #0
Tout à fait. C'est ta musique qui t'a permis de t'aider à extérioriser tout ça ? Parler de ton vécu, tes sentiments ?
- Speaker #1
Ouais. Entre autres, ça m'a permis de les comprendre, ce que j'en parlais à l'époque, de toutes ces choses-là que je ne comprenais pas forcément. Je les connaissais, mais je ne les comprenais pas vraiment. En les mettant aux chansons, en musique, ça m'a permis de m'introspecter avec un regard plus tendre. Et du coup, j'ai compris, j'ai échangé aussi beaucoup avec d'autres artistes queers pour écrire ce que je fais, pour mettre en place tout ce que je fais artistiquement.
- Speaker #0
Dès que tu as commencé à faire de la musique, tu avais senti que ça serait un outil pour t'exprimer pleinement ?
- Speaker #1
Ça a d'abord commencé par une forme d'impulsion qui était nécessaire pour déjà juste régler mes petits problèmes, mes petites casseroles. Un peu plus personnelles, un peu plus basiques, j'ai envie de dire, qui ne rentrent pas forcément dans cette forme d'activisme-là. Et c'est justement après avoir soigné un petit peu tout ça, je me suis dit... Ok, maintenant que j'ai l'impression d'avoir parlé de tout ce qui me tracassait dans mon quotidien et dans mes relations, qu'est-ce que je raconte ? Pourquoi est-ce que j'ai jamais réussi à raconter tout ça ? Toute cette oppression-là, toutes ces relations plus intimes et qui sont vraiment plus connectées à une forme de queerness. Et là, je me suis dit, ouais, en fait, go.
- Speaker #0
Ça a été une évidence dès le début pour toi que ça parle de queerness, de thématique queer.
- Speaker #1
Trop bien, du coup, que tu poses la question, mais pas forcément. Parce que malgré tous ces questionnements... toutes ces recherches, ces essais de compréhension quand j'étais adolescent, ça s'est vraiment cristallisé, je dirais, il y a 4-5 ans. Tous les débuts que j'ai fait en musique, c'était pas forcément connecté à ça. Et ouais, après tout ça, je me suis dit, en fait, j'ai envie de représenter ça en tant qu'artiste, j'ai envie d'avoir cette voix-là, j'ai envie de paillettes, j'ai envie de fêtes, j'ai envie d'amour, j'ai envie que ce soit connecté, ce lien artistique avec cette révolution.
- Speaker #0
Là, tu viens de parler de connexion. Est-ce que... Tu as conscience que tu transmets aussi une part de ton identité d'individu queer au travers de ta musique ? Est-ce que tu as conscience de ça, que tu transmets quelque chose à ceux qui écoutent ?
- Speaker #1
Ouais, et je pense que c'est ça qui me donne envie de continuer d'ailleurs. Après avoir sorti Châteaufort, par exemple, qui est une des premières chansons un peu obvious où j'ai parlé de ça, de la commu, et j'ai pu recevoir des messages de remerciements. J'étais un peu en mode « Guys, j'ai rien fait » , genre. Je ne sais pas si c'est pas fait exprès, mais... avec plaisir et je me suis rendu compte ok en fait tu peux t'amuser et parler de ça mais prends conscience que ça a quand même un impact aussi, il faut que cet impact il soit bon il faut que tu fasses attention à tes mots aussi pour pas blesser qui que ce soit parce que j'ai toujours peur de blesser un peu les gens moi c'est un outil, je vais parler de mon histoire et il y en a qui vont forcément s'y accrocher et ça va peut-être leur donner des réponses et ça m'a un peu foutu la presse au début, je t'envoie, oh merde pardon j'ai dit un gros mot, j'ai le droit ok Merci. Et finalement, je suis hyper fier de pouvoir me dire que cette part d'individualité pourrait permettre à certaines personnes de s'émanciper aussi.
- Speaker #0
Toi, t'avais dans la musique des incarnations ou des figures qui t'ont aspiré dans ton enfance ?
- Speaker #1
Dans mon enfance ? Est-ce qu'on peut dire que Djenali est lesbienne ? Est-ce qu'elle n'a pas une énergie de lesbienne, genre ?
- Speaker #0
Si, mais... Genre, emo girl. Je comprends ce que tu veux dire.
- Speaker #1
Et du coup, j'écoutais grave Djenali quand j'étais petit. Et du coup, c'était un peu mon erreur. J'étais un peu en mode, ok. Introspection, tu vois ce que je veux dire ? En fait j'aimerais tellement te dire, genre, je sais pas, j'avais ce truc là. Et après j'ai eu énormément d'influence de la part de mes parents aussi, qui écoutent plein d'autres trucs, du jazz, de la musique classique, des trucs un peu plus bateau, enfin bref, plein de choses. Du coup j'ai toujours eu énormément de rêves et d'inspiration. Sur ces dernières années, majoritairement quand même, je me nourris d'artistes queer diverses et variées, artistes musiciens, musiciennes, artistes plasticiens, plasticiennes. qui me nourrissent chaque jour. Je n'ai pas vraiment d'icônes à proprement parler, mais j'admire le travail que font toutes ces personnes.
