- Speaker #0
Bienvenue dans le Pédagogas Santé, le podcast de Simu Santé et Pion. Aujourd'hui, nous vous emmenons au cœur de la ruralité pour découvrir un exercice médical aussi exigeant que passionnant. Notre invité est le Dr Karim Ziad, médecin généraliste, chef de service à l'hôpital de Guise et praticien chez SOS Médecins à Saint-Quentin. Dans cet épisode, il nous parle avec passion de son parcours du territoire sur lequel il exerce et des raisons qui l'ont amené à choisir la médecine rurale. Il partage les spécificités de sa pratique, entre proximité avec les patients, travail en équipe et réalité du terrain, sans éluider les contraintes liées à l'accès aux soins ou aux moyens disponibles. Nous abordons aussi la relation avec les patients, la coordination avec les autres professionnels de santé, ce qui le motive au quotidien et ses conseils aux étudiants et jeunes soignants qui envisagent ou hésitent encore à s'installer en zone rurale. Un témoignage concret et inspirant au cœur de la médecine de proximité. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
- Speaker #1
Je suis le docteur Karim Ziad, j'ai 34 ans. Je travaille à l'hôpital de Guise. Je suis chef de service de la médecine polyvalente et des soins immédiats non programmés, vice-président de CME. Et je suis médecin associé chez SOS Médecins à Saint-Quentin. J'ai fait mes études à Amiens, je suis un Amiennois, 58 mois de naissance. Et puis, j'ai cette activité mixte entre la ville et l'hôpital.
- Speaker #0
D'accord. Est-ce que vous pouvez parler brièvement du territoire sur lequel vous vous exercez ?
- Speaker #1
Alors, sur le territoire hospitalier dans lequel j'exerce, parce que je pense que c'est celui qui nous intéresse aujourd'hui, c'est Guise. C'est un petit peu la grande ville de ce secteur. Guise, c'est à peu près 5 000 habitants. Il y a un seul centre hospitalier. Il y a deux cabinets médicaux en ville qui sont relativement bien fournis avec des médecins jeunes.
- Speaker #0
C'était un choix de rester dans cette zone-là après vos études ?
- Speaker #1
Alors en fait, ce n'était pas tellement un choix, ça a été une opportunité qui s'est présentée. J'avais un ami qui venait travailler ici et en fait, ils étaient un petit peu embêtés sur le planning de garde de cet hôpital. Et sur mon dernier semestre, on m'a proposé de prendre des gardes au sein du centre hospitalier pour combler un petit peu les trous. Et puis finalement, j'ai commencé par prendre des gardes au mois de mai et puis j'ai fini par y prendre un poste au mois de novembre, à la fin de mon premier semestre, parce qu'il n'y avait pas de médecin. J'ai tout de suite accroché avec l'exercice en ruralité et dans un petit hôpital de proximité.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui vous a fait accrocher ? Qu'est-ce qui vous a plu ?
- Speaker #1
Il y a eu une vraie fibre humaine en fait. Nous, on avait fait nos études Ausha Saint-Quentin et on était... Alors, ce n'est absolument pas péjoratif, on était un petit pion parmi plein de pions en fait. Et en fait, ici, on est arrivé, il y avait une vraie volonté. Je pense que ce qui m'a vraiment attiré au début, ça a été la volonté de continuer à faire exister l'hôpital des équipes paramédicales. Vraiment, il y avait une vraie motivation au sein des équipes paramédicales qui avaient à cœur de garder leur hôpital ouvert, à cœur de garder un service qui proposait des soins de proximité. Et malheureusement, ça ne peut pas se faire sans médecin. Et c'était leur grosse problématique. La première chose qui m'a touché, c'était leur motivation. Et je pense que c'est aussi ce qui a motivé la plupart de mes collègues à venir travailler ici.
- Speaker #0
Quelles sont les spécificités de votre pratique sur ce territoire ?
