- Romain Le Gal
Bienvenue sur Lait'Change, le podcast qui donne la parole à celles et ceux qui font vivre chaque jour notre belle filière laitière et fromagère. Je suis Romain Le Gal et avec France Frais, nous sommes très heureux de te retrouver pour ce nouvel épisode et déjà le dernier de cette seconde saison. Aujourd'hui, nous allons parler de lait, de fromage, de lait cru, mais aussi de souveraineté alimentaire, d'avenir de nos élevages, de renouvellement des générations et de la place de la filière laitière et fromagère française dans un monde en pleine évolution. Un épisode exceptionnel nous attend puisque nous partons à la rencontre d'Annie Genevard, ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, qui nous fait le plaisir de nous accorder un temps d'échange autour de ces enjeux essentiels pour l'avenir de notre agriculture, de nos terroirs et de notre alimentation. Alors, comment préserver notre production laitière ? Comment continuer à créer de la valeur grâce à nos fromages et à nos savoir-faire ? Et quelle vision porter pour renforcer la souveraineté alimentaire de la France ? Un échange riche et passionnant qui nous attend. J'espère que tu es bien installé et je te souhaite une excellente écoute sur Lait'Change. Bonjour Madame la Ministre.
- Annie Genevard
Bonjour Monsieur Le Gal.
- Romain Le Gal
Comment allez-vous aujourd'hui ?
- Annie Genevard
Je vais très bien.
- Romain Le Gal
Je suis très content de vous retrouver ici dans le jardin. Alors on est où ?
- Annie Genevard
Alors nous sommes dans le jardin du ministère de l'Agriculture.
- Romain Le Gal
Est-ce que vous pourriez vous présenter en quelques mots ?
- Annie Genevard
Alors Annie Genevard, je suis ministre depuis de l'Agriculture, de l'Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire depuis septembre 2024. C'est un merveilleux ministère où je suis très heureuse, bien qu'il soit terriblement exigeant. Mais je travaille pour les agriculteurs, pour l'agriculture et je le fais depuis de nombreuses années. Être aujourd'hui la ministre des agriculteurs, c'est un grand honneur pour moi.
- Romain Le Gal
C'est une grande responsabilité.
- Annie Genevard
C'est une très grande responsabilité.
- Romain Le Gal
Vous venez d'une région agricole à la base ?
- Annie Genevard
Oui, je suis issue d'un territoire de moyenne montagne, le Haut-Doubs, donc dans le massif du Jura, qui est une terre d'élevage et de production fromagère.
- Romain Le Gal
Ça tombe bien, on va parler fromage, mais avant de commencer, on va parler d'abord de lait. On entend beaucoup le terme "Souveraineté alimentaire". Est-ce que vous pourriez nous dire un peu la place de l'agriculture laitière dans cette souveraineté alimentaire ?
- Annie Genevard
Elle est fondamentale. D'abord, la France est un immense pays d'élevage. Et nous avons 16,5 millions de bovins en France dont une grande partie est de production laitière. On a une magnifique industrie fromagère avec beaucoup de production sous signe de qualité. On est non seulement souverain sur le plan du lait et des fromages, c'est-à-dire qu'on produit ce que nous consommons et même au-delà puisque nous exportons. C'est aussi une source de prospérité pour le pays, une source de reconnaissance pour la qualité de nos produits. Donc oui, la France est un très grand pays de production laitière et fromagère.
- Romain Le Gal
Pourtant, quand on regarde les chiffres, si on revient aux années 2000 à aujourd'hui, il y a eu le nombre d'exploitations laitières qui a été divisé par trois. Et il y a le cheptel qui a aussi été divisé avec une augmentation du nombre de vaches laitières par exploitation, avec un rendement laitier. On parle de décroissance laitière régulièrement, on en entend parler, moi dans les campagnes j'en entends parler. Quelle est la situation actuelle de cette agriculture laitière ?
- Annie Genevard
Alors c'est vrai qu'on vit un phénomène de décapitalisation, on perd des têtes de bétail pour plusieurs raisons. D'abord, être éleveur c'est un métier très exigeant et même si c'est un métier de passion qui se transmet, Moi j'ai assisté à d'innombrables comices où je vois la passion que les éleveurs ont pour leur métier.
- Romain Le Gal
Alors ceux qui ne connaissent pas les comices, c'est les fêtes agricoles de village, où chaque année ça change de village et ça revient par communauté de communes, etc. Ce sont des grands moments de la vie rurale.
