Speaker #0que c'est une balle dans le pied, cette phrase toute faite, parce que premièrement, personne ne la croit, personne ne l'écoute et surtout, personne ne la retient. Ça veut dire que lorsque Kevin a fini son pitch et sans rien enlever au fait que si ça se trouve, il est très bon dans son job, qu'il a fait gagner beaucoup d'argent à ses clients, économiser beaucoup d'argent à ses clients, eh bien, il a dit des choses tellement creuses et tellement contre-productives et contre-intuitives qu'on ne l'a pas écouté, qu'on ne l'a pas retenu. et surtout qu'on ne l'a pas cru. Bonjour et bienvenue dans ce douzième épisode du Poids des mots, le podcast d'Oximor & More. Aujourd'hui, on va parler douleur, souffrance et communication balle dans le pied. Ma grand-mère disait toujours « Si ce que tu as à dire n'est pas plus beau que le silence, alors tais-toi. » Combien de fois dans le monde professionnel nous sommes-nous dit Mais sérieux, là, peut-être, tais-toi. Eh bien, c'est ce qu'on va questionner pendant 15 minutes ensemble. Parler ou se taire, là est la question. Dire ou ne pas dire, souvent, là est la punition. Bonjour, je m'appelle Sonia Vignon, je suis linguiste spécialiste en rhétorique et en sémantique. J'ai travaillé en France, au Canada, et j'ai rencontré tellement de gens merveilleux qui avaient un rapport au mot et à la langue différent, que je me suis rendue compte que c'est ce qui faisait notre singularité et notre humanité. L'idée de ce podcast m'est venue il y a quelques temps, j'étais dans un TGV, alors il faut savoir que globalement je pense que je passe plus de temps dans un TGV que dans tout le reste de l'univers, et donc j'étais dans un TGV et, fait exceptionnel et totalement rarissime, il était en retard. Et donc, bien sûr, il n'était pas en retard de trois minutes, il était excessivement en retard, on avait presque une heure de retard et dans le wagon tout le monde était exaspéré parce qu'il était... plus de 21h. Et donc, c'était le dernier. Et forcément, c'était celui des dernières correspondances. Ce qui veut dire que, quand moi, je suis agacée d'arriver à 21h45 à la gare, alors que j'aurais déjà dû être chez moi depuis un moment, je suis encore plus agacée de n'avoir pas de correspondance pour rejoindre le lieu où ma voiture, elle, m'attend. Et encore, moi, dans mon malheur, j'ai de la chance, il y a des hubbers qui peuvent m'amener là-bas en une petite demi-heure. Mais il y a des gens qui devaient prendre des correspondances pour Marseille, pour Annecy, pour que sais-je, et tous ces gens-là se retrouvaient le bac dans l'eau. Et on a eu le conducteur, le train, le moins cérébré de la Terre. C'est-à-dire qu'une heure dans les dents, tout le monde est agacé. Il le sait, je ne peux pas imaginer qu'il ne sache pas qui arrivait avec une heure de retard à 21h, va générer crispation, agacement, panique, pour les gens qui avaient des correspondances, pour les gens qui ne sont pas habitués à voyager, enfin, bref. Sauf que lui, on lui a fait une formation dans laquelle on lui a expliqué, voilà Bernard, tu accueilles les passagers, alors on t'a écrit le petit texte pour accueillir les passagers, et puis à la fin, tu désaccueilles les passagers, et là on t'a écrit un petit texte pour désaccueillir les passagers. Et personne ne lui a dit, au milieu, si jamais il y a... des événements qui viennent perturber le trajet. Il va falloir que tu communiques avec les gens dans le train. Et dans le train, je ne sais pas d'ailleurs combien il y a de personnes dans un TGV, mais je pense sincèrement qu'il y en a beaucoup. Donc là, pour le coup, on a Bernard qui ne sait pas totalement gérer la situation et qui, au fur et à mesure, nous annonce 5 minutes de retard, 10 minutes de retard. Il faut savoir que... Et c'est là que c'est intéressant. En parallèle, moi j'ai l'appli, je reçois toutes les notifications qui me