- Speaker #0
Bonne note égale confiance en soi, assurée plus tard.
- Speaker #1
Faux. Il y a en fait énormément d'enfants qui ont eu des très bonnes notes, qui n'ont absolument pas confiance en eux. Et beaucoup les filles qui ont le syndrome de la bonne élève, et en fait il faut toujours qu'elles surperforment, qu'il y ait du pain béni pour les entreprises.
- Speaker #0
Hello, je suis Laure, médecin, maman et la créatrice du média Le Coeur Net. Ici on explore l'adolescence. Alors dans le podcast, on réfléchit ensemble aux grands sujets de santé, et dans la newsletter, dispo dans les notes de cet épisode, Je vous propose des outils pratico-pratiques pour le quotidien. Dans mon cabinet médical, c'est un sujet qui revient souvent, le monde du travail. Les parents ne savent plus trop comment aider, quoi transmettre à leurs ados, dans un monde où tout change hyper vite, où les repères d'IA ne sont plus du tout les mêmes que ceux d'aujourd'hui. Alors justement, j'avais envie d'aborder des thématiques liées au monde professionnel, mais qui s'appliquent bien au-delà. La quête de sens. les rapports humains, la confiance en soi, l'esprit critique. Des compétences qui, je pense, peuvent suivre nos ados toute leur vie. Alors pour en parler, j'accueille Solène Boquillon-Leguazio, diplômée d'Human and Skill à l'université Panthéon-Sorbonne. Elle a été DRH pendant plusieurs années avant de devenir consultante et conférencière. Elle a recruté et accompagné et vu évoluer des centaines de jeunes actifs en entreprise et elle est aujourd'hui reconnue pour son positionnement autour de l'intelligence humaine de l'IA et d'éducation au XXIe siècle. Elle figure d'ailleurs au palmarès Forbes France des 40 femmes les plus influentes en 2022. C'est pas rien. Avant de commencer, une précision qui compte pour moi. Ce qu'on va explorer aujourd'hui, c'est pas du tout une recette pour préparer nos ados à devenir entrepreneurs. Ce qu'on veut vraiment, c'est qu'ils soient heureux dans ce qu'ils feront, quel que soit leur métier. Les compétences dont on va parler, elles servent à ça, à se sentir bien avec soi-même, avec les autres, quel que soit le chemin pris. Si cet épisode vous plaît, surtout laissez un commentaire, 5 étoiles. C'est hyper précieux pour ce podcast que j'auto-entreprends. Je vous remercie beaucoup et je vous souhaite une bonne écoute. Salut Solène. Salut. Merci d'être là. Alors dis-moi, c'est quoi les albums de musique que t'écoutais quand t'étais ado, toi ?
- Speaker #1
On parle collège ou lycée ?
- Speaker #0
Ouais, ça évolue. Les deux. Les deux.
- Speaker #1
Collège à fond, Boys to Men d'ailleurs, ils sont passés il n'y a pas longtemps. J'ai appelé mes copines de collège en disant, on ne voulait pas qu'on y aille. Trop de vies. Ouais, Boys to Men, Marie et Carré, enfin voilà. Et là, en fait, justement, j'en parlais, parce que j'ai deux newsletters. J'ai une newsletter qui s'appelle Être parent au XXIe siècle, où je décrypte la parentalité du XXIe siècle. Et là, j'ai fermé ma boîte en février. Et du coup, ça a été un moment de pause. Et donc, j'ai fait une deuxième newsletter qui s'appelle Pause. Et où je parle de ce que j'ai lu, de ce que j'ai écouté, de ce que j'ai vu. Et donc, je parlais de Ado FM que j'ai mis dans la voiture. Et en fait, je me suis rendu compte que Ado FM ne passait que des musiques de ma génération. De quand j'étais au lycée, etc. Et j'adore écouter ça parce que... Je retrouve des alliances ethniques,
- Speaker #0
des trucs qu'on m'a pas écouté depuis des années.
- Speaker #1
Je suis à fond et j'aime bien ce petit côté nostalgique quand je réécoute tout ça. Ah ouais,
- Speaker #0
j'imagine. Et t'étais comment, ado, toi ? T'es déjà entrepreneuse un petit peu ? Ouais,
- Speaker #1
bah militante. En fait, moi je dis toujours, j'ai un énorme... Passée d'engagement, j'étais déléguée du CP à la dernière année de fac. Et donc, j'étais au collège, j'étais la déléguée des délégués. Je faisais des réunions avec tout le monde. J'organisais des commissions pour qu'on ait des meilleurs repas à la cantine. J'étais un peu l'ado militante. Et puis, une ado à la fois assez introvertie sur le côté de... J'adorais lire. et je pouvais rester enfermée dans ma chambre tout un week-end pour terminer des bouquins. Et à la fois, j'avais une bonne bande de potes et justement, je réfléchissais parce qu'en ce moment, je m'interroge énormément sur les libertés qu'on laisse à nos enfants et le fait qu'on se plaint qu'ils sont tout le temps à la maison, sur les écrans, mais en fait, on ne veut plus les laisser dehors. Et là, moi, mon fils aîné, il est en quatrième. À cette époque-là, en quatrième, donc moi, j'ai grandi à 51 en Yvelines, donc dans le 78, et donc on était en bordure de la vallée de Chevreuse. Je me rappelle, je pense exactement à la même période, c'est-à-dire on avait fini les cours, on était partis à 8 potes, en vélo, faire la vallée de Chevreuse, les 17 tournants, en VTT, toute une journée.
- Speaker #0
Vous aviez des casques ?
- Speaker #1
On n'avait pas de casque, et on est partis à 9h, et on est rentrés à 18h. Sans téléphone portable, sans parents. Et je me rappelle de cette journée qui avait été extrêmement sympathique, où on s'était éclatés tous ensemble dans le VTT, avec aussi quelque chose qui n'existe plus, une mixité filles-garçons, puisqu'on était quatre filles et quatre garçons, et des potes, pas forcément des amoureux. Et il n'y avait pas de problème, alors qu'aujourd'hui, ils ne se mélangent pas. C'est assez marrant.
- Speaker #0
Assez représentatif de cette époque. Merci pour ce partage. Alors, tu sais, dans le podcast, j'ai tendance à demander l'avis des experts sur des micro-trottoirs. Donc, j'ai rencontré une jeune lycéenne. Voilà ce qu'elle me dit.
- Speaker #2
Pour moi, un travail où on est heureux, c'est un travail où on a envie d'aller chaque matin. On sait pourquoi on le fait, même si c'est parfois difficile, parce que ça nous correspond, ça correspond à nos valeurs. On s'y sent utile et à notre place. Je dirais que c'est un travail où on n'a presque pas l'impression de travailler, ou en tout cas, ce n'est pas une tâche ni un regret, et ça nous donne de la force, plus que ça nous en enlève en tout cas.