- Speaker #0
Dans notre deuxième partie, je voulais un peu aborder autrement notre sujet. Vu que tu es chanteur, bien évidemment, c'est pour ça que tu es là. Je voulais qu'on discute autour de tes textes. Donc moi, j'ai sélectionné plusieurs de tes chansons et on va discuter autour de leurs significations et en quoi il m'a semblé évident de les aborder dans le cadre de la thématique de la transmission de ton identité queer. Perso, J'ai commencé à t'écouter avec ta chanson Fagot Jazz avec Samir Flynn en 2024. Et après, je me suis plongé dans tes titres et j'ai tout écouté. Toi, t'as vraiment explosé à l'été dernier avec Châteaufort. Je pense que tout le monde a entendu cette chanson l'été dernier. Et si vous ne l'avez pas écoutée, écoutez-la parce que... écoutez-la.
- Speaker #1
Stream it, baby.
- Speaker #0
Vous avez loupé votre été dernier. Bon, t'en as un peu parlé, mais t'avais anticipé l'impact de ces chansons ?
- Speaker #1
Pas du tout, et pour être honnête, je pense que c'est la chanson où j'ai tellement foiré tout le process administratif, stratégique, avant sortie. Pour que vous fassiez une idée, normalement une chanson tu la finis, tu la masterises, tu la donnes à tes distributeurs environ un mois minimum avant la sortie. Et moi j'ai fini cette chanson 4 jours avant la sortie que j'avais indiqué parce que j'étais un peu en mode « Vas-y Mathis, tu forces, ça fait 2 mois, tu fais de la promo sur TikTok et tout, vas-y, il faut que tu la sortes. » Du coup, j'étais en mode, ça va faire un flop monumental. J'ai pu contacter aucun média avant de la sortir. J'ai pu contacter aucune personne qui pourrait m'aider à la faire aller plus loin que ça. Donc, je me suis dit, en vrai, go on, on va compter sur le public, genre. Et on verra bien. Et en fait, c'est la seule chanson qui a réussi à atteindre autant de personnes. Et du coup, je ne m'y attendais vraiment pas du tout, en vrai, pour être honnête. Mais je suis absolument ravi que ce soit celle-ci qui ait pu rentrer dans un maximum de cerveau.
- Speaker #0
Ça t'a touché que la chanson parle à autant de monde ?
- Speaker #1
Ouais, vraiment beaucoup. Ça m'a hyper touché. Tu réalises pas trop forcément quand t'es derrière ton écran et que t'as juste des gens qui commentent, qui likent ou qui repostent. Si ça fait un petit truc, tu te dis, waouh, il y a un engouement, il y a quelque chose. Je crois que le feeling le plus ouf, c'est quand je fais des concerts. généralement c'est un peu cette musique que les gens chantent avec moi, tu vois. Et ça du coup je suis un peu en mode, pour moi j'ai réussi une forme de truc, déjà une forme de rêve que j'avais quand j'étais enfant, c'est me connecter avec une partie de la population et me retrouver sur une forme d'expression artistique avec des valeurs comme ça. Enfin je suis un peu en mode, c'est un dream. Je suis hyper heureux que cette chanson soit là.
- Speaker #0
En t'écoutant, pas que Châteaufort mais toutes les autres chansons, on sent vraiment qu'il y a cette volonté de vouloir transmettre ton... ressenti et ton vécu, parce que c'est de ça aussi que parle un peu Châteaufort, on va en parler juste après. J'ai l'impression que t'essayes d'incarner une nouvelle forme de personne ou de personnage queer par rapport aux représentations des chanteurs gays et queers dans la sphère aujourd'hui. Est-ce que c'est conscient ? Est-ce que tu le fais volontairement ? Est-ce que t'en as conscience ?
- Speaker #1
J'ai l'impression qu'on est beaucoup de chanteurs queers, enfin beaucoup. À une certaine échelle, il n'y en a quand même pas énormément. Petite mini-échelle quand même. Oui, complètement. Je crois que justement, c'est cette mini-échelle qui me gonfle. J'ai envie qu'on soit mille. J'ai envie qu'on soit plein. Pour qu'on soit plein, il faut aussi être dans le too much. On en revient à une forme de militantisme dont on parlait tout à l'heure. Sans y aller dans le too much, et je ne dis pas ça de manière péjorative, mais juste sans pousser les portes avec le pied, avec les bras, avec la bibielle, avec tout. Il faut pousser les portes. en fait, on n'a pas les choses. On n'a pas tout ça. On n'aurait pas eu tous ces droits. Et j'ai envie de faire pareil avec mes chansons. J'ai envie d'être cru. J'ai envie d'être fier. J'ai envie d'être fort. Et j'ai envie de tout casser. Et de me dire qu'en fait, il y aura plein d'autres milliers de chansons queer.