- Speaker #1
La pratique de la médecine, c'est ce que j'explique aux internes quand ils arrivent ici. c'est que Il y a plein de choses qu'on a appris à la fac, mais on va devoir adapter tout au territoire et aux conditions socio-économiques. Je peux vous raconter plein d'anecdotes sur ça. J'ai, par exemple, j'appelle une dame qui est suivie pour un syndrome myelodysplasique avec 5 démoglobines pour lui dire qu'elle doit venir se faire transfuser. Et cette dame, elle vous dit non, je ne viens pas parce que je n'ai pas eu les aides pour mettre de l'essence et venir me faire transfuser. Son conjoint a un petit retard mental illettré. Il ne peut pas rester tout seul, il a 35 ans. Et donc la transfusion se décale à deux ou trois jours. Moi maintenant, ça ne me choque plus, mais quand j'explique ça à mes internes, pour eux, il faut déclencher un cas. Ils sont paniqués de ces réponses. Donc effectivement, l'exercice de la médecine, on le sait tous, 5 démoglobines, c'est une urgence et la patiente doit être vite transfusée. Mais l'exercice de la médecine doit s'adapter au territoire. C'est primordial. Je retrouve plus de pathologies chroniques un petit peu délaissées par contre, ça clairement, par rapport à mon bassin de population. Vous voyez, parce que c'est spécifique à certains. Je vais vous donner, on ne va pas tomber dans les clichés, mais je peux vous assurer que si un agriculteur vient vous consulter, vous avez intérêt de vous méfier, parce que ce ne sont pas des gens qui viennent consulter pour rien. Quand ils viennent, il y a toujours quelque chose. Il y a deux mois, j'ai un agriculteur qui s'est ouvert l'avant-bras avec une tronçonneuse, donc il y avait plein de plaies, il était sous hélicis. La plaie, elle saignait. Il est venu tranquillement avec son partenaire. Il a rangé sa tronçonneuse. Il est arrivé avec ce qu'il a trouvé pour mettre autour. Il est venu aux urgences. Le médecin était sorti en ce mur. Donc, encore une fois, c'est moi qui ai descendu le voir. Donc, il y avait du sang. partout. Je lui dis, on va penser les plaies et je vais vous envoyer à Saint-Quentin parce que je pense qu'il fallait une prise en charge presque chirurgicale. Il m'a dit, c'est hors de question. Pour reprendre l'expression, il m'a dit, gamin, tu me sutures ici. J'ai fait 32 points de suture, j'ai passé mon après-midi sur son bras. Il est revenu deux jours après, il m'a dit, bah voilà, il n'y a pas besoin d'aller aux urgences. Puis je t'ai ramené une citrouille. Et je vous assure que c'est vrai. Il est venu et voilà. C'est vraiment pas un cliché. L'histoire, elle est véridique. C'est vraiment pas un cliché. Il est revenu deux jours après. Mais il est vraiment arrivé deux jours après avec son pansement, en me souriant, en me disant, il est pour rien. 32 points de suture sur une plaie sous-éliquisse. Pas de souci, mais le doigt, il bouge bien. C'est propre, y a pas de souci. Je lui avais demandé de revenir deux jours après pour vérifier la plaie, quand même. Faire un petit contrôle des mondes de l'obime. Et puis, voilà. Il m'a dit, tiens, je t'ai remis le citron. J'ai passé ma chute.
- Speaker #0
On parlait des agriculteurs, y a aussi peut-être des maladies propres ou autres, France. liées à l'obésité, liées à l'alcool, liées à ce genre de choses ? C'est ça.
- Speaker #1
Effectivement, nous ici, on propose des cures de sevrage pour l'intoxication alcoolique, où on travaille aussi en particulier avec AB, qui propose des postes de cure, et qui sont assez réactifs pour prendre les patients une fois qu'ils sont passés en cure chez nous. Donc on propose oui ça, et puis évidemment beaucoup, beaucoup, beaucoup de diabète. Malheureusement, on sait que ce n'est pas que médical le problème du diabète, tant qu'on n'aura pas mis les gens dans des conditions socio-économiques favorables. Un enfant qui ne va pas au foot le mercredi après-midi, c'est un enfant qui va acheter du coca à premier prix et un paquet de chips qui va rester devant la télé. Parce que ses parents n'ont probablement pas les moyens de lui proposer une activité bien meilleure, malheureusement.
- Speaker #0
Est-ce que du côté de la fac, il y aurait des choses aussi à adapter pour que vous ayez plus de connaissances pour préparer les jeunes professionnels à exercer dans des milieux ruraux ?
