- Speaker #0
Les rangs de l'histoire sont bien, au rythme de rencontres, d'échanges, la grande fête annuelle de l'histoire et des passionnés de l'histoire.
- Speaker #1
Enseignants, chercheurs,
- Speaker #0
le grand lieu d'expression et de débat.
- Speaker #1
Lecteurs, amateurs,
- Speaker #0
sur tout ce qui se dit.
- Speaker #1
Curieux, rêveurs,
- Speaker #0
sur tout ce qui s'écrit.
- Speaker #1
Qui aident à prendre la mesure des choses. A éclairer le présent et l'avenir, dans l'espace et dans le temps.
- Speaker #2
Alors bonjour, je suis ravie de vous accueillir dans cette très belle salle, dans ce très beau château. Je suis Evelyne Lackey, je suis la directrice de la communication du ministère de la Culture. C'est une table ronde du ministère de la Culture. Merci beaucoup pour être là aussi nombreux. Je vois que le sujet intéresse et merci bien sûr à nos deux intervenants qui vont dialoguer avec nous. On en a pour environ une heure et bien sûr, on essaiera de trouver le temps de vous donner la parole. parole. Alors, c'est un sujet qui concerne évidemment la France, la France point d'interrogation, mais la France aussi point d'exclamation. Le bicentenaire de la photo, il va être célébré en France de septembre 26 à septembre 27. C'est une grande manifestation nationale pour le ministère de la Culture, bien sûr, qui soutient depuis le début la politique de la photo en France et le plus possible ailleurs de France aussi. C'est une grande manifestation nationale. qui a pour vocation de mettre en lumière la photographie, la photographie sous toutes ses formes, on va y revenir avec nos intervenants, et qui va valoriser l'apprentissage de la lecture, de l'image photographique et l'apprentissage du décryptage aussi de ce qu'est la photographie aujourd'hui. On verra que ce n'est pas forcément la photographie d'aujourd'hui, elle fait référence aussi à une photographie d'avant qui se lit peut-être pas tout à fait comme on l'imagine. Depuis 200 ans, la photographie a façonné, a changé notre rapport au réel. Est-ce que la photographie est un rapport au réel ? Là aussi on va en discuter. Dans ses dimensions intimes, dans ses dimensions publiques, et on aborde le sujet tout de suite puisqu'on va passer de l'histoire de la photographie à nos grands enjeux contemporains. Pour nous éclairer sur tout ça, nous avons deux spécialistes qui sont engagés dans le comité du 800. centenaire qui a été organisée par le ministère de la Culture, mais qui fait appel à des experts. On en a deux aujourd'hui autour de nous. Dominique de Fonréau d'abord. Bonjour Dominique. Vous êtes conservateur général au musée du Louvre et présidente du conseil scientifique du bicentenaire de la photo. et Pierre Saint-Garavelou. Vous êtes professeur à Paris 1 et au King's College de Londres et membre du Conseil scientifique du Bicentenaire de la Photographie. Dominique, alors on va faire une petite bio rapide, elle va être courte parce que sinon on va prendre toute l'heure pour parler de votre très long parcours, un petit peu quand même. Donc vous êtes conservateur général au Musée du Louvre et présidente du Conseil scientifique du Bicentenaire, je l'ai dit. Vous êtes aussi rédactrice en chef de la revue Histoire de l'art et présidente du Centre d'art Le Point du Jour à Cherbourg. Vous avez été commissaire de très grandes expositions comme Exil, Regards d'artiste, au Louvre-Lens, mais il y en a plein d'autres. Vous enseignez à Sciences Po Paris et vous avez publié beaucoup d'ouvrages essentiels, dont le Guide du Louvre en 2023. Alors, Dominique, on va commencer par le commencement. Ce bicentenaire de la photo, le ministère de la culture l'a voulu, le ministère de la culture a été vous chercher pour que vous puissiez présider ce comité scientifique, mais qu'est-ce que c'est au fond que ce bicentenaire ? 800 mètres et quels sont ses enjeux ?
- Speaker #1
Merci beaucoup Yveline et merci beaucoup au rendez-vous de l'histoire de nous avoir invitées. Merci à vous toutes et vous tous d'être si nombreux. Ça fait vraiment plaisir de parler devant une salle aussi nombreuse et dans ce beau lieu qu'est le château de Blois. Alors, la photographie, vous le disiez à l'instant, elle va célébrer ses 200 ans. C'est une invention française et pas seulement, mais la France la réclame. Alors on peut dire française, point d'exclamation, effectivement. puisque, suivant une belle parole de François Aragon en 1839, la France a offert la photographie au monde. Alors ça fait un peu rigoler doucement, parfois jaune, parfois franchement, nos collègues notamment anglo-saxons, parce que vous le savez, la photographie est aussi une invention anglo-saxonne, ou nos collègues nord-américains, mais c'est vrai que cette invention est aussi française. Ce qu'on va célébrer en 2026-2027, c'est la mise au point de la plus ancienne photographie connue, obtenue avec une chambre obscure, c'est-à-dire celle que Nicephore Niepce a forgée au point de vue du gras, qui est la vue de sa fenêtre en fait. en reprenant un motif qui est aussi un motif pictural. Donc ça fera 200 ans au printemps 2027. Mais bien sûr, et ça qui est important, c'est que, et j'y reviendrai, c'est que, en célébrant cette photographie, on célèbre non pas une figure particulière pour lui dresser un mémorial, mais c'est l'occasion d'une véritable fête de la photographie, d'une fête de la photographie qui célèbre la photographie sous tous ses aspects, et de ce qu'il y en a, à la fois artistique, socio, économique, démographique, d'un regard nouveau sur le monde, j'y reviendrai. Et on célèbre à la fois les collections publiques françaises de photographie qui sont parmi les plus riches au monde, à la fois nationales et territoriales, et présentes à la fois dans les musées, dans les monuments historiques, dans les archives, dans les centres d'art, dans les orthothèques, dans les bibliothèques, entre autres, parce qu'il y a encore plein d'autres lieux. Et on soutient aussi un univers créatif photographique très vivant. les photographes, les tireurs, les imprimeurs, les éditeurs, l'ensemble des personnes qui travaillent autour de la photographie, avec un équilibre financier souvent fragile, mais une très grande créativité. Je pense que c'est important de le souligner. Ce que j'ai coutume de dire, c'est que Et c'est quelque chose qui nous porte aujourd'hui, que ce qui est intéressant dans la photographie telle qu'elle s'invente dans ce premier tiers du 19e siècle, donc il y a environ 200 ans, c'est pas l'enjeu technique. L'enjeu technique, à vrai dire, il est assez banal. La caméra... Obscura, vous