- Speaker #0
Bienvenue dans le Pédagogast Santé, le podcast de Simu Santé et Pion. A l'occasion de Mars Bleu, mois national de sensibilisation au dépistage du cancer colorectal, nous proposons tout au long de ce mois-ci des contenus pédagogiques pour parler de cette pathologie qui demeure l'un des cancers les plus fréquents en France, mais aussi l'un des plus évitables grâce au dépistage organisé. En effet, le cancer colorectal touche chaque année des dizaines de milliers de personnes. Pourtant, détectés précocement, ils se guérissent dans la grande majorité des cas. Mars Bleu est donc un temps fort pour informer, lever les freins au dépistage et rappeler l'importance d'une prise en charge coordonnée et pluridisciplinaire. Pour en parler, j'ai le plaisir d'animer cette table ronde avec deux experts du CHU d'Amiens. Le Dr Clara Isé, gastro-entérologue et hépatologue au CHU d'Amiens, maître de conférence, spécialiste de la prise en charge endoscopique. des tumeurs superficielles du tube digestif, et le professeur Charles Sabat, chirurgien digestif, professeur des universités, spécialiste de la prise en charge chirurgicale des cancers colorectaux. Ensemble, nous aborderons les enjeux du dépistage, les symptômes à ne pas négliger, les parcours de soins, ainsi que les avancées médicales et chirurgicales qui améliorent aujourd'hui le pronostic de la qualité de vie des patients. Bienvenue dans cet épisode dédié à la prévention, à l'expertise et à la mobilisation autour de Mars Bleu. Alors pourquoi Mars bleu reste-t-il un temps fort indispensable en 2026 ?
- Speaker #1
Le cancer colorectal c'est un des cancers qu'on peut dépister. Et donc au-delà du test de dépistage, il faut que les gens puissent comprendre pourquoi est-ce qu'il y a un dépistage. Donc c'est le moment d'en parler. C'est un temps fort comme il y a Octobre Rose, comme il y a Mauvember, etc. Donc c'est l'occasion d'en parler un petit peu plus.
- Speaker #0
Pourquoi est-il important de parler du cancer colorectal aujourd'hui ?
- Speaker #1
Le cancer colorectal a la particularité d'être l'un des cancers les plus fréquents, mais aussi l'un des cancers pour lequel, quand on a une prise en charge précoce, c'est un des cancers que l'on peut guérir. Et donc l'enjeu, c'est de dépister le plus tôt possible les tumeurs pour pouvoir proposer le traitement le moins invasif et pouvoir avoir une guérison de ce cancer.
- Speaker #0
Est-ce que vous voulez ajouter quelque chose sur ce sujet ? sur l'importance de parler de ce cancer et de Mars Bleu.
- Speaker #2
Alors pourquoi c'est important de le signaler ? C'est parce qu'on sait qu'aujourd'hui ce test de dépistage, on va en parler un peu plus un peu plus tard, il n'est quasiment pas fait en fait dans la population générale. Il n'y a que 32% en fait de Français qui le font aujourd'hui, alors que c'est un test gratuit et qui permet de sauver des vies. Donc c'est pour ça qu'il faut insister sur le fait que... Il faut se faire dépister, c'est un test simple, ça prend 5 minutes à faire et ça permet de sauver de nombreuses vies. Donc c'est très important d'en parler tout le mois de mars.
- Speaker #0
Donc mars bleu permet peut-être de lever certains tabous et d'aller encourager les personnes à se dépister, c'est ça ?
- Speaker #2
Exactement, alors on va en reparler un peu plus loin. C'est vrai qu'on n'a pas très envie tous de faire ce test-là parce que ça demande un peu de manipulation, mais encore une fois, c'est 5 minutes sur toute une vie et ça peut sauver plein de vies.
- Speaker #0
Le cancer colorectal est-il, selon vous, encore sous-estimé par la population ?
- Speaker #2
Complètement. Je pense qu'il y a beaucoup de gens qui ne connaissent pas le cancer du côlon, alors que c'est le deuxième cancer le plus fréquent en France, que dans le monde, ça représente 1,9 million de cancers détectés par année et c'est 900 000 morts par an dans le monde. Donc c'est vraiment un problème de santé. public majeur pour lequel il faut qu'on continue de communiquer dessus.
