- Speaker #0
Bienvenue dans le Moodboard, un podcast qui explore la créativité à travers celles et ceux qui la vivent, la cultivent, la cherchent et la ressentent. Je suis Charlotte et je vous accueille dans ce podcast pour parler de ceux qui inspirent, de ceux qui aiment, de ceux qui nous poussent à créer. Prenez place dans ce Moodboard sonore et laissez-vous inspirer. Quand elle était petite, Sarah voulait être Elton John. Ça plante un peu le décor, non ? Lorsque j'ai découvert Sarah, j'ai d'abord été intriguée par ce personnage, puis complètement bluffée par son talent. Même si vous n'êtes ni pianiste ni musicien, vous reconnaîtrez qu'elle a un talent hors du commun. Sa spécificité ? Improviser et composer des morceaux en se filmant en train de jouer du piano et en le diffusant sur Twitch en direct. Elle répète cet exercice 4 fois par semaine et convoque sa créativité pour trouver les futurs morceaux de ses albums. Sarah est totalement passionnée et habitée par le piano depuis l'âge de 3 ans. C'est une voisine de la famille qui venait lui enseigner cette pratique chez sa grand-mère. Même si le piano a toujours fait partie intégrante de sa vie, ça n'a pas été une évidence professionnelle. Pour rentrer dans le moule, Sarah est passée par des études d'ingénieur, puis de droit. avant de réaliser que ce n'était pas fait pour elle. On a parlé de ce qui l'a mené à s'autoriser enfin à vivre de son talent musical, accompagné et managé par son frère Sébastien. De la particularité de jouer devant un public virtuel, qui commente et interagit en temps réel, et de sa capacité à transmettre ses émotions à travers la musique. Je vous laisse découvrir son parcours et je vous souhaite une très bonne écoute. Bonjour Sarah ! Salut Charlotte, bienvenue dans le Moodboard et merci de m'accueillir dans ton studio. Je mettrai des vidéos de toute façon, mais il y a un immense piano de concert qui fait 3 mètres de long et d'autres pianos, enfin on est dans l'ambiance musicale dès le début.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
on ne peut pas le rater qu'il y a du piano ici. C'est ça, ça donne le ton. C'est la première fois qu'on se rencontre, on ne se connaît pas encore. C'est toi ou c'est plutôt Sébastien qui est ton frère et ton manager ? qui m'a contactée. Et donc, je ne connaissais pas encore ton travail, mais j'ai été hyper intriguée par ton univers et par ta façon d'apprivoiser, d'appréhender la créativité. Parce qu'on en dira un petit peu plus, mais en gros, tu travailles beaucoup l'improvisation en direct.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Mais avant d'en dire plus, moi, j'ai une petite tradition. C'est une question que je vais te poser avant de commencer l'épisode. qu'est-ce qu'on mettrait sur ton mood board du moment ? Est-ce que tu peux me donner les trois choses qu'on mettrait, qu'on accrocherait ? Ça peut être des artistes qui te plaisent en ce moment, un morceau de musique, une couleur, quelque chose de la nature. Qu'est-ce qui t'inspire en ce moment ?
- Speaker #1
En ce moment, je pense que je mettrais le doré.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Parce que... Dans mon prochain album, par exemple, sur lequel je suis en train de travailler, il y a beaucoup de sonorités qui me rappellent un peu des palaces avec des grands lustres.
- Speaker #0
Oui, je vois tout à fait l'ambiance. Les dorures.
- Speaker #1
La dorure, mais romantique.
- Speaker #0
Ok. Tu sais ? Oui, je vois.
- Speaker #1
Et puis aussi les rêves. Enfin, tu vois, je trouve que un doré qui scintille. comme si on l'avait attrapé d'une étoile je mettrais le doré ensuite je mettrais une tempête dans l'océan je pense ça fait ton hiver du moment t'inquiète pas ça va bien passer oui quelque chose de tumultueux un petit peu moi je trouve ça très beau les tempêtes, quand la nature un peu nous rappelle sa place. Et ça m'inspire beaucoup. Et en ce moment, je pense que oui, le tumulte de l'océan, c'est pour être sur mon mood board.
- Speaker #0
Ok. Est-ce que tu as une troisième chose ?
- Speaker #1
Et en troisième, je mettrais un oiseau. Parce qu'en ce moment, je pense beaucoup à... Est-ce que ça veut dire être libre et comment soi-même être de plus en plus libre et de plus en plus... Sur son chemin.
- Speaker #0
Ok. C'est un beau mood board. Merci. On va repartir un petit peu dans ton enfance pour comprendre qui tu es et d'où tu viens. Est-ce que tu te souviens à quoi t'aimais jouer quand t'étais enfant ? Ou ce que tu faisais, ce qui occupait ton temps libre ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Quand j'étais petite, je rêvais d'être à Broadway, d'être fin de la comédie musicale. Oui,
- Speaker #1
vraiment. Je rêvais d'être Elton John, en fait.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Tu vois, les vestes à paillettes. Les lunettes. Oui, tout.
- Speaker #0
Tes parents écoutaient beaucoup ça ? Ou tu avais vu des vidéos ?
- Speaker #1
Non, ils ont subi.
- Speaker #0
C'est toi qui faisais écouter ça à tes parents ?
- Speaker #1
Oui, j'étais obsédée par Cats, par exemple. Oui, donc, oui, on faisait des petites pièces de théâtre, des spectacles.
- Speaker #0
Il y avait des déguisements.
- Speaker #1
Oui, beaucoup, beaucoup, beaucoup de déguisements. Je me rappelle même qu'on suppliait ma mère de nous laisser aller à l'école déguisée.
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #1
Et mon frère aussi.
- Speaker #0
Ah ouais.
- Speaker #1
Et oui, non, on était tout le temps déguisés en train d'inventer des spectacles.
- Speaker #0
Ouais, ouais.
- Speaker #1
Et l'été, quand mes cousines venaient, on passait l'été à créer un spectacle très sérieux. Je me rappelle, c'était très, très important. Il ne fallait pas prendre ça à la légère. On avait 4 ans quoi
- Speaker #0
J'ai vécu la même chose Et c'était sérieux Il y avait même les affiches Exactement
- Speaker #1
Le programme
- Speaker #0
C'est ça Le nom et tout Oui
- Speaker #1
Voilà Ok
- Speaker #0
Est-ce qu'il y avait déjà la musique Et en particulier le piano A cette période là Oui C'est arrivé quand dans ta vie ?
- Speaker #1
J'ai commencé le piano à 3 ans Et en fait des cours de piano à 3 ans Donc j'ai toujours fait du piano Ça existe déjà Enfin je me dis En fait c'était une dame Qui avait donné des cours d'ailleurs A ma grand-mère Et à ma mère, qui avait toute la famille.
- Speaker #0
Ah ouais ?
- Speaker #1
Oui. Huguette Larieux. Et elle venait à la maison le dimanche, je crois, nous donner un cours. J'ai des très vagues souvenirs de taper avec des claves, juste comme ça. En tout cas, ce que je sais, c'est que c'était toujours un jeu. Ça n'a jamais été une contrainte ou quelque chose qui a été forcé. Depuis tout petit, c'était juste... On attendait ça avec impatience. C'était chouette, un chouette moment. Je pense que c'est bien de commencer la musique comme ça, comment Comme un jeu, en fait.
- Speaker #0
Ou même toutes sortes d'apprentissages. Oui, en fait,
- Speaker #1
toutes sortes d'apprentissages. C'est le plus important, d'abord, de tomber amoureux de la discipline.
- Speaker #0
Et tu voyais ta mère et ta grand-mère jouer du piano ? Il y avait un piano chez toi ?
