Speaker #0Bonjour et bienvenue sur le podcast Le Yoga en Vous. Je suis Bérangère, professeure de yoga à Caen et en ligne chez Béré Yoga. Ici, je vous propose des réflexions et des conseils pratiques pour intégrer le yoga à votre vie quotidienne, mieux comprendre ses bienfaits, fait et vous reconnecter à vous-même avec bienveillance. Bonne écoute ! Hello et bienvenue dans ce nouvel épisode d'Yoga en vous. Écoute ton corps. Tu as probablement déjà entendu cette phrase, peut-être même que tu l'as dit régulièrement. En yoga, en tout cas, on l'entend beaucoup. Écoute ton corps, respecte tes sensations, ne va pas au-delà de tes limites, fais ce qui te fait du bien. Et évidemment, tout cela a du sens. Mais aujourd'hui, j'ai envie de te poser une question pour aller un petit peu plus loin. Et si écouter son corps ne suffisait pas ? Parce que je crois que cette phrase juste écoute ton corps, même si elle est juste, elle est aussi parfois incomplète. Et c'est quelque chose justement qui me tient beaucoup à cœur dans ma façon d'enseigner le yoga et que j'ai envie de partager avec toi. Alors avant toute chose, je ne suis absolument pas en train de dire qu'il ne faut pas écouter son corps, j'espère que tu l'as bien compris. Au contraire, je pense même que c'est l'une des choses les plus précieuses que le yoga puisse nous apprendre. Parce que dans notre quotidien, on est souvent très peu à l'écoute de ce qui se passe réellement dans notre corps. On enchaîne les choses, on travaille du matin au soir, on s'occupe des enfants, on va d'un point à un autre, on est dans le transport, on pense à ce qu'il faut faire ensuite. Parfois, on déjeune, on dîne devant des écrans, on passe des heures en position assise. Et puis un jour, on se rend compte qu'on a mal au dos ou qu'on serre les mâchoires ou qu'on hausse les épaules. qu'on a le diaphragme bloqué, qu'on a du mal à respirer ou qu'on est complètement tendu. Peut-être que le corps était en train déjà de nous parler depuis longtemps, mais on n'avait pas forcément appris à l'écouter. Et le yoga, il nous permet de revenir à ces sensations, il nous permet de sentir, de remarquer, de prendre conscience, de se dire comment est-ce que je respire ? Où est-ce que dans mon corps je ressens cette posture ? Est-ce que je suis confortable dans cette posture ou est-ce que je force ? Est-ce que quelque chose me demande de ralentir ? Et ça, cette écoute, elle est fondamentale, parce que ton corps t'envoie constamment des informations. Mais le problème, c'est que toutes les sensations ne sont pas forcément de bonnes indications sur ce qui est bon pour toi. Et c'est là que ça devient vraiment intéressant. On va voir ensemble que ce qui semble confortable n'est pas toujours ce qui est le plus juste. Je vais te donner un exemple simple. Imagine que tu es en position assise sur ta chaise. Tu es un peu fatigué, donc tu t'affaisses. Tu laisses en fait le haut de ton bassin partir vers l'arrière. Donc tu vas arrondir le dos, tu relâches les muscles. Et peut-être qu'immédiatement tu te dis, ah ça fait du bien. Je suis dans le fond de ma chaise, là je suis bien. Peut-être qu'effectivement sur le moment c'est agréable, ton corps se détend, tu as peut-être moins l'impression de faire un effort. Alors pourquoi ne pas rester comme ça ? Peut-être que c'est ce que tu te dis. Mais parce que le confort immédiat n'est pas nécessairement synonyme de bon placement. C'est comme dans la posture du bébé heureux, par exemple, ou de Hapanasana. Donc dans ces deux postures, tu es sur le dos, et puis tu vas ramener tes genoux vers la poitrine, et donc tu vas être dans une très grande flexion de hanche. Donc très souvent, on plaque le bas du dos au sol, notre dos s'arrondit, et en fait on se fait mal, même si sur le court terme, C'est agréable parce qu'on