Speaker #0Tu sais, on admire souvent les leaders qui tiennent tout. Ceux qui décident vite, rapidement. Ceux qui voient tout, qui contrôlent tout. Mais quand tu tends l'oreille, derrière ce contrôle-là, il y a parfois du bruit. Un bruit qui est intérieur, un chaos qu'on essaie de couvrir en jouant plus fort. Ton entreprise fonctionne, mais en coulisses... c'est le vacarme. Si tu avances à l'intuition, dans l'urgence et dans le bruit, alors cette émission est faite pour toi. Je suis Christian Généreux et j'aide les entrepreneurs débordés à retrouver cadence, clarté et direction. Ici, on transforme la cacophonie en vraie symphonie entrepreneuriale. Pas de recette magique, mais en reprenant la baguette pour que tu deviennes toi aussi le chef d'orchestre de ton entreprise. Bienvenue à l'effet crescendo. Tu dois sûrement reconnaître un peu cette posture-là, celle de quand on dit de toi, par exemple, que tu es solide, que tu es super structuré, que tu es fiable. En fait, les gens viennent vers toi pour valider, pour ajuster, pour trancher parfois. Et tu es comme la référence. Et au fond, c'est certain que ça rassure. Parce que ça confirme que tu es nécessaire. C'est très bon ça aussi pour l'ego, c'est clair. Parce que tu te sens important, tu te sens central. Mais laisse-moi te poser une petite question qui pourrait être un petit peu inconfortable. Quand tout passe par toi, est-ce que c'est parce que tu es un bon leader ou est-ce que c'est parce que tu ne supportes pas l'idée que ça se fasse sans toi ? Il y a une forme de leadership qui ressemble à de la maîtrise, mais en réalité, c'est plutôt une tentative de stabiliser un chaos interne, un faux solo, un solo qui est constant, un solo qui ne laisse pas respirer l'ensemble. Et ce n'est pas nécessairement conscient, mais c'est subtil. Et ça se glisse. Surtout dans les détails. Et dans les corrections rapides aussi, tu vas le voir. Tu vas le voir aussi dans les validations juste pour être sûr, comme on dit très souvent. Ou dans les reformulations de type par souci de qualité. Mais à force de tout le temps tout vérifier, tu deviens le système. Et un système qui dépend d'une seule personne. Bien, ce n'est pas stable. C'est plutôt tendu. Et cette tension-là, eh bien, ça se ressent. Et cet épisode-ci, ce n'est pas là pour te retirer ton leadership. Il est surtout là pour montrer, en fin de compte, où il se déforme. Et il y a quelques mois, moi, j'ai accompagné un entrepreneur qui est quand même connu. Il est super charismatique, il est clair, il est brillant. Son entreprise, ça roule. Les résultats, bien sûr, c'était là. L'équipe était vraiment compétente, mais il n'y a rien qui avançait sans lui. Chaque décision revenait tout le temps à son bureau. Chaque projet attendait son approbation. Chaque initiative était tout le temps ajustée. Puis là, il disait, c'est ça qu'il me racontait, il disait, ben c'est parce que je veux garder le cap. Et c'est tout à fait vrai. Mais ce qu'il ne voyait pas, c'est que son besoin de garder ce cap-là empêchait les autres d'apprendre à naviguer. Et à un moment donné, j'ai posé la question toute simple. J'ai demandé, mais... qu'est-ce qui arriverait si t'étais pas là pendant un mois ? Là, il a un petit sourire en coin, mais un petit sourire rapide, tu sais. Puis là, il y a eu quand même un long silence parce qu'il a fallu qu'il réfléchisse. Puis là, il dit, je pense que ça fonctionnerait, mais moins bien. Puis là, bien moi, j'ai répondu à ce moment-là, je me souviendrai toujours. Et, ou peut-être... Autrement, il y a plusieurs chemins qui mènent à Rome. Puis là, on dirait qu'il a comme compris que ce n'était pas la performance qui le protégeait nécessairement. C'était sa place. Sa place à lui. Sa valeur. Son rôle central. Et ça, c'est pas mal du chaos interne. C'est pas... Ce n'est pas un enjeu stratégique. C'est un enjeu identitaire. Imagine un chanteur, une voix puissante, une présence très magnétique. Il chante très, très fort. Il prend vraiment toute la scène. Mais si les musiciens baissent le volume, ce n'est plus une harmonie. C'est une... démonstration. La musique, elle, elle vit dans l'équilibre, dans l'écoute, dans les respirations. Le faux solo du contrôle, c'est quand tu montes le volume pour ne pas entendre tes propres doutes. Si tu te reconnais un peu dans ça, c'est pas parce que tu es nécessairement autoritaire. C'est peut-être parce que tu as déjà vécu l'instabilité. Peut-être que tu as dû compenser des erreurs. Peut-être que tu as porté trop longtemps. Peut-être que tu as appris que si tu ne surveillais pas, ça prendrait une dérape. Alors, tu t'es dit, tu as décidé de ne plus jamais lâcher le morceau. Mais lentement, ce contrôle-là est devenu une preuve d'engagement, sauf que parfois, ce n'est qu'une peur qui recherche à rester invisible. La vérité, c'est que le contrôle donne une sensation de sécurité. Mais ça bloque la maturité collective. Parce qu'un leader qui valide tout, ça crée une équipe qui attend tout. Et une équipe qui attend tout, arrête de réfléchir, arrête de penser. Et regarde un peu ton chaos interne. Ce