Speaker #0Bonjour et bienvenue dans le podcast Le Sport comme Thérapie. Je vous emmène avec moi sur le chemin de la guérison. Ici, on parlera de sport, mais aussi de blessures invisibles, de résilience et de ces petits pas qui changent tout. Courir est venue ma manière de me sauver, de transformer mes douleurs en force, prendre soin de moi, être fière de chaque effort et de me reconstruire un peu plus à chaque foulée. Aujourd'hui, je voulais vous parler d'un moment clé. Pas d'un grand bouleversement, pas d'un électrochoc, plutôt d'un petit déclic. Un de ceux qu'on ne remarque pas tout de suite. Il n'a pas tout changé, il n'a pas mis fin au chaos, mais il a marqué le début d'autre chose. Le début d'un mouvement vers moi, d'un pas même fragile dans la bonne direction. C'est ce jour-là que j'ai compris que le sport pouvait être plus qu'un passe-temps, qu'il pouvait m'aider, me soutenir et peut-être même me sauver. Mais avant d'en arriver là, il faut que je vous raconte un petit peu d'où je viens. Parce qu'on ne comprend jamais vraiment un déclic si on ne connaît pas le silence qui l'a précédé. Petite, j'aimais déjà le sport. Enfin, c'est ce que je croyais. Avec le temps, je me suis rendue compte que c'est surtout un prétexte pour me rapprocher de mon père et pour fuir une peur. D'un côté, donc, il y avait mon père. On n'avait pas grand-chose en commun, lui et moi. Il n'était pas souvent à la maison. Il n'était pas forcément sportif non plus. Mais le sport était vraiment devenu notre terrain d'entente. Je me souviens d'un jeu qu'on avait tous les deux. C'était une sorte de catch revisité. Et l'objectif était simple, lui enlever sa chaussette. Il y avait aussi ces matchs de foot improvisés dans le couloir où la seule chose qu'on arrivait à faire était juste d'abîmer les murs et les portes. J'ai fait pas mal de sport. Chacun m'a apporté un truc à part. Par exemple, il y a eu l'équitation. J'adorais ça, il y avait ce lien particulier avec le cheval, ce côté apaisant. Comme si on se comprenait, sans avoir à se parler. Monter à cheval me faisait beaucoup de bien, ça me coupait un petit peu du monde, j'avais vraiment l'impression d'être dans ma bulle, mais j'ai dû arrêter au divorce de mes parents. Et j'ai aussi essayé de tirer à l'arc, parce qu'à l'époque j'étais fan de Legolas du Seigneur des Anneaux. Bon, par contre j'étais pas super douée, mais c'était rigolo. J'adorais me prendre pour une elf et à l'époque... que je réfléchissais même à me faire tatouer un message elphysique le long de la colonne vertébrale. Heureusement, c'était juste un projet, juste une idée. La danse aussi, elle faisait partie du tableau. Par contre, côté synchronisation, non, non, ça a toujours été une notion assez floue pour moi. Bon, là, récemment, je me suis dit, allez, on dépasse un petit peu ces croyances limitantes. Testons le step. Pas du tout. Pas du tout, pas du tout, complètement à la traîne, le cerveau qui a bugué, non, clairement la synchronisation, c'est pas pour moi. Et puis il y a eu la natation. La natation a pris une place vraiment importante dans ma vie. Quand j'étais petite, j'ai fait pas mal de compé, je pense que j'étais plutôt pas mal pour mon âge. En 6e, j'ai même intégré classe piscine, donc en fait on allait en cours tous les jours, comme des collégiens normaux. Et on avait plusieurs séances de natation par semaine. Tout était rose, tout allait bien jusqu'au jour où, adolescence oblige, j'ai pas eu envie de nager, j'ai donc laissé mes affaires à la maison. Mais c'était sans compter Saint-Marilène, ma prof de l'époque, qui ne m'a pas cru bon. Elle avait tort, voilà. Et pour me punir, elle m'a obligée à faire du renforcement musculaire. Bon, on parle pas de faire des abdos, faire des plombs, non non. Elle m'a demandé de marcher en canard autour de la piscine, devant tout le monde. Le canard, c'est quoi ? Marcher à coups de pied. les mains derrière la tête. Je me suis sentie vraiment humiliée et j'ai arrêté la natation après ça. Du coup, j'ai arrêté la natation, j'ai changé de classe et mes camarades se