masse les muscles du bas du dos. Et ça, je l'observe aussi beaucoup dans mes cours. Par exemple, quand j'ajuste les élèves dans la posture de Tadasana, la montagne. La plupart du temps, je demande aux élèves de tirer légèrement le haut des cuisses vers l'arrière pour ramener le bassin à sa position physiologique et être en appui sur les talons. Et très souvent, les élèves qui ont l'habitude d'avoir les épinilliacs le haut du bassin vers l'arrière, donc de se placer en rétroversion, ont l'impression d'être tout à coup... penchés vers l'avant alors qu'ils sont juste bien alignés. Et donc parfois la réaction peut être « Ah c'est moins confortable, je me sens vraiment bizarre dans cette posture. » Et c'est justement là qu'il faut apprendre à faire la différence entre « Ce n'est pas confortable parce que je ne connais pas encore ce placement » et « Ce n'est pas confortable parce que mon corps me dit que quelque chose ne lui convient pas. » Ce sont deux informations très différentes. Et sans connaissance, ce n'est pas toujours facile de les distinguer. On va voir aussi qu'en yoga, on peut facilement confondre sensation et efficacité. Prenons une posture très connue, la pince debout, en sanscrit Uttanasana. Si tu te penches vers l'avant avec les jambes tendues, tu descends et tu as envie de toucher tes orteils, peut-être que le fait de toucher tes orteils pourrait ressembler pour toi à une posture réussie. Et là d'ailleurs, comme tu as les jambes tendues, tu vas ressentir beaucoup d'étirement à l'arrière des jambes. Peut-être que tu te dis du coup, je touche mes orteils, je sens aussi que ça s'étire à fond à l'arrière de mes jambes. Mais est-ce que le fait de ressentir beaucoup de choses signifie nécessairement que tu fais bien la posture ? Pas forcément, parce que dans cet exemple, peut-être que ton dos compense à fond. Peut-être que tu manques d'étirement dans les ischios jambiers, et que du coup, ton dos s'est beaucoup arrondi pour te permettre de quand même toucher tes orteils. mais à son détriment à lui, au détriment du dos. Donc la bonne façon de faire la posture aurait été non pas de descendre à tout prix vers le sol, mais d'utiliser la flexion de hanche en voyant à quel moment le dos commençait à s'arrondir et de s'arrêter juste avant. Donc parfois, descendre moins bas permet de mieux faire. Et c'est quelque chose que j'essaie énormément de transmettre dans mes cours. On n'est pas là pour faire la posture la plus impressionnante, mais on est là pour comprendre ce que notre corps est en train de faire. C'est aussi pour cette raison que j'utilise beaucoup les accessoires dans mes cours. Les cales par exemple. Les cales, c'est un peu plus long et moins épais qu'une brique de yoga. Et donc ces cales, je les utilise notamment pour mieux se placer en position assise. Ça permet notamment de bien respecter le creux lombaire physiologique et aussi toutes les courbures du dos. Mais peut-être qu'en utilisant des cales pour t'asseoir, tu as l'impression de faire moins bien. Mais pas du tout. En réalité, tu es en train de mieux placer ton corps et ça c'est vraiment important. Aller plus loin et utiliser moins d'accessoires, surtout c'est pas forcément faire mieux. Sentir plus de choses, c'est pas forcément faire mieux. Donc aller plus loin dans une posture, c'est pas forcément être plus juste. Et il y a une autre question aussi qui est encore un petit peu différente, qui est la question de la douleur. Parce que là aussi, il faut apprendre à faire la différence. Est-ce que je sens que mon corps travaille ? Est-ce que je ressens un effort, un étirement, quelque chose d'un peu inhabituel ? Ou alors, est-ce que je suis allée trop loin et j'ai mal ? Cette distinction, ce n'est pas non plus très évident. On peut parfois se dire, bon ça tire, mais c'est sûrement