le savez, elle a été inventée à la Renaissance et des artistes aussi différents que Léonard de Vinci, qu'ensuite Vermeer ou Canaletto l'utilisaient déjà. Donc ce n'est pas une révolution au début du XIXe siècle. Le système optique est bien connu. Le côté chimique qui permet ensuite de pouvoir garder la vision qui se forme dans la chambre obscure, c'est, pour être tout à fait honnête, beaucoup de la recette de cuisine jusqu'au développement des procédés photomécaniques. Donc, c'est un peu plus de bitume de judé, un peu moins de soude, un peu plus de goudron, un peu plus de sel d'argent, mais ça reste quand même beaucoup de la recette de cuisine. Par contre, ce qui est absolument fascinant, et qui, je dois dire, ne cesse de me fasciner, mais pas moi seulement, fort heureusement, c'est ce que François Brunet, malheureusement disparu, avait appelé cette naissance de l'idée de photographie. C'est-à-dire le fait que... Et tout d'un coup, alors que ça ne s'était pas posé auparavant, il y a cette envie de conserver et de conserver durablement les images qui se forment dans la chambre obscure, de les conserver dans un double effet, un effet effectivement de rationalisme et de transmission, mais aussi un effet de merveilleux par rapport à la lumière. Et ce qui est assez formidable avec la photographie, c'est que ces doubles dimensions rationnelles et du merveilleux en fait, continue, perdure jusqu'à aujourd'hui, parce que la photographie, c'est un lien étroit entre l'illusion et la réalité. Et autre élément extrêmement fécond, et pour lequel, si je peux me permettre, mais je crois qu'on en reparlera, on n'a pas entendu l'intelligence artificielle, pour le mettre en œuvre, c'est que la photographie se fonde dans un rapport au réel. Et en évoquant le fait qu'à la mimesis, qui est celle de la représentation depuis au moins l'Antiquité, au moins c'est les savants d'Antiquité qui l'ont théorisé, donc à cette mimesis, on substitue quelque chose qui est en fait de l'ordre de l'utopie, qui est l'exactitude. Exactitude, bien sûr, qui n'existe pas. Il n'y a pas de superposition entre l'objet et sa représentation photographique. Sauf que cette utopie correspond tellement à un attendu du début du 18ème siècle qui perdure jusqu'à aujourd'hui, que la plupart d'entre nous allons dire, il y a une photographie, donc c'est vrai. Ça a été photographié, donc c'est ce qui s'est passé. Ce qui n'est évidemment pas le cas. Et ce qui est fascinant, c'est que dans cet espace mental qui se crée entre la mimesis et l'exactitude, évidemment utopique, se créent des enjeux de création par les photographes qui vont tout de suite exploiter. parce que c'est formidable de se dire l'image que je crée induit de l'exactitude qui en fait n'est pas avérée et induit aussi des éléments très riches en matière de lecture et en matière de diffusion et cet enjeu là est présent depuis les premiers débuts de la photographie, depuis les années 1830-1840, les photographes ont joué avec ça, les lecteurs de la photographie ont joué avec ça et ça conditionne aussi notre représentation du réel depuis 200 ans
- Speaker #2
Alors, on va revenir effectivement sur... sur cette question qui est celle qui va traverser d'une certaine manière le bicentenaire et qui va nous permettre de passer du début de la photographie jusqu'à l'intelligence artificielle. Effectivement, vous l'avez évoqué Dominique, avant de revenir sur cette question de la photographie est-elle un où est-elle une représentation du réel ? Vous avez déjà dévoilé votre sentiment là-dessus. Est-ce qu'on peut revenir sur le bicentenaire et les premiers éléments ? Alors d'abord, de quoi va-t-on parler ? Puisqu'il y a des sujets quand même qui traitent notamment à l'éducation à l'image aujourd'hui. Oui, l'image, c'est un point de vue d'accord, mais c'est aussi surtout une représentation qui n'est plus du tout, du tout une représentation du réel. En tout cas, pour une jeune génération, il y a beaucoup de travail à faire. Et puis,
- Speaker #1
on sait déjà qu'il y a un certain nombre d'événements qui sont collectés. connues, qui se sont révélées à nous et dont on peut peut-être un tout petit peu parler. Merci beaucoup, Eugénie. Alors peut-être, on a eu un premier appel à la labellisation qui a été lancé au mois de mars, qui s'est clos au mois de juin, qui a permis la labellisation de 180 projets sur l'ensemble du territoire français, à la fois hexagone et territoire ultramarin, avec à la fois des expositions, expositions patrimoniales, expositions numériques et virtuelles, expositions hors les murs, des projets d'éducation, des projets d'éducation à l'image et des projets d'éducation aussi à la pratique photographique et ça c'est vraiment très intéressant parce qu'après les expositions ce sont les plus nombreux des projets des projets de colloques et de conférences et ça ça montre aussi qu'il y a un enjeu d'aujourd'hui renouvelé de réflexion par rapport à ce qu'est la photographie et ça évidemment on ne peut que s'en réjouir et quand je dis ça c'est pas simplement des évocations en matière d'histoire ou d'histoire de l'art mais aussi des évocations en matière d'histoire des sciences en matière d'histoire sociologique, en matière de réflexion démographique. Donc c'est vraiment... Vraiment une amplitude très grande et ça je m'en réjouis beaucoup et notre présence aujourd'hui au rendez-vous de l'histoire de Boa peut en marquer le début et je m'en réjouis là aussi beaucoup. Et puis des projets aussi d'édition, que ce soit édition papier, livre, avec des beaux projets de livres et audiovisuels. Pour citer quelques exemples, par exemple une très grande exposition qui va avoir lieu au Centre Pompidou, enfin qui va avoir lieu au Grand Palais mais portée par le Centre Pompidou sur la manière dont les artistes, à la fois... Les photographes, mais aussi certains artisticiens, ont renouvelé l'art de la photographie depuis le XXe siècle, depuis le début du XXe siècle jusqu'à aujourd'hui. Ça, c'est un point fort. Un autre exemple aussi d'exposition, c'est celle qui est portée par le réseau diagonal des centres d'art, qui est une caravane photographique qui va à la fois montrer des images, notamment des images de la médiathèque du patrimoine et de la photographie. et aussi une pratique photographique. Donc voilà, par exemple, deux exemples d'expositions très différentes, mais il y aura aussi une exposition sur le Louvre et la photographie, une exposition aux rencontres d'art sur les rapports archéologie et photographie, une exposition sur le NU à la Biothèque Nationale, donc