- Speaker #1
Il y avait un piano droit, chez moi. Et ma mère joue quelques morceaux, tu vois, des valses de Chopin, rêve d'amour. Elle avait quelques morceaux très romantiques, comme ça, qu'elle jouait beaucoup. Et puis, ils étaient très mélomanes, de façon générale. Donc, on écoutait beaucoup de musiques très différentes. Parce que mon père, lui, adorait qu'on ait un super son dans la maison, le plus fort possible, pour écouter Genesis et Pink Floyd. Et ma mère, elle était plus romantique. Ou alors, tu vois, Enya. Et puis aussi tout ce qui est un peu flamenco, la musique latine aussi, etc.
- Speaker #0
T'as baigné dans un univers musical, mais avec beaucoup de diversité.
- Speaker #1
Oui, et aussi où la musique était beaucoup au premier plan. C'est-à-dire que quand on mettait de la musique, on écoutait fort la musique. Jamais la musique un peu derrière. Non, non, c'était trop fort.
- Speaker #0
La musique trop forte. Ok, et donc t'as continué le piano après toute... Oui. Tu t'es jamais arrêtée ? Oui,
- Speaker #1
j'ai jamais arrêtée. Après, j'ai suivi le... Je suis rentrée au conservatoire et... Enfin, jusqu'à ce que j'arrête. Mais oui. Mais après, j'ai pas arrêté le piano.
- Speaker #0
Mais ça a été vraiment un coup de foudre. Ça a jamais été, comme tu dis, une contrainte où il faut aller au piano. T'avais vraiment un lien particulier avec cette enseignante ?
- Speaker #1
Oui. J'ai eu une période où je ne voulais plus aller en cours, mais c'est parce que j'avais un professeur qui était méchant. Et du coup, tu sais, quand t'es ado, ou même un peu avant, tu finis par dire j'ai mal au ventre, j'ai pas envie d'y aller et heureusement en fait je pense sur cette période où j'aurais peut-être pu arrêter finalement ce professeur a parti à la retraite et j'ai eu une nouvelle professeure qui était géniale mais c'est important c'est vrai que quand ça ne marche plus avec un professeur de s'en aller parce que ça peut nous faire arrêter c'était pas un prof de piano c'était un prof à ton collège c'était un prof de piano Ah si quand même ouais C'est une preuve de piano très dure, très très dure, à l'ancienne, qui te tape sur les doigts. Je me rappelle, oui, je l'ai eu pendant des années, et je l'aimais énormément, mais à la fin, quand tu commences à avoir 12 ans, là, tout ça, tu peux plus, ça marche plus. Ça marche quand t'as 6 ans, quoi.
- Speaker #0
Oui, on était pas encore en 2026. Non, on était pas en 2026, ça marche plus maintenant. On tape tout sur les doigts.
- Speaker #1
Non. Mais voilà, et après, j'ai eu de la chance d'avoir une super professeure, et c'est reparti.
- Speaker #0
Parce que ça aurait pu faire la chose inverse. Et c'est souvent, on entend ça dans la musique, le solfège, la danse classique, des disciplines très, très dures. Mais ça peut créer un dégoût.
- Speaker #1
Oui, en fait, moi, ça marche bien avec moi. La difficulté du conservatoire, tout ça, c'est le challenge, tu vois. Il faut se dépasser ses propres limites. Tout ça, ça marche très bien avec moi. Mais par contre, il y a... il y a des limites. Et puis, il faut être encourageant quand même, croire en son élève, parce que sinon, tu ne peux pas juste rajouter des difficultés. Il faut qu'il y ait des récompenses.
- Speaker #0
Et est-ce que des petites, tu as fait des concerts ? C'est venu à partir de quel âge ?
- Speaker #1
Chez moi, oui.
- Speaker #0
À part que c'était jeune.
- Speaker #1
Je faisais non avec le conservatoire.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Les concerts, ça arrivait plus tard.
- Speaker #0
Ok. Ouais. Ok. Et est-ce qu'à cette époque-là, tu avais déjà des idées de métier et peut-être des rêves d'autres, au fur et à mesure que de venir Elton John ?
- Speaker #1
C'était un rêve important. Ouais, ouais.
- Speaker #0
J'imagine.
- Speaker #1
Mais à un moment donné, je voulais être astronaute.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Et d'ailleurs, j'ai fait ma TUP. Ah ouais ?
- Speaker #0
Quand même, t'es allée loin dans le...
- Speaker #1
Dans le délire, ouais. Mais euh... Non, c'était vraiment surtout des rêves de paillettes quand même. En fait, je rêvais de pouvoir être... En fait, faire le spectacle, mais je ne savais pas trop ce que ça voulait dire. C'est-à-dire, je ne me disais pas que je voulais être pianiste ou chanteuse. Je me disais que je voulais être sur scène et faire un spectacle. Et c'est petit à petit que finalement, ça devient une évidence. Mais au début, non, c'était surtout ça, vivre des grandes émotions sur les planches en bois.
- Speaker #0
Tu voulais prendre la scène, mais tu ne savais pas...
- Speaker #1
Oui, je voulais, parce que je m'éclate quand je participe à quelque chose de créatif.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Tu vois ?
- Speaker #0
Oui, oui.
- Speaker #1
Et où il y a du mouvement, parce que j'avais besoin de danser ou alors de jouer. Donc, c'était ça.
- Speaker #0
Ok. Donc, tu disais, tu as fait Mathsup. Ça a été quoi la suite ?
- Speaker #1
Oui, je me suis retrouvée en mode sup. Pourtant, à cet âge-là, je savais déjà que je voulais faire de la musique, un peu plus précisément. Mais tu vois, quand tu connais personne de ce milieu-là et quand tu ne viens pas de ce milieu-là, tu n'imagines même pas qu'il y a des routes qui y mènent. Moi, pendant longtemps, je croyais que j'avais une bonne étoile et qu'un jour, il y aurait quelque chose qui allait se passer, mais je ne savais pas du tout que... Non, non, il fallait faire un planning.
- Speaker #0
Tu pensais qu'on allait te chercher et sonner chez toi ? Je pensais qu'un jour, le morceau,
- Speaker #1
c'est tellement bon, tu vois, que oui, voilà, exactement, la tension allait sonner. Non, donc c'était abstrait. En tout cas, j'avais une vision très abstraite de la vie en général. Je l'ai toujours un petit peu, d'ailleurs. Heureusement que je travaille avec mon frère.
- Speaker #0
Qui te ramène les pieds sur terre, ouais.
- Speaker #1
Oui, qui me ramène les pieds sur terre. Mais oui, c'était quoi ta question, pardon ?
- Speaker #0
Je vous oublie. C'était du coup Mathsup. Est-ce que c'est toi qui as voulu faire des études Mathsup ? Est-ce que c'est plutôt ta famille ? Oui,
- Speaker #1
c'est moi. J'ai fait toute seule.
- Speaker #0
C'était peut-être ta manière de dire là, j'ai quelque chose de concret. C'est comment ça s'est passé ? Tu te sentais comment ?
- Speaker #1
En fait, je pense qu'à ce moment-là, j'avais plein de choses à prouver. Parce que, tu vois, on dit aux garçons qui sont bons à l'école, tu vas faire des maths, tu vas faire ça et tout ça. Mais on ne le dit pas vraiment beaucoup aux filles. Et d'ailleurs, on était deux filles dans la classe.
- Speaker #0
Mais ça reste un univers très masculin, tout ce qui est scientifique, mathématique.
- Speaker #1
Et du coup, je ne sais pas, j'imagine que j'ai vu ça comme une façon de prouver que j'étais capable de le faire. Mais le problème, c'est que j'y suis allée. Et c'est un peu long et un peu difficile quand même. Ça a été une période très particulière et où j'ai appris beaucoup de choses. Parce que déjà, tu te retrouves dans un milieu masculin. Donc, ça fait un choc. Et puis, la capacité de travail, je pense que forcément, ça a dû m'apporter beaucoup de choses aujourd'hui. Après, ça reste une expérience quand même, je trouve, un peu difficile. Mais voilà. Après, je me suis retrouvée... Si tu veux, même en prépa, je composais plus que ce que je faisais de ma tente. OK,
- Speaker #0
donc il y avait toujours le piano à côté.
