- Speaker #0
Bienvenue dans le Pédagogas Santé, le podcast de Simu Santé et Pion. Pouvez-vous brièvement vous présenter ?
- Speaker #1
Eh bien, moi je suis sage-femme, sage-femme libérale depuis 2020, où je me suis installée à titre personnel. Avant, je faisais un petit peu de remplacement et puis je fais un peu aussi d'hospitalier.
- Speaker #0
Qu'est-ce que vous faites en hospitalier ?
- Speaker #1
En hospitalier, principalement des accouchements. Et puis aussi l'accompagnement des parents durant leur séjour à la maternité.
- Speaker #0
Donc là, votre activité, c'est 50-50 ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça, 50-50. Donc 50% en hospitalier et 50% en libéral. Là, du coup, en libéral, on a une prise en charge un peu plus globale de la femme sur toute sa vie de femme, à savoir le suivi gynécologique et le suivi obstétrical.
- Speaker #0
Et un peu d'enfants aussi ?
- Speaker #1
Un peu d'enfants, mais les enfants, on ne les garde pas trop longtemps chez les sages-femmes. En règle générale, c'est le premier mois de vie, mais on est toujours en relation avec le médecin traitant ou le pédiatre.
- Speaker #0
Ça marche. Où se situent les hôpitaux dans lesquels vous travaillez et vos cabinets libéraux ?
- Speaker #1
Alors, l'hôpital où je travaille, c'est la clinique Victor Pochet à Amiens. Et j'interviens du coup dans le cadre de mon activité libérale à Comble, donc à côté de Perronne pour ceux qui ne situeraient pas trop, et Peuilly, lors par plus du côté de Cambrai, Saint-Quentin.
- Speaker #0
Est-ce que vous pouvez nous parler un peu des territoires sur lesquels vous exercez, et notamment sur ces deux cabinets ? Est-ce qu'ils sont dans des maisons de santé ? Et comment est la démographie des professionnels de santé, la géographie, la population ?
- Speaker #1
Alors, j'interviens uniquement dans des maisons de santé. Donc du coup, on a vraiment un cadre pluridisciplinaire. Mais dans les deux maisons de santé dans lesquelles j'interviens, je suis la seule sage-femme. Et après, je travaille avec médecins, traitants, infirmières, principalement. Au niveau de la population, on est en zone, si je ne dis pas de bêtises, sous-dotée. Et zone très sous-dotée pour EPI. Il y a vraiment une grosse problématique médicale, toute profession confondue. Pour vous dire, dans les deux maisons de santé, je travaille avec des médecins qui, pour certains, pourraient déjà être largement en retraite. D'autres, aux frontières de la retraite, mais qui prolongent faute de remplaçants. Et effectivement, on le ressent au niveau de la population qu'il y a un grand manque de médecins. Et en plus de ça, on est dans une région quand même de Picardie qui n'est pas quand même trop... trop favorisé, donc avec toutes les difficultés que ces populations peuvent rencontrer de déplacement.
- Speaker #0
Quel impact a ce manque de médecins sur votre pratique ?
- Speaker #1
En un mot, je pense une sur-sollicitation. Forcément. En tout cas, moi, je me tiens à normalement trois jours de consultation sur les deux cabinets confondus. Il n'est pas rare, puisque je fais du domicile aussi, de devoir étendre vraiment ces plages horaires où maintenant, je le fais un peu plus souvent, c'est vraiment de revenir exclusivement pour faire des domiciles parce que je n'arrive pas à les caler sur les créneaux normalement présents. Après aussi, je trouve que... Ça a eu un impact aussi positif pour les personnes de revoir s'installer des professions qui n'étaient pas forcément... Je pense que l'image de la sage-femme, nous c'est une génération qui est particulière, puisqu'on est sensibilisés au fait que la sage-femme ne s'occupe pas que des femmes enceintes. Mais du coup, ça a permis à d'autres personnes de reprendre un suivi gynécologique, parce que j'ai eu des patientes, ça faisait dix ans qu'elles n'avaient vu personne. Donc il y a aussi un impact positif pour les personnes. d'avoir un accès aux soins, on va dire un peu plus facilité sur l'aspect gynécologique.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui vous a amené à exercer dans ces territoires ?
