Speaker #0Bonjour et bienvenue dans le podcast Le Sport comme Thérapie. Je vous emmène avec moi sur le chemin de la guérison. Ici on parlera de sport mais aussi de blessures invisibles, de résilience et de ces petits pas qui changent tout. Courir est devenu ma manière de me sauver, de transformer mes douleurs en force, de prendre soin de moi, d'être fière à chaque effort et de me reconstruire un peu plus à chaque folie. Dans l'épisode précédent, on a parlé des freins, la logistique, le froid, le regard des autres, le temps qui manque. Et je le crois vraiment, ces freins sont réels, ils méritent d'être nommés et les ignorer ne sert à rien. Mais aujourd'hui, j'ai envie d'aller chercher quelque chose de plus profond. Parce qu'il y a une question qui me trottait dans la tête depuis pas mal de temps, une question que j'avais un peu mise de côté parce qu'elle est moins confortable. Pourquoi est-ce qu'on se fait du mal comme ça ? Pas juste au sens de rater ses séances de sport, non, vraiment au sens large. Pourquoi on recommence toujours les mêmes schémas ? Pourquoi on rencontre toujours le même type de personnes, même si on sait très bien que ça va nous faire du mal ? Pourquoi on boit trop ? Pourquoi on s'oublie ? Pourquoi on remet aux autres la priorité qu'on ne s'accorde même pas ? Pourquoi c'est si difficile pour certaines d'entre nous de... juste prendre soin de soi. Le lien avec le sport, avec le mouvement, il est là. Ne pas bouger, ne pas bien manger, ne pas bien dormir, ne pas s'écouter. C'est rarement de la paresse. C'est souvent la continuité d'une longue histoire, où on a appris très tôt qu'on ne méritait peut-être pas d'être soigné, d'être aimé, d'avoir de l'attention. Et c'est de ça qu'on va parler aujourd'hui. Donc installe-toi, ce sera peut-être un épisode un peu différent. Ces schémas qu'on répète sans comprendre pourquoi. Il y a une chose que j'ai mis beaucoup de temps à comprendre. C'est que la plupart de nos comportements, même les plus autodestructeurs, même ceux qu'on déteste en nous, ont une logique. Ce n'est pas un défaut de fabrication, ce sont juste des réponses. C'est vraiment des stratégies que notre inconscient a développées à un moment donné pour survivre à ce qui se passait pour nous protéger. Le problème, c'est que ces stratégies ont souvent été apprises quand on était enfant. quand on n'avait pas d'autres ressources. Et elles ont tendance à rester là, bien installées, même quand on a grandi, même quand la situation a changé, même quand elles ne servent plus vraiment. Tu te sabotes régulièrement alors que tu sais exactement ce qui te ferait du bien. Tu t'oublies systématiquement dans ta liste de priorités. Tu as du mal à te reposer sans culpabilité et à demander de l'aide sans t'excuser, à te mettre en premier sans te sentir égoïste. Pour moi, ce n'est pas un manque de volonté, ce n'est pas une faiblesse, c'est juste une mécanique, et cette mécanique a une histoire. On parle beaucoup des comportements problématiques, l'alcool, la nourriture, les relations qui font du mal. Comme si c'était juste une question de manque de discipline. Comme si les gens qui n'arrivaient pas à s'en sortir, en fait, ne voulaient pas vraiment changer. Mais ce n'est pas vraiment ce que j'ai vécu. En fait, ce que j'ai vécu, c'est quelqu'un qui savait, qui voyait très bien ce qu'elle était en train de faire, et qui continuait quand même, involontairement. Pas parce que je n'avais pas de volonté, non, parce que quelque chose de plus profond en moi était aux commandes, quelque chose de plus profond que ma simple volonté. Et ce quelque chose, il s'était construit depuis bien longtemps, dans des moments qu'on n'avait pas choisis, dans des situations qu'on ne maîtrisait pas, dans des messages qu'on n'avait pas reçus, souvent sans que personne ne les formule clairement, sur ce qu'on valait, sur ce qu'on méritait, sur la place qu'on avait le droit d'occuper dans ce monde. Ce que l'enfance nous apprend en silence. Je t'ai déjà