- Speaker #1
J'étais toujours décalée quand même. J'étais pas du tout au bon endroit. C'était évident en fait. Donc je passais mon temps à composer, à écrire des phrases de chansons, sur mes cahiers, tout le temps. Et je travaillais un peu au dernier moment. Puis après, j'ai intégré une école à Paris. Et j'ai fait la fête pendant un mois à peu près. Et puis tout à coup, la désillusion massive est arrivée. Et je me suis dit, oh là là, mon Dieu, c'est horrible, je ne veux surtout pas être là. d'un coup ça devenait professionnalisant ça devenait réel, c'était plus du tout juste on est à l'école encore et je me rappelle très bien d'une journée en particulier où j'ai atteint la limite j'avais passé une journée et demie à faire atelier de soudure
- Speaker #0
Ah oui, c'est dans le concret.
- Speaker #1
Voilà. Et donc, je me rappelle très bien, on ne se connaît pas bien encore, mais si tu me connais un petit peu,
- Speaker #0
tu sais que ce n'est pas du tout moi,
- Speaker #1
ce n'est pas ma vibe. Et du coup, je me rappelle très bien, j'avais téléphoné à ma mère à 17h, en pleurant, en lui disant « je ne sais pas ce que j'ai fait aujourd'hui, j'ai fait de la sauture pendant des heures ! » Et je me rappelle que, quelques heures plus tard, Merci. J'ai vidé mon appartement dans des sacs aux champs, tu vois, c'est les gros sacs. Ouais, ouais,
- Speaker #0
je vois les cabas quoi.
- Speaker #1
Oui, et je suis partie à la gare, comme ça.
- Speaker #0
Ça a été vraiment l'électrochoc, le déclic de qu'est-ce que je fais là, c'est pas pour moi.
- Speaker #1
Non, non, non, c'était une catastrophe quoi, ça allait pas du tout. Et du coup j'ai vidé mon appartement dans des sacs, je suis allée à la gare, je me rappelle que j'avais tellement de sacs que j'arrivais pas à monter dans le métro. Tu sais, je ratais le métro. Ah j'avais pas le choix. Non ! Et donc, je me suis retrouvée à la gare. J'ai pris un train. Je suis rentrée dans le sud. Et une fois arrivée à Marseille, j'ai appelé ma mère. Je lui ai dit « Maman, je suis de retour. » Voilà. Et donc, je suis rentrée. À ce moment-là, je n'avais pas encore la maturité ou la liberté, tu vois, de pouvoir dire « Ben voilà, maintenant, je fais de la musique. » C'était encore pour moi, il fallait... C'était difficile d'assumer, de se lancer dans des métiers comme ça alors que tu n'as pas de diplôme. Enfin, tu vois.
- Speaker #0
Au niveau légitimité ou par rapport à ton entourage ?
- Speaker #1
Non, pas au niveau légitimité, au niveau de l'entourage. Quand tout le monde te dit qu'il faut absolument avoir un plan B, mais en fait, pour suivre des plans B, tu n'as plus de plan A.
- Speaker #0
C'est ça. Et si ça reste qu'un plan B, ça ne sera jamais justement ta priorité ?
- Speaker #1
Non, et puis quand tu as même un plan de secours, en te disant « j'ai un diplôme au cas où » , En réalité, t'es pas présent non plus. C'est pas possible. C'est comme si t'échouais déjà.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Un petit peu. Enfin, mais bon, je comprends les personnes à qui ça fait peur.
- Speaker #0
Mais t'en étais pas encore là.
- Speaker #1
J'en étais pas encore là. Ça m'a pris en fait assez de temps, finalement. Parce qu'après, j'ai fait un master de droit.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Par correspondance. Et là, je m'en rappelle très bien, quand j'ai passé le master, j'ai atteint la deuxième limite.
- Speaker #0
Ouais. Mais t'es repartie dans ces études-là pour te dire j'ai quelque chose en poche au cas où, quoi. Au cas où c'est pas la musique.
- Speaker #1
Oui, j'étais...
- Speaker #0
C'était ça ton...
- Speaker #1
Ben non, en fait, moi c'était pour faire plaisir, je crois. Ah, pour faire plaisir. Parce que moi, je savais que je serais pas avocate, quoi.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Tu vois ?
- Speaker #0
Ouais, mais t'y allais quand même.
- Speaker #1
J'y allais quand même. Et ça m'a pris du temps, hein, de me détacher de tout ce qu'on attend de toi. Parce qu'en fait, toute ma vie, moi j'étais une très bonne élève, tu vois, je causais toutes ces cases un peu de... Et du coup, de se défaire de cette image-là et de se défaire de cette pression-là, ça m'a pris toutes ces années. Et de finalement dire qu'on est autre chose que ses diplômes, ses réussites scolaires, tu vois. Mais du coup, quand j'ai passé le master, c'était vraiment beaucoup de travail quand même, pour un truc que t'as pas envie de faire. après la prépa tu vois ça faisait trop j'avais je me rappelle que je me disais non mais là je peux plus me lever à 5h du matin ou 4h pour réviser un truc je peux plus physiquement je pouvais plus le faire tu vois et du coup je suis même allée à une épreuve je me rappelle bon ça c'était en licence mais je suis allée à une épreuve où je me rappelais pas qu'il y avait cette matière j'étais déconnectée complètement mais à chaque fois je passais comme ça à l'arrache tu vois puis après le master bon ben le master faut travailler quand même Merci. Et là, moi, c'était trop. Et je me rappelle qu'avant d'aller aux examens, je pleurais, je disais non, mais je peux pas, je veux pas y aller. Je peux pas, enfin, vraiment, ça allait plus du tout, quoi.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Et quand j'ai passé cet examen, après, je suis rentrée chez moi. Et là, enfin, j'étais prête. Et j'ai dit, non, mais là, je rentre. Maintenant, je fais plus que de la musique parce que c'est soit ça, soit je meurs, en fait.
- Speaker #0
Ouais, ça devenait vital.
- Speaker #1
Oui, c'était vital. Il a fallu aller jusque-là pour choisir la musique entièrement, sans plus rien d'autre.
- Speaker #0
Pleinement.
- Speaker #1
Oui. Et je me rappelle qu'à ce moment-là, je me fichais bien de... Ça ne m'importait pas du tout de gagner de l'argent, par exemple.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Je m'étais dit, d'ailleurs, probablement que je ne gagnerais jamais d'argent. Tu vois ? Et ce n'est pas grave. Moi, en fait, je suis plus heureuse dans la cave de ma mère avec le piano que n'importe où ailleurs. Et donc, à ce moment-là, j'avais juste un besoin extrême de reconnecter avec ça, au-delà de tout rêve de gloire ou d'argent ou de quoi que ce soit d'autre. En fait, c'était vraiment pur.
- Speaker #0
C'était ton pourquoi ? C'était, je veux être là pour faire de la musique et c'est tout.