- Speaker #1
Alors, moi je suis née... en Picardie. En plus, j'ai vécu à Comble, donc finalement, je reviens aux sources. Pourtant, j'ai fait mes études à Amiens, j'ai voyagé, j'ai fait plein d'autres choses. Mais je suis revenue ici, ça va faire un peu bateau, mais un peu par amour quand même, de la région. En plus, je suis arrivée avec une réelle opportunité, parce que c'est vrai que s'installer à titre... personnel, c'est quand même assez compliqué. Là, j'avais la possibilité de le faire au sein d'une structure, donc un cadre qui est quand même bien défini. Et puis, moi aussi, il y avait l'aspect pluridisciplinaire qui m'intéressait aussi énormément parce qu'après, ce n'est pas le tout de prendre en charge des patientes, mais quand il faut savoir les orienter, c'est quand même plus facile quand vous êtes déjà « connus » un peu sur le territoire. Vous avez plus de facilité, donc ça aussi, c'est un confort que... J'avoue, sur ma pratique, ça m'intéressait énormément.
- Speaker #0
Et le fait d'être sur deux maisons de santé, c'était un choix ou c'était un besoin ? Est-ce que ce ne serait pas plus simple, entre guillemets, d'être sur une maison ?
- Speaker #1
Alors, c'était un choix parce qu'en fait, on travaille vraiment... En fait, une fois que vous êtes implanté, vous avez, entre guillemets, un territoire. Et en fait, la problématique de Comple, c'est que je suis un peu border, en fait. Parce qu'après, vous repartez du côté de Bapaume, vous repartez du côté de Cambray. La géographie faisait que c'était toujours un peu compliqué. Je me retrouvais toujours entre deux eaux. Pareil, j'ai eu une opportunité avec la maison de santé des Puy, donc je me suis dit, on va en fait agrandir le territoire. Et comme ça, ça me permet, entre guillemets, de naviguer sur deux eaux plus facilement.
- Speaker #0
Et d'où vient votre choix de faire 50-50 hôpital ? et... Activité libérale.
- Speaker #1
Activité libérale. Pourquoi le 50-50 ? Parce que pour moi, en fait, l'activité libérale et l'activité hospitalière, c'est deux activités totalement différentes. Encore une fois, en hospitalier, on est vraiment à un instant T donné qui se recoupe largement autour de la naissance de l'enfant et de l'accompagnement des parents. Et l'activité libérale, on a vraiment un regard beaucoup plus étendu. de la femme, du couple. Et aussi, ce que je trouvais intéressant, c'est le retour à domicile, parce que finalement, tant qu'on ne fait que de l'hospitalier, on intervient d'instanté donné. Et je trouvais que justement, ça m'a aidée aussi dans mon accompagnement des couples à l'hôpital, le fait d'avoir une vision aussi sur le retour à domicile, d'être encore plus complète et plus présente dans leurs problématiques de parents.
- Speaker #0
Quelles sont vos spécificités de pratique sur ce territoire ?
- Speaker #1
Spécificité, on va dire que je fais le suivi gynéco classique. Et puis, je vais pouvoir aussi poser des stérilets, retirer des stérilets, poser des implants, retirer des implants. Conseil sur la contraception, je participe aussi au dépistage des cancers gynéco de la femme. cancer du col de l'utérus avec le dépistage avec le frottis. Ensuite, pour l'aspect obstétrique, je fais maintenant des échographies de datation, suivi de grossesse classique. Et puis après, on va faire tout ce qui est cours de préparation à l'accouchement. Et j'interviens aussi à domicile dans le cadre de surveillance de grossesse qui pourrait être pathologique ou à risque avec la pratique des monitorings. et le retour à domicile une fois que les parents l'enfant est né j'interviens à domicile et c'est en cours mais ça devrait se faire d'ici peu la pratique aussi des IVG médicamenteuses donc je me suis formée l'année dernière il faut juste que je fasse mon stage et pareil ça sera quelque chose qui sera mis en place au niveau du cabinet ça c'est un besoin
- Speaker #0
Euh... ou un besoin d'une sage-femme libérale de manière générale, ou plus particulièrement en zone rurale ?
