Speaker #0Bonjour, je suis ravie de vous retrouver pour ce deuxième épisode du journal d'une agoraphobe. Un podcast pour vous, anxieux, accompagnant d'anxieux, et mesdames, messieurs, les psychologues ou psychologues en devenir. Je témoigne pour vous de mon expérience d'ancienne agoraphobe. En témoignant, j'espère vous faire bénéficier de l'expérience de quelqu'un qui a essuyé un certain nombre de plâtres. Genre, les relations avec le corps médical, les relations avec le corps paramédical. Je ne prétends pas du tout soigner. Ce n'est ni ma formation, ni mon métier. J'espère juste que mon humble expérience apporte d'une part quelques pistes pour un certain nombre d'entre vous et qu'elle contribue à une certaine libération de la parole sur un sujet. qui stigmatise bien trop de personnes. La semaine dernière, je vous ai présenté ce podcast. Le sujet, l'objectif, comment il a été créé, à qui il s'adresse. Si vous avez raté cette présentation, je vous invite à écouter ce premier épisode. Pour faire simple, je vais mettre le lien vers ce premier épisode dans les notes de l'épisode. Cette semaine, on va parler de map. première grosse attaque de panique, celle qui m'a enfin fait prendre conscience qu'il y avait un problème. Un début d'après-midi, un dimanche d'août ensoleillé, tout va bien en apparence. Je suis contente, c'est le week-end, il fait beau, je m'apprête à passer l'après-midi en ville avec un ami d'enfance que je n'ai pas vu depuis longtemps. Je me prépare en musique et en dansant. C'est dans la joie et dans la bonne humeur que je rejoins l'arrêt de bus. Mais plus je m'approche de l'arrêt de bus, et plus je sens un malaise indescriptible monter en moi. J'arrive à l'arrêt de bus. Quelque chose, mais je ne sais pas quoi, m'empêche de monter dans ce bus. Je fais donc demi-tour et je rentre chez moi. J'appelle l'ami que je devais voir et on décide finalement qu'ils viennent à la maison au lieu de passer l'après-midi en ville, comme si tout était normal. Je ne me pose aucune question sur le fait que, quand même, j'ai été dans l'incapacité de prendre un bus. Durant l'après-midi, on n'en parle même pas, d'ailleurs. Ce dimanche, c'est le bus que je ne prends pas. Mais avant le bus, il y a eu l'anniversaire de Sandrine, auquel je n'ai pas... pas assisté. Cette fois, c'est le retour en voiture de nuit qui m'inquiétait. Cet anniversaire était prévu depuis au moins un mois. Pendant un mois, ce retour en voiture m'obsédait un peu. Je suis certaine que les anxieux comprennent très bien ce que je suis en train de dire. Cette manière que nous avons de ruminer en boucle quelque chose. Le jour J, l'idée de ce retour à... commençait à me rendre vraiment anxieuse. À tel point qu'au dernier moment, j'ai trouvé un prétexte bidon pour ne pas y aller. Et puis il y a eu la fois où je devais aller faire les courses. L'éventualité qu'il puisse pleuvoir a commencé à me trotter dans la tête. Conduire sous la pluie, c'est dangereux. Conduire sous la pluie, c'est dangereux. Conduire sous la pluie, c'est dangereux. Ça tournait en boucle dans ma tête. Alors que ça fait des années que je conduis sous la pluie, ça fait également des décennies que tout le monde conduit sous la pluie, raison pour laquelle les essuie-glaces existent. Mais bon, ce jour-là, gros point de résistance sur le fait de conduire sous la pluie, sans suspense. J'ai opté pour la stratégie d'évitement et je ne suis pas allée faire les courses. J'ai finalement décidé que conduire sous la pluie n'était pas très raisonnable. Force est de constater que le problème était sous mon nez depuis un certain temps, mais je n'avais pas en ma possession la connaissance ni les outils pour en prendre conscience et comprendre ce qui était en train de se passer, ce qui était en train de m'arriver progressivement. Au passage, c'est la raison pour laquelle je crée ce podcast, s'il peut permettre ne serait-ce qu'à une personne de prendre conscience d'un problème avant que ce dernier ne prend. des proportions énormes parce que c'est le nœud du schmilblick. On met en place une stratégie d'évitement puis une autre stratégie d'évitement puis une autre stratégie d'évitement. Sans s'en rendre compte. Et puis un dimanche d'août, on prend conscience qu'on a construit, sans s'en apercevoir, une prison avec des barreaux énormes. Sans vouloir être vulgaire, vous savez ce qu'on dit. L'autruche, elle a la tête dans le sable, mais les fesses à l'air. Revenons à ce fameux dimanche d'août. Début de soirée, j'ai passé une bonne journée. Mon ami, que je n'avais pas vu depuis longtemps, rentre chez lui et je décide, en pleine forme, de faire ma bonne action de la semaine. Je rassemble donc tous mes emballages plastiques et cartons et c'est parti pour le tri sélectif. Statistiquement, heureuse