- Speaker #0
Aujourd'hui, il est prouvé en euros que si on devait analyser réellement tous les messages que nous recevons quand nous faisons un trajet métro, domicile, bureau, on ferait un AVC. Bonjour et bienvenue dans ce 16e épisode du Poids des mots, le cast d'Oximor & Mor. Aujourd'hui, attention, sortez le dico, on va parler... sur sollicitation neuronale et stratégie d'évitement. Alors non, ne coupez pas, vous allez voir,
- Speaker #1
ça va être sympa.
- Speaker #0
Qu'est-ce que la sur sollicitation neuronale et donc en quoi avons-nous eu besoin de mettre en place des stratégies d'évitement dans la communication de tous les jours ? C'est la question qu'on va se poser pendant une petite vingtaine de minutes ensemble parce que le truc sur lequel tout le monde s'accorde aujourd'hui, c'est qu'on surchauffe. on n'en peut plus, on est beaucoup trop sollicité, on a beaucoup trop d'informations.
- Speaker #1
Il y a de plus en plus de gens qui se désabonnent,
- Speaker #0
qui coupent leur téléphone, qui se désinscrivent des applis qui suppriment à tout va, parce qu'en fait, ils se rendent compte qu'ils n'arrivent plus à gérer la masse, le flux. Et ça, c'est la masse et le flux sur lesquels on a... une incidence. Mais lorsque vous sortez de chez vous, du moment où vous mettez un pied hors de chez vous, vous commencez à être sollicité par des messages et sur-sollicité. C'est ce qu'on va voir ensemble. Qu'est-ce que la sur-sollicitation neuronale et pourquoi avons-nous mis en place des stratégies d'évitement du cerveau qui font en fait de nous de grands, grands ados ?
- Speaker #1
Bonjour,
- Speaker #0
je m'appelle Sonia Vignon,
- Speaker #1
je suis linguiste spécialiste en rhétorique et en sémantique. J'ai travaillé en France, au Canada, et j'ai rencontré tellement de gens merveilleux qui avaient un rapport au mot et à la langue différent que je me suis rendue compte que c'est ce qui faisait notre singularité et notre humanité.
- Speaker #0
Alors moi j'ai fait une étude sur la sursollicitation neuronale qui m'est en fait venue d'une coercition assez surréaliste. Il y a eu une époque... où je partageais mon temps entre Lyon et Paris, à part égale, une semaine et une semaine. Mais quand je suis à Lyon, je suis à la campagne. Donc, je dois reconnaître qu'en termes de sursollicitation, transport en commun, c'est assez limité, vu qu'on n'a pas de transport en commun. Et en revanche, évidemment, comme n'importe qui, quand j'arrive à Paris, j'arrive gare de Lyon et ma sursollicitation commence à peine le pied posé sur le quai. Évidemment. Ça, c'est ma réalité. Et donc, ma réalité fait qu'une semaine, j'ai le cerveau plutôt au repos, on va dire, pour ce qui est des sur-sollicitations marketing. Et puis, une semaine, il est en surcharge comme n'importe qui qui doit prendre le métro. Aujourd'hui, il est prouvé en euros que si on devait analyser réellement tous les messages que nous recevons quand nous faisons un trajet métro,
- Speaker #1
domicile,
- Speaker #0
bureau, on ferait un AVC. tellement il y a d'informations, d'informations et d'informations. Donc évidemment, notre cerveau, pas plus bête que ça, il s'est dit, ce qu'on va faire, c'est qu'on va faire du tri. Et donc, plus vous êtes sollicité, plus vous êtes parisien, globalement, et plus votre cerveau fait de tri. Et donc, moins vous êtes poreux à la communication. Vous avez développé une espèce de super pouvoir d'imperméabilité. Et moi, comme je fais une espèce d'entre-deux, une espèce de schizophrénie de la com, J'ai des semaines qui permettent, ce que mon cerveau est globalement sollicité quand je le choisis, d'avoir une perméabilité et d'être plutôt réceptive aux messages. Et donc, le moment où j'arrive à Paris, où je descends de mon TGV, est un moment où je suis plutôt réceptive aux messages parce que je n'ai pas eu à me défendre d'attaques marketing en tout genre pendant des semaines. Donc ce jour-là, je descends de mon métro, de mon TGV, je prends le métro justement. sollicitation, sollicitation, sollicitation j'arrive à ma station de métro et je vais chez des amis boire un verre. Tout le monde, on est une douzaine tout le monde est descendu à la même station de métro. Station de métro très important qui a une seule et unique sortie. Ça veut dire que nous avons tous fait exactement le même trajet. Et quand moi je descends de mon métro, je vois sur les murs des photos donc des grandes affiches en 4x3 le métro de Paris quoi. Et il se trouve que là, c'est un monomessage. Ça veut dire que j'ai trois fois la même affiche exactement devant les yeux. Très important. Et quelque chose m'interpelle dans ce message. C'est ce que j'appelle moi la dissonance cognitive, c'est-à-dire qu'entre ce que je vois et ce que je devrais voir, je sens que j'ai un problème. Et en effet, l'image, parce qu'on est quand même dans le métro parisien et qu'il y a des enfants, est une image aseptisée, mais pour un site d'échangisme, de pluralisme, de mélangisme, de plein de trucs en isme. Et donc, ils font de la publicité pour, en gros, sexuellement. plus on est nombreux, mieux c'est, pour la faire de façon un peu polie.