- Speaker #0
Justement, docteur, pour mieux comprendre, qu'est-ce que le colon et le rectum ?
- Speaker #2
Le colon et le rectum, en fait, c'est le gros intestin, si on doit vulgariser. Ça permet la rétention des selles, l'absorption de l'eau et donc c'est la partie finale de tout le système digestif qui permet notamment après l'expulsion des selles.
- Speaker #0
Comment se développe un cancer colorectal ?
- Speaker #1
La façon la plus classique, c'est un polype au début, une lésion bénigne, qui va grandir, modifier ses caractéristiques, et puis finalement se transformer en cancer. Ça veut dire qu'on a quand même toute une période durant laquelle, entre le moment où le polype va commencer sa formation et le développement en cancer, il y a tout un moment où... On va pouvoir peut-être repérer du sang dans les selles, mais qui n'est pas visible à l'œil nu, qui vont être les prémices un petit peu, et qui vont pouvoir permettre de proposer une coloscopie, et donc de réséquer par voie endoscopique, sans opération à voie ouverte, on va pouvoir réséquer le polype. avant qu'il ne se transforme en cancer.
- Speaker #0
D'accord. Les facteurs de risque du cancer colorectal sont multiples et bien documentés. Parmi les principaux, on retrouve l'âge, le risque augmente significativement après 50 ans, les antécédents personnels de polypes ou de cancer colorectal et des antécédents familiaux de la maladie. Des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin, comme la maladie de Crohn ou la rectocolite hémorragique, augmentent également le risque. Par ailleurs, des facteurs liés au mode de vie, comme une alimentation riche en viande rouge, en charcuterie, une faible consommation de fibres, une sédentarité ou une inactivité physique, le surpoids, l'obésité, la consommation d'alcool, le tabagisme, contribuent également à accroître la probabilité de développer un cancer colorectal. Ces éléments sont donc des leviers d'action préventifs, importants, que nous aborderons avec nos intervenants. Quels sont, selon vous, les principaux facteurs de risque modifiables parmi lesquels j'ai cité ?
- Speaker #2
Ce que vous avez dit très bien. Alors maintenant, on parle beaucoup de l'obésité comme facteur de risque et le surpoids qui sont peut-être des raisons pour lesquelles aujourd'hui, les premiers polypes arrivent beaucoup plus tôt dans la population générale qu'avant. Donc ça, c'est un des facteurs qui est modifiable, la prise en charge du surpoids, la consommation d'alcool, effectivement, qui peut entraîner à la fois d'autres cancers aussi, comme le cancer du foie. Donc ça, ce sont des facteurs facilement modifiables. Les facteurs personnels, les antécédents familiaux, malheureusement, on ne peut pas les changer. Mais voilà, déjà rien que jouer sur l'alimentation et sur la consommation de toxiques peut limiter le développement de polypes et après de lésions cancéreuses.
- Speaker #0
Et est-ce que vos patients connaissent suffisamment ces facteurs de risque ?
- Speaker #1
Non, pas vraiment. Non, non, c'est difficile parce que ce sont des facteurs qui sont un peu des facteurs de toutes les pathologies. Donc il n'y a pas un lien aussi direct que par exemple cancer du poumon et tabac. Donc il y a aussi un peu une part d'injustice, c'est quelque chose qui touche un peu toute la population. Il y a des personnes qui font... tout bien et qui, malgré ça, ont un cancer. Donc, il y a des facteurs de risque connus, mais c'est pas très linéaire, donc c'est pas très connu dans la population.
- Speaker #0
Et alors là, vous me parliez de l'âge. C'est vrai que c'est un cancer auquel on peut associer à des personnes plus âgées. Est-ce que vous voyez une population de plus en plus jeune ?
- Speaker #2
Oui, tout à fait. Dans l'imaginaire collectif, on a toujours l'impression que c'est un cancer qui va arriver à 80 ans, mais en fait, non. Et effectivement, on a des patients de plus en plus jeunes qui développent malheureusement des polypes, voire des lésions cancéreuses, alors qu'ils n'ont pas forcément d'antécédents familiaux. Donc, c'est pour ça qu'on a un dépistage qui est là à partir de 50 ans, parce qu'on sait qu'à partir de 50 ans, il y a plus de risque d'avoir des polypes. Et donc, c'est ces patients-là, dès 50 ans, pour lesquels le dépistage est indispensable.
