- Speaker #0
Bienvenue dans le Moodboard, un podcast qui explore la créativité à travers celles et ceux qui la vivent, la cultivent, la cherchent et la ressentent. Je suis Charlotte et je vous accueille dans ce podcast pour parler de ceux qui inspirent, de ceux qui aiment, de ceux qui nous poussent à créer. Prenez place dans ce Moodboard sonore et laissez-vous inspirer. Quand j'étais petite, j'ai le souvenir d'avoir été totalement fascinée par les vitrines de Noël des grands magasins parisiens. Les couleurs, les personnages animés, les décors, de quoi en prendre plein les yeux. Vous ne vous êtes jamais demandé, vous, en passant devant la vitrine d'un grand magasin, qui était à l'origine de tout ça ? Vous le savez maintenant, j'aime aller explorer les coulisses de la créativité avec ce podcast. Alors quand je suis tombée, un peu par hasard, sur le travail de Marlène, J'ai tout de suite su que c'était le moment d'en savoir plus sur ce métier, scénographe de vitrine. Je me suis rendue à Paris pour la rencontrer, entourée de ses créations et de ses dessins accrochés au mur. Parce qu'en plus d'être scénographe, Marlène est aussi illustratrice, et elle a à cœur de mêler ces deux disciplines pour créer des décors féériques, notamment pour des maisons de luxe comme Hermès ou Louis Vuitton. On a parlé de son enfance, bien sûr, de sa passion pour le théâtre, de ses études d'art appliqué qu'elle a. adoré et de ses débuts dans le milieu professionnel qui l'ont mené sur un chemin assez inattendu. Je vous laisse découvrir son parcours et je vous souhaite une très bonne écoute. Bonjour Marlène.
- Speaker #1
Bonjour Charlotte.
- Speaker #0
Bienvenue dans le Moodboard.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Et surtout merci de m'accueillir et de me recevoir dans ton studio à Paris. C'est la première fois que le podcast se déplace aussi loin.
- Speaker #1
Ah oui, d'accord.
- Speaker #0
Je suis ravie en plus de venir dans ce lieu super inspirant, super beau. Donc c'est la première fois qu'on se rencontre. Moi, je t'ai trouvé sur Instagram et j'ai eu vraiment un coup de cœur pour ton travail. Je ne sais pas comment tu as popé dans mon feed, mais en tout cas, j'étais bien ciblée parce que j'ai adoré ce que tu faisais. Et on va en parler un petit peu plus longuement pour revenir sur ton parcours. Mais avant ça, si tu as écouté les épisodes, tu le sais, il faut que tu me donnes les trois choses qu'on accroche sur ton mood board en ce moment.
- Speaker #1
Ok, déjà merci de me recevoir, ça me fait vraiment plaisir de participer à ce podcast. Alors, mon mood board du moment, je dirais premièrement, là on est en septembre, au moment de l'enregistrement de ce podcast, et je reviens de vacances, et je reviens de Grèce, donc je viens d'y passer un mois. Moi j'ai un nom de famille grecque, donc c'est aussi emprunt de mes origines.
- Speaker #0
Oui, je n'ai pas dit ton nom de famille et je ne sais pas si on prononce Gourouna ou Gourounas.
- Speaker #1
On dit Gourounas. Ok, Marlène Gourounas. Voilà, exactement. Donc, je viens d'y passer un mois, donc j'ai envie d'accrocher sur ce mood board toutes les couleurs de la Grèce, les odeurs, les saveurs et les paysages que j'ai vus là-bas et qui vont, je pense, se retrouver probablement dans mes créations à la rentrée. Donc, premièrement la Grèce, ensuite il y a tout l'univers du spectacle. qui est aussi beaucoup emprunt de mon travail. J'ai longtemps fait du théâtre d'improvisation, j'ai beaucoup fait de théâtre. Cette année, je me mets au cabaret. Wow ! Trop classe ! Je suis hyper inspirée par tout l'univers des drag queens, des shows, des cabarets. Voilà, j'adore. Donc, je dirais l'univers du spectacle. Et pour terminer, beaucoup de joie. Je ne sais pas si on peut y mettre des émotions, mais complètement.
- Speaker #0
Sur ce mood board, mood c'est humeur. Oui,
- Speaker #1
carrément. Alors beaucoup de joie parce que je suis hyper contente de cette rentrée. Il y a deux personnes qui ont rejoint mon studio là depuis septembre et je trouve que ça met une bonne dynamique dans mon travail. Je suis hyper heureuse d'arriver au travail le matin. Il y a plein de nouveaux projets. Donc de la joie, la graisse et du spectacle.
- Speaker #0
Parfait. C'est vrai que ça donne envie. Ok, super. Alors, on va revenir un petit peu sur ton parcours. Est-ce que tu te souviens à quoi tu aimais jouer quand tu étais enfant ?
- Speaker #1
J'ai beaucoup fait des jeux d'imagination, notamment avec mon grand frère. On avait des peluches et on s'inventait un monde. Alors, ça s'appelait le monde des tortues parce que lui, il y avait des doudous tortues. Et donc, toutes nos peluches avaient tout un nom. Il y avait une sorte de hiérarchie dans les peluches et on s'inventait des univers autour de ces peluches-là. Et on pouvait jouer des heures entières avec ces personnages-là. Et c'est marrant parce qu'en y pensant, j'avais aussi une très bonne copine, Coralie, qui est mon amie d'enfance, avec qui on s'imaginait des scénarios. Donc on se disait, toi t'es quel personnage ? On est à quelle époque ? Qu'est-ce qui va se passer comme intrigue ? Et là on improvisait, mais pendant des après-midi entiers, des histoires toutes les deux. Et c'est marrant parce que maintenant quand j'y pense, et dans mon travail créatif... et dans l'improvisation qui a beaucoup fait partie de ma vie ces dernières années. Et bien en fait, on retrouve cette partie improvisée, création imaginaire, invention de nouveaux mondes. Et c'est vrai que quand je jouais petite, aussi bien avec mon frère qu'avec Coralie et avec mes différents copains, copines, je me projetais vraiment dans ces mondes imaginaires. Et j'avais vraiment la vision à chaque fois qu'on y jouait, des châteaux, chaque balançoire pouvait devenir un nouveau terrain de jeu. Et on n'avait pas vraiment de matériel, si ce n'est quelques peluches. Oui, c'est ce que je voulais dire, juste des peluches.
- Speaker #0
Mais ça partait vraiment loin dans l'imaginaire.
- Speaker #1
Ça partait loin dans l'imaginaire. Et c'est vrai qu'on se racontait des histoires. Et là, je vois ci, et là, je vois ça. Et là, il se passe ci. Et donc, je pense que ça a participé longuement à ma créativité et au jeu que j'aime faire intervenir dans mon travail.
- Speaker #0
Tu penses que c'était quoi qui t'a inspirée ? Est-ce que tu avais des parents qui t'ont lu des histoires ? Est-ce que tu regardais des dessins animés ? Est-ce que tu avais un univers comme ça autour ?
- Speaker #1
Oui, il y avait beaucoup de lectures. Je pense que mes parents diraient qu'ils m'ont lu énormément de livres. Donc évidemment, il y a tout ce travail graphique du livre pour enfants qui était hyper intéressant. Mon oncle dessine aussi beaucoup de livres pour enfants. Donc oui, il y a évidemment l'histoire. Je n'ai pas tant regardé la télé petite, donc c'était plus les jeux. Et ma grand-mère était peintre. Elle dessinait beaucoup de fleurs à l'aquarelle. Et c'est vrai que j'ai passé quelques étés chez elle étant petite. Et elle m'a formée à ce travail de l'aquarelle, de la couleur. Et aussi ensemble, ils avaient avec mes grands-parents un magnifique jardin rempli de fleurs. Et on cueillait les fleurs ensemble pour composer les bouquets. Et je pense que ça m'a donné un peu les bases de la composition des couleurs. Quelle couleur fonctionne avec quelle autre ? Quelle forme peut fonctionner avec quelle autre ? Et donc oui, ça...
- Speaker #0
Hyper intéressant. Surtout que là, je mettrais des vidéos, mais je suis assise dans ton bureau où il y a une immense fleur, une immense pivoine qui me peint à la main. Et tu te dis, bon, il y a quand même un petit truc avec l'enfance.
- Speaker #1
Oui, clairement.
- Speaker #0
Mais oui, ça a du sens, en tout cas. Et est-ce que tu allais voir des expos ? Tu t'es parlé de ta grand-mère, ton oncle, tu avais cet univers créatif autour de toi. Oui. Est-ce que tu as eu aussi un environnement, un rapport avec l'art peut-être ? La créativité, c'était quoi ?
