- Speaker #0
Bienvenue dans le Pédagogas Santé, le podcast de Simu Santé et Pion.
- Speaker #1
Pouvez-vous brièvement vous présenter ?
- Speaker #2
Oui, alors je m'appelle Louis-François Serge, je suis diplômé du VGV d'Avignon. Je suis exclusivement en exercice libéral aujourd'hui sur le médium de l'Observatoire. professionnel de bord de la voie et j'ai également eu un 20% hospitalier pendant 30 ans dans un centre de pédopsychiatrie à Yersault.
- Speaker #0
Est-ce que vous pouvez... Pardon ?
- Speaker #2
Non, non, je suis aussi secrétaire général de la Sécurité sociale depuis deux ans à peu près. Donc c'est à peu près tout mon CV.
- Speaker #0
Est-ce que vous pouvez nous parler du territoire sur lequel vous exercez ?
- Speaker #2
Oui, alors c'est un territoire qui est plutôt bien connu, alors pas forcément pour les bonnes raisons. On a un seuil de pauvreté assez important, un seuil de précarité important, une population qui est peu diplômée, peu véhiculée, avec un accès à la culture qui est moindre, un accès aux transports qui est plutôt inégal sur le territoire. On a des membres très très jeunes qui ont également fait l'objet d'un déportage de télévision. Donc là, on a tout ça, on a un fort taux d'alcoolisme, on a un fort taux de tabagisme. Et paradoxalement, on est en manque de professionnels de santé, on est en manque de professionnels du social aussi pour encadrer et pour aider toutes ces personnes.
- Speaker #0
Du coup, qu'est-ce qui vous a amené à exercer ici ?
- Speaker #2
Je suis un enfant d'ITI. Je pense que c'est vraiment ce qui caractérise l'installation. Parmi tous les étudiants, je donne beaucoup d'étudiants en stage, les deux qui se sont récemment installés étaient des filles d'ICI. Donc voilà, je pense que c'est l'une des conditions qui favorise l'installation, c'est de connaître la région, d'être né ou d'avoir vécu dans la région. après on est Moi, ce n'était pas un choix. J'avais plutôt envie de rester en ville, en grande ville, puisque j'avais connu Lille et j'avais connu Vannien pendant les études. J'avais envie de rester en grande ville et finalement, j'avais fait beaucoup de stages ici, ce qui m'avait permis, d'une façon que je n'avais pas du tout anticipée, de tisser une toile un peu professionnelle, de connaître un petit peu quel professionnel travaillait dans quel endroit à l'époque, il n'y avait pas encore de CPTS. Mais ça m'a permis de connaître les noms des médecins, les noms des opéronistes. Et finalement, quand on m'a fait la proposition de m'installer ici, ça a été presque une évidence, puisque je connaissais mes futurs qualités.
- Speaker #0
Et le choix de revenir là où on a été, donc là où vous avez grandi, c'est pourquoi ? Qu'est-ce qui vous plaisait particulièrement ici ?
- Speaker #2
Je pense qu'il y a un petit côté rassurant déjà, de rester là où on a ses racines. Mais surtout, je connaissais la difficulté de la région. on le sait que... Il y avait énormément de maires qui proposent parfois des locaux à titre gratuit, ou avec les zones franches aussi, qui permettent une exonération d'imposition. Il y a pas mal de dispositifs qui sont censés en tout cas encourager l'installation de jeunes professionnels, puisque forcément quand on évoque un petit peu l'aspect financier, quand on vous exonère l'impôt ou qu'on vous donne une prime à l'installation, quand on est jeune, on ne crache pas dessus. C'était mon cas d'ailleurs, j'ai eu le droit à la prime d'installation. Mais surtout, j'avais aussi le sentiment d'apporter quelque chose que je n'aurais pas forcément apporté à l'île-centre, dans le sens où il y avait beaucoup d'orthophonistes pour une demande, certes importante, mais un nombre d'orthophonistes suffisant par rapport à la demande, alors qu'ici, les appels m'en reçoivent tous les jours, je ne peux pas répondre à la demande, mais j'ai quand même le sentiment de changer quelque chose, en tout cas de donner un accès aux soins orthophoniques à la population, même si je ne peux pas effectivement recevoir. toutes les personnes qui aimeraient rêver dans mon cas.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des spécificités de votre pratique à être remis au rural ?