disent, en fait, ça ne va pas être 5 minutes, ça va être 15, ça ne va pas être 15, ça va être 30, ça ne va pas être 30, ça va être une heure. Je le sais par mon téléphone, par l'appli, avant de recevoir l'information du conducteur. Déjà... sincèrement, en termes de communication, il y a quelque chose à faire. Vraiment. Soit de dire au conducteur, écoutez, on va partir sur une application digitale et c'est elle qui va donner la communication. Soit de dire, vous dites en temps réel, parce que si l'appli l'a avant, enfin bref, ça ne marche pas. Et surtout, est-ce même que le conducteur savait à l'avance ? C'est ça qui est fou. Bref, tout ça pour vous dire que quand on est arrivé en gare, avec des informations erronées pendant tout le trajet, avec un retard maximal, Le conducteur a pris sa feuille et a lu « Nous arrivons en gare de Lyon-Pardieu, nous vous remercions d'avoir choisi le moyen de transport le plus écologique. » Sincèrement, pas d'excuses, pas de rien. Sincèrement, je ne crois pas qu'il aurait pu faire mieux ou faire pire dans le mieux, ou mieux dans le pire d'ailleurs, en termes de conclusion après un voyage qui avait déjà été semé d'embûches et de communications très... aléatoires et très agaçantes. Ça veut dire qu'en plus, au lieu de présenter des excuses pour l'heure de retard, pour la gêne, il nous dit « Et je vous remercie d'avoir choisi le mode de transport le plus écologique. » C'est donc ce que j'appelle la communication balle dans le pied. Le moment où vraiment, mais vraiment, il aurait mieux fallu ne rien dire que de balancer une ineptie pareille. Et ça, ça arrive quand même assez souvent. notamment sur les éléments de pub, un peu comme ça. Et ça peut même se retourner contre nous. C'est le cas, par exemple, des valeurs d'entreprise. Quand vous avez des valeurs qui font que les gens ne se reconnaissent pas dedans, parfois, alors ça va être difficile de faire passer ça dans un podcast, mais ils vont faire le geste des guillemets autour du mot. Vous voyez ? Par exemple, bien sûr, je vais te le faire en toute transparence. Petit geste de guillemets. Ce qui veut dire qu'évidemment, j'ai le sentiment que la boîte est hyper opaque et qu'elle prône... Des valeurs qui sont très éloignées de ce qu'elle est. Deuxième exemple avec la SNCF. On va croire que j'ai un problème avec la SNCF. Je vous assure que ce n'est pas le cas. Mais la SNCF a à nous de vous faire préférer le train. Les gens qui prennent régulièrement le train, vraiment, déjà, ne préfèrent pas le train et surtout utilisent ça en blague. Ah bah oui, la SNCF a à eux de nous faire préférer le train ou pas, de fait. Ça. C'est vraiment la communication qu'on appelle donc balle dans le pied. C'est-à-dire que ça partait pas vraiment d'une mauvaise intention, mais la réalité, c'est terrible. Et pour l'exemple, on en a plein. Alors c'est vrai avec parfois des slogans, mais les valeurs, ça peut être très contre-productif. De la même manière, le manager toxique qui refuse de considérer qu'il est toxique ou qui veut prouver qu'il ne l'est pas. pas et qui donc dit toutes les 30 secondes non mais moi je suis vraiment dans la bienveillance, je suis vraiment quelqu'un de très humain. Alors voilà, ça typiquement, ça ne va certainement pas générer de la confiance de son équipe, bien au contraire bien sûr, et en plus c'est la communication balle dans le pied. Si c'est pour dire un truc pareil, Jean-Claude vraiment ne dit rien. Et d'ailleurs ça me fait penser je disais je suis très humain. Ça, c'est quelque chose qui revient énormément, notamment dans les professions. Tous les auto-entrepreneurs, tous les gens qui travaillent solo et qui font des métiers qu'on appelle des métiers hyper représentés. La plupart des courtiers, courtiers en assurance, courtiers en prêt immobilier, les agents immobiliers de la même manière. Certains, beaucoup d'entre eux, plutôt