- Speaker #1
Et alors comment est-ce qu'on sait, sur une affiche aseptisée, sur une affiche qui peut convenir à un jeune public, que plus on est nombreux, mieux c'est ? Eh bien je vous le donne en mille, au nombre de pieds. C'est-à-dire qu'en fait c'est une photo, alors il faudra imaginer, parce que évidemment dans un podcast, on ne peut pas mettre d'image, mais c'est une photo triste face au lit, au niveau du matelas, si vous voulez. avec une couette et des pieds qui dépassent de la couette. Et il y a beaucoup trop de pieds. En temps normal, quatre pieds. Vous voyez, à peu près, si tout le monde va bien. Là, en l'occurrence, je ne sais pas combien il y a de pieds, mais il y a beaucoup de pieds. Et donc, la dissonance cognitive à ce moment-là est forte. Je conscientise qu'il y a un problème avec cette affiche et je bloque. Je m'arrête, je la regarde, j'analyse. Et sur le chemin entre ma station de métro et mon apéro, je pense à ça, quoi. Je... pas je ressasse, mais je réfléchis en me disant mais c'est dingue quand même de passer ce genre de message dans le métro. Enfin, ok, moi j'ai pas de difficultés avec le fait qu'on peut tout dire, mais vraiment quoi ? Ok, c'est apparemment mon instrument mainstream. Problème, Georgette, viens avec tes potes, ça va bien se passer. Ok. Mais, évidemment, on ne peut pas dire ça non plus de façon outrancière. J'arrive à mon apéritif, je suis la dernière. Tout le monde est en train de papoter et je dis « Oh ! » Et quand même, vous avez vu la pub là dans le métro ? C'est fou. Dix personnes me regardent en me disant « Quelle pub ? » Là, dans le métro dont on vient tous d'arriver et la pub qui est quatre fois sur le même mur, enfin je veux dire, la pub avec les pieds, il y a trop de pieds. Personne ne l'a vue. Personne ne l'a vue. Et ça, pour le coup, en euros, ça m'a quand même beaucoup interpellé de dire mais comment est-il possible, alors que cette pub, finalement, bosse la dissonance, puisque c'est précisément sur ça qu'ils vont avoir leur public, c'est-à-dire qu'il faut qu'on repère qu'il y a trop de pieds, éventuellement que ça nous fasse marrer, ou que ça nous interpelle, ou que ça nous intéresse, enfin comme n'importe quelle pub, finalement. C'est ça qui va faire qu'on va s'arrêter, regarder et voir le site. Parce que c'est pas comme une pub, genre n'importe quoi, mais Vania, où il y a Vania écrit en lettres de feu et en 4x3 sur un mur. Parce que c'est peut-être pas hyper sexy de parler des règles, mais en attendant c'est tout à fait autorisé. Et donc on peut mettre en très très gros le nom de la marque, parce qu'aujourd'hui, évidemment, l'image de marque est assez forte pour qu'on associe Vania à son produit. Et c'est pas le cas là, évidemment. Donc, ça veut dire quand même qu'à la fois, les publicitaires ont jonglé avec plusieurs contraintes. La première étant évidemment le fait que la RATP valide, puisqu'ils ont un droit de veto, valide la fiche. La seconde étant que même si la RATP n'était pas la seule personne à valider, on parle aussi à des enfants et qu'on a quand même un devoir et une responsabilité logique. Et puis la troisième, c'est on ne peut pas écrire en énorme Venez avec des copains. Enfin si, d'ailleurs, on pourrait. Mais tout ça a été évidemment éminemment réfléchi. Et ils arrivent sans le savoir sur une