Speaker #0L'épisode d'aujourd'hui répond à une question que l'on me pose à un moment très particulier du parcours. Le moment où l'on est sorti, ou presque. Le moment où l'on a compris ce qui s'est passé, où l'on a lu, écouté, mis des mots, et où l'on se retrouve face à soi avec cette question. Et maintenant, quelle thérapie ? E-M-D-R, T-C-C, Hypnose, Psychanalyse, groupe de paroles, l'offre est vaste, les promesses aussi. Et vous arrivez à cette question épuisée, c'est-à-dire au plus mauvais moment pour choisir. Alors cet épisode va faire le tour des approches, honnêtement, sans en vendre aucune, pas même la mienne. Mais avant, je veux déplacer la question, parce que c'est là que tout se joue. La bonne question n'est pas « quelle est la meilleure thérapie ? » La bonne question est « quel chantier maintenant ? » On ne choisit pas une école, on choisit un outil pour un chantier. Mais commençons par la question qui précède toutes les autres. A-t-on vraiment besoin d'une thérapie ? Les proches aiment, les livres éclairent, le temps aide. Est-ce que ça ne suffit pas ? Je vais vous répondre par une raison de structure que les auditeurs fidèles reconnaîtront. Le nœud de l'emprise s'est fait dans un lien, un lien intermittent. imprévisible, qui a façonné jusqu'à votre manière d'être en relation. Or, un nœud noué dans un lien ne se défait pas dans la solitude, il se défait dans un autre lien, stable, prévisible, sans intermittence. Et c'est très exactement ce qu'offre un cadre thérapeutique, c'est ce qu'aucun livre, aucun forum, aucune amie dévouée, si précieuse soit-elle, ne peut offrir, la constance professionnelle. Le rendez-vous qui a lieu à l'heure dite chaque semaine, quoi qu'il arrive. Et sans ce contre-modèle, les risques de l'après sont connus. La rumination qui tourne à vide, la rechute aux heures de fragilité, et le plus silencieux de tous, la répétition, la serrure intacte qui attend la prochaine clé. Alors, les trois chantiers, parce que l'emprise ne laisse pas une blessure. Elle en laisse trois à des étages différents, et chaque approche thérapeutique a son chantier de prédilection. Chantier numéro 1. Sécuriser et stabiliser. C'est l'urgence des premiers temps. Sortir ou tenir la sortie. Installer le non-contact, traverser les vagues de manque, dormir à nouveau, gérer les crises d'angoisse, tenir face aux offensives, les siennes et celles du clan. on ne creuse pas. On était. Chantier numéro 2. Traiter les traces. L'emprise laisse un tableau que j'ai décrit sous le nom de syndrome de stress post-narcissique. Les reviviscences, l'hypervigilance, les sursauts aux moindres signes qui lui ressemblent. Une voix, un parfum, une tournure de phrases, les cauchemars, parfois des pans entiers de mémoire trouée. Cette amnésie traumatique dont j'ai parlé, et ce corps qui continue de parler quand la bouche se tait par les douleurs, les somatisations, ces traces-là se traitent, et elles se traitent bien. Chantier numéro 3. Comprendre et réparer la serrure. Le plus profond, le plus long, le plus décisif. Pourquoi lui ? Pourquoi si longtemps ? Qu'est-ce que cette relation est venue rejouer de l'enfant qui attendait ? du rapport à l'amour appritôt, de la dépendance affective qui préexistait parfois. C'est le chantier de la reconstruction véritable. Non pas revenir à l'état d'avant, réparer ce que l'emprise a utilisé pour entrer. Gardez ces trois chantiers en tête. Maintenant, faisons le tour des outils. Première approche, la psychothérapie analytique et la psychanalyse. C'est ma maison, vous le savez. Raison de plus pour en parler avec rigueur. Le travail analytique repose sur trois piliers qui répondent trait pour trait à ce que l'emprise a abîmé. La parole d'abord. Des séances où l'on ne vous coupe pas, où l'on ne vous corrige pas, où votre récit n'est ni contesté, ni retourné, ni utilisé contre vous. Pour quelqu'un qui a vécu des années de paroles confisquées, je peux vous le dire, c'est déjà un traitement. L'écoute des rêves, ensuite. La nuit travaille l'emprise bien avant le jour. Les cauchemars, les rêves troublants, où il redevient doux, les rêves de rechute. Le rêve raconté en séance devient un des outils les plus puissants de l'après. J'y ai consacré un épisode entier. Et le lien, enfin. Ce qu'on nomme... Le transfert. Dans la relation au thérapeute se rejouent en petit et en sécurité les attentes, les peurs, les schémas appris, la peur de déranger, l'envie de bien faire, le doute. Et c'est en se rejouant là, dans un cadre qui ne punit