Speaker #0Il y a des douleurs qu'on apprend à terre tellement bien qu'elles finissent par parler à notre place. Ton corps a trouvé un langage, brutal parfois, incompréhensible souvent, mais jamais sans raison. Les compulsions alimentaires, la boulimie, l'hyperphagie ne sont pas des erreurs de fabrication, des ennemis à abattre. Ce sont les gardiens d'un ordre vital, des réponses intelligentes à quelque chose de trop... lourd à exprimer autrement. Il n'y a rien à déchiffrer, ton système ne cherchait pas à te dire quelque chose. Il cherche juste à te maintenir en équilibre coûte que coûte. Je m'appelle Kitri et chez Bully Miracle, on ne combat pas les troubles alimentaires, on restaure l'équilibre pour qu'il n'ait plus besoin d'exister. Bienvenue sur ce cinquième épisode du podcast Bully Miracle. Dans cet épisode, je vais te partager ce que j'ai identifié comme étant les plus grands freins à la guérison. des troubles du comportement alimentaire ? La première chose, c'est les croyances que tu vas entretenir autour de ce trouble, autour de ce comportement en lien avec l'alimentation et qui peut vraiment te maintenir dans la spirale. La première chose, c'est que les troubles alimentaires seraient une histoire de volonté. Et ça, c'est quelque chose qui est extrêmement répandu. Je sais aussi que c'est quelque chose qu'on peut partager euh quand on est un proche d'une personne qui souffre de troubles alimentaires en lui disant qu'elle ne fait preuve de pas suffisamment de volonté sur ce registre. Donc là, juste petit rappel qu'on a déjà vu dans les épisodes précédents, mais c'est important de se rappeler que la volonté dans le corps, ça n'est rien d'autre qu'une configuration du système nerveux. C'est-à-dire que ce qui fait qu'on a la faculté de pouvoir réfléchir avant d'agir, c'est un état du système nerveux. Et dans certaines configurations, nous n'avons plus la possibilité de réfléchir avant d'agir. La volonté dans le cadre des addictions et des troubles alimentaires, au moment de la contulsion, elle est du même registre que je n'ai pas le pouvoir de modifier ma fréquence cardiaque dans l'instant. J'ai tout un tas de pouvoirs en amont pour travailler sur la variabilité de ma fréquence cardiaque. J'ai tout un tas de pouvoirs en amont pour travailler sur ce qui entretient mes contultions. Par contre, au moment... où la crise arrive, je n'ai pas de volonté. Et la volonté, biologiquement, physiologiquement, ça n'est rien d'autre qu'une configuration du cerveau. À chaque fois que tu te blâmes de ne pas avoir de volonté, tu places le curseur au mauvais endroit. Tu places le curseur à un endroit où tu n'as pas de pouvoir et donc tu te prives de pouvoir agir au bon endroit. Tu te prives de pouvoir agir sur ce qui entretient la spirale, sur ce qui vient alimenter, mettre de l'eau dans les tuyaux. Donc à chaque fois que tu te blâmes en disant « je n'ai pas de volonté, je suis nulle, je ne sers à rien » , tu te prives de pouvoir agir là où tu aurais une réelle marge de manœuvre. Donc ça, c'est le premier point et je le vois énormément des personnes qui viennent à moi en me disant « je n'ai pas de volonté, je me sens nulle » , etc. Et parfois même, on peut me dire « mais moi, quand je fais des crises, j'aurais pu les éviter, mais je ne les ai pas évitées » . Si réellement vous pourriez les éviter, vous ne les feriez pas. Personne n'a envie de s'anesthésier dans un temps record. se sentir dissocié et infliger tout ça à son corps. Si réellement vous aviez la possibilité de ne pas le faire, vous ne le feriez pas. Et je pense que l'histoire de se dire « mais j'aurais pu, c'est mental, c'est de la volonté, j'ai la force, et je n'y arrive pas et je suis nulle » , c'est simplement une distraction pour ne pas se confronter à l'ensemble de l'écosystème, pour ne pas se confronter à tout ce qui entretient le trouble alimentaire. Et