- Speaker #1
C'est assez représentatif de cette nouvelle génération qu'on a tendance à trop critiquer. Après, je pense que les générations plus vieilles ont toujours critiqué les générations plus jeunes. Mais moi, je dis qu'on a de la chance d'avoir ces jeunes qui se posent des questions sur l'équilibre vie pro-vie perso, le fait d'avoir un travail qui a du sens. Parce que pendant des années, il y a eu énormément de... On va dire reproduction sociale, c'est-à-dire les enfants d'ouvriers se retrouvaient à aller dans la même usine que leurs parents. Les parents étaient en mode « ah, il te faut un CDI » . Enfin, moi, quand je dis à mes parents que j'allais faire de l'entrepreneuriat, voilà, pour eux, ce qui était important, c'était le CDI. Et en fait, les parents ont du mal à se projeter dans une vision de vie qui est différente de la leur. Je pense qu'aujourd'hui, il y a énormément de jeunes, ils ont vu que leurs parents... ils travaillaient, ils partaient tôt, ils rentraient tard pour à la fin se retrouver licenciés dans des grands plans sociaux et que ça ne les rendait pas plus heureux que ça. Et donc, je trouve ça extrêmement rafraîchissant d'avoir des jeunes qui se disent « je veux avoir un travail qui a du sens et qui va m'épanouir au quotidien et dans lequel je ne vais pas forcément laisser toute ma vie. »
- Speaker #0
Et c'est très juste, tu parles évidemment des jeunes puisque c'est le sujet, mais moi... Je peux dire qu'en consultation, je vois des jeunes et des moins jeunes qui sont en quête de sens. C'est quand même, je ne sais pas si tu as des amis autour de toi, en tout cas, c'est assez fréquent, je trouve. Voilà, des grosses remises en question sur les choix qu'on a faits par rapport à notre modèle éducatif, etc. Et je trouve que c'est très juste ce qu'elle dit. Et donc, j'ai un autre extrait d'un collégien. Moi, j'ai envie de faire un métier artistique, chanteur, musicien, faire du dessin, acteur, parce que j'ai envie de m'amuser et d'être créatif. Tu penses que ça te plairait ? Je pense que ça me plairait parce que déjà être créatif maintenant, ça m'aide pour le moral et ça me fait plaisir.
- Speaker #1
C'est génial d'avoir un collégiens qui arrive à dire ça. Après, les deux barrières que je vois pour ces jeunes qui veulent faire des choses qui paraissent ne pas rentrer dans le cadre, c'est un, la barrière des pères. C'est-à-dire que moi, j'avais vu cette discussion, j'ai été mentor pendant quelques années. d'un programme de jeunes lycéennes qui étaient en première, où en fait on leur présentait des rôles modèles du type une femme qui pilote d'avion, une femme qui travaille dans l'aérospatiale, une femme qui est ingénieure, pour un peu leur ouvrir les perspectives et développer leurs ambitions. Et une des jeunes filles que je mentorais, elle me disait « moi je veux faire du design, j'adore le design, etc. » Mais toutes mes copines, elles veulent aller dans la même école de commerce pour faire du marketing de luxe, pour être toutes ensemble. Et donc, elle me disait en fait, elles choisissent quelque chose en fonction des autres et pas en fonction de leurs envies et de leurs besoins. Donc ça, c'est une première barrière. Et c'est certainement pour ça que juste on a à peu près 30% des élèves après le bac qui changent de filière et 60% à bac plus 3. Donc, comme je dis souvent aux parents, arrêtez avec le grand délire de parcours sup parce que de toute façon, ils vont changer d'avis. Donc, ce n'est pas bien grave. Et puis, la deuxième barrière, c'est les parents qui sont dans une projection permanente à projeter leur propre peur sur leurs enfants. Et au lieu de se dire « j'ai confiance en toi, tu peux y arriver, si tu fais ça, tu le feras, essaye d'être le meilleur » , ils vont dire « ah mais t'es vraiment sûre que tu vas faire ça ? Tu sais, c'est hyper difficile, tu vas peut-être pas percer » . Et donc, il faut vraiment... J'espère que ce collégien... qui a l'air de vraiment aimer ça, va rester droit dans ses bottes et faire en sorte que ni ses pères, ni ses camarades, ni ses parents ne l'empêchent d'aller vers son rêve.
- Speaker #0
Vers ce rêve, oui, mais c'est tout l'objet de cet épisode. C'est parce que ce que tu décris, les réactions des parents, elles sont légitimes aussi. On est toutes les deux mamans, mais on se dit, dans le monde d'aujourd'hui, comment on doit réagir ? Et justement, j'avais envie qu'on parle de rapports humains, d'engagement, c'est ton truc aussi. de quête de sens, comment nous, les parents, on doit réagir ? Alors, il y a une étude, Ipsos, qui montre que près de trois quarts des 18-28 ans jugent primordial que les valeurs de leur entreprise rejoignent les leurs, c'est ce que la jeune fille disait tout à l'heure, même si ça implique un salaire moindre. C'est un vrai changement, en tout fond, dans le rapport au travail. Tu le vois, toi, dans l'entreprise, ça ?
- Speaker #1
Oui, parce qu'en fait, moi, j'ai une ancienne carrière de DRH à l'international et j'ai encore beaucoup de DRH dans mon environnement. Et en fait, là, ils galèrent à recruter. Il y a énormément d'entreprises qui n'arrivent pas à attirer des jeunes, à attirer des talents. Il y a un turnover qu'on n'a jamais connu, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, les jeunes, ils partent au bout de trois ans. Même en apprentissage, ils arrivent à dire au bout d'un an, en fait, non, ce que vous m'aviez proposé, ça ne me convient pas. Je vais chercher une autre boîte pour ma deuxième année d'apprentissage. Ça n'arrivait jamais, ça, il y a 10-15 ans. Donc voilà, on voit que pour beaucoup de jeunes, après, il y a encore des jeunes qui veulent gagner plein d'argent, etc., mais la plupart, la grande majorité, ils sont en quête de sens et ils préfèrent gagner moins, avoir moins d'horaires, être plus libres que d'être corvéables à merci, comme l'ont été nos parents et comme le sont encore... des personnes de notre génération. Moi, des fois, je me moque de mes potes en leur disant, en fait, tu me dis que tu es bien payé, mais par rapport aux horaires que tu fais, tu sais que tu as un salaire McDo. Si tu fais... C'est juste. Voilà, donc...
- Speaker #0
Et justement, pour comprendre, nous, comment les parents doivent réagir, par exemple, est-ce que tu pourrais nous dire qu'est-ce qui, chez un collaborateur, montre qu'il est à l'aise dans ses rapports humains, dans sa coopération, l'adaptabilité, ce genre de choses ? Est-ce que tu as des choses que tu repères, toi ?