- Annie Genevard
Et donc on voit bien que cette passion se transmet aux enfants, à l'entourage. S'engager dans le monde de l'élevage, c'est s'engager par passion. Mais c'est un métier terriblement exigeant. Et l'élevage qui était présent dans certains territoires ne l'est plus. Dans ce qu'on appelle les zones intermédiaires, c'est-à-dire des zones où la qualité des terres n'est pas très bonne, où les terres ne sont pas très productives. Autrefois, il y avait de l'élevage qui permettait de compenser la faiblesse des rendements végétaux. L'élevage a disparu dans certaines régions. et il faudrait pouvoir le réinstaller parce que c'est une source d'équilibre dans le revenu des agriculteurs. Donc il y a des territoires où on a perdu de l'élevage. Comme c'est un métier très exigeant, tout le monde n'a plus forcément envie de s'y engager. Néanmoins, il y a de plus en plus de jeunes dans les écoles agricoles et notamment des femmes, des filles, qui ont décidé de s'engager dans l'élevage.
- Romain Le Gal
Aujourd'hui, on est le deuxième pays productif. Le premier, c'est l'Allemagne.
- Annie Genevard
Ce qui est clair, c'est qu'il y a des pays qui n'étaient pas de gros producteurs et qui le sont devenus. Vous avez cité l'Allemagne, il y a aussi les Pays-Bas. Donc évidemment qu'ils mettent sur le marché de gros volumes de lait. Et là, depuis quelques temps, il y a eu d'abord des conditions climatiques qui ont fait un fourrage de très bonne qualité. Donc les vaches ont produit.
- Romain Le Gal
Et pas que chez nous, un peu partout autour de la planète.
- Annie Genevard
Et pas que chez nous, mais en même temps... Il y a une appétence pour les produits laitiers. C'est-à-dire qu'il y a des pays où on consommait peu de produits laitiers, où on en consomme de plus en plus. Donc je pense que la France a sa carte à jouer, d'autant qu'on a de très belles entreprises agro-alimentaires qui exportent dans le monde entier, de très belles entreprises qui contribuent à populariser les savoir-faire français. Par contre, il y a un domaine où on n'est pas suffisamment performant en matière de production et notamment d'exportation. Il nous faut reconquérir le marché du beurre par exemple.
- Romain Le Gal
Qui est un marché aussi très volatile, à court, avec beaucoup de spéculation.
- Annie Genevard
Et il nous faut aussi reconquérir l'entrée, le cœur de gamme. La France s'est beaucoup spécialisée dans les produits d'exception, mais il y a toute une partie de la population, l'alimentation courante, or, nos producteurs, ils savent, ils pourraient produire davantage de production qui corresponde à toutes les bourses et à tous les consommateurs. Il faut aussi qu'on reconquière le marché du fromage ingrédient. Aujourd'hui, l'Emmental qui est utilisé dans les préparations est essentiellement importé, alors qu'on a tout à fait la capacité.
- Romain Le Gal
On a des producteurs en France d'Emmental.
- Annie Genevard
On a des producteurs d'Emmental et on pourrait augmenter la production d'Emmental en France.
- Romain Le Gal
Mais on se retrouve sur des produits à court avec un marché international où on ne soutient pas forcément là, quand on parle de prix, notre agriculture.
- Annie Genevard
Oui. Alors, effectivement, l'agriculture française est une agriculture de très grande qualité, d'excellence, mais elle est capable de fournir toute la gamme de la production. Il y a tout ce qu'on appelle les SIQO, les signes de qualité. On a d'immenses marques fromagères, vous le savez, je viens du pays du Comté, du Morbier, du Mont-d'Or, je ne vais pas vous dire le contraire, ce sont des produits d'exception qui connaissent d'ailleurs une grande popularité. Mais il nous faut aussi pouvoir produire du fromage ingrédient. Moi j'aime mieux que ce soit nos producteurs qui le fassent plutôt que des producteurs étrangers qui le fassent pour nous.
- Romain Le Gal
Au bout de toute façon il y a toujours un producteur de lait.
- Annie Genevard
Au bout il y a toujours un producteur de lait. Donc il y a toujours un producteur qui vit de son travail et qui fait vivre le territoire rural où il est installé.
- Romain Le Gal
En quelques mots, quels sont les dispositifs aujourd'hui qui sont mis en place, que vous avez mis en place pour justement soutenir cette souveraineté alimentaire sur la partie laitière ?