- Speaker #2
Oui, on n'a pas du tout la même œil. J'ai fait pas mal de stages à Lille. Soit Lille-Centre où on a une population plutôt aisée, favorisée. Également dans les périphéries de Lille où là on avait une population plutôt... avec des racines étrangères, en tout cas bilinguisme et pluriculturalisme, voire parfois des populations migrantes. C'était deux zones différentes dans la même ville à gérer. Ici, on a encore une population complètement différente. Je compare beaucoup ma population adulte, par exemple. Ici j'ai des adultes qui font un ABC, je suis parfois la seule personne un peu référente à qui elles vont demander de prendre un rendez-vous à côté, chez le médecin par exemple, parce qu'elles ont une personne pour les soutenir, il n'y a pas d'aidant identifié, donc ça c'est assez intéressant, on a un rôle un peu social, même si parfois on aimerait s'en délester un peu, on ne peut pas faire autrement. Et puis chez les enfants c'est pareil, étant donné qu'on a des parents, parents très jeunes, parfois eux-mêmes très précaires dans l'apprentissage du langage oral ou du langage écrit, ce sont des parents sur lesquels on ne peut pas compter. Pratique, nous on parle beaucoup d'accompagnement parental, alors on fait de l'accompagnement mais on ne peut pas trop se reposer sur ces parents-là, par exemple pour remettre en place à la maison ce qu'on apprend en séance parce que même si on est en difficulté avec les bases qu'on voit.
- Speaker #0
Est-ce que vous avez des anecdotes pour illustrer ces propos-là, par exemple ?
- Speaker #2
Oui, drôles, moqueuses, délibules.
- Speaker #0
Pas spécialement moqueurs, non, mais des choses qui vous ont un peu marquées.
- Speaker #2
Pour vous donner un petit exemple, cette semaine, j'ai reçu une maman. La maman, en grande difficulté, n'est pas prête à me donner des dires, à quel âge c'est, comment ça va marcher, etc. Alors que l'enfant, ils vont déchirer. Ça, c'est une première chose. Elle me signale que l'enfant est prématuré. et puis au moment où finalement elle me... Je lui demande à combien de semaines il est né, elle me dit qu'il est né à 37 mois. Ça montre un petit peu le rapport que les gens ont avec le j'y peux mettre, la durée. Après, j'ai des très jeunes mamans qui parfois, nous en orthophonie, quand on a des enfants, on ne parle pas du jeu forcément pour faire de l'apprentissage. Donc je demande à ce que les parents soient prudents au maximum, parce que ça leur permet de reproduire aussi à la maison les activités. Parfois je suis confronté à des parents qui entrent en compétition à présent. Parce qu'en fait eux-mêmes n'ont pas... C'est ce stade d'enfant, ils sont très très jeunes. Quand je parle de parents jeunes, c'est des parents de 17 ans qui ont des enfants de 4 ans déjà. Donc... 4 ans. Donc des parents très très jeunes qui ont en fait encore ce statut d'enfant. Et c'est un peu parfois compliqué à gérer en français aussi.
- Speaker #0
Ok. Quels avantages vous voyez à exercer ici ?