- Speaker #1
Et c'est tout, parce qu'en fait, sinon, ça vaut plus qui tu es. Ouais, c'est qui je suis. Et puis après, du coup, j'ai entrepris d'essayer de réussir dans la musique toute seule pendant un petit moment. et puis après mon frère On était aussi en école d'ingénieur, on avait fait prépa ensemble. est revenu de son stage de fin d'études et lui il est très entrepreneur et il rentre en me disant oui moi j'ai envie de créer ma boîte en fait on pourrait faire ça ensemble vous vous entendez bien dans la vie ? oui mais on s'entendait très bien, on a qu'un an de différence on est très proches mais on avait jamais parlé de travailler ensemble ni faire de la musique ensemble ça sortait de nulle part moi je me rappelle que j'étais là comme ça dans mon monde complètement
- Speaker #0
tu sais abstrait et lui il arrive et il me dit ça et je me dis ah bon super ok ok donc ça a un peu arrivé comme une surprise finalement pour tout le monde je crois pour lui aussi probablement ouais ouais et tu t'es sentie écoutée à ce moment là que ce soit par ta mère par ton frère enfin oui ça y est ton
- Speaker #1
vœu a été entendu enfin ton ta raison quand je suis rentrée chez moi ma mère m'a dit ah et ben enfin ah oui donc elle elle savait déjà ma mère elle me soutient toujours oui non elle savait Merci. Elle me connaît.
- Speaker #0
C'est toi qui... C'était moi, oui.
- Speaker #1
Du coup, elle nous a soutenus dès le premier jour. Elle a fait tout ce qu'elle peut pour nous. Elle est à tous les concerts.
- Speaker #0
Elle est toujours là.
- Speaker #1
Et mon frère, c'était le début de l'aventure.
- Speaker #0
Ok. Ça a été quoi ensuite ? Tu m'avais parlé un moment du Covid. Est-ce qu'il n'y a pas eu un déclic à ce moment-là ?
- Speaker #1
En fait, on a commencé pendant le confinement.
- Speaker #0
C'est ça. Et comment tu as commencé ? Alors, c'était quoi ?
- Speaker #1
Du coup, au début, on avait des idées plus classiques, du style, on ne cherchait pas à se développer sur Internet. On cherchait à faire des concerts et à rencontrer des maisons de disques, etc.
- Speaker #0
Être dans le réel, entre guillemets, dans la vraie vie. Oui,
- Speaker #1
c'était tout ce qu'on connaissait, d'ailleurs.
- Speaker #0
Oui, oui.
- Speaker #1
Uniquement ce qu'on connaissait. Et puis, quand il y a eu le confinement, toute nos plans sont tombés à l'eau, anéantis. Surtout qu'en plus, on avait une tournée prévue en Chine qui était arrivée de nulle part au tout début.
- Speaker #0
Oh wow !
- Speaker #1
Et puis bon, comme pour nous, impossible. Et du coup, on s'est retrouvés là et Sébastien est quelqu'un de très... Il est très intelligent, il est très... Il peut être très obsessionnel sur plein de sujets et se former très vite en profondeur. Du coup, il passait des jours à essayer de voir ce qu'on pouvait faire, comprendre comment les choses fonctionnaient. C'est lui qui a eu l'idée d'abord de se mettre à streamer sur
- Speaker #0
Twitch et Reddit. Alors là, est-ce que tu peux refaire un petit... Je récapite une petite traduction parce que tout le monde n'aurait pas, je pense, le live. Moi, je me suis mise sur Twitch pour te suivre.
- Speaker #1
Tu sais quoi, moi, quand j'ai commencé à streamer sur Twitch, je ne connaissais pas Twitch. Mais genre, il y a quelques...
- Speaker #0
Ça fait un ou deux ans que je sais à peu près ce que c'est, mais pour moi, c'était identifié à du live pour les gamers. Oui, mais c'est vrai,
- Speaker #1
tu as raison.
- Speaker #0
Mais est-ce que tu peux redire un peu en deux mots ce que c'est streamer et ce qu'est la plateforme Twitch ?
- Speaker #1
Oui. Alors sur Twitch, en fait, c'est du contenu en direct.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Et puis c'est un peu comme si... Enfin, il y a plein de chaînes différentes, plein de créateurs différents. C'est vrai qu'il y a majoritairement des personnes qui jouent vidéo et...
- Speaker #0
Et qui se filment en train de jouer, en fait. Oui, qui parlent et tout ça.
- Speaker #1
Mais il y a de tout. Il y a des joueurs d'échecs, il y a des musiciens, il y a des peintres.
- Speaker #0
Ok, donc il y a une place pour la performance artistique. Oui, je pense que c'est plus nouveau.
- Speaker #1
mais oui oui il y a beaucoup de super artistes sur Twitch ton frère a l'idée de faire ça et Reddit c'est un peu comme un Twitter c'est un site avec des discussions peut-être plus longues que Twitter mais du coup tu as beaucoup de subreddits en fait quand tu postes sur Reddit tu postes dans un subreddit Donc une catégorie de conversation. D'accord. Si c'est musique, musique, piano, piano classique, je ne sais pas. D'accord. Et tout le monde, il n'y a pas d'algorithme. En fait, c'est les gens qui vont mettre un plus ou un moins.
- Speaker #0
Ok, d'accord.
- Speaker #1
Upvote ou downvote. Et plus ta vidéo est populaire dans un subreddit, plus elle a de chances de monter dans le subreddit. Et à ce moment-là, elle peut sortir de la catégorie et arriver dans la catégorie du dessus. D'accord. Et petit à petit, elle sort des poupées russes comme ça.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Et elle arrive sur la page principale. et là t'es virale d'accord donc c'était la stratégie en fait c'est même pas une stratégie c'est qu'on s'est dit on va poster sur Reddit parce que Sébastien il connaissait bien Reddit ok pour des sujets d'ingénieurs ou quoi et en fait ça a fonctionné la vidéo était virale mes vidéos ont été virales régulièrement dans la plateforme et donc ça a permis de ne pas commencer à zéro en fait et d'attirer des personnes sur notre stream assez rapidement et à ce moment là Reddit a aussi lancé un broadcast donc c'est comme Twitch un moyen de streamer en direct, ça a duré deux mois je crois Et nous, on est tombés pile poil dessus. Enfin, Sébastien, qui était...
- Speaker #0
Qui avait le vrai pour ça, ouais. Qui avait le vrai pour ça,
- Speaker #1
et donc il a découvert ça le jour où ça est sorti. On était trois à streamer sur Reddit, dans le monde.
- Speaker #0
Ah ouais ?
- Speaker #1
Ouais, il y avait personne. Au tout début, on était trois à cinq.
- Speaker #0
Ça a été aussi un coup de chance d'être là au bon moment, quoi.
- Speaker #1
Oui, de savoir tout de suite réagir,
- Speaker #0
quoi.
- Speaker #1
Et donc, on s'est mis à... Alors là, nous, on a utilisé vraiment la façon la plus... industriel presque possible. C'est-à-dire que Sébastien étudiait les algorithmes des broadcasts. Il regardait combien il y avait de personnes qui streamaient, mais il avait créé des programmes pour ça. Et donc, il savait à peu près quand est-ce qu'il fallait le faire, quand est-ce qu'il fallait pas le faire. Là, est-ce qu'il fallait arrêter le stream, le recommencer, etc. Et du coup, je streamais toute la journée. Pendant 15 minutes, je m'arrêtais. Si le stream n'avait pas pris, il fallait recommencer, tout ça. Et donc, c'était intense. On avait l'impression d'être... Tu sais, à New York, dans les cabinets de finances, là...
- Speaker #0
Ah oui, la bourse ! La bourse !
- Speaker #1
Exactement, on avait les cours pour ça. Allez, il faut streamer maintenant, l'autre, il a arrêté son brode-casse. Donc,
- Speaker #0
il faut streamer, ça veut dire, en vrai, que toi, tu dois te mettre devant ton piano et jouer. Oui, moi,
- Speaker #1
je joue vraiment.
- Speaker #0
C'est ça, donc tu as à disposition de l'algorithme, dès que ça arrive.