- Speaker #1
En fait, je pense que les obliger à venir en stage ici, ce ne serait pas une bonne chose. Je pense que quand on oblige les gens à faire quelque chose, on le fait mal. notamment ici où il y a une grande partie humaine, si vous venez à contre-coeur, ça ne sera pas un stage qui sera ou une expérience qui sera galvanisante. L'idée, c'est de se dire, on a déjà été pas mal appuyé par la fac parce qu'on a eu un agrément d'interne de médecine qu'on n'avait pas avant. On a eu l'agrément en 2023, ça nous a permis de faire pas mal de recrutements parce qu'on a pas mal d'internes qui sont restées, travaillées derrière. Je crois que sur les cinq internes que j'ai eues, il y en a trois qui sont restées. L'idée, c'est de se dire, oui, en fait, c'est de dédiaboliser ces territoires et de créer des lieux de stage de qualité pour... pousser les étudiants à venir. Je m'efforce chaque jour d'essayer de faire de ce stage un stage de qualité et apprécié par les internes. Je pense que c'est le meilleur moyen de pouvoir recruter derrière. J'ai deux internes, je pense qu'il va augmenter. Je pense qu'on ne va pas perdre à passer à trois internes, à mon avis. Et puis, vous voyez, j'ai une FFI qui est là, une des quatre qui vient de passer ses EDN, qui vient de venir pour passer l'été avec nous. J'ai pour l'instant un agrément pour deux internes. J'ai 28 malades, c'est énorme pour un service de médecine polyvalente. Sur les autres services de médecine peau, vous êtes à peu près à 20 lits. Nous, sur un petit hôpital de proximité, on a 28 malades. Je suis passé en stage en médecine peau à Saint-Quentin. Il y a un médecin de médecine peau et médecine interne à Saint-Quentin qui vient travailler ici. Nos relations sont assez fluides et on fait exactement les mêmes diagnostics. On a accès au même plateau technique. On a organisé les choses de façon à pouvoir avoir des scanners tout aussi facilement, des IRM tout aussi facilement. La vie d'espée, vous voyez, quand vous passez un coup de téléphone au CHU, Oui. Vous passez un coup de téléphone, ça reste un coup de téléphone. Donc finalement, le SP, vous l'avez quand même à portée de main. Il n'y a rien qui nous empêche, nous, de pouvoir développer une médecine de qualité et puis une médecine performante ici.
- Speaker #0
Mais est-ce que les patients sont différents ?
- Speaker #1
Les patients ne sont pas différents. Ça reste des patients de médecine peau avec une grosse orientation quand même gériatrique, avec les difficultés qu'on connaît, sociales, économiques, surtout d'isolement, je pense, aussi chez les patients, notamment chez les personnes âgées. Mais ça, ce n'est pas forcément spécifique au territoire. Je n'ai pas l'impression que les patients sont forcément différents. Peut-être qu'il y a encore cette fibre rurale, vous savez, très attachée à l'image du docteur. Il y a encore ça ici, que peut-être on retrouve un petit peu moins en ville. Justement,
- Speaker #0
vous pensez que la perception est différente ?
- Speaker #1
Oui, vous restez sur le respect, sur la confiance qu'ils nous portent. C'est beaucoup plus facile quand même, je pense, que sur un exercice en ville.
- Speaker #0
Est-ce que votre lien avec les patients est différent ?
- Speaker #1
Oui. Oui, clairement. Je vous ai dit, on rentre plus facilement. En fait, quand on les prend en charge ici, il y a des difficultés d'accès aux médecins traitants. Bien qu'on soit bien fournis en médecin généraliste sur le territoire, où il y a une CPTS qui fonctionne très bien, avec qui on travaille très bien, on fait des admissions directes, on communique beaucoup, on a tous nos numéros de téléphone, ce sont des jeunes médecins, donc on a une vraie communauté médicale sur le territoire, entre les médecins de l'hôpital et les médecins de la CPTS. Mais certains patients, de par l'éloignement, habitent dans des campagnes et n'ont pas vu de médecin depuis longtemps. Donc quand on les prend en charge, on les prend en charge en globalité. Par exemple, si je prends une dame de 80 ans pour sa pneumopathie... Donc obligatoirement, je ne vais pas traiter la pneumopathie et la faire sortir sans m'occuper du reste parce que je vais rechecker si tout a été fait en temps et en heure, si son fond d'œil a été fait par rapport à son diabète, si ses derniers dépistages pour le cancer colorectal ont été faits. On fait quand même un petit peu de médecine générale. Je pense que ce n'est pas forcément le cas sur des hôpitaux un petit peu plus grands.