- Speaker #2
J'ai beaucoup d'avantages. J'ai des chouettes collègues, déjà, qui m'ont beaucoup porté. Il était question de m'installer en cabinet seul. Finalement, j'ai fait le choix de cette maison pluriprofessionnelle sans connaître mes futurs collègues. J'ai été vraiment accueilli à bras ouverts. Ce sont des gens qui me portent tous les jours. que ce soit les médecins, que ce soit la sage-femme, que ce soit les podologues ou les infirmiers aussi qui travaillent ici, il y a vraiment quelque chose de découvrir tous les jours ce qu'eux rencontrent dans leur métier, ce qu'eux sont amenés à faire, les difficultés aussi qu'ils ont, les points d'appui qu'ils trouvent. Et c'est là où on se rend compte que parfois, on est confronté aux mêmes problèmes qui se présentent différemment, mais en tout cas, on les ressent de la même façon. Et ça nous permet aussi de réfléchir ensemble. Donc ça, c'est chouette. C'est vrai que d'avoir des collègues avec qui on s'entend bien, ça change beaucoup de choses. Qu'est-ce qui me plaît encore ici ? On a quand même des très beaux locaux qui permettent d'accueillir la population dans de bonnes conditions. On a un secrétariat physique qui permet de répondre à la demande de la population aussi. Et ça, c'est à l'heure de Doctolib où on déshumanise complètement la prise de rendez-vous. C'est quand même chouette d'avoir... deux secrétaires à plein temps qui répondent au téléphone et qui sont là pour accueillir les patients. Après, les patients sont très gentils, ils sont très reconnaissants de l'aide qu'on peut leur donner, du soin qu'on leur donne. Et c'est vraiment des gens adorables, qui nous rendent bien, même si parfois on est agacés parce qu'ils nous sollicitent un peu trop. Il y a des jours comme ça où on en a marre, mais dans l'ensemble, on a quand même une très bonne passion.
- Speaker #0
Et les avantages à exercer en milieu rural au delà de la structure du CPTS ?
- Speaker #2
Les avantages, alors l'immobilier coûte beaucoup moins cher qu'en ville, je crois que ça c'est pas mal pour s'installer. On a aussi peut-être des liens sociaux qui se trissent plus facilement qu'en ville. On connaît vite le pharmacien, on a toujours affaire aux mêmes personnes quand même, si on est boulanger ou quelqu'un. Donc je pense que le lien social se crée beaucoup plus vite en campagne qu'en ville. Et je parlais d'immobilier, c'est sûr qu'on a quand même beaucoup moins de... de ressources culturelles ou d'activités sportives en ville, bien qu'on soit quand même plutôt bien desservis. Et puis nous, on a une proximité avec la grande ville, une heure de ville, une heure de Rhin, une heure de Rhin. Donc on a quand même un territoire qui est plutôt bien situé et avec des moyens de transport qui, même si ce n'est pas idéal, sont très bien situés. Je pense que ça, c'est un bon...
- Speaker #0
On parlait tout à l'heure de vos patients, de votre proximité. Comment est-ce que vous décririez la relation que vous avez avec vos patients ?
- Speaker #2
La relation, elles sont multiples. Moi, je vois quasiment autant d'enfants que d'adultes. J'ai envie de dire que c'est quasiment indescriptible d'expliquer ce que serait une relation. Nous, on est là pour apporter du soin. D'ailleurs, je vous le disais, il y a pour ma part une grande part de social quand même qu'on fait d'accompagnement, d'écoute. Quand on reçoit des patients, on n'a pas toujours tout de suite la fenêtre qu'il faut pour travailler. Et parfois, on n'a pas de recrute, créer une relation, etc. Ça prend du temps, surtout quand c'est des gens qui n'ont pas l'habitude d'avoir accès aux soins. Je pense à beaucoup de personnes AVC, des très très jeunes retraités qui ont travaillé très souvent toute leur vie. qui n'ont jamais eu de consultation médicale fréquemment, qui ne sont jamais passés chez eux, et qui consultaient que quand ça allait très très mal. Là, ils se retrouvent à avoir des rendez-vous quasiment mensuels à l'hôpital, quasiment quotidien chez moi, avec le médecin, etc. C'est vraiment des gens qui réapprennent aussi à fonctionner en nous intégrant dans leur... en mode de vie.
- Speaker #0
Pardon, j'ai été bien tombée par mon éternuant. Je vous entendais parler, je me suis dit, il ne faut pas que j'éternue à ce moment-là. Le fait d'avoir 50% d'adultes et d'enfants, est-ce que c'est spécifique au territoire, à la ruralité ou pas du tout par rapport à un exercice en ville ? C'est vrai que moi qui ne connais pas trop ce métier, je pensais beaucoup aux enfants. Est-ce que là, du fait d'être en zone rurale, il y a plus d'adultes ou pas spécialement ?