- Speaker #0
Déjà, en ayant plus de représentation, comme toi, ça va pousser forcément des gens à se lancer dans la musique et à se lancer dans d'autres formes d'art pour s'exprimer. Parce que quand on y pense, c'est quand même assez récent, le succès de Bilal Hassani.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Avant, lui, il n'y avait pas de représentation queer.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Du tout.
- Speaker #1
En effet.
- Speaker #0
Et c'est super.
- Speaker #1
Edith Preteau, peut-être, mais ça reste...
- Speaker #0
Oui, Edith Preteau, mais c'est à peu près quand même les mêmes années.
- Speaker #1
Oui. Ah ouais ?
- Speaker #0
Bah ouais, Edith Preteau, c'est quoi ? 2017, 2018. Bilal, l'Eurovision, c'était 2019. C'est vrai. C'est une fenêtre de trois ans, quoi. Ouais,
- Speaker #1
ouais, c'est vrai, t'as raison. Complètement.
- Speaker #0
Enfin, ils incarnent pas du tout la même phase de la communauté. Ils parlent pas exactement les mêmes choses. Ils ont vraiment deux identités très, très différentes.
- Speaker #1
Puis ça reste un peu plus... comment dire, suggéré dans le propos d'Edith Preteau, je trouve, même s'il représente très bien la commu dans ses textes et dans ses prises de parole.
- Speaker #0
C'est moins flagrant, c'est moins visible rapidement. Mais je pense que Bilal a beaucoup fait pour la représentation.
- Speaker #1
Complètement. Merci Bilal Hassani, si tu nous entends.
- Speaker #0
Merci Bilal Hassani. Tous les jours, nous le remercions.
- Speaker #1
Tous les jours, on t'aime beaucoup.
- Speaker #0
Et en plus, il est quand même très médiatisé. Il est sur beaucoup de plateaux et tout ça. C'est quand même important d'avoir cette représentation. représentation. Je pense que ça aide aussi à avoir d'autres chanteurs à se lancer.
- Speaker #1
Complètement, complètement. Puis il incarne des milliers de choses et en plus de ça il a, heureusement, il a eu la chance d'être YouTuber. Ça lui a donné une forme de communauté qui était déjà hyper présente et hyper là en soutien. J'ai pas envie de parler en son, mais je pense que ça lui a forcément donné une espèce de soutien supplémentaire pour se dire ok, vas-y, go on. Il y a des gens qui vont me suivre, je leur montre des parties de moi différentes, des facettes, mes envies, mes galères et tout. Et aujourd'hui, du coup, Il représente tellement de choses. Et je pense qu'il est médiatisé pour ça aussi. Parce qu'il vient des endroits où plein de monde ne comprennent pas. Je pense que les médias se disent aussi que c'est la bonne occasion.
- Speaker #0
Non mais je vois ce que tu veux dire.
- Speaker #1
Je pense que les médias ils sont sur cette réflexion un peu conne de se dire Ah ouais go on va mettre Bilal Hassani parce que ça va faire parler un mec aux cheveux longs.
- Speaker #0
Mais même si ce comportement là n'est pas positif dans le sens où c'est fait en forme de clientélisme.
- Speaker #1
Oui. Mais il l'utilisait à très bon escient. Voilà, c'est sans servir.
- Speaker #0
Et il se dit, bah, c'est pas grave. Je vais faire tous les plateaux et je vais montrer qui je suis.
- Speaker #1
Mais voilà.
- Speaker #0
Et il ne s'est jamais tué et il ne s'est jamais laissé marcher dessus malgré tout ce qui lui est arrivé avec l'Eurovision. Ça, ça inspire le respect.
- Speaker #1
Mais respect. Mais voilà, fier.
- Speaker #0
On va revenir un peu à toi. Moi, j'ai sélectionné plusieurs de tes chansons pour en... un peu en discuter, un peu comprendre ce que tu as voulu dire à l'intérieur et aussi en quoi ça parle de ton identité à toi et ce que tu transmets. On en a pas mal discuté avant de Châteaufort donc c'est vraiment la chanson qui t'a plus fait connaître on va dire moi je dirais que c'est vraiment une sorte d'hymne à la désenchantée un peu ça me fait plaisir ce que tu dis tu vois ce que je veux dire ? dans la sonorité, dans les paroles de la chanson Au début, il y a une voie d'enfant qui commence. Je trouve ça assez bouleversant. Pourquoi tu as fait ce choix-là ? Et est-ce que c'était une projection de toi-même ?