- Speaker #0
De manière plus générale, quels sont du coup les avantages que vous voyez à exercer ici ?
- Speaker #1
Très sincèrement, le premier, peut-être qu'il peut paraître dérisoire, mais... paraît, moi, primordial et c'est la raison pour laquelle, je pense, on devient soignant, c'est la fibre humaine. Vraiment, c'est vraiment ce qui m'intéresse à venir travailler ici, c'est vraiment le côté humain, le côté où on n'est pas forcément beaucoup, on est un petit peu indispensable. Vous avez vu, vous êtes arrivés, je vous ai dit oui, je dois aller gérer un problème dans un autre service, ce n'est pas le mien, mais c'est la mentalité qu'on doit avoir quand on vient travailler ici, c'est-à-dire qu'on doit être là où on a besoin de nous. Si vous commencez à penser, non, je dois travailler que dans mon service, que dans mon secteur, Ce n'est pas nos missions. Il faut être large, autant dans notre prise en charge médicale que dans notre disponibilité. Donc, c'est vraiment pour moi, c'est ce côté humain, ce côté peut-être aussi indispensable. Alors attention, il est indispensable. Clairement, demain, si je pars, quelqu'un prendra ma place et fera probablement même mieux que moi. Mais c'est surtout ce côté très humain. Moi, c'est vraiment le côté très humain qui m'a poussé à venir travailler ici.
- Speaker #0
Donc là, on voyait les avantages professionnels. Est-ce qu'il y a aussi des avantages personnels ?
- Speaker #1
Alors oui, effectivement, moi personnellement, oui, j'ai connu des avantages parce que j'ai pu avoir certaines responsabilités assez tôt que je n'aurais pas pu connaître dans un grand service ou dans un grand hôpital. Effectivement, j'ai pu être chef de service relativement tôt, vice-président de CMU. Donc, on arrive très rapidement aux instances de l'hôpital sur lesquelles on peut prendre des décisions. C'est un avantage personnel parce que ça vous permet aussi de pouvoir avancer avec votre service tout en étant aussi en faisant partie des décideurs. Et c'est l'un des avantages particuliers. de venir travailler sur un petit hôpital.
- Speaker #0
Et on va parler maintenant des désavantages. Qu'est-ce que vous en avez en tête ?
- Speaker #1
Les désavantages, comme je vous ai dit, ce qui est un petit peu difficile, c'est l'accès au plateau technique. Alors, on a facilement des scans des IRM, mais c'est que si demain vous voulez un scanner, il faut quand même faire 40 minutes de route. 40 minutes en voiture, donc je vous laisse. Si vous voulez envoyer un patient en ambulance, on arrive facilement à une heure, allez, une heure retour. C'est ce côté un petit peu logistique qui est un peu compliqué, où on a aussi une biologie qui n'est pas sur place. On est en train de travailler pour mettre une biologie délocalisée sur le centre hospitalier, justement, mais où on a une biologie qui est prélevée ici, mais qui est techniquée sur 50 ans. Que ce soit pour la biologie délocalisée ou pour le scanner, j'ai bon espoir qu'on réserve ces deux problèmes en essayant d'en avoir sur place. Les désavantages aussi, c'est un petit peu démystifier l'idée de venir se faire soigner ici ou de venir travailler ici. Voilà, on se dit non, mais c'est un petit hôpital. Les pathologies ne sont pas très intéressantes. Les patients peuvent aussi penser que, vu qu'on travaille dans un petit hôpital, les soignants ne sont peut-être pas forcément aussi compétents. J'ai eu ces idées quand j'ai commencé à venir travailler ici. Et en fait, c'est totalement faux. Donc ce qui est compliqué, c'est surtout de faire changer les mentalités, notamment d'être attractif pour les médecins, pour le personnel paramédical, parce que c'est tout aussi compliqué de recruter du personnel paramédical, mais aussi de mettre en confiance les patients.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qu'on peut faire ?
- Speaker #1
Personnellement, je pense que... Tenter d'expliquer quoi que ce soit, ce serait tenter de se justifier et d'essayer de prouver quelque chose dont on n'est pas sûr. Le mieux, c'est de montrer, de faire. Quand on a plusieurs malades qui viennent, vous savez, l'avantage, c'est que c'est assez petit. Donc, quand vous venez, que vous avez des familles qui sont satisfaites des prises en charge, des patients qui sont satisfaits de leurs prises en charge, des médecins aussi de ville qui sont aussi satisfaits de leurs prises en charge, les échos se font assez vite. Sur le personnel médical, c'est simple. On vient, on propose de venir travailler. on poussait l'interne à venir en stage ici. Quand ils sont là, ils se rendent compte qu'on n'a strictement rien à envier à qui que ce soit.
