- Speaker #0
Bienvenue sur le podcast du Lab'ONCORIF, je suis Pascale Gendron, responsable du Pôle Projet au sein Lab'ONCORIF, le dispositif spécifique régional du cancer en Ile-de-France. J'anime aujourd'hui ce deuxième épisode du podcast Hospitalisation à domicile et cancer, parlons-en ! A mes côtés, professeur Cindy Neuzillet, oncologue digestif à l'hôpital AP-HP Paul-Brousse, Dr Anne-Pauline Thivilliers-Peiffer, pharmacienne hospitalier au sein de la Fondation Santé Service, et Mme Maud Welter, cadre de santé en pédiatrie de l'hospitalisation à domicile de la Fondation Oeuvre de la Croix-Saint-Simon. Vous allez nous partager votre retour d'expérience de la chimiothérapie à domicile, de la prescription à l'administration, et je m'adresse tout d'abord au professeur Nuzier. Professeur Neuzillet, en tant qu'oncologue, dans quelle situation recommandez-vous l'hospitalisation à domicile ?
- Speaker #1
Bonjour, alors en tant qu'oncologue, je conçois l'hospitalisation à domicile comme un projet qui doit être co-construit avec le patient. On a vraiment besoin d'écouter quels sont les besoins, les éventuelles réticences que peuvent avoir le patient et aussi son entourage familial dans le cadre du projet. Et il faut garder en tête que ce n'est pas un choix imposé, ni systématique, ni rigide. Il y a des facteurs qui peuvent être plutôt en faveur de l'hospitalisation à domicile pour la chimiothérapie. C'est notamment le cas lorsqu'on a un patient qui est par exemple peu symptomatique, avec une maladie qui est stabilisée. Typiquement en oncologie digestive, on fait généralement des traitements d'induction qui sont assez forts en termes d'effets secondaires avec plusieurs molécules de chimiothérapie. Ensuite on allège avec un seul produit qui peut être dans ces cas-là facilement réalisé à la maison en hospitalisation à domicile. Du coup, ça peut être aussi l'occasion pour le patient de prendre du recul par rapport à son traitement et à sa prise en charge dans le service. A l'inverse, quand on a des patients qui vont être fragiles, symptomatiques, pour lesquels on a besoin d'avoir des réévaluations rapprochées par l'équipe médicale, dans ces cas-là, on va moins facilement opter pour ce système. Bien sûr, on prend aussi en compte la distance géographique entre le domicile du patient et le service, parce que si un patient habite loin, on sera d'autant plus enclin à lui proposer l'HAD pour pouvoir faciliter son quotidien. Quoi qu'il en soit, c'est un rythme que l'on doit trouver, parce que le patient n'est pas toujours en HAD pour ses chimios, c'est souvent une alternance, deux pour une ou une pour une, et il faut savoir faire preuve de souplesse et se dire qu'on peut être amené à adapter le rythme. en fonction aussi de l'évolution du patient et de sa maladie.
- Speaker #0
Prescrivez-vous également des soins oncologiques de support à domicile ?
- Speaker #1
Alors oui, bien sûr, il est indispensable, en plus de la chimiothérapie, d'accompagner la prise en charge du patient à domicile avec les soins oncologiques de support, dont onsait qu'ils sont un élément indispensable pour améliorer non seulement la qualité de vie des patients, mais aussi leur survie. Et donc ça comprend, on va dire, différentes strates de complexité. Il y a d'abord les soins de support, on va dire, systématiques qui accompagnent la chimiothérapie, les antiémétiques, l'hydratation éventuelle. Et puis, il y a une réflexion sur une deuxième strate qui est celle des soins de support un peu plus complexes mais qui doivent être systématiques aussi, notamment concernant la prise en charge nutritionnelle de nos patients avec un rôle de l'HAD dans l'évaluation diététique des patients, l'administration d'éventuelles nutritions artificielles. et le déploiement aussi de l'activité physique adaptée, qui est un élément très important pour aider à lutter contre la fatigue. Et puis en troisième strat, on va dire, on a le volet plus palliatif, finalement, de l'accompagnement des patients, donc dans la gestion de la douleur, des problématiques anxio-dépressives, voire également, en fait, de la phase palliative exclusive qui se fait en transition, finalement, après l'arrêt des traitements oncologiques spécifiques. Et le fait d'avoir été accompagné en HAD dès le début pour la chimiothérapie, donc par une équipe d'hospitalisation à domicile, peut même faciliter finalement l'accompagnement du patient plutôt que de passer d'une équipe à l'autre. Il y a cette continuité entre la phase active et la prise en charge palliative.