- Speaker #1
Alors en fait, moi, dans la manière où j'ai appris à recruter, et c'est pour ça que j'en suis venue à faire des compétences humaines, ou qu'on appelle aussi les soft skills ou les compétences psychosociales, mon expertise, c'est qu'en 2005, j'ai été recrutée par une entreprise anglo-néerlandaise, Shell pour ne pas la nommer, uniquement sur mes compétences humaines, mes soft skills. C'est-à-dire qu'à l'entretien de Shell, j'ai eu trois questions. La première question, c'était... Est-ce que vous pouvez me parler d'un projet dont vous êtes fière et comment vous avez fait pour le réaliser ? Et donc là, il fallait rentrer vraiment dans le détail. Qu'est-ce que c'était ce projet ? Quels étaient les gens ? Quels étaient les enjeux ? Et là, ce qui était testé, c'était ma persévérance, ma volonté d'aboutir, ma capacité à aller au bout des choses. La deuxième question, c'était pouvez-vous me parler d'un moment où vous avez travaillé avec des gens différents de vous et comment vous avez fait pour vous adapter à eux ? Et donc là, c'était adaptabilité, collaboration, coopération qui étaient testées. Et la dernière question, qui était la question la plus lunaire, c'était une question d'analyse et de synthèse, où en fait on m'a dit, est-ce que vous pouvez me donner une définition de la privatisation ? Quels en sont les avantages et les inconvénients ? Que feriez-vous si vous étiez ministre de l'économie avec la privatisation ? J'aurais pu tomber sur, il y avait la question définition de l'environnement, définition de l'éducation, etc. Moi, je suis tombée sur cette question-là. et en fait L'objectif, c'était de voir comment je prenais un sujet, je le décortiquais. Est-ce que j'allais rester juste sur un prisme économique ou est-ce que j'allais voir des ramifications qui vont être beaucoup plus grandes et donc voir comment je prenais un sujet et je l'analysais. Et l'entreprise partait du principe que si on était persévérant, qu'on savait collaborer avec les autres, qu'on avait un bon esprit d'analyse et de synthèse, on pouvait faire n'importe quel métier. Donc, on nous disait, à la fin du processus de recrutement, après j'ai eu deux autres entretiens de feed culturel, on a des jobs aux finances, aux RH, au marketing, à la logistique. par quoi voulez-vous démarrer votre carrière ? Et donc, ce qui était important, c'était ces compétences humaines. Donc moi, j'ai appris, parce qu'après, on avait 12 compétences humaines qui allaient de l'esprit critique, la curiosité, la résolution des problèmes, qui étaient analysées et évaluées chaque année. On avait des grilles avec des niveaux qu'on pouvait développer. Et c'était comme ça, en fait, que notre carrière était gérée. Et notre carrière n'était pas gérée en fonction de notre diplôme. elles étaient... gérée en fonction de ses compétences. Et j'aime énormément donner cet exemple. On avait, je crois que c'était en 2009, on avait recruté une anglaise, qui parlait bien français, qui avait fait histoire de l'art à Cambridge. Elle a été recrutée comme directrice de l'usine de lubrifiants à Nanterre pour faire des lubrifiants de voitures. En France, ça ne serait jamais arrivé. On aurait pris au minimum Enfin là, ça est arrivé en France, mais je veux dire, dans une boîte française, ça ne serait pas arrivé. Total, on n'aurait jamais fait ça. On aurait pris au minimum quelqu'un qui a fait, je ne sais pas, HEC ou un bagon d'ingénieur polytechnicien. Et donc, j'ai appris à voir ces compétences et dans mes process de recrutement, je vais toujours aller tester la capacité à collaborer avec quelqu'un, sa capacité à avoir confiance en lui, à amener une idée sans écraser les autres. Par exemple, on avait une compétence, c'était savoir influencer avec intégrité.
- Speaker #0
C'est bon ça. Notez s'il y a des jeunes qui nous écoutent. Pour influencer les parents.
- Speaker #1
Voilà, c'est ça. Donc voilà comment. Et en fait, influencer avec intégrité, c'est quelque chose qui pour moi manque énormément en France et encore plus aujourd'hui, c'est développer son assertivité. Et l'assertivité, c'est ne pas être agressif, mais ne pas être non plus passif et trouver le juste milieu pour parler avec quelqu'un.
- Speaker #0
C'est intéressant parce que toutes ces compétences que tu cites, on parle évidemment du monde de l'entreprise, mais en fait, en réalité, elles sont... hyper importantes au quotidien. Tu viens de les citer. Je les rappellerai dans la newsletter qui suit le podcast. Je pense qu'on a intérêt aussi en tant que parents de relever ces choses-là. Par exemple, tu citais l'exemple que je trouve hyper bon de faire preuve d'intelligence humaine quand on est peut-être avec des personnes qui ne nous ressemblent pas, qui n'ont peut-être même pas les mêmes valeurs que nous. Je me dis qu'en tant que parent, si notre jeune, si on voit qu'il a réussi à... à passer par exemple un week-end, que ça se passe bien avec un autre jeune, mais qui est complètement à l'opposé. C'est des exemples pratiques, mais peut-être juste lui relever, lui dire où tu es capable en fait aussi de cette intelligence.
- Speaker #1
Moi, il y a quelque chose, j'ai écrit un livre qui s'appelle « Préparez vos enfants au monde de demain » , qui a été édité par DBS, qu'on peut trouver partout à la FNAC, etc. Dedans, je liste les 15 compétences que je pense indispensables pour nos enfants au XXIe siècle, Et j'explique comment les... cultiver et les développer de manière très facile dans votre quotidien. Et par exemple, il y a une compétence que j'aime bien qui est à la fin du livre, puisque les compétences humaines sont classées par l'OMS en trois grands domaines. Les compétences cognitives, comme avoir confiance en soi, apprendre à apprendre. Les compétences émotionnelles, comme savoir accueillir ses émotions, être résignant. Et les compétences relationnelles. Et dans les compétences relationnelles, il y a une compétence que j'adore, c'est savoir résoudre les conflits. avec les autres. Et ça, je pense que on est, avec les réseaux sociaux, dans un monde de clivage où, en fait, on demande toujours aux gens « Est-ce que vous êtes d'accord ou est-ce que vous n'êtes pas d'accord ? Quel est votre camp ? » Alors qu'en fait, on peut tellement être neutre ou on peut dire « Je ne connais rien sur ce sujet, donc je ne peux pas en parler. » Et moi, j'ai dit souvent à mes fils « Au moins, vous êtes d'accord sur le fait que vous n'êtes pas d'accord. » j'ai fait aussi des ateliers sur ce sujet dans des classes de CE2, de CM2 etc et en fait quand on leur dit au moins à la fin vous êtes d'accord sur le fait que vous n'êtes pas d'accord les enfants ils sont en mode et je leur explique qu'on a le droit de ne pas être d'accord et moi quand mes enfants j'ai trois garçons et quand mes enfants se chamaillent je leur dis pas arrêtez de vous chamailler, je leur dis c'est normal, vous êtes trois enfants différents avec des perspectives différentes vous n'êtes pas obligés d'être pour ton accord. Ça fait partie de la vie d'être en désaccord. Regardez avec papa, on n'est pas toujours d'accord sur tout. Et c'est normal d'avoir des points de vue différents.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Mais c'est vrai qu'on manque, comme tu disais, de nuances, en fait. C'est cette nuance-là dont on aurait besoin. Et c'est hyper drôle ce que tu dis sur le fait d'être d'accord, sur le fait de ne pas être d'accord, parce qu'il y a des stratégies en thérapie, et notamment en thérapie de couple, quand les couples viennent devant le psy. Je ne devrais peut-être pas le dire, mais... Mais souvent, c'est parce que c'est électrique, c'est frontal, ça ne va pas, on ne supporte plus l'autre. Et puis finalement, le psy, il essaye de trouver un terrain sur lequel les deux ne sont pas d'accord, enfin justement, sont d'accord entre eux sur le fait qu'ils ne soient pas d'accord. Et ils repartent en général en ayant ce point commun-là et ça peut raviver des choses.