- Speaker #0
Et vous avez pas mal de demandes pour venir ou c'est compliqué d'avoir des stagiaires, des internes, etc. ?
- Speaker #1
Le stage a toujours été pourvu depuis qu'il est disponible. L'idée, c'était de se dire, en fait, de pouvoir retirer tout ce que j'ai pu connaître en tant qu'interne qui ne m'a pas plu et de ne pas le proposer ici. Mais aussi de proposer ce que j'ai adoré en tant qu'interne et de pouvoir le proposer ici. Les générations d'internes ont changé, ils n'ont plus du tout les mêmes attentes que ceux d'il y a 30 ans. C'est de pouvoir s'adapter à la demande de l'interne, de façon à ce qu'ils se sentent ici très rapidement, comme dans son service. Pas en tant que stagiaire pendant 6 mois. C'est important qu'ils fassent partie intégrante de l'équipe. Et je leur dis toujours, vous allez voir, vous allez être super bien accueillis. Et effectivement, ils sont toujours super bien accueillis. Je pense, sur mes 5 derniers internes, j'en ai 3 compris un poste ici.
- Speaker #0
Et sur leurs attentes qui ont changé, est-ce que c'est sur l'accueil uniquement ? Est-ce que c'est sur la prise en charge des patients ? Sur les pathologies auxquelles ils vont être confrontés ?
- Speaker #1
Je pense que ce qui change clairement avec les internes, c'est l'accueil. Je pense que la dimension humaine qui a été un petit peu négligée peut-être pendant des années, où on venait et que c'était le grand chef de service qu'il ne fallait pas déranger, il faut qu'on remette tout ça à plat, où on prend nos internes et on se met au même niveau qu'eux. Le service c'est assez lourd ici, on a 28 malades. L'idée c'est de se dire, c'est super lourd. Mais si on coupe l'apport en 4, on est 4 à parts égales. Évidemment, on en fera toujours un petit peu plus parce qu'on va les senioriser sur les dossiers et refaire la CV avec eux. C'est beaucoup plus simple. L'idée, ce n'est pas de donner toutes les tâches ingrates et difficiles à l'interne. C'est qu'ils puissent venir ici, se sentir comme mon vrai collègue, comme notre vrai collègue, et surtout ne pas se sentir esselé. Je pense que c'est ça aussi ce qui peut choquer dans le parcours d'un interne. C'est de se sentir esselé sur un dossier où en rentrant chez lui le soir dans la voiture, il culpabilise. En disant, mais j'aurais dû faire ça, j'aurais dû faire ça. Alors que ce n'est pas du tout lui, c'est nous qui devons prendre cette responsabilité. C'est nous qui devons donner le rythme à donner au dossier. Donc, c'est surtout ça, je pense, sur les attentes des internes, c'est d'être bien encadré, avec un confort de travail et dans une ambiance saine.
- Speaker #0
Ça fait partie des choses qui vous motivent au quotidien à exercer ici ?