- Speaker #0
Alors, vous parliez un peu de chiffres tout à l'heure. Sur le plan épidémiologique en France, le cancer colorectal est l'un des plus lourds en termes de fréquence et de mortalité. Selon les estimations les plus récentes de l'Institut National du Cancer, il y a 47 500 nouveaux cas diagnostiqués chaque année, ce qui en fait le troisième cancer le plus fréquent chez les hommes et chez les femmes confondus. Il est également la deuxième cause de décès par cancer, avec près de 17 000 morts chaque année en France. Le cancer colorectal reste la deuxième cause de mortalité par cancer en France, comment est-ce que vous l'expliquez ?
- Speaker #1
Il y a une part de politique de l'autruche, c'est-à-dire qu'on a quand même ça régulièrement, des patients qui n'ont pas voulu faire le dépistage, des patients qui ont des signes, soit un peu d'amégrissement, soit un peu de sang dans les selles, soit un peu de modification du transit, ce sont les signes qu'on retrouve fréquemment, et qui refusent de voir les signes, et donc qui, probablement par peur du dépistage ou de la coloscopie, vont minimiser ces signes, les fameux hémorroïdes, qui ne sont parfois pas du tout les hémorroïdes. Et donc, on a ça. Donc, évidemment, plus on va dépister tardivement ou détecter tardivement, plus le risque de stade évolué existe et donc le risque de décès lié au cancer.
- Speaker #0
Et est-ce que vous pouvez nous parler des taux de guérison selon le stade ?
- Speaker #1
C'est une question difficile parce que parfois, les statistiques peuvent faire un petit peu peur. ce qu'on peut dire, c'est que... Alors, on ne parle pas toujours, nous, de guérison, mais on parle de survie à 3 ans ou à 5 ans. Et quand on a un stade 1, c'est quasiment 100%. Quand on a un stade 3, je dirais qu'on est aux alentours de 85-86% de survie sans récidive à 3 ans. Stade 2, c'est un peu entre deux. Le stade 4, qui est le stade métastatique, ça dépend un petit peu de la possibilité de faire ou pas une résection des métastases. Et si on peut faire une résection des métastases, on a environ 50% de survie à 3 ans.
- Speaker #0
D'accord. Oui,
- Speaker #2
mais l'objectif du test de dépistage, c'est justement d'arriver avant ce stade évolué de cancer et d'arriver à la phase précancéreuse. C'est-à-dire que l'objectif du test, c'est de dépister du sang occulte. qui vient de lésions qui sont très cancéreuses et qui ne sont pas encore devenues des cancers. Et donc endoscopiquement, par la coloscopie, on peut réséquer et après les patients sont guéris. Et après, ils rentrent dans une surveillance active où on recherche d'autres polypes, mais on n'en est pas encore au stade cancer. C'est en fait, quand on fait un test de dépistage de colorectal et que le test est positif, en fait, il n'y a qu'environ 35% des patients qui vont avoir des polypes. Et puis, c'est 5% de patients qui auront des cancers. Donc en fait, la grande majorité des coloscopies qu'on va faire dans le cadre de ce test positif vont des fois être négatives, c'est-à-dire qu'on ne va pas trouver de choses. Mais ça permet d'aller repérer des polypes qui ne sont pas encore transformés en cancer pour vraiment faire de la prévention et qu'il n'y ait pas de cancer qui se développe.
- Speaker #0
D'accord, c'est très clair. Et en France, le dépistage organisé du cancer colorectal s'adresse aux femmes et aux hommes de 50 à 74 ans, considérés à risque moyen, c'est-à-dire sans symptômes ni antécédents particuliers. Tous les deux ans, ils sont invités à réaliser un test immunologique de recherche de sang dans les selles. En cas de résultat positif, une coloscopie est indiquée. Pour préciser le diagnostic, comme vous venez de le dire, ce programme ne concerne pas les personnes à risque élevé ou très élevé, notamment en cas d'antécédents familiaux de cancer colorectal, d'antécédents personnels de polypes ou de maladies inflammatoires chroniques de l'intestin qui révèlent un suivi spécialisé. Enfin, la présence de symptômes digestifs évocateurs impose une consultation rapide. indépendamment de l'âge et du calendrier de dépistage. Vous parliez donc de ce test, comment est-ce qu'il fonctionne concrètement ?