- Speaker #1
Et ça, c'est une compétence géniale quand tu arrives dans le monde du travail parce que, comme je dis toujours, on ne choisit pas ses collègues et c'est impossible d'être ami avec tous ses collègues. Enfin, ce n'est pas possible. Mais quand on a appris, dès l'enfance, que le fait d'être pas d'accord avec quelqu'un, pas être d'accord avec ses parents, pas être d'accord avec son frère, etc., où ça sort, c'est pas... En fait, on va pas avoir d'enjeu à l'âge adulte. Et si on a un collègue qui nous dit « Bah non, je suis pas d'accord avec ta proposition, etc. » , on va pas y mettre de l'affect. On va dire « Bon, bah OK, il est pas d'accord. » Ça arrive de pas être d'accord. Alors que si on a grandi dans un environnement où il faut tout le temps que tout le monde soit d'accord sur tout, eh ben on va mal vivre. Le fait que la personne ne soit pas d'accord avec nous au travail, et on va se dire, mais qu'est-ce qu'il a contre moi ?
- Speaker #0
Le monde s'effondre. Oui, je vois tout à fait. D'ailleurs, ça me fait penser aussi, je peux permettre de rapprocher, dans tout ce qui est thématique de harcèlement, typiquement, quelqu'un qui vient nous voir et qui nous dit, t'es moche, je ne suis pas d'accord finalement avec ta beauté, ou tes fringues, ou tout ce que tu veux. L'idée aussi de se dire qu'après tout, il a le droit de penser ça, et ça ne nous atteint pas. C'est un vrai travail qu'on peut apprendre à nos jeunes. Mais pas simple. et justement est-ce que tu aurais des gestes simples un rituel ou des questions que nous les parents on pourrait poser à nos jeunes de temps en temps à la maison pour cultiver tout ça alors pour moi l'enjeu
- Speaker #1
franco-français, c'est la confiance en soi. Pour moi, c'est le socle et la base qui va permettre de développer toutes les compétences. Et pourquoi je dis que c'est un enjeu ? Parce que la France, d'une manière globale, il y a 80% des Français qui n'ont pas confiance dans les autres. La moyenne de l'OCDE, c'est 62%. Donc, en fait, on vit dans un pays où la défiance est présente. Dès que tu vas discuter avec quelqu'un et tout, tu vas dire, je ne suis pas sûre. Voilà, donc déjà, pour... Et c'est pour ça que les négociations avec les syndicats sont difficiles. Et ensuite, concernant les enfants, on est classé 62e sur 65 des pays de l'OCDE sur la confiance en soi des enfants en leur capacité à réussir. C'est catastrophique. On est tout en bas. Et donc, comme je dis souvent, comment est-ce que vous voulez qu'on soit bon dans les classements PISA et que les enfants soient bons à l'école s'ils n'ont pas confiance en eux et s'ils disent qu'ils ne vont pas réussir ? Et quand on interroge les enfants, il y a les apprentis d'Auteuil qui ont fait une enquête, c'était il y a deux ans, mais je pense que ça n'a pas dû trop changer. Il y a à peu près 60% des enfants qui disent « mes parents ne me font pas confiance » . Et donc, je pense qu'il y a un énorme travail de lâcher prise. Moi, je revendique, et pareil, je fais un peu des parallèles avec la manière dont j'ai grandi. je pense que j'étais... Aujourd'hui, j'élève mes enfants dans ce sens-là, mais je pense que j'étais beaucoup plus autonome que la plupart des enfants aujourd'hui. Aujourd'hui, les parents sont au service de leurs enfants. Nos enfants, il faut qu'ils soient bons à l'école, qu'ils aient le temps de faire leurs devoirs, qu'ils fassent Wattmean l'activité où on se transforme en chauffeur de taxi. Et quand j'entends des copines me dire « Oh là là, il est en train de réviser, donc il y a il y a Il ne va pas mettre la table. En fait, c'est des princes et des princesses. Et nous, on est là. Et en fait, on n'autonomise pas les enfants. Et moi, je vais par exemple faire un exemple tout simple où on me dit, mais t'es complètement folle. Mes jumeaux, ils font leurs œufs au plat le matin pour le petit-déj depuis l'âge de 7 ans. Ils s'habillent tout seuls. Ils choisissent leurs habits depuis la moyenne section. Et j'ai des discussions lunaires avec des mamans d'enfants de CM2 qui me disent « Ah non, mais ils ne peuvent pas bien choisir leurs habits, sinon ils vont être mal habillés. »
- Speaker #0
C'est un peu des paris, en général.
- Speaker #1
« Voilà, ils vont être mal habillés. » Je fais « Ah non, mais c'est bon, la fashion police des chaussettes qui ne vont pas... » Des fois, ils partent le matin, je me dis « Bon, les chaussettes... » Alors, je leur dis « Tu t'es bien regardée dans la glace avant de partir ? Est-ce que tu es satisfaite de ta tenue ? » Et généralement, ils me disent « Oui, oui, je suis satisfaite. » Je fais « Bon, si t'es satisfaite, c'est... »
- Speaker #0
Et la confiance en eux arrive. Voilà,
- Speaker #1
et donc en fait, en ne faisant pas alors... place, en ne prenant pas certaines décisions à leur place. Il y a des décisions, effectivement, ça nous revient un peu plus. Mais sur le quotidien, il y a plein de choses. Moi, la fierté d'un de mes jumeaux sur les oeufs, quand j'aime bien faire des brunchs le dimanche, je me dis « Maman, c'est moi qui fais les oeufs brouillés, les miens sont meilleurs que les tiens. » Et donc, c'est une fierté de pouvoir faire ces choses-là. Et ça, on ne l'a que si on les laisse faire des choses.
- Speaker #0
Mais l'autonomie, vraiment, c'est un vrai sujet. Moi, j'en ai fait tout un dossier dans ma newsletter. En réalité, c'est très juste, en fait. On doit les lâcher un petit peu pour chaque action qui est amenée toute seule soit valorisée. Et si derrière, on arrive à dire « Ah, ben tiens, t'es passé prendre du pain tout seul, t'as ramené la monnaie » ou « Ben voilà, tu t'es habillée, ben moi, ça m'a permis aussi de gagner du temps. Pour moi, ça me fait du bien. » Donc, quelque part, on valorise tout. toutes ces petites actions-là.