- Speaker #1
C'est moi, en fait. qui parle.
- Speaker #0
Ah c'est vraiment ta voix ?
- Speaker #1
C'est un audio de moi quand je suis petit, c'était sur un vieux Walkman que j'ai retrouvé où je pouvais enregistrer des trucs et j'ai découvert tellement de trucs, mes dingos là-dessus, notamment ce petit vocal où je parle de mon grand frère qui avait dû me faire une crasse ou un truc chiant et du coup dans ce petit truc je lui dis je le déteste, c'est un malheureux et du coup j'ai décidé de l'intégrer là parce que je me souviens avoir fait ça à un moment où Merci. Il m'avait saoulé, il m'avait gonflé, il m'avait oppressé dans un truc. Et je trouve que le mettre là, c'était un peu traduire cette voix d'enfant en moi qui a toujours voulu genre, en mode, mais genre, laissez-moi tranquille. Laissez-moi faire, tu vois, laissez-moi être. Je sais pas, ça a fait sens pour moi de le mettre là.
- Speaker #0
Parce que quand je l'ai écouté, je me suis dit, ah, c'est lui. Et après, à la force de l'écouter, je me suis dit, mais comment il aurait pu avoir un audio comme ça de lui-même enfant ?
- Speaker #1
Eh ben, voilà l'histoire.
- Speaker #0
Ah oui, comme on l'apprend tous les jours. Tu parles aussi de tes expériences dans Shadow 4. Et je voulais un peu revenir aussi là-dessus, parce que c'est aussi comme ça qu'on transmet et qu'on éduque, comme tu en as parlé dans ta définition. Tu dis, j'ai tellement peur d'être queer dans un monde qui ne veut pas de moi. J'ai envie de sortir du placard sans avoir à le faire. Envie d'un monde sans cacheton, que les jeunes n'aient plus peur. Tout ça, ça résonne, je pense, en chacun de nous dans cette communauté. Est-ce que tu peux un peu nous en parler par rapport à ton vécu ou sinon par rapport à ce que toi, tu voulais transmettre dans cette chanson ?
- Speaker #1
T'as parlé d'hymne là où je te rejoins là-dessus et je pense que j'ai inconsciemment voulu l'écrire dans ce sens-là, c'est qu'en fait j'avais envie de porter une parole commune déjà, mais sous le prisme de mon expérience individuelle qui en fait se traduit chez beaucoup d'autres personnes dans cette communauté, c'est-à-dire j'ai tellement peur d'être coulé dans un monde qui veut pas de moi, j'ai peur parce que le monde veut pas de moi, le monde veut pas de nous, j'ai envie de sortir du placard sans avoir à le faire parce qu'on sait tous à quel point c'est... compliqué de faire un coming out puis même après le coming in dans la communauté où t'es en mode ah aussi faut que je comprenne les codes etc, ça fait flipper en vie d'un monde sans cacheton on sait tous très bien que la fête fait partie intégrante, inhérente je sais pas, fait intégrante de notre communauté on sait que ça peut aller loin des fois comme dans toutes les fêtes mais la commune queer sait faire la fête aussi à ses risques et périls à certains endroits pour Alors... les individus qui font de la fête et je pense qu'on n'est pas seul à s'être peut-être mis en danger à certains endroits, à certains moments. Voilà, que les jeunes n'aient plus peur parce que si, oui, tu l'as dit toi-même, c'est seulement à 18 ans que tu as pris conscience d'une forme de position. Ça va un peu crescendo dans les expériences, dans ce que je dis dans la chanson, jusqu'à cette espèce d'outro où je dis moi je suis pédé, je suis fier, je m'en fous de ta vie. Et c'est un peu ce truc en mode, vas-y, j'en peux plus quoi.
- Speaker #0
Dans la chanson, il y a aussi, on en a parlé un peu avant, mais il y a aussi la défense des personnes trans.
- Speaker #1
Les femmes trans sont des femmes et les hommes trans sont des hommes bons.
- Speaker #0
Merci. Je t'apprête. Est-ce que tu ressens aujourd'hui, au sein même de notre communauté, qu'il y a une volonté d'exclusion des personnes trans ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et de leur invisibilisation ?
- Speaker #1
Complètement. C'est d'ailleurs un très gros problème de notre communauté actuelle. On en a parlé tout à l'heure. L'espèce de fascisation des homosexuels blancs qui font quand même bien partie de... Enfin, il y en a beaucoup, quoi. Et ouais, des gens qui ne se rendent pas compte, en fait, qu'il y a 50 ans, Stonewall, genre, merci les femmes trans, en fait. Merci les femmes trans noires. Merci nos sœurs lesbiennes qui étaient là pendant la crise du sida pour nous aider, en fait. Merci à toutes ces personnes qui ont fait ces combats-là. Et en fait, il y a une invisibilisation. Il y a plein d'hommes qui veulent trop la gloire, en fait. Mais c'est toujours les hommes le problème.
