Speaker #0Est-ce que tu as déjà dit avec un brin de fierté, « Moi, je suis créatif, j'ai pas besoin de structure, je fonctionne très bien dans le chaos. » Ou peut-être même que tu t'en es fait une identité, au point de confondre ton mode de fonctionnement avec qui tu es vraiment. Le problème, c'est pas que t'es créatif, c'est plutôt que tu utilises ta créativité comme bouclier pour éviter de regarder ce que ton chaos te coûte vraiment. Et aujourd'hui, on va démêler ça parce que la différence entre chaos et créativité, eh bien, ça change tout. Ton entreprise fonctionne, mais en coulisses, c'est le vacarme. Si tu avances à l'intuition, dans l'urgence et dans le bruit, alors cette émission est faite pour toi. Je suis Christian Généreux et j'aide les entrepreneurs débordés à retrouver cadence, clarté et direction. Ici, on transforme la cacophonie en vraie symphonie entrepreneuriale. Pas de recette magique, mais en reprenant la baguette, pour que tu deviennes toi aussi le chef d'orchestre de ton entreprise. Bienvenue à l'effet Crescendo. Il y a un mythe qui circule dans le monde... Entrepreneurial, en fait, il y en a plusieurs, mais il y en a un particulièrement qui est séduisant, qui est très bien habillé et qui sonne vrai parce que ça flatte. Ça flatte dans le bon sens du poil, comme on dit. Et ça survit depuis des décennies parce qu'on l'alimente sans même s'en rendre compte. Et c'est ce mythe-là que les meilleurs créateurs, les vrais entrepreneurs, ce sont des gens qui vivent dans le désordre. que la structure, c'est pour les gens qui sont ordinaires, ou les grandes entreprises, que les systèmes, bien, ça l'éteint l'inspiration, qu'un vrai visionnaire ne peut pas être enfermé dans une routine. Et on romantise le chaos. On en fait, en fait, une marque de génie, une preuve d'authenticité. Et beaucoup d'entrepreneurs... Ben, ils ont adopté, en fin de compte, ce narratif-là, cette histoire-là, parce que ça leur donnait une raison de ne pas se remettre en question. Et entre toi et moi, là, pis la boîte à bois, ce mythe-là, là, moi, je trouve que c'est très dangereux. Et c'est pas parce que c'est faux à 100%, mais c'est parce qu'il donne une permission. confortable de ne jamais changer, de rester dans le même désordre semaine après semaine, mois après mois, jour après jour, en se disant que c'est une force, alors que c'est une limite qui est déguisée en trait de caractère. Cet épisode, c'est pas une attaque contre la créativité. Je suis moi-même un créatif. C'est plutôt une invitation à la séparer de ce qui t'étouffe. Parce que le vrai ennemi de la créativité, ce n'est pas la structure, c'est l'épuisement, c'est le chaos non choisi qui absorbe toute l'énergie dont tu aurais besoin pour créer. Et je pense à un de mes clients que j'ai accompagné il y a quelques mois. C'est un gars qui est super créatif, vraiment. Il a des idées à revendre, ça sort de partout, il a un cerveau qui explose. C'est un talent indéniable. Puis, il avait vraiment... Il a construit sa réputation sur ça. Et sur son côté imprévisible aussi, ses pivots qui sont spontanés, son énergie explosive, il me ressemble un peu à ses barres. Mais ses clients, ils l'aimaient pour ça, vraiment. Mais ça, c'était au début. Parce que tranquillement, il y a quelque chose qui s'est mis comme un peu à craquer. Les délais, ça glissait, les suivis tombaient un peu pas mal beaucoup entre les craques. Et les collaborateurs passaient plus de temps à clarifier qu'à exécuter. Et mon client, lui, chaque fois qu'on en parlait, revenait toujours avec... Cette même réponse-là. C'est comme ça que je fonctionne. Je suis créatif. J'ai besoin de liberté. Puis là, à un moment donné, j'ai posé une petite question. Spring, spring, comme vous me connaissez. Une petite question, des fois, qui amène