- Speaker #1
Étant petite, pas tellement. Moi, je n'ai pas grandi à Paris. Je suis née en Bretagne. Après, on a déménagé à côté de Poitiers avec mes parents et mon frère. Et je dirais que ce n'est pas vraiment... Enfin, on n'était pas vraiment entouré de musées. Je n'ai pas le souvenir, en tout cas, d'avoir fait énormément d'expositions avec eux. Mais on a eu un fort rapport à la nature. Je vois. Je pense aux balades en forêt, etc. En tout cas, je disais accueillir les fleurs dans le jardin de mes grands-parents. Je pense que c'est ce rapport à la nature qu'on voit aussi beaucoup dans mon travail. Il y a beaucoup d'oiseaux, il y a beaucoup de fleurs, il y a beaucoup d'animaux qui viennent s'entremêler. Je pense que ça vient probablement de là. Mon rapport à l'art et aux autres artistes, je l'ai développé plus tard, quand je suis arrivée à Paris pour mes études, et où ça m'a ouvert plein de portes de musées. Et là, j'ai découvert, à travers l'histoire de l'art, d'autres artistes et d'autres pratiques créatives que l'aquarelle.
- Speaker #0
Ok. Et l'école, tu as des souvenirs ? Tu étais quel style d'élève ? Est-ce que tu aimais l'école ?
- Speaker #1
J'ai adoré l'école. Je suis la bonne élève par essence. En tout cas, tout mon collège, ça s'est toujours très bien passé pour moi. J'ai toujours été très curieuse. Donc, c'est vrai que j'avais des facilités d'apprentissage. Et en fait, j'aimais bien tous mes petits carnets, écrire des choses, me faire des autodictés, un peu une psychopathe. Très organisée. Alors très organisée, je ne sais pas, parce que j'ai toujours eu un travail un peu brouillon, j'ai toujours été un peu bordélique dans mon travail, mais par contre très curieuse, j'avoue, surtout de certaines matières, un peu moins les matières scientifiques, pour être très honnête. Mais tout ce qui était apprentissage des langues, j'ai tout de suite su que ça allait pouvoir m'ouvrir des portes pour le voyage. Évidemment, l'art. En fait, moi, j'ai fait un lycée à rappliquer à la suite de mon collège. Et là, c'est vrai qu'en arrivant en seconde, je me suis dit mais c'est exactement ça qu'il me fallait.
- Speaker #0
T'as vite trouvé ta place.
- Speaker #1
Ouais, exactement. T'étais alignée avec ce que t'étais. C'est ce qui était génial avec, je crois qu'on appelle maintenant ST2A. les études de Rappliqué. Je me demande si ça n'a pas encore changé,
- Speaker #0
mais j'ai un doute. On vérifiera.
- Speaker #1
En tout cas, pour ma part, ça s'appelait STI à Rappliqué. Oui,
- Speaker #0
je me rappelle de ça.
- Speaker #1
Tu as fait ça aussi ?
- Speaker #0
On doit être à la même époque. Non, moi, j'ai fait le bac normal L et mise à niveau en Rappliqué. Ah,
- Speaker #1
d'accord. Du coup, moi, STI arts appliqués à la souterraine. Très bonne école.
- Speaker #0
Dans la croix-tissier, du coup ?
- Speaker #1
Non, c'est à une heure et demie de Chauvigny, où habitent mes parents. Et donc, j'étais interne au lycée Raymond-Lauuy, de la souterraine. Et c'était parmi les meilleures années de ma vie, parce que j'ai rencontré des amis qui sont encore de très bons amis aujourd'hui. Ça nous a forgé une très forte amitié de passer toutes ces semaines ensemble à un si jeune âge. Et aujourd'hui, d'ailleurs... tous ses copains évoluent dans des champs créatifs différents les uns des autres mais tous à de très bons niveaux je suis hyper fière de mes amis qui sont sortis de cette école et je ne sais plus pourquoi je te racontais tout ça et on parlait de ton rapport à l'école parce que je
- Speaker #0
pose la question parce que souvent c'est intéressant de savoir pour ceux qui sont créatifs dès l'enfance parfois c'est compliqué l'école ils se retrouvent que dans certaines matières Oui.
- Speaker #1
C'est vrai que j'ai toujours été plus à l'aise dans les matières littéraires, les langues et puis les domaines de la création. Mais oui, en fait, c'est vrai que j'ai su très tôt ce que je voulais faire. Et du coup, j'ai su très tôt que l'école allait m'être un moyen d'arriver à ces fins-là. Donc, une fois que je suis arrivée en art appliqué et que toutes les matières étaient orientées autour de la création, c'est-à-dire qu'en physique-chimie, on apprenait... l'art des couleurs, la photographie, etc. même les mathématiques étaient très orientées autour des arts appliqués, tout de suite, ça donnait un sens à ce qu'on apprenait. Ça devenait très concret. La philo, je me souviens, mon bac de philo, c'était « Peut-on aimer l'art sans le comprendre ? » Moi, je peux écrire quatre copies doubles là-dessus. Je trouve ça passionnant comme sujet. Peut-être que j'ai eu la chance, premièrement, d'avoir des parents qui acceptent ma vocation et qui m'encouragent et qui m'accompagnent dans ce choix de faire des études d'art appliqué. Deuxièmement, énormément de chance de savoir très tôt vers quoi je voulais m'orienter. Et troisièmement, d'arriver dans une voie qui oriente aussi bien tous les sujets et les matières générales autour d'un cursus qui m'a pour le coup servi par la suite.
- Speaker #0
C'est surtout le fait de le trouver tôt et d'avoir la bonne école, ça aide énormément. Et justement, tu parlais de l'idée de métier que tu avais en tête. Est-ce que déjà quand tu étais petite, tu avais un rêve de métier et puis est-ce que ça s'est transformé après au moment du lycée ?
- Speaker #1
Oui c'est marrant parce que j'avais un peu deux vocations en tête Premièrement je rêvais d'être actrice actrice de cinéma et j'ai fait du théâtre longtemps, petite par la suite j'ai continué l'improvisation et après je me souviens d'un moment chez mes grands-parents maternels où un oncle ou une tante me demandait Altho Marlène tu veux faire quoi petite ? et je lui ai répondu je veux être mamie Colette et mamie Colette c'était ma grand-mère du coup paternelle qui était peintre et je sais que tout le monde à table avait rigolé en disant mais ça n'existe pas je n'ai pas un métier et en fait je voulais juste dire que je voulais faire comme elle, que je voulais peindre des fleurs ce que j'ai fait plus tard ce que finalement tu fais et je me souviens de ce choix en troisième d'orientation et de me dire soit je pars vers la voie du théâtre l'art de la scène, soit je pars vers l'art du dessin qui sont deux voies en fait parce que je dessinais beaucoup et je faisais aussi du théâtre et je faisais de la danse et du piano Il y avait un univers créatif.
- Speaker #0
Artistique, très complet.
- Speaker #1
Après, tout ce qui est musical, je n'étais pas très forte dedans. J'aimais bien, mais je sentais que je n'avais pas assez de niveaux pour en faire quelque chose. Il y avait un peu ces deux voies, le théâtre et le dessin. Je me suis dit, quoi qu'il arrive, je garderai les deux dans ma vie. Je vais choisir la voie du dessin, mais le théâtre fera toujours partie de ma vie. C'est marrant parce que Je me rends compte maintenant qu'en étant scénographe, finalement ça réunit ces deux passions-là, parce que la scénographie c'est l'art de la scène, et donc pour moi l'illustration et le dessin vient dessiner en fait cet espace scénique, et donc mes deux passions finalement se retrouvent dans mon métier aujourd'hui.
- Speaker #0
Génial, c'est ce qu'on appelle l'alignement.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Et ensuite donc t'as fait ce... Bac ST2I ? Non. STI a rappliqué. Pour moi, c'est ST2A maintenant. ST2A, oui, c'est ça. C'est plus logique. Après ce bac-là, c'était quoi du coup la suite pour toi ?
- Speaker #1
Après, je suis partie à Paris parce que je suis rentrée dans une école qui s'appelle l'école Camondo. Oui,
- Speaker #0
je connais.
- Speaker #1
Qui est une école qui forme au métier de l'architecture d'intérieur et du design objet. Ça donne un peu deux cursus. J'ai hésité un peu entre les deux. Je savais que le design d'espace me... plaisait beaucoup. En tout cas, la fin de mon lycée, ce qui est bien avec l'art appliqué, si je peux encourager des gens à aller vers cette voie-là, c'est que ça ouvre à tous les champs du design. On teste un peu de communication visuelle, on fait un peu de design d'objets, un peu de mode, ça ouvre à plein de choses. Et je sentais que j'étais plus à l'aise dans le design d'espace. Ça me fascinait l'échelle des projets. Donc, je me suis orientée plutôt vers ça. Je me suis dit que le métier d'architecte d'intérieur pourrait me plaire. Et finalement, au fur et à mesure de mes études, je me suis rendu compte que l'échelle des projets ne me paraissait pas tout à fait convenir à ce que je voulais faire. En fait, en architecture ou en architecture intérieure, les temps de projet sont beaucoup plus lents. On peut travailler de 1 à 5 ans, voire plus, sur certains projets. Et je me suis rendu compte, en fait, que moi, ce qui m'animait dans les projets, c'était vraiment les débuts de projet. Quand on reçoit un brief, on le décortique. On fait un énorme brainstorming, on dessine à fond et voilà. Et en fait, moi, j'adore ça. Et après, j'ai envie de passer à autre chose.