- Speaker #1
Ah oui, alors, on a commencé à disposition d'algorithme. Et justement, alors, c'est un bon apprentissage, parce que quand il y a du monde, tu changes. ça te donne beaucoup d'énergie, tu te mèges de plus en plus fort comme si on t'entendait pas comme si t'étais dans une gare et que t'avais plein plein de monde tout à coup qui venait autour de toi et puis oui ça te moi j'ai découvert personnellement les commentaires et oui j'allais demander qu'est-ce que ça te faisait les retours des gens les retours positifs bien sûr ça te porte c'est nouveau mais les retours négatifs il y en a forcément surtout sur Reddit c'est peut-être un endroit où Merci. qui n'était pas modérée aussi. Donc, les commentaires sur le physique.
- Speaker #0
C'est ce que j'avais demandé. Est-ce que ça concernait la musique en soi ou la personne ?
- Speaker #1
Ça concernait ma petite personne, oui. Et ça, je me rappelle que la première fois qu'une vidéo avait été virale, elle avait été extrêmement virale. Et il y avait des milliers de commentaires sur la vidéo. Et donc, moi, j'avais passé la soirée à lire tous les commentaires.
- Speaker #0
Est-ce que c'est quelque chose ?
- Speaker #1
C'est des très bons commentaires, c'est très gentil. Et puis, de temps en temps, t'avais quelqu'un qui critiquait et toutes les personnes qui voulaient critiquer, ils se répondaient entre eux.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Oui, mon physique ou la musique. Oui, mais surtout mon physique. Et ils parlaient entre eux comme ça. Et il y avait beaucoup de personnes qui disaient aussi que c'était faux, que j'avais accéléré les vidéos. Et ils commentaient en expliquant, ça c'était rigolo, regardez son mouvement de cheveux prendre deux secondes, il n'est pas naturel. D'ailleurs, enfin... Mais sinon, ils se répondaient entre eux. Et un jour, la première fois, j'ai lu éternellement, toute la nuit, les commentaires négatifs. Et le matin, je me suis dit, mais c'est la première vidéo. Si ça me fait ça à chaque vidéo, comment je vais faire ? Ce n'est pas possible. Et donc, j'ai vraiment eu une prise de conscience. Et je me suis dit, il va falloir que j'apprenne très vite. Parce que ça n'est pas d'un pas.
- Speaker #0
Apprendre de la hauteur.
- Speaker #1
Oui. Et donc...
- Speaker #0
À garder en tête plutôt. Oui.
- Speaker #1
les commentaires plus positifs oui à essayer de pas se nourrir quoi et en fait finalement des commentaires positifs non plus aussi parce que c'est à dire que ça fait toujours plaisir mais il faut pas que ça soit ton moteur ouais faut que tu te détaches de ça oui parce que sinon après t'as aussi d'autres challenges avec ça parce que ben déjà t'attends ça et puis tu as peur de faire quelque chose de différent parce que ça te laisse plus si ça leur plaît plus ouais Merci. Donc tu te tiens dépendant des autres encore.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Donc c'est pour ça que je te parlais de liberté aussi.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Finalement, c'est...
- Speaker #0
C'est super que les gens aiment, mais ce n'est pas le but, finalement.
- Speaker #1
C'est de rester focus sur ce que toi, tu as envie de transmettre et sans se soucier de si ça va plaire ou pas.
- Speaker #0
Oui, sinon, le but, tu changes de cible et tu te désalignes. Et c'est là que tu te perds,
- Speaker #1
je pense. Complètement.
- Speaker #0
Et comme il n'y a pas tant de cadre que ça, finalement, ce que tu... devrait faire. C'est toi qui décide. Enfin, tu vois, on est très libre, finalement. Donc, je peux mal m'orienter. Je peux aller dans des directions un peu créativement dangereuses, tu vois, je veux dire.
- Speaker #1
Et donc, est-ce que là, maintenant, t'as appris à te détacher de ça et t'arrives à avancer un peu différemment ?
- Speaker #0
Oui, ça oui. Maintenant, je déshumanise beaucoup. Surtout les commentaires négatifs, quand je les vois, je sais que ce n'est pas personnel. En fait, quand tu es derrière ton ordinateur à envoyer un message négatif à quelqu'un qui fait de la musique ou quoi que ce soit d'autre, mais sur Internet, c'est que ça parle plus de toi que de la personne.
- Speaker #1
Oui, mais c'est dur au début de se détacher de ça. Oui,
- Speaker #0
mais en fait, je crois que c'est vraiment une des clés, c'est de se dire que ce n'est pas personnel. Sur la fille d'après, tu vois,
- Speaker #1
ça les concerne.
- Speaker #0
Ça les concerne, eux. Et puis bon, à quel moment dans la rue, moi, j'irais dire « Hé tiens, t'es bien moche aujourd'hui ! »
- Speaker #1
C'est très facile de le faire derrière son écran.
- Speaker #0
Ça n'a aucun sens.
- Speaker #1
C'est très souvent ciblé aussi sur le physique et des femmes.
- Speaker #0
Oui, au tout début, j'avais reçu un courrier m'expliquant précisément toutes les chirurgies que je devais faire avant d'oser me remettre sur l'internet.
- Speaker #1
Bien sûr. Merci.
- Speaker #0
Je n'y avais pas pensé.
- Speaker #1
Tu parlais justement de créativité. Toi, ce serait quoi ta définition de la créativité ? C'est quoi pour toi ?
- Speaker #0
Quand tu me dis ça, je pense tout de suite à un enfant qui jouerait comme avec de la peinture, des couleurs dans tous les sens, sans aucune... Dans un rire absolu, tu sais, dans une euphorie. Enfin, pour moi, c'est... Une liberté presque enfantine dans le sens qu'il ne pense pas aux conséquences et qu'il ne pense pas que ça doit être joli.
- Speaker #1
Ok. Qu'il ne pense pas que ça doit être joli, c'est ça ?
- Speaker #0
Oui, pardon, qu'il ne pense pas aux conséquences et qu'il n'essaie pas de faire quelque chose de joli.
- Speaker #1
Mais plutôt qu'il y a beaucoup de joie.
- Speaker #0
Mais qu'il y a beaucoup de... En tout cas, d'émotion, de passion, quoi. Et qu'il trouve de la joie, même au travers d'une émotion négative, tu vois.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Mais comme... Comme un enfant qui jouerait avec de la couleur noire, par exemple. Il n'y a pas forcément... Mais je trouve que le processus créatif, il répare toujours.
- Speaker #1
Il fait du bien. Ok, ce n'est pas facile comme de tout ça, mais j'aime bien voir les points de vue des invités pour savoir comment ils le perçoivent. Et justement, est-ce que... Oui, on peut revenir un petit peu à tes débuts. Au début, tu faisais des covers de musique. Qu'est-ce que c'est devenu au fil du temps et comment ça se passe du coup l'improvisation et donc ta manière de créer en direct ? Parce que c'est ça que tu fais maintenant pendant les lives, c'est ça ?
- Speaker #0
Alors au début, en fait, c'est surtout que j'avais beaucoup de compositions, donc de morceaux. De compositions que tu avais faites ? Que j'avais faites. Je dis compositions, mais c'est vrai que je venais du milieu classique.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Donc, c'était des morceaux tout à fait terminés, écrits, etc.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Et j'avais cette contrainte un peu personnelle que tout devait toujours être parfait.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Qui vient aussi du classique.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
La moindre fausse note, c'est une catastrophe. Tu t'en remets pas.
- Speaker #1
Ouais, ouais.
- Speaker #0
Tu vois ? Tu ne le surmontes pas. Et donc, tu t'excuses, tu vois. Et moi, j'avais ça. Je m'excusais dès que je faisais une fausse note, tu vois. et il a fallu pareil faire tout un travail pour se libérer de ça mais c'est vrai que quand j'ai commencé à streamer sur Twitch je jouais mes compositions ok et je jouais quelques reprises par ce part là mais c'était pas l'élément principal ouais c'est juste que c'est des morceaux qui ont bien marché au début sur les plateformes ouais du coup elles ont eu plus de traction hum Mais ce n'était pas représentatif de ce que je faisais non plus.