pas, qu'ils peuvent enfin se dénouer. L'approche analytique est l'outil du chantier 3 par excellence. La répétition, la serrure, l'histoire. et son cadre régulier étaient très bien les deux autres chantiers, quand le clinicien connaît l'emprise. Elle se paie en temps. On compte en mois et en années, pas en séances. C'est son coût. Et c'est sa profondeur. On ne répare pas en dix semaines un rapport au lien construit en dix ans. Deuxième approche, le MDR. Je vais vous la décrire sobrement. Le MDR est un protocole structuré de retraitement des souvenirs marquants. Le patient évoque une scène précise pendant que le praticien induit des stimulations alternées, le plus souvent des mouvements oculaires guidés. Et ce dispositif permet au souvenir de perdre progressivement sa charge et de se ranger. L'approche est reconnue par l'Organisation mondiale de la santé dans la prise en charge du psychotraumatisme. Et elle a fait ses preuves. Sur le chantier 2, les scènes qui reviennent, les images intrusives, Les moments précis restés à vif, c'est un outil sérieux. Deux précisions honnêtes pour la présemprise. La première, un travail de stabilisation préalable est indispensable. On ne rouvre pas des scènes chez une personne encore en pleine tempête. Les bons praticiens le savent et commencent par là. Si l'on vous propose de plonger dès la première séance, méfiance. La seconde précision tient à la nature même de ce que vous avez vécu. L'emprise n'est pas un traumatisme, c'est un climat. Des milliers de micro-scènes, pas trois événements datés. Or, l'EMDR traite des cibles. Il traite admirablement des cibles, mais il ne remplace pas le travail de fond sur la structure et sur la répétition. Je vous donne l'image que j'utilise en consultation. L'EMDR peut vider des caisses. Il ne réorganise pas l'entrepôt. Troisième approche, les thérapies cognitives et comportementales, les TCC. Elles s'attaquent aux croyances que l'emprise a installées. Je suis nul, je dois mériter l'amour. Si je pose une limite, on m'abandonne. Et aux comportements qui en découlent. La difficulté à dire non, l'hypervigilance sociale, les évitements. Leur force, c'est l'outillage concret. Des exercices... des mises en situation, du travail sur l'affirmation de soi, sur la gestion de l'anxiété. C'est précieux sur les chantiers 1 et 2, avec des effets souvent rapides sur le quotidien. Leur limite est celle de leur format. Le pourquoi reste largement de côté. On peut apprendre à contester la pensée, je ne vaux rien, et garder intacte la question de savoir où elle est née et pourquoi elle revient. Beaucoup de parcours réussis combinent. TCC pour remettre le quotidien debout. Un travail de fond pour que la maison tienne. Quatrième approche, l'hypnose. L'hypnose thérapeutique, pratiquée par un professionnel de santé formé, peut aider à l'apaisement, au sommeil, à la mobilisation de ressources. Certains la trouvent précieuse en complément. Deux prudences non négociables. D'abord, le praticien. Le titre d'hypnothérapeute n'est pas protégé, et le chant attire le meilleur comme le pire. Exigez un professionnel de santé diplômé par ailleurs. Ensuite, une mise en garde clinique, et je la formule avec gravité. Fuyez quiconque propose de retrouver sous hypnose des souvenirs enfouis. La mémoire est suggestible. On peut fabriquer du faux souvenir avec les meilleures intentions du monde, et les dégâts sont considérables. L'hypnose est un appoint possible. Ce n'est pas une colonne vertébrale. Cinquième approche. Les groupes de paroles et la paire est dense. Parler avec des personnes qui ont vécu la même chose répare quelque chose que nulle expertise ne remplace. La fin de la solitude. La reconnaissance immédiate. Plus besoin d'expliquer l'emprise à qui ne l'a pas connue. Les groupes animés par des professionnels ou des associations sérieuses sont un vrai levier, surtout au premier chantier. Mais je vous donne le critère pour les évaluer. Un bon groupe est une gare, pas une résidence. On y reprend des forces, on y apprend, et l'on en repart vers sa vie. Méfiez-vous des espaces, notamment en ligne, où la colère tourne en boucle sans direction. La rumination collective a le goût du soutien. et les effets de l'enlisement. Et un mot sur la thérapie de couple, parce que la question revient toujours en amont de la rupture. La thérapie de couple avec un pervers narcissique est une contre-indication. J'ai expliqué pourquoi dans un article entier. Le cabinet devient une scène de plus. Le thérapeute non averti, un