- Speaker #1
C'est un vrai travail à faire sur nous. Dans mon livre, je donne cet exemple où les premières fois où j'ai fait des cookies avec mes fils, au début, ils mettaient la pâte et je repassais derrière eux pour faire un beau cookie bien rond parce que je le voulais beau. Et après, j'ai dit... J'avoue, j'étais cette mère. Et je me suis dit, non, mais en fait, t'es trop naze. Parce que vous... En fait, une fois qu'ils ont fait quatre, cinq, six fournées avec nous, ils ont bien vu que nous, notre ligne, où on avait mis nos cookies, elle est bien ronde. Et donc, ils essayent aussi de faire des cookies bien ronds, mais passer derrière eux en disant « Non, ton cookie, il n'est pas bon. » Alors, qu'est-ce qu'on s'en fiche qu'il soit bien rond ? L'important, c'est qu'il soit bon. Et bien, leur fait dire « J'ai mal fait le truc. »
- Speaker #0
Par contre, je trouve que par le prisme de l'humour, on peut quand même les faire réfléchir, tu vois, par exemple, sur la forme du cookie. Mais je trouve cette métaphore, elle est bonne parce que là, on parle peut-être plutôt des pré-ados. Mais d'ailleurs, tiens, est-ce qu'on pourrait avoir des exemples chez les ados ? En quoi tu as l'impression, vu que tu as un plus grand aussi, ou peut-être par rapport à un échec ou une déception, comment on doit réagir ? Est-ce que tu penses qu'il y a des choses qui peuvent servir après ?
- Speaker #1
Sur les pré-ados, c'est exactement pareil que sur les maternelles primaires. En fait, on fait trop de choses à leur place. Je veux dire, là, les pré-ados, ils peuvent déjà lancer des machines, vider le lave-vaisselle, mettre la table, et ça, ça les autonomise. Et moi, en fait, je vais te donner un exemple. Au mois de janvier, c'était l'anniversaire de mon fils. Et là, il me dit « Maman, tu pourras faire le groupe WhatsApp avec les mamans de mes copains pour organiser mon anniversaire. » Donc, il voulait faire un Lysergame ou un Escape Game, etc. Et là, je lui dis « Écoute, là, t'es en quatrième. » Moi, en quatrième, il y avait mes copains qui venaient me voir dans la cour en me disant « Je fais une boum le samedi, machin, telle heure. » et je disais à mes parents, il y a une boum chez machin à telle heure, à telle adresse est-ce que je peux y aller ? et puis j'y allais ou j'y allais pas, ils me disaient à quelle heure je devais rentrer, c'était un peu tard, ils me cherchaient en voiture etc. Mais les parents n'étaient pas là, tous s'appelaient pour savoir si j'ai jamais vu mes parents, pour savoir si la boum du petit machin ça fait penser au film La Boum où il y a tous les parents qui sont en bas avec les voitures à attendre. Et donc je lui dis là, ton anniversaire Tu vas l'organiser avec tes potes. Et je lui dis, vous êtes capables de faire des groupes WhatsApp classe. Vous êtes capables de faire des groupes pour vos serveurs Minecraft, etc. Donc là, tu vas être capable de faire le groupe de ton anniversaire. Et donc, je lui en parle début janvier et son anniversaire est mi-janvier. Et puis, le jour de son anniversaire, il n'avait toujours pas fait le groupe WhatsApp. Et là, je lui dis, écoute, je n'interviendrai pas dans... ton anniversaire, c'est toi qui l'organises, c'est toi qui fais les recherches internet, où est-ce que vous voulez aller en escape game, voici le budget à louer, et tu organises tout de A à Z. Il a mis trois semaines à le faire, mais il l'a fait. Et je lui ai dit pourquoi est-ce que je fais ça aussi ? Je lui ai dit parce que si c'est moi qui le fais à ta place, un, tu vas toujours penser qu'il y a quelqu'un qui peut le faire à ta place. Je lui ai dit je pense aussi à ta future épouse qui va organiser les fêtes de famille, les machins, etc. Parce que tu auras toujours eu quelqu'un qui fait les choses à ta place. Et là, il est temps de faire les choses à sa place. Donc, il a...
- Speaker #0
Il a reconnu que c'était pas mal.
- Speaker #1
Et il a finalement organisé son anniversaire tout seul, sans mettre toutes les mamans. Je dis, vous êtes des grands garçons quand même. Vous êtes en quatrième, vous allez au collège tout seul, à pied. On n'a pas besoin d'avoir toutes les mamans dans la boucle. Oui,
- Speaker #0
et puis effectivement, là, ce que je vois aussi, c'est que tu as cadré quelque part. Il avait son budget, le nombre de copains peut-être.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Et une fois que les règles sont respectées, lui aussi, il peut être fier.
- Speaker #1
Et voilà, il a fait ses recherches Internet, il a trouvé son truc, ils se sont organisés ensemble, il a fait un petit sondage qui est disponible tel jour, la date et tout.
- Speaker #0
Je trouve qu'à l'adolescence, c'est assez particulier parce qu'effectivement, le degré d'autonomie, mais aussi par rapport à l'histoire des parents, ce qu'on a pu aussi vivre, notre éducation, n'est vraiment pas le même d'un enfant à l'autre.
- Speaker #1
Et puis aussi, je pense qu'on a un vrai biais à cause des réseaux sociaux et des actualités parce que J'ai un ami entrepreneur qui s'appelle Benoît Raphaël, qui est journaliste et qui fait beaucoup de choses sur l'IA, etc. Et il y a deux ans, il avait fait, je pense que c'est encore disponible, une interface Notion Internet qui s'appelle « Est-ce que c'était mieux avant ? » . Et en fait, il va tacler tous les trucs sur « c'était mieux avant » et par exemple sur le fait que l'extérieur serait beaucoup plus dangereux. Par exemple, là, on est en plein dans... L'affaire Liana, effectivement, quand on voit ça, on est tous bouleversés et on se dit ça pourrait arriver à nos enfants, mais...
- Speaker #0
Donc objectivement, il y a moins de raquettes, de violences, etc. qu'à notre époque. Par contre, il y a des violences qui sont plus violentes. Donc il y en a moins, mais quand ça arrive, ça nous paraît plus violent. Et donc, on est tous en mode, la violence est partout, etc. Mais objectivement, nos enfants sont plus en sécurité aujourd'hui qu'à notre époque.
- Speaker #1
Heureusement, la parole se libère aussi. C'est bien d'en parler aussi, pour que nos jeunes savent aussi. quand ils prennent de l'autonomie comme ça, comment se mettre en sécurité, comment communiquer à l'air des téléphones. Pour le coup, même si on critique beaucoup, ça permet de gagner quand même en autonomie un peu plus sereinement.
- Speaker #0
Voilà. Et après, moi, je suis pour la prévention. Je trouve qu'il y a trop de parents qui ne parlent pas de ce qui pourrait arriver. Et donc, en ne parlant pas de ce qui pouvait arriver, quand le truc arrive, les enfants sont pris au dépourvu. donc moi mes enfants ils savent que c'est un pédophile depuis la maternelle et bah oui c'est dur, c'est compliqué c'est des discussions pas faciles mais au moins il y a eu la discussion là mon fils aîné me demandait s'il pouvait aller à la défense avec ses potes donc ils y vont assises pour aller au cinéma moi je me rappelle je me suis déjà fait raqueter à son âge, embêter vol de vélo et tout avec mes copains j'ai été assez surprise etc donc je lui ai raconté cette histoire Je lui ai dit les réactions. Je lui ai dit, si jamais vous êtes embêté, qu'on vous demande vos téléphones, etc., vous donnez tout. C'est que du matériel. On s'en fiche. Il vaut mieux tout donner que de se prendre un coup de couteau. Il y aura toujours des solutions. On ne t'en voudra pas. On pourra te parler. Et alors, il était là, mais qu'est-ce que tu veux qu'il nous arrive ? Il y a des flics partout à la dépense. C'est injuste. Je lui ai dit, oui, mais je préfère.
