Speaker #0Bonjour et bienvenue sur le podcast Le Yoga en Vous. Je suis Bérangère, professeure de yoga à Cranc et en ligne chez Béry Yoga. Ici, je vous propose des réflexions et des conseils pratiques pour intégrer le yoga à votre vie quotidienne, mieux comprendre ses bienfaits et vous reconnecter à vous-même avec bienveillance. Bonne écoute ! Hello et bienvenue dans ce nouvel épisode du Yoga en vous. Si tu as déjà pensé que ton corps était de travers en yoga, si tu t'es déjà dit que ta hanche ne faisait pas pareil d'un côté que de l'autre, que ton équilibre était bien meilleur d'un côté ou que quelque chose devait clocher chez toi, cet épisode est pour toi. En yoga, on parle beaucoup d'alignement, d'équilibre, de posture juste et parfois, sans qu'on s'en rende compte, on en finit par croire que le corps devrait être parfaitement symétrique. Que si ce n'est pas pareil à droite et à gauche, c'est qu'il y a un problème à corriger. Aujourd'hui, j'ai envie de remettre un peu de clarté là-dessus. Parce que non, le corps humain n'est pas conçu pour être parfaitement symétrique. Et surtout, ça ne l'empêche absolument pas de bien fonctionner. Alors, d'où vient cette obsession de la symétrie ? Si la symétrie est devenue une référence aussi forte en yoga, ce n'est pas un hasard. En fait, notre regard est très influencé par les images de yoga très esthétiques, par exemple celles qu'on peut voir sur les réseaux sociaux, les postures qui ont l'air parfaites, hyper équilibrées, et puis cette idée que bien pratiquer, ce serait placer son corps de la même façon à droite et à gauche. On finit par croire que si une posture n'est pas identique des deux côtés, c'est qu'elle n'est pas juste. Mais cette vision est avant tout visuelle justement. Elle est beaucoup moins reliée à ce que vit réellement le corps de l'intérieur. Et là j'ai envie de m'arrêter un instant sur un mot qu'on entend beaucoup en yoga, c'est l'alignement. Dans l'enseignement de BKS Ayangar, qui inspire beaucoup à ma propre manière d'enseigner, l'alignement est central, mais il est souvent mal compris. L'alignement ne vise pas à rendre la posture belle de l'extérieur et il ne vise pas non plus à faire entrer le corps dans une forme idéale. L'alignement, en fait, c'est la manière dont les différentes parties du corps se placent les unes par rapport aux autres pour équilibrer les forces et permettre au corps de fonctionner avec plus de stabilité et de légèreté. Autrement dit, l'alignement n'est pas une recherche de symétrie parfaite. C'est un idéal Oui, mais surtout une recherche. Une recherche du placement juste pour ce corps-là, aujourd'hui, dans cet état-là. Quand on explore l'alignement, on n'essaie pas d'effacer les différences entre la droite et la gauche. On essaie de sentir comment répartir les appuis, comment équilibrer les actions. Comment éviter de s'effondrer d'un côté ou de compenser de l'autre. En fait, il y a une confusion qui peut s'installer quand on confond L'alignement et la rigidité, l'équilibre et l'égalité, la conscience et le contrôle. Parce que le corps humain n'est pas un objet géométrique, c'est un organisme vivant, adaptatif, qui est marqué par son histoire, ses habitudes, parfois ses blessures. Donc quand on cherche l'alignement, on ne nie pas les asymétries. C'est au contraire une manière très fine de les rencontrer, de les observer et parfois de les rééquilibrer. sans jamais forcer le corps à rentrer dans un moule. On va voir maintenant ce que dit vraiment l'anatomie. A l'intérieur du corps, tout n'est déjà pas identique d'un côté et de l'autre. Le diaphragme par exemple, qui est le muscle principal de la respiration, il n'est pas symétrique. La coupole diaphragmatique droite est légèrement plus haute que la coupole diaphragmatique