- Speaker #2
Alors en fait c'est un test que le patient peut récupérer par plusieurs voies, soit le médecin traitant, soit par la pharmacie. C'est vraiment un kit en fait où le patient va devoir faire un prélèvement de sel. Donc on va demander au patient de déféquer. de récupérer cette selle et de faire avec un petit écouvillon un prélèvement à l'intérieur de la selle. Puis cet écouvillon est envoyé au laboratoire pour une analyse. Et l'objectif de cette analyse, c'est de détecter du sang qu'on ne voit pas, des traces de sang microscopique. Et en fonction de ça, si on en trouve, à ce moment-là, le patient a une indication à réaliser une coloscopie.
- Speaker #0
Donc ce qu'on reçoit dans cet enveloppe, il y a, vous disiez, un écouvillon ?
- Speaker #2
Si ça... Alors, un écouvillon, un petit papier pour expliquer. Et puis, c'est tout, en fait. Il n'y a pas grand-chose dans ce kit-là. Ce qui fait peur, finalement, c'est la manipulation des selles. Alors, ce qu'on comprend complètement, en fait, mais quand on est capable de faire une analyse d'urine, je pense qu'on est capable de faire une analyse de sel. Effectivement, c'est peu ragoûtant. Alors, il y a des petites techniques, si on veut faire le test. proprement, en fait. On peut mettre le papier au fond de la cuvette. Il ne faut pas que ce soit au contact de l'eau. Et puis après, il faut faire pipi, bien sûr, avant. Et après, faire sa selle. Et puis après, reprendre le petit papier et faire la petite manipulation. Mais tout est expliqué dans le kit. Vraiment, comment faire ça proprement. On sait bien que ce n'est pas amusant de le faire. Peut-être dans le futur, il y aura des applications smartphone où on aura juste à scanner les selles. On peut imaginer plein de choses. Et aujourd'hui, c'est le meilleur moyen pour dépister le sang dans les selles.
- Speaker #0
Alors, pour corriger un peu les idées reçues, est-ce que c'est douloureux ? Est-ce que c'est complexe ? Est-ce que c'est dangereux ? Pourquoi est-ce que le taux de participation reste encore insuffisant ?
- Speaker #1
Non, c'est simple et ce n'est pas douloureux. À mon avis, le problème, c'est un peu le dépistage de tout cancer. C'est-à-dire qu'en fait, c'est une maladie qui continue à faire peur. et donc On n'a pas envie d'être confronté à ça. Et donc, c'est la même chose. On remet toujours un peu plus tard. Et puis, le problème, c'est qu'à un moment donné, ça peut être un peu trop tard. Donc, je pense que c'est plus la peur d'être confronté à la maladie.
- Speaker #0
Donc, vous l'avez un peu abordé tout à l'heure, mais que signifie un test positif et qu'est-ce qui se passe après ?
- Speaker #2
Alors, une fois qu'on a un test positif, l'écouvion est envoyée au laboratoire et le laboratoire va rendre un test. en disant positif ou négatif. Alors après, il y a un taux de détection du sang, mais peu importe les normes. Aujourd'hui, le laboratoire va... communiquer au médecin traitant est-ce que le test est positif ou négatif. À ce moment-là, le patient revoit son médecin traitant qui va ensuite l'orienter vers un gastro-entérologue. Et l'objectif du gastro-entérologue, ça va être d'expliquer au patient la nécessité de faire une coloscopie. Donc une coloscopie, c'est quoi ? C'est une endoscopie par voie basse. Donc en fait, c'est un tuyau qui est gros globalement comme mon petit doigt, au bout duquel il y a une petite caméra qu'on passe par l'anus pour aller voir en fait tout le colon, donc le rectum et le colon. C'est un examen qui se fait sous anesthésie générale et qui nécessite au préalable une préparation colique. Donc en fait, on demandera et on va expliquer aux patients la nécessité de prendre une préparation colique. C'est une purge, d'accord ? Donc globalement, c'est à peu près 4 litres à boire. Donc il y a des préparations plus ou moins sympathiques avec plus ou moins beaucoup de liquide à boire. Mais globalement, les préparations actuelles, il y a deux verres de préparation à boire, deux verres de médicaments si vous voulez, et après c'est que de l'eau. L'objectif de cette préparation, c'est de vidanger l'intestin complètement. Ensuite, nous, on fait l'endoscopie, les gastro-entérologues. On monte le tuyau jusqu'au bout du côlon. Ensuite, on va regarder minutieusement tout le côlon pour rechercher les fameux polypes. Si on en trouve, on va les enlever. On utilise comme des petits lasseaux pour couper les polypes. Après, on les met en analyse. L'analyse de ces polypes va permettre de dire si ce sont des polypes bénins ou des polypes... qui se sont déjà transformés en cancer. Et puis après, si besoin, il y a plus ou moins d'autres traitements possibles derrière.