raconté des morceaux de mon histoire dans les épisodes précédents. Mais aujourd'hui, j'ai envie de les relier autrement. Pas comme une liste d'anecdotes, mais vraiment comme un film. Presque logique. Il y a d'abord eu l'ambiance à la maison. Ce que je percevais enfant, c'était surtout ça. Une tension dans l'air, de grosses disputes dans la salle de bain, des moments difficiles, une atmosphère lourde que je ne comprenais pas vraiment. Avec du recul, je sais maintenant que ma mère traversait une dépression, un mal-être profond. Ma grande sœur, elle aussi, portait ses propres souffrances adolescentes, et probablement d'autres choses qu'on ne nommait pas à l'époque. Mais en fond, on ne met pas ces mots-là sur ce qu'on vit, on ressent juste. Et ce que je ressentais, c'est que la maison était un endroit où quelqu'un souffrait très fort. Et que dans ces maisons-là, il ne reste pas beaucoup de place pour les autres. Pas par malveillance, non. Juste parce que la douleur prend toute la place. Alors j'ai appris à me faire discrète. À ne pas rajouter du bruit au bruit. De ne pas avoir besoin pour ne pas alourdir ce qui est déjà lourd. J'ai appris que ma place, c'était en fait de ne pas trop en prendre. Il y a eu Marie-Hélène cette fois. prof de piscine et se tourne en canard devant toute la classe, j'avais 10 ans. C'est une petite histoire, oui, et pourtant le corps s'en souvient. Et l'esprit aussi, ça fait 20-25 ans. Parce que ce qu'on apprend dans la honte, ça ne s'efface pas facilement. Ça reste dans les muscles, dans la gorge, dans ce réflexe de vouloir disparaître quand on se sent observé. Et puis, le départ de mon père. Un mercredi après-midi, j'étais en train de jouer sur l'ordi, au foot. Je ne sais plus quoi. Et il m'a dit, bon, je pars faire les courses pour mémé. Il n'est pas revenu. Le bac a été vide. C'est vrai que quand on est enfant et qu'un parent part comme ça, sans de réelles explications, on ne se dit pas, non, non, mais c'est OK, il avait ses raisons, c'est un problème de grand. On se dit, même sans vraiment le formuler, peut-être qu'il a trouvé mieux ailleurs. Parce que, ouais, peut-être que nous, en fait, on n'était peut-être pas assez bien. C'est pas une pensée consciente, c'est une expression qui s'installe dans le ventre et qui reste. Et dans cette période-là, il y a eu quelque chose que j'ai du mal à dire, mais qu'il faut dire quand même. J'ai eu quelques épisodes d'automultilation, des moments où je me faisais du mal physiquement. Et ce qui me frappait à l'époque, et c'est ça qui m'a souvent interrogée, c'est que dans ces moments-là, j'avais presque un sentiment de contrôle. Comme si, en décidant moi-même de me faire du mal, je reprenais le contrôle, je reprenais quelque chose. Ce n'était plus les autres qui me faisaient souffrir, non. C'est moi qui choisissais. Quand ? Comment ? Et dans un monde où je ne maîtrisais rien, c'était bizarrement ma façon de reprendre un peu de pouvoir. Il y a eu autre chose, encore. J'ai besoin d'en parler, mais avec beaucoup de douceur. Pendant des années, ma mère... Avec toute la bienveillance, bien sûr, elle m'a répété que si j'étais comme si, si je réagissais comme ça, c'était forcément à cause du syndrome de l'abandon, du départ de mon père. Elle cherchait à m'aider, à mettre des mots sur ce qu'elle voyait, sur son interprétation de la situation. Sauf qu'à force de me le répéter, en fait, quelque chose s'est figé. Comme si je n'avais pas le droit d'avoir avancé, comme si je n'avais pas le droit d'avoir compris les choses à ma façon, et même d'avoir... même pardonner, comme si guérir aurait effacé une part de notre histoire commune. Et je dis ça, bien sûr, avec beaucoup d'amour avec elle, c'est nullement un reproche, c'est clairement un mécanisme très humain. On croit parfois aider quelqu'un en nommant sa blessure, alors que finalement on le maintient, sans le joie, dans ce rôle, dans ce personnage. La bienveillance même sincère peut parfois enfermer là où elle voudrait