proposition qui n'est rien d'autre que de la dissonance, dissonance cognitive. Et paf, cet effet de surprise crée l'intérêt. OK. Sauf que, et c'est là le sujet de cet épisode à savoir les stratégies d'évitement, moi, mon cerveau, il était plutôt au repos. C'est-à-dire que... J'avais eu une journée de travail, j'arrivais à la fin de ma journée de travail, j'avais bossé dans le TGV sur mon ordinateur, et donc je n'avais pas été sollicité d'extérieur. C'est moi qui avais mis mon attention dans mon écran, dans mon propos, dans mes réunions, mais peu importe, mais c'était des choses volontaires et conscientes, et non pas des choses de l'extérieur qui venaient me solliciter à des moments où je n'en avais pas envie. Parce qu'évidemment... On le sait, le cerveau est poreux. Et on voit bien d'ailleurs, vous savez, tous les trucs là pour arrêter de fumer, où on vous dit qu'il faut écouter la nuit, des textes qui disent...
- Speaker #0
tu es fort,
- Speaker #1
tu es formidable, tu vas y arriver, tu vas arrêter, parce qu'on explique que le cerveau au repos et donc pas en hypervigilance est hyperporeux et que donc on peut lui passer tous les messages qu'on veut. À ce moment-là, il les accueille. Ça rejoint un petit peu ça, le fait de dire donc quand je n'ai pas eu de la journée d'agression finalement, mon cerveau va les perçoire comme ça, d'agression extérieure, eh bien, je suis en capacité de voir, d'être interpellé. par mon nombre de pieds, de dire, j'ai un petit bug, il y a beaucoup trop de pieds sur cette affiche, de m'arrêter, de la lire, de voir pourquoi elle est là, et ensuite, d'avoir une pensée qui va se mettre en face de tout ça. Là, en l'occurrence chez moi, une pensée critique, puisqu'il y avait vraiment un sujet de « mais pourquoi on laisse passer ça ? » Ok, très bien. Et c'était intéressant. Et là, je parle avec des Parisiens qui ont pris le métro plusieurs fois dans la journée. et qui ont un cerveau qui, pour survivre, a créé une stratégie d'évitement. Il est prouvé que si on devait analyser, analyser, prendre en compte, gérer tous les messages que l'on reçoit dans le métro, on ferait un AVC. Le cerveau n'est pas du tout, du tout, du tout capable de gérer tout ça. Et pourtant, nous avons un cerveau de chasseur-cueilleur, initialement, qui est capable de gérer une multiplicité d'infos en même temps. incroyable. Attention, j'ai entendu un craquement, si j'ai entendu un craquement, c'est que peut-être il y a un animal, je regarde les empreintes, qu'est-ce que ça peut être ? Enfin bref, à l'époque déjà, la survie dépendait de la capacité à analyser très vite. Et d'ailleurs, la différence et la seule différence neuronale entre nous et les animaux, c'est que nous avons la capacité d'anticipation. Nous pouvons anticiper. C'est pour ça d'ailleurs qu'on a l'humour. Parce qu'on anticipe une fin de phrase et qu'évidemment, ce qui arrive n'est pas ça et ça nous fait rire. Capacité d'anticipation. Et donc là, le cerveau, c'est pas de l'ordre de ça m'intéresse, donc j'ai beaucoup de choses à analyser et je suis tout à fait capable de le faire, c'est de l'ordre de, on est en train de m'envoyer 10 000 infosecondes que je ne peux pas traiter et en plus, si j'essaye, je vais mourir. C'est presque aussi de l'anticipation que de gérer ça en se disant,
- Speaker #0
alors...