- Speaker #2
Alors, il y a plusieurs choses qui peuvent quand même influencer le fait que je retrouve beaucoup d'adultes dans ma patientèle. La première, c'est qu'on n'est pas de CHU, pas de chenou. Il faut savoir que quand même, quand on a un CHU, il y a souvent des orthophonistes qui sont employés dans le CHU et des orthophonistes qui vont prévoir un temps de leur activité pour de la rééducation. Nous, on a un centre d'éducation qui est Corbie, c'est proche. Corbie et Saint-Gobain. C'est proche sans être proche, c'est plus notre territoire de tous les jours. Et sur le centre hospitalier de Saint-Quentin, il y a une orthophoniste, il y en a entre deux, qui sont, ceci dit, tellement sollicitées qu'elles ne peuvent pas faire de rééducation. Ou elles vont faire une rééducation extrêmement courte et en phase extrêmement illue. mais elles font essentiellement du boulot. Donc, voilà, elles ne peuvent pas répondre aussi à cette demande. Les orthopédistes, c'est important, voient aussi l'occupation. Mais je pense que le lien se fait aussi. J'ai un très bon rapport avec les deux orthopédistes. Il y a une passation qui se fait très, très bien. Dès qu'il y a le sortie hospitalière prévue, forcément, l'orthopédiste va m'appeler si c'est moi le plus proche pour que je puisse reprendre ce suivi. Et donc, ça se fait de manière très bonne. Je pense que c'est aussi ce qui fait le risque. Le fait que j'ai autant de patients bleus que de personnes en situation.
- Speaker #0
Et sur les choses sur lesquelles vous allez travailler, je ne sais pas trop comment vous dites, je m'en excuse, mais vous parliez de langage, etc. Est-ce qu'il y a des spécificités au territoire ? Est-ce qu'il y a des choses que vous voyez plus que vous ne verriez à Lille ou ailleurs ? Je pense notamment à du liaitrisme, à du retard de parole, à des choses comme ça. Oui,
- Speaker #2
alors je vais peut-être prendre la population adulte, c'est assez stable partout, même si on a beaucoup d'AVCL, on pourrait peut-être mettre ça sur le fait qu'il y a un logisme, c'est plus important ici, mais pas forcément. Tout ce qui est maladie neurodégénérative, on est fait égaux là-dessus, sur le territoire. Par contre, chez les enfants, effectivement, il y a quand même des retards de parole, de langage qui sont... sévère, très très sévère parce que le bas de langage parfois à la base n'est pas... très efficients, des parents qui sont même en difficulté, comme on le disait tout à l'heure. Donc forcément, si on ne donne pas à l'enfant tout ce qu'il faut, c'est un enfant qui va se développer beaucoup plus lentement et avec des ressources moindres. C'est sûr que c'est très socio-culturel dépendant, le développement du langage. On n'a qu'à voir, si on prend les études qui montrent un petit peu l'étendue du lexique, il est clair que plus grand lexique quand on est dans une famille socio-culturelle. culturellement favorisées que quand on est dans une famille socio-culturellement faible. Donc beaucoup de retard de langage, beaucoup de contrôle, un vocabulaire extrêmement récent, un peu de synonyme sans adjectif, et puis de l'éditrice, l'apprentissage de l'écrit qui est très difficile, et puis le ménage adulte, les adultes qui sont très très difficiles.
- Speaker #0
Est-ce que c'est un challenge d'essayer de mettre des choses en place pour contrer ça, pour améliorer ça ?