quelque part, c'est une histoire qui nous déresponsabilise beaucoup. La deuxième croyance que je vois pas mal, c'est moi chez moi, les compulsions, c'est lié au plaisir, c'est parce que je suis gourmande, je suis une bonne vivante, je suis gourmande, j'aime me faire plaisir. Et d'ailleurs, je vais utiliser la crise comme une source de plaisir parce que je l'ai bien mérité. J'ai bien passé une journée pourrie et donc j'ai bien mérité de me faire du bien avec une crise. Ça, c'est quelque chose qui est... étudié scientifiquement et qui est faux. C'est-à-dire qu'il n'y a pas de plaisir dans la compulsion. Et donc, vous pouvez vous raconter que vous le faites par plaisir, mais c'est faux. Il n'y a pas de plaisir. Et d'ailleurs, vous pouvez vous demander mais est-ce que c'est un conseil que vous donneriez à un ami, en fait ? Est-ce que vous diriez à quelqu'un de votre entourage « Ah bah, t'as un petit coup de mou là, allez, fais-toi plaisir, va te faire une bonne grosse crise de boulimie, ça va aller mieux. » Jamais vous ne diriez ça à quelqu'un que vous aimez. Jamais. Tout simplement parce que c'est faux. C'est pas du plaisir. C'est de la distraction. C'est-à-dire que ce qui vous donne l'impression... d'apaisement ou de plaisir, c'est que vous allez vous distraire de l'inconfort ressenti. Donc c'est une anesthésie. Mais une anesthésie, ce n'est pas plaisant. Une anesthésie, ça coupe les ressentis. Le plaisir, c'est connecté aux ressentis. Et ça d'ailleurs, c'est très bien étudié. Lors d'une compulsion alimentaire, l'envie de manger augmente. Il y a une prédictibilité de la récompense avec la dopamine. Souvent, la dopamine, on entend dire que c'est l'hormone du plaisir. La dopamine, ce n'est pas l'hormone du plaisir, c'est un neurotransmetteur qui prédit la récompense. Donc, ce qui se passe, c'est qu'au moment de la compulsion, le corps envoie le signal qu'il va avoir besoin de manger encore. Il va recevoir du plaisir s'il continue à manger, alors même que le plaisir et la satisfaction diminuent. Et ça, d'ailleurs, c'est quelque chose que vous pouvez observer lorsque vous compulsez. Le premier gâteau, le premier élément que vous allez manger, est meilleur que le vingtième. Vous avez moins de plaisir sur le vingtième que sur le premier. Et donc la compulsion n'a rien à voir avec un problème de plaisir. La compulsion est profondément connectée à un besoin de distraction, à un besoin de se distraire de l'inconfort. Mais il n'y a pas de plaisir dans la compulsion. Il y a une anticipation de la récompense, mais il n'y a pas de plaisir. Donc se raconter qu'on compulse pour se faire plaisir, c'est une histoire qui soulage. Je vais passer une mauvaise journée, je vais me faire plaisir avec une petite crise. Mais c'est faux. Et je ne pense pas que ça aide à guérir. Je ne pense pas que placer le curseur à cet endroit-là aide à guérir. Par contre, en effet, il y a un lien avec le plaisir, parce que très souvent, la compulsion prend la forme du plaisir qu'on ne s'octroie pas dans son quotidien. Quand on a une vie d'épreuve, de force, pour être quelqu'un de bien, on a assez peu de place pour le plaisir et donc on va retrouver le plaisir, notamment à travers son assiette et à travers l'alimentation. La troisième croyance que je vois beaucoup, c'est l'idée que les compulsions permettraient, on a vu le plaisir, mais aussi de s'apaiser. Par exemple, j'ai des personnes qui me contactent et qui me disent « moi je mange mes émotions » . Et comme je mange mes émotions, ça m'apaise d'un point de vue émotionnel. Quelque chose qui apaise, c'est quelque chose qui est satisfaisant. Et d'ailleurs, c'est le rôle de l'alimentation émotionnelle. Et souvent, derrière alimentation émotionnelle, derrière le terme alimentation émotionnelle, on ne parle pas vraiment d'une alimentation émotionnelle. Parce que sinon, on n'en parlerait