- Speaker #1
Oui, j'aime beaucoup encadrer les internes, apporter. Et je pense aussi que c'est le meilleur moyen de recruter. Je pense que... L'idée de se dire on va ramener des médecins de l'extérieur pour venir travailler ici, ça ne fonctionnera jamais, on a tout essayé, on a essayé l'intérim médical, on a tout essayé. Toutes les méthodes de recrutement n'ont jamais vraiment marché. Je parle de ma petite expérience. Le meilleur moyen à chaque fois de recruter, ça a toujours été de ramener nos internes et d'essayer de les garder. Ça a toujours été la meilleure méthode de recrutement. Donc effectivement ça me plaît parce que j'ai envie de transmettre le savoir et puis je n'ai pas envie qu'ils connaissent des doutes ou... ou des situations où on se sent un peu esselé que j'ai pu connaître. Et puis aussi, je me motive parce que quand on a des... J'ai eu des internes qui habitent dans le territoire, qui sont nés dans le territoire. J'ai envie de leur montrer que dans leur territoire, on peut se former et avoir une formation de qualité. Qui dit peut-être petit établissement, dit plus petit problème ou problème un peu moins nombreux. Le problème, c'est qu'on est par contre moins nombreux à les gérer. Il y a peut-être moins de problèmes ou moins de pression administrative. Mais vu qu'elle repose que sur quelques personnes qui se fondent sur les doigts d'une main, Elles sont rapidement chronophages. Après, ça fait partie du rôle administratif. Quand on accepte de prendre un poste avec un versant administratif, comme être chef de service ou président de CME, il faut vous attendre à avoir cette charge administrative. Après, on a des relations très saines avec l'administration de l'établissement. On travaille vraiment main dans la main. Je n'ai pas toujours connu ça. Ce n'est pas toujours simple. On va être tout à fait honnête et transparent. Une vraie confiance entre nous. Ça veut dire qu'on n'est pas... Criblés d'administratifs, ils savent, mais ce qu'on doit faire doit être fait. Et eux savent que si notre boulot en tant que médecin d'un point de vue administratif sera fait. On a une directrice déléguée sur l'établissement et on a un directeur de la GHT. L'un comme l'autre sont très disponibles. Même le directeur de Saint-Quentin qui est notre directeur. A chaque fois qu'on l'a sollicité sur une situation problématique, et a toujours été très réactif, il ne nous a jamais donné l'impression de néglige aiguise. En étant le petit hôpital, je n'ai pas envie de dire ça. Il a toujours été très attentif, il est toujours très attentif à la situation de l'hôpital et il est très disponible. La directrice d'établissement, évidemment, il y a une certaine proximité parce que je la croise au quotidien, on travaille au quotidien ensemble. Elle a une très bonne relation avec les médecins de l'établissement et je pense que ce n'est pas particulièrement avec moi en tant que vice-président ou chef de service. Je pense que tout médecin de cet établissement a une relation directe avec elle, avec qui ils peuvent échanger et trouver des solutions ensemble. L'administration est relativement réactive sur nos problématiques et on travaille vraiment main dans la main.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'il faudrait améliorer selon vous pour favoriser l'installation et le maintien des professionnels de santé en zone rurale comme ici ?
- Speaker #1
Ce qui fonctionnerait, c'est proposer des terrains de stage multiples à condition qu'ils soient de qualité. Ça peut être un double effet qui se coule. On accueille un interne, les conditions ne sont pas réunies, les médecins ne sont pas investis. Il y a des plateformes d'évaluation des stages, c'est fini. Le stage, il ne sera plus jamais pourvu pendant 10 ans, jusqu'à ce qu'il y ait un changement de mentalité, qu'il y en ait un qui ose revenir. Donc, proposer des stages de qualité avec un enseignement de qualité sur ces territoires, en visant les... Alors, pas que les médecins du territoire et ci du territoire, mais évidemment, ça va être eux qui vont être les plus intéressés. De se dire, voilà, je vais aller faire un stage à côté de chez moi, en plus je sais que c'est bien. C'est, je pense, la clé. C'est de proposer des stages de qualité. Je sais que la maison médicale accueille aussi des internes et régulièrement, chaque semestre, ils viennent à l'hôpital avec leur interne pour leur faire visiter l'hôpital. Et ils font un tour du service avec eux, ils viennent me voir, ils ramènent leur interne pour leur dire « Voilà, je ne sais pas si tu sais, mais il y a un stage qui est pourvu ici, si tu veux venir, nous on a de très bonnes relations, on s'entend très bien. » Ils viennent, on prend le café ensemble, on discute. Il y a une vraie communication entre nous, je pense que ça, ça rassure. Se dire, voilà, je suis allé en stage chez le médecin généraliste, ça se passe bien, je vais maintenant aller voir ce qui se passe à l'hôpital. C'est important dans notre cohésion au vie l'hôpital. Mais c'est l'un des leviers, ça va être le recrutement. Comme je vous l'ai dit, on essaie plein de choses, les moyens financiers, les avantages en nature. J'ai vu des médecins venir s'installer dans des petites campagnes, à qui on donne, voir le maire du village porter la chaise du bureau pour lui dire, voilà, viens, viens. Et finalement, il n'est jamais venu. J'ai vu des maires se couper en cinq pour essayer de proposer à leur habitant un médecin qui lui a fait acheter, comme je vous ai dit, une chaise de bureau jusqu'au stylo, vous voyez. Mais ils ne sont jamais venus. L'attractivité financière, elle est limitée. Elle est limitée, on le sait aussi parce qu'il y a aussi des attractivités fiscales. On sait que ça ne fonctionne pas. Ou ça fonctionne temporairement. Après, au bout d'un moment, les gens partent si vous n'êtes pas fait pour ça. Ce qu'il y a, c'est de vouloir donner envie de venir, de les faire venir et de leur donner envie aussi de rester derrière.