- Speaker #1
De ce que tu voulais faire, oui.
- Speaker #0
Et donc, j'avais très peur d'ennuyer. Les gens qui m'ont regardée. C'était une obsession.
- Speaker #1
Du fait de faire tes propres morceaux ?
- Speaker #0
Oui, parce que du coup, il y avait un nombre limité. Et donc, j'avais très peur de jouer trop souvent le même morceau. Enfin, c'était très stressant pour moi au début de streamer sur Twitch. Le direct.
- Speaker #1
Oui, parce que tu es en direct, donc sans filer. Ah oui,
- Speaker #0
c'était très, très stressant.
- Speaker #1
Tu n'es pas encore sur scène, mais tu es quand même regardée par plein de gens. Et ce n'est pas du montage.
- Speaker #0
Oui, et puis, en fait, on ne regarde que toi.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Il n'y a pas quelqu'un pour compenser pendant une minute, tu vois, quand toi tu lâches un peu. Non, Mais oui, au début, je me mettais vraiment la pression. Et c'est tout nouveau. Je ne connaissais pas ce monde-là non plus. Donc pour moi, qui ne s'était jamais affiché nulle part. C'est-à-dire que je n'étais pas sur Facebook, tu vois. Enfin, je veux dire, je... J'étais nulle part. Je ne faisais pratiquement pas de concert. Mais j'étais très, très timide. J'étais très timide.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Donc c'était très dur.
- Speaker #1
Tu sais ? Mais tu le faisais quand même.
- Speaker #0
Oui. Et je le faisais. Des fois, je pleurais à voir les streams de stress, tu vois.
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #0
J'étais vraiment... Mais je le faisais. Et je m'éclatais toujours quand je streamais, par contre.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
C'était avant que je stressais. Et puis, ça me fatiguait parce que je mettais tellement d'énergie à dépasser ça, tu vois. Mais... Et du coup, en fait, dans cette volonté de ne pas ennuyer les personnes qui me regardaient, je me disais que ce qu'il faudrait, c'est que j'arrive à composer en direct.
- Speaker #1
Hum.
- Speaker #0
Et c'est parti de là. C'est-à-dire que, en fait, moi, aussi, je ne voulais pas m'arrêter. Tu vois, qu'on m'entende me tromper,
- Speaker #1
qu'on m'entende recommencer. Il fallait que ce soit fluide.
- Speaker #0
Je voulais que ce soit fluide. Et du coup, en fait, rapidement, c'est devenu composer en direct, mais en fait, composer sans jamais s'arrêter, sans jamais reprendre, en fait, improviser. Et c'est grâce à Twitch, finalement, que j'ai... que j'ai appris à improviser.
- Speaker #1
Oui, parce qu'avant, pour bien qu'on comprenne, quand tu apprends, tu apprends avec des partitions. Est-ce que tu arrivais déjà à jouer sans partition ? Ah oui, en fait,
- Speaker #0
je composais déjà et je jouais mes morceaux sans partition.
- Speaker #1
Parce que tu as des pianistes qui ne jouent que avec des partitions. J'imagine que tu as deux possibilités.
- Speaker #0
Non, je faisais déjà ça, mais je le faisais dans ma cave.
- Speaker #1
Oui, tu vois. Donc là, c'était sans partition, mais même sans ébauche. Sans ébauche.
- Speaker #0
Non, oui, exactement.
- Speaker #1
sans ébauche comment ça se passe à ce moment là ? est-ce que tu peux essayer de raconter ? parce que c'est assez abstrait mais c'est dans ta tête est-ce que tu as déjà un bout de musique ? est-ce que tu as une gamme, un accord en tête et tu composes autour de ça ? est-ce que tu arrives à nous expliquer ce process ?
- Speaker #0
il y a plusieurs chemins différents c'est jamais la même chose c'est un peu comme la mémoire, tu sais tu as la mémoire musculaire la mémoire visuelle, la mémoire émotionnelle hum parfois je vais partir parfois je vais être envahie d'un sentiment d'une émotion intense je vais me sentir très triste je vais me sentir et là en fait c'est un canal direct c'est une discussion directe j'ai pas besoin de réfléchir c'est juste
- Speaker #1
C'est tes mains qui font... Naturellement, je ne sais même pas trop. Oui,
- Speaker #0
plus l'émotion est forte, plus ça va être ce genre de choses. C'est-à-dire qu'il n'y a plus du tout de rationnel.
- Speaker #1
Ok. Par exemple, tu parles du sentiment de tristesse. Est-ce que dans ta musique, ça se ressent et c'est plus des accords mineurs, qu'on dit un peu plus tristes, ou ça peut être quelque chose de...
- Speaker #0
Je pense que ma musique n'est pas vraiment triste, mais par contre mélancolique.
- Speaker #1
Mélancolique, ouais.
- Speaker #0
Ouais. Il y a toujours une... en fait, enfin, je... Moi, je vois la tristesse comme quelque chose qui n'a plus beaucoup d'énergie. Tu vois, il n'y a pas de colère dans la tristesse. Oui,
- Speaker #1
c'est vrai.
- Speaker #0
C'est...
- Speaker #1
C'est plus lent.
- Speaker #0
Oui, c'est... Il y a moins de vie, quoi. Il n'y a plus trop de vie dans la tristesse.
- Speaker #1
Oui, oui.
- Speaker #0
Et en fait, je pense que souvent, même si je vais partir d'une émotion comme ça, peut-être, c'est qu'un passage. Ça va vite... devenir une explosion.
- Speaker #1
Ça va se transformer.
- Speaker #0
Oui. Il y a rarement juste la tristesse de A à Z dans un morceau que je vais créer. Souvent, ça va passer par d'autres émotions.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Donc, je ne pense pas que ma musique soit triste en ce sens-là. Après, moi, je... Enfin, oui, je ne sais pas. Il y a des choses que je trouve très émouvantes qui ne sont pas considérées comme tristes, peut-être aussi. Du coup, par exemple... Pour moi, le maximalisme au piano, la complexité d'arpèges un peu dissonants, superposés ensemble, etc. Pour moi, ça me permet de saisir mon cœur et d'occuper tout l'espace des petites émotions. Ça te remplit complètement. Oui, c'est un peu comme un labyrinthe. Tu sais, les histoires quand t'es enfant qui n'ont ni queue ni tête, qui vont dans tous les sens, mais qui du coup te font complètement lâcher prise.
- Speaker #1
Ok, je vois. Donc ça, c'est quelque chose qui te touche plus.
- Speaker #0
Ça me touche beaucoup.
- Speaker #1
Quelque chose de très complexe, très intense, peut-être, on pourrait dire.
- Speaker #0
Oui, mais pareil, visuellement, tu vois, je peux passer des heures à regarder un mur rempli de motifs et me sentir très calme en le fixant et en le regardant. Alors qu'un mur blanc, ben... Moins, moins.
- Speaker #1
Non mais c'est propre à chacun, c'est vraiment le principe des émotions et tu peux pas trop expliquer pourquoi. Avant d'arriver, donc commencer ton live, est-ce que ça t'arrive d'avoir une petite idée en tête et de te dire ah ouais aujourd'hui j'ai trop envie de travailler cette tonalité, cette gamme, enfin ce son-là ?
- Speaker #0
Ça m'arrive souvent et souvent je commence le stream comme ça et en fait ça ne dure pas. Et ça part ailleurs. Oui ça part ailleurs. Parce qu'en fait ça tu vois c'est un autre vecteur finalement. Tu pars avec une idée. Et en fait, c'est un petit peu comme si tu voulais contrôler le vent, quoi. Ouais, ouais. Ça marche pas.