- Speaker #1
Alors, c'est un peu des deux, parce qu'encore une fois, comme on manque de praticiens et aussi de structures, depuis aussi la fermeture de tous les petits hôpitaux un peu de proximité qu'on pouvait avoir, forcément, il y a un dispatch de la population qui s'est réorganisé différemment et qui se tourne plus vers des structures euh enfin libérales, privées, donc effectivement on doit traiter une demande qui était normalement traitée à l'hôpital, qui se rebascule chez nous. Effectivement, je ne vais pas dire que j'en ai de plus en plus, mais... Ça fait partie des choses qui sont quand même assez demandées, ou des patientes qui aimeraient avoir recours, qui ne trouvent pas forcément de rendez-vous dans des délais, on va dire, raisonnables, et donc du coup, qui se rabattent sur nous. Oui,
- Speaker #0
ça les fermetures, donc il y a eu Perron autour de vous ? Il y a eu Perron,
- Speaker #1
il y a eu...
- Speaker #0
C'est un peu plus loin.
- Speaker #1
Chemin s'est fermé ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Ah ben... Je vois. Parce que moi, j'avais entendu que c'était un peu endilettante. Je ne savais pas trop, mais... Oui, il y a eu Choni, il y a eu la clinique des Bonnettes à Arras, il y a eu la clinique Saint-Claude à Saint-Quentin. Donc ça, c'était des petites structures, mais mine de rien, elles absorbaient quand même une partie du besoin de soins et de l'offre de soins. Donc ça a tout redispatché, ça fait quand même pas mal de fermetures, en l'espace de quoi ? Même pas cinq ans, parce que ça fait cinq ans que je suis installée. C'était déjà des questions auxquelles on devait répondre. Oui, ça fait un espace de cinq ans, il y a trois structures.
- Speaker #0
Est-ce que ça a un impact sur vos pratiques dans le sens où ça vous fait faire, par exemple, plus de suivis gynéco que de la femme enceinte du fait qu'il y ait moins de médecins ? Comparé, par exemple, à une sage-femme libérale dans un centre-ville ou pas spécialement ?
- Speaker #1
Je pense que oui, le ratio est quand même différent. J'ai beaucoup, beaucoup, beaucoup de suivis de grossesse. Quand on fait le ratio, parce que j'ai des collègues qui travaillent aussi en ville, effectivement, je ne vais pas dire qu'elle s'est plus équilibrée, mais j'ai plus de suivis de grossesse cumulés qu'elle pourrait en avoir. Et puis après aussi, je pense que la patientèle aussi est différente. Il y a vraiment plus ce côté un peu fidélité quand on travaille en zone rurale, parce que vous êtes un peu la personne référente qu'en ville. pour vivre moi-même en ville, je trouve qu'on a une telle simplicité pour prendre des rendez-vous. Alors après, si j'accorde quand même de la patience aux personnes qui me suivent, mais je trouve que le relationnel n'est pas le même. Et donc, du coup, le dispatch de la population, elle ne se comporte du coup pas de la même façon non plus.
- Speaker #0
Justement, quels avantages vous voyez à exercer sur ces territoires, sur le plan professionnel comme sur le plan personnel ?
- Speaker #1
En tout cas, moi, je me suis... lancé dans le libéral vraiment pour la dimension de proximité. Je ne vais pas dire qu'on ne l'a plus en centre hospitalier, mais on n'est pas du tout dans les mêmes attentes. Il y a aussi un turnover qui est plus important dans les structures hospitalières. Je pense aussi du fait des fermetures des petites maternités aussi, où pareil, il a fallu redispatcher toutes ces personnes dans des centres hospitaliers. Alors c'est vrai qu'on a maintenant une tendance à créer des gros centres. Mais du coup, le relationnel, il n'est pas le même. Je ne dis pas qu'il est moins bien. Enfin, que les gens ne prennent pas en considération le patient, mais c'est différent. Et moi, j'avais vraiment besoin, en tout cas en m'installant en libéral, de créer du lien, de vraiment soigner la notion d'accompagnement. Et donc, je trouve que ça, c'est la partie quand même la plus gratifiante dans notre métier, de savoir être présent et d'accorder du temps. Donc, c'est pour ça que je me suis vraiment aussi tournée là-dessus dans le libéral.
- Speaker #0
Et si on parle un peu des contraintes, à quoi êtes-vous confrontée ? Qu'est-ce que vous mettez en place pour soulever ces freins ?