normal, ça travaille. que si ça tire, c'est ok, mais si ça fait mal, non. Une douleur n'est pas quelque chose qu'on doit accepter au nom de la pratique. Comment savoir du coup quand on peut continuer, quand on peut adapter, quand il vaut mieux arrêter ? C'est une question importante, je trouve, et qui mérite vraiment un épisode à elle seule. Donc je vais m'arrêter là pour aujourd'hui et je pourrai développer lors d'un prochain épisode. N'hésite pas à me dire d'ailleurs si ça t'intéresserait. Mais pour aujourd'hui, je veux que déjà tu retiennes ceci. Écouter son corps, ce n'est pas seulement remarquer ce qu'on ressent, c'est aussi apprendre à comprendre ce que cette sensation peut nous dire. Que faire de ces sensations ? Surtout pas arrêter de les écouter, mais plutôt écouter ces sensations, puis les interpréter. Parce qu'une sensation, c'est une information, ce n'est pas forcément une conclusion. Et ça change beaucoup de choses. Si tu ressens une tension dans une posture, tu peux te demander, qu'est-ce que cette tension me dit ? Où est-ce que je la ressens ? Est-ce que cette sensation, elle est attendue dans cette posture ? Est-ce que je suis en train de forcer ? Est-ce que cette sensation diminue si je change légèrement ma position ? Et ça, on passe du coup, si on fait ça, d'une écoute passive du corps à une véritable compréhension du corps. Et c'est dans cette dimension aussi que l'enseignement du yoga est particulièrement intéressant. Donc à mon sens, le rôle d'un enseignant, ce n'est pas seulement de te dire écoute. ton corps. Si je te dis simplement fais la posture comme tu la sens, je te laisse seule avec des informations que tu ne sais peut-être pas encore interpréter. Et ça, c'est pas très aidant. Mon rôle en tant qu'enseignante, c'est aussi de t'apporter des clés, de t'expliquer, de te montrer, de t'aider à observer, de te proposer un autre placement, de te faire expérimenter et surtout de te permettre de comprendre ce qui se passe dans ton corps. Parce que je ne veux pas que tu sois complètement dépendante de moi ou de n'importe quel prof de yoga. Je ne veux pas que tu aies besoin que je sois à tes côtés pour savoir si tu peux faire une posture. Au début, oui, on est d'accord. Pendant quelques années, oui. Mais avec le temps, j'aimerais que tu sois capable de faire tes propres choix et d'arriver à sentir une différence entre deux placements et de comprendre pourquoi une position te convient mieux qu'une autre. Voilà, donc ça c'est... C'est vraiment important mais ça demande du temps et ça demande à être accompagné. Je voulais te dire aussi que cette compréhension du corps, elle ne s'arrête pas au tapis. Et c'est probablement l'une des choses que j'aime le plus dans le yoga. Parce que ce que tu apprends sur ton tapis, ça peut ensuite t'accompagner partout. C'est une des choses d'ailleurs, je trouve, qui différencie le yoga des autres pratiques comme la gym, le pilates, etc. Parce que par exemple, tu es assise devant ton ordinateur. tu peux remarquer que tu es complètement affaissé. Tu vas en prendre conscience et tu peux du coup modifier légèrement ton bassin comme on fait dans les cours de yoga. Tu peux relâcher un peu tes épaules, respirer si tu observes que ta respiration est bloquée. Et ce qui est super, c'est que tu vas savoir pourquoi tu fais ces petits ajustements. Tu comprends ton corps. Et ça, c'est super puissant pour moi. Le but, c'est de développer aussi dans la vie de tous les jours une forme d'autonomie. Et j'aimerais en venir maintenant au yoga du visage. Et tu te demandes peut-être quel rapport il peut y avoir entre tout ça et le yoga du visage. Et en réalité, il y a un grand rapport. Parce que quand j'ai commencé à m'intéresser au visage, je me suis retrouvée face aux mêmes questions. On pourrait facilement réduire