- Speaker #1
En fait, faut que tu te reconnaisses. Oui,
- Speaker #0
en fait, dès que t'es présent... En fait, le tout, c'est de réussir à être présent.
- Speaker #1
Mais ça te permet de démarrer, peut-être.
- Speaker #0
Ça te permet de démarrer, c'est ça. Toutes tes techniques permettent de démarrer, en fait. Par exemple, moi aussi, ce qui marche, c'est d'écouter le son. Surtout si c'est un piano que je connais pas.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Ben... de faire résonner des notes, ça permet de redescendre au niveau du son.
- Speaker #1
Tu sais ?
- Speaker #0
Dans ta tête, à réfléchir. Oui, c'est ça, un peu comme si tu touchais l'argileux. Et de se reconnecter. C'est pour ça que j'aime beaucoup l'improvisation aussi. C'est parce que, même pour un morceau qui a une trame très définie, ça me permet de toujours retrouver le chemin direct. à l'émotion. Et de ne pas prétendre le retrouver en suivant les notes. Et de prendre le temps. Je trouve même que c'est un luxe, en fait. Parce que des fois, tu n'es pas prêt à atteindre le cœur d'un morceau. Émotionnellement, tu ne te sens pas prêt. Alors peut-être que ça ne s'entend pas tant que ça, mais toi, tu sais que tu n'as pas envie de dire ce qu'il y a à dire pour l'instant.
- Speaker #1
Ok, tu le gardes un peu pour...
- Speaker #0
Et oui, t'es pas... C'est pas assez monté, tu vois. Et du coup, ça permet de retrouver le chemin qui, initialement, t'a fait apprécier cette partie-là.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Tu vois ? Mais après, oui, il y a d'autres techniques. Il y a aussi, tout simplement, commencer par quelque chose que tu connais, oui. Un peu ça que tu connais. Mais souvent, j'ai des périodes où je suis bloquée un peu dans des gammes, tu sais.
- Speaker #1
Où tu te sens moins, justement, créative ? Non,
- Speaker #0
où je suis obsédée par une gamme, en fait. Un peu inconsciemment. Parce que je ne me dis pas, je veux rester hors de dièse mineure aujourd'hui.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
Mais en fait, je me rends compte que tout ce que je suis en train de faire est tout le temps... D'accord. Et puis des fois, c'est des phases. Et puis au bout d'un moment, tout à coup, je me dis, non, mais c'est plus possible, il faut s'arrêter là. Et puis ça passe. Il y a beaucoup de périodes comme ça où j'ai des motifs qui reviennent beaucoup. Je pense que ça participe au processus créatif. Il y a des choses qui sont en train d'être processées. C'est ça. Au début, quand j'ai commencé à streamer, je me disais qu'il y avait tellement de nouvelles mélodies dans tous les streams. Et comme il y a quatre streams par semaine pendant deux heures,
- Speaker #1
tu te dis,
- Speaker #0
tu vas toutes les perdre. Comment faire ? Et en fait, maintenant, je me dis qu'elles participent toutes à créer... la prochaine. C'est-à-dire qu'une mélodie qui a disparu n'a jamais disparu. Et si elle disparaît et que tu l'oublies, c'est qu'elle va sûrement revenir beaucoup plus tard ou c'est qu'elle a servi à créer une nouvelle mélodie.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et donc, je réfléchis un peu d'une façon peut-être plus... Oui, je ne sais pas si c'est fataliste, mais je me dis qu'une mélodie qui doit revenir, va revenir. Et une mélodie qui ne revient pas est sûrement déjà revenue, mais tu ne t'en es pas rendu compte au travers de notre mélodie.
- Speaker #1
Je me disais un peu ça pour les idées aussi. Oui,
- Speaker #0
c'est vrai.
- Speaker #1
Si tu as une idée qui te revient tout le temps en tête, c'est que moi, je me dis bon, allez, il faut que j'aille au bout. Alors que si elle vient et que finalement, elle est juste de passage, c'est peut-être qu'il ne fallait pas la réaliser. Oui,
- Speaker #0
et ça a du charme aussi, de penser comme ça. Parce qu'en fait, tu ne contrôles pas tant que ça, finalement.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Il y a un peu de magie là-dedans.
- Speaker #0
Oui, il y a un peu de magie. Je suis d'accord.
- Speaker #1
Et est-ce que tu penses que ton inspiration et justement les gammes qui sont dans ta tête, ça pourrait devenir de morceaux que tu écoutes ? C'est quoi tes inspirations justement musicales ?
- Speaker #0
C'est une super question parce que c'est exactement comme ça que j'ai commencé à faire des morceaux plus sérieux. C'était quand j'étais au conservatoire et que je devais passer des après-midi entiers à faire des gammes. Et ça m'ennuyait.
- Speaker #1
C'est vraiment, je fais la gamme en deux. Oui,
- Speaker #0
la gamme, les arpèges, toute la série d'exercices répétés. Et du coup, j'avais créé des morceaux qui me faisaient travailler le point technique, mais qui étaient des morceaux. Donc pour les arpèges notamment. Et j'adorais faire ça, faire des études en fait.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Et c'est comme ça que je...
- Speaker #1
Et tu dis un autre morceau.
- Speaker #0
En fait, créer un morceau qui te sert à travailler un point technique. Ok, d'accord. Tu vois ? ok donc c'est toi qui imagine le morceau oui voilà et tu mets uniquement la difficulté technique dedans et donc je faisais ça et je le fais encore dans les streams quand je me rends compte qu'il y a un point technique qui est un peu difficile et ben je passe le stream entier à rajouter ce motif partout ok
- Speaker #1
et donc ça me permet de progresser finalement de façon ludique ok et des artistes on va dire que ce soit anciens ou récents qui qui se... qui t'inspiraient au niveau musique ? Est-ce qu'il y a des choses que tu écoutes qui ne sont pas forcément du piano, peut-être ?
- Speaker #0
Oui, en piano, j'ai grandi en étant vraiment très, très, très inspirée par Liszt.
- Speaker #1
Ok. Et
- Speaker #0
Rachmaninoff. Bon, Chopin, évidemment.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Mais Liszt et Rachmaninoff, passionnément aussi.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Et j'aime beaucoup Xifra. C'est un interprète de Liszt.
- Speaker #1
Ok. Surtout.
- Speaker #0
qui est une façon brute de jouer dans le sens où il va être très libre il va accélérer il peut même y avoir peut-être des erreurs il y a une rage un peu une liberté
- Speaker #1
en fait ça t'arrive toujours de jouer des morceaux très classiques ?
- Speaker #0
ça m'arrive parfois pour le plaisir mais sinon pas trop est-ce qu'il y a des jours où tu ne joues pas au piano ? Oui.
- Speaker #1
Comment tu te sens dans ces jours-là ?
- Speaker #0
Maintenant, ça va. Moi, je joue beaucoup. Donc, écoute, pendant deux jours, ça va. Et après, ça me manque. Après,
- Speaker #1
ça te manque.
- Speaker #0
Et même, et encore, ça dépend où je suis pendant deux jours.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Si, mais même deux jours. Franchement, c'est pas vraiment vrai, en fait. C'est vrai que ça me manque vite.
- Speaker #1
Ouais, c'est presque ta façon de respirer, quoi. Ouais,
- Speaker #0
ça me manque vite. Souvent, quand je suis dans une soirée, je me dis, s'il y avait un piano, j'aimerais aller jouer. C'est plutôt par petits moments, comme ça. Plutôt que de passer la journée à faire du piano. Je me dis, tiens, là, j'aimerais bien aller faire du piano. Mais pendant 20 minutes, peut-être. Ou pas.