- Speaker #0
Docteur Thivilliers-Peiffer, pouvez-vous nous expliquer où et comment est préparée la chimiothérapie prescrite pour une administration à domicile ?
- Speaker #2
Bonjour, en tant que pharmacien hospitalier, mon rôle est de garantir que le patient bénéficie à domicile du même niveau de qualité et de sécurité qu'à l'hôpital pour son traitement anticancéreux. Donc concrètement, les traitements anticancéreux injectables, ils sont préparés au sein d'une pharmacie à usage intérieur, en HAD, et dans une unité de reconstitution des cytotoxiques, selon les mêmes exigences de qualité de stérilité. et de sécurité que pour les patients qui sont pris en charge à l'hôpital conventionnel, on va dire. Et donc avant toute préparation, la prescription anticancéreuse fait l'objet d'une validation pharmaceutique. Lorsque les conditions de stabilité du médicament le permettent, les préparations sont réalisées de façon anticipée, la veille de l'administration prévue, et cela permet de garantir la disponibilité du traitement. Donc, à temps. En revanche, la dispensation du traitement n'est effectuée qu'après que le OK chimio du médecin de l'HAD, qui vérifie les critères cliniques et biologiques définis par le médecin hospitalier, sont bien remplis. Je vais peut-être m'arrêter sur le OK chimio. Le OK chimio correspond à une validation médicale qui autorise la réalisation d'une cure de chimiothérapie. Et le médecin se base pour cela sur des critères cliniques et éventuellement biologiques pour le traitement. Tout dépend du traitement concerné. Il s'agit d'un préalable à la validation pharmaceutique et il autorise le processus de dispensation du produit anticancéreux. Cette ultime étape permet de sécuriser la prise en charge avant l'envoi du traitement au domicile. A la pharmacie, nous organisons ensuite la dispensation de l'ensemble du traitement, donc la préparation anticancéreuse, mais aussi les prémédications, le matériel pour la perfusion. et le matériel de protection pour les équipes soignantes, et lorsque cela est nécessaire, une pompe destinée à l'administration du produit. Chaque élément est identifié individuellement, avec une traçabilité rigoureuse tout au long du circuit, depuis la pharmacie jusqu'au domicile du patient. Cette traçabilité concerne également le respect des conditions de conservation, qu'il s'agisse d'une préparation qui se conserve à température ambiante ou encore un produit qui se conserve au froid. Cela permet de garantir l'intégrité et la qualité des traitements que nous envoyons jusqu'à leur administration. Au-delà de la préparation des traitements, notre mission est aussi de garantir la continuité entre l'hôpital et le domicile. Il ne doit pas y avoir de rupture dans le parcours du patient. Cela repose sur une coordination étroite entre les équipes hospitalières, la pharmacie, les professionnels de l'HAD et les soignants qui interviennent au domicile. Cette organisation collective permet d'offrir aux patients un traitement à la fois sûr, efficace et réalisé dans les meilleures conditions possibles, tout en leur permettant de rester chez eux.
- Speaker #0
Madame Welter, vous encadrez des infirmières d'hospitalisation à domicile. Comment l'infirmière intervient-elle à domicile pour l'administration de cette chimiothérapie ?