- Speaker #2
C'est des choses qu'on n'a pas toujours le temps de faire. C'est des choses que j'aimerais faire. Alors la ville de Bourg, elle fait vraiment des très beaux projets là-dessus, avec le socioculturel, etc. Ils accompagnent beaucoup les adultes, même dans leurs démarches administratives. Moi, à mon niveau, je ne peux plus aujourd'hui me lancer dans davantage de projets. J'aimerais, ça nécessiterait que je réorganise mon emploi du temps, qui est déjà très chargé aujourd'hui. Mais oui, bien sûr qu'on aimerait toujours trouver un peu la solution miracle qui va nous faire changer le destin de, je ne sais pas, 30 ou 40 personnes au lieu de 20 en cabinet, mais il n'y a pas de solution magique. On est limité dans le temps, on est limité dans les moyens. mais on dit toujours quand est-ce que vous allez prendre quand est-ce que vous allez prendre mais il y a un moment où on ne peut plus prendre ma journée à ses limites et on a beau travailler beaucoup il y a toujours des limites quand même dans notre capacité à engranger de nouveaux patients et à se lancer dans d'autres je vais appeler à ça c'est-à-dire à ça
- Speaker #1
Ce type de population a ces « pathologies » où vous n'y attendez pas du tout et ça a été une découverte de voir justement que vous alliez plus prendre de l'électrisme que de la baisser, caricaturer.
- Speaker #2
Oui et non. Disons que la population enfant, je la connaissais. La population adulte, un peu moins. Ce n'était pas forcément une passion pour moi. quand j'étais dans mes études, de voir des adultes, notamment des adultes AVC et neurodégénératifs. Ce n'était pas ma passion. J'aimais tout ce qui touchait chez les adultes à ce qui était plutôt cancéreux et en sa vie de chirurgie maxilocatiale. C'était quelque chose qui me parlait de l'AVC beaucoup moins. Et quand je me suis installé, j'ai eu quelques demandes sur ma liste d'attente. Et voilà, je les aurais bien fait, il y a un collègue, mais je ne connais pas. proche il a 20 km et je me suis dit arrête de faire tes conneries et puis tu vas prendre et tu vas prendre surtout en même temps mais tu vas prendre ces deux messieurs qui sont sur les lignes d'attente et puis voilà finalement c'est quelque chose qui m'a plu c'est aussi quelque chose qui m'a permis de m'ouvrir à un champ de compétences que j'avais peut-être pas forcément pour lequel j'avais pas d'attrait énorme à la base mais ça constitue pour la partie de ma patientèle et je suis très très fier et très heureux
- Speaker #0
Comment vous perçoivent vos patients ? Est-ce que vous pensez que c'est différent ? Je ne sais pas,
- Speaker #2
je ne leur ai jamais demandé. Je pense qu'ils sont quand même très reconnaissants. C'est vraiment un sentiment que j'ai. En tout cas, s'ils ne sont pas reconnaissants ou redevables à moi, ils sont reconnaissants de mes collègues. C'est un discours que j'entends beaucoup. Vous vous rendez compte, tel médecin... Il y a beaucoup de travail, mais j'ai appelé ce matin, ça n'allait pas, il m'a quand même reçu ce soir. Bon, ce n'est pas tout le temps qu'on a ce dispoir, mais quand même on le retrouve. Ou alors, parce qu'on sait que c'est un patient diabétique, etc. On va dire au podologue, parce que celui-là, il sait le voir un petit peu. Le podologue, quand même, derrière, on a ce côté reconnaissant qu'ils vont avoir. Ils nous disent ça franchement, je pense qu'ils nous disent rarement merci quand même, et en même temps, on n'entend pas forcément. Merci, je pense que c'est une petite limite si on devait dire merci. Je pense que c'est un peu le rôle de chacun dans la société, on n'attend pas forcément les merci, mais on les a quand même de temps en temps. Alors, je ne sais pas comment mes patients vont. J'espère qu'ils ont quand même un sentiment positif. Mais en tout cas, ils continuent de venir. Donc, j'espère que c'est par envie, plutôt que par envie.
- Speaker #0
Est-ce qu'ils connaissent le métier ? Est-ce qu'ils ont des appréhensions au début, quand on leur prescrit des séances ? Est-ce que ça, par exemple, c'est différent aussi en milieu rural qu'en ville ?