- Speaker #1
Alors, les freins, je pense que comme toute profession médicale confondue, c'est qu'il n'y a plus trop de notions de semaine, il n'y a plus trop de notions de week-end, et encore plus quand on cumule les deux, comme moi. parce que je peux être amenée à faire des gardes. En plus, je travaille essentiellement de nuit en garde, donc déjà un rythme totalement décalé. Rebasculer après sur des journées. Qui dit domicile, c'est un peu 7 jours sur 7 parce qu'on ne sait pas encore trop programmer les naissances. Donc des fois, il y a des sorties où vous êtes obligé, entre guillemets, de passer le week-end à domicile. Donc ça, c'est vraiment, je pense, le gros point noir. Après, je pense que la pratique aussi, elle se fait en allant. Je pense que je ne suis plus du tout la même personne depuis que j'ai commencé et là, à l'heure actuelle. Donc maintenant aussi, je suis obligée de me mettre des limites parce qu'effectivement, sinon, je pourrais être 7 jours sur 7 dans ma voiture en train d'aller à droite à gauche. Donc, il faut se recentrer aussi sur justement les personnes qu'on accompagne. Des fois aussi, ça pose... La contrainte aussi de des fois devoir refuser des personnes sur des accompagnements, sur des suivis, parce que faute de temps. Et puis après aussi, si on veut être gage de qualité, il faut aussi savoir se mettre des limites. Des fois aussi, je coupe mon téléphone, chose que je ne faisais pas trop avant. Je débranche quand même le téléphone pour pouvoir aussi me retrouver du temps personnel où je ne fais rien. Parce que ça aussi, c'est ultra important d'avoir des temps de off où on peut faire autre chose.
- Speaker #0
Et est-ce que vous êtes confrontée à des contraintes sur votre exercice comme de l'isolement, un manque de moyens pour certaines pratiques ou des choses comme ça ?
- Speaker #1
Alors, encore une fois, je pense que l'installation en... En milieu pluriprofessionnel, je pense qu'il est vraiment à valoriser, surtout dans une région comme la nôtre où déjà, de base, on manque un peu de moyens. Je ne me serais jamais vue toute seule parce qu'effectivement, l'idolement, plus, Donc moi, je n'ai pas trop cette contrainte-là puisque j'ai deux parts. Les maisons médicales, la possibilité d'avoir un avis à un confrère ou des choses. en rapport vraiment avec la médecine générale. Et de par le fait que j'ai encore un pied en hospitalier, j'ai encore des contacts de médecins en pratique hospitalière qui peuvent aussi parfois m'aider quand je suis en difficulté. Donc la question de l'isolement, je ne la ressens pas trop au niveau professionnel.
- Speaker #0
Vous parliez de prendre des secondes avis. Comment... Quelle relation vous avez avec les autres professionnels de santé ? Et comment est-ce que vous échangez ? Quels moyens vous mettez en place pour pouvoir avoir, par exemple, des avis supplémentaires ou des avis de spécialistes, parfois ?
- Speaker #1
Alors, il y a beaucoup de spécialistes que j'ai connus au travers de mes études. Donc, je pense que ça aussi, c'est bien pour la relation de confiance mutuelle. Donc ça, ça m'a aussi énormément aidée. Les moyens de communication, ça va être essentiellement par mail, parce que c'est pareil, avoir un avis direct comme ça, c'est une probabilité très mince. Donc du coup, on se fait beaucoup par mail. Et puis maintenant, il y a des plateformes sécurisées qui sont vraiment dédiées aussi au fait qu'on ait formulé un avis, parce qu'il y a aussi l'engagement médico-légal. Quand vous demandez un avis, aussi bien de la personne qui demande l'avis et aussi bien de la personne qui va formuler après l'avis. Donc, c'est aussi très utile, ces outils justement d'échange. Et maintenant, c'est assez courant de passer par ces formules. On ne fait plus trop d'appels comme ça par téléphone, échanger ou le petit post-it laissé au secrétariat. Ce n'est plus trop d'actualité, mais avant, c'était des choses qu'on faisait. Maintenant, on ne fait plus ça.
- Speaker #0
Et au sein des maisons de santé, vous avez... Des bonnes relations avec les autres professionnels de santé, est-ce que vous arrivez à échanger ?
