- Speaker #0
Vous écoutez le Réseau de l'Industrie de RS, où les voix des spécialistes résonnent autour des sujets clés du secteur. Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans le Réseau de l'Industrie. Aujourd'hui, nous recevons Jean-Marc Siquiero, responsable produit et animateur de la Welding Business Academy chez FroNews France. Alors, nous allons aborder avec lui un sujet crucial pour la santé et la sécurité des professionnels du soudage, les risques liés aux fumées de soudage. l'exposition aux champs électromagnétiques et la place grandissante de la robotique dans nos ateliers. Jean-Marc, merci d'être avec nous. Pour commencer, pouvez-vous nous expliquer pourquoi le soudage reste encore aujourd'hui un métier clé malgré l'évolution technologique ?
- Speaker #1
Le soudage reste un métier clé avec des raisons fondamentales qui sont à la fois techniques, économiques et humaines. Le soudage à l'arc, entre autres, est utilisé dans une grande variété. de soudage de différents matériaux, les aciers, les alus, les inox. On a besoin d'une grande polyvalence technique au niveau des différents secteurs, notamment la construction, l'énergie, le transport, pour réaliser les opérations de soudage qui seront nécessaires pour réaliser des constructions ou des équipements. Le soudeur intervient souvent sur des ensembles complexes, voire même vitals, comme des ponts, les centrales nucléaires, de la tuyauterie, des installations industrielles. Ces travaux nécessitent une grande qualité de soudage, un soudage irréprochable, souvent réalisé de façon manuelle par des professionnels qui sont très qualifiés. La robotisation, elle, progresse de son côté, bien sûr. On va utiliser la robotisation pour des tâches complexes, mais elle ne remplace pas totalement les soudeurs. On aura toujours besoin de leur analyse, de leur dextérité, de leur expérience pour des situations complexes où une machine ne pourrait pas réaliser. Donc le métier de soudeur, c'est un métier... sous tension et on recherche beaucoup de soudeurs qualifiés. Ça en fait un métier stable, bien rémunéré. Donc l'évolution technologique ne réduit pas la demande, au contraire, elle la transforme.
- Speaker #0
Les fumées de soudage sont aujourd'hui reconnues comme cancérogènes par le Centre international de recherche sur le cancer. Quels sont les principaux risques pour la santé des opérateurs et surtout, comment les prévenir efficacement ?
- Speaker #1
Selon l'enquête Summer de 2017 de l'INRS, 528 000 salariés, soit environ 2% des salariés français, sont exposés au risque des fumées de soudage. C'est un chiffre important. Ces fumées de soudage sont générées pendant les opérations d'assemblage et c'est lié entre autres aux hautes températures de fusion que vont atteindre les matériaux. Et à ce moment-là, ça émet beaucoup de fumées nocives qui sont liées à ces matériaux. Ces fumées sont entre autres un mélange entre l'air ambiant, des particules en suspension, notamment de gaz, de poussière. Et ces particules ont une taille inférieure au micromètre. Ça en fait des risques pour la santé, parce que ça peut atteindre les régions alvéolaires de l'appareil respiratoire si on inhale ces fumées. Depuis le 1er juillet 2023, la valeur limite d'exposition professionnelle, ce qu'on appelle la VLEP, pour une durée de 8 heures d'exposition, impose. que l'on respecte un certain volume, une certaine quantité. Donc c'est 4 mg par mètre cube pour les poussières totales et 0,9 mg par mètre cube pour les poussières alvéolaires. Donc il faut contrôler ça régulièrement dans les entreprises. Les principales pathologies qu'on peut rencontrer dans ces cas-là, avec ce genre de poussières, ce sont les maladies respiratoires chroniques, bronchite, asthme, etc. Mais aussi des problèmes neurologiques, des problèmes rénales et cardiovasculaires. malheureusement aussi des cancers qui sont liés à ces micro-particules. Comment prévenir ces risques ? La première chose, c'est la protection collective. Outre le soudeur qui est exposé à ses propres fumées de soudage, les gens qui vont passer dans l'atelier, dans l'environnement, sont exposés également à ces fumées. Donc il faut ce qu'on appelle la captation à la source des fumées, donc utiliser des torches aspirantes, des systèmes de ventilation efficients. Les protections individuelles. Tout ce qui est masque respiratoire, masque de protection, c'est des produits type P3, on appelle ça, qui sont de plus en plus utilisés dans l'industrie. Ça nécessite aussi de réorganiser le travail dans l'atelier pour limiter le temps d'exposition, voire utiliser des moyens de substitution comme la robotisation ou l'automatisation qui font qu'on éloigne naturellement les gens de la zone de soudage, cloisonner cette zone de soudage et donc en extraire les fumées. Donc la robotisation... ça va permettre aussi de limiter cette pollution.
- Speaker #0
Au-delà des fumées, quels sont les autres dangers spécifiques auxquels les soudeurs doivent faire face, notamment en ce qui concerne les champs électromagnétiques ?