- Speaker #2
Ce qui leur change beaucoup, ça va être la... Quand on fait nos études et qu'on a pour la famille. on nous demande toujours de différencier la plainte du motif. C'est-à-dire le motif, on consulte parce qu'on ne s'est pas... On a un souci pour apprendre à écrire, par exemple, mais quelle est la plainte ? C'est-à-dire que la plainte, elle doit émaner du patient, c'est quelque chose d'émotionnel et très personnel. C'est, ben oui, moi je ne sais pas écrire, mais ça me gêne uniquement qu'au écrire des lettres d'amour à ma compagne. Ou alors, parfois, il n'y a pas de plainte, en fait. Et ça, c'est ce qu'on retrouve ici. c'est que les gens n'ont pas de plainte. Donc, les mamans et les papas mènent les enfants parce que la maîtresse a dit qu'il fallait. Même parfois en tant que parent, ça n'a pas non plus les repères développementaux en tête. Mais beaucoup, ils n'ont pas forcément remarqué que l'enfant ne parle pas bien ou que l'enfant n'apprend pas à écrire normalement. Ça, c'est une vraie chose. Et c'est aussi vrai chez les adultes. On a beaucoup moins de plaintes que celles que je pouvais avoir en vie.
- Speaker #1
que vous appelez plein, c'est gêne au quotidien ?
- Speaker #2
Oui, exactement, c'est l'impact que ça a. Vous voyez, il y a des gens qui moi, demain, si je n'avais plus besoin d'écrire, si je ne savais plus écrire d'un point de vue manuel, je pense que je ne serais pas gêné. Parce qu'aujourd'hui, la plupart de mon travail écrit, c'est sur l'ordinateur. Donc le handicap, c'est quasiment inexistant. Si je sais signer, ça me suffirait. Par contre, si demain je ne peux pas parler, je serai bien embêté. Et il y a beaucoup de... C'est ça le handicap, c'est toujours, oui, il y a un problème, mais c'est une répercussion réelle dans le quotidien de la personne. Ça, c'est... Il y a des gens qui sont populaires, par exemple, mais qui ne sont pas gênés. Alors que oui, on sait que le surpoids est un problème, mais à partir du moment où il n'y a pas de gêne, tant que les soucis de santé liés au surpoids ne vont pas apparaître, finalement, il n'y a pas de handicap chez ces personnes-là qui se trouvent... trouve bien dans sa peau et qui va continuer de vivre normalement jusqu'à ce qu'éventuellement les problèmes apparaissent. C'est un exemple peut-être plus parlant que ce que je peux rencontrer dans le cabinet, mais c'est ça, c'est que là, il n'y a pas trop longtemps, j'ai eu une personne qui a eu une paralysie faciale à Frigny-Lauré, donc moitié du visage paralysé, un monsieur Gaillard, un ancien ouvrier, je le respectais, ça ne me gêne pas, moi, parce que je sors de chez moi. Donc vraiment ce rapport, pas de plainte. Oui un problème, mais pas de plainte.
- Speaker #1
Pas de plainte et ça vous l'avez plus constaté dans le pays ? Oui,
- Speaker #2
on l'a plus sur le territoire européen.
- Speaker #1
Et à votre avis c'est dû à quoi ?
- Speaker #2
Alors je pense que c'est vraiment le côté un peu, je consulte pour les choses graves, le côté prévention, ici on l'a très très bien, les gens ne vont pas consulter avant d'être malade ou avant d'avoir mal. Ils vont consulter quand ils auront un mal de dos bien tenté et qu'il faudra opérer. Il y a vraiment ça à la campagne. Et puis, il y a aussi le manque d'accès qui fait que du coup, on consulte moins. S'il y avait assez de médecins, assez d'orthopédistes, etc., on irait peut-être un peu plus pour des dégâts de santé, comme ça peut se faire sur la Côte d'Azur. Par exemple, on dit souvent sur la Côte d'Azur, les gens consultent pour un bilan sanguin ou pour aller prendre une tension, etc. Dans nos territoires, ce n'est pas possible. Donc il y a peut-être ça aussi, et puis les demandes d'informations, parce que mon métier n'est pas connu. Si déjà vous connaissez mal ou peu mon métier, imaginez un petit peu, ou Rilanda, ou le fond qui s'est passé par la société, etc. Il y a une absente de sens.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui vous motive au quotidien dans ce cadre d'exercice ?