pas, ce ne serait pas un problème. L'alimentation émotionnelle, c'est par exemple... Je me sens un peu fatiguée, j'ai passé une mauvaise journée, je prends mon chocolat chaud, ça me fait du bien, je passe à autre chose. Et je me sens mieux après avoir pris mon chocolat chaud. Je me sens mieux après avoir mangé. Ça m'a requinquée, ça m'a ressourcée et je me sens mieux. Quand on parle d'alimentation émotionnelle là en ce moment, très souvent, en réalité c'est pas vraiment de l'alimentation émotionnelle. On se sent plus mal après avoir mangé. On se sent lourd, on culpabilise. on se dit que la prochaine fois on arrête, etc. Ça n'a rien d'émotionnellement satisfaisant, en fait. Et les compulsions, même si vous appelez ça alimentation émotionnelle, ça n'est pas émotionnellement satisfaisant. Ça permet de se distraire, de se couper de l'inconfort qu'on n'est pas en mesure de vivre. Donc c'est un pansement. Ça ne procure pas de satisfaction. Puisque si ça procurait de la satisfaction, vous ne serez probablement pas là en train de l'écouter. Et vous ne serez probablement pas en train de chercher une solution à votre difficulté en lien avec l'alimentation. Parce que si c'était satisfaisant, du coup, il n'y aurait pas de problème. Ça serait satisfaisant, puis vous continuerez à le faire puisque c'est satisfaisant. Ce qui fait qu'on cherche une solution, ce qui fait qu'on identifie que c'est une zone difficile, c'est qu'on se sent plus mal, en fait, après avoir mangé. Donc, sur le coup, ça anesthésie, ça fait effet pansement. Mais à T plus 1, très rapidement, on va se sentir encore plus mal. Donc, se raconter qu'on se fait du bien. Se raconter qu'on apaise ses émotions de cette manière-là, c'est donner un pouvoir à la compulsion qu'elle n'a pas. Et du coup, c'est aussi se reprogrammer à compulser, puisqu'on se raconte que c'est satisfaisant. Et donc, peut-être que le premier pas pour guérir, c'est de réaliser que ça n'est pas un problème de contrôle, et par contre, qu'on a un pouvoir sur les piliers qui permettent de garder la main sur le comportement. Par contre, ça n'est pas un problème de contrôle. Au moment où la compulsion a lieu, le contrôle est débranché. La partie du cerveau qui a la faculté de réfléchir n'est plus là. Ça n'est pas non plus un problème de plaisir, puisque certes, il manque probablement du plaisir dans la vie de la personne qui compulse, mais la compulsion ne procure pas de plaisir. Et ça n'est pas non plus un moyen de s'apaiser, c'est un moyen de s'anesthésier, ce qui est tout à fait différent. Et donc déjà, reconnaître ces trois points-là, c'est reprendre sa responsabilité, c'est reprendre son pouvoir. Ensuite, il y a vraiment, dans la posture à adopter face aux symptômes, un changement total de paradigme à avoir. Pour illustrer cette posture, j'aime beaucoup l'image du triangle de Karpman, qui est un jeu psychologique qui est très bien étudié. où on met souvent en protagoniste un bourreau, une victime et un sauveur. Et en gros, dans ce triangle de Karpman, chacun y trouve son compte et le schéma s'auto-alimente parce que chacun est nourri par les autres protagonistes. Donc il faut un bourreau, une victime, un sauveur. Ce triangle de Karpman, on peut l'appliquer aux troubles du comportement alimentaire, et c'est ça qui est intéressant. Sauf que dans le cas des troubles alimentaires, le triangle de Karpman est joué par une seule et même personne. Le bourreau, très souvent, c'est le TCA. Le bourreau, c'est mon comportement addictif avec l'alimentation et je me raconte que tout ira mieux le jour où je n'aurai plus ce comportement. Je me raconte que le problème vient de mon comportement, que c'est lui qui me pourrit la vie. Le sauveur, très souvent, c'est la forme du corps. Je me raconte que quand j'aurai un corps qui fera telle ou telle forme, alors tout ira bien et je me sentirai en