n'est pas de te juger. C'est d'accepter que certaines de tes interventions ne sont pas nécessaires. Oui, c'est rassurant, c'est clair. Mais c'est rassurant pour qui ? Pour toi. Elles ne servent pas nécessairement la vision. Et sache que le leadership, ça ne se mesure pas à la quantité de décision que tu prends. Ça se mesure à la stabilité que tu installes. Un chef d'orchestre, ça ne joue pas de chacun des instruments. Ça ne corrige pas chaque note. Il va plutôt créer un cadre, il va donner un rythme, puis... il va laisser l'orchestre respirer. Parce que s'il devait jouer à la place de chacun, l'orchestre deviendrait comme pas mal dépendant. Et la musique, bien entendu, perdrait de toute sa puissance. Donc, plus que tu contrôles, plus que tu ralentis, plus que tu interviens, plus tu épuises. Plus tu te rends indispensable, moins ton système est solide. Et je vais te dire un petit quelque chose. Je pensais que mon exigence était une force. Et je relisais tout, je reformulais tout, et je corrigeais des détails souvent invisibles. Je croyais que je protégeais, je croyais fermement que je protégeais la qualité. Mais en réalité, je protégeais plutôt mon identité. Parce que j'avais peur qu'on fasse différemment. J'avais peur qu'on réussisse sans moi. J'avais peur qu'on voit mes angles morts. Alors, j'intervenais tout le temps. Je disais que c'était ça du leadership. Un jour, il y a quelqu'un qui me dit... C'est quelqu'un qui a été un mentor pour moi, particulièrement en politique. Il dit « Tu veux diriger ou tu veux rester indispensable ? » Puis cette question-là, elle m'a vraiment rentré dedans, elle m'a dérangé, parce que j'ai compris que je confondais les deux. Et le jour où j'ai laissé une décision se prendre sans moi, oui, j'ai senti un espèce de vide, un inconfort, là, pas mal physique, disons. C'était l'envie, j'avais toujours, évidemment, cette envie-là de reprendre, et j'ai pris la décision de ne pas le faire. Et tu sais quoi ? Il n'y a absolument rien qui s'est effondré. Rien. Mais moi, par contre, j'ai complètement changé. Parce que j'ai compris que je pouvais exister sans être au centre de chacun des mouvements. Et c'est là que le vrai leadership a commencé. Le faux leadership laisse des traces visibles. Parce que tu es constamment fatigué, épuisé. Les décisions s'accumulent sur le bureau. Ton équipe... hésite toujours sans qu'il y ait de validation. Tu ressens aussi toujours une pression constante en tout temps. Et le vrai leadership, lui, il va se reconnaître autrement. Premièrement, les décisions circulent. Les erreurs deviennent plutôt des apprentissages. Et la vision tient même pendant que tu n'es pas là, pendant ton absence. Et si tout repose sur toi, ce n'est pas forcément une preuve de puissance. C'est peut-être un signal. Un signal que ton identité est trop liée à ton utilité. Et ça, ça mérite d'être vu avec honnêteté. Alors, avec honnêteté. Observe et note les endroits où tu interviens automatiquement, systématiquement. Après ça, distingue est-ce que c'est une question de compétence ou est-ce une question de confiance. Après ça, tu peux cadrer, donc clarifie l'intention, donne les critères. Explique le pourquoi et retire-toi légèrement. Laisse de l'espace et surtout tolère l'inconfort. Le silence, c'est pas un danger, c'est plutôt un passage. Alors cette semaine, choisis une seule zone, un seul dossier, un seul processus. Pas 18, juste 1. Et décide consciemment de ne pas le reprendre en main. Plutôt, accompagne, observe et écoute ce qui monte en toi. Parce que c'est là, à ce moment-là, que ton chaos interne, le faux solo du contrôle, c'est extrêmement séduisant. Parce que ça te donne une place centrale, ça nourrit ton importance, ça nourrit ton égo. Mais un leader indispensable, c'est un leader prisonnier. Et quand on est en affaire, quand on se lance en affaire, c'est d'abord et avant tout pour se donner une certaine liberté. Alors tu vois comment c'est contradictoire. Donc, oui, regarder son chaos interne, ça demande du courage. Je suis d'accord, ça demande aussi de l'honnêteté. Parce que ça touche à ton identité. Mais c'est aussi le début d'un autre niveau, de passer à un prochain niveau. À un niveau où tu n'as plus besoin de jouer plus fort. Un niveau où ta présence ne sert pas à compenser. C'est un niveau où ton système tient, même quand tu recules d'un pas. Et la semaine prochaine, on va faire ce passage-là. On va quitter la confrontation intérieure pour entrer dans la structuration consciente. On va vraiment parler de ce moment précis où tu comprends que travailler fort... n'est plus suffisant ou d'exécuter parfaitement ne fait plus grandir non plus ton entreprise. On va plutôt légitimer la structuration. On va parler de passage d'exécutant à chef d'orchestre d'entreprise. Et on va travailler, on va passer en fin de compte. Du travail dans l'entreprise au travail sur l'entreprise. Parce qu'une fois que tu as vu ton faux solo, en fin de compte, tu peux enfin construire une direction. Pas nécessairement une performance, une direction. Et c'est là que le leadership devient. Mathieu