- Speaker #2
De me sentir utile. d'avoir ce rapport à la personne. C'est aussi valorisant de se dire quelque chose, on se fait plaisir sur quelque chose. Le biais c'est de se dire que sans nous, on serait parfois bien à la démonie. Mais ça c'est ce côté humain, c'est quelque chose qui nous plaît. Et puis repenser un peu la chose, avec la CPS et nous dans les aspects, on a toujours des discussions aussi. qui permettent aussi de repenser les choses, repenser l'organisation du soin, repenser l'accueil des patients. la pertinence, la qualité des soins, etc. Donc ça, c'est vraiment le choix. Je choisis mes formations aussi en fonction de ce que je discute avec mes collègues, etc. Il y a des choses qui se font un peu plus, peut-être pas naturellement, mais en concertation avec les autres.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'il faudrait, selon vous, améliorer pour favoriser l'installation de professionnels de santé en ruralité ?
- Speaker #2
C'est peut-être un peu utopique, mais je pense qu'il faudrait améliorer les transports en commun, mettre davantage de trains, améliorer aussi l'accès à la culture, l'accès à des activités qu'on retrouve plus en ville, que ce soit des cours de tennis, où on en a moins, mais dans les petits villages, on en avait pas. Pour moi, le mur et saucisses, ça reste le... L'emploi du conjoint, c'est quelque chose que peut-être que mes collègues ont inscrits avec nous, mais quand vous avez deux médecins, c'est super, ils peuvent s'installer ici, c'est clair qu'il n'y a pas de souci. Quand vous êtes un médecin et un ingénieur de la société ou je ne sais quoi, le médecin a envie de travailler, l'autre aura peut-être beaucoup de route à faire. Pour moi, je l'ai vécu, mes parents, ma maman était enseignante, donc ici, elle n'avait aucun souci à trouver. Par contre, mon père était dans un milieu beaucoup plus spécifique et il faisait la route. tous les jours pour Paris. Parce qu'en fait, il n'y avait pas d'entreprise qui était capable de proposer du travail pour ce qu'il était amené à faire. Donc, on ne peut pas non plus partager sa vie entre deux villes très éloignées. Et ça, c'est un vrai problème pour lequel il n'y a pas de solution.
- Speaker #0
Et que pourrait faire la fac ou les pouvoirs publics pour aussi améliorer les choses et favoriser l'installation de... de professionnels de santé en réalité ?
- Speaker #2
Alors, la faculté, je pense qu'il y a quand même beaucoup de choses qui sont faites pour envoyer les étudiants en ruralité. Alors mes collègues ont dû vous parler de l'année de médecine qui a été ajoutée. Moi, je ne vais peut-être pas entrer dans ces détails-là, je ne les connais mal. Je reçois beaucoup d'étudiants et je suis assez surpris là-dessus parce qu'on est quand même loin de la faculté. À Améliens, c'est plus d'une heure, et puis à Lille de l'autre côté, c'est également plus d'une heure. Néanmoins, j'ai beaucoup d'étudiants qui sont des étudiants qui sont de la région et qui profitent des stages pour rentrer un petit peu chez leur parent. Mais ça, c'est pour moi le meilleur moyen de les fidéliser et de leur faire connaître le territoire pour leur donner envie de s'installer. Après, s'il y a d'autres choses à faire, je pense qu'elles sont faites honnêtement du point de vue des facultés. Il y a le stage Service Sanitaire des étudiants en santé, par exemple. On en a tous les ans. C'est Maxime Gignon qui cherche aussi ça. On est extrêmement reconnaissant parce que ça nous fait nous-mêmes changer notre façon d'exercer. Je les encadre avec ma collègue Isabelle Aubray qui est infirmière et qui nous a aidé tout à l'heure. Ça remet en question notre façon de penser, notre façon d'accueillir des étudiants puisque ce n'est pas nos étudiants infirmiers et nos étudiants orphotestes. Donc on se réadapte beaucoup aussi et surtout ils sont risquidés, ils sont là dix semaines d'affilée donc ils sont extrêmement disponibles. on est vraiment motivé parce qu'on a beaucoup de responsabilités et on a de la chance avec la CEPTES de pouvoir aussi leur donner un budget. Et donc c'est pas mal, je pense que c'est quand même un chouette territoire.