- Annie Genevard
Donc déjà, on a identifié le contour du problème, on sait qu'il y a des productions sur lesquelles on n'est pas assez souverain. Sur le lait, on pense qu'il nous faut 2 milliards de productions de litres de lait supplémentaires. Donc c'est quelque chose que la filière elle-même a évalué. Ce n'est pas la Ministre de l'Agriculture qui dit vous devez autoritairement produire tant de litres de lait supplémentaires. La filière elle-même dit, pour satisfaire la production française, aussi bien dans le secteur fromager que le secteur du beurre, la poudre de lait, le fromage ingrédient, il faudrait produire 2 milliards de litres de lait.
- Romain Le Gal
Aujourd'hui, c'est à peu près 23 milliards.
- Annie Genevard
22 milliards de litres de lait. Donc, il faudrait en produire...
- Romain Le Gal
24, 25.
- Annie Genevard
Voilà, 24, 25. Et donc, voilà, pour pouvoir satisfaire à la fois nos propres besoins. Aujourd'hui, on importe du beurre. Donc, il y a une situation qui n'est pas normale.
- Romain Le Gal
Si on parle maintenant de la filière fromagère, on est aussi sur l'alimentation. Donc là, on a vu le pôle lait sur la filière fromagère. Est-ce que c'est un avantage stratégique pour la France aujourd'hui, ce fromage, cette culture du fromage ? Vous m'avez parlé d'exportation. Est-ce que c'est quelque chose aujourd'hui qui est important pour la France ?
- Annie Genevard
C'est très important, ça fait partie de l'identité française. C'est une fierté pour notre alimentation. On a d'abord une très grande qualité. Quand je vois le soin avec lequel on fait certains fromages, et pas seulement les fromages de chez moi, parce que où que j'aille, que ce soit du lait de vache ou du lait de chèvre, on fait des choses absolument magnifiques en matière de fromage en France. Ce sont des savoir-faire. Ce sont des traditions, c'est une identité, ça a des qualités gustatives exceptionnelles, qui sont reconnues dans le monde entier, qui sont protégées par des signes de qualité, qui sont exigeants, qui sont contrôlés, qui sont évalués, y compris par la profession elle-même, qui en fixe les règles, puis surtout c'est une image de la France. C'est une image extraordinaire. On exporte nos fromages sous signe de qualité.
- Romain Le Gal
Et pas que !
- Annie Genevard
Et pas que, mais on exporte. Et du reste, dans les accords de libre-échange, souvent ces accords de libre-échange profitent à la filière laitière. N'oublions jamais, parce qu'il y a des gens pour dire on est contre les exportations. Après tout, il ne faudrait produire que pour nous-mêmes. Mais il ne faut jamais oublier que quand il y a exportation, il y a un producteur national. Il y a quelqu'un qui vit de ce métier, qui fait vivre son territoire, qui fait vivre sa famille. qui fait vivre sa filière, c'est très important. Et donc, les accords de libre-échange, généralement, protègent les productions sous signe de qualité fromagère ou non fromagère. Mais pour revenir au fromage, on a quelque chose qui est unique au monde, à la fois dans la qualité et dans la variété. Vous avez des fromages absolument extraordinaires.
- Romain Le Gal
Alors, moi, je suis fromager. Aujourd'hui, j'ai la chance d'être meilleur ouvrier de France, et il y a un sujet au niveau de la filière fromagère qui nous importe énormément, notamment sur les fromages de tradition, qui est le lait cru. Aujourd'hui, on se pose beaucoup de questions, la filière se pose beaucoup de questions sur le lait cru. Selon vous, est-ce que c'est encore pérenne ? On a une pression sanitaire permanente au niveau des entreprises, au niveau des producteurs fermiers, mais pas que, les entreprises agro-alimentaires de manière générale. Tout à l'heure, on a parlé de votre région, on peut parler sur certaines périodes de l'année, le Mont d'Or, on peut parler le Morbier, on peut parler du Reblochon. On a cette pression sanitaire qui est énorme. Aujourd'hui, comment vous voyez le lait cru demain et c'est quoi la position du gouvernement dans l'accompagnement de la filière sur le lait cru ? C'est vraiment une spécificité française.
- Annie Genevard
C'est une spécificité française, certains voudraient l'éteindre. Certains industriels voudraient... qu'on abandonne le lait cru au profit du lait pasteurisé ou du lait thermisé parce que certains pays ne veulent pas importer de produits au lait cru considérant que c'est une fragilité. Alors à ça je voudrais dire plusieurs choses. D'abord on a une particularité, ce sont les fromages au lait cru.
- Romain Le Gal
Aujourd'hui c'est 15% à peu près des fromages affinés, les fromages au lait cru.