beaucoup, beaucoup de projets différents et variés. Et en matière de colloques, des grands moments de colloques, un colloque très fort sur les rencontres francophones de la photographie à la Cité Internationale de la Loi française, et puis un colloque qui a organisé notamment au Mucem, au mois de mars, sur les enjeux de la visibilité, l'invisibilité de la photographie telle qu'elle se montre dans les archives à la fois personnelles et collectif. Donc vraiment, beaucoup de projets, j'en cite que quelques-uns, mais il y en a vraiment beaucoup, réédition de livres pour enfants, réédition de projets aussi de catalogue sommaire, comme celui par exemple de la collection du Musée de l'Armée. Donc quelque chose qui a vocation à s'adresser à tous. Le rêve que nous avons, c'est qu'un enfant de collège, mais donc aussi sa famille, ses proches, puissent à la fois voir une exposition photographique, lire des ouvrages dans son CDI, pratiquer la photographie et participer aussi à plusieurs fêtes de la photographie qui seront organisées. On a en tête une nuit de la photographie au Grand Palais à Paris, mais aussi des nuits de la photographie aux rencontres d'Arles et un certain nombre comme ça de projets très festifs, dont mon envie aussi d'un bal photographique qu'on va essayer de monter. Alors tout ça pour que ce ne soit pas décousu, parce que ça pourrait être aussi un peu éclaté et on aurait l'impression que... ça ne fonctionnerait pas. Des éléments très forts d'éditorialisation qu'on va porter avec une identité graphique spécifique et merci beaucoup, Evelyne, à vous et à votre équipe qui portait ce projet-là et qui sera bientôt dévoilé. On va avoir un site internet dédié, une campagne de publicité dédiée et puis, avec le comité scientifique, nous avons déterminé quatre axes, que je ne dis jamais dans le même ordre, pour... pas essayer d'en privilégier un sur les autres. Mais ces quatre axes sont l'un, et je pense qu'à Blois, c'est important peut-être de dire celui-là en premier, c'est que depuis 200 ans, la photographie écrit notre histoire commune. que ce soit une histoire commune intime ou une histoire commune publique, nous avons et nous appartenons aux premières générations qui avons les photographies de nos grands-parents, de nos arrière-grands-parents. Nos arrière-grands-parents ne savaient pas à quoi ressemblaient leurs propres grands-parents, ou très rarement. Alors que nous, nous avons ça et ça raconte une histoire. L'histoire familiale, ça décrit une appartenance familiale qui est différente. Et d'un point de vue collectif, nous avons tous en tête des images, des tranchées de la guerre de 1914, pour parler d'un événement malheureux, tragique, mais aussi des congés payés de 1936 ou de la Coupe du Monde de 1998. Et on sait le légender tout seul sans que personne ne nous le dise. Autre axe important, ce rapport au réel que j'indiquais tout à l'heure, qui est évidemment très fructueux du point de vue de l'histoire de l'art, mais aussi du point de vue de l'histoire des idées, on aura l'occasion d'en reparler. Le fait que la photographie qui s'induit comme représentant le réel immédiat, qui se crée pour représenter le réel immédiat, en fait, très vite, tout de suite, cherche à reproduire non seulement l'infiniment lointain, les ailleurs géographiques, photographiques, mais aussi le ciel, mais aussi les sous-sols, mais aussi l'infiniment petit comme l'infiniment grand, et que la photographie est un outil qui tout de suite essaye de débusquer ce que l'œil ne voit pas, et c'est toujours le cas aujourd'hui d'un point de vue scientifique. Et puis quatrième axe important, c'est que c'est une invention qui a 200 ans, certes, mais c'est une invention qui n'a cessé de se réinventer de manière assez intéressante et en gardant Une forme de fidélité à la fois à l'intention première, ce rapport à l'illusion et à la réalité, et une certaine fidélité aussi à une esthétique, qui est une esthétique de la lisibilité, de la clarté, et qui existe jusque dans nos téléphones portables aujourd'hui, enfin qui n'a pas été abolie. Donc quelque chose d'extrêmement intéressant et fructueux du point de vue du renouveau de l'invention.
- Speaker #2
Merci beaucoup Dominique. On va revenir sur toutes ces questions qui sont d'une certaine manière philosophiques, voire métaphysiques, et on en discute beaucoup toutes les deux, notamment sur la question de la photographie qui nous est offerte et qui nous permet de découvrir le visage de ceux qui nous ont précédés. Mais on va parler aussi histoire avec Pierre. Pierre Zingarelli, bonjour. Vous êtes donc historien, spécialiste de l'histoire globale et des empires coloniaux, professeur à l'Université Paris 1, Panthéon-Sorbonne, ainsi qu'au King's College de Londres. Vous êtes membre du conseil scientifique du bicentenaire de la photographie. Vous êtes diplômé de Sciences Po, agrégé d'histoire, et vous avez consacré vos recherches à la mondialisation. aux décolonisations et à l'histoire de l'Asie contemporaine. Vous avez, vous aussi, publié plusieurs ouvrages majeurs et coordonné des expositions internationales. Pierre, est-ce qu'on peut, puisque là Dominique nous a fait un 360 comme elle en a le talent, est-ce qu'on peut peut-être revenir à la question des origines, des origines de la photographie ? Vous êtes historien, cette photographie, elle est née en France ?
- Speaker #3
Alors, on peut éventuellement revenir à la question des origines, même si Dominique de Fonréau a déjà donné les principaux éléments. et poser la question de cette coproduction transnationale, internationale de la photographie. Et donc, on peut y revenir, mais je veux commencer par remercier Dominique de Foréau, ici présente, pour tout le travail qu'elle fait au sein de la direction de ce comité du Bicentère. Moi, il se trouve que je suis, je dois le dire, le seul non-spécialiste de la photographie dans ce comité. une espèce de généraliste et j'ai été invité à y participer parce que j'ai rencontré Dominique de Fonréau à l'occasion de la chaire du Louvre que j'occupais en 2022. Nous avons travaillé ensemble donc au Louvre pendant au moins une année et c'est à cette occasion qu'Emma proposait de participer à ce comité. Moi je suis assez prudent à l'égard des commémorations et donc j'ai accepté, pour plusieurs raisons, j'ai accédé. D'abord, il faut le dire, parce que quand vous découvrez Dominique de Fonréau, et là, vous la découvrez pour la plupart d'entre vous, en fait, il est difficile de lui refuser quelque chose.
- Speaker #2
Je confirme, pardon, je vous interromps, mais je confirme.