- Speaker #0
Donc quand il y a des biopsies, c'est lors de cette première coloscopie ?
- Speaker #2
Exactement. Alors de temps en temps, on ne peut pas enlever tous les polypes sur la première endoscopie, notamment si les polypes sont très nombreux ou très gros. De temps en temps, on est obligé de reprogrammer les examens parce qu'il faut soit faire des techniques particulières de résection, pour lequel il faut informer le patient, parce que c'est des techniques de résection qui ont un peu plus de risques, de complications, et donc il faut toujours informer les patients quand c'est comme ça.
- Speaker #0
Ok. Quels examens permettent de stadifier la maladie ?
- Speaker #1
Pour le cancer du côlon, en fait, on va utiliser la coloscopie pour le diagnostic, et ensuite un scanner thoraco-abdominopélien. C'est-à-dire qu'on va regarder le... On va évaluer, on recherche la présence de métastases essentiellement. Et les sites les plus fréquents, c'est le foie et le poumon. Donc en fait, c'est cet examen qui va nous permettre de voir ça. Il y a une petite subtilité pour le rectum, qui se situe plus bas dans le pelvis, qui a vraiment la partie distale. Et dans ce cas, on fait en plus une IRM pour avoir un stade précis de la tumeur en elle-même.
- Speaker #0
Ok. Quand est-ce que la chirurgie est indiquée ?
- Speaker #1
Alors, en fait, la chirurgie est indiquée quand on ne peut pas retirer le polype endoscopiquement. Si c'est une tumeur précancéreuse, dans l'immense majorité des cas, c'est résécable par voie endoscopique. Si c'est une tumeur cancéreuse, dans les cas les plus précoces, on peut faire une résécution endoscopique, mais au-delà, il y a certains critères qui font qu'on ne peut pas, et donc dans ce cas-là, on... On retire le bout de colon qui est malade.
- Speaker #0
Est-ce que les techniques mini-invasives ont transformé la prise en charge de ces patients ?
- Speaker #1
Oui, on est passé d'une situation il y a quelques années où on faisait de la chirurgie dite ouverte, c'est-à-dire qu'on ouvrait complètement le ventre. Évidemment, ça créait des cicatrices, des douleurs. Et maintenant, les choses ont beaucoup changé. Premièrement, on a la place de l'endoscopie thérapeutique qui a quand même beaucoup monté. On est capable maintenant de retirer par coloscopie plus de tumeurs. Et puis d'un point de vue chirurgical, quand vraiment on doit retirer le bout de colon, on fait de la celluloscopie ou de la chirurgie robotique. Donc on fait des petits trous dans le ventre, ce qui nous permet par ces petits orifices de retirer la tumeur. Donc on diminue les douleurs post-opératoires, on diminue la durée de séjour, on diminue la cicatrie, les cicatrices et l'impact global sur le patient.
- Speaker #0
Et justement, peut-on préserver la qualité de vie, fonction digestive, stomie, etc. après des patients ?