- Annie Genevard
Et donc pourquoi est-ce qu'il est important de préserver les fromages au lait cru ? D'abord, en termes de type, Ce qu'on appelle la typicité, le goût, c'est quelque chose d'incomparable. Je vais vous donner un exemple qu'on m'a donné récemment et qui est assez éclairant. Prenons l'exemple du Mont d'Or, qui est un fromage fragile, qu'il faut vraiment produire avec énormément de précautions. Il y a un engouement pour le Mont d'Or français, au lait cru, formidable. D'ailleurs, l'arrivée des premiers Monts d'Or à l'automne, c'est un événement qui est célébré et il y a un goût incomparable au Mont d'Or. Le Vacherin suisse qui est au lait pasteurisé n'a pas de goût. pas du tout le même. La production est bien moindre, le goût est différent et l'appétit des consommateurs est totalement différent. On a deux fromages qui ont eu des destins parallèles. L'un est resté au lait cru, l'autre pas. Et on voit bien que le consommateur ne s'y est pas trompé. Néanmoins, mon attachement au lait cru est fort parce que ça fait partie vraiment de l'identité de nos territoires. Moi, si demain je disais plus de lait cru pour pour des raisons sanitaires. D'abord, il faudrait démontrer que sur le plan sanitaire, c'est préférable. Certains considèrent qu'aller thermiser n'a pas sa propre défense.
- Romain Le Gal
En fait, on tue tout. Donc si on ne réensemence pas correctement, forcément on laisse la place aux mauvaises choses. Il y a des problèmes, il y a des retraits rappels sur les fromages pasteurisés ou les fromages thermisés.
- Annie Genevard
Exactement. Donc ça, c'est la première chose que je voudrais dire. La deuxième chose, c'est qu'on éteindrait quand même un des fleurons de la gastronomie française et je pense qu'on y perdrait beaucoup. Donc j'ai à la demande des producteurs qui s'inquiètent de cette montée en puissance, de producteurs qui disent je suis obligé de détruire trop de matière, ça compromet mon équilibre économique, je l'entends.
- Romain Le Gal
Et le coût des analyses aussi madame la Ministre.
- Annie Genevard
Le coût des contrôles, des analyses. Donc par rapport à cela, j'entends ce que l'on me dit et c'est la raison pour laquelle j'ai réuni toutes les interprofessions fromagères au lait cru ici au ministère et on a échangé entre nous et ils m'ont réaffirmé leur très grand attachement aux productions fromagères au lait cru. Mais il faut pouvoir aussi entendre les contraintes qui sont les leurs. Ça veut dire des conditions de production qui sont très contrôlées. C'est essentiellement de l'auto-contrôle. Ça ne supporte aucun relâchement dans le contrôle et l'auto-contrôle de la production. C'est vrai qu'avec le réchauffement climatique, on voit apparaître des phénomènes qui n'existaient pas nécessairement. Mais veillons bien à ne pas faire n'importe quoi, parce que la solution pourrait être pire que le mal. Et on vient de l'évoquer avec un lait thermisé ou un lait pasteurisé qui serait sans défense par rapport à des agents pathogènes. Donc tout ça se construit avec les filières.
- Romain Le Gal
Et du coup, est-ce qu'on peut justement concilier exigences sanitaires et maintien des savoir-faire ?
- Annie Genevard
Alors moi, je le crois profondément. Il faut de l'auto-contrôle très exigeant, très sérieux. Se pose la question de la pression des industriels sur l'exportation. Donc il faut trouver le bon équilibre. Tout est toujours une question d'équilibre.
- Romain Le Gal
Et la pression aussi des contrôles sanitaires ?
- Annie Genevard
Et la pression des contrôles sanitaires. Mais moi je vois à quel point les choses fonctionnent bien, en ce sens que les retraits rappels qu'on a eus sont rarement sur des producteurs, des petits producteurs. En fait, les interprofessions sont très rigoureuses, généralement. Elles sont extrêmement rigoureuses, mais après se pose la question de l'équilibre économique. du coût des contrôles sanitaires notamment. Et donc il y a des questions économiques qu'il faut savoir prendre en compte.
- Romain Le Gal
Pour continuer cet entretien, si on peut parler de souveraineté, et on a commencé à en parler, de soutien du prix du lait au niveau des éleveurs, vous l'avez dit, en ce moment on se retrouve avec une baisse du prix du lait. On a perdu pratiquement 60 euros des milles à peu près par rapport à l'année dernière. Comment vous voyez ça dans l'avenir ? Est-ce que les producteurs sont encore capables, avec les charges qui augmentent, on parle en ce moment des énergies fossiles, etc, comment on peut faire pour accompagner ces producteurs ?