- Speaker #3
Elle est est extrêmement convaincante et surtout, comme elle vient de le démontrer à l'instant, elle connaît parfaitement ce sujet, à la fois l'histoire de la photo, mais aussi l'écosystème de la photo. Et c'est la deuxième raison pour laquelle j'ai accepté de participer à ce comité. Pas parce que j'étais fou de photo ou spécialiste de la photo, mais parce que précisément, j'étais très curieux de découvrir cet écosystème dont j'ignorais à peu près tout et qui est un monde en soi. Et Dominique, vous l'avez évoqué, mais il se trouve que non seulement c'est un monde en soi, mais chaque spécialiste ne connaît qu'une partie de ce monde qui est très fragmentée. D'où l'intérêt aussi d'avoir quelqu'un comme vous, comme moi, je présume que vous n'êtes pas des super spécialistes, mais il y en a certainement dans la salle, des hurons ou des candides qui débarquent et qui essaient, autant que faire se peut, de connecter ou de faire communiquer. Ces différents mondes sont notamment représentés dans le comité du bicentenaire par des spécialistes. Des spécialistes qui sont par exemple Eleonore Chaline, qui est une brillante historienne de la photographie, spécialiste de la photographie, de l'album photographique du XIXe et qui a aussi travaillé sur le XXe siècle, et qui dirige une revue qui s'appelle Photographica, qui est une revue formidable. qui est édité par les éditions La Sorbonne, qui a été créé il y a six ans, et qui embrasse l'ensemble des thématiques qui concernent l'histoire sociale, culturelle, intellectuelle de la photographie. Il y a donc Michel Poivert, qui lui est historien de la photographie aussi, mais qui est un grand connaisseur de la photographie contemporaine. Mais aussi parallèlement des questions de procédés, histoire des procédés, et il est très attaché à la photographie comme artisanat, à l'argentique, il nous ramène toujours à la distinction entre images et photographies, toutes les images ne sont pas des photographies, etc. Il y a Alexia Fabre, qui est l'ancienne directrice de l'école des Beaux-Arts de Paris, aujourd'hui, qui dirige le... le centre Pompidou massif, et qui donc s'intéresse à toutes les formes de création contemporaine liées à la photographie. Et puis il y a Antonio Somaeni, qui est un de nos grands théoriciens des arts visuels, qui s'intéresse précisément, lui, à l'importance de l'intelligence artificielle dans la création, et notamment photographique. Tout ça pour dire quoi ? Tout ça pour dire qu'en fait, on voit bien que, y compris ces spécialistes, habituellement ne discutent pas entre eux. Que nous-mêmes, nous avons du mal à sensibiliser aux enjeux du bicentenaire tous les domaines de la photo. Par exemple, sur la photo, la création contemporaine, eh bien, aucun souci, on arrive à discuter, dialoguer avec les acteurs depuis le début grâce à Dominique, ainsi qu'avec tous les musées de France, les petits jusqu'au Louvre et aux musées à l'étranger. En revanche... Assez difficile aujourd'hui de sensibiliser les acteurs, les créateurs dans le milieu de la publicité, c'est quand même fondamental la photographie de publicité, ou encore la mode, photographie de mode. Donc il y a des points faibles, et des points faibles parce que c'est difficile... au fond, de pouvoir mettre autour de la même table tous les acteurs de la photographie. Donc moi, j'ai accepté d'y participer pour cette raison-là, mais aussi parce qu'il me semble qu'il y a une ou deux urgences. Il y a une urgence que je dirais épistémologique, pour utiliser un grand mot, qui est, et là je parle en tant qu'historien, comme la plupart des historiens, je n'utilise les photographies Merci. qu'à travers un usage illustratif. Donc les photos, ça m'intéresse, mais simplement pour, au fond, illustrer mon propos, un argument, un thème, un sujet. Et j'ai découvert l'importance des études photographiques très récemment, lorsque j'étais invité au musée d'Orsay à travailler dans les collections du musée d'Orsay qui possèdent de magnifiques collections photographiques. où là, au fond, en discutant avec les conservatrices, à commencer par Sylvie Patrick, qui était directrice de la conservation, j'ai pris conscience de la nécessité de s'intéresser, évidemment, à ces photographies pour elles-mêmes. Et ce que je dis là, je le dis, évidemment, nous sommes au rendez-vous de l'histoire, ça n'est pas anodin, il y a une prise de conscience collective et une nécessité de dialoguer davantage entre historiennes, historiennes de l'art, historiennes, historiennes de la photographie, et puis les historiennes et les historiens qui... ne se sont pas assez emparés de ces études photographiques. Et puis il y a, vous le savez, c'est une banalité de le dire, mais une urgence démocratique. Je le rappelle parce qu'il se trouve que j'ai une fille de 17 ans et qu'elle est en terminale et qu'elle... elle appréhende le monde à travers les réseaux sociaux, y compris l'actualité à travers les réseaux sociaux, et donc à travers aussi des journaux, des quotidiens très sérieux qui sont sur les réseaux sociaux, mais qui communiquent principalement avec des photos. Et on voit bien qu'aujourd'hui, l'éducation à l'image dont vous parliez est cruciale, est déterminante, et que nous, là encore, je crois que le ministère de la Culture organise cette table ronde, et qu'il y a encore un immense travail à effectuer entre le ministère de la Culture, le ministère de l'Éducation nationale. les rectorats et tout un tas d'acteurs pour mobiliser davantage et pour faire en sorte de pouvoir accorder une place plus importante à cette éducation à l'image dans le cursus depuis, au fond, l'école primaire jusque dans les universités. Et donc, en fait, ce qu'on essaie de faire quand même dans le cadre de ce bicentenaire, c'est concrètement, chaque semaine... d'aller à la rencontre des différents acteurs. Les différents acteurs, ça peut être, si vous voulez, des amateurs dans le cadre des clubs photo, ça peut être, ça va jusqu'au ministère, évidemment, avec la direction de la photographie. Ce sont les grands musées français. Ce sont les grands établissements qui parfois des grandes institutions qui sont les nôtres qui ignorent parfois l'existence de leur propre fonds photographique. Ou alors lorsqu'ils ne l'ignorent pas, ils n'ont pas encore l'idée de valoriser. Découverte que nous avons faite avec Dominique de Fonréau, l'Institut National de l'Audiovisuel. C'est quand même l'Institut National de l'Audiovisuel, c'est quand même dans son intitulé. Et à l'occasion du bicentenaire, les responsables de l'Institut nous ont dit qu'ils possédaient une collection extraordinaire de près d'un million de photographies sur les activités de l'audiovisuel public dans les années 1940-1960, qui permettent comme nul autre fond de documenter la France pendant cette période-là. Et c'est à l'occasion du 800e qu'il réfléchisse à la manière de, à travers des expositions, des livres, etc., d'utiliser ce fond photographique extraordinaire sur l'histoire de France dans les années 40-60. Avant-hier, nous étions au musée Guimet, où nous avons rencontré les équipes du musée Guimet, donc le musée national des arts asiatiques, qui à l'occasion du 800e va aussi présenter la manière dont l'intelligence artificielle permet d'analyser leurs forces. formidable fond photographique japonais, de photographie ancienne japonaise. Tout ça pour dire que c'est un travail que l'on veut utile, utile scientifiquement, utile d'un point de vue pédagogique. Ça doit être aussi une fête populaire, c'est ce qui nous a plu d'emblée, et c'est Dominique qui a voulu impulser cela, parce qu'il n'y a rien de pire qu'une commémoration qui serait, si vous voulez... un petit peu, comment dirais-je, triste.
- Speaker #1
Compassé, enfin.