sont éloignés de moi parce que j'étais donc dans une autre classe et je me suis vraiment sentie mise de côté, même blessée. Et je n'ai pas très très bien vécu ces moments de vie. Le sport est aussi un moyen pour moi de fuir une peur. Quand j'étais petite, ma mère ne sentait vraiment pas bien dans sa tête et dans son corps. Elle avait pris beaucoup de poids. sûrement elle aussi elle avait un vide à combler. J'ai deux souvenirs qui me reviennent à l'esprit et qui m'ont pas mal marqué. Le premier, on est en famille dans le sud sur un pédalo et elle tombe à l'eau. Ensuite, je sais qu'elle a eu beaucoup de mal à remonter. J'ai eu à la fois peur qu'elle se noie et ça m'a fait vraiment mal au cœur pour elle de l'avoir comme ça. Et il y a un autre souvenir, c'est plus une photo, je la vois assise sur une chaise et je pense que c'était le pic. de son mal-être et le suivant d'elle, vraiment pas bien. Ces petites images, ces petits souvenirs à se graver, c'est silencieux mais en fait c'est un peu lourd. Donc j'ai eu très peur de prendre du poids. Alors petit à petit le sport est devenu un moyen de contrôle. C'était pas vraiment un choix ni un plaisir. Il y a eu des petites phases de boulimie aussi où je me faisais vomir mais je me rends compte que c'était vraiment une phase, peut-être que j'ai toujours trop aimé manger. Puis est venue l'adolescence et avec elle un coma éthylique à 13 ans. Je ne pense pas que ce soit le début d'une addiction. Je pense plutôt que c'était une découverte beaucoup trop extrême, on est d'accord, trop d'alcool. J'ai bu trop vite, trop peu de nourriture dans le ventre pour éponger tout ça. En plus, on a appris plus tard qu'il y avait des médicaments dans cet alcool. Apparemment, ces bouteilles avaient été ramenées d'une autre soirée où il y avait des choses dedans. J'ai des souvenirs de cette soirée, être allongée dans l'herbe, puis être allongée sur un tronc. un trottoir avec les pompiers, puis dans un ascenseur sur un brancard à l'hôpital. Je ne sais pas, c'était peut-être pas un hasard, c'était peut-être un signe. Mon adolescence fut rythmée par des consommations plutôt maîtrisées, je pense qu'on peut dire ça. L'alcool était seulement pour la fête, avec des amis. J'étais plutôt bien entourée, même dans mes excès. Puis est arrivé le nouvel an 2015. Je crois que c'est ce soir-là où tout a basculé. Mon compagnon de l'époque venait de perdre son père. Il avait beaucoup de tristesse, beaucoup, beaucoup. Il y avait des tensions. Ce soir-là, moi aussi, je n'étais pas bien. Je me souviens avoir été jalouse, tendue, maladroite. Je lui ai fait des reproches. Et là, d'un coup, il m'emmène dans une chambre, celle d'une des personnes qui organisait la soirée. Il a fermé la porte à clé. Et ce qui s'est passé ensuite, c'est quand même une séquence floue, violente, irréelle. Je me souviens, il m'a projeté contre un premier meuble à droite. Je me souviens voir des bijoux sur ce meuble. Puis il y a eu un autre meuble à gauche, une pommonne noire. Là, il m'a fait une clé droite. Il m'a soufflé quelque chose à l'oreille. Je ne me souviens plus des mots, mais je me souviens très bien de la peur liée à la situation. Je me suis ensuite retrouvée assise sur un matelas, même le sol. Et là, il m'a regardée et il m'a dit « t'es qu'une merde » . Ta vie c'est de la merde, ta famille c'est de la merde. Et j'ai ri. Un rire nerveux, un rire absurde, parce que la situation était... Parce que c'était surréaliste, parce que je ne savais pas quoi faire d'autre. Et là, j'ai voulu sortir de la pièce, je me lève, je vais en direction de la porte, ils m'en empêchent. Et d'un geste, je ne sais même pas comment, j'ai réussi à ouvrir la porte. Je suis donc sortie de l'appartement, j'ai couru, je suis descendue. Et j'ai attendu. Il n'est jamais venu me chercher. Au bout d'un moment, je suis remontée, le voir récupérer mes affaires, je ne sais pas. Et là, je le vois assis sur le rebord d'une baignoire avec ses amis autour. Elle le consolait, lui parlait doucement, comme à une victime. Et moi, j'étais la fille qu'on