arbitre acharmé. Le travail utile est individuel. Le sien, s'il le voulait vraiment. Et le vôtre. qui ne dépend pas de lui. Je voudrais vous raconter une consultation. Comme toujours, tout est anonymisé et transformé, mais la vérité clinique est intacte. Une patiente que j'appellerai Émilie. Elle arrive un jour avec ce bilan. « Docteur, en 18 mois, j'ai fait un stage de reconstruction, 4 séances d'hypnose, un début de MDR, 2 mois d'une application de méditation et 3 premiers rendez-vous. » chez trois psychologues différents. Docteur, je collectionne les débuts. Et je suis toujours au même endroit. Le problème d'Emilie, ce n'était pas les outils. Chacun, en soi, se défendait. C'était l'absence de lien continu. Et écoutez bien ceci, parce que c'est le cœur de l'épisode. Son parcours de soins reproduisait, sans qu'elle le voit, la forme exacte de ce qui l'avait blessé. L'intermittence. Des débuts intenses. Pas de suite, de l'espoir, puis le vide. Recommencer, encore. La première décision thérapeutique d'Emily n'a pas été de choisir la bonne école, ça a été de rester quelque part. C'est souvent la vraie question cachée derrière, quelle thérapie ? Non pas où aller, mais où rester. Ce qui m'amène Ausha du thérapeute. Et je vais vous confier ce que les comparatifs d'approche oublient toujours. La recherche sur les psychothérapies convergent depuis longtemps sur un point. La qualité du lien entre le patient et le thérapeute pèse plus lourd dans les résultats que la technique employée. Alors choisissez une personne, autant qu'une méthode. Et voici les critères. 1. Elle connaît l'emprise. Au premier récit, elle ne répond ni « les torts sont partagés » ni « pourquoi êtes-vous resté ? » sur le ton du reproche. Si vous entendez cela, sortez. Ce n'est pas votre thérapeute. 2. Vous vous sentez cru. Pas nécessairement approuvé en tout, mais jamais soupçonné. 3. Le cadre est stable. Horaire tenu. Régularité. Pas d'annulations en cascade. Après l'intermittence, la fiabilité est déjà du soin. 4. Elle ne promet rien de spectaculaire. Ni libération en 5 séances, ni protocole miracle. La promesse rapide relève du marketing, pas de la clinique. Et 5. Vous gardez tous vos droits. Celui de poser des questions sur la formation, celui de dire que quelque chose ne convient pas, et celui de changer. Quitter un thérapeute qui ne convient pas n'est pas un échec. C'est un acte de la personne que vous êtes en train de redevenir. Il me faut maintenant parler des fausses routes, parce que la détresse attire les marchands, et la présemprise est devenue un marché. Trois enseignes à regarder de loin. Les coachs anti-pervers narcissiques autoproclamés d'abord. Ni formation clinique, ni cadre, ni déontologie. Souvent d'anciennes victimes sincères, mais sans les outils. Parfois des habiles qui ont trouvé le filon. Je le dis avec nuance, le vécu est précieux. Mais il ne remplace pas dix ans de formation au psychisme. On ne confie pas une fracture à quelqu'un qui s'est déjà cassé la jambe. Les stages et programmes miracles, ensuite. Briser l'emprise en un week-end. Ce qui s'est construit en années ne se défait pas en deux jours. L'exaltation du dimanche soir retombe le mercredi, avec la facture. Et l'injonction au pardon, enfin, vendue comme passage obligé de la libération. J'y ai consacré un épisode entier. Le pardon n'est pas une étape de la reconstruction. Et quiconque... vous le prescrit, vous ajoute une dette. Le critère qui résume tout tient en une phrase. Méfiez-vous de qui promet beaucoup, vite et cher. La reconstruction réelle promet peu, tient parole et respecte votre rythme. Trois questions pratiques pour finir. La durée. Comptez en mois. Quelques-uns pour stabiliser. Davantage pour traiter les traces. Et le chantier de fond se déploie sur un temps plus long à votre rythme. Toute échéance promise d'avance est un argument commercial, pas une donnée clinique. Et jugez la trajectoire, jamais la semaine isolée. Le bon critère, c'est suis-je plus vivante qu'il y a trois mois ? Pas, en ai-je terminé. La visioconférence, elle a fait ses preuves, y compris pour ce travail-là. Même cadre, même régularité, même confidentialité. Et elle offre deux avantages propres à la présemprise. L'accès à un clinicien qui connaît vraiment le sujet, même s'il exerce loin de chez vous. Et la sécurité de consulter depuis un lieu à soi, ce qui compte quand on a longtemps été surveillé. C'est ainsi que je reçois une grande partie des personnes que j'accompagne, en France et à l'étranger. Deux