- Speaker #3
En fait, tout commence avant même le passage au domicile. La veille de la chimiothérapie, l'infirmière contacte le patient ou sa famille pour confirmer son horaire de passage. Cela lui permet également de s'assurer que tout est bien organisé pour l'intervention du lendemain et rappeler par exemple les règles de conservation de la chimiothérapie, comme par exemple de bien mettre au frigo des réceptions du produit. Le jour de l'administration, l'infirmière s'assure avant son passage, encore une fois, la bonne réception du produit, avant d'arriver au domicile. Puis à son arrivée, elle réalise plusieurs contrôles à partir... d'une checklist qui est mise en place dans notre structure. Elle vérifie notamment le témoin de température afin de s'assurer que les conditions de transport ont bien été respectées. Elle reprend également la prescription et vérifie la concordance avec le traitement, comme par exemple la dose, les dates de péremption, le nom de la molécule et d'autres critères impératifs. Une fois l'ensemble de ces contrôles réalisés, elle valide par téléphone avec le médecin en HAD le OK chimio puis peut procéder à l'administration de la chimiothérapie par voie intraveineuse ou sous-cutanée selon le protocole. Comme à l'hôpital, la manipulation des cytotoxiques nécessite des précautions particulières. L'infirmière porte donc un équipement de protection adapté et respecte des procédures précises aussi bien pour l'administration que pour la gestion du matériel et des déchets. Nous anticipons également les situations exceptionnelles comme par exemple une extravasation ou une réaction allergique. ou même parfois le déversement du cytotoxique dans l'environnement du patient. Pour cela, on a des kits de matériel qui sont délivrés en amont. Et on a des procédures précises que les infirmières connaissent pour pouvoir avoir la bonne conduite à tenir. Enfin, après l'administration, elle réalise une surveillance, notamment pour repérer les effets secondaires plutôt immédiats. Et elle informe le patient et son entourage des signes qui doivent les alerter pour contacter l'HAD secondairement une fois qu'elle est partie du domicile. L'objectif finalement, c'est que le patient puisse bénéficier de sa chimiothérapie chez lui, tout en maintenant le même niveau d'exigence et de sécurité que lors d'une administration à l'hôpital. C'est pour cela que les infirmières qui interviennent à domicile sont spécifiquement formées à la manipulation et à l'administration des cytotoxiques.
- Speaker #0
En conclusion, quels sont les facteurs de succès et les limites au bon déroulement de la chimiothérapie à domicile, Mme Welter ?
- Speaker #3
Pour que la chimiothérapie à domicile puisse se dérouler dans de bonnes conditions, il faut tout d'abord que le patient et son entourage adhèrent à cette organisation. Il y a donc un véritable travail en amont d'informations, de sensibilisation et d'éducation du patient et son entourage. Le domicile doit permettre de respecter certaines conditions, notamment en matière d'hygiène, mais aussi une présence pour les horaires de réception des produits et les passages des infirmières au domicile. Il faut également que le patient comprenne les contraintes liées à la chimiothérapie à domicile, comme par exemple de retourner à l'hôpital si le traitement ne peut pas être administré. Donc en pédiatrie, ce sont des infirmières puericultrices qui ont été spécifiquement formées au suivi des patients porteurs d'une pathologie onco-hémato. Puis elles sont formées à l'administration des chimiothérapies. Cette formation se déroule le plus souvent en une journée d'information dans un hôpital de jour partenaire d'un centre de référence parisien. On a également le réseau RiFhoP qui intervient dans nos bureaux pour former les professionnels. et également le tutorat des professionnels entre eux pour les anciennes infirmières. Je pense vraiment qu'un point essentiel, c'est que la chimiothérapie à domicile, elle ne peut pas fonctionner s'il n'existe pas une coordination très étroite entre l'équipe hospitalière qui prescrit et prépare le parcours, la pharmacie, l'HAD et bien sûr le patient et sa famille. Finalement, l'enjeu n'est pas simplement de transposer une chimiothérapie de l'hôpital vers le domicile, il faut recréer autour du patient. à son domicile, tout le cadre de sécurité, de surveillance et de coordination qui existe à l'hôpital.
- Speaker #0
On vous remercie, professeur Cindy Neuzillet, docteur Anne-Pauline Thivilliers-Peiffer et madame Maud Welter d'avoir répondu à nos questions au micro du Lab'ONCORIF. Et pour de nouveaux témoignages de professionnels et partage de bonnes pratiques, on se retrouve prochainement pour la suite de cette série. HAD et cancer, parlons-en !