- Speaker #0
En conclure cet échange, qu'est-ce qui vous motive au quotidien à exercer ici ?
- Speaker #1
La notion de challenge, si vous voulez, quand j'ai commencé à venir travailler ici, c'était un petit peu compliqué. On n'avait pas des effectifs médicaux en nombre, on nous avait fermé les urgences. Ça a été un peu compliqué sur ma prise de poste. En travaillant dur, en relançant une certaine activité dans le service, en montrant qu'on est de bonne foi et de bonne volonté, on a créé des liens avec l'administration. Mes collègues ont pu venir travailler ici et on a créé quand même un service maintenant qui tourne relativement bien, avec des pathologies intéressantes, une prise en charge de qualité. Mais ce qui m'intéresse surtout, c'est de continuer à faire grandir l'hôpital. L'idée, c'est de se dire, voilà, on en a discuté, qu'est-ce qui nous pose problème aujourd'hui ? Clairement, ce qui pose problème aujourd'hui, c'est la biologie et le scanner. Et donc, c'est ce challenge de se dire maintenant, il faut qu'on mette les moyens, autant financiers qu'humains, en termes d'investissement, pour se dire, on va mettre une biologie. délocalisé, qui, je pense, j'ai bon espoir qu'à l'arrivée en 2026, et puis mettre un scanner. Alors, évidemment, on paraît toujours un peu fou quand on dit ça, même je parle avec mes collègues paramédicaux, qui habitent même ici, en me disant, mais docteur, vous allez mettre un scanner où ? Mais l'idée, c'est de se dire, si on ne le fait pas et qu'on ne le tente pas, qui va le faire ? Si nous, on n'est pas porteurs de ce projet, si on doit continuer à obliger les patients à faire une heure de route pour faire un scanner, évidemment qu'on ne va pas faire baisser et les indicateurs qu'on connaît, qui sont catastrophiques en termes de dépistage du cancer du côlon ou du cancer du sein. C'est vrai qu'il y a des moments où on se dit toujours, en fin de journée, quand on a une grosse journée, qu'on est un petit peu en sous-effectif, parce que ça arrive, on n'a pas des effectifs qui sont pléthores. Quand on rentre le soir à 19h après avoir fait je ne sais combien d'entraves, je ne sais combien de patients, on part un peu sur les rotules et on se dit j'irais bien travailler. On prend une activité un peu plus light, peut-être même mieux rémunérée. Et puis on rentre à la maison et on se dit finalement, si je ne le fais pas, qui va le faire ? On se dit, allez, ça nous donne le courage pour y retourner le lendemain. Et puis le lendemain, ça se passe toujours mieux.
- Speaker #0
Est-ce que de faire le choix de s'impliquer comme ça dans un hôpital de proximité, ça a un impact sur un équilibre de vie professionnelle, personnelle, ou pas spécialement par rapport à une activité dans un autre hôpital ?
- Speaker #1
En fait, je travaille aussi en ville, je bosse chez SOS Médecins 51. j'avais une volonté d'avoir une activité mixte assez tôt, je trouvais que l'activité du médecin libéral rendait le médecin hospitalier meilleur et vice versa, travailler chez SOS médecin ça m'avait permis en fait d'un point de vue logistique c'était plus simple pour travailler à l'hôpital que d'avoir son cabinet pour suivre ses patients je viens pas tous les jours je suis quand même très souvent ici et très investi ici donc c'était plus simple d'avoir une activité à SOS médecin c'est vrai que je travaille énormément c'est ce que ma famille et mes amis me disent toujours c'est que Effectivement, j'ai fait des mois où je travaille, je ne vais pas vous dire les chiffres, mais on arrive à pas loin de 25-26 jours par mois, avec très peu de jours de repos. Je ne ferai pas ça pendant 20 ans, je le sais. Mais pour l'instant, pendant que la passion m'anime encore, j'arrive à tenir le coup. Je fais du sport, je joue au basket. C'est ce qui me permet de relâcher un petit peu la pression, c'est de pouvoir aller deux fois par semaine en entraînement, de jouer mon match le week-end, de voir les copains, de discuter un petit peu après les matchs. C'est ce qui me permet de maintenir une certaine sociabilité, et bien évidemment ma famille, qui est le pilier sur toute cette activité.
