Speaker #0Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode du Journal d'une agoraphobe. Pour ceux qui me découvrent, dans ce podcast, je partage mon parcours d'ancienne agoraphobe. Je ne suis ni médecin ni thérapeute, mais si mon humble expérience peut offrir quelques pistes à certains d'entre vous et contribuer à libérer la parole sur un sujet qui stigmatise encore trop de personnes, eh bien, mission accomplie. Alors, dans le dernier épisode, je vous parlais de mon protocole de TCC, les thérapies cognitives et comportementales. Je faisais mes exercices d'exposition, oui, mais en réalité, l'évitement était toujours là, bien planqué, et je ne m'en rendais pas compte du tout. Concrètement, je sortais de la maison, ça c'était réel. Mais, ce que je n'avais pas vu, c'est que même pour quelque chose d'aussi banal qu'aller jeter la poubelle, j'avais mis en place tout un rituel. Et ce rituel, il tournait autour d'une seule chose, mon téléphone, qui était pour moi un moyen d'appeler au secours, au cas où. Il fallait absolument que mon téléphone soit chargé à 100%. Pour aller jeter de la poubelle à deux minutes à pied de chez moi, je pouvais attendre plus d'une demi-heure. Vive la spontanéité, hein ? C'est ma psy qui a mis le doigt dessus. Et là, tout s'est éclairé. En fait, ma peur, ce n'était pas vraiment de sortir, c'était de sortir seule. Et le téléphone, inconsciemment, c'était ma façon de ne pas l'être. Avec lui, je pouvais appeler au secours si j'avais un malaise. Et pour m'assurer qu'il soit toujours là, toujours disponible, toujours chargé, j'avais construit tout un rituel. Vérifier la batterie, vérifier qu'il était bien dans ma poche, vérifier encore. Sauf qu'en faisant ça, je continuais à nourrir ma phobie. Je la nourrissais sans m'en rendre compte. Donc, ma psy m'a proposé un nouveau type d'exercice. Pas de l'exposition, cette fois. De l'auto-observation. Oui, vous avez bien entendu. J'avais passé des mois à faire des exercices d'exposition sans réaliser que j'avais construit des rituels autour de ces exercices. Alors, maintenant, l'objectif, c'était d'apprendre à les repérer. à distinguer ce que je faisais naturellement de ce que je faisais dans le cadre d'un rituel. Et une fois le rituel repéré, que se passe-t-il ? Il faut en fait comprendre. Pourquoi je l'ai mis en place ? Quel besoin il vient combler ? Quelle angoisse il vient cacher ? C'était presque un travail à temps complet. À chaque observation, je devais tout noter dans un carnet. Je vous donne un exemple concret. Je dois aller jeter la poubelle. Je cherche mon téléphone. Soyons honnêtes. il n'est jamais très loin. Je le trouve. Premier réflexe, je vérifie la batterie. 82%. Une drôle de sensation m'envahit. Et sans même réfléchir, je le mets à charger. Et là, je me souviens de ce que m'a dit ma psy. Je m'arrête, je m'assieds, je me pose des questions. C'est quoi cette sensation que j'ai ressentie en voyant 82% ? Je sais très bien qu'avec 82%, j'ai largement de quoi faire l'aller-retour jusqu'au local à poubelle. Alors... Pourquoi est-ce que je me sens obligée d'attendre les 100% ? Qu'est-ce qui se passerait si j'y allais maintenant ? De quoi est-ce que j'ai vraiment peur ? Je suis à peu près certaine que certains d'entre vous se reconnaissent dans ces questions. Je note tout dans un carnet, les questions et les réponses que je suis capable d'apporter sur le moment. Et c'est comme ça que j'ai commencé à comprendre des choses sur mon mode de fonctionnement. Sur moi, parce qu'en fait... C'est seulement en décortiquant tout ça qu'on peut vraiment avancer. On parlait donc régulièrement avec ma psy de mes notes. Elle me posait des questions que je ne m'étais jamais posées et me donnait des pistes. Elle m'aidait à comprendre. Jusqu'au jour où, lors d'une séance, elle m'annonce qu'on lui a proposé un poste en institution et qu'à partir de son entrée en fonction, elle fermait son cabinet. Elle ne recevrait donc plus de patient. Sur le moment, je n'ai pas vraiment pris la mesure de la chose, mais... Quand ça m'a frappé, ça m'a fait l'effet d'une douche froide. Ça m'était déjà arrivé une fois avec une hypnothérapeute en qui j'avais confiance. Au bout de deux séances, qui m'avaient vraiment fait du bien, je reçois un texto m'annonçant son déménagement. Mais là, c'était différent. Ce n'était pas deux séances, c'était des dizaines. Une véritable alliance thérapeutique s'était construite. Une relation de confiance totale. Et là, je me retrouvais à me demander... Est-ce que je vais devoir tout recommencer à zéro ? Alors, comment ça se passe quand le psy en qui vous avez confiance ne peut plus vous suivre ? Honnêtement, il n'y a pas vraiment de plan B. Elle n'a pas été en mesure de me proposer à un autre praticien, de faire suivre mon dossier. Je me retrouvais là, un peu les mains vides, à devoir tout recommencer. Raconter à nouveau mon histoire, mon parcours, ça me semblait être une montagne. Et ça, c'est quelque chose que je trouve vraiment plus compliqué avec la santé mentale qu'avec la santé physique. Un dossier médical, ça se transmet. Quand un généraliste part, un autre le remplace et le dossier suit. Mais là... Son cabinet fermait, il n'y avait pas de reprise. Et mon dossier, lui, restait lettre morte. D'ailleurs, et cette question m'est revenue bien plus tard, qu'est-ce qu'elle en a fait de ce dossier ? Est-ce qu'il y avait même vraiment un dossier ? Je ne l'ai jamais vu prendre de notes pendant nos séances. Peut-être qu'il n'y avait rien à transmettre. Mais quand même, même sans dossier, pourquoi ne pas me proposer un autre praticien ? Pourquoi ne pas appeler un confrère ? lui résumer mon cas, faciliter cette transition, passer le relais quoi. Juste ne pas me laisser là sans rien. Bref, vous l'avez compris, c'était un peu la merde. Je me sentais totalement désarmée. Bon, je ne veux pas vous inquiéter et finir sur une note aussi négative, alors voilà quand même une petite touche positive. Il me restait mon psychiatre, que je voyais une fois tous les 3 mois, 15 minutes pour le renouvellement de mon ordonnance de Sertraline. l'antidépresseur que je prenais à l'époque. Ce n'était pas grand-chose, mais c'était quelque chose. Une sorte de béquille. Dans le prochain épisode, nous verrons donc comment je me suis débrouillée pour avancer sans psy. Mais voilà pour aujourd'hui. Si cette histoire vous parle, si vous vous êtes reconnus même un tout petit peu, dites-le-moi. Un commentaire, une note, un abonnement à ce podcast, ça aide vraiment et ça donne vie à ce projet. Ce podcast est aussi le votre. vos retours, vos messages, vos histoires me nourrissent et me donnent envie de continuer. Et cet épisode m'a également donné envie de vous poser une question. Une question pour les psychologues qui m'écoutent. Comment constituez-vous les dossiers de vos patients ? Et que faites-vous de ces dossiers quand le suivi se termine ? Répondez-moi en commentaire. Je lis tout. Et vos témoignages comptent vraiment pour moi. A très vite pour la suite du journal de l'agoraphobe.