et en pleine forme, 20 secondes avant que cette attaque de panique ne me prenne, les chances qu'elles se produisent étaient de zéro. Et pourtant, un énorme sac dans chaque main, je m'approche. proche de mon portail. Et là, je ne comprends pas ce qui se passe. Je comprends juste que le franchissement de ce portail qui était jusqu'à présent une simple formalité, aujourd'hui n'en est pas une. Devant ce mètre carré de fer forgé, mes deux sacs poubelle dans les mains, je suis tétanisé. Une seule chose me traverse l'esprit et tourne en boucle dans ma tête. Je ne peux pas. Je ne peux pas. Mon corps entier est en mode off. Mon cerveau aussi. Je ne bouge pas. Fixant ce portail y constitue pour moi une limite infranchissable. Je ne sais pas combien de temps ça a duré. Une sorte de clivage s'est opérée en moi. Est-ce moi ? Est-ce une personne qui observe la scène ? Parce qu'en fait c'est ça. J'ai l'impression que ce n'est pas moi. Ou que c'est moi en train d'observer cette scène. Jusqu'à ce qu'une crise de larmes me ramène à la réalité et que d'un coup d'un seul, je me rends compte que je suis envahie par des sensations qui m'étaient inconnues jusqu'alors. Incapable de surmonter cet état, je recule mes sacs poubelle toujours fermement serrés, je me précipite vers la sécurité de mon appartement. Je ne comprends vraiment pas ce qui est en train de m'arriver. De manière totalement... incontrôlable, mes larmes n'arrêtent pas de couler. Je n'ai aucune véritable raison de pleurer, mais je pleure, je tremble, je suffoque. C'est le début d'un long parcours auquel je n'étais pas du tout préparée. Pendant les cinq ans qui ont suivi cette crise, la simple idée de sortir de chez moi, non accompagnée, m'oppressait. Mes seules raisons ? se limiter à mon domicile et à mon lieu de travail. Et le psychologue ? J'ai failli oublier le psychologue. Je n'ai jamais été traumatisée par le fait d'éviter d'aller à un anniversaire ou d'aller faire des courses. Par contre, cet épisode avec mon recyclage de carton et de plastique m'a bien traumatisée. Pourquoi ? Eh bien parce que c'était violent. Violent physiquement, violent mentalement. assez violent et traumatisant pour que je décide d'avoir peur de revivre cela. Le seul moyen pour moi de ne pas revivre cela est d'éviter de sortir de chez moi. Est-ce que vous voyez où est le problème ? Si j'avais fait attention au signe avant-coureur, certainement que rien de tout cela ne se serait passé. Mais au lieu de ça, je n'ai rien vu venir. De toutes les façons, comment ? voir venir un truc pareil si on n'est même pas au courant que cela existe. Voilà pourquoi je souhaite témoigner. Aujourd'hui, vous me direz que c'est des sujets sur lesquels il y a un peu moins de tabous, grâce ou à cause par exemple du burn-out. Et oui, l'augmentation du nombre reconnu de cas de burn-out fait que le sujet de la santé mentale est davantage au centre de certains débats. Dans la salle privée, mais également en entreprise, ce qui est une bonne chose. Ceci dit, une personne qui fait une attaque de panique sur son lieu de travail est susceptible d'être facilement et rapidement stigmatisée. Ça, c'est déjà un peu moins une bonne chose. Et pourtant, cela peut arriver à n'importe qui. Alors, parlons-en. Vous êtes anxieux ? vous évitez des gestes aussi simples que de prendre un bus, d'aller à un anniversaire, en objectant des craintes que vous n'avez jamais eues jusque-là. N'attendez pas le point de non-retour. Contactez un spécialiste de manière à avoir un avis médical et scientifique. Vous pouvez également en parler autour de vous à des personnes en qui vous avez confiance. Vous risquez d'être sacrément surpris par le nombre de personnes qui ont déjà été au moins une fois dans leur vie prises d'une attaque de panique. En tout cas, surtout... Ne restez pas isolés. Vous avez un ami, un collègue de travail qui n'est pas venu depuis un certain temps à vos soirées entre amis ou à un repas entre collègues de travail. Demandez simplement à cette personne comment elle va. Il ne s'agit en aucun cas de dramatiser la situation ou de prendre pour un phobie quelque chose qui n'en est pas, c'est-à-dire un collègue qui n'a simplement pas envie de sortir ce soir. Mais si les choses durent, et si elles sont... répétitive, sans qu'il y ait une jolie blonde à la clé ou un beau brun, essayez d'en parler, sans vous montrer intrusif bien évidemment. Cela peut être extrêmement utile. Messieurs, dames, les psychologues, une personne qui présente les symptômes de l'agoraphobie passe la porte de votre cabinet. Comment abordez-vous le sujet ? Je vous relate ici mon expérience. Lors de ma première séance, et toutes celles qui ont suivi d'ailleurs, ma psychologue a beaucoup discuté avec moi. Mais bizarrement, elle a mis très peu de