- Speaker #0
Je souris parce que c'est exactement la même chose. Et c'est pour ça que je pose le mood board avec tout son sens. C'est vraiment la partie que j'adore. C'est vraiment le début des projets. C'est tellement excitant. Et chercher les idées, les machins associés, je comprends totalement.
- Speaker #1
Oui, exactement. Et donc, cinq ans,
- Speaker #0
c'est long. C'est chouette de voir son projet abouti, mais il faut avoir...
- Speaker #1
C'est ça. Je pense que toute une personne qui aurait vraiment la veine là-dedans te dirait « Mais oui, mais on va justement dans les détails, on choisit vraiment les matériaux. Après, on dessine quelque chose de beaucoup plus pérenne qu'on peut voir évoluer dans le temps. » Et c'est vrai que c'est une jouissance aussi infinie. Et moi, j'avoue que j'ai besoin d'aller vite et d'avoir plein d'idées à la seconde. Et surtout, je me suis rendue compte avec les champs de la scénographie que ça m'ouvrait des portes créatives aussi infinies et des univers que je ne pourrais pas explorer en faisant de l'architecture d'intérieur. Typiquement, mettre un éléphant rose dans un appartement, c'est plus compliqué. Dans une vitrine, c'est possible. Et donc, j'ai fini quand même mes études d'architecture d'intérieur. Et en fait, à la fin de mes études, mon master, je l'ai orienté sur le design culinaire. partie de ma vie qui commençait à s'intéresser à ça et je me suis notamment intéressée au travail entre le lien qu'il pouvait y avoir entre les deux matériaux que sont le verre et le sucre qui sont deux matières en fait qu'on travaille de la même façon c'est à dire que par exemple dans un film quand on casse une bouteille en verre sur la tête de quelqu'un en fait elle est faite en sucre c'est des effets spéciaux entre guillemets si on passe à travers une fenêtre en fait c'est une fenêtre qui est faite en sucre et donc on peut pas se blesser avec et on peut pas se blesser avec Et du coup, on obtient par contre les mêmes effets de transparence. C'est une matière qu'on peut teindre. Ça part la même chose, soit d'un grain de sable, soit d'un grain de sucre qu'on fait chauffer à haute température, qu'on peut par la suite couler, mouler ou souffler. Et donc, je trouvais ça, enfin ce parallèle entre ces deux matériaux me semblait intéressant. J'ai fait mon sujet de master sur ce thème-là. Je me suis, en plus de mon master, formée avec la mairie de Paris au travail de l'art verrier. qui proposent des cours pour adultes. En fait, ils ont toute une liste de métiers d'art qu'on peut faire en plus de soit ses études, soit son travail pour se former à des métiers et à des compétences, en tout cas artisanales. Donc, j'ai fait ça en art verrier. Et je me suis dit, il faut que je trouve le penchant sucre. Et donc, il faut que je rencontre un pâtissier. Mais je me suis dit, mais personne ne va me prendre en stage parce que j'ai aucune expérience en pâtisserie. Donc, je vais juste être un énorme boulet dans une pâtisserie. Et j'ai pensé à la Grande Épicerie de Paris, qui est en fait un magasin qui est la partie nourriture du bon marché, qui est le plus vieux department store parisien, qui est cité dans Le Bonheur des Dames de Zola. C'est vraiment le début des grands magasins parisiens. C'est une boutique qui est...
- Speaker #0
J'y suis allée tout à l'heure juste pour voir.
- Speaker #1
Oui, dans l'architecture, elle est magnifique.
- Speaker #0
Tout est beau, les packagings, les pâtisseries justement. Oui, exactement. Et en fait, c'est un lieu complètement atypique. Il faut passer par là si on va à Paris. Oui, complètement. Juste pour les yeux.
- Speaker #1
Et donc, il y a le Bon Marché, juste à côté, la Grande Épicerie de Paris. Et en fait, ce que peu de personnes savent, mais en fait, la Grande Épicerie de Paris, ils ont dans leur sous-sol les plus grands laboratoires de cuisine de Paris. Enfin, peut-être pas les plus grands, je n'en sais rien. Mais en tout cas, les deux sous-sols de ce magasin-là sont consacrés aux artisans. Donc, c'est des personnes qui veulent travailler Le sucre ou le salé. Le chocolat. En tout cas, oui, voilà, le chocolat. Et donc, ils font les produits qui sont vendus aux étages supérieurs. Et donc, il y a plein de cuisiniers qui travaillent là-bas. Et donc, à la fin de ma quatrième année, je reviens à mon sujet de diplôme, tout a un sens. Je me suis dit, je vais postuler en faisant croire que je vais faire un stage pour faire leur décor. Parce que moi, j'ai une formation de design d'espace, donc peut-être qu'ils pourraient me prendre. Et le soir, en fait, je descendrai au sous-sol et je rencontrerai les chefs pâtissiers pour qu'ils me forment au travail du sucre. Malin. Malin. Et donc, ça a marché. Ils m'ont pris en stage. Donc, j'ai fait mon stage de fin d'études là-bas. Et donc, j'ai effectivement sympathisé avec des pâtissiers qui, notamment, savaient travailler le sucre et qui m'ont aidé dans mon projet de master. Et c'est surtout qu'en fait, j'ai commencé à dessiner des vitrines là-bas avec une équipe vraiment sympa. À l'époque, en fait, je pense que ça a changé maintenant, parce que ça fait un peu plus de dix ans. Mais à l'époque, on était une toute petite équipe à la Grande Épicerie de Paris. Et il y a des décors qu'on fabriquait sur place, qu'on installait directement dans la boutique. Et on avait directement le regard des clients sur ce qu'on avait fait. C'était assez intéressant parce que les projets allaient vite. On dessinait des choses, on avait la réaction des gens. C'était une sorte de boucle vertueuse de nos projets. Et j'ai commencé à me passionner par le design de vitrine. Je me suis dit, mais Eureka, en fait, c'est ça. Il y a le design d'espace, l'illustration, la vitesse des projets. la réaction, l'art du spectacle. Parce que pour moi, c'est ça, la vitrine, c'est un spectacle dans la rue. Oui,
- Speaker #0
complètement. D'ailleurs, on va voir des magasins, juste pour, comme je disais tout à l'heure, juste pour le plaisir des yeux. Parfois, on achète, on a un coup de cœur, mais en fait, juste pour le spectacle.
- Speaker #1
C'est ça, et c'est toujours des grands événements, notamment à Noël, ça attire énormément d'enfants. C'est assez magique de voir leurs petites mains collées sur les vitres et qu'ils regardent les mouvements. Et j'avoue... Je me souviens très bien de ces vitrines de Noël, me mettre de loin, regarder un peu cette effervescence autour, entendre les enfants qui commentent, qui réinventent des mondes comme moi j'avais pu inventer petite avec mon frère ou avec mes amis. J'étais là, mais c'est fou quoi. En fait, ils s'approprient le projet, ils s'approprient l'univers, et il y a cette petite magie dans les yeux de ces enfants qui naît, et ça fait plaisir.
- Speaker #0
Et donc tu as fait les vitrines de la Grande Découverte. épicerie et du bon marché.
- Speaker #1
J'ai participé en tant que stagiaire. Et le bon marché, à l'époque, c'était des designers qui étaient dans le bon marché qui dessinaient ces vitrines-là. Je crois qu'aujourd'hui, c'est un seul et même Paul qui dessine les deux boutiques.
- Speaker #0
Ok. Et ça a été quoi la suite ?
- Speaker #1
Et la suite, ça a été d'avoir mon diplôme et ensuite j'ai obtenu une bourse qui s'appelait à l'époque, je ne sais pas si ça existe encore, la bourse Leonardo.
- Speaker #0
Ah, je l'ai eu aussi. C'était le pendant de Erasmus. Il a son stage.
- Speaker #1
Merci beaucoup. Et alors, où est-ce que tu es partie ? Je suis partie à Londres. Donc, pour expliquer, la Bourse Leonardo, c'est pour les personnes qui ont un master. Ils peuvent être rémunérés pendant six mois pour partir dans le pays européen de leur choix, apprendre une langue et faire un stage chez une personne qu'ils contactent.
- Speaker #0
Je trouvais ça chouette parce qu'il y avait Erasmus où c'est encore... Tu es beaucoup dans les études. Là, Leonardo, tu postules et tu mets tout de suite un pied dans le travail.