Ausha cause du foie. qui prend un peu plus de place à droite. Les poumons non plus n'ont pas le même volume. Le poumon droit a trois lobes, alors que le gauche en a seulement deux, car le cœur occupe l'emplacement du lobe moyen du poumon gauche. Et ça se voit au niveau du poids. Le poumon droit pèse environ 650 grammes, alors que le poumon gauche pèse à peu près 100 grammes de moins, 550 grammes. Donc la respiration peut être globalement équilibrée, mais elle peut ne pas être ressentie de façon strictement identique à droite et à gauche. Et cette asymétrie ne concerne pas seulement les organes, même le squelette n'est pas parfaitement symétrique. Le bassin, la cage thoracique, la colonne vertébrale présentent très souvent de peu de effets. petite différence entre la droite et la gauche. Et ce ne sont pas des défauts, mais des variations normales du corps humain. Donc à partir de là, le mouvement peut être fonctionnel sans être parfaitement symétrique. La sensation peut varier d'un côté à l'autre. Et la stabilité, elle se construit dans cette réalité-là, pas contre elle. Donc la symétrie, elle fait partie du fonctionnement normal du corps humain. On peut chercher de l'équilibre sans chercher l'asymétrie parfaite. Parce que le corps, il fonctionne avec des nuances, et pas avec des copiés collés. Et d'ailleurs, même quand on pratique depuis longtemps, les asymétries sont là. Je voudrais prendre mon exemple personnel. Quand j'ai fait mon bilan postural avec mes professeurs Kat Bélière et Serge Gatineau, j'ai moi-même vu des différences assez concrètes dans mon corps. Par exemple, mes muscles ischio-jambiers à gauche sont moins étirés que ceux de ma jambe droite. Et donc ça m'a permis d'adapter ma pratique en fonction de ça, de savoir que dans ma pratique personnelle je dois rester plus longtemps dans l'étirement des ischios jambiers gauche si je veux éviter que mon bassin vrille de ce côté-là pour compenser. Donc on a vu que l'asymétrie du corps humain était normale mais toutes les asymétries ne sont pas neutres et c'est là que la nuance est importante. elle peut devenir problématique. Donc il y a des asymétries naturelles et puis il y en a qui sont fonctionnelles, qui sont liées à nos habitudes du quotidien. Un exemple très fréquent, c'est ce qu'on appelle l'attitude scoliotique. L'attitude scoliotique, ce n'est pas une scoliose diagnostiquée, c'est plutôt une manière habituelle de se tenir. Par exemple, c'est ce qui se passe quand on s'effondre toujours du même côté quand on est debout. On fait ça aussi quand on porte le poids majoritairement sur une jambe ou quand on laisse un côté du bassin descendre. On peut aussi s'effondrer d'ailleurs toujours du même côté aussi quand on est assis, assise. Donc ce n'est pas quelque chose qu'on choisit. Souvent c'est des habitudes répétées ou ça peut être une adaptation du corps à la fatigue, au stress ou même parfois à une ancienne douleur. Le problème ce n'est pas l'asymétrie en soi, c'est le fait qu'elle devienne automatique parce que quand on s'effondre toujours du même côté, un côté travaille trop, l'autre se désengage, certaines zones se compriment, d'autres manquent de tonus, et à la longue, ça peut créer des douleurs lombaires, des tensions dans le dos ou les épaules, une sensation d'instabilité, une fatigue générale aussi. Et c'est là que le yoga devient un outil précieux. Pas pour redresser le corps de force, mais pour remettre de la conscience dans les appuis redonner du soutien là où ça s'effondre et réinviter le corps à se porter plus équitablement. Par exemple, ça va être très utile pour sentir notre poids bien réparti sur nos deux pieds, ressentir les deux côtés du bassin, habiter l'espace entre la droite et la gauche, tout ça sans chercher à être parfait mais