paix. Et la victime ? c'est moi parce que je suis, c'est le rôle que je joue lorsque je me dis que à cause de mes troubles alimentaires, à cause de la forme de mon corps, ça ne va pas. Et ce schéma, il peut durer des années tant qu'on ne voit pas le jeu à l'œuvre. Tant qu'on croit que le problème du coup c'est le symptôme, on est focalisé au mauvais endroit, on est focalisé sur la pomme d'un arbre alors même qu'il y a tout un écosystème qui rend l'arbre malade. Alors c'est très confortable, parce qu'au moins on a le sentiment d'avoir une marge de manœuvre. Quand on veut éradiquer le symptôme, on se dit qu'on va forcer contre les crises de boulimie, qu'on va se lancer dans un énième programme, une énième formation, un énième outil thérapeutique pour guérir. Ça donne un petit peu un sens à notre vie, ça nous porte. C'est très bien comme ça, mais ça ne fait pas avancer le schmilbic. Donc ça c'est quelque chose à garder à l'esprit. Quand, tant que je crois que mon problème vient du trouble alimentaire, je suis à côté. Le trouble alimentaire, c'est la pomme de l'arbre, c'est la conséquence, c'est le fruit d'un écosystème. Et tant que je lutte contre la pomme, je ne prends pas en compte tout ce qui entretient, ce qui se passe autour de l'arbre. Et donc, quelque part, je perds du temps, je perds de l'énergie, je perds de l'argent, je perds des ressources. Je ne suis pas au bon endroit. Enfin, je suis à l'endroit où je dois être et où je dois apprendre, mais je peux me prendre des murs pendant un moment. donner le pouvoir à la forme de son corps et attention je ne vais pas tenir là un discours pro alimentation intuitive il faut aimer son corps body positive je ne me retrouve absolument pas dans ce courant par contre je crois profondément qu'on peut se sentir en paix on peut se sentir sécure sans aimer son corps notre corps il a plein de fonctions il est peut-être la chose avec laquelle on va devoir le cohabiter toute notre vie jusqu'au dernier jour Donc il mérite qu'on en prenne soin, il mérite qu'on le reconnaisse pour tout ce qu'il nous apporte. Maintenant, on peut se sentir en paix sans le trouver beau, au sens des standards. Et heureusement, moi je préférais mon corps d'il y a dix ans, avant d'avoir eu quatre enfants, et pour autant, je suis très reconnaissante pour ce corps aujourd'hui, et je me sens mille fois plus en paix et sécure aujourd'hui qu'il y a dix ans. Donc ça n'est pas un requis. Et je pense que cesser de mettre son pouvoir sur la forme du corps, son pouvoir au sens de ça va me sauver, et c'est la forme de mon corps qui fera que je me sentirai en paix, qui fera que je me sentirai heureuse, je pense que c'est une étape qui est indispensable. Et tant qu'on se raconte qu'on aura besoin d'avoir une certaine forme pour être heureux, on est bloqué parce que... C'est assez surprenant de voir que personne ne tire sur ses jambes pour les faire grandir la nuit parce qu'on a décidé qu'il fallait qu'on fasse 10 cm de plus. Par contre, on est très nombreux à vouloir modeler la forme de son corps à un standard en essayant de le modifier, alors même que notre poids est quand même conditionné par une fourchette dans l'hypothalamus sur laquelle on n'a pas la main au même titre que notre taille. Donc c'est assez intéressant de voir qu'on va avoir ce comportement-là. En revanche, je ne dis pas qu'on doit se trouver beau pour être heureux. Je ne dis pas qu'on doit blâmer la société, les régimes, etc. pour s'en sortir. Je crois sincèrement que c'est très enfermant de prendre les choses sous cet angle-là. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de problème dans notre société. Ça ne veut pas dire que les régimes sont bons pour la santé. Je ne nie absolument pas l'impact des régimes dans l'écosystème. Maintenant, ce n'est certainement pas en pointant ça du doigt qu'on va se sentir mieux. Très souvent, on ne fait que déplacer le sujet. au lieu d'être en colère contre soi et contre ses grosses cuisses ou ses grosses fesses ou son gros ventre, on va être en colère contre la vilaine société ou le vilain régime. Mais ça ne nous apporte pas de paix d'agir ainsi. Ça ne nous apporte pas de réconfort non plus. Ça nous apporte un coupable peut-être qui soulage. Et je sais que ça va peut-être faire violence à certains que je dise ça, mais pour moi, la solution, elle n'est pas là. Ça ne veut pas dire qu'occulter ce qui se joue dans notre système qui, en effet, a mis le corps à une place très importante. Après, on reste responsable de ce qu'on en fait. Et je ne crois pas que transférer la colère contre soi et contre son image vers l'extérieur, ce soit la solution. Je pense par contre qu'on peut cultiver une forme de détachement, une forme d'amour pour ce qui est. Et ce détachement passe par la reconnaissance de son corps et de ce qu'il nous apporte. Et passe surtout par cette sécurité intérieure qui fera qu'on n'a plus besoin de tout ça en fait. Quand on retrouve cette sécurité dont j'ai parlé pendant les épisodes précédents, quand on retrouve cette sécurité sincère et vraie, on n'a plus besoin de coupable, on n'a plus besoin d'être en colère et on n'a plus besoin non plus d'aimer son corps au sens de la beauté des standards. Et cette posture entre guillemets de victime, de bourreau, en lien avec les TCA, en lien avec le corps, est une spirale qui nous enferme parce qu'elle nous empêche de regarder où est-ce qu'on pourrait réellement agir pour redevenir sécure. Où est-ce qu'on pourrait réellement agir pour vivre une vie inspirée où on se met au service de notre intuition et non plus au service de nos impulsions, de nos instincts archaïques pour poursuivre le désir et fuir la douleur. Et donc ce changement de posture, il va passer par un regard, ouvrir un regard curieux sur ce qui m'arrive. Au lieu de me blâmer parce que j'ai fait une crise, j'ouvre avec curiosité le regard sur mes symptômes. Et d'ailleurs, je vous invite à ouvrir le regard sur tous vos symptômes, pas que l'alimentation. Qu'est-ce que ces symptômes viennent me montrer ? Qu'est-ce qu'ils me permettent de réintégrer que je ne m'autorise pas sans eux ? Quelle est leur fonction aujourd'hui ? Non pas pour le comprendre intellectuellement, mais peut-être pour pouvoir s'offrir la fonction sous une autre forme. Si les crises de boulimie vous permettent de faire des pauses dans votre quotidien que vous ne vous autorisez pas à faire, du coup vous avez une marge de manœuvre pour vous autoriser à le repos, pour travailler sur les traumatismes qui font que... vous n'arrivez pas à cesser de vous arrêter. Et donc là, il y a tout un champ, un terrain des possibles qui s'ouvre, qui est absolument extraordinaire. Alors même que, quand on est focus sur le symptôme, alors on est là, je vais me contrôler, je ne vais pas faire de crise, je vais appeler un ami, oui, mais ça ne fait pas avancer le fond de la spirale, ce n'est pas ça qui va nous donner de la sécurité. Éradiquer une crise, ça ne va pas nous donner de la sécurité. Par contre, s'offrir la fonction de la crise sous une autre forme, de manière choisie et non plus subie, oui, et voilà, c'est important et je trouve que c'est extraordinaire de voir à quel point les symptômes c'est quand même magnifique, ce qui est capable de faire le corps pour nous maintenir en vie et pour nous permettre d'être au plus proche de nos valeurs. Et donc travailler sur cette posture intérieure, sur qu'est-ce que mon symptôme essaye de me permettre d'intégrer, quelle est la vie que le symptôme me permet d'incarner que je ne m'autoriserai pas sans lui, ça ouvre un champ des possibles Merci. immense. Et tant qu'il y a les symptômes, au lieu de le voir comme un échec ou comme une rechute, parce que du coup, il y a souvent ce truc