- Speaker #0
Il y a beaucoup de... Toujours.
- Speaker #1
Ça ne peut plus.
- Speaker #0
Il y a beaucoup, j'ai l'impression, de personnes qui essayent de réécrire aussi l'histoire de Stonewall en effaçant les personnes trans, en considérant qu'elles n'étaient pas là et qu'elles n'ont pas fait et que ce n'est pas elles qui nous ont jeté la première pierre.
- Speaker #1
Oui, non mais complètement. Mais que ce soit d'en réécrire l'histoire ou même la transmettre. Moi, quand je vois des films à l'affiche au cinéma comme le film François.the qui est incarné par un homme cis, et on revient sur le film d'Anne Hichegard dont je parlais au début, mais j'ai envie de te dire... Le film a quand même, pour lui, le fait d'être sorti il y a genre 10-15 ans, quand c'était un peu moins médiatisé, tous ces propos-là et tout ça. C'est en ça que j'avais aimé ce film en étant jeune. Sans qu'il y ait toute cette ouverture-là, ces réseaux sociaux qui permettent un savoir fou. Ce film est né, j'étais content, j'étais heureux. Aujourd'hui, il y a plein de choses à redire. Et revoir un film comme François.the qui sort au cinéma, j'ai envie de péter un câble.
- Speaker #0
En fait, genre la honte.
- Speaker #1
Parce que le monde a évolué.
- Speaker #0
Oui, le monde a évolué.
- Speaker #1
Le monde a changé.
- Speaker #0
Les consciences aussi ont évolué. C'est un sujet, aujourd'hui, tu ouvres Instagram, tu trouves, avant, il fallait quand même peut-être un peu plus diguer des trucs pour trouver des archives, des trucs précis sur la communauté queer. Maintenant, t'as des milliers de comptes d'influence heureuse qui font ce travail-là de transmission, d'éducation par des comptes bienveillants, etc. Il n'y a plus d'excuses.
- Speaker #1
Il y a une autre chanson de toi que j'aime beaucoup, qui est Adolescence.
- Speaker #0
Ah ma vie !
- Speaker #1
Chaque fois que je l'écoute, je ne saurais pas t'expliquer pourquoi, mais ça me fait toujours penser à What was I made for de Billie Eilish, pour Barbie. Tu vas me dire après comment tu l'as pensé et tout ça, et ce que tu voulais transmettre au travers de cette chanson. Mais la chanson de Billie, c'est une femme qui parle des femmes et de ce qu'elles ressentent dans leur vie de femme et de ce qu'elles ont toujours ressenti. Adolescence, moi j'ai l'impression que c'est une chanson qui va parler de ce que les personnes gays ressentent et vivent en tant qu'adolescents. Et ça rejoint un peu ce truc-là. Est-ce que c'était ta volonté ? C'était ce que tu voulais faire ?
- Speaker #0
Je vais reprendre ce que tu as dit tout à l'heure. Tu as parlé de transmettre une forme d'individualité dans mes chansons. C'est exactement ce qui s'est passé là, dans la mesure où je ne l'ai pas du tout écrite sous le prisme de la queerness. C'était vraiment sous le prisme d'une forme de nostalgie très intense que j'avais d'une époque avec mes amis. C'est un collège début lycée où c'était pour moi une époque d'émancipation, où j'étais si bien. Il n'y avait tellement pas de problème, il n'y avait que de la découverte. J'étais hyper heureux. En fait, en la réécoutant, oui, je me rends compte qu'il y a cette voix, ce truc de petit garçon fragile qui a peur, qui a besoin de sa maman, de son père, de ses amis et de ces moments-là de vie qui étaient tout simplement des safe places. Cette chanson, pour moi, c'est vraiment la mise en avant des safe places que j'ai pu avoir. dans ma jeunesse.
- Speaker #1
Du coup, ton adolescence, ça a été vraiment quelque chose de fondateur pour ton université ? Ouais,
- Speaker #0
fondateur à plein d'endroits, que ce soit des belles choses comme des horribles choses. C'est une époque où je remercie absolument toutes les personnes qui étaient autour de moi. J'étais bien entouré. Mais voilà, j'ai aussi vécu des choses douloureuses et un peu incompréhensibles à cet âge-là que j'ai pu partager avec des amis qui m'ont toujours supporté, soutenu et compris, entendu. J'ai eu de la chance d'avoir des parents qui m'ont beaucoup raconté, beaucoup transmis leur sens de la fête, leur sens de la vie, de l'amour, du respect des amis, etc. Et donc, en fait, j'ai pu en faire ma propre expérience sous un prisme assez rassurant. J'ai eu le sentiment, grâce à leur amour et leur bienveillance, de ne jamais mettre Métrop en danger, en tout cas.