à une réflexion. Puis là... Je pose la question, est-ce que tu choisis ton propre chaos ou ben non, c'est le chaos qui te choisit ? Là, cricette C'est un long silence là. Parce que, dans le fond, il le savait. Il savait que son chaos, c'était pas de la liberté, mais c'était plutôt de l'évitement. L'évitement de se structurer. de se poser, de devenir le CEO de sa propre entreprise, de devenir son propre chef d'orchestre. Et tant qu'il gardait, en fin de compte, cette étiquette-là de créatif chaotique, il n'y avait pas vraiment à changer, il n'y avait pas besoin de grandir. L'identité, lui, servait de permission de rester exactement là où il était. On associe souvent le jazz à la liberté totale, à l'improvisation pure. Comme si les musiciens jouaient n'importe quoi, guidés par l'émotion du moment. Mais, petite nouvelle, c'est pas comme ça que ça marche. Un musicien de jazz, il maîtrise des centaines d'accords, des dizaines de gammes, des milliers d'heures et d'heures à pratiquer de rigueur et... Ce n'est pas malgré cette rigueur qui improvise librement. C'est grâce à elle. Sa liberté sur scène, ça repose entièrement sur la structure qu'il a intégrée. Sans cette base-là, ce n'est pas de l'improvisation. C'est du bruit. Et dans ton entreprise, c'est exactement pareil. Ton côté créatif a... besoin d'une structure pour pouvoir s'exprimer pleinement et surtout durablement. Parce que sans elle, ce n'est pas de la liberté, c'est de l'instabilité. Et le chaos, qu'on le veuille ou non, ça épuise énormément. Et je peux comprendre que tu as adopté cette identité-là, parce qu'elle est séduisante, bien entendu. mais aussi parce qu'elles te protègent. Parce que dans un monde qui valorise les gens qui ont l'air d'avoir tout sous contrôle, se définir comme un créatif et chaotique, par exemple, c'est presque une façon de se distinguer, de dire « moi, je ne suis pas le moule, je fonctionne autrement » . Mais si on est honnête, C'est aussi une façon de ne jamais avoir à se comparer à une norme. Parce que si ton chaos est ton identité, ben, t'as pas à te remettre en question. T'as pas à faire le travail inconfortable et t'as pas à devenir le chef d'orchestre de ton entreprise. C'est juste toi. Et les autres, ben, doivent s'adapter. Dans un sens, c'est vrai que tu es créatif, que tu vois les choses différentes, que ton cerveau fait des connexions que les autres ne font pas, et ça, c'est bien correct. Ces qualités-là sont vraiment réelles et elles ont beaucoup de valeur. Puis ça, je ne le remets pas en question. Mais la créativité et le chaos, ce n'est pas la même chose. L'un, c'est un talent, l'autre, c'est un mode. de fonctionnement. Et confondre les deux, ça peut te coûter cher. Autant en énergie, en crédibilité et en opportunité manquée. Et ça coûte aussi aux gens autour de toi qui essaient de te suivre et de bâtir avec toi à tes côtés. Donc, La vérité, c'est que le chaos, c'est pas une identité, c'est un symptôme. C'est le symptôme d'une entreprise qui n'a pas encore de vrai chef d'orchestre à sa tête. Être un bon chef d'entreprise, un bon chef d'orchestre de son entreprise, en fait, ça veut pas dire de devenir quelqu'un d'autre, ça veut pas dire non plus de prendre ta créativité et de la mettre dans un tiroir. Loin de là. Ça veut plutôt dire de cadrer... de créer un cadre dans lequel La créativité peut pleinement s'exprimer sans tout mettre à feu et à sang autour d'elle. Autrement dit, sans épuiser les gens qui travaillent avec toi et aussi sans laisser tes meilleures idées mourir en quelque part dans l'exécution. Un chef d'orchestre peut être le musicien le plus passionné de la salle, mais son rôle, ce n'est pas de jouer toutes les notes, c'est de créer les conditions pour que la musique existe dans toute sa beauté. Ton chaos, c'est