- Speaker #2
Tout à fait. En fait, c'est vraiment un travail conjoint entre le gastro-entérologue et le chirurgien, la prise en charge de ces lésions. Donc, effectivement, soit la lésion est précancéreuse et pas encore transformée, ou alors elle est en début de transformation. Et du coup, le gastro-entérologue va pouvoir intervenir en faisant l'endoscopie et en réséquant endoscopiquement. Et là, il n'y a pas de séquelles fonctionnelles globalement. Après, quand c'est une prise en charge chirurgicale, tout va dépendre surtout de la localisation de la lésion. En fait, l'impact majeur va être sur les lésions plutôt au niveau du rectum, parce qu'à ce niveau-là, il y a les sphincters, etc. Mais c'est vraiment un cas bien particulier pour lequel toutes les stratégies actuelles... Elles sont quand même dans une dynamique de préservation d'organes où en fait on va vraiment discuter de ces dossiers-là, où est la place de la chirurgie, où est la place des traitements complémentaires, parce que ce n'est pas l'objectif d'aujourd'hui, mais il y a aussi de la chimiothérapie, de la radiothérapie dans certaines situations qui ont aussi leur place dans la prise en charge. Et les séquelles fonctionnelles finalement, elles sont quand même, pour une chirurgie par exemple du côlon droit, assez limitées. les patients peuvent avoir une accélération du transit, donc un peu plus de... de diarrhée, et globalement c'est quand même très bien toléré par les patients.
- Speaker #1
Oui, il y a une vraie transformation de la prise en charge. Non seulement on est de moins en moins invasif, et même dans les stratégies, on a de plus en plus de constatations d'organes, et on a vraiment des signes très positifs. Dans les cancers du rectum, les traitements de radiothérapie, de chimiothérapie permettent de stériliser quasiment un quart des tumeurs. Donc à ces patients, on va pouvoir proposer dans certaines situations de garder le rectum, donc de limiter vraiment les séquelles. On va avoir aussi dans certaines situations la possibilité de prescrire une immunothérapie, qui est un traitement qui va permettre de stériliser aussi pas mal de tumeurs, donc il y a vraiment des avancées. Et je dirais aussi que pour répondre à la question de l'astomie, l'astomie c'est un élément qui peut faire peur. Mais notre rôle, c'est quand même aussi d'en discuter, parce qu'entre les craintes qu'on a et la réalité, il y a parfois un fossé, et donc tout ça, ça s'appréhende.
- Speaker #0
Pour conclure cet épisode, y a-t-il encore des tabous autour de cette pathologie ?
- Speaker #2
Je pense que le seul tabou vient des patients, finalement, par manque d'informations, globalement, et puis surtout par peur de trouver quelque chose. L'idée, c'est d'en parler avec son médecin généraliste, voire son gastro-entérologue, pour lever tous ces tabous.
- Speaker #0
Quel message clé voudriez-vous faire passer par rapport à ça et par rapport au fait qu'il faut communiquer sur ce cancer ?
- Speaker #2
Faites-vous dépister.
- Speaker #1
Il n'y a rien de plus à dire. On a quand même un cancer qui est curable, vraiment. Il y a un dépistage organisé en France, on a cette chance, il faut saisir l'occasion. J'ajouterais que c'est plus compliqué après, puisque le test de dépistage est disponible de 50 à 74 ans. Donc en fait, il faut saisir cette opportunité pour le faire après. On ne peut pas le faire après, donc c'est à ce moment-là qu'il faut le faire.
- Speaker #0
Ok, c'est très clair. Merci à tous les deux pour vos éclairages et votre engagement au service des patients. Ce que nous retenons aujourd'hui, c'est que le cancer colorectal est à la fois fréquent, grave, mais surtout largement évitable et guérissable lorsqu'il est détecté tôt. Le dépistage organisé entre 50 et 74 ans est simple, gratuit et peut véritablement sauver des vies. Concrètement, le test peut être remis par votre médecin traitant, votre pharmacien ou commandé en ligne sur le site dédié par l'assurance maladie, puis réalisé facilement à domicile. Mars Bleu est l'occasion de rappeler que la prévention et le dépistage sont des actes de santé responsables pour soi mais aussi pour ses proches. Si vous avez entre 50 et 74 ans ou si vous présentez des facteurs de risque ou des symptômes, parlez-en à votre médecin ou pharmacien. Merci d'avoir écouté cet épisode de notre Pédagogasse Santé. Si celui-ci vous a plu, n'hésitez pas à le partager et à en parler autour de vous. Retrouvez toutes nos playlists sur vos plateformes d'écoute préférées et suivez notre actualité sur le site internet de Simu Santé et sur les réseaux sociaux. Le Pédagogat Santé, écoutez ensemble pour soigner ensemble.