Speaker #0Dans l'épisode précédent, j'ai partagé deux bouleversements que je n'avais pas vu venir en devenant maman. Deux moments très intenses émotionnellement, difficiles aussi, et si je les avais pas vu venir, c'est parce que, en fait, je n'en avais jamais entendu parler. Alors j'ai eu l'élan de les partager parce que ces aspects-là de la maternité sont souvent ceux qui restent invisibles, ceux qu'on ne dit pas et qu'on garde pour soi. Et aujourd'hui, j'ai envie d'ajouter quelque chose, parce que si je m'arrêtais là, ce serait vrai, mais incomplet. La matrescence, ça ne se résume pas à ce qui déborde ou à ce qui vacille, ça ne se limite pas non plus à ce qui s'effondre. La matrescence, elle transforme, elle révèle, elle agrandit aussi. Et surtout, tout ça peut exister en même temps. Devenir mère, ce n'est pas juste accueillir un bébé, c'est une initiation, un bouleversement, une transformation profonde de qui l'on est et de notre manière d'être au monde. Ce passage porte un nom, la matrescence. Et aujourd'hui, je vous embarque dans la mienne. alors pas pour revenir sur ce que j'ai déjà raconté, mais pour montrer cette fois ce qui existait aussi, en même temps. Je suis Mélissandre Lemoynier, doula post-natale, spécialisée dans l'accompagnement de la matricence. Je suis autrice et moi aussi maman. Et ici, on parle de ce qui se transforme à l'intérieur quand on devient mère. Bienvenue dans le passage. Hello les mamas, bienvenue dans ce nouvel épisode du passage. Merci d'être là, merci de partager, de mettre les 5 étoiles et d'être de plus en plus nombreuses ici. Alors dans les épisodes précédents, j'ai parlé de la matricence, à quel point c'était important de la nommer, j'ai partagé quelques repères et puis j'ai aussi partagé des moments que je n'avais pas vu venir en devenant maman. Et dans l'épisode d'aujourd'hui, j'avais envie d'ajouter une autre couche du réel parce que dans la maternité, il n'y a pas que du débordement et l'intensité émotionnelle, on ne la trouve pas uniquement dans la colère, la tristesse ou la frustration. Ça peut être aussi souvent au même moment de l'intensité émotionnelle dans la joie, dans l'amour et dans l'émerveillement. Et puis à la fois, il y a aussi quelque chose qui est un peu plus souterrain aussi, qui va être une forme d'expansion. qui se révèlent dans le temps, et donc parfois, souvent, il y a tout ça en même temps, c'est comme un gros gloobie-boulga, où il n'y a pas d'hierarchie, il n'y a pas d'ordre, c'est vraiment tout mélangé, tout entrelacé. Alors aujourd'hui, j'ai envie de vous emmener dans d'autres moments que ceux que je vous ai partagés dans le dernier épisode, cette fois dans des moments qui existaient en même temps que les précédents, et si je vous les partage, ce n'est pas pour corriger ce que j'ai dit, mais c'est bien pour... compléter le réel parce que la matrescence c'est pas quelque chose de binaire c'est l'expérience de découvrir qu'on peut ressentir plusieurs vérités à la fois plusieurs émotions à la fois et apprendre à vivre avec elle complètement entremêlée et enchevêtrée quand Léo était bébé je pouvais passer des heures à le regarder je pouvais m'extasier devant ses rires ses gestes avec ses petites mains qui découvrait le monde, sa manière d'être là, sa présence, cette énergie qui est tellement brute, qui est vraiment à l'état brut, qui est tellement belle, vivante, qui est vraie. Et ça fait comme une respiration, une bouffée d'air frais de voir une énergie qui n'est pas parasitée. Voilà, c'est ça que je cherchais. Vraiment de l'énergie brute, quoi. Ça, c'était tellement beau. Il y avait aussi cette sensation, dans ces moments-là, d'avoir le... le cœur qui gonfle comme si ça débordait d'amour, comme s'il y avait une vague d'amour qui monte là d'un coup sans prévenir et qui submerge avec les larmes aussi qui arrivent sans prévenir en même temps. Et c'était de l'amour presque trop fort. Il y avait ce truc