pour ça qu'il te rend unique. C'est ta vision, ton énergie, ta façon de voir, c'est ça qui te rend unique. Le chaos, lui, il est en train de les étouffer. Lentement, silencieusement. Et il est temps de les séparer, une fois pour toutes. Comme je te l'ai dit un petit peu plus tôt, je suis moi-même un créatif et pendant longtemps, j'ai cru que mon chaos, en fin de compte, était ma créativité. Et je l'aurais défendu bec et ongle avec conviction si quelqu'un m'avait challengé là-dessus. Et je passais d'une idée à l'autre avec une facilité déconcertante. Et je démarrais des projets avec une énergie qui était complètement capotée, folle, une conviction. totale. Puis je voyais des connexions là, partout. Des opportunités d'à peu près dans tout. Et j'appelais ça de la vision, du dynamisme, de l'agilité entrepreneuriale. Je sais pas si tu te reconnais un petit peu là-dedans. Mais en vrai, c'était souvent de la dispersion. Je finissais rarement ce que je commençais. Je répondais aux urgences plutôt qu'à mes vraies priorités. Je confondais être occupé avec être efficace. Et je me racontais des histoires, des bobards, pour des gens qui nous écoutent de l'autre côté de l'Atlantique. Et c'était normal que les créatifs, ils sont comme ça, que la structure, c'est pour les gens qui manquent d'imagination, et que moi, j'avais besoin de liberté pour performer. Jusqu'au jour où j'ai regardé mes résultats en face. Pas mes intentions, pas mes idées, là. Mes résultats réels. Et ça m'a frappé parce que j'ai vu quelque chose d'assez difficile d'admettre. Mon chaos n'avait jamais vraiment produit ce que ma vision promettait. Donc, mes meilleures idées, ça m'a... mourait au feuilleton, dans le désordre de l'exécution. Parce que ce n'est pas parce que je manquais de talent, c'est parce que je n'avais jamais vraiment pris le temps de créer un cadre autour de ce talent-là. Puis ce jour-là, j'ai compris une chose assez, disons, assez inconfortable. Mon chaos, ce n'était pas ma force. C'était plutôt ma zone de confort, la place familière où je me sentais libre, mais où je n'avançais pas vraiment. Et c'est là qu'il y a une différence énorme entre se sentir libre et l'être vraiment. On croit souvent que la structure, ça nuit à la créativité. La vérité, c'est que c'est le chaos qui l'éclipse. Parce que quand tu fonctionnes dans le désordre, ton cerveau dépense une énergie considérable à gérer le bruit ambiant, à se souvenir de ce qui est en cours et à improviser des décisions réglées d'avance, à éteindre les feux qui n'auraient jamais dû être allumés. Et cette énergie-là, c'est exactement la même dont tu as besoin pour créer. Puis cette énergie-là n'est pas infinie. Le chaos, lui, va le consommer, par contre, en continu. Ce n'est pas un hasard si les artistes les plus prolifiques de l'histoire, en fin de compte, avaient des rituels fixes, des espaces dédiés. On peut parler de Beethoven, de Hemingway, de Maya, Angelou, je pourrais même dire Madonna entre autres, tous structurés dans leur façon de créer. Et ce n'est pas parce qu'il manquait nécessairement de spontanéité, c'est parce qu'il avait compris que la créativité a besoin, un, de calme et d'un espace mental dégagé, libéré. Donc, séparer ton identité de ton fonctionnement, ce n'est vraiment pas te trahir, c'est te libérer. C'est dire, je suis créatif. et structuré. Je suis visionnaire et fiable. Je suis le chef d'orchestre de mon entreprise. Et je lui donne les conditions pour que ma vision existe vraiment durablement. Donc, les petits signes que tu confonds chaos et créativité, ben... Tu décris ton désordre comme un style de travail plutôt qu'un problème à régler. Tu commences beaucoup de projets, mais tu n'en termines pas beaucoup. Tu as du mal à expliquer ta façon de travailler à quelqu'un d'autre, par