- Speaker #0
Vous parlez de la vision qu'ont encore en réalité les patients du médecin. Est-ce que c'est différent quand vous exercez SOS médecin à Saint-Quentin qu'au siège de Guise, ou pas spécialement ?
- Speaker #1
Il y a une différence de population. Je pense que la population sur la ruralité est plus respectueuse, plus à l'écoute. Mais oui, il y a une différence de population. Alors après aussi, je ne soigne pas les mêmes personnes. À SOS 51, je soigne des gens plus jeunes qui viennent, qui se déplacent au cabinet. À Guise, je travaille plutôt sur de la personne âgée qui, une fois sur deux, me tutoie. Alors ils sont très respectueux, mais le tutoiement est facile. Le petit surnom aussi est facile. Il ne faut pas se vexer, c'est la façon de communiquer. En fait, il faut s'adapter. Il ne faut pas se dire non, mais attendez quand même, je suis médecin. Vous ne pouvez pas me... Oui, je ne pourrais pas tolérer le tutoiement ou... certains écarts de langage avec un patient de 35 ans qui vient me consulter à SOS. Mais je peux facilement le tolérer et ça me fait sourire quand, je vais vous donner un exemple, quand un monsieur de 85 ans vient et me dit « Gamin, tu peux me baisser la télé ? » Vous voyez ? On essaie de proposer...
- Speaker #0
Par rapport à d'autres hôpitaux de zone rurale dans le reste de la France, est-ce que vous avez des liens, par exemple, avec d'autres hôpitaux de ruralité ? Est-ce que vous partagez aussi ?
- Speaker #1
On essaye quand même d'échanger, j'échange un petit peu avec IRSON, qui est pas très loin, on est sur le même bassin de population, on est sur le même secteur. J'essaye d'échanger un petit peu avec la médecine d'IRSON pour un petit peu savoir comment elle fonctionne. Notamment, je les ai contactés pour la biologie délocalisée. Ils ont de la biologie délocalisée sur place et c'est un projet qui nous tient à cœur. Donc oui, effectivement, on a des rapports assez étroits avec IRSON et évidemment un gros rapport, mais qui n'est pas en réalité avec l'hôpital de Saint-Quentin. C'est l'hôpital pivot du GRHT. bossent beaucoup avec 50 ans. Et pas dans la réalité.
- Speaker #0
Est-ce que vous auriez un conseil à donner à des étudiants de santé pour les encourager à rejoindre ?
- Speaker #1
Franchement, il faut oser. Il faut juste se dire « j'y vais, je vais voir » . Et franchement, à chaque fois qu'ils sont venus, qu'ils ont osé, ils n'ont jamais regretté. Il faut démystifier ces idées, de se dire « oui, mais je veux rester travailler dans un grand centre » . Alors, il nous faut des médecins qui vont faire des carrières universitaires et de la recherche. primordial, c'est ce qui participe à l'excellence du système de santé français. Mais il ne faut pas avoir peur de se dire, je m'adresse aussi particulièrement aux gens qui sont nés dans le secteur et qui font médecine, de se dire c'est pas parce que je vais travailler là que c'est dégradant ou que je vais être au milieu de nulle part, tout seul, je vais gérer. On a l'image du médecin qui gère son défibrillateur, un arrêt cardiaque au milieu de nulle part. Non, il y a un smur ici. Les conditions, elles sont exactement les mêmes qu'au CHU. ou que sur le CH de Saint-Quentin. Il y a un petit peu plus de logistique, une grosse dose d'humanité en plus, mais sensiblement, on reste sur les mêmes standards. Il y a un truc ici, en fait, quand on vient bosser. Il y a un vrai truc, que ce soit avec les patients ou avec les soignants, il y a un vrai truc de venir bosser ici.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Dr Ziad, pour cet échange et pour le temps que vous nous avez accordé. On vous donne rendez-vous pour un prochain épisode avec un autre acteur rural. Merci beaucoup pour votre écoute. Pédagogas Santé, écoutez ensemble. Pour soigner ensemble.