- Speaker #1
donc je trouvais ça assez cool donc j'ai commencé à travailler chez un designer qui s'appelait Samuel Wilkinson qui faisait plutôt du design d'objets Et j'ai travaillé 6-8 mois pour lui. Et à la suite de ça, j'ai candidaté dans une agence qui faisait de la scénographie, de vitrines et des pop-up pour des magasins. Et j'ai travaillé 3 ans pour eux.
- Speaker #0
Donc tu es partie à Londres pendant tout ce temps-là ? Oui, exactement.
- Speaker #1
Ce qui m'a permis d'apprendre l'anglais. Ça, c'est nécessaire dans nos métiers. Donc j'avoue qu'à la fin de mon master, je ne parlais pas très bien. Donc ça, ça a été vraiment important. Et puis j'ai fait mes premiers pas, en fait, dans l'apprentissage des décors. En fait, ce qui était bien dans l'agence dans laquelle je travaillais, c'est qu'on avait un studio de créa. C'était assez nombreux, on était une trentaine. Donc un studio de créa et au rez-de-chaussée, il y avait toute l'équipe fabrication. En fait, on fabriquait les décors directement sur place. Donc ça permettait, en fait, de faire des allers-retours entre l'ordinateur et directement la fab, en fait. Et de me rendre compte de ce qui marchait, de ce qui ne marchait pas. Faire directement les rendez-vous avec les personnes qui s'occupaient des protos pour s'assurer qu'en fait nos projets tenaient la route.
- Speaker #0
Et est-ce qu'on peut peut-être expliquer un petit peu en deux mots ? Parce qu'en fait, tu conçois la vitrine. Donc toi, tu es sur... On va peut-être parler maintenant du processus, mais tu fais un croquis. Tu as tout un panel de couleurs que tu imagines, d'univers. Ensuite, tu passes par l'ordinateur, mais ce n'est pas toi qui fabriques.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
C'est une équipe.
- Speaker #1
Ça m'est arrivé de le faire. Pour la faire très courte, en revenant de Londres, j'ai fait un grand voyage en Amérique du Sud, qui m'a aussi nourrie en termes de couleurs et de saveurs, etc. Mais ensuite, en revenant, j'ai fondé une première agence qui s'appelait WM Paris, avec mon ancien associé qui s'appelle Quentin Varie. Et on a travaillé pendant neuf ans dans cette agence, qui faisait des vitrines et des pop-up. Et là, depuis... Un an, on a arrêté cette collaboration et on a chacun un peu suivi des voies créatives différentes. Lui a montré son propre studio, il travaille de Lisbonne maintenant. Et moi, du coup, j'ai créé un nouveau studio à mon nom, auquel j'essaye d'apporter une patte un peu plus personnelle, plus illustrative. Ça faisait longtemps que j'avais envie d'apporter le dessin au plus haut cœur de mes projets. Et notamment dans cette première agence, WM, on a fabriqué quelques décors avec Quentin. parce qu'à l'époque, moi, j'avais plutôt... Un studio où on faisait la créa et du dessin, lui il avait un atelier partagé où on pouvait avoir un parc de machines, etc. Donc on a fabriqué des décors, mais il s'est trouvé que c'était une partie qui était, moi je trouvais un petit peu stressante. Parce qu'en fait c'est là où tous les problèmes arrivent. Il y a une machine qui plante, il y a quelque chose qui se casse. En fait c'est là où tu te dis, il y a des choses que j'ai faites qui... qui finalement ne sont pas à la bonne échelle ou quoi. Et du coup, ça peut être un peu stressant et très chronophage. Et j'ai préféré par la suite m'entourer de personnes dont c'était vraiment le métier. En fait, il y a plein d'ateliers à Montreuil, notamment, qui sont spécialisés dans la fabrication de décors, d'événements. Et qui sont hyper pertinents. Donc là,
- Speaker #0
vous travaillez main dans la main sur ce projet de vitrine, par exemple.
- Speaker #1
Oui, voilà, c'est ça. En fait, quand les projets sont fabriqués à Paris, je vais pouvoir les faire fabriquer par des ateliers. Et selon les désirs des clients, je peux faire le suivi de fabrication avec eux, en tout cas me rendre dans les ateliers, vérifier que tout se passe bien. En tout cas, je suis toujours en lien par la suite avec les fabricants pour valider un peu les couleurs, les matières, etc.
- Speaker #0
Que ça ressemble bien à ce que tu as pensé. Oui,
- Speaker #1
exactement.
- Speaker #0
Et toi, tu prends évidemment en compte les contraintes, je ne sais pas, de chaleur, de couleur, de matériaux. Tu es quand même obligée d'avoir des choses très précises en tête à leur livrer.
- Speaker #1
Oui, complètement. À la fin de mon process créatif, leur livre un document qu'on appelle le document guideline, qui reprend toutes mes vitrines dessinées à l'échelle en 3D, et où je décris après avec les dimensions. Ce sont des plans techniques, mais relativement simples. Ce n'est jamais quand je vois mes amis architectes, la complexité de leurs plans, que je compare les miens, je me dis bon. C'est généralement des grandes dimensions, etc. Je vais détailler tous les éléments qui vont être dans la vitrine, leurs points d'accrochage. généralement comment on va accrocher un produit sur le décor. Et puis après, je fais la liste des matériaux que j'imagine pour le décor, les références de couleurs. Tu vois, là, on a un pantonnier devant nous. Donc, je vais pouvoir les guider avec des références de couleurs. Et donc, j'essaye de leur fournir toutes les infos les plus précises possibles pour être sûre qu'on n'est pas de surprise au niveau de la fabrication. Mais ce qui est en fait génial dans ce process là, c'est que ça m'amène à travailler avec plein d'artistes et d'artisans de plein de corps de métiers différents. et ça m'amène à rencontrer des gens. hyper talentueux, qui s'approprient le projet. C'est ça que j'aime bien aussi. C'est-à-dire qu'ils vont voir un dessin et vont se dire « Ah tiens, pour le mettre en volume, moi je l'aurais pensé comme ça, je l'aurais pensé comme ça. Peut-être qu'on pourrait lui rajouter ce petit bout de papier qui lui donnerait cette terre-là. » En fait, ça devient un projet multimain et ça devient beaucoup plus intéressant que si juste je l'avais dessiné dans mon coin.
- Speaker #0
C'est trop bien qu'il participe et qu'il rebondisse. Il y a une vraie construction collective.
- Speaker #1
C'est une créativité du faire qui vient par la suite. de une créativité technique. J'ai pensé à ça, je ne suis pas sûre que ça tienne dans telles conditions. Et eux, ils vont avoir l'inventivité de se dire, tiens, je te propose cette solution, cette solution, qu'est-ce que tu en penses ? Et là, on travaille à plusieurs cerveaux, c'est hyper intéressant.
- Speaker #0
Et donc, on en arrive à ce que tu fais actuellement. Est-ce que tu peux faire un petit résumé de ton métier de scénographe de vitrine ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Pour qui ? Pourquoi tu bosses en ce moment, par exemple, et aussi de la partie illustration, parce que tu as les deux branches, comme tu disais. Et ensuite,
- Speaker #1
je te poserai la question du processus créatif. Ça marche. Donc oui, je suis scénographe et illustratrice. J'ai un peu la double casquette. Et je dirais qu'en fait, ces deux métiers...
- Speaker #0
se répondre l'un l'autre et se nourrissent l'un l'autre. C'est-à-dire que déjà le dessin, je passe toujours par la phase de dessin pour concevoir mes projets. Et des fois, les illustrations que je fais pour parler de ces projets, pour expliquer à mes clients le concept, vont se retrouver directement imprimées dans les décors que je produis. Donc pas tous mes décors, il y a des décors où on va utiliser vraiment le volume, mais il y a des fois, ça va être une succession de plans imprimés. un peu comme un théâtre à l'italienne qui crée des effets de perspective, etc. Et donc là, on va imprimer directement des dessins que je vais faire à l'échelle 1 qui vont servir de décors. Donc les deux un peu se nourrissent. Mais donc, dans ma pratique, je vais dessiner beaucoup de décors de vitrine pour différentes marques. Je travaille, je ne sais pas si on peut citer des marques.
- Speaker #1
Oui, vas-y, ici, il n'y a pas de contraintes pour l'instant.
- Speaker #0
Donc je travaille beaucoup pour Hermès. Je travaille un peu pour Louis Vuitton aussi. Je travaille pour Cartier. Boucheron, Fred, c'est donc plein de vitrines plutôt dans l'univers du luxe. Je fais aussi des scénographies, donc des fois à l'intérieur des boutiques. Je fais des pop-up stores et je dessine aussi des expériences clients, c'est-à-dire par exemple une marque a un lancement de parfum et il veut faire découvrir ce parfum à sa clientèle, au lieu de juste prendre le parfum et de le sprayer sur un petit bout de papier. comme un blotteur, on appelle ça, pour découvrir le parfum. Mais peut-être qu'il peut y avoir un jeu, une expérience, une immersion qui peut être faite pour découvrir ce parfum-là. Donc, je peux penser à ces expériences-là. Donc, ça, c'est pour la partie plutôt scénographie et espace. Et pour la partie illustration, là, c'est hyper varié selon les commandes. Ça peut être des jeux de société, ça peut être des carrés de soie.