gages de sérieux, un cadre identique au cabinet, et un espace à vous pendant la séance, porte fermée. Les moyens, enfin. Les consultations de psychiatres sont prises en charge par l'assurance maladie. Des dispositifs de remboursement de séances de psychologues existent et évoluent. Renseignez-vous sur leurs conditions actuelles. Les centres médico-psychologiques offrent un accès gratuit avec des délais variables et certaines associations d'aide aux victimes proposent des accompagnements. Le manque de moyens ne doit jamais être la raison de rester seul. Il existe toujours une porte, même s'il faut passer quelques coups de téléphone. Et trois questions encore que l'on me pose presque à chaque première consultation. D'abord, comment se passe une première séance ? Je veux démystifier parce que beaucoup repoussent ce premier pas par peur de l'examen. Il n'y a pas d'examen. Il n'y a pas de questionnaire à réussir, pas de récit à préparer, pas d'ordre à respecter. On arrive comme on est, c'est-à-dire souvent en vrac, et le vrac est bienvenu. La première séance sert à déposer et à se rencontrer, et vous avez le droit, vous aussi, de poser vos questions. Connaissez-vous l'emprise ? Comment travaillez-vous ? À quel rythme ? Un professionnel sérieux répond volontiers à ces questions. Celui qui s'en offusque vous a déjà donné sa réponse. Ensuite, les médicaments. Faut-il en passer par là ? Je réponds en deux temps. Il n'existe pas de médicament de l'emprise, et quiconque vous vendrait une molécule miracle vous tromperait. Mais il existe des moments où l'anxiété, l'effondrement de l'humeur ou l'insomnie sont telles qu'un étayage médicamenteux, prescrit et suivi par un médecin ou un psychiatre, Aide à traverser, le temps que le travail fasse le sien. Ni honte à en prendre, ni obligation d'en prendre. C'est une décision médicale qui se prend avec un médecin, jamais seul et jamais à la place du travail de fond. La béquille aide à marcher, elle ne répare pas la jambe. Et enfin, le rythme, à quelle fréquence. Pour la plupart des situations, le rendez-vous hebdomadaire est le bon tempo. Assez fréquent pour que le fil ne se perde pas. Assez espacé pour que la vie travaille entre les séances. Retenez surtout ceci, la régularité compte plus que l'intensité. Une séance par semaine pendant un an transforme davantage que dix séances concentrées sur un mois, puis plus rien. Vous connaissez maintenant la raison. C'est la constance qui soigne chez quelqu'un que l'intermittence a blessé. Il est temps de conclure. Que voudrais-je que vous reteniez ? D'abord ceci, on ne choisit pas une thérapie dans l'absolu, on choisit un outil pour un chantier. Sécuriser, traiter les traces, réparer la serrure, le MDR et les TCC sont des outils sérieux pour les traces. Le travail analytique est l'outil du fond, la parole non coupée, les rêves, le lien stable qui prend le contre-pied exact de l'intermittence. Ensuite ceci, le choix du thérapeute pèse plus lourd que le choix de l'école. Quelqu'un qui connaît l'emprise, qui vous croit. qui tient son cadre et qui ne promet rien de spectaculaire. Fuyez, qui promet beaucoup, vite et cher. Et enfin, ceci pour Émilie et pour toutes celles et ceux qui collectionnent les débuts. Votre errance de soins n'était pas de l'inconstance, c'était la trace de ce qu'on vous a appris, chercher, espérer, être déçu, recommencer. Le jour où vous resterez quelque part, chaque semaine, à la même heure, Chez quelqu'un qui ne varie pas, vous ferez bien plus que suivre une thérapie. Vous vivrez, peut-être pour la première fois, un lien qui ne se retire pas. Et c'est très exactement là que la serrure commence à se réparer. Si cet épisode vous a éclairé, vous trouverez sur pervers-narcissique.com l'article complet sur le choix de la thérapie, avec le détail des approches et tous les liens pour approfondir le syndrome de stress post-narcissique La reconstruction, les coachs anti-PN. Vous y trouverez aussi mes 8 livres en version papier, numérique et audio. Et si vous cherchez où poser ce travail et avec qui, sachez que je reçois en consultation, notamment en visioconférence en France et à l'étranger. 35 ans de clinique de l'emprise, un cadre stable et le temps qu'il faut. Prenez soin de vous, cessez de collectionner les débuts. Et à très bientôt pour un prochain épisode. Depuis plus de 30 ans, mon équipe de psychologues spécialisés et moi-même avons accompagné des milliers de victimes de pervers narcissiques partout dans le monde, grâce à la vidéoconsultation.