- Speaker #0
Et quand vous avez les salaires, vous de manière générale, quels conseils vous donnez à ces étudiants pour leur donner envie de s'installer dans les zones rurales ?
- Speaker #2
Je leur parle de nos bons rapports entre professionnels, parce que vraiment c'est quelque chose qu'ils font au bout du tout de la ville, à la campagne, ici on se connaît tous. Il y a un adressage qui se fait très fortement ici, les collègues médecins, voilà, quand il y a vraiment un cas qui est important, pour lequel ils estiment qu'il faut un avion orthophonique rapide, c'est par un texte-nou, ça se fait en se croisant au café, on va en parler et puis voilà. Ce lien là on ne l'a pas envie, ce n'est pas vrai de le dire là. Donc ça c'est quelque chose qui fait envie, en tout cas qui me fait envie et qui me fait rester ici. Le fait de connaître tous les collègues, parce que c'est des collègues mais ça devient aussi l'idée d'amis. Des personnes avec qui on va manger au resto le soir sans parler de boulot forcément, des personnes avec qui on prend des vacances. Et puis... Et puis, je leur parle aussi de bons liens avec la sécurité sociale. Par exemple, on a le CEPAM qui est quand même très à l'écoute.
- Speaker #0
de nos désirs avec les CTTS, puisqu'on les voit souvent. Et puis, je suis allé en commission paritaire pour le départemental des entreprises. On a vraiment des liens. Je vois dans d'autres régions les gens qui rencontrent les CTTS. Ce sont des gens que je vois en attente forcément d'une nouvelle installation.
- Speaker #1
Donc là, est-ce que vous auriez une anecdote marquante liée à votre pratique congolienne partagée ?
- Speaker #2
Marquante ? Qui vous a marqué ?
- Speaker #3
Oui.
- Speaker #0
C'est pas un cliché, ça.
- Speaker #3
Qui vous a peut-être surpris, auquel vous attendiez pas ?
- Speaker #0
Non, je vais peut-être raconter une anecdote marquante. pour moi fait partie des oubliés et qui m'a beaucoup touché, c'est que je fais du domicile. J'ai même réorganisé quelques patients ici. Quand on est dans le cabinet, on enchaîne les patients parce que c'est un peu ce qu'on attend de nous aussi. Et puis après tout, c'est notre domicile, après tout, c'est aussi notre départ. On entraîne les patients. On en voit beaucoup et puis on déshumanise un petit peu le truc parce qu'il ne faut pas prendre de retard, etc. Et c'est vrai que le domicile, moi, me permet d'équilibrer un petit peu tout ça. Et en domicile, je vois beaucoup de fins de vie. Donc, je vais parler d'une dame que j'ai vue en fin de vie qui avait une sclérose latérale myotropique, donc la maladie de Ausha, sur le palliatif. Et puis, j'y allais. à la fin uniquement pour mettre un tout petit peu de chocolat sur sa bouche, seulement pour lui faire fondre un petit peu de chocolat puisqu'elle avait des seins. Et puis voilà, on mettait un peu de chocolat, un petit carré de chocolat, on faisait fondre et puis je nettoyais, je compensais. Et c'était une charcuterie, aucun muscle qui réagit et cette dame-là, je voyais plein d'antisourettes se former quand j'allais la voir jusqu'à la fin et ça reste un souvenir assez marquant qui me donnait envie de continuer à faire du domicile et à travailler ici.
- Speaker #4
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