mots, M-O-T-S, sur mes mots, M-A-U-X, pour reprendre une phrase célèbre. Ou plutôt, elle a commencé par mettre des mots qu'elle pensait que j'étais en mesure de comprendre, d'encaisser, et qui étaient susceptibles de me rassurer. comme le mot burn-out, qui était déjà à l'époque un concept relativement connu. Je l'ai également entendu à plusieurs reprises parler de troubles anxieux généralisés. Elle a fait son travail avec moi. Elle m'a écoutée avec bienveillance. Elle m'a donné des outils dont je me sers encore aujourd'hui pour gérer l'anxiété lorsqu'elle se présente. Mais je n'ai jamais eu droit à une explication franche. Peut-être qu'elle n'a jamais utilisé le mot d'agoraphobie devant moi par crainte de me faire paniquer. C'est vrai qu'à l'époque, j'avais tendance à paniquer assez facilement. En plus, pour être tout à fait honnête, il y a dix ans, je ne connaissais même pas l'existence de ce mot. Tout au long de nos séances, elle m'a proposé des outils et des exercices qui font partie des thérapies comportementales et cognitives. Le mot de thérapie. Le TCC n'a jamais été prononcé dans son cabinet. Avec du recul et sans vouloir faire de lucidité à posteriori, je pense que si elle m'avait tout simplement expliqué la maladie, si elle m'avait dit voilà, nous allons utiliser telle méthode dans le but de vous soigner, vous allez certainement passer par cette étape, puis cette étape et encore celle-là, dans l'ordre et dans le désordre d'ailleurs. Eh bien, cela aurait été plus simple et plus rassurant pour moi. Prenons un exemple. Si un patient se casse une jambe, le médecin va lui expliquer qu'une opération est nécessaire. En quoi consiste cette opération ? Qu'après l'opération, le patient va devoir porter un plâtre, à la suite duquel il va devoir effectuer des séances de rééducation. Eh bien, d'après mon expérience, pour une agoraphobe, c'est pareil. Ça m'aurait rassuré de pouvoir mettre un mot sur la maladie et les symptômes dont je souffrais. Ça m'aurait rassuré de connaître les étapes par lesquelles j'allais passer. Si je suis en mesure de mettre un nom ou un adjectif sur ce dont je souffre, cela veut dire que d'autres personnes en souffrent aussi, non ? J'apprenais un certain nombre d'exercices à chaque séance. Bien évidemment, ces exercices m'aidaient. Mais... je pense que je me serais sentie davantage rassurée si j'avais su que ces exercices faisaient partie d'une méthode thérapeutique validée scientifiquement, les thérapies cognitives et comportementales. Effectivement, si elle avait mis des mots sur ma maladie, sur le protocole de soins que j'étais en train de suivre, c'est un peu comme si elle me donnait une feuille de route, route qui mène à la guérison. J'aurais peut-être pris ça comme une promesse de guérison, promesse qu'elle n'était pas en mesure de me garantir. Soit, à mon avis, c'est pour ça que les mots n'ont jamais été prononcés. Et puis, si elle avait dit le mot agoraphobie, j'aurais été sur internet, j'aurais fait des milliers de recherches qui auraient peut-être parasité son travail. Il n'empêche que j'aurais aimé savoir. D'une part, je me serais sentie rassurée de savoir que j'étais en train de suivre un protocole. Et d'autre part, savoir aurait également levé ma culpabilité. Culpabilité de l'état dans lequel je me trouvais. N'ayant à mon sens aucune raison d'être dans cet état de léthargie, je m'en voulais terriblement de ce comportement de repli qui avait des conséquences sur tous les membres de ma famille. Et bien voilà, nous arrivons à la fin de ce deuxième épisode du journal d'une agoraphobe. Un épisode dans lequel nous avons compris que s'il y a une attaque de panique ingérable, c'est que bien souvent elle a été précédée. d'un certain nombre de signes avant-coureurs. Que si on informe les gens de l'existence et des conséquences des différentes phobies, eh bien cela peut avoir un effet bénéfique, voire préventif. Et oui, c'est uniquement au courant d'un problème que nous sommes en mesure de l'affronter. Alors parlons, expliquons et déstigmatisons ces phénomènes mentaux afin de donner aux patients et à leur entourage De quoi se défendre et contre-attaquer. Ce podcast est une manière pour moi de parler, d'expliquer et de déstigmatiser. Si vous pensez que cela peut aider les patients et ou leur entourage, partagez, notez et commentez cet épisode. Je vous souhaite une excellente fin de journée et j'ai déjà hâte de vous retrouver pour le prochain épisode. Épisode où je vous raconterai, suite à cette première attaque de panique, Ma visite à la permanence médicale d'urgence. S'il vous plaît, ne vous moquez pas, mais n'ayant absolument rien compris de ce qui venait de m'arriver, je suis partie aux urgences, persuadée que j'étais en train de faire un AVC ou une crise cardiaque.