- Speaker #1
Oui, alors on a des réunions, on essaie de faire des réunions assez fréquentes, tous les deux, trois mois justement, pour échanger d'un point de vue plus global sur notre pratique à titre individuel et après aussi sur des patients. Parce que ce qui est bien avec la maison de santé, c'est qu'on peut vraiment faire un circuit du patient. qui va aller voir le médecin traitant, qui va aller voir peut-être l'ostéo, la podo. Et en fait, aussi, on s'aperçoit qu'on n'a pas du tout les mêmes relations suivant les spécificités, suivant votre pratique. Et donc, du coup, aussi, ça nous permet d'avoir aussi des retours. Les patientes, elles vont vous confier telle chose. Et puis, au médecin traitant, elles vont confier d'autres choses. Et puis, voilà, d'avoir vraiment une prise en charge plus globale. Donc, ça, c'est super intéressant.
- Speaker #0
Parlez de relations avec vos patients, comment est-ce que vous les décririez ?
- Speaker #1
Mes patients ?
- Speaker #0
La relation que vous avez avec eux.
- Speaker #1
La relation, je pense qu'elle est vraiment unique. Je pense que c'est particulier. Et puis après aussi, je vais dire de les voir grandir, mais ce n'est pas ça. C'est de les voir évoluer aussi au fil du temps. Je ne vais pas dire que je les passe en coup de cœur. J'ai des patientes pour lesquelles j'ai eu la chance de suivre la première grossesse, la deuxième grossesse. D'autres patientes qui étaient avec moi quand j'ai ouvert, quand je me suis installée, qui sont maintenant enceintes. Donc il y a ce côté aussi ultra gratifiant, ultra... Enfin, je ne sais pas, c'est... Ouais, non, c'est... Je ne vais pas trouver mon mot, mais... Non, c'est ultra valorisant. Puis, il y a vraiment une relation. Puis, je trouve que d'intervenir comme ça dans la vie des femmes, parce qu'il y a quand même la vie de l'intime, je trouve qu'il y a vraiment ce côté ultra valorisant de pouvoir intervenir dans cette période-là de leur vie.
- Speaker #0
C'est une relation assez proche. Et en plus, vous faites du domicile. Ça peut jouer aussi,
- Speaker #1
je pense. Oui, je pense qu'il y a déjà rentrer dans l'intimité de la femme, qui est pour moi une première étape. Après, rentrer dans l'intimité de la famille, effectivement, comme vous l'avez dit, d'aller à domicile, ça, c'est encore le stade, je trouve, ultime. Et puis aussi, quand on arrive, justement, elle se confie, j'ai beaucoup de patientes qui se confient vraiment. surtout, je veux dire, leur vie de femme, leur vie de maman. Et je trouve ça ultra intéressant d'avoir accès à tout ça, parce que c'est vraiment que quand on est en confiance, je pense qu'on peut avoir ce type d'échange. Donc non, c'est ultra valorisant.
- Speaker #0
Et ça, ça fait partie des choses qui sont assez spécifiques à votre activité libérale. C'est ce que vous recherchez ?
- Speaker #1
Oui, oui. Puis après aussi, je pense que ça dépend aussi. Je pense qu'à titre aussi individuel, on pratique. Il y a le métier géré de base. Et puis après, il y a la pratique que vous allez en faire et le sens que vous allez vouloir donner à votre pratique. En tous les cas, moi, c'est vraiment ce vers quoi j'ai envie d'avancer ou d'évoluer. C'est pour moi ce qui donne le plus de sens à ma pratique.
- Speaker #0
Et donc là, vous parliez un peu du fait qu'elle se confie, etc. Comment est-ce que vous pensez que vos patientes vous perçoivent ? Et est-ce que vous pensez que c'est différent du fait d'être en zone rurale qu'en ville ?