exemple. Tes meilleures idées, ça meurt au feuilleton, souvent dans l'exécution. Et ce n'est pas faute de talent, c'est plutôt faute de cadre. Tu te sens créatif dans les débuts. Mais épuisé dans les suivis et les gens autour de toi, ils ont un petit peu du mal à planifier avec toi. Et finalement, tu as l'impression que de structurer, ça serait devenir quelqu'un que tu n'es pas. Alors, si tu te reconnais dans plusieurs de ces points-là, ce n'est pas ton identité qui pose problème. C'est la croyance plutôt que le chaos en fait partie. Alors, comment séparer l'identité du fonctionnement ? Premièrement, nomme ce qui est à toi et ce qui est juste un mode de fonctionnement. Donc, prends une feuille et trace une ligne en plein milieu. D'un côté, écris tes vraies forces créatives. Donc, vision, énergie, originalité, tout le tralala. Donc, vraiment là. Ce qui sont tes forces créatives, ta façon unique de voir les problèmes, ça c'est toi. C'est ce que tu protèges. De l'autre côté, dans l'autre colonne, écris ce que tu appelles ta façon d'être, mais qui te coûte. Donc un exemple, ton désordre, tes retards, tes suivis manqués, des projets jamais terminés. Et ce qui est dans cette colonne-là, c'est pas toi. C'est ce qu'on va changer. Donc ça, c'est la première étape. La deuxième, choisis un seul cadre à installer cette semaine. Pas deux, pas trois, pas huit, un seul. Pas une refonte totale, juste un seul cadre et qui est applicable dès demain. Donc un exemple, un bloc de temps fixe chaque matin. Un outil de suivi qui est ouvert chaque soir, par exemple. Une règle simple, rien de compliqué. Avant de dire oui à quelque chose de nouveau, je termine ce qui est en cours. Et l'objectif, c'est de donner à ta spontanéité un terrain stable, un carré de sable sur lequel tu vas pouvoir t'exprimer. Après ça, observe ce cadre-là. Qu'est-ce que ça libère ? Dans une semaine, pose-toi honnêtement la question. Est-ce que ce cadre-là a étouffé ma créativité ou ça lui a donné plutôt de l'espace ? Et tu vas voir que la réponse va vraiment te surprendre. Parce que la structure, quand elle est bien posée, ça ne ressemble pas à une cage. Ça ressemble plutôt à une scène. À une scène... qui est solide, où on peut vraiment jouer. Tu vois la différence ? Alors, cette semaine, une seule chose, et j'aimerais vraiment que tu le fasses, vraiment. Prends le comportement chaotique qui te coûte le plus présentement et celui, en fin de compte, que tu justifies le plus facilement par « c'est comme ça que je suis » . C'est comme ça que je suis. Donc, en conclusion de cet épisode, rappelle-toi que le chaos, ce n'est pas ce qui te rend créatif. Ta vision te rend créatif. Ton énergie, ta façon de faire des connexions avec d'autres personnes, ta personnalité, ça, c'est ta créativité. Ta capacité à voir ce qui n'existe pas encore et à vouloir le créer, ça, c'est ta créativité. Le chaos, lui, c'est du bruit qui empêche tout ça de s'entendre vraiment. C'est ce qui empêche ta vision d'atterrir, qui, ça épuise les gens qui veulent te suivre et ça transforme ton énergie créative en énergie de survie. Et le jour où tu vas faire la paix avec cette idée-là, le jour où tu vas accepter que te structurer, c'est pas de trahir qui tu es, mais c'est plutôt de créer des conditions pour que tu... t'exprime pleinement. Et ce jour-là, quelque chose va changer en profondeur. Tu vas passer de créatif désorganisé à un chef d'orchestre d'une entreprise symphonique. De visionnaire épuisé à un chef d'orchestre aligné. De quelqu'un qui improvise dans le chaos à quelqu'un qui compose. Avec intention. Parce qu'un orchestre qui joue juste, ça commence toujours par un chef qui s'est lâché la baguette au bon moment. Et surtout, qui fait assez confiance à sa partition pour ne pas avoir à tout contrôler.