- Annie Genevard
Alors, plusieurs choses. D'abord, le prix du lait est variable. On sort d'une période qui a été bonne, qui est vertueuse parce que ça rémunère le producteur. Premier point fondamental, le producteur doit pouvoir tirer un revenu décent de son activité, ça c'est la base. Prix de vente assis sur un coût de production, c'est fondamental pour le revenu. Et quand on décorrèle le prix de vente du coût de production, c'est là que ça ne va plus du tout. Donc on a, mais comme toujours, on n'est pas dans une économie qui est enfermée dans les limites de l'hexagone. On est aussi dans une économie qui est de plus en plus mondialisée, et quand vous avez un afflux de production, forcément ça tire les prix vers le bas. Mais grâce aux lois EGalim, parce que le législateur s'est emparé de cette question, de la rémunération du producteur, la loi EGalim, elle sécurise la matière première agricole, donc le lait en l'espèce. Cela dit...
- Romain Le Gal
Ça peut contrebalancer sur le fait que quand le lait est à l'import moins cher, on pourrait imaginer d'importer du lait étranger du fait d'EGalim.
- Annie Genevard
Alors, c'est pas... Oui, bien sûr.
- Romain Le Gal
Tout à l'heure, on parlait de marché de commodity, sur les marchés de grosses capacités.
- Annie Genevard
Tout à fait. Mais en fait, si vous voulez, comment s'organise la filière du lait en France ? Vous avez des producteurs, puis vous avez des transformateurs. Ce sont des coopératives ou ce sont des entreprises privées. Donc la loi EGalim, qui a protégé mieux que ne le font certains autres pays, y compris de l'Union Européenne, fait que quand ça baisse, ça baisse moins dans notre pays, mais quand ça monte, ça monte aussi, ça peut monter moins haut aussi. Mais disons qu'il y a ...
- Romain Le Gal
Moins haut, moins vite.
- Annie Genevard
Oui, oui. Moins haut, moins vite et moins bas. Aujourd'hui, quand j'écoute mes collègues ministres de l'Agriculture, le prix du lait dans leur pays est beaucoup plus bas que le prix du lait dans notre pays. Mais enfin, il se fait que le prix du lait n'est pas complètement décorrélé des prix de marché européen. Et quand il y a beaucoup de lait sur le marché, évidemment, le problème est que le prix du lait a tendance à baisser. Et donc, ça plonge les producteurs. C'est un métier exigeant. Si en plus, on ne gagne pas bien sa vie, ça devient un énorme problème. Cela étant, l'élément positif, c'est qu'il y a de plus en plus de consommation de produits laitiers dans le monde. Et la France est plutôt bien armée pour répondre...
- Romain Le Gal
Avec des pays qui consomment peu de produits laitiers, on peut parler de la Chine, on peut parler de ces destinations-là.
- Annie Genevard
Et qui vont en consommer davantage. Et là, on est relativement bien armés parce qu'on a des entreprises qui sont très présentes à l'export, très présentes à l'international, je ne citerai pas de marques, mais chacun les connaît. Et on a des produits qui se renouvellent, beaucoup d'innovation, beaucoup de recherche et de développement. Et qui fait que nos produits laitiers sont quand même très reconnus, que ce soit des fromages ou des yaourts ou toutes sortes d'autres productions qui sont très innovantes. Un des produits qui a le vent en poupe, par exemple, c'est le skyr.
- Romain Le Gal
Le skier, on entend parler, la protéine.
- Annie Genevard
C'est un produit laitier protéiné.
- Romain Le Gal
Le beurre français aussi a le vent en poupe. Le beurre français, moi. On entend qu'il y a des touristes qui viennent à Paris pour remplir leur valise de beurre.
- Annie Genevard
Écoutez, je ne sais pas dans quel état arrive le beurre chez eux ensuite, mais moi ce que je peux vous dire, moi je suis une grande amatrice de beurre et de crème. Et donc chez moi, je sais où sont les producteurs dont j'aime le goût des productions. Et quand je suis allée en Normandie récemment, j'ai dit je veux goûter le beurre normand, que je connais bien par ailleurs. Et quand on me parle de tel producteur qui a un beurre exceptionnel, je n'ai qu'une envie, c'est de pouvoir le goûter. Et chez moi, en ce moment, c'est du beurre au lait cru. Autant en hiver, il a un goût un peu fort, parce que c'est du lait qui n'est pas du lait...