que d'assumer. Bonjour, je suis courtier en assurance et mon métier... c'est de faire économiser de l'argent aux particuliers pour qu'ils parviennent à... Ou bonjour, je suis conseiller en gestion de patrimoine et mon métier, c'est d'arriver à actionner des leviers qui permettent de faire des économies et ou de gagner de l'argent. Eh bien, ils ne le disent pas parce qu'on est en France et qu'en France, parler d'argent, c'est moche. Et qu'est-ce qu'ils disent ? Alors attention, je le redis, on ne veut pas vexer tous les conseillers en patrimoine et... tous les courtiers qui nous écoutent, parce qu'il y en a de très très très bons, ceux qui ont un doute, en tout cas, ou ceux qui n'assument pas, disent tous, moi je fais de l'humain, moi. Ça c'est mon truc, je fais de l'humain. Alors écoute Kévin, faire de l'humain, déjà ça n'existe pas, ça n'est pas français. Et surtout, alors, sauf si tu es enceinte Kévin. Si tu es enceinte Kévin, tu fais de l'humain. Là ça fonctionne très bien. Si tu n'es pas enceinte Kévin, ça ne marche pas. Ou alors, vraiment... Tu es Xavier Dupont de Ligonnès, tu mets de l'humain dans ta terrasse, ça doit pouvoir marcher aussi. Mais évidemment que c'est une balle dans le pied, cette phrase toute faite, parce que premièrement, personne ne la croit, personne ne l'écoute et surtout, personne ne la retient. Ça veut dire que lorsque Kevin a fini son pitch, et sans rien enlever au fait que si ça se trouve, il est très bon dans son job, qu'il a fait gagner beaucoup d'argent à ses clients, économiser beaucoup d'argent à ses clients, eh bien, il a dit des choses tellement creuses et tellement... contre-productives et contre-intuitives, qu'on ne l'a pas écoutée, qu'on ne l'a pas retenue, et surtout qu'on ne l'a pas crue. Et donc, on en revient à la SNCF, j'ai une heure de retard mais plutôt que de m'excuser je vais te remercier d'avoir pris le transport le plus écologique. Je suis un manager qui a des plaintes, mais plutôt que de l'assumer, je vais dire à chaque début de prise de parole que je suis un manager formidablement formidable. Vous voyez, c'est exactement pareil. Parce que j'ai peur de parler d'argent et que j'ai peur de dire que mon métier, c'est de faire gagner de l'argent parce qu'on est en France et que je me dis que ça n'est peut-être pas entendable dans ce pays, eh bien, je ne le dis pas. Et je dis que je fais de l'humain. Ce qui n'a même pas de sens. Voilà des exemples de communication qui nuisent à la personne qui prend la parole, qu'elle soit à l'écrit ou à l'oral. Et on voit bien les mécanismes qui sont au démarrage de ça. Soit je ne réfléchis pas, on m'a donné un papier à lire, je lis mon papier. Je ne regarde pas le contexte, je ne regarde pas le public. Je suis totalement conditionnée à ce qu'on m'a dit de faire, sans aucune réflexion individuelle. Soit, j'ai un doute, je ne suis pas hyper sûr, ou je préfère ne pas dire la vérité parce que peut-être que, et donc je vais utiliser des phrases toutes faites, des phrases bateau, et ça va me nuire au final. Voilà ce qu'on appelle la communication balle dans le pied en oxymorie. Sans doute, en entendant ces exemples, en avez-vous eu d'autres ? Et dans ces cas-là, je vous invite à nous faire un petit message sur notre page LinkedIn ou sur notre site Internet. On est toujours très heureux de vous lire et de lire vos propres anecdotes. On commence aujourd'hui à m'en raconter lors de mes réunions ou de mes interventions qui viennent nourrir les épisodes suivants. D'ailleurs, je commence à avoir pas mal de contributeurs et je les remercie. Donc, si vous avez vous-même envie d'être un contributeur oxymorien, je vous donne rendez-vous sur nos pages, mais je vous donne rendez-vous au prochain épisode pour nous proposer... des sujets, des éléments de langage qui vous agacent et ou qui vous réjouissent et entrez en relation avec bonheur et joie.