présent, présente. Un autre exemple où l'asymétrie demande une vraie vigilance, c'est à nouveau un exemple personnel. que j'ai vécu et que je vis encore dans mon propre corps. Après une opération du cerveau en 2018, je me suis réveillée avec une vision double. Et ensuite, j'ai fait de la rééducation, de l'orthopsie, et j'ai eu aussi deux opérations des yeux. Mais malgré ça, aujourd'hui encore, ma vision reste double, notamment en bas, en face, et à droite. Donc ça a une conséquence très concrète. J'ai tendance à compenser, à pencher et tourner légèrement la tête vers la droite pour laisser plus de place à mon œil gauche qui est plus fort. Et donc ça influence aussi ma posture souvent sans que je m'en rende compte. Mais quand je me replace correctement, je réalise les tensions qui avaient été créées. Et donc pour moi, le travail en yoga, ce n'est pas de chercher une posture parfaite, mais d'être attentive, consciente, vigilante. pour éviter que ces compensations ne s'installent. Donc, on peut dire que le yoga ne nie pas les asymétries, il aide à repérer celles qui fatiguent le corps, et à redonner du soutien là où ça s'effondre. Et je voudrais continuer un peu sur ça, sur ce que le yoga peut réellement faire. Donc, il peut être réellement précieux pour nous aider à prendre conscience de ces compensations, à rééquilibrer les appuis, à redonner du soutien à ce qui s'effondre. et redonner de la mobilité à ceux qui se figent. L'idée, ce n'est pas de rendre les deux côtés identiques, mais c'est de permettre à ce que chacun de ses côtés fasse sa part du travail. Mais le yoga, en revanche, il ne va pas rendre ton corps parfaitement symétrique ou effacer toutes les différences entre la droite et la gauche. Et honnêtement, tant mieux, parce que le rôle du yoga, ce n'est pas de corriger un corps qui serait défectueux, ni de le faire rentrer dans un modèle idéal. Mais il est là pour aider le corps à mieux fonctionner avec son histoire, sa structure et ses particularités. Quand en cours, j'invite les élèves, quand ils sont debout, à bien répartir le poids du corps sur leurs deux talons. Ce n'est pas pour rendre le corps parfaitement symétrique dans une recherche d'esthétisme, mais c'est pour sortir d'un automatisme, redonner de la participation à un côté qui est souvent oublié, rééquilibrer l'engagement et mettre fin aux tensions et aux compensations. Je ne cherche pas la symétrie, je cherche l'équité. Chaque côté n'a pas besoin de la même chose, mais chaque côté a besoin d'être pris en compte. Et c'est pour ça que notre conscience a un rôle fondamental. Souvent, rien que le fait de sentir « Ah, je me tiens souvent comme ça, d'accord, je comprends mieux » , eh bien ça c'est déjà transformateur. Le yoga ralentit, il rend visible, il permet d'habiter le corps autrement. Et très souvent, quand la conscience revient, le corps s'organise beaucoup mieux sans qu'on force. En conclusion, je voudrais te rappeler que le yoga ne cherche pas à effacer les différences du corps. Il cherche à éviter qu'un côté fasse sous le travail pendant que l'autre disparaît. Et c'est ça l'équilibre. En yoga, on ne cherche pas la symétrie, on cherche à éviter les compensations. Et paradoxalement, c'est souvent quand on arrête de vouloir corriger à tout prix que l'équilibre devient plus stable et plus durable. Merci beaucoup pour ton écoute. Si tu as aimé cet épisode, pense à laisser un avis ou un commentaire sur ta plateforme d'écoute, notamment Spotify et Apple Podcasts. Tu n'imagines pas à quel point vraiment ça m'aide à être plus visible et ça m'encourage, ça me motive à continuer. Et si tu peux prendre quelques minutes pour faire ça, ça sera vraiment un super cadeau à me faire. Merci beaucoup. Et je te dis avec joie à la semaine prochaine. Bye !