- Romain Le Gal
Quand les vaches sont à l'herbe.
- Annie Genevard
Quand les vaches sont à l'herbe, mais le beurre des vaches qui sont à l'herbe, le beurre au lait cru chez moi, c'est une merveille. Là, vous sentez le goût de l'herbe et des fleurs qui ont produit ce lait, c'est magnifique. Donc oui, je comprends que les étrangers nous envient quelque chose qui est unique. On a un élevage extensif. Pas du tout dans un élevage, on est dans un système de type familial
- Romain Le Gal
Avec des exploitations qui sont assez petites. On a 70 vaches laitières en moyenne par exploitation.Oui entre 60 et 70
- Annie Genevard
Donc l'élevage laitier, vous n'avez jamais des méga élevages, ça n'existe pas.
- Romain Le Gal
Aujourd'hui on sait qu'il y a plus de la moitié des producteurs qui ont plus de 50 ans aujourd'hui. Il y en a une bonne partie qui vont partir dans les 5 ans. Aujourd'hui, comment on fait pour recruter, pour trouver des producteurs demain ? Est-ce qu'il y a des choses qui sont mises en place ? Parce que c'est aussi la transmission, quelque chose qui est important dans notre souveraineté alimentaire, dans notre souveraineté laitière, puis dans notre souveraineté fromagère.
- Annie Genevard
C'est fondamental. Le sujet que vous abordez là est fondamental, le renouvellement des générations. Alors, il faut travailler sur l'installation des jeunes. Ça, c'est très important. Et on a aujourd'hui un certain nombre de dispositifs qu'il nous faut renforcer. Il faut travailler aussi sur le cédant. Pour que le cédant soit encouragé à installer un jeune et pas forcément à grandir. Quelquefois l'agrandissement permet de pérenniser des exploitations. Il ne faut pas non plus diaboliser l'agrandissement, mais la priorité ça doit être à l'installation. C'est pour ça qu'on a un système en France qui s'appelle la SAFER. La SAFER qui peut préempter pour pouvoir installer des jeunes, puisque c'est normalement la philosophie prioritaire de la SAFER. Et c'est un dispositif qui nous est envié dans l'Europe entière. Il faut aussi trouver des jeunes motivés. Alors moi ce que je vois, parce que je visite souvent des établissements agricoles, j'interroge toujours vers quoi voulez-vous aller. Aujourd'hui, beaucoup dans des zones d'élevage, ils ont envie d'aller à l'élevage, parce que l'élevage c'est vivant, ce sont des animaux, c'est du soin, c'est de l'amélioration génétique.
- Romain Le Gal
Mais c'est aussi du 7-7, c'est aussi...
- Annie Genevard
Oui, mais d'où la forme sociétaire qui permet quand même de partager la charge. Aujourd'hui, vous avez les GAEC, vous avez les services de remplacement qui permettent quand même d'alléger la charge parce que les agriculteurs, ils sont comme l'ensemble de la société, ils veulent pouvoir avoir du temps avec la famille, avec les amis, pouvoir prendre quelques jours de vacances. C'est pas comme les générations passées qui étaient 365 jours par an attachés à l'exploitation.
- Romain Le Gal
Ça s'est bien amélioré, parce que j'ai fait une école agricole, aujourd'hui, au niveau notamment du nettoyage du trayon, par rapport à il y a 15 ans, ça a eu une évolution qui a été fantastique.
- Annie Genevard
Vous avez des robots de traite qui nettoient le trayon avant de pouvoir placer...
- Romain Le Gal
Qui s'adaptent à la forme du trayon.
- Annie Genevard
Oui, c'est formidable. La robotisation de la traite, ça a été quand même un soulagement pour les éleveurs, pour autant qu'ils puissent investir. Et donc on revient à la question du revenu et du prix, du prix qui soit assis sur les coûts de production.
- Romain Le Gal
Si on prend maintenant, on a parlé beaucoup de la partie laitière, si on prend la partie fromagère, il y a les produits, les fromages fermiers, mais il y a aussi tous les autres fromages artisanaux, les fromages plus industriels. C'est des filières qui aujourd'hui peuvent souffrir aussi avec des équilibres économiques, on le voit, qui peuvent être un peu complexes notamment avec d'autres choses comme le coût de l'énergie, comme le coût de la main d'oeuvre, de trouver des gens. Aujourd'hui, comment le Ministère accompagne ces entreprises, alors à plus ou moins grosse échelle, parce que finalement dans les fromageries artisanales, on se rend compte qu'il y a peu de fromageries qui font plus de 5 millions d'euros de chiffre. Souvent c'est 1, 2, 3 millions. C'est des petites structures et qui ont des charges qui sont très importantes. Sur le bilan final des coûts d'énergie qui ont explosé ces dernières années, des coûts, on en parlait tout à l'heure, d'analyse, des coûts de main-d'oeuvre, où c'est pareil, il galère à recruter. Qu'est-ce qui est mis en place ? Comment vous voyez ça ?