- Speaker #1
Donc là, c'est des commandes de clients qui aiment ta pâte et ton univers et qui te commandent ton illustration pour mettre... par exemple sur un produit.
- Speaker #0
Voilà, exactement. J'ai eu des demandes pour des cartes de vœux, par exemple, donc de dessiner tout un motif qui va être décliné en papier cadeau ou en carte de vœux. Donc, c'est vraiment très varié, quoi. Et ça touche toutes les échelles.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux raconter comment, par exemple, Hermès t'a contacté ? Comment t'as commencé à mettre le pied là-dedans ?
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
C'était à quel moment ? Ça s'est passé comment ?
- Speaker #0
Alors, Hermès, ça a commencé parce que, donc, mon ancien associé, Quentin, a fait Olivier Tserre comme toi.
- Speaker #1
Je ne sais pas en quelle année. En 2013. Ah ouais, c'était un peu après moi.
- Speaker #0
Et donc, son sujet de fin d'année était en lien avec la maison Hermès. Et il y a eu une sorte de petit vernissage où ils ont présenté leur projet. Ici se trouvait la responsable des vitrines de la maison. Donc, on a eu son contact, en fait, grâce à ce travail de fin d'année qu'il a fait en master. Et au moment où on a eu l'idée de monter notre première agence, on a envoyé un portfolio à cette personne. Et dans ce portfolio, à la fin, on avait mis tous nos dessins pour montrer un peu notre univers graphique. Et elle nous a répondu qu'un des dessins, elle le voyait bien en vitrine. Elle se disait, ça serait intéressant parce que le thème à l'époque, c'était le jeu de mémoire, la première année où j'ai travaillé pour eux. Et donc, elle a dit, ce dessin-là, je le vois bien en vitrine. Et on a créé notre première vitrine comme ça.
- Speaker #1
C'est fou, en plus sortie d'études et tout, ça devait être vraiment l'aventure qui commence avec Hermès.
- Speaker #0
Oui, exactement.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux nous parler un peu de ton processus créatif pour un projet de vitrine, dans les grandes lignes, les grandes étapes, les médiums par lesquels tu passes pour poser tes premières idées, jusqu'à la livraison de la vitrine, comment ça se passe dans les grandes lignes ?
- Speaker #0
Oui. Ok. Alors souvent, on commence le projet avec un brief. Selon les maisons pour lesquelles je travaille, ça va être un thème. Par exemple, la maison Hermès, chaque année, ils ont un thème sur lequel tous les créatifs de la maison vont travailler. Et donc, c'est très libre. Il y a d'autres marques qui vont avoir des briefs un peu plus précis, ou ils vont avoir des chartes graphiques, des couleurs qu'ils vont avoir envie d'utiliser. Donc, c'est une première discussion qu'on a ensemble sur le thème qu'ils veulent aborder, les formats de vitrine, etc. Et ensuite, moi, je vais faire une proposition souvent avec trois concepts autour de ce premier brief que je travaille à la main. Donc, je fais beaucoup de dessins. Moi, j'aime beaucoup le crayon de couleur et j'aime beaucoup la gouache. Et souvent, je mélange les deux. Là, ce que tu peux voir autour de toi, notamment, c'est des dessins de recherche. Donc, des fois, c'est vraiment que en noir et blanc parce que je pose un peu les bases de la composition. Après, je vais rajouter un peu de couleur si besoin.
- Speaker #1
Sur du papier coloré aussi ? Oui.
- Speaker #0
le papier coloré en fait je trouve que ça fait moins peur que le papier blanc tu sais ça a moins ce stress de la page blanche puisque la page n'est pas blanche et ça en plus comme j'aime bien le crayon blanc en fait il ressort beaucoup plus sur le papier coloré donc c'est pour ça qu'il y a aussi du papier comme ça donc là ça c'est vraiment la première Première phase de recherche, mais j'inclus toujours ces dessins-là dans mes présentations. Je trouve que c'est important d'avoir un peu cette patte. Et ensuite, je vais travailler sur un logiciel qui s'appelle Procreate sur l'iPad. Ce qui me permet de mieux gérer mes compositions, d'avoir plusieurs calques pour essayer différentes choses, différentes couleurs. Et c'est vrai qu'une fois qu'on sait dessiner à la main, c'est un logiciel qui est hyper bien pensé. j'imagine que
- Speaker #1
Oui, je m'y suis mise. Ce que je racontais dans le tout début du podcast, j'avais eu Procreate et je n'arrivais pas à m'y mettre. Et en fait, après, j'ai parlé des contraintes et de se donner un peu un thème. Mais effectivement, quand tu as déjà dessiné et que tu captes un peu comment on fait, c'est super. Il y a beaucoup de choses à explorer, donc je pense qu'il faut un peu cadrer au début. C'est ça,
- Speaker #0
il faut trouver sa technique au sein de ce logiciel. Mais du coup, après, il me permet de dessiner mes vitrines de matière. plus précise, d'importer les produits que je vais incorporer parce que dès le départ, je sais comment les produits vont être. Oui,
- Speaker #1
tu dis quels produits on voudrait mettre en avant à peu près.
- Speaker #0
Alors ça dépend. Il y a des marques qui vont dire, on crée cette vitrine pour cette collection en particulier. Donc là, je vais être obligée, enfin obligée, en tout cas incitée à mettre certains produits et d'autres marques qui sont hyper libres. Et donc, moi je vais dire, on va utiliser plutôt ce carré de soie, ce sac, etc. Et donc je les intègre directement dans mes décors, à savoir qu'en fait j'essaye la plupart du temps que les produits deviennent un peu les héros de ces décors-là, qu'ils soient vraiment intégrés. Que ce ne soit pas juste une stèle sur laquelle on pose un sac. En fait le sac, si on lui rajoute deux ailes, ça devient un papillon. Si on lui met un chapeau et une canne, ça devient un personnage. En tout cas, de les faire vivre dans ce décor-là et d'y penser dès le départ. Et donc je propose ces trois idées-là. Le client va choisir un des concepts. On va faire des allers-retours selon les marques, plus ou moins d'allers-retours. Ils vont me dire, on va peut-être un peu faire modifier cette couleur. Peut-être que ce personnage, on peut le faire évoluer comme ci, comme ça. On a vu cette inspiration, qu'est-ce que tu en penses ? En tout cas, c'est une discussion toujours avec le client. Et ensuite, je passe dans une phase de 3D où on va nous donner les dimensions précises du décor. Il y a des contraintes techniques, une porte qui vient s'ouvrir, une vitre à tel endroit, des spots.
- Speaker #1
Est-ce que la chaleur, ça a pu être quelque chose de contraignant par rapport à... Je vois que tu utilises du papier.
- Speaker #0
Oui, ça l'a été une fois sur une vitrine où j'avais un mécanisme. Où le mécanisme a surchauffé à cause de la chaleur des spots et de la chaleur ambiante. C'est un mécanisme qu'on avait testé en atelier, qui a tourné pendant deux semaines sans problème, non-stop. Et là, arrivé dans la vitrine, ça n'a pas fonctionné comme on voulait. C'est des aléas du métier. Exactement. Ça, c'est difficile de le prévoir en avance. Et en fait, comme tous les projets sont sur mesure, il arrive toujours des trucs qu'on n'a pas prévus. Et c'est difficile en avance. C'est ça qui est excitant. Oui, c'est ça aussi. Mais ça crée des surprises. Donc oui, on va faire une partie plus en 3D, où on passe les éléments en volume. On sait qu'est-ce qui est en volume, qu'est-ce qui est en 2D, quelles dimensions ils font, comment est-ce qu'on va les accrocher, est-ce qu'on le suspend, est-ce qu'on accroche dans le fond, est-ce que c'est des éléments autoportants. Et donc, une fois que ça, c'est validé, on va faire des rendus réalistes. pour avoir une vision vraiment précise de ce qu'est-ce qu'elle va rendre cette vitrine. En fait, finalement, est-ce qu'il y a des éléments qui sont lumineux ? Est-ce qu'il y a des éléments qui vont bouger ? Donc ça, on va pouvoir le voir un peu avec la 3D. Et une fois que ça s'est validé, on va passer au développement technique. Donc, je vais prendre tous les éléments que j'ai modélisés, je vais leur faire les dimensions, comme je disais tout à l'heure, détails des matériaux, détails des formes. Des couleurs, des accroches, est-ce que c'est quelque chose que j'imagine en deux parties qu'on vient assembler sur place, parce que sinon ça ne passerait pas par la porte, etc. Et selon les projets, si par exemple c'est un projet qui est très illustré, là par exemple tu as des planches qui montent un peu ce process là, je vais dessiner à l'échelle 1 chaque élément qui va être imprimé. Et donc si c'est une succession de strates, il faut que je dessine toutes les strates de mon décor. Tu vois par exemple ici ce... noyau, il est en trois parties parce qu'elles vont être superposées les unes sur les autres. Et donc, je vais envoyer après ces éléments qui sont dessinés à l'échelle 1 à l'imprimeur avec un trait de découpe pour qu'il puisse bien découper les éléments à la bonne échelle et les assembler. Et ensuite, on va... Il y a une étape du montage. Donc, la fabrication, j'envoie tout à l'agence de fabrication. Selon le pays où c'est fabriqué, c'est soit le client qui choisit, soit c'est moi qui les guide. Sur des fabricants, je vais avoir des échanges avec ces fabricants-là, je peux me déplacer sur place pour être sûre qu'on a juste les bonnes couleurs, les bonnes teintes, les bonnes finitions. Et ensuite, on installe tout de nuit.