- Speaker #1
Au-delà des fumées de soudage et des poussières, comme je disais juste avant, il y a de nombreux risques. Les troubles musculo-squelettiques, le bruit excessif dans une chaudronnerie, le rayonnement ultraviolet de l'arc électrique, les coupures, les brûlures, les chutes, ce sont des risques auxquels sont confrontés les soudeurs au quotidien. Mais tout ça, ça peut se... contrebalancés par le port de pays et de protections adéquates. En ce qui concerne les champs électromagnétiques, le sujet est plus complexe. Dans le domaine du soudage, les champs sont en fait générés par le passage du courant électrique dans les conducteurs. La valeur de ce champ dépend de plusieurs facteurs. Quel type de courant on va faire circuler ? Quel mode de soudage on va utiliser ? Les fréquences, la technologie de la machine du poste à souder que l'on utilise. et aussi la position du corps par rapport à l'émission de ce champ magnétique. Si on tient la torche de soudage à la main ou si on l'enroule autour du poignet ou autour du bras, l'exposition n'est pas la même. Il est donc essentiel pour moi de sensibiliser les opérateurs à ces risques qui sont invisibles en leur inculquant les bonnes pratiques pour éviter une mauvaise utilisation des postes à souder et de connaître les risques auxquels ils sont exposés.
- Speaker #0
Jean-Marc, en tant que formateur, quels sont les remontées de terrain qui vous parviennent le plus souvent de la part des soudeurs que vous rencontrez ?
- Speaker #1
Dans de nombreuses entreprises encore maintenant, la mise en place, l'utilisation de torches de soudage reste un sujet sensible pour les soudeurs. Une torche aspirante, comme ça elle se nomme, ce sont des torches beaucoup plus lourdes qu'une torche classique et les soudeurs n'ont pas encore fait la démarche de l'utilisation. De la torche aspirante, il ne voit que les désavantages et pas les intérêts. Un exemple, nous commercialisons des torches chez de nombreux clients et la première remarque que le soudeur remonte, c'est le poids de cette torche-là. Auquel cas, s'il n'y a pas de tuyau d'aspiration sur la torche, il ne peut pas capter les fumées. Donc pour lui, sa santé passe après l'opération de soudage. C'est dommage, on ne l'inculque pas à l'école. Pourquoi ? Parce que les écoles sont parfois... pas équipé de torches aspirantes, mais d'enceintes aspirantes. C'est plus facile à mettre en place que dans l'industrie.
- Speaker #0
Vous l'avez dit, la robotique prend une place de plus en plus importante dans le soudage. Comment cette robotisation contribue-t-elle à la réduction concrète des risques pour les opérateurs ?
- Speaker #1
La robotisation joue aujourd'hui un rôle clé dans l'amélioration des conditions de travail du soudeur, notamment en matière de sécurité. Elle permet de réduire de manière significative les risques auxquels les soudeurs sont exposés, tout simplement. Une fois que le robot fonctionne, le soudeur n'est plus exposé ni aux champs magnétiques, ni aux fumées, ni à la chaleur, ni aux coupures. Ensuite, la robotisation continue également à d'autres choses, à diminuer les accidents, puisque c'est le robot qui va manipuler les pièces, c'est le robot qui va tourner autour de la pièce. Donc l'opérateur est éloigné de la zone, on va dire, dangereuse. Et puis aussi, ça va limiter le risque des erreurs. Quand un robot est bien programmé, les erreurs sont moins nombreuses. qu'en opération de soudage manuel. Le robot améliore la qualité, la répétabilité, les travails très précis et presque sans défaut, donc sans reprise par rapport à un soudeur manuel qui peut fatiguer. Enfin, la robotisation fait évoluer le métier du soudeur. On passe purement du rôle de simple soudeur manuel à des rôles de programmateur de robot de soudage. Donc ça rend le métier plus attractif.
- Speaker #0
Quel conseil donneriez-vous à une entreprise qui souhaite s'équiper en solution robotisée pour le soudage ? Je pense notamment aux petites et moyennes séries.
- Speaker #1
Avant toute chose, je dirais que la réussite d'un projet de robotisation, ou on appelle ça aussi la co-botisation, passe par une bonne préparation à la fois technique et humaine. La première étape est souvent sous-estimée, c'est le dialogue avec les équipes. Parfois, l'arrivée d'un robot dans un atelier est ressentie comme une menace par les soudeurs. Donc il faut expliquer les objectifs, les bénéfices attendus, comment on va réduire la pénibilité, comment on va remonter en compétence les gens. Ensuite, il faut bien évaluer la faisabilité. On pense qu'un robot, ça va savoir tout faire. Ce n'est pas le cas. Il faut analyser notamment sur les pièces que l'on veut souder, les accès, si on peut faire les trajectoires et aussi la variabilité de la pièce, les jeux, les positions des pièces. Une fois les étapes validées, je recommande vivement de passer par une phase d'essai. Il y a plein d'intégrateurs, de roboticiens qui sont là, qui sont disponibles pour faire des essais sur la pièce que l'on veut produire à grande échelle, parce qu'on robotise pour faire des pièces de grande série ou de moyenne série. Pour les petites PME, dans ces cas-là, l'utilisation de la cobotisation, c'est-à-dire cobot, c'est intéressant puisque c'est un intermédiaire entre le robot industriel et la production semi-automatisée. Une fois que le robot ou le cobot est en place, il faut aller suivre les équipes, faire des retours d'expérience réguliers pour augmenter et sécuriser d'autant plus le projet et puis la vie série de cet équipement. Et pourquoi pas reprendre les retours d'expérience en disant, tiens, il y a une nouvelle pièce dans l'atelier, peut-être que celle-ci, on peut la passer sur le cobot et auquel cas des nouveaux marchés pour l'entreprise.
- Speaker #0
Merci Jean-Marc Siquiero pour tous vos conseils. On se retrouve bientôt. Merci à tous pour un nouvel épisode consacré au risque industriel. D'ici là, restez vigilants. A très vite.