- Speaker #1
Oui, il faut en parler. C'est important.
- Speaker #0
Faire de la prévision et te dire que ça pourrait arriver et j'espère que ça ne t'arrivera pas. mais au moins tu sais quelle réaction avoir et pas te dire ah bah non je vais pas donner mon téléphone parce que papa et maman ils vont pas être contents parce qu'il faudra m'en racheter un nouveau c'est pas le cas je préfère que t'arrives rien et que tu donnes ton téléphone et que tu laisses les personnes partir et
- Speaker #1
ce que tu dis là aussi encore une fois je reviens au cadre parce qu'après si dans nos limites là tu décris un jeune qui va sortir avec ses 6 copains c'est quand même pas la même chose par exemple qu'une jeune ado qui serait toute seule Alors peut-être que nous, nos limites, ça va être, tu as le droit d'aller à cet endroit, mais uniquement si vous êtes plusieurs, si vos téléphones sont chargés, s'il n'est pas à telle heure, après telle heure, tu n'as pas le droit, tu dois être en sécurité. Enfin, peut-être pas le bon terme, mais en tout cas, dans un lieu qu'on connaît, chez un copain ou chez nous. En fait, c'est vraiment à tâton qu'on avance pour la confiance en soi. Et justement, on a parlé de rapports humains, de quête de sens tout au début, de confiance en soi. Moi, j'aimerais bien aussi qu'on parle d'esprit critique. T'en parlais tout à l'heure. Qu'est-ce qui aide le plus à nourrir l'esprit critique et la créativité peut-être aussi d'un ado ?
- Speaker #0
Le quotidien. Justement, j'ai fait une table ronde à Vivatech sur l'esprit critique où je parlais de l'impact de l'intelligence artificielle sur nos enfants, la parentalité, etc. Et face aux IA, il faut absolument développer leur esprit critique et puis aussi leur montrer comment fonctionnent les réseaux sociaux, les algorithmes. Et justement, j'avais fait une intervention auprès de lycéennes. sur l'esprit critique et je leur disais est-ce que vous pourriez vous dire qu'au moins une fois par jour quand vous êtes en train de scroller votre fil TikTok ou Instagram, vous vous arrêtez sur une information et vous allez la vérifier et vous dire ah tiens, est-ce que c'est vrai ce truc et faire une petite voilà, une petite recherche mais sinon en fait pour moi le meilleur enfin on va dire les 2-3 moments où je développe l'esprit critique mes enfants. Et d'ailleurs, je fais un petit moment pub. J'ai un chapitre là-dessus dans mon livre, mais j'ai une de mes amies, Amélia Matar, qui a écrit un livre cette année qui s'appelle « Les écrans, ça s'apprend » , où en fait, dans chaque chapitre, il y a un sujet qui est traité par un adulte. Donc moi, je traite le sujet de l'esprit critique et un enfant qui a interviewé sur son esprit critique. Et elle a interviewé mon fils. J'étais pas là. Et quand j'ai reçu le livre et que j'ai vu... la description, les trois pages de mon fil, je me suis dit c'est bon, t'as fait du bon taf. Parce que j'essaye de faire en sorte de leur apprendre qu'il faut sourcer les choses. Et donc pour moi, les trois moments du quotidien où on développe l'esprit critique à la maison, c'est un, à table. Par exemple, pour un pré-ado, je sais que moi, mon fils, il s'informe avec Hugo Décrypte parce que ça va vite, etc. Le seul réseau social auquel il a droit, c'est YouTube. Et donc, il prend Hugo Décrypte. Et souvent, à table, je lui dis « Ah ben, Hugo Décrypte, est-ce qu'il a parlé de cette actualité ? » Parce que moi, en fait, je vais regarder l'actualité, je ne sais pas, je vais lire Le Monde, je vais regarder BFM ou je vais regarder son LinkedIn. Et donc, en fait, on essaye de faire... des différences de point de vue en disant comment est-ce que Hugo décrypte, il a présenté cette information, qu'est-ce qu'il en a dit ? Moi, j'ai lu que ça de mon côté et on va voir si c'est traité de la même manière. Donc ça, c'est des choses intéressantes pour développer l'esprit critique des enfants, parler de l'actualité, etc. Après, il y a quand on regarde des films en famille, des séries, etc. À la fin, dire est-ce que tu as aimé ce film ? En fait, souvent, on va regarder un film et après, chacun va retourner à ses occupations. Il n'y a même pas un débriefing de c'était quoi le personnage que tu as préféré et pourquoi. C'était quoi le message qu'ils avaient envie de véhiculer et pourquoi. Enfin voilà, ça c'est un bon moment.
- Speaker #1
C'est très juste, surtout dans les films très sociétaux. Je trouve ça intéressant. Aujourd'hui, il y a plein de films, moi qui aime beaucoup le cinéma, des réalisateurs français, Clapiche notamment, il y en a plein, qui vont faire des photos de la société où vraiment chaque personnage a des choses à dire et à défendre. Je trouve que... Ce genre de film, à l'adolescence, c'est vraiment top, quoi. Sur les rapports sociaux. Voilà,
- Speaker #0
on parlait avec eux, c'est pas genre on a fini le film, on est dans la télé et puis il y en a un qui va dans sa chambre. Là, c'est bien d'avoir cette discussion. Après, il y a aussi quand on voit une pub, ou je sais pas, quand on est dans la rue, un abribus en disant, attends, est-ce que tu penses vraiment que ça, c'est le meilleur chocolat ? Voilà, donc ça, ça va développer aussi l'esprit critique. Et donc, dans le quotidien, il y a plein de choses pour aider à développer l'esprit critique. et ensuite... expliquer aussi que s'ils sont utilisateurs de réseaux sociaux, d'IA, ils sont enfermés dans des bulles algorithmiques, leur expliquer comment fonctionne une IA, qu'elle va toujours être d'accord avec eux et que peut-être il faudrait avoir un peu de contradiction et peut-être lui dire « Et si je te demande de ne pas être d'accord avec moi, qu'est-ce que ce serait ça ? » Essayer d'apporter un peu de contradiction en revenant sur « C'est d'accord de ne pas être d'accord, c'est d'accord. » de ne pas voir les choses comme tout le monde veut qu'on les voit.