- Speaker #1
Une autre chanson, c'est la dernière à l'heure à laquelle on fait l'enregistrement de ce podcast. C'est Métro. C'est... Je trouve vraiment une revendication d'une identité queer qui est assez assumée. J'ai l'impression par rapport aux autres chansons que tu t'es affirmé plus dans cette chanson-là.
- Speaker #0
Quantified.
- Speaker #1
C'était volontaire ? Est-ce que tu en as la conscience que tu t'es plus affirmé avec cette chanson ?
- Speaker #0
Complètement. En fait, Métro, elle est arrivée de manière un peu urgente et spontanée après Châteaufort. Châteaufort, ça m'a un peu ouvert les yeux sur le fait que j'ai envie de percevoir ma création artistique et ma musique comme du drague. Je peux incarner ce que je veux musicalement, tant que je le décide. Et en fait, Métro, c'était un peu ça. Au quotidien, je n'ai pas tendance à être aussi cunt et aussi intense que je l'ai été dans cette chanson. Mais pour moi, ça représente des moments de vie où je suis en colère, en fait. Des moments de vie où j'ai envie de péter un câble. Et du coup, j'étais un peu en mode envie d'incarner ce personnage-là.
- Speaker #1
Parce que dans la chanson et dans le clip aussi, on voit vraiment que tu t'imposes. Tu existes, t'es bruyant et tu t'excuses pas d'être bruyant. Tu t'excuses pas d'exister. Et toute la chanson parle de ça au final.
- Speaker #0
Ça a été hyper libérateur comme morceau. Cette chanson me donne envie d'en faire plein d'autres pareils. Mais en même temps, je me dis qu'elle est tellement bien comme elle est comme ça que je pourrais jamais faire quelque chose du même ordre. Je sais pas, mais ouais, elle m'a donné tellement de force dans cette envie d'être bruyant et de pas m'excuser de l'être.
- Speaker #1
Je trouve que ça rejoint aussi quelque chose dont on a parlé avant de la fatalité d'être gay. Je trouve qu'il y a un truc vraiment de battant face à l'espèce de fatalité qu'on nous impose, parce que tu ripostes dans la chanson physiquement, et ça va à l'encontre de ce qu'on nous impose comme représentation.
- Speaker #0
Ah bah merci. Bah ouais, c'est un peu ce que j'ai eu envie de faire. En fait, j'ai eu envie d'ouvrir simplement ma bouche, et d'aller à l'encontre de ce qu'on nous impose. Grave. C'était à grave-t-il les termes ? J'ai rien besoin de dire de plus, je crois.
- Speaker #1
Mais tu avais pensé à ça quand tu l'as écrit ?
- Speaker #0
Oui, sous d'autres formes, peut-être que je n'ai pas directement pensé à ça, mais j'étais un peu en mode, oui, genre, envie d'être à la compte au courant, envie d'être dans le non, genre. dans le laissez-moi faire.
- Speaker #1
Et dans les messages que tu reçois des gens qui écoutent ta musique sur TikTok ou sur les réseaux, qu'est-ce qui ressort ? Est-ce que ça ressort ce genre de commentaires, ce genre de témoignages ?
- Speaker #0
Justement, il n'y a pas longtemps, je faisais un live TikTok et j'ai discuté avec quelqu'un qui échangeait avec moi dans la conversation, qui me remerciait parce qu'en fait, c'est un mec qui venait de commencer à relationner avec un autre homme et cet homme-là se maquille beaucoup, mais pas tout le temps, et il m'a dit Quand je sors dans la rue et que je lui tiens la main, quand il est maquillé, j'y arrivais pas trop il y a quelques mois parce que ça me faisait très peur. Et ta musique, elle m'a complètement aidé à comprendre ce geste-là. Et depuis, je lui tiens la main avec fierté. Et j'ai lu ce message, j'étais un peu en mode genre, I need to stop le live, je vais fondre en larmes. J'étais un peu en mode c'est le but, genre. C'est trop le but.
- Speaker #1
Donc tu transmets vraiment ton identité au travers de cette musique ?
- Speaker #0
Je crois. J'espère, en tout cas.
- Speaker #1
Et pour finir, je voulais... Parlez aussi d'une autre chanson qui est, je pense, ma préférée. C'est Rivage. Est-ce que tu peux un peu nous l'expliquer ?