- Speaker #1
Pour la surprise ?
- Speaker #0
Oui, pour la surprise. C'est surtout qu'en fait, les boutiques sont utilisées la journée, elles vivent la journée, il y a des clients. Donc généralement, on ferme les rideaux et la nuit, les décors sont installés. Et au petit matin, on levait de rideau et on voit les décors.
- Speaker #1
Et est-ce que toi, tu es présente, j'imagine, quand c'est à Paris, c'est possible, mais peut-être pas sur toutes les installations, quand c'est loin, à l'étranger ?
- Speaker #0
En fait, j'ai beaucoup de mes projets qui sont au Japon, au Moyen-Orient, aux États-Unis. Et du coup, je ne peux pas me rendre sur place.
- Speaker #1
Mais qu'est-ce que ça te fait quand tu dois avoir quand même des photos, j'imagine, quand tu vois, ça y est, ta vitrine est installée ?
- Speaker #0
Quelle émotion que tu peux sentir ? C'est hyper émouvant. Et surtout, c'est assez beau, à cette ère des réseaux sociaux, de voir comment les gens s'approprient aussi ces décors. Il y a pas mal de gens qui les prennent en photo, qui les repostent, en disant « ça me fait penser à ça » ou « ça m'évoque ça » . Et ça fait forcément que c'est moi qui les fais, parce que c'est un petit peu un métier de l'ombre.
- Speaker #1
C'est pour ça que je voulais le mettre en lumière. C'est que je n'avais jamais eu accès, en tout cas, à quelqu'un qui fait ce métier. Et j'ai sauté sur l'occasion parce que, voilà, on se dit, c'est la marque qui fait, mais on ne sait pas qui fait vraiment, qui est la personne qui fait ça. Donc, je trouvais ça hyper intéressant.
- Speaker #0
Alors, il y a certaines marques qui mettent vraiment en avant les créateurs, notamment Hermès. Si tu rentres dans n'importe quelle boutique, tu peux demander qui est le créateur de la vitrine. Normalement, chaque vendeur a une petite note avec le nom de la personne et la note d'intention de la vitrine.
- Speaker #1
Génial. C'est vrai qu'Hermès, comme on en parlait juste avant d'enregistrer l'émission, et tu me disais que ça n'avait jamais changé, que c'était comme ça depuis le début, mais beaucoup en avant la création, l'illustration, et vraiment le travail avec des personnes qui mettent en avant. Il faut aller voir leur page Instagram, leur site. On voit toujours, effectivement, tous les artistes sont cités. Et ils tiennent vraiment à mettre ça en avant.
- Speaker #0
J'avoue que c'est une maison qui me tient beaucoup à cœur. parce qu'ils ont vraiment... Et ce n'est pas qu'un effet de communication. Je pense que chaque personne qui travaille sur place a vraiment dans son âme, en fait, dans son cœur, l'esprit créatif et ce goût pour le savoir-faire et les arts en général. Et je trouve que ce qui nourrit cette maison, c'est vraiment ces différents talents qui travaillent pour eux. Ils n'essayent pas de coller à une image en particulier, ce qui réunit tout leur... Aussi bien leur gamme de vêtements que leur boutique, que leur vitrine, c'est la créativité. Ça va être des styles différents, des approches différentes, mais à chaque fois, c'est des choses qu'on n'a jamais vues. Et ils donnent vraiment les moyens de mettre en avant ce savoir-faire-là. Et les artistes avec lesquels ils travaillent, c'est toujours des dialogues qui sont hyper riches avec les gens avec qui je travaille. Et ils laissent le temps, ils apprécient le travail. La liberté aussi. Oui, la liberté.
- Speaker #1
La liberté créative qui est importante.
- Speaker #0
Il y a peu de personnes qui te disent voici un thème, approprie-le-toi et communique. Et prends le temps. Et c'est pour ça que dans nombreux de mes projets pour Hermès, on retrouve par exemple les codes du théâtre. J'ai beaucoup fait des choses autour du rideau, du lever de rideau, du cabaret, parce que c'est des thèmes qui me sont chers. Il y a aussi beaucoup de vitrines qui sont sorties avec des fleurs, parce que c'est aussi un thème qui m'est cher. Et ça, c'est un peu... de mon enfance ou de mes inspirations qui viennent apparaître dans ces créations-là mais qui sont quand même tournées autour des codes d'Hermès qui sont par exemple les codes équestres qui sont des codes qu'on retrouve beaucoup donc c'est comment est-ce qu'on va insuffler les codes de l'Hermès, ça c'est un peu le travail du designer finalement de réfléchir pour qui tu travailles, qui est ton client quel est son ADN et comment est-ce que toi tu vas le transformer avec ton histoire pour en faire une création ça c'est un mélange de tout ça Ouais, quand même.
- Speaker #1
Donc toi, tu as ton univers graphique et ta patte, on peut le voir dans tes décors, dans tes dessins, dans tes couleurs aussi. Comment et où trouves-tu l'inspiration ? Si ce n'est dans ton enfance et dans ce que tu aimes, c'est un peu ce que tu nous as dit. Est-ce que tu as des moments où tu vas quand même puiser de l'inspiration plus actuelle, plus soudaine, peut-être plus imprévue aussi ? Est-ce que ça t'arrive de prendre des photos, de dessiner, de trouver des lieux qui t'inspirent ?
- Speaker #0
Je pense que ça, c'est l'autre de tous les créatifs. Je pense que tu le dirais aussi, et peut-être toutes les personnes que tu as interviewées dernièrement, c'est qu'on a un cerveau qui ne s'arrête jamais. On a beau fermer la porte de notre studio, on est toujours en train de mouliner, en train de regarder. Et l'inspiration, elle vient d'un détail, de bouchons, de liège, d'une bouteille de vin que tu es en train de boire le soir avec ton mec. Ou ça peut être un plat au restaurant, un assortiment de légumes. Ça peut être une exposition, ça peut être un voyage, ça peut être un rayon de soleil qui vient traverser une vitre. En fait, tout est potentiellement inspiration. Et je dirais que l'inspiration, elle vient de tout ça, en fait, de ton enfance, évidemment, d'où tu viens, de ce que tu as appris. mais de toutes les expos que tu vas voir des voyages moi j'ai beaucoup voyagé et c'est vrai que ça a aussi beaucoup nourri mon approche des matières,
- Speaker #1
des couleurs est-ce que tu répertories un petit peu tout ça ou ça reste dans un coin de ta tête et t'as pas besoin vraiment de le de le classer t'as juste à À ressentir un peu ce que tu as vu dernièrement ?
- Speaker #0
Oui, un peu des deux. Ça va être des milliers de photos un peu random dans mon téléphone, de détails, de trucs. Ça peut être des carnets de notes où je viens noter des choses, des notes dans mon téléphone. Et puis après, j'ai une mémoire très visuelle. Donc quand je vois quelque chose, je me dis, ça me rappelle telle chose que j'avais vue ou tel coucher de soleil que j'ai envie de réinterpréter. Et voilà.
- Speaker #1
Comment du coup ça s'équilibre la partie scénographie et la partie illustration ? Même si on a vu que c'était un peu lié, dans le sens, est-ce que tu fais, je ne sais pas, 50% de ton temps scéno et 50% d'illustration ou un peu moins ? Est-ce que tu aimerais parfois faire plus de travaux d'illustration ?
- Speaker #0
Comment tu gères tout ça ? Comme je le disais tout à l'heure, l'illustration nourrit mon travail de scénographie. Et en fait, je passe toujours par l'illustration pour créer mes décors. Je pense que si je regarde l'ensemble de mes projets, j'ai principalement des projets de scénographie et d'espèces. Mais comme dans ces décors, on retrouve des fois de mes dessins qui sont imprimés, du coup, il y a l'illustration qui revient. Mais si on parle d'illustration pure, vraiment des clients qui font appel à moi que pour la partie dessin sans espèces, ça représente, je pense, 20% un peu de mes projets. J'aimerais bien que ça prenne plus de part. Oui,
- Speaker #1
on en avait un petit peu parlé et c'est pour ça que je te posais la question. Est-ce qu'il y a ce besoin et cette envie de peut-être travailler un peu plus que sur ça ?