- Speaker #1
Et j'ajouterais aussi, il y a toujours cette idée de montrer l'exemple. Moi, ça m'est venu un peu, finalement, en étant maman. J'ai eu une fois une scène dans un bar où vraiment, ça y est, ça avait tellement touché mes valeurs, ce que j'ai envie de transmettre. Je ne me le suis pas dit sur le coup, mais en réalité, il y avait un papa que je trouvais agressif avec son enfant. Il parlait mal, il le tenait au coude. Pour moi, c'était très, très violent de voir ça. Je... J'ai assisté à cette scène avec mon enfant et je me souviens que... Je ne sais pas si j'aurais eu les armes à l'époque ou plus jeune de m'interposer, mais en fait, je sais que je suis allée le voir. Et devant mon enfant, je lui ai dit « Écoutez, je vois que vous êtes en difficulté. Je ne voulais pas l'agresser non plus pour pas que ça s'emporte. » Mais bref, il s'est calmé, il s'est posé. Moi, j'ai pu aussi analyser le truc. Ce n'était pas quelqu'un de, a priori, très malveillant. Mais bon, on a pu se poser et en parler longuement. Mais ce qui a été surtout très intéressant, c'était que j'ai pu débriefer avec mon enfant derrière et dire qu'il y a des choses aussi... On parlait de militantisme, mais typiquement, il y a violence. J'ai réussi à lui dire aussi « Évidemment, je ne vous toucherai jamais, je ne serai jamais violent avec vous. Personne n'a le droit de l'être. Toi, tu n'as pas le droit aussi d'être agressif ou violent avec quelqu'un. » Il faut passer des messages très forts quand il y a une situation. Ce n'est pas forcément facile des fois sur le coup parce qu'il y a beaucoup d'émotions avec. Mais après coup, je me suis dit que cette scène qui m'est tombée dessus, qui était difficile pour moi, ça m'a permis d'aborder ce sujet-là, qui est on ne peut plus, c'est important.
- Speaker #0
C'est important d'avoir ces discussions graves avec eux.
- Speaker #1
Et cet esprit critique, pourquoi il est recherché aussi dans le monde professionnel ?
- Speaker #0
Aujourd'hui, en fait, il est recherché par rapport justement au fait qu'on est dans du tout numérique, tout algorithmique, et que tout le monde s'enferme dans des bulles. Et... En plus, avec l'IA, on va avoir un énorme problème parce que l'IA ne se nourrit que de ce qui est déjà disponible, ce qui veut dire qu'elle ne vous pourra pas trouver de nouvelles idées. Et donc, on a besoin d'avoir des gens qui vont challenger ce qu'on va nous donner tout fait. Et je dirais que l'esprit critique, aujourd'hui, va de pair peut-être avec la créativité. Et puis après, il y a cet énorme enjeu. Moi, je suis dans le groupe de travail qui a été lancé par le président en novembre sur l'impact des réseaux sociaux sur la démocratie. Et on voit très bien qu'aujourd'hui, il y a des... bullies algorithmiques avec un énorme nombre de fake news. Il faut absolument que les citoyens d'aujourd'hui et de demain arrivent à les détecter aussi. Et pour les entreprises, c'est vraiment ce qu'on voit là, au niveau des entreprises, je pense qu'on va avoir un problème. Parce qu'il y a pratiquement toutes les activités qui étaient faites par les juniors qui sont aujourd'hui remplacées par les ya. Et c'est les seniors qui... ont cette expérience, cette compétence, etc., qui vont arriver à juger, à relire l'IA et à dire, ça, ça va, ça, ça va pas, il s'est trompé, etc. Mais si on a plus de juniors qui commencent à se former, on va arriver à un plafond où, en fait, on va avoir un certain nombre de compétences, de connaissances qui ne vont pas être développées. Et c'est pour ça qu'il va falloir que cette génération, je ne sais pas encore... pour certains postes, comment ça va se faire, mais se forme à tout ça et se forme à cet esprit critique pour se dire, est-ce que le travail qui m'a été fourni par une EIA est un travail qui est juste, bon, sans erreur ? Et ça, ça va être un enjeu.
- Speaker #1
C'est un vrai apprentissage qu'on doit faire et former nos jeunes. Moi, j'ai fait un épisode de podcast avec Axel Dessin, Internet sans crainte, et il existe, donc cet épisode, vous pouvez aller le voir. C'est sur, justement, le prompt, comment on sert de l'IA, d'ailleurs, qu'on humanise trop aujourd'hui. Elle disait même, il ne faut même pas lui donner de prénom, exactement. Aujourd'hui, on parle des agents IA, mais c'est... Alors voilà, comment on fait ? Et je pense que là, tout est à construire. Et en fait, on peut même nous s'en servir. Donc peut-être expliquer comment nous, on raisonne à nos ados, c'est déjà important. Et comment trouver, par exemple, dans une semaine super remplie, des moments un peu de créativité libre, sans objectif de performance pour des jeunes ? Puisque tu disais que c'est lié à la créativité. Je trouve que ce n'est pas simple. Il y a peu de place pour l'ennui. Comment on fait pour que nos jeunes aient un peu plus de créativité ?
- Speaker #0
Il faut cultiver l'ennui, même quelques minutes. Moi, avec mes filles, on adore regarder les nuages et inventer des histoires. Ça peut être ça, ça peut être faire du dessin. Mais en fait, moi, je dis toujours à mes enfants, dans la vie, tout est une question d'équilibre. Pour moi, il n'est pas question de leur interdire les écrans. C'est juste que s'ils font des écrans, je veux qu'ils lisent, je veux qu'ils dessinent, je veux qu'ils fassent des Legos, ou qu'ils ne fassent rien du tout. Et donc, c'est avoir ces moments où c'est comme si la soupape du quotidien remontait. Et même si c'est cinq minutes de rêverie, on n'est pas obligé de s'ennuyer pendant une demi-heure, une heure, mais se dire là, je me pose. et ça en fait c'est des choses qu'il faut intégrer dans le quotidien mon aîné quand il est trop dans ses parties de minecraft avec ses potes où on a l'impression qu'ils sont en train de vivre leur vie des fois je dis hé là pose là c'est comme un sportif de haut niveau tu vas te dégourdir les jambes tu vas prendre un goûter tu t'assoies 20 minutes ailleurs, mais tu ne restes pas dans ton quotidien.
- Speaker #1
Savoir aussi être justement, encore une fois, le cadre. Je trouve que les ados, ce qui est génial, c'est qu'on peut tout simplement leur expliquer que tu as besoin de prendre l'air pour ta santé mentale. Et je sais qu'il y a des parents, moi, des patients que j'ai, ils fonctionnent clairement comme ça. Ils disent, tu as droit de tant et tant d'écrans si tu as été tant et tant de minutes ou d'heures dehors. et moi je trouve pas ça déconnant parce qu'après tout, si c'est ça la règle, si ça fonctionne...
- Speaker #0
Oui, parce que c'est vraiment un équilibre. Moi, je leur dis, jamais je vous interdirais de jouer aux jeux vidéo parce que les jeux vidéo, ça augmente la créativité. S'ils jouent avec des potes, la collaboration... C'est coopératif, ouais, tout à fait. C'est coopératif, ça entraîne aussi tout ce qui est psychomoteur. Donc en fait, il y a plein, plein d'avantages. C'est juste qu'il ne faut pas tomber dans le travers de l'addiction. Et moi, je sais que quand j'entends mon aîné jouer avec ses potes, parce qu'en fait, ils jouent en haut-parleur, mais je me marre. Voilà, on fait des débriefs après. Donc voilà, c'est marrant, mais il faut un équilibre.