regardait travers. J'étais celle qui avait pété un câble. Et lors de ma fuite, je l'avais griffé. Sans le voir, il avait une trace sur la joue. Voilà. J'étais devenue l'agresseuse. Et soudain, tout s'est retourné contre moi. Bon, on est rentrés ensemble, on est restés ensemble, on a acheté un appartement ensemble, ouais. Mais en parallèle, je me suis rendue compte que c'est là. La descente avait vraiment commencé. Doucement, silencieusement, mais sûrement. Comme je le disais en intro, il n'y a pas eu de déclic, il n'y a pas eu de grand moment de révélation, ni de coup de tonnerre, non. C'était plutôt une série de petites victoires, un enchaînement discret, mais super puissant. Ça a donc commencé comme ça, rentrer plus tôt d'une soirée, moins boire lors d'une soirée, alterner alcool plus verre d'eau. En fait, c'est plein de petites choses qui peuvent paraître anodines, mais en fait, ça ne l'était pas pour moi. Pourquoi ? Parce que derrière, elle a un truc super viscéral, super puissant. Me lever le matin et surtout être en forme. Pas avoir mal à la tête, pas avoir mal au ventre, pas avoir la pâte, la gueule de bois, etc. Être en forme pour enfiler mes baskets et prendre l'air. Et même des fois réussir à courir alors que la ville dormait encore. Je me souviens la fierté d'aller courir quand je voyais des gens rentrer de soirée et je me disais « waouh » . Ça c'était moi en fait. Après tout le monde a le droit de faire la fête mais dans mon cas c'était « waouh » . C'est complètement fou. Il y a aussi les premières courses. L'émotion, la ligne d'arrivée, le chrono, les photos, tout ça. Et ce sentiment presque nouveau de me surprendre moi-même et d'être super fière. Il y a moins d'un an, j'ai commencé à suivre un programme de course, un truc assez simple mais structuré. Et très vite, j'ai ressenti les effets. Physique, normal, mais psychologique, surtout. Je commençais vraiment à me sentir bien, à me sentir mieux. J'avais même envie d'y retourner. Et j'attendais les sorties avec impatience. Et puis, il y a eu un vrai tournant. C'est vrai que tout à l'heure, je disais qu'il n'y avait pas eu de déclic, mais je me demande si ce que je vais raconter après n'a pas énormément joué dans mon état actuel. C'est le jour où j'ai osé rejoindre un club de running. Bon, ça n'a pas l'air d'être grand-chose sur papier, mais pour moi, c'était énorme. Déjà, j'allais courir avec des inconnus, j'allais faire quelque chose de nouveau qui n'avait rien à voir avec mon cercle habituel. parce que jusqu'à là mes copains C'est surtout des copains de soirée. Des airs, des bars, des nuits un petit peu floues. Là, je rencontrais des gens autour d'un intérêt sain. Un truc simple, qui est courir, respirer, se dépasser. Et puis surtout, ils ne connaissaient pas mon histoire. J'ai eu l'impression d'avoir la chance de pouvoir repartir à zéro. J'avais le droit de tout recommencer. Et là, assez rapidement et de façon assez magique. Je me suis sentie super bien. J'ai l'impression d'être vraiment alignée et enfin de me retrouver, de me découvrir. Là, j'ai compris que le sport, c'était plus qu'un truc à faire pour construire une case. C'était devenu un vrai pilier. Forcément, quand un pilier se stabilise, on commence à voir un petit peu ce qui vacille autour, ce qui ne tient plus vraiment debout. Bon, mon côté, il y a eu le travail, mais ça, c'est un autre sujet. Si toi aussi tu te débats avec des excès, un mal-être ou ce vide justement qu'on ne s'est pas toujours nommé, je te comprends. Peut-être que quelque part tu as envie de te retrouver, de te reconnecter à toi-même, à ton énergie vitale. Le sport c'est un chemin possible. Bon, ce n'est pas magique, ça prend du temps, ça demande des efforts et tu auras sûrement des crampes, des courbatures, des ampoules. Mais crois-moi, c'est un chemin qu'on peut vraiment la peine. Tu tomberas peut-être, sûrement. et plus d'une fois mais tu vas te relever et à chaque fois un peu plus fort un peu plus toi parce qu'on court pas tous pour fuir quelque chose non parfois on court simplement pour revenir à soi