- Speaker #3
Compassé, triste et enfermé dans une espèce de... répétition du passé. Donc ça, c'est très important. Et d'autre part, je le dis parce que nous sommes à Blois aussi et c'est important parce qu'il y a aussi beaucoup de... Nous sommes vendredi après-midi, donc je suis très étonné qu'il y ait autant de monde un vendredi après... Nous sommes jeudi après-midi. Excusez-moi. Nous sommes jeudi après-midi, donc je suis très étonné qu'il y ait autant de monde dès le jeudi après-midi. Il y a sans doute beaucoup de collègues enseignants. Et c'est vrai que ce que nous essayons aussi de mettre en place dans le cadre du bicentenaire, et grâce à l'aide notamment de de Joël Alazard, qui est la présidente de l'APHG, l'Association des professeurs d'histoire-géographie. C'est précisément davantage de projets communs avec les enseignants, et pas seulement les enseignants d'art plastique, d'histoire de l'art, qui sont d'ailleurs souvent les enseignants d'histoire de l'art, des enseignants d'histoire-géo, dans les options. Donc voilà. Pour revenir rapidement sur les origines de la photographie, mais là je laisserai ensuite Dominique de Fonréau, la spécialiste, Grande spécialiste, vous éclairez sur ce sujet. Ce qui me paraît intéressant sur ces origines, en fait, ça nous renvoie, si vous voulez, au sujet de cette année, au thème de cette année plus précisément, la France pour l'interrogation, vous l'avez dit Dominique, c'est Marc Bloch qui entrera au Panthéon le 16 juin prochain, qui nous rappelait la nécessité, nous, passionnés d'histoire, de nous méfier du démon des origines, y compris les historiens. sont parfois, comment dire, obsédés par cette question des origines, à tort, la plupart du temps, par exemple, ils ne viendraient pas à l'idée, je ne sais pas moi, d'un collègue ou d'une collègue historienne de l'art de nous expliquer ici à la tribune les origines de la peinture ou les origines de la sculpture. Ça n'aurait aucun sens. Eh bien, ça a un sens pour la photographie et ça l'a aussi pour le cinéma, parce que précisément, on considère que ce sont des techniques, des procédés, et donc à partir du moment où on a objectivé ces techniques et ces procédés, on considère qu'on peut d'ailleurs dater la formalisation de ces inventions précisément. Alors c'est intéressant parce que ça a donné lieu à des débats innombrables, on ne va pas y revenir, et c'est ce qui fait que le centenaire de la photographie a été fêté à une autre date, etc. Bon, vous connaissez cette histoire par cœur, Dominique, mais ce qui me semble intéressant, c'est que ça nous dit, au fond, ça nous dit combien l'histoire de la photo, et ça c'est Eleonore Chaline qui le dit bien, qu'il écrit bien dans le numéro spécial sur les débuts de la photographie dans cette revue Photographica. Au fond, comment cette histoire a été, comme l'histoire de France, racontée longtemps, jusqu'au fond, à la fin du XXe siècle, il n'y a pas si longtemps, racontée de manière héroïque, avec une succession de héros, Niepce, Daguerre, etc. Des héros évidemment bien français, puisqu'il s'agissait au fond d'une... d'une séquence du roman national de la France. Dominique l'a rappelé avec Arago, député en 1839, expliquant que la France offre la photographie au reste du monde. Mais c'est vrai que depuis, les historiens... Je dois dire que François Brunet, que vous avez évoqué, a joué un rôle fondamental dans l'historiographie française, puisque François Brunet, dans cet ouvrage précisément « Naissance de la photographie » , montre bien qu'on ne peut pas dater la naissance de la photographie, et surtout pas, et là c'est un peu contre-intuitif, surtout pas entre 1816 et 1827, puisque 1816 sont les premières expériences menées par Niepce. 1827, c'est la pointe du gras, donc cette photo qui a été retenue parce qu'il faut bien retenir une date. Et donc, il faut assumer son caractère arbitraire. Et ça ne pose aucun problème à condition de le faire. Et en revanche, il explique que si on ne peut pas retenir de date parce qu'il y a eu tout un tas d'étapes décisives entre les deux, il serait peut-être plus pertinent de retenir la date. Et là, il fait preuve, il manifeste, si vous voulez, sa réflexivité historienne. puisqu'il dit qu'au fond, s'il y avait une date à retenir, c'est 1839, précisément au moment du discours d'Aragou, c'est-à-dire au moment où le daguerréotype est présenté au public, est présenté à la France. puis aux différents pays d'Europe, c'est-à-dire le moment où la photographie devient un objet d'histoire, un objet de discours. Jusque-là, c'était simplement des procédés dont on discutait entre spécialistes, qui n'avaient aucun impact sur la vie sociale, la vie collective. Et c'est en 1839 que la photographie, si vous voulez, naît, selon Brunet, parce que c'est en 1839, précisément, où elle devient un objet politique.
- Speaker #1
Avec quelque chose de passionnant, que François Brunet avait souligné, que vous soulignez aussi Pierre, c'est qu'il y avait une telle attente pour ce procédé, une attente latente, je peux permettre de le dire comme ça, mais pour l'image photographique c'est bien de dire attente latente, c'est que quand la première annonce d'Arago est faite à l'Académie des sciences le 7 janvier 1839, sans montrer un seul daguerreotype de daguerre, sans montrer une seule image, la nouvelle est tellement stupéfiante qu'elle fait le tour du monde. en moins de trois semaines. Alors certes, le télégraphe avait été inventé, c'est sûr, mais quand même. Et ça, ça m'a toujours frappée, parce que je ne crois pas qu'il y a beaucoup d'inventions avec une telle rapidité de diffusion. Il faut se dire que, dès la fin de l'année 1839, il y a des ateliers de daguerreaux typistes installés, certes, dans certaines villes de France, mais installés aussi en Russie, par exemple, qui n'est quand même pas tout près de la France, et bien sûr dans d'autres pays du monde aussi. Et ça, c'est très stupéfiant. Ce qui m'intéresse, c'est ce qu'on disait tout à l'heure, c'est cette rencontre entre une pensée qui est à la fois rationnelle et magique, qui est à la fois dans cette idée positiviste d'exploration du réel, mais qui est aussi dans cette magie de l'illusion théâtrale qui est vraiment ancrée. dans ce premier tiers du XIXe siècle. Et si on revient à 1827, un point intéressant toujours à souligner, c'est que 1827, c'est la représentation des pièces de Shakespeare en anglais à l'Odéon, à laquelle assistent tous les grands artistes, tous les grands penseurs du XIXe siècle, les jeunes et grands penseurs, Hugo, Dumas, Delacroix, Berlioz, etc. Et 1827, c'est aussi la préphrase de Cromwell dans quel Hugo a cette phrase. splendide qui fait que malgré tout, tout ça est dans l'esprit, puisqu'il dit que le verre est la réflexion optique, optique, de la pensée. Et ça, c'est vraiment passionnant. Et je pense que je rends beaucoup hommage à François Brunet qui était professeur à Paris 7 et qui malheureusement a trop tôt disparu et qui était un médecin. très bons amis, donc c'est aussi d'un point de vue à la fois amical et professionnel que je le fais, mais François a été un des premiers à conceptualiser tout ça, et sans lui, d'abord, s'il était là, comme j'aurais aimé qu'il soit là, c'est lui qui serait président du conseil scientifique, et j'en serais très heureuse, je dois dire la vérité. Non pas que je n'ai pas envie de l'être, mais je pense que c'était tout à fait, il aurait été formidable et j'aurais été ravie d'être membre à ses côtés. Mais au-delà de ça, il a conceptualisé une idée très forte, qui d'une certaine manière, vient lutter contre cette invisibilité de la photographie dont vous parliez tous les deux, Evelyne et Pierre. Parce qu'un des problèmes de la photographie, c'est son absence de définition claire depuis le début. Parce qu'il y a une attente tellement forte, une rencontre tellement forte que d'une certaine manière ce côté magique que proclament Hérago et Daguerre sur les images se forment seules dans la chambre obscure tient lieu de l'ensemble. Et ce qui fait qu'il y a donc une invisibilité ontologique d'une certaine manière de définition de la photographie qui perdure aujourd'hui. Et je parle aux Aujourd'hui, en Historienne de l'Art, à des historiens que j'aime beaucoup et que je connais bien, avec qui j'ai beaucoup travaillé, mais Dieu sait que vous, mes collègues historiens que j'aime bien, vous oubliez la photographie, vous l'oubliez comme autre chose qu'une image que vous semblez pouvoir substituer de l'une à l'autre, en oubliant à la fois la nature matérielle de la photographie, c'est un artefact, et aussi en oubliant toute cette logique de construction qui qui n'est pas une construction de l'immédiateté, qui n'est pas une construction de la superposition et de l'objectivité, mais qui est une construction aussi de l'esprit et de la réinvention. Et ça, je trouve que c'est un sujet évidemment passionnant.