de comment éviter les rechutes, au lieu de le voir comme un échec ou comme une rechute, on peut le voir comme un GPS. Comme un guide par les symptômes. Comme quelque chose qui va me permettre de réajuster ma trajectoire sans cesse. Sur quoi est-ce que j'ai pas été vigilante ? Tiens, là j'ai de nouveau une obsession sur la forme de mon corps. Une obsession sur la forme du corps, c'est une distraction. Ça nous permet de ne pas ressentir. A chaque fois que je suis obsédée par mes symptômes, à chaque fois que je suis obsédée par la forme du corps, à chaque fois que je me place en victime de tout ça, je me distrais en fait. Tout le temps, l'énergie, les ressources que je passe à mesurer la taille de mes cuisses, que je passe à checker mon corps, que je passe à ressasser que je suis grosse et moche, je ne le passe pas à ressentir. Donc c'est une stratégie d'éviction. Je mets tout ça en place pour ne pas ressentir l'inconfort qui m'habite parce que je refuse d'incarner mon corps et qu'inconsciemment je fuis. Tout ça, ce sont des stratégies de fuite qui nous maintiennent malades, qui nous maintiennent dans une spirale. Dès lors qu'on peut voir ces stratégies de fuite comme un GPS pour revenir dans mon corps et traverser l'inconfort, pour revenir incarner mon véhicule, parce que c'est la seule chose qui m'est demandé de faire finalement, c'est de vivre incarné dans ce corps. Il n'y a pas de mission de vie, il n'y a pas de chose extraordinaire, c'est juste vivre. La notre mission de vie, c'est de vivre dans le corps. Si je peux utiliser tous ces GPS, ces pensées obsessionnelles, comme une manière de revenir dans le corps, je guéris. Et c'est quand même assez hallucinant. Je trouve que c'est merveilleux, moi ça me fascine. Changement de posture, ça c'est indispensable. Qu'est-ce que je mets en place ? Je sors de ce triangle de Carpan et je me responsabilise, je regarde avec curiosité ce qui m'anime et ce qui m'habite, et tous mes comportements et ce qui se joue en moi. J'observe. avec curiosité et beaucoup de recul, beaucoup de bienveillance aussi, parce qu'on n'est pas là pour souhaiter. Et les choses rentrent dans l'ordre de manière naturelle, en fait, si on œuvre au bon endroit. Et c'est ça qui est extra. Ensuite, qu'est-ce qui va faire que je vais mettre des années à guérir ? Il y a des points que j'identifie quand même. Ça va être ou bien de me tourner vers des approches qui sont uniquement cognitives, ou bien me tourner vers des approches qui sont uniquement alternative où je vais vouloir travailler sur mes traumas, je vais vouloir travailler sur mon histoire, etc. sans prendre en compte la partie biologique qui est quand même à l'œuvre dans les TCA et qui va être le vecteur d'information du système nerveux numéro 1. Il va y avoir aussi tous ceux qui vont avoir tendance à privilégier peut-être les avancées des neurosciences, la biologie, sans prendre en compte aussi les traumas qui sont extrêmement présents. et en occultant complètement le fait qu'on porte des charges, qu'on porte des mémoires, etc. Il va y avoir aussi l'attente dans la posture intérieure que cela vienne d'un outil, d'un thérapeute, d'un programme, d'une approche et donc une remise de pouvoir à l'extérieur qui fait que ça ne peut pas fonctionner. J'attends que ça vienne d'un truc miracle, sans me responsabiliser, sans voir qu'en fait je suis acteur et que c'est ma vie qui est en jeu et donc c'est à moi de... d'être acteur et les outils, les thérapies, les thérapeutes, les programmes sont là comme un socle de soutien à moi-même, mais ne sont pas là pour se substituer à ma responsabilité. Ça, c'est aussi important. Ce que je vois aussi beaucoup, c'est des personnes qui consomment beaucoup de contenu, qui pourraient écrire une thèse sur plein de choses, qui ont tout compris, tout analysé, ils se sont formés à tout, sans forcément