- Speaker #1
Et c'est vrai que cet équilibre-là, si on arrive à le trouver avant que notre jeune quitte le foyer qu'on lui donne au moins, en fait, ce regard critique, tu vois, on parlait d'esprit critique, mais... Aussi ce regard critique sur ce qu'il fait. Parce qu'une fois qu'après il est lancé, qu'il vit tout seul, peut-être dans son appart étudiant, il va peut-être faire du binge-watching, comme on dit. Mais au moins il va peut-être se dire, bon ben là, maman ne serait pas contente. Ou alors, voilà, je me rattraperais. Est-ce que tu es OK pour un vrai faux, Solène ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Alors, un métier créatif rend plus heureux qu'un métier d'exécution ?
- Speaker #0
Faux. Ça dépend de la personne, en fait. Il y a des gens qui s'épanouissent dans l'exécution.
- Speaker #1
Bien sûr, je suis totalement d'accord avec toi. Vrai, faux, l'ennui, c'est mauvais pour un ado.
- Speaker #0
Faux, parce que c'est bien de s'ennuyer et de rien faire.
- Speaker #1
Je suis bien d'accord. Vrai, faux, bonne note égale confiance en soi, assurée plus tard.
- Speaker #0
Faux. Il y a en fait énormément d'enfants qui ont eu des très bonnes notes, qui n'ont absolument pas confiance en eux. Et beaucoup les filles qui ont le syndrome de la bonne élève, il faut toujours qu'elles surperforment. Ce qui est du pain béni pour les entreprises.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
qui malheureusement profitent de cet état d'esprit.
- Speaker #1
Avec des profils, moi je les vois au cabinet médical, qui peuvent être très perfectionnistes, travailler plus, Et puis des fois finir en burn-out aussi. Vrai, faux. Les jeunes sont moins investis dans leur travail que les générations d'avant.
- Speaker #0
Je dirais faux parce que pour moi, c'est un investissement qui est différent. Parce que peut-être qu'on a l'impression qu'ils sont moins investis, mais je pense qu'ils ont plus d'impact. Enfin, je ne sais pas. Donc non, pour moi, c'est faux. Tout dépend de la définition qu'on a de l'investissement. Parce que s'investir, je pense que s'investir pour la génération de mes parents, c'est faire ses horaires voire plus. Alors que s'investir pour les jeunes, c'est faire quelque chose... qui aura un impact positif sur la société ou sur la planète.
- Speaker #1
Il y a plus de militantisme aujourd'hui, je pense, dans la diversité. C'est comme,
- Speaker #0
en fait, on dit les jeunes ne votent plus, ils sont désengagés. Mais en fait, quand on regarde les enquêtes qui ont été faites et au niveau mondial et au niveau français, ils sont beaucoup plus engagés qu'avant, mais en fait, ils sont engagés dans le quotidien, dans leur consommation, dans ce qu'ils font. Donc, c'est une forme d'engagement qui est différente.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. D'ailleurs, tout ce qui est éco-anxiété, par exemple, je sais que ça se traite, façon de parler, mais avec des actions vraiment au niveau local, dans notre village, dans notre ville. Et ça, c'est vraiment des choses qui sont importantes. Vrai, faux, se tromper devant les autres, c'est ce qui abîme le plus la confiance en soi.
- Speaker #0
En fait, je dirais vrai dans un contexte éducatif, français, éducation nationale, mais faux, parce que si on changeait notre discours et qu'on expliquait aux enfants que c'est en se trompant qu'on y arrive, on développe ce qu'on appelle le gross mindset, qui est un état d'esprit de développement qui... permet de se dire que c'est en faisant des erreurs qu'on progresse, etc. Et ça, ça booste la confiance en soi.
- Speaker #1
Donc on retient. On peut se tromper. Vrai, faux. Un ado qui remet tout en question est juste un ado difficile.
- Speaker #0
Non, c'est normal. C'est les hormones. Il ne faut pas s'inquiéter.
- Speaker #1
Et puis même au-delà des hormones, encore une fois, je trouve ça super qu'ils se remettent en question, qu'ils remettent les choses en question. C'est cet esprit-là. Merci beaucoup, Solène.
- Speaker #0
Avec plaisir.
- Speaker #1
Où est-ce qu'on peut retrouver tout ton travail, toutes tes actions. Je sais qu'il se passe pas mal de choses, notamment en octobre cette année.
- Speaker #0
Ouais, alors mon travail, moi j'ai une newsletter sur ce qui s'appelle Être parent au XXIe siècle, un podcast qui s'appelle Génération Parent, où on décrypte la parentalité du XXIe siècle. J'aime beaucoup la tech, le numérique, etc. Donc on parle pas mal d'IA, de jeux vidéo et tout. Et donc c'est sur YouTube et Ausha. Sinon je suis très active sur LinkedIn et tous les vendredis je décrypte un sujet d'actualité. Et puis après, au niveau associatif, je suis dans le comité de direction de World with Women, qui est une nouvelle association qui s'est fondée il y a quelques mois et qui vise en fait à avoir un arrêt de tout le travail des femmes le 13 octobre pour montrer que quand les femmes s'arrêtent, eh bien, toute la société s'arrête. Le monde s'arrête de tourner. Et donc, si vous voulez avoir des infos sur World with Women, c'est worldwithwomen.com. Et vous verrez toutes les actions dans toute la France et aussi dans le monde entier que vous pouvez prendre pour le 13 octobre pour montrer que pour faire avancer la société, on a besoin et des hommes et des femmes.
- Speaker #1
Écoute, c'est génial puisque notamment tu disais qu'en Suède, ça avait permis un gros changement au niveau sociétal, au niveau égalité homme-femme et hyper engagé. Je trouve ça super. Moi, le 13 octobre, c'est noté. Je vais mettre une petite croix dans mon calendrier. Les patients... On retient. Merci beaucoup. Merci à toi. Si vous avez aimé cet épisode, n'hésitez pas à laisser un petit message. Je dirais ça, je vous répondrai avec attention. Laissez aussi 5 étoiles si vous pouvez. Ça encourage tout ce travail. Merci encore à Solène et à bientôt.
- Speaker #2
Merci d'avoir écouté cet épisode. Si vous êtes arrivé jusque-là, c'est peut-être qu'il vous a plu. Alors, n'hésitez pas à vous abonner à ce podcast, à lui laisser un avis 5 étoiles et un commentaire pour qu'il voyage davantage. Retrouvez-moi sur le cœur net. Posez vos questions, partagez votre expérience et échangez avec une communauté franchement bienveillante. Et si vous voulez du concret, du précis, du vraiment utile au quotidien, inscrivez-vous à ma newsletter santé dans les notes de cet épisode, au programme des tips, des docs, des recommandations médicales et psy pour vous éclairer et surtout vous aider vraiment.