libérer. Et ça, ça vaut la peine d'en parler. Pas pour blesser, non, mais peut-être parce que d'autres peuvent s'y reconnaître. Il y a eu ce nouvel an, 2015, bien plus tard. Cette chambre fermée à clé, la violence, les mots. De toute façon, t'es qu'une merde, ta vie c'est de la merde. Et moi qui ris. Un rire nerveux, absurde, parce que clairement je ne savais pas quoi faire d'autre. Et cette image, de quitter enfin cette chambre, cet appartement, de redescendre, d'attendre. Il ne descendait pas, je remonte. Et là, je le retrouve entouré, consolé, comme si c'était moi la méchante, comme si je l'avais agressé. Et ce soir-là, quelque chose s'est confirmé dans un endroit très profond de moi. Quelque chose qui était sûrement là depuis très longtemps, mais cette nuit-là, c'est devenu encore plus ancré, plus profond. Je me suis peut-être dit qu'en fait, ce qui m'arrivait, c'était de ma faute. et que je méritais tout simplement de vivre tout ça. Et cette conviction-là, construite couche après couche depuis l'enfance, en fait je crois que c'est elle qui continue à parler dans mes choix d'adultes, dans l'alcool, dans les relations qui me faisaient du mal, dans cette façon de jamais me mettre en priorité. Et je pense que comprendre ça, ou en tout cas essayer de comprendre ça comme un puzzle, de relier les éléments, c'est le premier pas. vers la guérison, ou en tout cas le premier pas vers quelque chose de tellement mieux. Ne pas prendre soin de soi, la continuité de tout ça. Quand on a grandi avec cette conviction-là, même inconsciente, même jamais formulée, elle façonne tout finalement, absolument tout. La façon dont on se nourrit, dont on dort, dont on choisit ses relations, la façon dont on répond aux gens qui nous font du mal, et la façon dont on se déplace dans son propre corps. L'alcool, pour moi, c'était ça. Pas juste une habitude festive qui avait dérapé. C'était une façon de m'anesthésier. De ne pas rester seule avec ce que je ressentais. De combler quelque chose que je n'arrivais même pas à nommer. Et surtout, je crois que c'est là-dedans que ça se jouait vraiment. C'était une façon de ne pas avoir aussi à me regarder en face. Parce que se regarder en face, quand on ne s'aime pas vraiment, c'est super douloureux. C'est plus simple de mettre du bruit, de l'agitation, de l'ivresse, de remplir le silence avec n'importe quoi, plutôt que de rester là, dans le calme, dans le silence, avec soi-même. Et le sport, dans tout ça, pendant longtemps, même le sport avait cette fonction-là. Je l'ai dit dans l'épisode 5, je crois, que des fois, je courais pour compenser, pour acheter mes excès, pour avoir l'impression de contrôler quelque chose. Ce n'était clairement pas prendre soin de moi, non. C'était encore me punir d'une façon différente. La nuance, elle est là et elle est fondamentale. Il y a une façon de bouger qui ressemble à de la punition. Un entraînement pour brûler ce qu'on a mangé, une sortie pour mériter de se reposer après, un effort dicté par la culpabilité plutôt que par l'envie. Et il y a une façon de bouger qui ressemble à un soin, qui part d'un endroit différent, qui dit « mon corps mérite d'être bougé » . Pas parce qu'il a failli, non, mais parce qu'il est en vie. Ce basculement-là, de la punition au soin, c'est pas juste une question d'état d'esprit. C'est le reflet de quelque chose qui change dans le rapport avec soi-même. Et ça ne se décrète pas. Ça se construit, se déconstruit lentement, maladroitement, avec des rechutes et des reculons. Dans le prochain épisode, on va justement parler de comment on déconstruit tout ça, ou justement on le construit. Des clés concrètes, des exercices, des petits gestes. Pas pour tout résoudre d'un coup, mais pour commencer à agir. Comme si on méritait vraiment. Si pour l'instant, on a un peu du mal à y croire. Parce qu'on fait le travail de comprendre aujourd'hui. Et la semaine prochaine, on passe à comment on fait. Et souviens-toi, c'est pas la vitesse qui compte, c'est le mouvement.