- Speaker #0
Rivage, c'est un peu de la pure nostalgie. Encore une fois, je suis quand même très nostalgique. C'est une romance qui ne finit pas vraiment, qui reste dans le cœur alors qu'elle n'est plus dans la forme. Et c'est une chanson où j'ai beaucoup pleuré en l'enregistrant. Je pleure très rarement de grande tristesse. Je pleure très souvent en mode merci. Merci la vie de m'apporter autant d'émotions, lol. Et c'est un peu ce que j'ai ressenti pendant cette musique. Je me suis remercié d'être qui j'étais, d'aimer comme j'aime, d'aimer ceux et celles que j'aime. C'est vraiment un poème sur l'amour et sur la vie.
- Speaker #1
Moi, en l'écoutant, j'ai l'impression que cette chanson-là, elle parle un peu du sentiment constant d'être queer. de ressentir de l'amour et des sentiments en étant plus jeune, quand on n'a pas toutes les clés pour tout comprendre, et qu'on est un peu encore caché, un peu à l'écart. J'ai l'impression que ça parlait un peu de ça, d'une sorte de généralité des relations gays quand on est jeune.
- Speaker #0
Ça peut représenter ça aussi, sous une certaine forme. Je repense au premier mot de la chanson, effacer les rivages, les mots entre les pages, c'est un peu les choses qu'on ne lit pas, qu'on n'explique pas. pas, qu'on ne transmet pas et qui du coup sont vécus de prime abord sans vraiment beaucoup de clés en tant que jeune garçon, jeune personne. Donc ouais, je vois le sens que tu lui as donné, je l'aime bien.
- Speaker #1
Pour revenir à ta discographie en général, on sent vraiment, et je te l'ai dit là à l'instant, que tu changes vraiment de positionnement. Tes premiers sons, ils sont très mélancoliques, comme tu dis, ils sont très touchants et ils deviennent plus récemment plus affirmé, on sent que t'es plus sûr de toi, que t'es plus combatif. En t'écoutant, j'ai vraiment l'impression qu'on suit le parcours de vie d'une personne queer parce que tu commences par des choses très mélancoliques, à des choses qui parlent de ton adolescent, de ton enfant, de ta construction et ensuite sur quelque chose qui va être plus affirmé, comme si tu découvrais un petit peu la communauté, un peu ce que c'était que d'être gay, LGBTQIA+, queer, tout ça. Et qu'aujourd'hui, c'est plus ta construction finale, on va dire.
- Speaker #0
C'est complètement ce que j'allais te dire. En fait, en tant qu'artiste, ce qu'on vous donne dans nos chansons, ça fait partie aussi de nous et donc ça évolue au même rythme que nous. Et en effet, il y a eu une forme de déclic ces dernières années quand même sur ce sentiment d'appartenance à cette communauté, cette nécessité à speak up, à être présent et à vouloir en parler, à vouloir évoquer ce sujet-là. J'ai hâte de revenir à une forme d'écriture plus sentimentale et nostalgique et introspective, mais sous le prisme d'un regard un peu plus aguerri en termes de queerness et de communauté. J'ai trop hâte de vous envoyer de nouvelles chansons.
- Speaker #1
On en a un peu parlé avant de tous ceux qui représentent la communauté au travers de la musique. Toi, en chantant sur ces thématiques-là qui sont un peu différentes quand même parce que personne n'interprète et échange les choses de la même manière. Est-ce que tu n'essayes pas, à ton niveau, de changer ou d'imposer un nouveau narratif pour les personnes de la communauté queer ?
- Speaker #0
Oui, si grave. J'ai envie de raconter la réalité aussi des choses, de ne pas représenter une forme d'homosexualité, de queerness fantasmée par un regard capitaliste et suprémaciste, comme on peut avoir dans le cinéma, par exemple, à plein d'endroits. Oui, j'ai envie d'importer une forme de réalité. d'imposer une forme de réalité dans le propos.
- Speaker #1
J'ai l'impression qu'il y a quand même une nouvelle forme de représentation au cinéma un peu partout de ces dernières années, ces derniers mois, qui est assez différente. J'ai entendu une interview de Camille Cotin et de Nathan Brodzioni pour Les Enfants Vont Bien, qui est sortie fin 2025, où il expliquait que son personnage principal était lesbienne. Camille Cotin, qu'elle vivait sa séparation un peu à côté du film. Je sais pas si tu l'as vu.
- Speaker #0
Je l'ai pas vu, je crois que je rêvais de le voir, mais j'ai pas réussi à aller en salle pour le capter.
- Speaker #1
Et il expliquait que des producteurs ou des distributeurs lui avaient dit à quoi ça sert qu'elle soit lesbienne parce que t'en parles pas. Mais il expliquait, il disait en fait, si on en parle pas, je vois pas le problème. Parce qu'elle est là, juste elle existe en tant qu'elle-même et que si elle était hétéro, ça changerait rien. Donc pour lui, c'était important qu'elle soit lesbienne dans ce film parce que ça n'avait pas d'importance dans sa thématique générale. En fait, ça ne changeait rien. Alors pourquoi pas être lesbienne ? Ça permettait de la représenter aussi.