- Speaker #1
Alors oui, je pense que c'est très différent du fait qu'on soit en zone rurale qu'en ville. J'ai travaillé aux deux extrêmes. Donc là, actuellement, je travaille à Comble et Peuilly, mais j'ai déjà fait des remplacements à Paris. Donc rien à voir. Alors je ne dis pas que les patientes, elles se confient. Elle ne se confie pas, mais on n'est plus du tout dans la même dimension de soins parce qu'effectivement, à Paris, il n'y a pas la question de savoir si on ne va pas avoir un rendez-vous. Vous allez avoir un rendez-vous si vous allez sur Doctolib, des fois dans la journée même ou même dans l'heure même parce qu'il y aura toujours un professionnel de santé disponible. Donc je pense que déjà, je ne veux pas dire qu'on est dans une consommation du soin, mais on sait qu'on a d'autres opportunités, d'autres éventualités, donc les gens ne s'attachent pas de la même façon. En zone rurale, je ne vais pas dire que vous êtes la seule, mais grosso modo, des fois, c'est un peu plus compliqué. Puis après, je pense qu'il y a aussi un état d'esprit qui est différent de la ville que de la campagne. Et donc, du coup, effectivement, quand on est en campagne, même on le voit dans les villages, il y a un peu cette mentalité, tout le monde se connaît. Et puis, on essaie globalement de faire en sorte qu'il y ait une bonne entente. Donc, il y a vraiment ça qu'on retrouve. Aussi dans l'exercice de la profession.
- Speaker #0
Ça marche. Et du coup, qu'est-ce qui vous motive au quotidien dans ce cadre d'exercice ?
- Speaker #1
Je pense que c'est le retour des patientes. Et je me le suis toujours dit, parce que je pense qu'on se pose tous des questions à titre professionnel, justement de l'exercice de notre profession. Je me suis toujours dit, tant que j'aurai un retour de patiente, On va dire, de patientes qui sont satisfaites, de patientes pour lesquelles j'aurais pu trouver des solutions, je me dis, ok, je continue mon métier. Le jour où j'aurai plus ce retour, parce que je pense que c'est ce qui nous nourrit aussi, les patientes qui vous disent, merci pour votre accompagnement, merci pour ça, on s'en valorise. Le jour où j'aurai plus... plus trop ça, effectivement, je me remettrai sérieusement en question. Et ou, j'envisagerais peut-être de changer totalement de voie, parce que peut-être que je serais plus aussi dans l'empathie, parce que ça demande aussi énormément d'énergie d'accompagner des gens. Et puis, on les accompagne pas que sur des moments aussi heureux, parce que je parlais beaucoup de la naissance, des parents, etc., de la joie d'être parent, mais parfois aussi, c'est un peu plus compliqué. Ou des désirs de grossesse qui sont pas forcément... Toujours réalisable ou réalisé. On porte aussi ça. Je m'étais toujours dit, tant que je serai dans l'empathie, dans la capacité de pouvoir répondre aux patientes favorablement et qu'elles aussi sont contentes de mon travail, je continuerai. Mais le jour où je ne serai plus dans une équation qui fonctionne, je pense que j'envisagerai de faire autre chose.
- Speaker #0
Je comprends, ça marche. Et selon vous, qu'est-ce qu'il faudrait améliorer ? Pour favoriser l'installation ou le maintien de professionnels de santé en zone rurale ?
- Speaker #1
Ça, c'est une bonne question. Après, je pense que c'est plus l'accompagnement des professionnels. Là, encore une fois... Moi, je parle pour mon expérience. J'ai eu de la chance parce que j'ai grandi à Comble. Donc, je connais Comble. Je connaissais les médecins de santé avant. Ils me connaissaient aussi. Donc, déjà, on ne part pas en zone inconnue. Donc, ça, ça m'a grandement aidée. Mais je me dis, quelqu'un qui, aujourd'hui, arrive dans une région différente, ne connaît pas les professionnels de santé, c'est un petit peu compliqué quand même. Donc, peut-être, pour celles qui viendraient à s'installer, qui est un peu je sais pas un peu une exposition des professionnels de santé de ce qu'ils font parce que voilà après moi je connais Amiens donc pareil je peux adresser sur Amiens mais pareil quelqu'un qui connait pas Amiens elle va faire comment pour trouver un médecin peut-être je sais pas qu'il y ait des espèces d'annuaires où on puisse être répertorié ou des personnes qui se positionnent vraiment comme personnes un peu conseils voilà je peux être votre source sur telle spécificité et pour qu'on ait vraiment une vision un peu plus claire du territoire. Et après aussi, parlons vrai, l'aspect aussi financier. Alors, sur les zones sous-dotées, on est accompagné avec l'ARS, tout ça, on peut être accompagné. Mais là, c'est plus trop, je pense, un peu politique. Tout ce qui va être charge, c'est vrai que ça, ça peut quand même refroidir à l'installation. tout ce qui va être URSAF, caisse de retraite et toutes ces joyeusetés. J'avoue que ça, ça a quand même un poids énorme sur l'exercice. Donc, je pense que c'est ce qui pourrait être à l'heure actuelle un frein dans notre installation.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que vous pensez que la fac pourrait mettre en place pour préparer les professionnels de santé à exercer en milieu rural ?