- Speaker #1
Est-ce qu'aujourd'hui, tu arrives à vivre de cette passion ?
- Speaker #0
Oui. Aujourd'hui, avec mon frère, on a... pas mal de concerts qui sont prévus, on a sorti plusieurs albums, on a le studio aussi et oui on a la chance de pouvoir en vivre maintenant. C'est vraiment exceptionnel. Je me rappelle que la première fois, enfin le premier mois où on a commencé à travailler ensemble, moi je pensais qu'on ne gagnerait jamais d'argent. Mais vraiment !
- Speaker #1
Et comme tu disais, tu t'étais détachée de ça tellement c'était devenu ton but.
- Speaker #0
Je m'en fichais de toute façon, je m'en suis toujours... Ça n'a jamais été pour moi important. Enfin, c'est important, mais je veux dire, j'étais déconnectée de ça. Moi, je me disais, je vivrais chez ma mère. Donc, j'avais la chance de pouvoir vivre chez ma mère. Mais tu vois. Et le premier mois, on avait eu des opportunités. On avait gagné de l'argent, en fait, des premiers mois. Et je me rappelle que quand j'avais vu le relevé... J'avais pleuré parce que je me suis dit, mais je sais plus, on n'avait pas gagné beaucoup en plus. On avait dû gagner 300 euros, tu vois, je sais plus. Et j'avais pleuré parce que je me suis dit, mais en partant de poussière en fait, on peut créer de l'argent, enfin pas que de l'argent, mais juste créer quelque chose de tangible dans le monde des adultes. On existe comme une preuve d'existence un tout petit peu, tu vois, mais à l'extérieur.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
ou alors une reconnaissance peut-être de ce que tu as accompli Une reconnaissance plutôt objective vu que sous forme...
- Speaker #1
Ou matérielle.
- Speaker #0
Matérielle. Et maintenant, on a de la chance de pouvoir faire ça à temps plein.
- Speaker #1
Génial.
- Speaker #0
Nuit et jour, dans nos rêves.
- Speaker #1
Et est-ce que quand tu es en présence de spectateurs physiques, ça change quelque chose pour toi dans la manière de jouer que quand tu es toute seule ici mais derrière ton écran ?
- Speaker #0
En fait, je suis très sensible à l'énergie des gens.
- Speaker #1
La présence, ouais.
- Speaker #0
La présence, leur regard, enfin tout. Et en fait, souvent, si je peux, je regarde les gens quand je joue.
- Speaker #1
Ah ouais ?
- Speaker #0
Oui. Parce qu'en fait, j'ai besoin de me connecter à quelqu'un ou... Ouais. Tu sais,
- Speaker #1
quelqu'un qui pourrait à l'inverse avoir... peur de regarder le public, toi tu as besoin de...
- Speaker #0
de trouver une présence qui va te... te rassurer quoi. Oui, exactement. Oui, c'est ça. Et c'est pas forcément quelqu'un que je connais, hein. Ça peut vraiment être un... Souvent d'ailleurs, quelqu'un que je connais pas du tout.
- Speaker #1
Qui est au premier rang.
- Speaker #0
Souvent je préfère je pense d'ailleurs, je vais regarder quelqu'un que je connais pas du tout, peut-être... Et d'ailleurs des fois on me dit, ah... pendant le concert, tu m'as regardé, je savais plus quoi faire... Tu sais, ils sont gênés. Tu as été choisi. je pense que je regarde sûrement que je dois fixer des regards bienveillants tu vois mais ça me permet d'être présente et de raconter à quelqu'un ce que tu joues après moi j'adore jouer sur scène même quand tu peux pas faire ça, quand tu peux pas voir quelqu'un de près comme ça parce que c'est un moment de grâce il y a quelque chose de vraiment précieux je trouve tout à coup c'est comme si tu avais tu étais une version décuplée de toi-même est-ce que c'est un peu ce que tu imaginais quand tu étais enfant t'as l'impression d'être
- Speaker #1
arrivé là il manque les danseuses les paillettes ça peut se faire les danseuses c'est pareil peut-être oui j'adore la danse dans le déjà vu.
- Speaker #0
J'adorerais avoir créé un spectacle avec de la danse et tout ça.
- Speaker #1
Justement, ce serait quoi les prochains projets, les prochaines étapes ?
- Speaker #0
Là, notre prochaine étape, c'est une tournée européenne.
- Speaker #1
Wow !
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
je n'arrivais pas à croire que je suis en train de dire ça.
- Speaker #0
Une tournée européenne. Oui, non, cette année, on a plein de dates en Europe. Donc, c'est super. Je suis très contente.
- Speaker #1
Génial. Je mettrai toutes les infos, moi, dans... quand je relèverai tes vidéos et ce podcast.
- Speaker #0
Ah ouais, c'est vraiment... Enfin, c'est un rêve, quoi.
- Speaker #1
Ouais, t'es en train de vivre le rêve, en fait, ça y est.
- Speaker #0
Ouais, c'est la première fois, alors pour l'instant, je réalise pas bien. Ouais. Tu sais. Et en plus, moi, j'ai tendance à pas bien réaliser les choses quand elles arrivent, et je m'en rends compte un tout petit peu après. Oui. J'ai une petite latence.
- Speaker #1
Bon bah, tu nous diras peut-être quelques mois après la tournée.
- Speaker #0
Mais je me rends compte qu'il se passe quelque chose, voilà. Ouais. Et ça, moi, ça fait du bien de voir que... tout le travail commence à payer oui voilà parce que c'est en plus c'est un monde quand tu travailles comme ça sur ton projet tu es tout le temps seule ouais et donc ça fait vraiment du bien de retourner dans le monde ouais ouais de se connecter avec le monde et de partager ça en fait ouais c'est ça et
- Speaker #1
donc j'ai hâte voilà moi je suis sûre que tu iras très très loin
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
C'est marrant parce que même si on se disait que les chiffres... Peut-être qu'on peut regarder en direct sur Instagram. Tu étais en train de passer le cap des 100 000. Ça te dit qu'on regarde ?
- Speaker #0
Avec un peu de chance.
- Speaker #1
On va regarder ça en direct. Et on se disait, même si ça reste des chiffres et ça reste des réseaux, c'est quand même un symbole, c'est quand même une étape. Donc moi, je suis sûre que tu vas aller très loin et qu'on entendra très vite parler de toi. On est à 99,9. C'est pas vrai ? Peut-être que d'ici une heure, on y est. mais quand même je pourrais dire ce jour là j'ai vu ça c'est vrai ça avant les cent mille j'ai une petite tradition je sais pas si t'as entendu on a pas mal parlé d'enfance et je sais pas si ça va te parler mais moi je t'ai ramené ma petite madène de Proust c'était les nichocos oh merci j'adore t'as connu ça les petits bonbons chocolat caramel J'adore, merci. Voilà, c'est pour finir sur une petite note supplémentaire. Et merci infiniment pour cet échange, c'était passionnant, hyper riche. J'ai voyagé avec toi, là j'ai été sur scène avec les paillettes Elton John. Et je te souhaite beaucoup de chance pour la suite. Merci. Mais vraiment, je ne suis pas inquiète pour toi. A bientôt. C'est la fin de cet épisode, merci beaucoup de l'avoir écouté. J'espère qu'il vous a inspiré, questionné ou peut-être donné envie d'explorer votre propre chemin créatif. Si cet épisode vous a plu, vous pouvez le partager autour de vous ou lui laisser une note sur votre plateforme d'écoute. Ça aide vraiment le podcast à se faire connaître. Et pour ne rien manquer, vous pouvez vous abonner sur votre plateforme préférée et me retrouver sur Instagram arrobaselemoodboard.org podcast. Continuez à observer, à ressentir, à créer, parce que chaque jour est une nouvelle planche d'inspiration. A très vite pour un nouvel épisode.