- Speaker #2
Alors, pour essayer d'incarner tout ça, ça. Pierre, je vais vous redonner la parole. Je voudrais juste ajouter à la liste des possibles en matière de photographie. La question des médias, pour avoir passé une grande partie de ma vie dans les médias, je pense et je sais que les médias ont voulu la jouer à la fois parce que le photojournalisme c'est quelque chose qui aujourd'hui a beaucoup de difficultés, et pourtant le photojournalisme a raconté et a accompagné la question des usages, et on va en parler tout de suite. Donc ça c'est le premier point, mais aussi parce que les médias sont En première ligne, en ce qui concerne la transformation des images, et pas que les médias audiovisuels, c'est vrai aussi pour les médias à images fixes. Donc il va falloir, on a déjà discuté avec certains médias, mais il va falloir qu'on aille le revoir et qu'on recommence à les aborder. Pour revenir à quelque chose qui peut-être va nous aiguiller sur la question de l'image et du point de vue, Pierre, quand on a préparé cette table ronde, on a parlé des photos qui illustrent la guerre d'Algérie et de la manière dont, à l'intérieur de ce conflit, la photographie avait été utilisée par la propagande. Est-ce que vous pouvez nous en dire quelques mots ?
- Speaker #3
C'est une manière de montrer comment, nous sommes encore une fois au rendez-vous de l'histoire de bois, comment la photographie et l'étude des photographies a pu profondément renouveler certains domaines de la recherche historique. Et c'est le cas concernant la guerre d'Algérie qui nous concerne tous comme un événement fondamental de l'histoire de France. qui a marqué nos parents, nos grands-parents, nos arrière-grands-parents en tant qu'appelés, notamment pendant le conflit. Et il se trouve que cette histoire de la guerre d'Algérie, elle a mobilisé très tôt des photos. Ces photos, en fait, elles sont en nombre relativement restreint, mais elles existent, on les a toutes vues dans les manuels d'histoire. Elles sont produites, on va dire, par une trentaine d'opérateurs qui sont tous, en fait, même si elles ne sont pas toujours sourcées correctement, parce que c'était une stratégie de l'armée dès le milieu des années 1950 de ne pas communiquer les sources, notamment aux médias qui diffusaient ces photos, ce sont des opérateurs militaires qui les produisaient. Et pourquoi ? Parce qu'il y avait une censure sur place en Algérie pendant le conflit. Donc en fait, les civils ne pouvaient pas prendre de photos, les militaires ne pouvaient pas non plus prendre de photos. Seuls les photographes autorisés, des services de communication de l'armée notamment, pouvaient le faire. Et donc une trentaine d'opérateurs, en gros autour d'une figure majeure dont vous avez déjà vu les photos, le sergent-chef Marc Flamand, qui était le photographe du colonel Bijard. et qui a transformé, si je puis dire, les paras, les parachutistes français, en véritables icônes, vous savez, les longues casquettes, dans la casse-bas d'Alger, mais aussi dans le désert. Il y a de nombreuses séries de photographies, pas seulement pour la bataille d'Alger. Et donc ces photographies ont inondé, si vous voulez, dans un premier temps, les médias français, puis les Français et le gouvernement ont essayé aussi de les... communiquer, les faire circuler à l'étranger. Ce qui est intéressant, c'est que ces photographies, au fond, captent à la fois les paras, mais aussi les figures parallèlement des instituteurs et des médecins pour donner une vision de la guerre d'Algérie qui ne serait pas une guerre. Parce que je vous rappelle que la guerre d'Algérie n'est pas une guerre jusqu'en 1999 où le gouvernement français reconnaît, à la demande des... des vétérans français à qui on a refusé ce statut de guerre jusqu'en 1999. On connaît le fait que ce conflit était véritablement une guerre. Et donc l'idée, c'est là où c'est très cohérent, l'idée de ces photos était précisément d'expliquer qu'il ne s'agissait pas du tout d'une guerre, mais d'une opération de maintien de l'ordre et de la défense, promotion de la mission civilisatrice et de la protection des populations autochtones contre les terroristes algériens. Alors ! Ça, c'était, si vous voulez, ça, c'est les photos auxquelles nous avions accès. Et récemment, plusieurs chercheuses, notamment Marie Chomino, a travaillé sur, au fond, les photographes produits par les Algériens eux-mêmes. Et là, si vous voulez, ça permet de compléter, évidemment, la photographie, si je puis dire. Et elle a notamment travaillé sur le fond... extraordinaire du principal photographe du FLN, le mouvement indépendantiste algérien. Le principal, il y en avait d'autres, celui qui a pris le leadership par rapport aux autres et qui, au fond, a recruté des photographes, dont ce fameux Mohamed Kouassi, qui a terminé en tenant une boutique à Alger, une boutique de photos, et qui a été le principal photographe de la révolution algérienne, qui, pour faire vite, en fait, a... si vous voulez, produit une contre-propagande. Une contre-propagande pensée, alors pensée c'est très intéressant depuis la Tunisie parce que lui et sa famille étaient comme beaucoup de membres du FLN installés en dehors des des frontières pour travailler tranquillement les frontières de l'Algérie. Et là, qu'est-ce qu'ils prenaient comme photo ? Non pas les fameux maquisards du FLN, mais surtout les soldats de l'armée de libération nationale, la nouvelle armée algérienne, avec des beaux costumes, des soldats qui ne combattaient pas d'ailleurs forcément, et pour quoi ? Pour une opération de communication qui a été extrêmement efficace, à l'endroit des opinions publiques. étrangères, notamment de l'opinion publique internationale, parce que le FLN a compris que cette guerre d'Algérie, en deux mots, elle était nécessairement perdue sur le champ de bataille, mais qu'il fallait la garder dans le domaine de la communication internationale, c'est-à-dire pour conquérir les opinions étrangères, et c'est là que la photographie a joué un rôle déterminant.