- Annie Genevard
Moi, je crois beaucoup à l'organisation de filières et de territoires. L'organisation en filière, elle est fondamentale, parce qu'on partage le risque, on partage la recherche, on partage la production aussi. Moi, j'ai vu des outils de transformation qui sont très performants et qui peuvent se permettre de travailler sur la décarbonation, sur la limitation des coûts de l'énergie. Moi, je crois beaucoup aux organisations collectives de producteurs et de transformateurs. Et le modèle coopératif, c'est un modèle qui est particulièrement intéressant.
- Romain Le Gal
C'est un modèle qui appartient aux producteurs, mais on voit aussi, moi ça fait maintenant 11 ans que je suis dans la filière, on voit une concentration aussi, beaucoup de plus petites fromageries sont rachetées par des gros groupes et on voit une concentration qui est arrivée sur certaines filières.
- Annie Genevard
Oui c'est vrai, vous avez raison, une fromagerie, une coopérative par village, une fromagerie par village, autrefois c'était le modèle qui prévalait.
- Romain Le Gal
Dans votre région, dans l'ouest de la France c'était un peu différent.
- Annie Genevard
Eh bien aujourd'hui elle se regroupe pour avoir une taille critique. La notion de taille critique est intéressante parce que ça permet de partager des investissements, ça permet de partager le risque, ça permet de partager le gain aussi. Donc c'est une organisation qui est très résistante, qui est très robuste économiquement, en tout cas dans le domaine du lait et du fromage.
- Romain Le Gal
J'avais encore un point à traiter.
- Annie Genevard
Quel est-il ?
- Romain Le Gal
Alors c'était parler de transition écologique, menace ou opportunité.
- Annie Genevard
Transition environnementale. C'est une nécessité. Le réchauffement climatique, d'une part. Les exigences du consommateur qui est de plus en plus attentif à la qualité des produits, et c'est bien.
- Romain Le Gal
On a vu un recul du bio, notamment.
- Annie Genevard
Il y a eu un recul du bio parce que le bio a la réputation d'être plus cher. La crise du Covid a été très préjudiciable au bio parce que l'inflation en 2022, a évidemment amené le consommateur à revoir ses priorités de consommation. Même si la part alimentaire dans le budget des Français est de plus en plus en diminution. Aujourd'hui, il y a des tas de consommation de produits de consommation qui concurrence l'alimentation, qui était un des premiers postes de dépense des français. Aujourd'hui c'est concurrencé par le logement, les loisirs, mais la part de l'alimentaire ne cesse de diminuer. Et c'est toujours la variable d'ajustement. Mais en même temps vous avez un mouvement qui va vers plus de qualité, plus d'exigence. Et je pense que c'est une bonne chose. Ça passe par le bio, par l'agriculture raisonnée. L'agriculture conventionnelle n'est pas mauvaise non plus. Moi, je n'oppose pas les modes de production entre eux. Aujourd'hui, il y a une attention particulière qui est portée aux conditions de production. Et je vais vous donner un exemple : chez moi, dans les commisses, on valorisait les grosses laitières, celles qui avaient produit durant toute leur vie énormément de litres de lait. Ça existe toujours, parce qu'on célèbre aussi des vaches qui sont productives, qui sont aussi la résultante du travail du sélectionnaire de la génétique. Mais vous avez un nouveau prix qui est apparu il y a quelques années, qui est un prix de l'autonomie fourragère. C'est-à-dire que l'éleveur, il produit en fonction de l'autonomie d'alimentation de l'animal. Sur sa ferme, il peut être autonome en fourrage. Donc là, l'idée, c'est pas de célébrer le plus de volume de lait produit, mais l'équilibre entre production fromagère et production laitière. Ça, c'est quelque chose de nouveau aussi. Moi, je vois aussi des producteurs, c'était le cas chez un éleveur en bio, qui est d'ailleurs le nouveau président de l'agence Bio, qui m'a expliqué que sur sa ferme, il fait de la production animale, bovine, mais également végétale, et il a une rotation de ses cultures qui permet d'enrichir la nourriture qu'il donne à ses animaux. Il y a des tas d'initiatives qui vont dans ce sens, qui montre qu'il se passe quelque chose. dans la réflexion et surtout dans la jeune génération qui est très attentive à cette question de la transition environnementale et climatique et qui n'oppose pas agriculture et environnement. Ça, c'est fondamental. Parce que cette opposition-là est une impasse. Il faut chercher la conciliation.