- Speaker #0
Mais complètement.
- Speaker #1
Lesbiennes qui sont aussi peu représentées dans les films.
- Speaker #0
Pitié, on n'en veut plus ce genre. Merci, bravo les lesbiennes.
- Speaker #1
Avant de conclure cet épisode, parce que oui, on est déjà au bout de cette demi-heure et même je pense qu'on a... bien dépassé.
- Speaker #0
Ouais, largement.
- Speaker #1
On va passer au rituel de la recommandation du jour. Comme vous le savez, à chaque épisode, l'invité et moi-même vous recommandons un livre, un film, un artiste pour vous inviter à continuer à explorer le sujet du jour. Aujourd'hui, je vais vous faire deux recommandations parce qu'on est au dernier épisode avant les vacances d'été. Alors j'en profite. Pour rester sur la thématique transmission queer chanson, je vous recommande l'album L'Affreuse de Bilal Hassani. qui était sorti en mars 2025. C'est un album live qui a été écrit un peu comme un journal intime où il se livre de manière assez poétique sur sa vie sentimentale, ses expériences, sa vie en général, les sentiments qu'il peut ressentir. Et ça rejoint, je trouve, complètement ta thématique musicale aussi. Et je trouve que ça s'intègre bien dans ton univers musical aussi. Après, je recommande bien évidemment tous les albums de Bilal Hassani et toutes ses chansons, évidemment. Et ma deuxième reco du jour, ça sera le livre Loving. En français, ça s'appelle Il s'aime, de Yougmini et Neil Tweetwell. C'est un livre sur des photographies d'hommes qui s'aiment sur une période de un siècle. On ressent vraiment cette invisibilisation des relations homosexuelles. Et il y a quelque chose de très touchant dans ces photos. Et je vous recommande d'au moins le feuilleter. Et toi, Mathis, est-ce que tu as une ? plusieurs recommandations à nous faire ?
- Speaker #0
Comme tu dis, on a envie d'être un peu gourmand et d'être généreuse, donc j'ai deux recommandations pour toi. Je vais commencer par un livre, je suis pas très grand lecteur, mais ce livre-là m'a beaucoup plu, c'est un livre de Nathan Rousseau, qui s'appelle « Au-delà de la montagne, la face cachée de la montagne » , je crois un truc comme ça. Merde, j'ai pas le nom exact, mais je pense que vous trouverez si vous cherchez. C'est un livre qui parle d'une espèce de triangle amoureux et de questionnement. sur son identité de genre, orientation sexuelle, sur tous ces questionnements qu'on peut traverser. Mais dans le prisme d'un ou deux mois de vacances un peu basiques et de vie adolescente, il y a un peu ce qu'on disait tout à l'heure, il y a une forme de normalisation des questionnements, mais au travers d'une vie d'adolescence complètement banale. Je vous le conseille, ça se lit en quelques jours, c'est super. Et ensuite, j'aimerais vous recommander un film peut-être connu de... de nos chers auditeurices, mais c'est le film Billy Elliot qui est sorti dans les années 2000, ben en 2000 je crois. C'est un film qui m'a particulièrement touché où c'est l'histoire d'un petit garçon qui naît dans le nord du Royaume-Uni pendant la crise. C'était à cause des mines de charbon je crois, il y avait des gros licenciements, une grosse crise économique et tout. Et tu suis ce petit garçon qui fait de la boxe et qui après son cours de boxe va rester pour le cours de danse classique. Voilà, je crois que c'était un film qui a été très réussi encore une fois. dans la découverte de soi mais pas forcément sous le prisme des fantasmes de ce qu'on attend d'une découverte de soi en tant que jeune homme gay tu vois enfin on le voit se questionner sur pourquoi je fais de la danse est-ce que je suis une fille mais du coup est-ce que j'aime les garçons mais tous ces questionnements là sont très subtilement
- Speaker #1
suggérés et ça fait du bien à voir en fait c'est aussi agréable de voir ça enfin bref super bah maintenant il est temps de fermer cette boîte à rubans pour aujourd'hui en tout cas je te remercie d'avoir partagé ce moment avec nous avec plaisir c'était un plaisir Quant à nous, on se retrouve dans un mois, le mardi 1er septembre avec Stéphanie Brisset. En attendant, je vous souhaite de bonnes vacances. Et n'oubliez pas de vous abonner, de laisser des étoiles ou un commentaire sur le podcast. Et je vous dis à très vite.
- Speaker #0
Bye !