- Speaker #1
Un point intéressant par rapport à cela, c'est qu'il y a une guerre beaucoup plus ancienne, dans laquelle la photographie a joué aussi ce rôle-là, qui est la guerre de Crimée. La guerre de Crimée, vous savez, c'est une drôle de guerre. Enfin, toutes les guerres sont des guerres étranges et douloureuses, on le sait bien, mais celle-là, elle est étrange parce qu'il y a des alliances qui ne sont pas les alliances naturelles qui se mettent en place. Et vous savez aussi que c'est une guerre désastreuse pour les opinions publiques de la Grande-Bretagne de l'époque et de la France à ce moment-là, parce que c'est une guerre très destructrice pour les jeunes soldats qui sont... qui sont engagés, vous savez que Tennyson a écrit un très beau poème sur la mort de ces jeunes soldats engagés. Et donc il y a déjà à ce moment-là un enjeu de quelque chose qui ressemble à de l'opinion publique ou de la propagande, c'est-à-dire comment à la fois les organes de presse français et britanniques, mais à la fois aussi les régimes politiques, donc le Napoléon III et la Reine Victoria, ont besoin d'en partie justifier ce qui se passe, parce que comment expliquer ? la disparition d'une génération entière en Grande-Bretagne du fait de la guerre de Crimée. Et donc très tôt, il y a des photographes qui sont envoyés. Pour l'Angleterre, c'est Roger Fenton qui est un des premiers grands photographes et qui a été aussi photographe du British Museum. Et pour la France, c'est le colonel Langlois qui est militaire, mais qui est déjà une forme d'opérateur. Il a un grade militaire, mais en fait il est peintre, il est photographe, et il est peintre de panorama. Vous savez, ces spectacles optiques qui ont tellement plu pendant tout le monde du XIXe siècle. Et donc, les uns et les autres y vont. La difficulté, c'est qu'en fait, c'est très difficile de photographier. Pour des raisons d'approche du champ de bataille, et puis pour des raisons purement techniques, parce qu'en fait, en Crimée, le temps n'est pas très pratique pour des photographies au collodion. Parce qu'où il fait trop froid, le collodon gèle. Où il fait trop chaud, le collodon coule. Bref, ils n'y arrivent pas très bien. Il y a des tablettes qui racontent d'ailleurs tout ça, qu'ils envoient à leur famille. Et en fait, de façon extrêmement intéressante, du coup, l'un comme l'autre, Fenton. et le colonel Langoyne décrivent finalement les traces de la guerre et pas la guerre elle-même parce que la guerre elle-même c'est un peu comme effectivement ce qui se passe pour le photographe du FLN qui représente finalement ceux qui sont restés en dehors de l'Algérie là c'est les traces de la guerre et traces de la guerre Qu'il forge en partie, il y a une photographie célèbre de Fenton qui reprend cette fameuse route qui a été mise en poésie par Tennyson où en fait il l'a photographiée à plusieurs reprises et où on voit, comme il y a plusieurs épreuves, qu'il a posé des boulets de canon, mais des boulets de canon qu'il a posés puisque sur une des épreuves il n'y en a presque pas, sur une autre il y en a dix, sur une autre il y en a trois, donc il réinvente en fait ce qui s'est passé. Et l'Anglois, ça va même presque plus loin parce qu'il ne photographie finalement que les traces des militarias, de tout cet appareil militaire qui avait été mis en place, notamment autour de la garnison et de Malakoff. Et ensuite, il en fait un spectacle optique, celui de la guerre de Crimée, qui est le spectacle optique le plus couronné de succès dans le Paris du Second Empire. en disant quelque chose qui ne s'est pas passé, mais par l'entremise de la photographie. Et donc ça, c'est quelque chose d'assez passionnant, parce que le rôle tenu par la photographie, justement du point de vue de ce rapport de témoignage et d'exactitude, est déjà celle de la transformation d'une opinion publique pour essayer de pouvoir temporiser. Et voilà, après la guerre de Crumé, il y a eu beaucoup de guerres qui se sont mises dans le même enjeu, mais je trouve vraiment intéressant de souligner ce point de vue-là.
- Speaker #2
Merci beaucoup Dominique. Ce qui est intéressant et ce qui je crois nous anime et va nous animer tout au long de ce bicentenaire, c'est que que ce soit au début de la photo ou que ce soit aujourd'hui, on revient à l'intelligence artificielle, on est assez d'accord pour dire que la photographie ce n'est pas l'image du réel, c'est une représentation du réel parce qu'intervient l'émotion, le regard en fait, ce qui constitue la photo c'est le regard. Et même aujourd'hui quand la plus jeune génération photographie avec son téléphone portable, monopart. parlait tout à l'heure, il y a toujours le regard qui interfère. Donc ça va nous permettre de faire le grand trait d'union entre MIEBS, entre cette caméra obscura, mais aussi aujourd'hui l'intelligence artificielle qui est un outil supplémentaire. Alors certes, cet outil va beaucoup plus loin, mais cet outil c'est un outil de transformation de la photo et je crois que la première chose que j'ai apprise moi qui ne suis pas une spécialiste de Dominique de Fonréau, c'est que la photo elle transforme dès la première image photographique. Et ça c'est quelque chose qu'il faut qu'on met en tête tous et il faut qu'on travaille autour de ça pendant tout ce bicentenaire et d'ailleurs bien au-delà, parce que pour la jeune génération on est loin d'être au point. Alors le temps a passé effectivement très vite Je crois qu'on pourrait rester des heures à discuter. discuter de tout ça. Malheureusement, on n'en a qu'une. Donc, je vous propose de vous passer la parole. Si vous avez des questions, si vous avez des interventions, vous allez retrouver très rapidement, alors je vois des mains qui se lèvent, vous allez retrouver très rapidement sur le site culture.gouv.fr, le site du ministère de la Culture, les éléments du bicentenaire de la photographie avec évidemment la programmation qui va s'enrichir jour après jour. Alors, j'ai vu, voilà, j'ai vu une main qui s'est levée. Au milieu de la salle ?
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a un micro qui peut circuler éventuellement ?
- Speaker #4
Oui, je voulais savoir ce qui allait être proposé dans le cadre du bicentenaire en direction des scolaires.