implémenter, sans forcément l'incarner. Tchou ! et en se dispersant peut-être dans mille approches différentes sans jamais réellement s'engager dans un processus. Et ça, je pense que c'est important. C'est important à un moment donné de s'engager dans un processus, qu'il soit thérapeutique à travers un programme, à travers une thérapie, un thérapeute, à travers un cheminement intérieur entre soi et soi. Il n'y a pas forcément toujours besoin des autres, même si je pense qu'il y a besoin des autres pour se rencontrer. On peut aussi s'engager vis-à-vis de soi, mais je pense qu'il y a un véritable engagement à avoir. Et d'ailleurs, le côté un peu dispersé de « je consomme toutes les conférences gratuites de Google et je m'engage réellement dans rien » , il vient aussi avec la posture de « j'attends une solution qui viendra des autres, qui viendra de l'extérieur, et je me déresponsabilise » . C'est, je crois, un des facteurs qui fait qu'on peut rester à tourner en rond pendant un moment. Et peut-être pour conclure... cet épisode, ce que tu peux regarder si tu souffres d'addiction, si tu souffres de troubles alimentaires c'est peut-être prendre quelques instants pour avec ce changement de regard, te demander qu'est-ce que mon symptôme me permet d'incarner de vivre, d'être, que je ne m'autoriserai pas sans lui et simplement d'ouvrir le regard sans forcément avoir une réponse précise et spécifique Merci. Mais le simple fait d'ouvrir le regard avec curiosité sur qu'est-ce que mon symptôme me permet d'incarner, d'être, de vivre, que je ne m'autoriserai pas sans lui. Pour peut-être te réconcilier avec les compulsions, je sais que c'est très dur. Je sais que quand on souffre de ces mots, on a envie que ça disparaisse vite. Je sais aussi la honte associée aux compulsions parce que forcément elles nous permettent d'intégrer tout ce qu'on rejette. Elles nous ramènent à l'équilibre sur tout ce que l'on juge. Donc forcément on a extrêmement honte. d'avoir ces symptômes. Puisque le principe même de la compulsion, c'est de pouvoir réintégrer, revenir à l'équilibre, préserver l'homéostasie sur ce que l'on s'interdit d'être. Donc évidemment qu'elles incarnent tout ce qu'on déteste. Elles incarnent la mollesse, elles incarnent l'absence de volonté, l'absence de contrôle. tout ce que l'on a placé sur un piédestal. Donc évidemment qu'on déteste ça, et peut-être que le fait de se poser cette question de qu'est-ce qu'elle me permet d'intégrer, ça permet d'avoir un regard peut-être un peu plus doux, un peu plus aimant, avec ce symptôme. Et je ne crois pas qu'on puisse guérir dans la lutte, je ne crois pas qu'on puisse guérir dans le combat. On voit beaucoup combat, TCA, stop TCA, combat, enfin c'est des mots qu'on voit beaucoup. Je crois par contre qu'on peut... avancer main dans la main avec les symptômes jusqu'à ce qu'on puisse lâcher la main des symptômes ou que les symptômes nous lâchent la main d'eux-mêmes et qu'il n'y ait plus besoin de tout ça. Donc moi je te recommande vraiment, si tu souffres de ces maux, de regarder tes symptômes avec curiosité. Et d'ailleurs, tu peux le faire avec les compulsions, tu peux le faire avec les symptômes que j'ai précédemment mentionnés dans d'autres épisodes. À chaque fois qu'il y a un symptôme qui vient sur ta route qui n'est pas forcément un symptôme... ça peut être aussi les symptômes psychologiques, ça peut être les symptômes comportementaux, ça peut être plein de choses. Demande-toi avec curiosité, qu'est-ce que ce symptôme me permet de réintégrer en termes de valeur intrinsèque ? Qu'est-ce que ce symptôme me permet de vivre que je ne suis pas aujourd'hui en mesure de vivre sans lui ? Je te souhaite de mûrir cet épisode qui ne contient pas de vérité absolue, simplement des suggestions qui je pense peuvent être utiles et que moi j'aurais eu grand besoin d'entendre il y a quelques années.