- Speaker #0
Oui, j'aimerais beaucoup. Mais je pense que l'espace me manquerait si je faisais que ça. Donc, je trouve que j'ai un bon équilibre. Mais c'est vrai que j'aimerais beaucoup faire plus de projets de dessin. Ça, ça me ferait plaisir.
- Speaker #1
Est-ce que tu dessines aussi pour toi et pour le plaisir ? Ou du coup, c'est devenu que pour le travail ?
- Speaker #0
question. Parce qu'en fait...
- Speaker #1
Ou c'est lié.
- Speaker #0
Les deux sont liés. Parce que mon travail, c'est un peu mon univers aussi. Alors, je pense que, pour être très honnête, de mes week-ends, je ne les passe pas à peindre et à dessiner. Parce que c'est vrai que je le fais déjà beaucoup la semaine. Et qu'il y a plein d'autres choses que j'aime dans la vie.
- Speaker #1
Oui, c'est intéressant la question des limites. Justement, quand le dessin ou la photo ou autre technique artistique peut être faite... Pro-perso, j'aime bien m'intéresser à savoir si on continue le week-end ou pas. Est-ce qu'on en a marre, qu'on ne fait pas du tout, qu'on ne touche pas à un pinceau ?
- Speaker #0
Je pense que si je passais trop de temps sans dessiner la semaine, je m'y remettrais le week-end. Là, le week-end, c'est vrai que j'aime bien aussi faire une petite pause. Mais par exemple, pendant mes vacances, avec mon copain, on avait un carnet de dessin qu'on s'échangeait pour dessiner. C'était assez agréable de juste se poser et de dessiner les choses qu'on a devant soi. Ce qui peut être un peu stressant quand ça devient notre métier, c'est qu'on a un peu la pression de résultats. Le dessin doit servir quelque chose, doit plaire à notre client. Il a une fonction en tout cas. Et c'est vrai que quand on dessine pour soi, on oublie un peu ça. Il y a un peu ces carnets de dessin pendant les vacances. Et je fais aussi du modèle vivant de temps en temps. C'est-à-dire que je me rends dans des bars parisiens qui, pour pas grand-chose d'ailleurs, 10-12 euros, permettent pendant deux heures de dessiner un modèle qui vient pendant deux heures poser. Ah c'est chouette, je ne savais pas que ça existait. Ouais, et j'ai beaucoup fait de modèles vivants quand j'étais étudiante ou à l'école. J'ai adoré ça.
- Speaker #1
Moi aussi, ouais.
- Speaker #0
Parce qu'il y a un truc de genre, tu te poses pendant deux heures, tu poses ton cerveau, tu regardes juste la beauté d'un corps qui pose et prend des positions, Et tu essaies de le reproduire sur le papier sans encore une fois attendre de résultats parce que Ce ne sont pas des dessins que je vais exposer un jour, j'en ferai probablement rien, si ce n'est un moment méditatif.
- Speaker #1
Au moment de l'école, je trouve qu'il y avait quand même cette attente de résultat. Où il y avait une discipline à avoir, tu es noté, tu dois prendre telle technique, donc ça mettait un peu la pression. Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est en gros, tu as une personne, un nu, ou une, qui vient et les temps de pause peuvent être soit très courts selon les exercices, soit plus longs. Et on nous dit, c'est à l'oeil, aujourd'hui c'est encre de Chine, aujourd'hui c'est fusain, aujourd'hui c'est crayon. Et évidemment, il fallait reproduire au mieux les formes ou les ombres et tout ça. Mais là, le faire pour le plaisir et sans attente de résultat, j'imagine que c'est une toute autre saveur. Ce serait quoi, toi, ta définition de la créativité ?
- Speaker #0
Quand tu me dis ça, j'ai le mot curiosité qui vient en premier. Je pense qu'un créatif c'est quelqu'un de curieux, qui aime découvrir de nouvelles choses, s'inspirer de nouvelles choses et essayer de... d'inventer des univers qui n'existent pas encore. La créativité, c'est de s'inspirer d'un quotidien et de le transformer vers un imaginaire. Et par un médium, que ce soit le dessin, la musique, le théâtre, la danse, transmettre cet imaginaire qu'on avait en tête. C'est-à-dire transmettre à d'autres personnes un univers qu'on avait nous imaginé. Ça peut être à travers une photo, choisir un cadrage ou une matière que les autres n'auraient pas vu de la même façon. Ça peut être à travers un coup de pinceau, représenter une réalité, mais comme si on voyait à travers les yeux de l'artiste. Moi, à chaque fois que je vois un tableau, je me dis que c'est un cadeau que nous fait quelqu'un de voir le monde à travers ses propres yeux et ses propres proportions, etc. Peut-être qu'on voit chacun des choses différentes finalement et ça nous permet de voir ça. Et je pense que la créativité, c'est ça, c'est un peu toute cette essence de la transformation, en fait.
- Speaker #1
la transformation de la curiosité c'est une belle définition merci de t'être prêtée à l'exercice et pour terminer sur la partie actuelle parce qu'on est en plein dedans est-ce que toi dans ton métier tu ressens l'impact de l'IA en tout cas dans la partie créative parce qu'il y a toujours cette partie tangible où peut-être que ça agit aussi mais où il y a toujours finalement ce de... Cette chose qu'on peut toucher, et je trouve que c'est en ça que c'est aussi intéressant, que peut-être l'IA ne rentre pas, en tout cas encore maintenant, en jeu. Mais toi, peut-être sur la partie illustration ou idées, est-ce que tu sens un impact ?
- Speaker #0
Alors, il y a un impact, malgré moi, du fait que l'IA a maintenant intégré nombreux des logiciels qu'on utilise. Par exemple, il y a une IA générative dans Photoshop, dans InDesign, dans Illustrator, qui sont des logiciels de la suite Adobe que j'utilise. et qui, pour l'instant, moi, me servent en tant qu'outil. Et c'est vrai qu'ils me font gagner un temps fou. Par exemple, détourer. Par exemple, tu as une matière, je dis n'importe quoi, de bois que tu veux mettre dans SketchUp, donc un logiciel de 3D que j'utilise. Et en fait, tu as une image, tu as une photo de ce bois, mais elle est toute courte. Et en fait, le Photoshop, maintenant, te permet de l'agrandir en imaginant les contours de cette matière bois et de créer une matière qui peut se répéter sans avoir un effet de motif et qu'après, tu peux intégrer dans ton outil. Donc ça, je trouve que c'est des outils qui sont merveilleux parce qu'ils me font gagner un temps fou et qui me servent la création. Je n'utiliserai jamais l'IA pour l'idée parce que c'est mon métier, c'est mon cerveau et je pense que les personnes avec qui je travaille viennent chercher cette réflexion, cet univers. Tout le travail qu'il y a derrière, mes études qui m'ont permis d'avoir la patte que j'ai aujourd'hui.
- Speaker #1
Même ton enfance, qui est impossible à reproduire, comme tu disais, le fait qu'il y ait la scénographie, les fleurs, etc. C'est toi, en fait. Oui,
- Speaker #0
exactement. Mais je trouve que ça peut être un merveilleux outil, notamment pour la recherche de matière. Je m'en sers de plus en plus. Par exemple... Je prends par exemple l'un des derniers projets sur lequel j'ai travaillé où j'avais dessiné un héron. Donc là j'ai défini sa forme à la main, je le travaille, etc. Je vais le modéliser en 3D, je vais regarder un peu quelle forme je peux lui donner, etc. Et en fait l'IA me permet de faire des tests de matière et de couleur. Je vais pouvoir le guider en lisant, notamment sur Photoshop, il y a encore cet outil génératif qui permet de dire, tiens je vais tester avec un bec fait en papier calque. Qu'est-ce qui se passe si d'un coup il devient transparent ? Qu'est-ce qui se passe si... En fait, ce n'est pas du papier calque, c'est du feutre. Ça peut faire des rendus très rapides que je pourrais faire aussi avec un logiciel de rendu 3D. Mais là, c'est vrai que c'est assez immédiat. Et ça me permet, avec un même dessin, de tester différentes combinaisons de matières. Et je trouve que là, en termes d'outils, c'est intéressant. C'est-à-dire que ça sert la créativité, mais ça ne la remplace pas. Je le vois vraiment comme... j'ai ce dessin, c'est moi qui te dis il y aura telle matière à tel endroit, et donc ça te crée un rendu mais en aucun cas voici un dessin fait avec les pieds, fais-moi quelque chose de merveilleux ça va rester comme un outil et je trouve aussi que par exemple pour des comptes rendus de mail ou comptes rendus de réunion c'est magique c'est magique mais est-ce que tu ressens aussi un impact extérieur ?