- Romain Le Gal
Avant de terminer, Madame la Ministre, je vais vous proposer un petit jeu. Ça va être de choisir entre deux mots.
- Annie Genevard
Oui.
- Romain Le Gal
Alors, visite d'exploitation ou réunion ministérielle ?
- Annie Genevard
Alors, sans hésiter, visite d'exploitation.
- Romain Le Gal
Vache, chèvre ou brebis ?
- Annie Genevard
Alors, je connais mieux le domaine de la vache, mais j'adore le fromage de chèvre.
- Romain Le Gal
En plus, actualité faisant qu'il y a une nouvelle AOP, qui était AOC, avec le Mothais-sur-feuille.
- Annie Genevard
Exactement.
- Romain Le Gal
Et qui est le dernier épisode qui est sorti avant qu'on sorte l'épisode ensemble.
- Annie Genevard
Tout à fait.
- Romain Le Gal
Donc avec la ferme Georgelet.
- Annie Genevard
J'ai fait un communiqué de presse aujourd'hui pour célébrer ce nouveau fromage sous signe de qualité.
- Romain Le Gal
Comté ou Bleu de Gex ?
- Annie Genevard
Alors, je dois l'avouer, Comté.
- Romain Le Gal
Attention, celle-là n'est pas facile aussi. Mais bon, je n'ai pas pris que des questions faciles. Simmental ou Montbéliarde ?
- Annie Genevard
Alors écoutez, là vous me mettez dans l'embarras parce que, évidemment, je connais bien la Montbéliarde, qui est une race absolument magnifique, robuste et très docile, productive. Donc voilà, par affection, je dirais la Montbéliarde.
- Romain Le Gal
Et enfin, attention, celle-là, elle peut lait cru ou lait pasteurisé ?
- Annie Genevard
Alors lait cru, incontestablement.
- Romain Le Gal
Et la question rituelle du podcast, Madame la Ministre, qui n'a rien à voir, quelle est votre pizza préférée ?
- Annie Genevard
Alors moi je suis très basique. J'aime la margherita, c'est-à-dire la pâte fine à la napolitaine, la tomate, si possible fraîche, et la mozzarella. Voilà, avec un peu d'herbe, d'origan, c'est parfait. Voilà la pizza que j'aime.
- Romain Le Gal
Merci beaucoup pour votre temps Madame la Ministre.
- Annie Genevard
Merci à vous monsieur Le Gal.
- Romain Le Gal
Et à très bientôt.
- Annie Genevard
A bientôt.
- Romain Le Gal
Au revoir.
- Annie Genevard
Au revoir.
- Romain Le Gal
Nous arrivons bientôt au terme de cet épisode. Tout d'abord, je tenais à remercier Madame la Ministre d'avoir pris le temps de partager avec nous sa vision de l'Agriculture française, de la Souveraineté alimentaire et de l'avenir de nos filières laitières et fromagères. Avant de conclure, je souhaitais également remercier son équipe et particulièrement Enzo Gauthier qui a fait que ce moment soit possible. Au fil de cet échange, on a abordé énormément de sujets : production laitière, renouvellement des générations, lait cru, création de valeur et bien sûr on a parlé fromage. Autant de sujets qui concernent directement les femmes et les hommes qui chaque jour font vivre nos territoires et notre belle filière qui va devoir relever de nombreux défis dans les années à venir. Merci à toi d'avoir écouté jusqu'au bout. N'hésite pas à partager cet épisode, à le commenter, c'est aussi grâce à toi que lait'Change progresse. mais avant de te laisser, en tous les cas, avec France Frais, on est impatient de te retrouver dès septembre pour de nouvelles rencontres, de nouvelles découvertes. Mais en attendant, tu sais que tu peux retrouver tous les épisodes déjà produits sur les plateformes et également aller à la découverte des premiers épisodes de Lait'ssentiel, le nouveau format où l'on répond à une question en moins de 3 minutes. Alors, vas-y, n'hésite pas. Et puis nous, on te souhaite une très belle saison estivale et puis on se voit la rentrée. Salut !