- Speaker #1
Non, on ne va pas faire ça. Et stratégie d'évitement. Tout ça est évidemment inconscient, ce sont nos mécanismes de survie inconscients, mais c'est pour ça que quand vous êtes dans le métro, vous ne voyez plus les affiches. Sauf si ça vous intéresse et que c'est vous qui portez l'intérêt. Chanteur que vous connaissez, que vous aimez bien, spectacle que vous connaissez, que vous aimez bien. Mais la meilleure façon d'expliquer ça, tout simplement, c'est de dire quel est mon objectif quand je prends le métro. Si je suis un touriste, que je ne connais pas le trajet, Je vais regarder les panneaux, je vais regarder les arrêts, je vais regarder le sens des gens. Je vais être très vigilant à quelque chose de l'ordre du spatial et de la prévision géographique, de la prévision de transport. Si c'est un trajet que je fais tous les jours, dix fois par jour, que je connais par cœur, par exemple, je ne vois plus les panneaux, plus du tout. Je n'ai pas besoin de les voir pour me diriger. Donc ça déjà, mon cerveau a acté que c'était bon, il a dégagé. Il se fait une stratégie d'évitement sur ça. En revanche, je me dis, tiens, j'inviterais bien mon chéri à voir un spectacle ce week-end. Je vais regarder les spectacles, parce que c'est un choix, c'est conscient. Et donc, évidemment, pour pouvoir regarder les spectacles dans un monde où j'ai 200 000 pubs autour des spectacles, je dois faire une stratégie d'évitement pour le reste. C'est-à-dire que je fais du tri. Ça rejoint un petit peu la théorie de la coccinelle orange. La théorie de la coccinelle orange, c'est le fait de dire, je sors de chez moi le matin. Je croise une coccinelle, la voiture, pour tous les jeunes qui nous écoutent et qui ne savent pas du tout ce que c'est. « Voiture, que c'est ! » Je croise une coccinelle orange et je me dis « Tiens, c'est rare une voiture orange. » Le fait de l'avoir mis en vigilance dans mon cerveau fait que je vais repérer toutes les voitures oranges de ce jour-là. C'est un billet. C'est moi qui me suis conditionnée sans le savoir à les voir. Comme les femmes qui souhaitent avoir un enfant repèrent toutes les femmes enceintes à un... dans un périmètre de 10 km. C'est exactement le même sujet. Eh bien, si on est capable de faire ça, on est capable de faire l'inverse. Et c'est ça la stratégie d'évitement. Ça ne m'intéresse pas, ça ne m'est pas dirigé, je ne regarde pas. C'est exactement comme le fameux trajet boulot-dodo en voiture, où ça peut arriver, on arrive chez nous et on se dit « Comment je suis arrivé là ? » C'est-à-dire que j'ai tellement pas besoin de mettre mon attention sur la route que je connais par terre. que je la mets ailleurs et que je ne me souviens même pas l'avoir mise. Pour autant, je l'ai mise. Parce que je n'ai pas grillé de feu. Je ne suis rentrée dans personne. mais c'est pas là qui était mon attention, et donc c'est pas là que j'ai mis mes souvenirs. Eh bien, sur les informations marketing, publicitaires, externes, peu importe, toutes les sollicitations non demandées, non voulues, externes, on peut avoir des stratégies d'évitement. C'est de la survie, et puis aussi un peu de désintérêt. Bon, ça c'est plutôt ce qui s'appelle avoir des ados à la maison. Forcément, en écoutant ce podcast, vous avez aussi eu des souvenirs de moments où vous vous êtes rendu compte que vous n'aviez pas du tout conscientisé ce qui se passait autour de vous, ou ce que vous étiez en train de faire, parce que vous étiez ailleurs, que votre attention était ailleurs. Eh bien, mesdames et messieurs, bienvenue dans le monde merveilleux de la stratégie d'évitement neuronal. On en parle quand vous voulez, sur LinkedIn, sur notre site, devant un café, pour ceux qui ont envie, et surtout le numéro de téléphone qui va avec. d'échanger autour de tout ça. J'espère que vous serez très vigilants au nombre de pieds sur les affiches à partir de demain. Et je vous dis à très bientôt.