- Speaker #1
C'est une excellente question, madame, parce que c'est vraiment au cœur de notre projet. vous savez il y a déjà beaucoup d'éléments qui sont mis en place en matière d'éducation à la fois à l'image photographique et à la pratique photographique qui sont portés par à la fois les différents opérateurs, le ministère de la culture, les centres d'art mais on souhaite en lien avec nos collègues du ministère de l'éducation de l'éducation nationale, qu'on revoit mercredi prochain, donc dans moins d'une semaine, pour essayer de réfléchir à quelque chose qui soit plus concerté entre le ministère de la Culture et le ministère de l'Éducation nationale. Et d'ailleurs, j'en profite pour remercier nos collègues de l'écoute qu'ils nous ont donnée. Ça, c'est un premier point. Deuxième point, sur le site spécifique du bicentenaire de la photographie, on va faire une sorte de plateforme, ce n'est pas le bon terme, mais en tous les cas, d'éléments de réunion de ressources qui existent, à la fois de ressources avec des liens, parce qu'on ne va pas réinventer... l'idée n'est plus... Il y a plein de choses formidables qui existent, ce n'est pas l'idée de les réinventer. Donc avec des liens et avec des liens avec des personnes. plateforme pourra perdurer d'ailleurs un peu au-delà du bicentenaire, ce dont je me réjouis beaucoup parce que la vie ne s'arrête pas au mois de septembre 2027, donc ça va vraiment continuer. Et puis, on a un projet que je dis un peu en avance, donc j'allais dire regardez-le pour vous, mais c'est public, donc c'est pas tout à fait ça, mais c'est que ça fait sourire Pierre. C'est l'idée peut-être d'avoir un peu le point de départ du bicentenaire, soit aussi peut-être cette rentrée photographique en septembre 2026. Donc on essaye de réfléchir à tout ça. Mais vraiment, Moi, c'est au cœur de notre pensée. Encore une fois, quand la présidence de ce conseil scientifique m'a été proposée, il y a deux choses que j'ai pensées tout de suite. Une, le fait, comme Evelyne Neuvalaki le disait, et le rapport à l'éducation, à l'image et à la pratique photographique. C'est absolument essentiel.
- Speaker #4
Merci.
- Speaker #1
Alors, est-ce qu'il y a d'autres questions ou interventions ? On a parlé de, par exemple, à Marseille, au Mucem, on a beaucoup de choses autour de Chalons-sur-Saône, bien sûr, à Chalons-sur-Saône et autour à Mâcon aussi, notamment au Musée du Sous-Solide. On a beaucoup de choses aussi dans les Hauts-de-France, on a beaucoup de choses en Normandie, on a beaucoup de choses en Bretagne. En fait, vraiment, on a aussi des projets en Guyane, en Martinique. Voilà, c'est parce qu'il y en a 180 et que je ne voulais pas commencer à faire une liste, mais il y a quand même...
- Speaker #3
Pour être totalement transparent, il y a des choses partout en France parce que nous actualisons la cartographie en temps réel des manifestations, des centaines de manifestations. Et le point faible pour l'instant, c'est la Nouvelle-Aquitaine. Donc il faut le dire, la Nouvelle-Aquitaine est très en retard par rapport au reste de la France et aux Outre-mer.
- Speaker #4
Moi, c'était sur la croissance exponentielle des images. Est-ce qu'il y aura ce thème ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr, c'est un thème essentiel. Enfin, c'est un thème baudelairien, si je peux me permettre. Donc, c'est un thème, évidemment, qui a toujours été là. Et bien sûr, il y aura cette réflexion-là. C'est quelque chose qui va, dans la réflexion, qui va être portée notamment par le colloque au Mucem dont je parlais tout à l'heure, qui a un joli titre qu'on peut dire, puisqu'on était tous d'accord, on voudrait l'appeler « Sous nos yeux » . Donc, c'est justement le fait que ce soit « Sous nos yeux » , que ce soit « Vu » , « Pas vu » . qui va justement traiter de ce rapport-là et de la gestion de cette prolifération des images. Et c'est aussi des éléments qui sont portés par différents programmes du bicentenaire. Par exemple, je ne sais pas si nos collègues de l'ECPAD, mais qui sont très présents à Blois, je le sais, de l'établissement cinématographique et photographique des armées, ont un projet justement sur ce sujet-là et un projet aussi par rapport à l'ensemble de leurs archives. C'est le sujet aussi que Evelyne Ackier évoquait ou est bien évoqué par rapport à guillemets et de la reconnaissance avec l'intelligence artificielle. Donc oui, bien sûr, j'en oublie certainement, c'est ce qui me vient à l'esprit.
- Speaker #3
Juste un mot pour aussi vous préciser que nous vous donnons rendez-vous l'année prochaine, puisque le rendez-vous de l'histoire accueilleront cette fois plusieurs événements, voire des expositions, dans le cadre du Bissonnaire de la photographie. C'était simplement un petit avant-goût aujourd'hui.
- Speaker #2
C'est en quelque sorte l'apéritif du bicentenaire. Il a un poteau pour ça, mais après tout... Est-ce qu'il y a d'autres questions, interrogations ? Une dernière intervention juste devant ? Allez-y madame ! Et ce sera la dernière question parce que je crois qu'il est l'heure.
- Speaker #5
Oui, donc merci pour ces interventions, ces réflexions sur la photographie et l'histoire notamment. Et je me posais la question, est-ce que vous avez, j'imagine que oui, envisagé l'aspect des invisibles, c'est-à-dire l'usage de la photographie dans les conflits, mais les non-photographiés ou ceux qui ne prennent pas de photos, l'invisibilisation ? Voilà, et je pense aux femmes bien sûr, mais aussi aux modestes gens qui n'ont pas forcément des photos derrière grand-père Jésus. Voilà, c'est ça, comment vous rentrez de ça ?
- Speaker #1
Bien sûr, c'est un point essentiel qui va être notamment abordé, alors encore une fois, de nouveau dans le colloque dont je parlais tout à l'heure, donc porté par le comité scientifique au Mucem en mars 2027, et ça va être aussi abordé par une collecte spécifique et mise en regard, à la fois avec un véritable enjeu de... de curation et de commissariat qui est porté par la conserverie qui était autrefois à Metz et qui est maintenant à Nancy et qui est un projet qui a été labellisé dans cette perspective-là et c'est assez formidable. Il y aura peut-être d'autres projets parce que on est passé très vite sur cette nuit de la photographie, alors qu'il ne sera peut-être pas forcément une nuit mais on ne va pas gloser. En tout cas, qui aura lieu à priori au mois de janvier au Grand Palais, mais qui sera peut-être reprise aussi ensuite en... aux rencontres d'Arles, et peut-être dans d'autres endroits, où on voudrait aussi associer ces éléments-là, ces éléments de visibilité, d'invisibilité. Ce sujet-là qui pourrait nous tenir largement, un sujet de conférence, et quelque chose qui évidemment nous intéresse beaucoup, à la fois sur l'invisibilité de celles et ceux qui n'y sont pas, mais aussi sur l'invisibilité du médium lui-même, et qui est évidemment passionnant à traiter. Merci. Écoutez, merci beaucoup. Cette conférence s'achève.