- Speaker #1
Je pense plus de sensibilisation, plus de stages aussi. Pour mon cas, on avait globalement tout nos stages en centre hospitalier. C'est sûr, notre profession, quand on regarde le dispatch, je pense qu'en grande majorité, la sage-femme exerce en centre hospitalier. Donc effectivement, on ne peut pas renier le fait qu'il faille nous former à la structure hospitalière. On a un petit volet sur des stages en libéral. Mais je trouve qu'il y est très peu. Et en tous les cas, je pense que par souci de simplicité, et moi la première, quand j'ai fait mon stage en libéral, je me suis dit, je suis d'Amiens. Enfin, à l'époque, je faisais mes études d'Amiens. Donc, je vais aller chercher une sage-femme libérale du côté d'Amiens. Donc, finalement, pas du tout exposée en zone rurale. Donc, peut-être l'introduire aussi. Dire, écoutez, il faut que vous fassiez un stage en libéral. et prévoir une petite fourchette avec la mention de zone rurale pour que les personnes soient sensibilisées à l'exercice.
- Speaker #0
Ça marche. Pour conclure cet échange, est-ce que vous auriez une anecdote marquante à nous partager liée à votre pratique en ruralité ? Ça peut être un lien particulier avec un patient ou une anecdote.
- Speaker #1
Il y a des patientes que j'accouche. en structure hospitalière, et qui viennent me revoir. Alors, je ne les ai pas suivies pendant la grossesse, et qui viennent me voir au cabinet. Donc ça, j'avoue que ça m'est arrivé déjà deux, trois fois. Et après, du coup, j'ai été en charge de leur suivi gynécologique. Voilà, ça, c'est la principale. Et puis après, ou des patientes qui viennent, « Ah, vous avez accouché ma sœur. » Et puis après, de fil en aiguille, j'ai su que vous exerciez là. Donc voilà. Il y a au contraire aussi des patientes que j'ai suivies et que je retrouvais à l'accouchement à Poché. Donc ça, ça m'est arrivé aussi deux, trois fois. Il y a même une journée où j'ai eu trois patientes, enfin une nuit, trois patientes qui sont venues accoucher à Victor Poché. Donc ça, pour le coup, c'était quand même assez anecdotique parce qu'en n'étant qu'à 50% à la clinique, la probabilité quand même de me trouver, enfin je ne veux pas dire qu'elle est inexistante, mais elle est quand même assez rare. Donc ça aussi, j'ai été agréablement contente de pouvoir faire le suivi pour le coup de A à Z des consultations jusqu'à l'accouchement.
- Speaker #0
Est-ce que vous auriez un conseil à donner à un étudiant ? sages-femmes ou autres professions médicales, pour l'encourager à vous rejoindre en ruralité ?
- Speaker #1
Alors, la ruralité n'est pas une fatalité. Enfin, j'ai l'impression qu'on voit le monde rural comme le bout du monde. Alors déjà, je pense qu'il faut faire la différence entre exercer en milieu rural et vivre en zone rurale. Pour le coup, voilà, moi, j'exerce. en zone rurale, mais je ne vis pas en milieu rural. On a de très belles routes qui nous permettent de rejoindre... En tout cas, j'ai de très belles routes pour rejoindre le cabinet. Je n'ai pas de soucis à ce niveau-là. Je pense que c'est un exercice qui est totalement différent de celui de la ville, mais pour moi, qui est tout autant intéressant pour les personnes qui sont plutôt en recherche de... Je vous dis encore, de liens, de côtés vraiment... D'avoir vraiment le côté suivi et de personnes un peu référentes, je pense que le milieu rural convient parfaitement. Et puis, je pense que plus on sera nombreuses et nombreux à venir s'installer dans les zones rurales, plus aussi la qualité d'exercice s'améliorera. Là, je le vois au sein de la maison de santé. En fait, c'est tout sauf déplaisant de travailler dans ces conditions-là. et du coup voilà encore une fois on ne ressent pas du tout le côté isolement comme effectivement on peut le décrire dans les médias ou tout ce qui peut ressortir sur la réalité
- Speaker #0
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