- Speaker #1
je te pose la question en gros parce que BÊT Pour les métiers du design, plutôt du design graphique, l'impact est énorme, le nombre de personnes qui passent par l'IA uniquement, et plus par une personne. Je le vois grandir de jour en jour. Et je me demande si dans d'autres métiers, comme la scénographie, est-ce que pour l'instant c'est un sujet ou pas du tout ?
- Speaker #0
En tout cas, je n'ai pas l'impression d'être impactée par ça. Ça va sûrement venir, malheureusement. Je trouve ça d'une tristesse infinie. parce que Je pense qu'on ne remplacera jamais un cerveau humain avec une machine, et encore moins la créativité, surtout quand on sait que l'intelligence artificielle utilise sans droit des données et des œuvres qui appartiennent à d'autres artistes qui ont passé une vie à définir un style, une compétence, une forme, une couleur. Donc c'est clairement du vol de données, du plagiat.
- Speaker #1
Ça pourrait avoir un impact aussi sur cette partie. Quelqu'un qui prend ton illustration et qui te dit, il faut avoir ce style-là.
- Speaker #0
Oui, carrément, c'est possible.
- Speaker #1
C'est la peur un peu de chacun.
- Speaker #0
J'aime croire, mais c'est peut-être un peu naïf de ma part, qu'on a, nous les créatifs, toujours une longueur d'avance là-dessus, parce qu'on est toujours à la recherche de nouveautés, de styles, de matières, etc. Et tandis que l'IA ne fait que copier et copier mal en plus. Je pense que les marques, et notamment l'univers du luxe, ont tout intérêt à travailler encore avec des artistes. Il y en a plein d'ailleurs qui, sans les citer, affirme qu'ils ne travailleront qu'avec des artistes, etc. parce qu'ils veulent maintenir cette image très luxe. Évidemment, c'est un coût par rapport à une intelligence artificielle, mais je trouve que le résultat est nettement supérieur. On commence, maintenant que ça vient d'apparaître, à avoir un écœurement et un ras-le-bol de toutes ces affiches faites avec l'IA, avec tout ça. C'est vraiment visible et je pense qu'à long terme, ça peut nuire à une image de marque que d'utiliser cette IA. Donc voilà, l'IA comme un outil, oui. Et clairement, moi, je ne veux pas passer pour la vieille bique qui se refuse à toute technologie. J'utilise un ordinateur, je dessine sur tablette aussi. Oui, il y a Med à améliorer certains projets comme un outil intégré dans des logiciels, mais jamais, jamais, jamais retravailler. Et si un jour on arrive dans un monde où malheureusement, en fait, l'ordinateur aura remplacé tout ça, je le changerai de métier. Et je ferai autre chose. Mais peut-être, je ne sais pas, mais peut-être qu'on en est un peu au même stade de l'apparition de l'appareil photo, tu vois, où les peintres ont commencé à se dire, mince,
- Speaker #1
maintenant que l'ordinateur et des logiciels de création.
- Speaker #0
Maintenant qu'on sait reproduire des images de la vraie vie hyper réalistes, est-ce qu'on aurait encore besoin de peintre ? La preuve est que oui, tu vois.
- Speaker #1
Oui, oui.
- Speaker #0
On aura toujours besoin de cette matière. Moi, ce qui me sauve un tout petit peu dans mon métier, c'est que mon dessin, à un moment, il devient en volume et il y a des contraintes techniques. Bon, après, j'y connais un peu rien en technologie. Peut-être qu'un jour, il pourra scanner ma 3D et il pourra dire, ça, ça va comme ça, ça sera telle matière et qu'il m'imprimera tout en 3D. On ne peut pas savoir.
- Speaker #1
On n'a pas la boule de cristal. Pour l'instant,
- Speaker #0
il y a encore un... Donc, il y a un savoir-faire créatif, bien sûr, et un savoir-faire technique, en plus, qui est nécessaire. Les choses ne volent pas dans l'espace par magie. Il y a besoin d'humains. Il y a besoin d'humains, je l'espère, encore très longtemps.
- Speaker #1
En tout cas, notamment les marques avec qui tu travailles l'ont compris. Il n'y a pas de raison que ça change comme ça du jour au lendemain. Est-ce que tu as des rêves ou des projets pour la suite ? Peut-être une marque avec laquelle tu rêverais de travailler ? C'est le moment de manifester.
- Speaker #0
C'est le moment, coucou. Il y a un projet que je rêverais de faire, c'est un carré de soie. d'Hermès j'aimerais beaucoup un jour l'iconique foulard d'Hermès je pense que le jour où j'y arrive je pense que je rends mon tablier c'est un peu un rêve parce qu'en plus je connais la qualité de leurs produits et en plus je suis vraiment admirative des artistes qui travaillent pour la maison il y a d'ailleurs, je fais un petit aparté une énorme bienveillance dans notre milieu Merci. entre tous les confrères, consoeurs qui sont dans cet univers-là, entre les illustrateurs, les scénographes, tous ceux que j'ai rencontrés, il y a toujours une énorme bienveillance et je trouve que c'est très appréciable d'être dans un milieu où il y a autant... Enfin, moi, je reçois beaucoup de messages d'encouragement de mes pairs et vice-versa, j'essaye de rendre l'appareil parce qu'on a tous des styles différents, donc finalement, on ne se marche pas trop les uns sur les autres et moi, j'ai une profonde admiration pour ces artistes-là. Je ferme la parenthèse. Donc oui, il y a notamment des gens que j'admire qui dessinent ces carrés. Donc je pense que ça me ferait vraiment plaisir un jour de faire ça. Donc évidemment pour Hermès, mais pour d'autres marques. Le motif et la mode commencent à m'attirer de plus en plus.
- Speaker #1
J'ai vu que tu avais déjà travaillé sur un foulard.
- Speaker #0
Oui, c'est un projet que j'ai fait perso. Parce que je me suis dit, n'attends pas d'avoir des commandes pour faire des projets à toi. Tu me demandais si je dessinais à côté. Je l'ai fait dans le cadre de mon travail, mais du coup, c'est aussi sur mon temps perso. Les deux s'entremêlent. Et donc, je le vends sur mon site internet. Mais je l'ai fait fabriquer près du lac de Côme, en Italie, sur de la soie. J'ai essayé de le faire bien, en tout cas. Et je suis assez contente du résultat. Mais c'est un peu un appel du pied pour me dire que j'aimerais aussi qu'on... Parce que c'est un peu le problème quand on est dans un univers, c'est qu'on nous appelle beaucoup pour la même chose. Et oui,
- Speaker #1
après tu vas retravailler pour des vitrines, etc.
- Speaker #0
Et c'est très dur de dire, en fait, je fais ça, mais je fais aussi ça, je fais aussi ça.
- Speaker #1
C'est une bonne idée de se dire, si j'ai envie de ce projet-là, autant le tester, le faire par moi-même et qu'on pense à moi sur ça aussi.
- Speaker #0
Oui, carrément. Donc, oui, du motif, mais je dis pour Hermès, mais pour n'importe quelle autre marque aussi. Et du carré de soie, ça me toucherait beaucoup de faire ça. Et revenir aussi à ma passion du théâtre, de la scénographie théâtrale. j'en ai fait aussi à... petite échelle, mais c'est vrai que c'est quelque chose qui me ferait vraiment rêver de travailler pour l'opéra ou des décors de théâtre divers et variés.
- Speaker #1
Ça peut être pas mal. Merci beaucoup Marlène. On arrive à la fin de l'interview. Avant ça, si tu as écouté aussi, tu sais qu'il y a une petite tradition, c'est de finir par ma Madeleine de Proust qui est le Michoko. qui est venu jusqu'à toi à Paris.
- Speaker #0
Merci beaucoup.
- Speaker #1
Je ne sais pas si à toi, il t'évoque des souvenirs d'enfance. Clairement. Je pense qu'on est à peu près de la même époque.
- Speaker #0
Merci beaucoup. J'adore.
- Speaker #1
En tout cas, merci de m'avoir reçu ici. C'était passionnant et on te souhaite plein de belles choses pour la suite.
- Speaker #0
Merci à toi et longue vie au podcast.
- Speaker #1
Merci beaucoup. À bientôt. C'est la fin de cet épisode. Merci beaucoup de l'avoir écouté. J'espère qu'il vous a inspiré, questionné ou peut-être donné envie d'explorer. votre propre chemin créatif. Si cet épisode vous a plu, vous pouvez le partager autour de vous ou lui laisser une note sur votre plateforme d'écoute. Ça aide vraiment le podcast à se faire connaître. Et pour ne rien manquer, vous pouvez vous abonner sur votre plateforme préférée et me retrouver sur Instagram arrobase lemoodboard.podcast Continuez à observer, à ressentir, à créer, parce que chaque jour est une nouvelle planche d'inspiration. A très vite pour un nouvel épisode.