le yoga du visage à « fais tel mouvement, masse là, fais cette gestuelle, répète dix fois » . Mais ce qui m'intéresse beaucoup plus, c'est de t'aider à comprendre ce qui se passe dans ton visage. Parce que ton visage aussi accumule des tensions, on l'a vu dans l'épisode précédent. Tu peux serrer les mâchoires sans t'en rendre compte, contracter ton front quand tu te concentres, plisser les yeux, remonter les sourcils, etc. Parfois ces tensions sont tellement habituelles que tu ne les remarques même plus, jusqu'au moment où tu prends le temps de t'arrêter, de regarder, de sentir, et là tu te rends compte. Ah oui, en fait, je fais ça toute la journée. Mais là encore, sentir ça ne suffit pas toujours. Parce que tu peux ressentir une tension et avoir immédiatement envie de la détendre, de masser fort ou de détendre à tout prix. Mais en fait, ce que je voulais te dire, ce que je veux te dire, c'est que comprendre ce qui se passe dans ton corps, ça peut changer ton approche. Est-ce que ce muscle est réellement trop tendu ? Est-ce que tu serres les dents parce que tu es concentré ? Est-ce que tu crispes ton visage davantage quand tu regardes ton téléphone ? Est-ce que tu bloques ta respiration à certains moments de la journée ? Est-ce que tu as pris l'habitude de faire cette expression en utilisant certains muscles ? Quelles sont les expressions aussi que tu utilises le plus souvent au quotidien, que tu manifestes auprès des autres ? Et tout ça, c'est intéressant de l'observer. Parce qu'on ne cherche pas à aller contre son corps, on ne veut pas lutter contre son corps, on cherche à mieux le connaître. Donc finalement, peut-être que la question, ce n'est pas... est-ce que j'écoute mon corps mais est-ce que je comprends ce que mon corps me dit ? Ton corps, en effet, n'est pas un problème à résoudre. Il n'a pas besoin d'être corrigé en permanence. Il a besoin d'être observé, compris, respecté et parfois accompagné. C'est pour ça aussi que je ne crois pas à une pratique du yoga qui consisterait uniquement à reproduire des formes, des postures. Faire telle posture parce qu'on m'a dit de la faire, descendre plus bas parce que c'est plus spectaculaire, tenir plus longtemps parce que c'est plus difficile. Non, l'idée c'est plutôt de partir de son corps à soi, de son anatomie, de ses possibilités. Et en tant que prof de yoga, c'est partager suffisamment de connaissances, notamment en anatomie, en fonctionnement du corps humain, pour que l'élève puisse ensuite devenir autonome. Donc en conclusion, j'aimerais que tu retiennes de cet épisode qu'écouter ton corps, oui, il faut le faire, c'est vraiment important. Mais ne t'arrête pas là. Apprends à l'observer, apprends à le comprendre. Apprends aussi à faire la différence entre une sensation agréable, une sensation inhabituelle, une sensation d'effort. Essaye de voir ce qui fonctionne pour toi. Ton corps est le tien. Et plus tu le comprends, plus tu peux faire des choix qui lui correspondent, non seulement sur le tapis, mais aussi dans ta vie quotidienne. Donc la prochaine fois que tu entendras « Écoute ton corps » , J'espère que tu te diras, je vais écouter mon corps et je vais essayer de le comprendre. Et peut-être que tu pourras commencer une relation beaucoup plus intéressante avec ton corps qui sera faite de plus de curiosité que de jugement, de davantage de compréhension et moins de contrôle. Un peu plus de respect peut-être et moins de performance. Donc c'est toute cette philosophie que j'ai envie de transmettre dans mes cours de yoga du corps et du visage. Plus tu apprendras à connaître ton corps, à connaître ton visage, plus tu pourras en prendre soin avec justesse. Merci beaucoup pour ton écoute. J'espère que cet épisode t'a plu et je te retrouve très bientôt pour un nouvel épisode du Yoga en Vous. Bye !