d'amour, d'émerveillement, un peu tout ça enchevêtré, qui était presque trop, tellement c'était intense aussi. Être la témoin de privilégié de ses premiers pas, celle à qui il dit maman avec les petits yeux tout brillants. Je me rappelle de l'observer dormir, de le voir découvrir le monde et je m'attendais pas à ça, je m'attendais pas à cette intensité d'émerveillement, de joie, d'amour. Je pensais très naïvement échapper au cliché de devenir complètement gaga de mon bébé, la grosse blague, parce que la vérité c'est que je suis complètement gaga de mon fils, je le suis encore, il a 5 ans et demi. en même temps qu'il y avait tout ça qu'il y avait cette intensité émotionnelle très forte et très belle avec des émotions très... haute, je veux dire, en vibration. Il y avait aussi la réalité de la fatigue. Enfin, c'était même plus de la fatigue, j'étais exténuée. Le manque de sommeil, la dette de sommeil même, la charge mentale de « Ah oui, il faudrait que j'aille dormir parce qu'il va se réveiller dans deux heures » ou « Il faut que je check l'heure pour voir à quelle heure on va le faire manger pour ne pas le dérégler, pour essayer de caler un rythme. » « Ah tiens, il faut que je pense à sécuriser le coin de la table ou à toujours le checker pour pas qu'il tombe dessus et qu'il s'éclate la tête sur le coin de la table. » Il y a le cerveau qui ne se repose jamais vraiment. Il y a une espèce de vigilance qui est un peu latente, un peu permanente. Il y a aussi dans tout ça la peur de me perdre dans cette relation, dans cette espèce d'émerveillement, de me sentir absorbée par tout ça. Il y a le manque de ma propre mère aussi parfois, si vous avez écouté l'épisode précédent vous saurez à peu près de quoi je parle. Donc il y a vraiment tout ça en même temps et si je partage ça c'est vraiment pour nommer que c'est pas l'un après l'autre en termes d'émotions, c'est vraiment tout au même endroit en même temps. Et ça c'est important pour moi de le nommer pour montrer que la matricence est beaucoup plus complexe et plus riche et plus vaste que juste... une intensité émotionnelle qui est dans la tristesse ou la frustration ou la fatigue. C'est vraiment pas binaire, c'est tout enchevêtré, tout emmêlé en même temps. Et puis ensuite il y a un moment que j'ai envie de vous partager, un moment où je me suis surprise à agir différemment, où il y a des micro-décisions, des petites réactions dans une forme d'évidence, comme s'il y avait quelque chose en moi qui prenait plus de place, qui était plus instinctif, plus aligné, un peu plus solide aussi. Alors ça, ça n'a pas été dans le début. C'est venu s'installer vraiment progressivement. Et en même temps, dans ces moments-là, je sentais comme un léger décalage avec moi-même. Donc je vais vous raconter un moment qui m'est revenu. C'était un trajet en train avec Léo. On prenait le train pour descendre chez ma mère. Donc on en avait pour quatre heures de train, je crois. On avait pris un train avant, on avait encore un train à prendre après. Enfin, Léo, il était agité. Il avait trois ans et demi. Il bougeait beaucoup, il découvrait, il était un peu excité parce que c'était encore quelque chose d'exceptionnel pour lui de voyager comme ça dans le train. Et du coup, il gigotait sur son siège, il touchait un peu le siège de devant et tout. Et à un moment, j'ai entendu un mec, donc le mec qui était assis sur le siège devant celui de Léo, lâcher un gros truc. Alors je sais plus si c'était mot pour mot, mais c'était vraiment dans le genre, putain ça me saoule là, j'en ai marre. Vraiment un truc comme ça, un peu violent, qu'il a bien dit bien fort pour qu'on l'entende. Et à ce moment-là, j'attendais un peu, j'attendais cette sensation de honte, celle que je connaissais un peu par cœur jusque-là, celle qui m'aurait fait rougir, celle qui m'aurait fait m'excuser, me donner envie de me faire toute petite le reste du trajet. Vraiment ce truc de « faut pas que je dérange » . Et en fait, cette honte-là, cette culpabilité-là, elle vient pas. Et à la place, je... pense simplement à un truc du genre bah ok, oui ça peut le saouler, je comprends j'ai été à sa place, mais en fait Léo il a le droit aussi d'exister je me suis pas excusée, j'ai pas eu ce réflexe là en fait de m'excuser j'ai pas essayé de nous faire disparaître ou de nous faire tout petit et en fait ça m'a presque plus surprise que la scène elle-même où le gars il lâche un gros truc au lieu de se retourner et de nous demander calmement et ça, ça a été quelque chose pour moi qui illustre un peu Une espèce de puissance et de solidité qui s'installe, mais c'est vraiment très souterrain. Et puis, en tout cas, pour moi, ça s'est installé vraiment tout doucement. Avec le temps, il y a une image qui s'est imposée à moi, c'est celle du volcan. Pour parler de la matricence, j'utilise souvent cette image-là. Alors, je ne vais pas rentrer dedans là tout de suite, mais en tout cas, pour ici, c'est qu'on croit souvent que l'éruption d'un volcan, c'est une fin. Ça marque la fin de quelque chose. Et à la fois, c'est vrai, mais à la fois, ça marque. aussi un commencement. Et il y a une phrase d'Alexandra Franzen que j'adore, qui est une autrice que j'adore, qui dit « Now there is more than before » . Pour dire maintenant, il y a plus qu'avant. Et pour moi, l'image du volcan, elle est vraiment très parlante pour la matricence parce que ça vient illustrer que quand il y a l'éruption, on a l'impression que ça détruit tout. Ça laisse tout à fleur de peau, à vif, tout est brûlé. On a l'impression qu'il n'y a plus rien, que ça a tout dévasté. Et en fait, après coup, mais c'est pareil, ça se fait petit à petit, on se rend compte que finalement, ça a laissé la terre beaucoup plus fertile qu'elle ne l'était avant. En fait, c'est pas que ça devient plus simple, pas du tout. Ça devient... Plus riche, ça devient plus dense, plus complexe aussi, en fait plus vivant presque. Donc c'est pour dire que la matrescence, ça ne fait pas que nous enlever des choses, ça en ajoute aussi. Cet épisode-là, il est vraiment pour montrer et nommer et reconnaître que la matrescence, ce n'est pas seulement cette sensation de se perdre complètement, ce n'est pas seulement l'intensité émotionnelle mais dans des énergies un peu lourdes, c'est aussi Une intensité émotionnelle dans l'émerveillement, dans la joie, dans des émotions plus hautes. Et puis c'est aussi une espèce de puissance et de solidité à l'intérieur qui s'installe petit à petit. Et en fait tout ça, ça existe vraiment en même temps. C'est pas l'un après l'autre, c'est pas binaire, ça s'enchevêtre, ça s'emmêle. Et c'est pour ça que je trouve que la matrescence elle est un peu complexe à appréhender. et à définir dans ses contours parce qu'il y a vraiment toute cette complexité et cette richesse-là que j'avais envie de nommer aujourd'hui. Et ça, ça me fait dire que peut-être que la matricence, c'est pas finalement devenir quelqu'un d'autre, mais peut-être que c'est davantage une transformation et découvrir qu'on peut être plus d'une chose à la fois. On peut aimer et être épuisé intensément en même temps. On peut avoir la sensation de se perdre et de se reconstruire. En même temps, on peut avoir la sensation de s'effondrer et en même temps qu'il y a quelque chose qui s'ouvre et qui s'agrandit. Et apprendre à tenir tout ça ensemble, apprendre à accepter qu'il y a tout ça qui coexiste, sans avoir à choisir, sans avoir à hiérarchiser, juste être avec tout ça. Merci d'avoir partagé ce passage avec moi pour explorer la matricence comme une initiation, une transformation profonde, souvent très intense. et en tout cas toujours pleines de sens. Prenez soin de vous les mamas, là où vous en êtes et souvenez-vous que ce que vous traversez mérite d'être entendu, nommé et accompagné. A très bientôt dans le passage ! 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